11 mars 2020

Elle qui chevauche les tempêtes de G. R.R Martin et Lisa Tuttle : ISSN 2607-0006

Elle qui chevauche les tempêtes

 Illustration de couverture d'Alain Brion

Bien avant la série au succès planétaire qu'a été Games of thrones, G. R. R. Martin écrivait déjà des textes de fantasy comme Elle qui chevauche les tempêtes, co-écrit avec Lisa Tuttle, dont les récits sont moins connus. C'est une oeuvre de fantasy accessible même pour ceux qui ne lisent pas habituellement ce genre car le monde "médiéval" décrit par ces deux auteurs ne contient pas l'arsenal traditionnel comme les dragons, nains, magiciens...

Sur une planète composée de nombreuses îles, le monde est divisé en rampants et en aériens, descendants des Terriens ayant échoué sur cette terre. Les aériens portent des messages d'île en île et se transmettent de père en fils leurs paires d'ailes. Cependant, Mariss, une fille de pêcheur est adpotée par un aérien Russ, qui n'a pas d'enfant. Elle se voit privée de ses ailes le jour où son frère, le fils de Russ atteint sa majorité alors que ce dernier refuse de voler car il souhaite devenir barde. Mariss sera-t-elle capable de bouleverser les traditions ? Faisant preuve d'audace, elle décide de voler les ailes...

Comme on suit la trajectoire de l'héroïne de son enfance à sa vieillesse, on la voit évoluer. D'abord révoltée par les traditions, elle se rendra compte peu à peu que ses actes ont des conséquences plus graves : " Tous autant que vous êtes. En train  de vous répéter combien vous êtes supérieurs à tout le monde, simplement parce que vous êtes nés d'un aérien et que vous avez hérité des ailes qui ne doivent rien à votre mérite" ( p. 117).  Doit-on laisser des aériens voler alors qu'ils n'en sont parfois pas capables de le faire ? Lorsque les Maîtres de Terre, qui dirigent les îles, décident de transmettre des messages de guerre, les aériens doivent-ils les transmettre ?

Même si la fin se délite un peu, avec des chapitres et des paragraphes plus brefs, Elle qui chevauche les tempêtes, sous ses aspects ludiques et imaginaires, soulève des questionnements plus philosophiques sur la prédestination ou la soumission à des coutumes. Avec son personnage de jeune femme engagée, on pourrait presque parler de fantasy "féministe", qui coïncide par hasard avec l'actualité... Sous la plume de l'auteur de Games of throne et de Lisa Tuttle, la vie et le combat de l'héroïne, dotée d'une conscience sociale, deviennent captivants ! 

Martin George R. R. et Lisa Tuttle, Elle qui chevauche les tempêtes, Folio, Espagne, janvier 2020, 530 p.

Partenariat Folio

La Fantasy d'amour à Viking : rencontre avec Anne Besson.
Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l'universitaire Anne Besson à l'occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la Fantasy. Un imposant collectif de plus d'une centaine d'entrées qui nous permet, d'"Amour" à "Vikings" et de "Barbares" à "Wolrd of Warcraft" de topographier au mieux des mondes où se croisent Tolkien et Conan, Game of Thrones et Harry Potter.
https://www.franceculture.fr

Posté par maggie 76 à 02:51 - - Commentaires [15] - Permalien [#]


08 mars 2020

Le couvent des damnées (volumes 1 à 6) de Minoru Takeyoshi : ISSN 2607-0006

le_couvent_des_damnees_6368couvent-des-damnees-2-glenatcouvent-des-damnes-3-glenat

couvent-damnees-4-glenatcouvent-damnees-5-glenatcouvent-des-damnes-6-glenat

Le couvent des damnées © 2015 Minoru TAKEYOSHI

Dans le contexte des guerres de religions, au XVIeme siècle, une jeune femme Angelica recueille une enfant Ella vendue par ses parents qui pensent qu'elle est possédée. Lorsqu'Angelica est arrêtée pour sorcellerie - elle est sage-femme - Ella est envoyée dans le monastère du partage des eaux. Cette dernière n'aura plus qu'une obsession : elle veut se venger la mort de sa mère adoptive en tuant Edelgard, la dirigeante de l'ordre du Claustrum, qui veut restaurer la puissande de l'Eglise, dans le Saint-Empire romain germanique.

