15 avril 2020

Au service de la France de Jean-François Halin : ISSN 2607-0006

 

Série française, Au service de la France parodie les films d'espionnage avec talent. La première saison, ayant pour arrière-plan la France des années 60, filme l'arrivée d'un espion candide, cherchant à s'adapter dans un milieu professionnel kafkaïen. Son patron ne comprend pas la logique de son nouvel agent secret : Merleaux ose répondre au téléphone quand il sonne. Il doit aussi différencier les vrais-faux passeports, des faux-vrais passeports et des faux-faux passeports...

Merleaux doit travailler avec trois agents ouvertement et conscienseument incompétents, qui font bévues sur bévues, mais considérés comme des héros, ayant des primes lorsqu'ils torturent des gens sans savoir ce qu'ils doivent leur faire avouer. Doués pour prendre des pots, ils commencent dès le jeudi, parce que c'est proche du week-end. Ils sont en outre machistes, racistes et nationalistes !

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Au service de la France © Netflix

Les dialogues sont éminemment comiques, brocardant les lourdeurs administratives et les stratégies géopolitiques, sans oublier les allusions au régime de Vichy, au Maréchal ou à la collaboration. Dénazificaion, décolonisalistion, premiers essais atomiques français... tout est passé au crible d'un regard ironique ou humoristique. Les criminels sont classés par catégories A, B, commes les fonctionnaires, et les documents sont "très" secrets ou confidentiels à tout va. Le tout culmine avec le running gag du tamponnage et double tamponnage de documents officiels - car une mission réussie est râtée si elle n'est pas tamponnée - et des jeux de mots autour d'un costard mal coupé : "l'habit ne fait pas le moine mais l'agent, même non titularisé"... Cette série, hautement comique et excessivement parodique, possède, en outre, une très belle photographie. A voir et à revoir pour rire et rerire!

Au service de la France de Jean-François Halin, Netflix, 2016, saison 1 ( 12 épisodes), avec Hugo Becker, Wilfred Benaiche, Christophe Kourotchkine, Karim Barras.

Sur le web : Peyrat Carla, "Au service de la France, la série façon OSS 117, de retour cet été", Le point pop, mis en ligne le 8 juin 2018. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/series/au-service-de-la-france-la-serie-facon-oss-117-de-retour-cet-ete-08-06-2018-2225252_2957.php

Poitte Isabelle, "Au service de la France dézingue les années de Gaulle", Télérama, mis en ligne 29 septembre 2015. URL : https://www.telerama.fr/television/au-service-de-la-france-dezingue-les-annees-de-gaulle,132895.php

Au service netflix

Au service de la France © Netflix

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12 avril 2020

The dungeon of black compagny (volumes 1, 2, 3) de Yasumura : ISSN 2607-0006

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© Youhei Yasumura 2019

Comme vous avez peut-être pu le constater, les mangas ont la capacité d'aborder tous les thèmes, que ce soit les intelligences artificielles ( Ghost in the shell, Demokratia...), du harcèlement scolaire (Le perce neige) ou de divers métiers (Bakuman, Deep see aquarium magmell, Une vie au zoo...)... The dungeon of black compagny aborde la vie de l'entreprise mais par le biais d'un mélange générique audacieux : ce shonen mêle fantasy et vie salariale.

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 © Youhei Yasumura 2019

Qui est le héros ? Egoïste et paresseux, Kinji se prélasse depuis que des spéculations l'ont mis à l'abri du besoin. Cependant, il va être projeté dans un monde  - comme dans les isekais - où il est obligé de trimer comme un esclave dans une mine pour un petit salaire. Très rapidement, il s'endette et doit trouver des solutions pour échapper à l'entreprise Raizaher Mining, qui l'exploite.

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© Youhei Yasumura 2019

L'entreprise emploie tous les moyens pour asservir ses employés comme le lavage de cerveau, l'humiliation... Les mineurs travaillent au son d'une chanson vantant l'entreprise. Mais Kinji est bien décidé à ne pas travailler. Il arrive toujours à fédérer les autres esclaves comme les fourmis et les exploite à son tour sans vergogne.

