13 mars 2010

L'abîme de Charles Dickens et Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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L'abîme m'apparaissait comme une curiosité rassemblant l'écriture de deux célèbres victoriens. Malgré les avis très nuancés des blogolectrices, j'ai toutefois commencé la lecture du roman qui s'est révélée plaisante, voire comique avec ses personnages caricaturaux et son intrigue alambiquée amplifiant les caractéristiques des romans de Dickens et de Collins : à la mort de sa mère Walter Wilding apprend de la bouche d'une ancienne employée de l'Hospice des enfants trouvés, où il a grandi, avant d'être adopté par une femme fortunée, qu'il n'est pas le véritable Walter Wilding. Ce riche négociant  en vin, ébranlé par cette nouvelle, mettra tout en oeuvre pour retrouver le véritable Walter Wilding.

Jouant sur les coïncidences de la vie, de la petitesse du monde, qui provoque des rencontres surprenantes, nos deux auteurs font se croiser, de manière improbable, en Angleterre, puis en Suisse, tour à tour, un méchant Obenreizer, deux notaires Me Voigt et Mr Bintrey, et mademoiselle Marguerite, une jeune femme en détresse ! Ajoutons à ce petit monde, un caviste superstitieux et un amoureux transi, l'associé de Wilding, George Vendale. A partir de la quête de Walter Wilding, les situations rocambolesques s'enchaînent : mort soudaine d'un personnage qui "perdit connaissance... et [il] mourut", un autre affronte une terrible tempête dans les froides montagnes suisses et un faussaire doublé d'un meurtrier ! Certains épisodes semblent hâtivement rédigés et les dialogues parfois négligés.

Toutefois, le lecteur passera un agréable moment de lecture, dans ce qui semble être une parodie des romans respectifs de chaque auteur tant les ficelles de l'intrigue sont grosses. Le donquichottisme et la gentillesse extravagante des personnages, des enfants trouvés, perdus et à nouveau trouvés, les questions sociales utopiques de Dickens sont saupoudrés du suspense, des superstitions et de mystères propres à Wilkie Collins...

Les avis de Lou et des participantes au challenge Wilkie Collins addict sur le blog de cryssilda...

Wilkie Collins et Charles Dickens, L'abîme, les éditions du masque, 212 p.

Autre lecture de Wilkie Collins : L'hôtel hanté

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08 mars 2010

La souris bleue de Kate Atkinson : ISSN 2607-0006

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La souris bleue de Kate Athinkson, Livre de poche, 412 p.

chapitre 1 : Où on découvre la vie mouvementée de la famille Land. Cette famille comprend un père mathématicien, complètement absent, une mère, qui fait "tout par devoir, rien par amour", entourée de quatre filles, Amélia, Sylvia, Julia et Olivia, bouillonnantes de vie, au grand désespoir de leur mère ! Dans le lot, Olivia "fille de lumière", toujours accompagnée de sa souris bleue, sort du lot par sa beauté et sa mignardise. Un soir, où l'aînée et Olivia obtiennent la permission de dormir dehors, dans une petite tente, la petite dernière disparaît. Trente cinq ans de recherche n'ont pas permis de la retrouver.

Chapitre 2 : Où on découvre l'amour absolu d'un père pour sa fille. Théo, avocat, élève seul ses deux filles. Il est très proche de sa fille Laura qu'il adore et pour mieux la protéger des dangers extérieurs, il lui propose de faire un stage dans son cabinet : pour le premier jour de stage de sa fille, il est absent, et c'est ce jour-là que choisi un fou dangereux pour la tuer !

Chapitre 3 : Où on découvre la vie de Michèle. Michèle est une jeune mère, qui recherche la perfection dans sa vie. Pour pouvoir être une parfait épouse, elle s'occupe de sa fille, jardine, cuisine... jusqu'où jour où elle tue son mari à coups de hache dans un accès de désespoir.