On découvre la vie quotidienne dans le couvent, faite de châtiments corporels, d'humiliations, d'endoctrinement, de maltraitances. Ella va finir par se lier d'amitié avec quatre autres jeunes filles Cordula, Hilde, Théa et Kaja dont on va connaitre les vies respectives. Elles découvrent un endroit où elles organisent leur résistance. L'amitié et l'entraide les aident à supporter leur travail, les tortures ( aucune violence n'est épargnée aux lecteurs non plus...)

Le contexte historique, l'architecture, les maladies de l'époque semblent crédibles et bien documentés. L'Eglise maintient le peuple dans l'ignorance et les victimes de l'inquisition le sont sur des rumeurs et la calomnie de voisins jaloux. La diabolisation des femmes se fait dans ce climat d'inquiétudes religieuses...

Certes, les personnages paraissent caricaturaux, notamment Ella dominée par sa vengeance, mais elle fait aussi preuve de courage. Soupçonnée à de nombreuses reprises de trahison, elle est attaquée par les autres religieuses. Lorsqu'elle reçoit des ordures dans son dos, elle déclare : " Celles qui attaquent les gens dans le dos ne pourront jamais souiller le visage de celles qui vont de l'avant" ( volume 3). La mangaka a visiblement voulu dépeindre un personnage courageux et intrépide. Il n'y a pas de bonus mais sur les rabats des jaquettes, on peut lire ses intentions ou ses sources : "J'espère avoir réussi à évoquer la lutte contre soi-même que chacun mène jour parès jour, à l'école ou au travail. J'aimerai que ce manga donne de l'audace à ceux qui le liront !" ( volume 1, Minoru  Takeyoshi).

Le couvent des damnées, volumes 1 à 6, série terminée, Glénat.

image2(3)

Le couvent des damnées © 2015 Minoru TAKEYOSHI

Posté par maggie 76 à 06:31 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

04 mars 2020

Le discours de Fabrice Caro : ISSN 2607-0006

facebook le discours

 Si vous avez aimé la BD Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro,  vous deviez attendre avec impatience Le discours publié récemment aux éditions folio. L'auteur part d'un acte traditionnel, le discours à prononcer par le personnage principal le jour du mariage de sa soeur. Il en profite pour déconstruire et analyser de manière décalée les stéréotypes acceptés par tous.

Certes, l'auteur dénonce avec humour les conventions langagières, les phrases stéréotypées, les situations typiques. C'est vrai, il y a toujours quelqu'un pour vous dire le lundi, en allant au travail qu'il va bien " comme un lundi" ! Le midi, vos collègues ont toujours une petite anecdote à raconter sur les dernières frasques de leur progéniture ou il y a toujours un beau brun ténébreux jouant de la guitare dans une soirée...

On peut relever aussi, dans Le discours, les néologismes particulièrement savoureux. Sonia, la copine du narrateur, ou plutôt ex-copine veut faire une "pause". " Qu'ai-je fait de particulièrement pausifère ?", se demande le narrateur (p. 22) . Et lorsqu'on lui parle de chauffage au sol, il répond : " Ah oui dis donc ça a l'air pas mal... Ludo semble satisfait de ma réponse. Au fond on ne nous demande pas grand chose dans la vie. Deux trois réponses comme ça peuvent vous faire traverser l'existence sans trop de désagréments" (p. 39). Mais trop, c'est trop.

La struture des histoires de F. Caro est toujours la même (comme dans Figurec) - l'anti-héros raconte à la première personne, en de courts chapitres, une anecdote autour d'un texto, d'un repas, d'une rencontre - et on a l'impression de lire un scénario de film français : se succèdent des repas, des dispustes, des peines de coeur. Le personnage principal est un homme ayant dépassé la quarantaine, inadapté, ressemblant à un adolescent attardé. Cela réjouira certainement certains lecteurs de découvrir les aventures sentimentalo-satiriques d'un inadapté et la dénonciation des phrases toutes faites mais, on peut aussi vite se lasser de la systématisation des procédés d'écriture et des situations...

Caro Fabrice, Le discours, Folio, France, janvier 2020, 188 p.

Autres romans, BD : Zaï zaï zaï zaï

Partenariat Folio.