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© Youhei Yasumura 2019

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© Youhei Yasumura 2019

Mais pire que les fourmis, il y a la salariée ultime, appelée l'héroïne, qui déclare : "je travaille jusqu'à la mort" ! ou " Maintenant travaillons sans relâche"...

Au fur et à mesure qu'on avance dans les volumes, notre anti-héros monte dans la hiérarchie pour constater que la situation est la même à tous les niveaux : salaire bas, exploitation, endettement, dévouement pour l'entreprise... Avec un humour grinçant, voire glaçant, le mangaka décrit le monde de l'entreprise transposé dans la fantasy. Tout en développant des combats, des personnages humanoïdes, le mangaka critique la société...

Yasumura Youhei, The dungeon of black compagny, ( 4 volumes, en cours), Komikku, France, 2018.

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Participation au challenge un mois au Japon organisé par Lou et Hilde

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08 avril 2020

Girl d'Edna O'Brien : ISSN 2607-0006

Récemment encore, la presse parlait des exactions commises par Boko Haram au Nigéria. Il dirige un groupe d'islamistes depuis 2009, qui ont fait déjà 35 000 victimes au cours des dix dernières années selon un'article édité en mars dans Libération. La population nigériane subit enlèvements et pillages comme le rapporte les informations sur France 24. La romancière Edna O'Brien est allée interroger des femmes enlevées par les jihadistes, a écouté les témoignages des victimes, des médecins, pscychologiques, et a visité des camps où étaient rassemblées les victimes...

Boko haram

Girl témoigne de l'enlèvement de jeunes filles par les hommes armés de Boko Haram : leur bus scolaire a été attaqué et elles ont été amenées dans un camp où on leur fait subir des sévices : viols, massacres, mariages forcés. C'est à travers la voix de l'une d'entre elle qu'on prend connaissances de ces événements dramatiques. La jeune fille réussit toutefois à s'échapper et à retourner dans son village. La vie peut-elle reprendre son cours ? Comment  l'accueille-t-on alors qu'elle ramène un enfant conçu avec un jihadiste ?

Le récit est simple, chronologique et plat. Est-ce que la brièveté de la narration empêche l'immersion dans ce récit pourtant horrible ? La vision enfantine des événements empêche-t-elle le lecteur de se rendre compte de l'horreur vécue par ces femmes ? De plus, la voix juvénile de Claire Cahen correspond à la jeunesse de la narratrice mais la lecture enjouée empêche qu'on ressente le drame vécu par le personnage. On n'éprouve absolument pas le chagrin, la peur du personnage... Evidemment, cela a l'avantage de donner un rythme dynamique au récit mais il convient assez peu à la teneur des propos.

Malgré un sujet sérieux qui mérite d'être connu, ce roman ne réussit pas à nous indigner ou à nous émouvoir.

Girl d'Edna O Brien, Audiolib, lu par Claire Cahen 5h52, 1 CD, France, mars 2020,

Prix Audiolib 2020. Autres romans écoutés : Le bal des folles de V. Mas, Ici n'est plus ici de T. Orange, Dans la forêt de J. Hegland

Sur le web : Macé Celian, "Au Tachad et au Nigéria, le double carnage de Boko Haram", Libération, mis en ligne le 26 mars 2020. URL : https://www.liberation.fr/planete/2020/03/26/au-tchad-et-au-nigeria-le-double-carnage-de-boko-haram_1783080

Edna O'Brien : "Un livre pour tenter de saisir l'émotion première de ces filles capturées par Boko Haram"
Son dernier livre "Girl" donne voix à une jeune fille enlevée, séquestrée et violentée par les djihadistes de Boko Haram au Nigéria. Entretien exclusif à Londres avec celle qui vient d'obtenir un prix Femina spécial pour l'ensemble de son oeuvre.
https://www.franceculture.fr

 

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05 avril 2020

Claymore d' Yagi : ISSN 2607-0006

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CLAYMORE © 2001 by Norihiro Yagi

Avec le succès d'Harry Potter, du Seigneur des anneaux, de Games of throne, de The witcher ( récemmement disponible sur Netflix), l'héroïc fantasy s'impose peu à peu dans le paysage littéraire. Elle était déjà très présente dans les mangas que ce soit dans Grendel de Mako, l'iconique Bersek de Kentaro Miura, Seven deadly sins de Nabaka ... ou Claymore.