Chapitre 4 : Où apparaît un détective privé... Jackson Brodie, ancien militaire et ancien inspecteur de police est devenu détective privé : il est chargé de trouver des chats, de surveiller une jeune hôtesse de l'air suspectée par son mari d'être infidèle... et est appelé par Amélia Land pour retrouver sa soeur Olivia. En effet, celle-ci, à la mort de son père, a retrouvé la fameuse souris bleue dans les tiroirs du bureau de son père... Que faisait le jouet d'Olivia dans le bureau de leur père ? Comme si cela ne suffisait pas, Théo Wyre fait aussi appel à lui, pour retrouver l'assassin de sa fille. Surgit aussi soudainement dans sa vie, la soeur de Michèle qui recherche l'enfant de cette dernière... Jackson se lancent alors dans une triple enquête pleine de rebondissements extravagants...

Avec causticité et humour, Atkinson nous plonge dans l'univers bouillonnant de vie de tous ses personnages, qui sont tous attachants et haut en couleur. Ce roman foisonne de détails et de vie, et on suit avec ravissement l'enquête de Jackson qui réserve bien des surprises. On retrouve avec plaisir des références et l'imaginaire de la littérature victorienne : Victor Land se représentait sa mère dépressive comme une folle typiquement victorienne, chemise de nuit blanche et échevelée, hantant les couloirs de sa maison tandis qu'Amélia la prude voudrait vivre dans l'univers des romans de James et est une lectrice d'Edith Wharton.  Mais le roman comporte aussi à côté de situations cocasses, invraisemblables, des aspects très sombres. Y sont aussi abordés nombres de sujets de la société contemporaine tels que les relations familiales...
Le ton est décapant ! L'auteur sait nous captiver grâce à ce roman enlevé, à la fois cinglante étude de moeurs et remarquable enquête policière.

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06 mars 2010

Orgueil et préjugés adapté par Joe Wright : ISSN 2607-0006

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Après avoir écouté de nombreuses remarques négatives de Lou, j'ai commencé à regarder le film de Joe Wright sans orgueil mais avec beaucoup de préjugés : résultat, je ne suis pas complètement convaincue par le film mais cette version est loin d'être un navet. Orgueil et préjugés n'est en rien une comédie sentimentale (sauf la scène où Elizabeth avoue ses sentiments sur fond de lever de soleil éblouissant de mauvais goût) et le scénariste a su garder les dialogues les plus ironiques du livre, notamment lorsque Darcy n'est pas dupe du comportement de Mrs Bingley, même si on peut déplorer la disparition de pans entiers de l'intrigue. On peut aussi noter des petites discordances, par exemple, en ce qui concerne le personnage de Georgina, soeur de Darcy, qui en le voyant, se jette sur lui, alors que dans le roman, elle est réservée et timide et montre un grand respect pour son frère ou Mr Bennet, plutôt falot et sentimental, loin de son caractère dans le roman... On peut crier à la trahison pour le décor de la maison des Bennet : jamais, Jane Austen n'a fait de la famille Bennet, de grossiers personnages vivant dans une ferme. A l'image de la jaquette, le film est parfois trop champêtre. Là où je rejoins tout à fait Lou, c'est dans le choix des costumes : les filles Bennet et surtout Elizabeth sont particulièrement mal fagotées et mal coiffées. Ce débraillé et ces problèmes capillaires se propagent aux autres personnages et Mr Bingley est affublé d'une coiffure complètement ridicule quant à Darcy, dans les scènes finales, il a les cheveux ébouriffés et une chemise entrouverte. Vous l'avez compris, les personnages sont très peu victoriens.
En revanche, Mrs Bennet et les plus jeunes soeurs sont assez proches de l'image que je m'en étais faite à partir du roman, jusqu'à la caricature. Ridicules à souhait et bruyantes. On peut louer aussi l'esthétique des images très lumineuses, aux couleurs  vives, et les paysages somptueux. J'ai retrouvé avec plaisir les personnages de Jane Austen et ce film se laisse regarder malgré un choix malheureux d'acteurs et un manque de piquant et de dynamisme... Je formule quasiment les mêmes reproches que Lou, envers ce film, mais cela ne m'a pas empêchée de passer un agréable moment...