Sur le web : Cathulu, Partage de lecture

Posté par maggie 76 à 07:27 - - Commentaires [24] - Permalien [#]

01 mars 2020

C'est le premier, je balance tout (février 2020) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marineLogo d'allez-vous faire lire

1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Depuis septembre 2019,  le FRAC-MECA a ouvert ses portes dans un nouvel emplacement à Bordeaux. Quelles oeuvres y sont exposées ? Jusqu'en mars 2020, vous pouvez voir "Narcisse ou la floraison des mondes". Quelle est la place des végétaux dans les oeuvres d'art ? D'abord mineures, considérées comme un attribut féminin, les fleurs sont détournées, ludiquement mis en scène, futuristes ou réinterprétées. Quels personnages sont liés aux fleurs ? De Narcisse à Ophélie, plusieurs artistes revisitent des tableaux, des textes célèbres pour proposer de nouvelles visions de l'élément floral.

20191211_144935

20191211_145430

Eden de Hugues Reip © 1001 classiques

 Une photographie d'Araki joue avec les codes des natures mortes, quant à Hicham Berrada, il invente des plantes artificielles issues de réactions chimiques. Vous pourrez aussi vous promener dans une gigantesque installation de Reip, telle Alice aux pays des merveilles ou vous projeter dans le passé avec les planches de Pierre Joseph, rappelant les anciens herbiers... D'autres artistes réfléchissent sur le lien entre la nature et les activités humaines.

20191211_144734

Présage, tranche d'Hicham Berrada © 1001 classiques

canvas

Vaginal Flowers d'Araki © Bertrand Prévost - Centre Pompidou, MNAM-CCI

Exposition Narcisse, ou la floraison des mondes, 7 décembre au 21 mars 2020,

FRAC MECA,

5 parvis Corto Maltese, 33 000 Bordeaux

2) MES LIVRES

Le-diamant-gros-comme-le-Ritztime-shadows-1-kanaorange

La sorcière roussemarry-grave-1-kana123454081_o

heroines-games-1-kanaLe château de carey

J'ai repris en ce mois de février mes lectures balzaciennes avec "La vendetta". La prochaine sera Le curé de Tours pour le 22 mars. Pour ceux qui souhaitent nous rejoindre, nous faisons une lecture commune du tome 1 des Ferrailleurs de Carey en juin, avec A girl from eart et Ingannmic. Pour le mois de la Saint-Valentin, j'ai aussi lu un manga lié à un amour éternel, Mary Grave de Yamaji, et jai découvert le thriller de l'été 2019, Time Shadows de Tanaka ainsi Qu'Heroïnes game de T. Iori. En ce qui concerne ma première écoute pour le prix audiolib 2020, j'ai commencé par Ici n'est plus ici de Tommy Orange, un terrible mais touchant roman sur la condition des Amérindiens dans l'Amérique contemporaine.

3) MES ACHATS

claymore_01J'ai reçu en partenariat de la part des éditions Folio, Elle qui chevauche les tempêtes de G.R. Martin et Lisa Tuttle. J'ai aussi reçu un nouvel audiolib dans le cadre du prix audiolib 2020 : Le bal des folles de V. Mas. Evidemment, j'ai acheté de nouveaux mangas comme la série historique Le couvent des damnées ou Red dragon et la série d'héroïc fantasy Claymore et enfin deux Hors séries du Point POP : Harry Potter, mythes et orgines d'un chef d'oeuvre et Les chefs-d'oeuvre de la science fiction. Bonnes lectures à tous pour le mois de mars !

les-chefs-d-oeuvre-de-la-science-fictionharry-potter-mythes-et-origines-d-un-chef-d-oeuvreElle qui chevauche les tempêtes

red-dragon-1-glenatLe balle_couvent_des_damnees_6368

Posté par maggie 76 à 08:43 - - Commentaires [20] - Permalien [#]

26 février 2020

Héroïnes game de Tabasa Iori : ISSN 2607-0006

heroines-game-2-kanaheroines_game_9068heroines-game-3-kana

HEROINES GAME © Tabasa Iori 

Dans cette courte série de 3 volumes, la mangaka Tabasa Iori revisite les contes de fées pour en faire un manga horrifique. On perçoit mal l'intérêt de cet imaginaire. Le scénario n'est en rien original, c'est celui de Battle royale et bien d'autres où des canditates doivent s'affronter jusqu'à la mort...