9781421506180_manga-claymore-1-sample1Claymore fait apparaître tous les éléments traditionnels de la dark fantasy et fait penser notamment à la saga The witcher d'A. Sapkowski. Le titre désigne des femmes mi-humaines et mi-démons qui ont pour mission de tuer des monstres, qui ont pris l'apparence humaine pour s'en nourrir. Leurs yeux argentés repèrent les créatures assoiffées de sang. Elles cheminent donc de ville en ville, en portant une épée gigantesque et doivent rester vigilantes : elles ne doivent pas laisser leur part démoniaque prendre le dessus.

pl. 1 CLAYMORE © 2001 by Norihiro Yagi

Dans les premiers volumes, nous faisons connaissance de Claire, une héroïne qu'un jeune garçon, qu'elle a sauvé, décide de suivre. C'est le début d'une aventure épique...

Lentement, les deux premiers tomes mettent en place un arrière-plan médiéval et fantastique. Dès le volume 3, un retour en arrière nous permet de découvrir l'enfance de Claire. Comme dans toute bonne saga de fantasy et comme nous le rappelle Anne Besson, dans La compagnie des auteurs ("d'autres mondes sont possibles") sur France culture, Claymore met en exergue la lutte du bien contre le mal. Cependant, les Claymore elles-mêmes qui défendent les humains sont considérées comme monstrueuses. Leur sacrifice - vous saurez pourquoi en lisant ce shonen - questionne leur humanité dans ce monde moins manichéen qu'il n'y paraît, créé par Norihiro Yagi.

claymoreSeul l'univers graphique est moins attrayant : les dessins simples permettent de bien rendre les mouvements, la rapidité des Claymore mais les personnages ont tous le même visage. Ces personnages longilignes ne semblent pas tous bien proportionnés permettant encore moins de les distinguer. Au moins l'univers graphique de ce mangaka est immédiatement reconnaissable, style repérable dans sa nouvelle série Ariadne, l'empire céleste sortie en 2019. Cela ne doit pas vous empêcher de commencer cette excellente série de dark fantasy.

 pl. 2 CLAYMORE © 2001 by Norihiro Yagi

Yagi, Claymore, volumes 1 à 3, (Série terminée en 27 volumes) Glénat, France.

Sur le web :

D'autres mondes sont possibles - Ép. 4/4 - J. K. Rowling
Le cycle "Harry Potter" serait le dernier monument en date du genre de la fantasy. Lorsqu'on parle de fantasy, deux noms viennent spontanément : celui de J. R. R. Tolkien, et celui du monde qu'il a créé dans le "Seigneur des Anneaux". Voyage au cœur de la Terre du Milieu avec Anne Besson.
https://www.franceculture.fr

Paquot Valentine, "Top 15 des meilleurs mangas de fantasy", Le figaro, mis en ligne le 27 octobre 2016. URL : https://www.lefigaro.fr/bd/2016/10/27/03014-20161027ARTFIG00016-le-top-15-des-meilleurs-mangas-de-fantasy.php

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Participation au challenge un mois au Japon de Lou et de Hilde

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01 avril 2020

C'est le premier, je balance tout ( mars 2020) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marineLogo d'Allez-vous faire lire

1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Que faire en période de confinement ? 

Challenge jack london 2copieJe signale le challenge J. London chez Claudia pour ceux qui aiment cet auteur. Le challenge dure un an et il suffit de lire un livre. Vous pouvez aussi chroniquer des films ou BD. Cliquez dans la colonne de droite sur la vignette du challenge et vous accéderez à la présentation avec des logos sur son site.

89846009_3113290822023931_5774278621153722368_oC'est aussi le moment de s'amuser grâce à une sorte de "jeu de l'oie du yokai", selon l'auteur, situé à la fin de Histoire de fantômes du Japon de Lacombe. Le plateau et les règles du jeu sont accessible sur son site officiel.