En plus de l'avis critique de Lou, je rajoute celui, bien différent, de leslivresdegeorgeetmoi...

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04 mars 2010

Toute passion abolie de Vita Sackville-West : ISSN 2607-0006

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"Leonard et Virginia Woolf disaient de ce livre en 1931 qu'il était le meilleur de Vita Sackville-West. Elégance folle, finesse et charme rétro". Une pareille remarque ne peut qu'aiguiser la curiosité. Dans ce roman, on découvre la destinée de Lady Slane qui commence à revivre, à partir du jour où son mari meurt : véritable mythe vivant, vice-roi des Indes, membre du parlement, Lord Slane est une légende vivante mais, qui a ainsi relégué dans l'ombre sa femme, pendant toute sa vie. Femme dévouée, celle-ci élève leurs quatre enfants, Kay, Edith, Charles et Carrie, suivant son mari dans tous les coins du globe et surtout abolissant sa passion pour la peinture, au nom de l'amour qu'elle porte à son mari. Ses enfants cherchent à régenter sa nouvelle vie mais à quatre-vingt huit ans, Lady Slane est bien décidée à vivre comme elle l'entend : vivre de manière contemplative dans une petite maison de Hampteasd...
Vita Sackville est une véritable portraitiste. Quel don pour brosser des personnages originaux ! Sous sa plume fleurissent des excentriques : un milliardaire vivant comme un célibataire sans le sous et collectionneur d'objets d'art, Lady Slane qui a le sens de la beauté mais pas de l'argent, un propriétaire croyant aux théories millénaristes et aux chiffres prophétiques. Même Genoux, la fidèle servante de Mrs Slane, appartient à cette catégorie de personnages haut en couleur, parlant à son chat de manière théâtrale !

Les images envahissent le texte pour rendre plus tangible l'éphémère réalité de la vie, la fragilité des souvenirs. Et c'est là, lecteur, que tu risques d'être impatienté : les souvenirs de femme soumise de Lady Slane  ralentissent le roman qui perd son rythme alerte. Mais notre héroïne n'est pas à l'abri de nouvelles surprises. La passion peut-elle vraiment être entièrement abolie ?

L'écriture poétique des souvenirs alterne avec la verve sardonique des personnages tels qu'Edith ou Lady Slane, qui perçoit l'hypocrisie d'un monde régenté par l'argent et les ambitions, le jeu social qui a fait d'elle une femme soumise et qui a étouffé ses aspirations. Cette vieille dame anti-conformiste symbolise les rêves brisés, mais elle reste une femme hors du commun. Vita Sackville, avec finesse, raconte une vie au seuil de la mort, mêlée de mille réflexions sur le bonheur, sur le destin des femmes... tout en suscitant un monde rempli de sensibilité. Dans la lignée de l'écriture de romancières telles que V. Woolf ou K. Mansfield, avec délectation, le lecteur retrouvera une thématique et écriture post-victorienne : le chemin épineux des femmes au début du XXeme siècle.  Lien vers un billet très enthousiaste de Lou...

 Sackville-West, Toute passion abolie, Livre de poche, 221 p.