Alice est une idol, prête à tout pour réussir. Un jour, elle se trouve projetée dans un monde où 12 héroïnes de contes - telles que Poucette, Le petit chaperon rouge, Alice aux pays des merveilles, Céndrillon... - doivent s'entretuer : celle qui survivra pourra exaucer son voeu. On comprend assez rapidement le parallèle entre la compétition entre héroïnes et l'univers des idols où se nouent des rivalités, apparaissent des jalousies ou des coalitions...

Mais Tabashi Iori en a profité pour réécrire les contes d'une manière personnelle et peu intéressante. Chacun des personnages littéraires diffèrent de celui qu'on connaît mais, excepté le retournement final, le renouvellement des contes est complètement farfelu et vain...

Alice manga 001

pl. 1 HEROINES GAME © Tabasa Iori

héroine game découpeEn revanche, le style est magnifique ! Les combats paraissent bien brouillons parfois mais la mangaka a fait le choix de créer de grands contrastes entre le blanc et le noir (planche 2), créant un effet de papiers découpés. On retrouve ainsi l'univers des découpages de Laura Barrett. C'est visuellement très beau et les décors, notamment floraux, sont superbes. Quand on voit la planche 1,  on peut y voir un souvenir intentionnel ou non de conteurs célèbres qui ont eu recours à ce type d'art

pl. 2 HEROINES GAME © Tabasa Iori

 comme Hans Christian Andersen ou Henry Dickens. Malheureusement, le dessin ne suffit pas à sauver ce seinen de la bérézina...

Iori Tabasa, Héroïnes game ( volume 1, 2, 3, série terminée), Kana, Italie, 2019.

11LBARRETTAlice_Mad-Hatter-Tea-Party_21_676_676

Alice's Adventures in wonderland © Laura Barrett

Posté par maggie 76 à 07:10 - - Commentaires [10] - Permalien [#]


23 février 2020

Le diamant gros comme le Ritz de Fitzgerald : ISSN 2607-0006

La sorcière rousseLe-diamant-gros-comme-le-Ritz

Connu surtout pour Gatsby le Magnifique (1925), Fitzgerald a écrit de nombreuses nouvelles dont "Le diamant gros comme le Ritz" ( Contes de l'âge du jazz) ou "La coupe de cristal taillé" et "La sorcière rousse" ( Les enfants du jazz). Pourtant, chacun des récits de l'auteur de la génération perdue semble comme les facettes d'un même univers.

Les trois nouvelles traitent évidemment de faste et d'argent : elle est l'élément capital dans "Un diamant gros comme le Ritz". C'est la religion du personnage principal John, habitant la petite ville d'Hades : "Le credo qui a cours à Hades place en tête de ses articles de foi l'adoration et le respect les plus sincères pour la richesse" ( p. 18). Le jeune homme découvre une montagne de richesse possédée par la famille d'un camarade de son école préparatoire. Cette fortune colossale ne sera que brièvement aperçue par notre héros pauvre. Dans "La coupe de cristal taillé", c'est la déchéance de toute une famillle qui forme le coeur de la nouvelle tandis que dans "La sorcière rousse", la fortune, les fêtes sont inatteignables pour le libraire pauvre qu'est Merlin Grainger, qui ne peut qu'observer de loin le luxe et la beauté d'une femme qu'il admire alors qu'il mène une vie de plus en plus médiocre. Chacun de ces trois courts récit décrive un instant de grâce où tout semble possible mais le déclin semble inévitable : c'est la "touche de désastre" qu'évoque Fitzgerald lui-même.

On a souvent dit que l'auteur de L'envers du paradis était le chroniqueur d'une époque, celle des "années folles", pourtant ces nouvelles paraissent intemporelles : assez peu de références à l'époque sont faites. Au contraire, si l'on lit avec autant de facilité et d'intérêt ces nouvelles, c'est parce qu'elles montrent les cruautés des différences sociales, de la destruction provoquée par le temps de manière rapide, sans détail renvoyant aux "années folles", et avec peu de réalisme. On se croirait dans des contes mélancoliques et noirs. "Le diamant gros comme le Ritz" est un petit bijou fitzgéraldien à découvrir.

Fitzgerald, Le diamant gros comme le Ritz, folio, Espagne, décembre 2019, 85 p.

Fitzgerald, La sorcière rousse, folio, Espagne, mars 2018, 124 p.