Films gratuits

Vous n'avez pas encore vu Une femme disparaît de Hitchcock ou La dame du vendredi de Hawks ? C'est le moment de voir tous ces classiques. Un billet de France culture vous guide parmi ces films des trente premières années du cinéma...

 

Myazaki...sans oublier des podcats (Philosopher avec Myazaki, Si Tolkien m'était comté, sur Tolstoï...), ni les ballets (comme nous l'explique cet article du Figaro), ni la cueillette des fraises...

 

 

 

2) MES FILMS

 THE VILLAINESS (2017) Official Trailer

3) MES LIVRES

10 jours dans un asileAprès la lecture du Curé de Tours avec Claudia, je propose une LC balzacienne autour de Pierrette pour le 22 avril. J'ai abandonné Le discours de Fabrice Caro et j'ai été déçue par Dans la forêt de Jean Hegland mais j'ai beaucoup aimé Elle qui chevauche les tempêtes de Martin et Lisa Tuttle, Le couvent des damnées de Takeyoshi, Le bal des folles de V. Mas et 10 jours dans un asile de Bly.

 

 

le_couvent_des_damnees_6368Le discoursElle qui chevauche les tempêtes

Le balLe curé de Tourdans la forêt

 4) MES ACHATS

Quels nouveaux livres ai-je achetés ? De nouvelles séries de mangas se sont ajoutés à mes achats : Isabella Bird de T. Sassa, The dungeon of black compagny de Yasumura Youhei et The Frankenstein family de Yanai. J'ai aussi acheté Le tour du monde en 80 jours de Verne et Le tour du monde en 72 jours de Bly. J'ai reçu quatre nouveaux audiolib pour le prix Audiolib 2020 : Beloved de Morrison, Girl d'E. O'Brien, La femme révélée de Nohant et Vie de Gérard Fulmard d'Echenoz.

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29 mars 2020

Kingdom de Kim Seung-Hun : ISSN 2607-0006

Encore une série avec des zombies après ceux du classique La nuit des morts-vivants de Romero, des zombies sud-coréens dans Dernier train avant Busan, des zombies comiques de Shaun of the dead et des zombies récents et décalés de The dead don't die de Jarmusch...! Pourtant, les deux saisons de Kingdom réalisées par Kim Seung Hun ( connu pour Tunnel sorti en 2017) méritent d'être vues : la série ne repose pas sur le gore, même si on tranche des têtes à tour de bras, mais la pandémie se propage sur fond de réalités sociales, historiques, politiques.

 Dans la Corée médiévale de l'ère Joseon, deux clans luttent pour le pouvoir. Le clan Haewon Cho est prêt à tout pour régner dans le pays en évinçant le prince héritier Chang. L'abominable seigneur Cho décide même de faire revivre le roi mort en attendant que sa diabolique fille, enceinte, donne naissance à un héritier. Dans le pays, où le peuple meurt de faim, se répand une horde de morts-vivants. Certains se sacrifient pour aider le prince Chang à découvrir la vérité sur cette pandémie, d'autres s'enfuient pour sauver leur peau...

D'un épisode à l'autre, de la saison 1 à la saison 2, la tension grandit : l'épidémie évolue et on n'est jamais bien sûr de la mort d'une personne. En parlant de mort, il faut rappeler que comme dans Game of Thrones, aucun personnage n'est à l'abri d'une mort brutale ou subite même pas les personnages principaux... Le suspense est aussi maintenu par les intrigues curiales : jusqu'où ira l'ambition dévorante du clan Cho ? qui empoisonnera qui ? Qui se fera dévoré ? qui régnera ? A côté de ces personnages machiavéliques et abominables, se dessine en creux le portrait du bon prince, Chang, aussi courageux qu'actif, sachant courir comme un guépard sur les toits du palais royal et manier le sabre comme un samouraï.