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27 février 2010

Shutter Island de Scorsese : ISSN 2607-0006

BANDE D'ANNONCE - Shutter Island

Accompagné d'un nouveau coéquipier, Chuck Aule, l'inspecteur Teddy Daniels se rend sur une île de Boston, qui renferme un asile psychiatrique pour criminels dangeureux : là, il doit enquêter sur la disparition de Rachel Solando. Comment une femme a-t-elle pu s'évader de sa chambre de patiente sans réveiller l'attention des infirmières et des surveillants ? Où peut-elle avoir disparu sur une île aux côtes déchiquetées ? Le marshal Teddy Daniels, dès son arrivée sur cette île lugubre, prend conscience d'événements insolites. Il pressent qu'on lui ment et qu'on lui cache la vérité. Pourquoi ?
En lisant le synopsis, j'ai tout de suite été attirée par l'intrigue de thriller noir. Effectivement, le scénario complexe sait admirablement jouer du suspense, de retournements de situation : le spectateur est plongé dans un lieu clos étouffant et mené en bateau du début à la fin. Savamment conçue comme un labyrinthe, l'intrigue étonne, fait douter le spectateur et l'emporte dans une tourmente onirique. Les décors, une tempête shakespearienne, une sombre prison labyrinthique contribuent à rendre l'atmosphère étouffante. Scorsese semble sonder les abîmes où l'homme peut sombrer : folie, meurtres, mensonge et réalité, où sont les limites ? On est balloté dans cette intrigue conçue comme un puzzle. Le film ne se révèle pas être un thriller mais une plongée en enfer, où inconscient et folie envahissent l'histoire : le doute nous saisit et nous lâche plus. Cependant, déçue dans mon attente première, le scénario n'en n'est pas moins vertigineux et l'atmosphère schizophrénique est très bien rendue.
Ce que j'ai beaucoup moins apprécié, ce sont les images d'horreur et l'humour noir, qui ne m'ont pas fait sourire, dans le contexte du film : quelques images horrifiques m'ont paru déplacé et rappellent les films grand guignolesques. Je n'ai pas non plus apprécié le jeu des acteurs, qui discrédite le film et la bande son n'est pas très convaincante non plus. Cependant, la fiction pose de manière étonnante des questions plus sérieuses, voire politiques : au sujet des malades mentaux et des grands criminels, comment les soigner ? Shutter Island aborde aussi la question de la Shoah et de la libération des prisonniers des camps nazis.
Une semi déception ou une semi réussite... comme l'avait été l'adaptation de Mystic River, roman du même auteur, Denis Lehanne, même si Shutter Island reste un film assez riche pour mériter un coup d'oeil et susciter l'intérêt. Vous trouverez un avis élogieux sur ce film sur le blog de calypso et un avis plutôt négatif de everkhorus.

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23 février 2010

Raison et sentiments adapté par Ang Lee : ISSN 2607-0006

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L'adaptation de Ang Lee du roman de Jane Austen est tout à fait plaisante. Raison et sentiments narre les déboires sentimentaux de deux soeurs que tout oppose. A la mort de leur père, les soeurs Dashwood, la sage et vertueuse Elinor, l'impétueuse Marianne, et leur mère Margaret sont obligées de s'exiler dans un petit cottage dans le Devonshire prêté par un cousin, John Middleton car leur maison revient à leur frère, Mr Ferrars. Dans leur nouveau cottage, elles font la connaissance de la grossière et bruyante Mrs Jenning qui espère le mariage rapide de ses jeunes et belles voisines...
Ce film est une belle galerie de portraits de la société bourgeoise anglaise du XIXeme siècle. Elinor incarne la raison : elle s'accommode calmement de leur nouvelle situation et se montre pleine de retenue dans ses amours avec le timide Edward Ferrars. Même lorsqu'elle souffre véritablement parce qu'il s'est déjà engagé auprès d'une autre jeune fille, dans le passé, elle ne parle que de résignation, de devoir et  d'honneur et pleure délicatement dans son mouchoir brodé. Pour Marianne, l'amour c'est la spontanéité, symbolisée par des personnages littéraires passionnés comme Juliette, Guenièvre... Elle se moque de la pondération de sa soeur aînée. "L'amour est-il fantaisie ou folie ?". Elle-même croit trouver l'amour dans la personne de Willoughby... mais que vaut une fille sans dot, dans cette ère victorienne, face à une jeune fille avec une rente de cinq mille livres par an ?  On appréciera tout particulièrement les seconds rôles très soignés : la ridicule et bruyante Mrs Jenning et son rire hystérique prêtent à rire, le sarcastique Mr Palmer (Hugh Laurie dans un rôle qui lui va comme un gant) et la détestable Fanny Ferrars complètent cette peinture des caractères.
Ce film est aussi une belle reconstitution de l'époque aussi bien dans les scènes bucoliques que dans la somptueuse scène de bal : décors, costumes et calèches sont impeccables. Le film de facture très classique sert bien une ambiance délicieusement surannée. Ang Lee et Emma Thompson ont su mettre en scène le dilemme entre les exigences du coeur et les exigences de l'argent et la question du mariage au coeur de l'oeuvre austenienne, sans mièvrerie, au contraire avec légèreté et humour...