Autres nouvelles : L'étrange histoire de Benjamin Button

Partenariat Folio

Sur le web : Neuhoff Eric, "Francis Scott Fitzgerald, le prince blessé", Le figaro, mis en ligne le 10 mai 2013. URL :  https://www.lefigaro.fr/livres/2013/05/10/03005-20130510ARTFIG00528-francis-scott-fitzgerald-le-prince-blesse.php

L'enchanteur désenchanté - Ép. 1/4 - Francis Scott Fitzgerald
Devenu célèbre grâce à son premier ouvrage, L'Envers du Paradis, Francis Scott Fitzgerald a vécu dans un tourbillon d'insouciance, de jazz, de fêtes et d'alcool. Mais derrière l'image euphorique des années folles et les succès littéraires, c'est un destin brisé que nous rac[...]
https://www.franceculture.fr

Fitgerald 2

Francis Scott Fitzgerald avec sa femme, Zelda, en 1921. BCA/©Rue des Archives/BCA

Posté par maggie 76 à 05:27 - - Commentaires [32] - Permalien [#]

19 février 2020

La vendetta de Balzac : ISSN 2607-0006

index

C. Corot, Une jeune femme pensive, une mandoline à la main, dans l'atelier du peintre ( détail) 1865, Musée d'Orsay, Paris. Photo Josse/ Leemage

Première nouvelle signée Balzac, La vendetta est imprégnée de romantisme et de pittoresque avec ses personnages corses, avec Napoléon, la figure iconique des romantiques, et avec la peinture d'un amour impossible. Elle inaugure aussi des thématiques balzaciennes comme la description des moeurs sous la Restauration, comme l'importance de l'argent, la thématique picturale présente aussi bien dans Le chef d'oeuvre inconnu ou Pierre Grassou, l'amour paternel et le mariage.

Ce court récit a pour héroïne, Ginevra di Piombo, une jeune fille corse dont l'éducation libre va la mener à sa perte comme Emilie de Fontaine (Le bal de Sceaux). Les Piombo quitte la Corse car les fils ont été tués par les Porta. Bartholoméo di Piombo rejoint la France et demande à Napoléon sa protection. Un jour, en peignant dans l'atelier de Servin, la fille de Bartholoméo aperçoit un proscrit à travers la cloison. Elle tombe amoureuse de ce jeune homme et l'épouse sans l'accord de ses parents.

Les longues descriptions si souvent décriées thématisent l'un des sujets de la nouvelle. Comme une ekphrasis, l'auteur de La comédie humaine décrit ses personnages comme des tableaux : "Assises ou debout, ces jeunes filles, entourées de leurs boîtes à couleurs, jouant avec leurs pinceaux ou les préparant, maniant leurs éclatantes palettes, peignant, parlant, riant, chantant, abandonnées à leur naturel, laissant voir leur caractères, composaient un spectacle inconnu aux hommes : celle-ci, fière, hautaine, capricieuse, aux cheveux noirs, aux belles mains, lançait au hasard la flamme de ses regards ; celle-là, insouciante et gaie, le sourire sur les lèvres, les cheveux châtains, les mains blanches et délicates, vierge française, légère, sans arrière-pensée, vivant de sa vie actuelle ; une autre, rêveuse, mélancolique, pâle, penchant la tête comme une fleur qui tombe; sa voisine, au contraire, grande, indolente, aux habitudes musulmanes, l'oeil long, noir, humide ; parlant peu, mais songeant, et regardant à la dérobée la tête d'Antinoüs" (p. 28). Comme dans Une double famille, les intérieurs sont peints à la manière hollandaise.

800px-Adrienne_Marie_Louise_Grandpierre-Deverzy,_The_Studio_of_Abel_de_Pujol,_Musée_Marmottan_Monet

Adrienne Grandpierre Deverzy, Intérieur de l'atelier d'Abel de Pujol {{PD-Art}}

Telle une nouvelle Juliette sous la Restauration, Ginevra épouse un homme avec lequel sa famille est en vendetta : cet amour tragique s'implante dans un décor où les ultras reprennent le pouvoir. L'argent y prend aussi une place dominante comme dans tout l'univers balzacien. Avec La vendetta, Balzac nous plonge dans une histoire de passion aussi poignante que Le père Goriot ou qu'Une double famille, avec pour toile de fond la fin du premier Empire, dont la construction mélodramatique nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.