Et comme c'est une série sud-coréenne, on a forcément une hybridation des genres complètement réussie : parmi tous ces sombres personnages, on voit évoluer un duo comique avec une femme médecin téméraire, suivie d'un falot magistrat aussi lâche que bruyant. Aux scènes d'actions succèdent des scènes de dénonciation du comportement des puissants qui veulent à tout prix sauvegarder les traditions, quitte à mettre les autres en danger et aux sublimes paysages, ainsi qu'aux magnifiques costumes essentiellement portée par la fille du clan Cho, succèdent des villages insalubres.

kingdom-img-une3De nombreux retournements de situations, des personnages secondaires attachants, des plans audacieux notamment les scènes aquatiques (photogramme ci-dessous) dans la saison 2, et des sujets

Kingdom © Netflix

de réflexions très bien amenés vont vous faire aimer ce period drama sud-coréen, adapté d'un webcomic Land of the gods.

Kingdom, de Kim Seung Hun, saisons 1 et 2, Netflix, 2019.

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sur le web : Sorin Etienne, "Kingdom, la série sud-coréeene de Netflix délpoie les moyens du grand écran", Le Figaro, mis en ligne le 26 mars 2020. URL :  https://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/kingdom-la-serie-sud-coreenne-de-netflix-deploie-les-moyens-du-grand-ecran_d575bc54-6f61-11ea-916b-6184e2949cca/

Langlais Pierre, "Kingdom sur Netflix, la série coréenne qui nous réconcilie avec les zombies", Télérama, mis en ligne le 25 janvier 2019. URL : https://www.telerama.fr/series-tv/kingdom-sur-netflix,-la-serie-coreenne-qui-nous-reconcilie-avec-les-zombies,n6090918.php

Ono-dit-biot Christophe, "Kingdom, l'épidémie vaincue à coups de sabre", Le point pop, mis en ligne le 23 mars 2020. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/kingdom-l-epidemie-vaincue-a-coups-de-sabre-23-03-2020-2368296_2920.php#

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Kingdom © Netflix

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25 mars 2020

Dans la forêt de Jean Hegland : ISSN 2607-0006

Les dystopies et les romans post-apocalyptiques se multiplient reflétant les angoisses face aux catastrophes climatiques, industrielles, nucléaires... Aux célèbres romans tels que La servante écarlate de MArgaret Atwood, Le mur invisible de Haushofer, le paradoxe de Fermin de Boutine... s'ajoute Dans la forêt de Jean Hegland. En Amérique, il est devenu un best-seller adapté par Patricia Rozema.*

L'auteur imagine l'histoire de deux soeurs confrontées à l'extinction progressive de la civilisation - à commencer par l'absence d'électricité, puis l'absence de magasins, d'essence - et ne recherche pas le spectaculaire mais propose une vie pausible sans progrès scientifique. Une fois tout détruit, il ne reste que la nature, l'art et la littérature. L'art est incarnée par l'âinée Eva, qui s'est découverte une passion pour la danse très jeune et la littérature par la cadette Nell, passionnée par la lecture de l'encyclopédie. Malgré les difficultés, les deux soeurs apprennent à survivre dans leur maison isolée en Californie en s'appuyant sur la transmission des savoirs de leurs parents, qui vivaient déjà sans surconsommer, et des livres.

"La collaboration de la terre et de l'eau"

Cette fiction présente un modèle crédible de survie, dans une nature effrayante avec ses animaux sauvages mais aussi pleine de ressources. Elle s'inspire du destin de deux femmes réelles Sally Bell et Lone Woman, qui a survécu pendant une vingtaine d'années, seule sur une île de Californie. Le roman de Jean Hegland n'est pas particulièrement original - c'est lisse et même vaguement ennuyeux - mais il propose une vision optimiste de la fin de notre civilisation, avec un certain réalisme même si les dernières lignes sont porteuses de mysticisme...

Qui plus est, la lecture douce et fluide de Maia Baran nous fait immédiatement entrer dans cette histoire racontée par Nell, une jeune fille de 17 ans, qui tient un journal. Sa voix jeune convient parfaitement pour ce récit fait par une jeune fille encore naïve, pas sortie de l'adolescence.