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22 février 2010

Orgueil et préjugés de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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J'avais oublié combien Jane Austen pouvait être un auteur délicieusement ironique ! Je conçois bien tout ce qu'il y a de vain de parler d'une oeuvre très très connue mais j'ai tellement pris de plaisir dans cette relecture, que j'ai quand même voulu marquer quelques mots...

Jane Austen arrive à nous captiver avec l'histoire de la famille Bennet. Les soeurs Bennet sont toutes très différentes et en âge de se marier : la douce Jane, l'impétueuse Elizabeth, la laide et pédante Mary, et les deux cadettes, kitty et Lydia futiles et frivoles.  Lorsqu'un jeune célibataire, Mr Bingley, accompagné d'un autre jeune homme Darcy, s'installe dans la voisine et belle demeure de Netherfield, Mrs Bennet y voit tout de suite une opportunité de marier une de ses filles. Les filles Bennet se marieront-elles ? Surtout qu'un "entail", qui laisserait ces femmes dans le dénuement à la mort de l'original Mr Bennet, pèse comme une menace sur elles et attire, dans les parages, l'heureux bénéficiaire, Mr Collins.

Orgueil...
L'orgueil est incarné par Mr Darcy. Mille preuves de son orgueil vont être accumulées, tout au long de ce récit fort amusant : il dédaigne la société de Longbourn trop provinciale pour lui, pense qu'un mariage avec l'une des filles Bennet est une mésalliance... Mais peu à peu, il se sent attiré malgré lui, par la franche Elizabeth. L'amour sera-t-il vainqueur des préjugés ? Elizabeth épousera-t-elle un homme aussi orgueilleux ?
Et les préjugés...

Toute la bonne société anglaise est critiquée dans ce qu'elle peut avoir de rigide, d'hypocrite et de bienséant. Dans les premières pages, l'auteur entreprend de décrire les personnages en les installant dans un décor typiquement austenien, un bal. Mr Bennet, un homme sensé et sarcastique, est à l'opposé de son impétueuse femme obsédée par le mariage. Elle exulte de joie de savoir qu'il pleut dru sur la tête de son aînée, qui est allée rendre visite aux Bingley l'obligeant ainsi à rester chez eux, et la rapprochant ainsi d'un parti avantageux, sans se soucier que cette même pluie va se révéler dangereuse pour la santé de sa fille. Dès les premiers dialogues, elle est décrite de manière comique : "Oh ! mon cher Mr Bennet, s'écria-t-elle en entrant dans la pièce, quelle agréable soirée, quel bal réussi ! [...] Puis en voyant Jane, il [Bingley] a eu l'air charmé, a demandé qui elle était et, s'étant fait présenter, l'a invitée pour les deux danses suivantes. Après quoi il en a dansé deux avec Lizzy, la "boulangère" avec..."

- Pour l'amour du ciel, arrêtez cette énumération, s'écria son mari impatienté. s'il avait eu pitié de moi il n'aurait pas dansé moitié autant. Que ne s'est-il tordu le pied à la première danse!"