Balzac, La vendetta, Livre de poche, Espagne, février 2009, 93 p.

La prochaine LC aura lieu le 22 mars, avec le Curé de Tour

***************************************************

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, "Facino Cane" L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

Vernet,_Horace_-_The_Artist's_Studio_-_c

 L'atelier d'Horace Vernet {{PD-Art}}

Posté par maggie 76 à 07:36 - - Commentaires [19] - Permalien [#]

16 février 2020

Marry Grave de Hidenori Yamaji (5 volumes): ISSN 2607-0006

marry-grave-1-kanamarry-grave-2-kana

marry-grave-4-kanamarry-grave-3-kana

© 2018 Hidenori YAMAJI

Une des nouvelles séries 2019 de Kana est Marry Grave dans laquelle on peut découvrir un couple jeune et beau. Marry et Sawyer se sont jurés de s'aimer pour l'éternité. Malheureusement, le jour de leur mariage, des monstres attaquent l'église où ils vont s'unir. Ces créatures vont décimer la terre et tuer tous les humains, dont notre personnage principal. Sa jeune épouse décide alors de le lui redonner vie grâce à un grimoire. Mais lorsqu'elle le réssuscite, elle décède et c'est au tour de son mari d'entreprendre une quête pour réunir tous les ingrédients pour la faire revenir à la vie... Une histoire romantique ?

marry grave mandragore

Illustration 1 © 2018 Hidenori YAMAJI

Marry grave SD 001 - Copie

Illustration 2 © 2018 Hidenori YAMAJI

On s'attend donc à un univers macabre. Le chemin du héros est semé d'embuches, de monstres et d'univers divers, tous appartenant à la fantasy comme des mandragores (Illustration 1), des slimes, des fées... Mais, c'est quand compter l'humour, qui renouvelle le genre de l'héroïc fantasy, avec des super deformed (Illustration 2). Allègrement, le mangaka y ajoute des morts-vivants, des passages sentimentaux, des souvenirs... Le mélange est plutôt réussi et Hidenori Yamaji revisite le conte, avec une enfant perdue dans les bois ou l'héroïc-fantasy avec une ville-arbre peuplée de fées, un épisode mythologique avec la rencontre de harpies... Cela aboutit à une ambiance originale romantico-mythologico- fantasyco-burlesque.

Le trait graphique est précis mais l'esthétique n'est pas la qualité première de ce shonen où des cases à fond blanc succèdent à des cases très chargées (Illustration 3). Autant les créatures malégiques et les rares décors créent une ambiance sombre et sont bien dessinés, autant les personnages ne présentent pas un style graphique particulier.

marry-grave-5-kanaL'intrigue nous réserve bien des révélations : tout en cheminant aux côtés de Sawyer, on en apprend davantage sur lui mais aussi sur sa femme, dont on découvre le parcours extraordinaire. Et si le héros n'est pas celui que l'on croit ? Les personnages secondaires sont eux aussi bien développés. Le dernier volume paru le 14 février - pour célébrer ce couple mythique - est un peu décevant et tente maladroitement de résoudre toutes les intrigues, mais la série reste divertissante et renouvelle bien le genre de la dark fantasy...

© 2018 Hidenori YAMAJI

YAMAJI Hidenori, Marry grave, (terminé en 5 volumes), Kana.

Marry grave fairy land 001

Illustration 3 © 2018 Hidenori YAMAJI

Posté par maggie 76 à 04:05 - - Commentaires [13] - Permalien [#]

12 février 2020

Ici n'est plus ici de Tommy Orange : ISSN 2607-0006

orange

D'après le design de Tyler Comrie Oio/E+/Getty Images

Plusieurs "indiens urbains" racontent leur histoire, leur vie, leurs rêves à Oakland, à San Francisco... Dans une astucieuse mise en abyme, l'un des personnage présente son projet : il veut filmer les aveux, les témoignanges d'indiens mais sans que ces dernierssoient contraints par des règles. dE fait, le lecteur écoute donc plusieurs bribes de vie de Cheyennes : Blue est une femme battue qui tente d'échapper à son mari. Edwin est un ancien étudiant en littérature qui développe une addictio pour internet mais qui finit par organiser un pow wow. On entend aussi la voix d'Opale jeune, qui relate l'arrivée des Indiens à fort Alcatraz, pour réclamer des droits. Plus tard, nous la retrouvons grand-mère, ayant adoptés des Amérindiens... Paraissant dominées par le hasard, les vies de ces différents protagonistes sont agencées ingénieusement autour d'un évément fédérateur : un pow wow qui va finir dramatiquement.