Ce récit a l'avantage de rendre accessible la science-fiction et le roman de nature writting. C'est aussi un "miroir du réel, un outil de compréhension du monde"** rempli d'espoir contrastant avec des romans sensationnalistes ou pessimistes comme Je suis une légende de Matheson. Dans la forêt n'est pas un roman d'une grande orgininalité, les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais le récit rappelle l'importance de la nature et donne une place importance aux femmes tout en nous faisant penser le monde autrement, ce qui est déjà pas si mal !

Dans la forêt, Jean Hegland, Audiolib, lu par Maia Baran, France, 1 CD, 10h02, juillet 2019.

* Into the forest, Patricia Rozema, 2016, 1h41 avec Ellen Page et Evan Rachel Wood

** Estienne d'Orves Nicolas, "Et la science devint fiction", Hors-srie, Le point POP, Les chefs d'oeuvre de la science-fiction, novembre-décembre 2018.

Prix Audiolib 2020. Autres romans écoutés : Ici n'est plus ici de T. Orange, Le bal des folles de V. Mas

Sur le web : billet de Claudia, Lirelyne

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask
Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C'est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)[...]
https://www.franceculture.fr

INTO THE FOREST Trailer (2016)

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22 mars 2020

Le curé de Tours de Balzac : ISSN 2607-0006

Le curé de Tour

Quelle catégorie sociale Balzac va-t-il dépeindre dans Le curé de Tours ? Le clergé évidemment mais plus globalement les célibataires. Effectivement, on a les portraits antithétiques de deux hommes d'Eglise dans l'incipit de la nouvelle : l'abbé Birotteau est un homme simple, rond, joyeux. En revanche, le machiavélique abbé Troubert est "grand et sec", une figure avec une "expression pleine d'ironie ou de dédain", " une sombre physionomie" (p. 56). Leur antagonisme éclate lorsque le pauvre abbé hérite du logement de l'abbé Chapeloup, tenu par Mademoiselle Gamard.

Cette dernière harcèle le pauvre abbé lorsqu'elle s'aperçoit qu'il préfère la compagnie de la baronne de Listomère, vieille fille aristocratique tourangelle. Avec l'aide de l'abbé Trouvert, elle met en place mille mesquineries pour s'emparer de l'héritage de l'abbé Birotteau. Tout ceci se met lentement en place, le temps que Balzac plante le décor (la cathédrale Saint-Gatien), les habitudes de ses personnages, qui sont tous antipathiques, cupides et détestables. Même l'auteur de La comédie humaine se moque de ces petits événements ennuyeux, de ces querelles de chapelle : " C'était le combat du peuple et du sénat romain dans une taupinière, ou une tempête dans un verre d'eau" ( p. 90)

Soudainement, la vieille Gamard meurt et apparaît le génie balzacien ! Outre la peinture de célibataires - curés et vieilles filles - l'auteur de César Birotteau, le frère de l'abbé, entame le véritable sujet de son drame : la mainmise de l'Eglise sur l'Etat sous la Restauration. Madame de Listomère soutient le pauvre abbé mais elle se heurte à Troubert qui gravit les échelons écclésiastiques et possède le pouvoir de ruiner la carrière de son neveu, le baron de Listomère. Commence alors un formidable duel entre la baronne et Troubert qu'on peut résumer dans un génial duel langagier où le monologue intérieur apparaît en italique :

- "Le mal est fait, madame, dit l'abbé d'une voix grave, la vertueuse mademoiselle Gamard se meurt. (Je ne m'intéresse pas plus à cette sotte fille qu'au prêtre Jean, pensait-il; mais je voudrais bien vous mettre sa mort sur le dos, et vous en inquiéter la conscience, si vous êtes assez niais pour en prendre du souci.).

- En apprenant sa maladie, monsieur, lui répondit la baronne, j'ai exigé de monsieur le vicaire un désistement que j'apportais à cette sainte fille. (Je te devine, rusé coquin ! pensait-elle ; mais nous voilà mis à l'abri de tes calomnies. Quant à toi, si tu prends le désistement, tu t'enferreras, tu avoueras ainsi ta complicité" (p. 103). Et ainsi de suite...