Le ridicule de Mrs Bennet n'a d'égal que le rire qu'elle suscite. Quant au coussin Mr Collins, tout aussi ridicule, il incarne l'ennui et la fatuité ! Tous les caractères et ses travers sont dépeints et les jeunes filles Bennet ne sont pas épargnées que ce soit Jane, l'aînée, parfaite femme victorienne, mesurée et retenue, ou les benjamines écervelées. Les préjugés des uns et des autres causeront bien du tort à certains de nos personnages et provoqueront plusieurs revirements de situation. Lydia pourra-t-elle épouser un homme endetté qui l'a enlevée et qui a mauvaise réputation ? Bingley verra-t-il la passion sous la retenue de Jane ? Sous couvert de bals et de mariage, la société bourgeoise anglaise est critiquée, moquée, caricaturée par l'écriture enlevée et légère de Jane Austen. Conventions, amour des apparences sont raillés sous la plume ironique de la romancière anglaise. On se laisse emporter par les différents revirements des sentiments des personnages. Quel bonheur que la lecture de ce roman ! Un véritable chef-d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne !

Et j'ajoute un lien vers un billet très détaillé et lu en anglais de Lou.

Autre lecture sur ce site : Lady Susan

 Austen, Orgueil et  préjugés, 10/18, 369 p.

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21 février 2010

Le secret de Noël d'Anne Perry : ISSN 2607-0006

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Tout nouvellement pasteur, Dominic Corde et sa femme Clarisse arrivent à Cottisham où Mr Winter, le pasteur de ce petit village, est parti pour un mois de vacances. Sur les lieux, les jeunes mariés découvrent un beau site et des gens tout à fait charmants. Nos deux amoureux vivent particulièrement heureux jusqu'au moment où Clarisse fait une macabre découverte dans la cave du presbytère...

Autant vous dire que je ne m'étendrai pas beaucoup sur un livre qui m'a ennuyée, peut-être dû à ma récente découverte enthousiaste de W. Collins, qui rend, en comparaison, ce roman policier très fade et que j'ai failli abandonner en cours de route. Nos deux jeunes héros n'ont aucune envergure et n'ont pas l'étoffe de grands détectives tels que Holmes ou Poirot. Ils n'ont pas non plus le charme piquant et irrévérencieux du couple Pitt. Les personnages secondaires brossés à grands traits sont tout aussi falots. La mise en place de l'intrigue est des plus lentes et des plus simples. Il ne se passe quasiment rien pendant 150 pages, à part les considérations de la parfaite ménagère qu'est Clarisse. Le dénouement est rapidement expédié dans les dix dernières pages... Je crois surtout que les sentiments mièvres de notre jeune couple m'ont agacée ou alors les bons sentiments qu'ils éprouvent pendant une période telle que Noël. Bref, ce n'est pas le meilleur roman d'Anne Perry et j'ai de beaucoup préféré Resurrection row ou Le cadavre de Bluegate Fields...

Vous trouverez un autre avis sur le site de Lou.

 Perry, Le secret de Noël, 10/18, Grands détectives,  188p.

 

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19 février 2010

Bright star de Jane Campion : ISSN 2607-0006

Bright Star de Jane Campion (Bande annonce VOSTFR)

"Tout objet de beauté est une joie qui demeure :/Son charme croît sans cesse, et jamais/Ne sombrera dans le néant." Ce sont les premiers vers prononcés par Fanny Brawne lorsqu'elle rencontre John Keats. Lentement, entre ces deux jeunes gens commencent à naître un amour impossible en raison de la pauvreté de Keats, puis de sa maladie.

Tout est sublime dans ce film extrêmement esthétique. On retient son souffle devant la force et la grâce de cet amour qui transparaît dans la poésie des lettres envoyées par Keats. Les paysages, accompagnant l'évolution des sentiments des deux jeunes héros, les champs jaunes de narcisses, la blancheur de la neige posée délicatement sur des branches noires, éblouissent par leur luminosité.  On se perd dans la contemplation de cette nature florissante ou hivernale.