Tous ces personnages se croisent et, sans pathos, Tommy Orange arrive à décrire la souffrance et les drames vécus par ces personnes, qui n'ont plus vraiment d'endroits où ils se sentent vraiment chez eux. Obliquement, il évoque la culture amérindienne avec ses auteurs comme Louise Erdrich. Qu'appelle-t-on l'identité indienne ? Que deviennent les Amérindiens dans cette Amérique profondément intolérante ? Quel héritage pour tous ces enfants nés hors réserves, parfois adoptés, parfois délaissés... Que reste-t-il des traditions ?

Trois lecteurs, Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive donnent une voix à ces différents personnages (extrait à écouter ici): ces multiples récits deviennent ainsi plus réalistes grâce à ces changements de lecteurs. Ils permettent de bien différencier l'entrelacement des récits. Le rythme de la lecture et les intonations disent la détresse de tout un peuple sans jamais tomber dans la plainte ou l'exagération.

Toutes ces histoires poignantes sont racontées par Tommy Orange qui a, comme ses personnages, grandi en Californie et qui appartient à la tribu des Cheyennes du Sud. Ici n'est plus ici est son premier roman. Et quel roman !

Orange Tommy, Ici n'est plus ici, Audiolib, lu par Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive, 1 CD, 8h44, décembre 2019

Prix Audiolib 2020

index

© Annie Starkey Photography

pow wow 2

© Annie Starkey Photography

pow wow

 © Annie Starkey Photography

Posté par maggie 76 à 12:55 - - Commentaires [29] - Permalien [#]

09 février 2020

Time Shadows (volumes 1 à 4) de Tanaka : ISSN 2607-0006

time-shadows-1-kanatime-shadow-2-kanaTime-Shadows

 © 2017 by Yasuki Tanaka

time-shadows-t4Le bandeau publicitaire annonce que Time Shadows est "le thriller de l'été" (2019) mais est-ce le cas ? En ce qui concerne le graphisme, ce n'est vraiment pas original, ni particulièrement remarquable. Le style graphique est assez commun et consiste essentiellement en des successions de gros plan de visages ( planche 1). Ce qui est tout à fait naturel étant donné que ce manga policier  - mais peut-on vraiment parler de manga policier ? - repose beaucoup sur les sentiments et la psychologie des personnages.

On ne sait vraiment pas comment commencer le résumé étant donné que le seinen brasse plein de concepts ! A l'origine, Shinpei retourne sur l'île de son enfance pour l'enterrement de sa meilleurs amie, Ushio Kofune. Mais aussitôt d'étranges phénomènes se produisent... A partir de ce simple point de départ, une intrigue alambiquée à souhait se développe dans toutes les directions !

Une partie de l'histoire se déroulant dans le restaurant Kofune et Shinpei étant lui-même cuisinier, beaucoup de scènes de repas sont montrées et on a même droit à l'énumération de la recette du poulet au curry dans le tome 4. Mais ce n'est pas le sujet central bien évidemment.

PlancheA_368509Pour ne pas dévoiler l'intrigue, il suffit de savoir qu'une enquête est menée par Shinpei, avec l'aide d'un policier, qui ne sert à rien, plus obsédé par les femmes que par la recherche de suspect, autour d'une légende concernant l'île, celle de la maladie des ombres, des doppleganger. Ajoutez à cette histoire de double, une romancière schizophrène qui cite Byron ("la vérité est toujours étrange, plus étrange que la fiction"), Mio, la jeune soeur d'Ushio menacée de mort, des boucles

Pl. 1 Time Shadows © 2017 by Yasuki Tanaka

temporelles, des meurtres et des hôpitaux abandonnés avec des divinités étranges... Même avec tous ces éléments, vous êtes loin de percevoir la complexité de cette histoire... Une série fantastico-romantico-policière bien palpitante à commencer mais comportant une certaine violence (publié chez Dark Kana)...

Tanaka, Time Shadows, volumes 1 à 4 ( 8 en cours), Dark Kana, Bruxelles, septembre 2019

Posté par maggie 76 à 07:10 - - Commentaires [6] - Permalien [#]