Voici une peinture assez laide de la nature humaine et de la vie provinciale où dominent les rumeurs et l'hypocrisie, mais elle est rendue vivante par les trouvailles stylistiques et les expressions balzaciennes. Le curé de Tours complète ainsi la peinture politique sous la Restauration où tous travaillent à rétablir la religion...

Balzac, Le curé de Tours, suivi de Pierrette, Folio, France, mars 2018, 343 p.

LC avec Claudia. La prochaine LC aura lieu le 22 mars avec "Pierrette"

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : "Le curé de Tours", Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne :Ferragus, La maison Nucingen "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : " Fascino Cane",  Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

cathédrale saint gathien

Cathédrale Saint-Gatien de Tours

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18 mars 2020

Le bal des folles de Victoria Mas ; ISSN 2607-0006

Saviez-vous qu'au XIXeme siècle un bal avait lieu chaque année à la Salpétrière ? Les aliénées étaient heureuses de se montrer une fois dans l'année et les bourgeoises se réjouissaient de voir ces phénomènes... C'est cet événement particulier qui est un des thèmes du Bal des folles. Mais avant d'entreprendre le récit de cette soirée, l'auteur de ce premier roman entreprend, dans un roman choral, de nous présenter différentes femmes qu'on a enfermées dans cet établissement de sinistre réputation.

10 jours dans un asileLa salle de bal51GuEyer-tL

Avec un titre pareil, on craint d'entendre une histoire similaire à celle de La salle de bal d'Anna Hope : un drame romancé dans un hôpital psychiatrique. Le motif de la femme enfermée dans un asile apparaissait déjà dans les romans victoriens et M. Atwood s'en était emparée dans Captive pour raconter un fait divers, celui d'une meurtrière enfermée dans un asile pour échapper à la peine de mort.

Quant à Nellie Bly, elle infiltre l'asile de Blackwell's Island mais c'est pour dénoncer les traitements infligés aux pauvres femmes enfermées parfois à tort. Dans un récit à la première personne, elle décrit minutieusement ce qu'elle a vécu, enduré et vu dans de tel institut, non pas par goût du sensationnalisme mais elle exprime une véritable empathie pour celles qui sont considérées comme démentes : " Voici une grande joie apportée par mon travail : grâce à cette enquête, la commission des budgets de la ville de New York a octroyé un millon de dollars supplémentaire aux hopitaux psychiatriques de Blackwell's Island" (p. 124). Elle conclut ainsi son reportage, qui doit être absolument lu !

" Les vivants étaient plus dangereux que les défunts"

Mais revenons à V. Mas qui choisit plusieurs personnages féminins principaux pour montrer des points de vue différents sur les mêmes événements, autour de l'internement d'Eugénie, une fille de bonne famille. Elle tisse une histoire chorale où se dessine le destin de plusieurs femmes arrivées à la Salpêtrière : Louise a été abusée par son oncle, Eugénie voit des morts, l'infirmière Geneviève est hantée par sa défunte soeur... On est loin du ton factuel et descriptif de Nellie Bly, qui liste les objets et les personnes : les monologues intérieurs de tous ces personnages nous invitent à nous révolter face à l'injustice de ces enfermements abusifs, à compatir avec ces femmes malmenées par la vie ou par les médecins, à découvrir le regard d'une époque sur l'hystérie... Evidemment, avec un sujet pareil, la romancière a développé un arrière-plan historique bien intégré dans l'intrigue : le spiritisme, les séances de Charcot et le manque de connaissances sur la psychiatrie à l'époque et enfin l'émancipation des femmes. Le narrateur déclare : " Mais la majorité des aliénés le [internées] furent par des hommes. Sans mari, sans père, plus aucun soutien n'existe, plus aucune considération n'est accordées à son existence" ( plage 8).

Sur différents Audiolibs, des entretiens sont réalisés à la fin de l'écoute pour pouvoir connaître la genèse, les intentions de l'auteur, ses projets comme dans Civilizations de Binet ou dans Le bal des folles de V. Mas pour nous éclairer sur les intentions de l'auteur. La lecture d'Audrey Sourdive est très fluide et très agréable à écouter. Il faut dire qu'elle a commencé le théâtre à 5 ans et qu'elle a enregistré déjà plusieurs livres comme Mon amie Adèle, La goûteuse d'Hitler ou Ici n'est plus ici. Sa voix claire et nette permet de suivre avec plaisir cette histoire.