Plus qu'un hommage aux vers de Keats ou au poète, Fanny est la véritable star de ce film. Eprise de mode, elle est, sous des dehors superficiels et insolents, une véritable créatrice de beauté. Ses robes style Empire saturent l'écran par leur élégance, leurs couleurs harmonieuses, leur extravagance. Volontaire, amoureuse passionnée, elle brave les conventions sociales qui empêchent son mariage avec le poète, mettant la passion au-dessus de la raison. Ce film est une ode à la beauté, magnifiquement incarnée par la véritable muse de Jane Campion, Fanny Brawne.

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18 février 2010

L'hôtel hanté de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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 W. Collins, quel maître du suspense ! Voici la quatrième de couverture :
" Fiancée humiliée, veuve manipulatrice et soumise évoluant dans une famille en apparence respectueuse des usages de la haute société victorienne... Qui est vraiment la comtesse de Narona ? Une intrigante prête à tout pour toucher une prime d'assurance sur la vie de son époux, ou bien la victime de craintes superstitieuses sur laquelle le destin semble s'acharner ? Entre Londres et Venise, Collins campe des personnages facettes multiples et complexes qui seront consciemment ou non, les complices d'une mort naturelle qui ne tardera pas à être suspecte. Un des grands romans de Wilkie Collins !
Wilkie Collins (Londres, 1824-1889) est incontestablement, dans la littérature victorienne, le maître de la déduction littéraire. Ses oeuvres essentielles (Armadale, La dame en blanc, Pierre de lune...) sont toutes parsemées d'emprunts aux faits criminels, son talent s'épanouissant dans des intrigues d'une grande complexité, mais aussi dans la maîtrise et la finesse de ses portraits psychologiques".

Admirez aussi la splendide couverture : Saint Cecilia de Watherhouse. Cette quatrième de couverture tient ses promesses : les premières pages du roman suscitent mille questions. Qui est cette femme dont on s'interroge sur sa santé mentale ? Est-ce une folle ou une femme superstitieuse ? Le docteur Wybrow apprend rapidement son identité, c'est la comtesse de Narona. Elle aurait volé le fiancé d'Agnès Lockwood, Lord Monbarry. Elle a une réputation d'aventurière et un frère joueur, le baron Rivar. A la mort de Lord Monbarry, la compagnie d'assurance enquête pour savoir si sa mort est naturelle ou si un meurtre a été commis avant de verser la prime d'assurance du lord. De plus, le courrier, Mr Ferraris, a mystérieusement disparu... Agnès, la fiancée délaissée, une des anciennes élève Mme Ferraris, Henry Westwick, frère du Lord et la comtesse de Narona ont des rôles importants et dramatiques à jouer dans cette intrigue captivante, qui nous emmène de Londres à Vienne.

Des fantômes, un peu d'ésotérisme, des meurtres et de nombreux rebondissements, notamment un dénouement spectaculaire et des plus originaux, caractérisent ce roman où le lecteur est assailli sans cesse par de nouvelles interrogations. A cette intrigue passionnante, s'ajoutent des commentaires caustiques du narrateur, sur les moeurs des Français ou des Italiens, s'opposant à la prude Angleterre, et qui égratignent aussi ses personnages : "les autres femmes, élevées suivant les préceptes et les habitudes modernes, en entendant parler d'une semblable conduite, eurent naturellement pour Agnès du dédain plein de compassion. A partir de ce moment elles ne parlaient d'elle que comme d'une personne "des temps jadis", curieux spécimen des vertus des vieux âges".
Une fois commencé la lecture de cette intrigue passionnante tournant autour de la mort et de la folie, de personnages mystérieux comme des sphinx et typiquement, on ne peut plus lâcher ce roman. Un roman fascinant et  un auteur merveilleux !
Collins, L'hôtel hanté, Edition de l'aube, 278 p.  (Challenge Wilkie Collins addict, de Cryssilda)

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