Ce livre qui a déjà reçu le Prix Première Plume 2019, le Prix Stanislas 2019, le Prix Patrimoine 2019 et le Prix Renaudot des Lycéens mériterait amplement d'être à nouveau récompensé !

Le bal des folles, Victoria Mas, Audiolib, lu par Audrey Sourdive, 2020, France, 1 CD, 6h45.

Bly Nelly, 10 jours dans un asile, reportage, Points, France, novembre 2016, 157 p.

Prix Audiolib 2020. Autres romans écoutés : Ici n'est plus ici de T. Orange

Sur le web : Bloch-Lainé Virginie, "Le bal des folles" : spirite, es-tu là ?, Libération, mis en ligne le 13 décembre 2019.URL : https://next.liberation.fr/livres/2019/09/13/le-bal-des-folles-spirite-es-tu-la_1751194

Le corps exhibé - Ép. 1/2 - Le bal des folles de la Salpêtrière
A l'hôpital comme au dehors, le temps est scandé par des célébrations : on fête Noël, le Nouvel An, et le carnaval de la mi-carême. L'hôpital de la Salpêtrière, accueillant exclusivement des femmes jusqu'en 1968, organisait au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe un bal de la mi-carême auquel étaient conviées quelques personnes de la bonne société parisienne.
https://www.franceculture.fr

Une_leçon_clinique_à_la_Salpêtrière

Une leçon clinique à la Salpêtrière Crédits : PAr André Brouillet, 1887

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15 mars 2020

The villainess Byeong Gil-Jeong : ISSN 2607-0006

THE VILLAINESS - Bande-Annonce (VF)

Comme vous pouvez vous l'imaginer, les vies des tueurs à gages ne sont pas des sinécures comme nous le prouvent John Wick, Léon, le Kaiser dans Polar* (de Jonas Akerlund) ou la vie de Sook Hee dans The villainess. Son père a été tué et elle rêve de le venger. Elle se marie à un homme qui va lui aussi mourir, en l'aidant à venger son père. Elle perpétue un véritable massacre envers les assassins présumés de son mari : c'est ainsi que commence le film, avec un long plan-séquence inspiré de Old boy de Park Chan Wook - couloir étroit et glauque, lumières verdâtre, assaillants innombrables. Après ce morceau de bravoure, la photographie du film reste très belle. Une fois arrêtée par la police, elle est engagée comme tueuse à gages pour un organisme.

Le scénario n'est pas follement orginal, en revanche, le montage est excellent : le réalisateur a pris soin de complexifier cette simple histoire de vengeance en faisant des retours arrières et en créant ainsi un récit semblable à un puzzle. Les personnages ne sont jamais ceux qu'on croit qu'ils sont ! Certaines scènes débordent d'hémoglobine mais d'autres ressemblent à celles qu'on peut voir dans des dramas coréens. Cependant, jamais le réalisateur ne tombe dans la mièvrerie, la facilité, et il arrive, à partir de son scénario déjà vu, à nous surprendre plus d'une fois. Plusieurs scènes sont spectaculaires, mais le film échappe aux stéréotypes grâce à une dimension sombre et une fin anti-hollywoodienne...

Présenté au Festival de Cannes, hors compétition, en 2017, ce thriller sud-coréen au scénario bien construit se révèle être une bonne surprise !

The villainess, de Byeong-Gil Jeong, Netflix, avec Ok-Bin Kim, Shin Ha-Kyun, Bang Sung-Jun, 2018, 2h03

Sur le web :
Douhaire samuel, "A voir sur Netflix : The Villainess et Minority report", Télérama, mis en ligne le 7. 09. 2019. URL : https://www.telerama.fr/cinema/a-voir-sur-netflix-the-villainess-et-minority-report,n5795285.php

vilainess

Byung-gil-Jung-film-hors-competition-The-Villainess-cannes2017

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