18 août 2010

Les lettres Edith Wharton : ISSN 2607-0006

 

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Cette petite nouvelle Les lettres reprend des thèmes chers à Edith Wharton, issu d'un milieu mondain new-yorkais décadent, en pleine mutation, à la charnière du XIX et XXeme siècle : le poids des apparences, les sentiments amoureux et celui de l'argent.

A cause de la mauvaise volonté d'une élève, et de l'entrevue qui s'ensuit avec Mr Deering, le père de l'élève, Lizzie, institutrice peu fortunée, se retrouve à embrasser son employeur, un peintre qui a fait un malheureux mariage. Peu à peu, une complicité se tisse entre ces deux personnages. Deux mois plus tard, à la mort de sa femme, Deering retourne en Amérique. Quels sentiments éprouvent-ils ? Quel destin attend notre héroïne ? "La richesse de cette vie cachée - voilà ce que la surprenait le plus ! Elle n'en avait jamais eu le moindre soupçon et s'en était tenue à suivre l'interminable sentier étroit de la routine comme un voyageur qui grimpe un raidillon dans le brouillard pour se découvrir, soudain, sur un éperon rocheux noyé de soleil, entre infini de l'azur et les abîmes vertigineux des vallées. Le plus étrange, c'était que les gens autour d'elle - tout le petit monde de la pension Passy - semblait cheminer sur ce même et morne sentier, absorbés par les cailloux sous leurs pas, ignorants de la splendeur au-delà du brouillard." Elle lui écrit des lettres qui restent sans réponse. Lorsque leur chemin se croise à nouveau, elle est devenue une riche héritière tandis que lui est ruiné et sans avenir...

On retrouve ici la magnifique plume de la romancière américaine Edith Wharton. Le début  et la fin sont très rapides, abrupts comme si la narration d'une intrigue n'avait pas réellement d'importance car ce qu'elle cherche à développer c'est le sentiment amoureux. Les métaphores printanières abondent mais c'est pour mieux cacher une réalité sordide.  Elle décrit la cruauté de la vie et le bonheur reposant sur un mensonge... car Lizzie est moins naïve que prisonnière de ses sentiments. Lorsqu'elle saura la vérité sur son mariage, elle refusera de la regarder en face. T. S. Elliot, je crois, disait que les gens ne peuvent supporter trop de réalité. Dans cette nouvelle psychologique, Edith Wharton sonde l'âme d'une jeune fille enfoncée dans ses illusions. On ne peut que regretter la brièveté de cette nouvelle, qui ne permet pas de développer ce thème, mais elle a su merveilleusement et brutalement décrire le désenchantement et les désillusions de la vie...

Wharton, Les lettres, Folio 2 euros, 92 p. (extrait du recueil Le fils et autres nouvelles).

Autres romans : Xingu, Chez les heureux du monde, Le triomphe de la nuit

Lu dans le cadre du challenge Edith Warthon de Titine, site plaisir à cultiver.

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15 août 2010

La maison Victor Hugo, Paris : ISSN 2607-0006

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http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/oeuvre/la-tourgue-en-1835

"En été surtout, c'était ravissant [...] le parfum des fleurs et des feuillages extrait par les fenêtres et la soirée avait lieu sur la place en même temps que dans les salons" (T. Banville, Mes souvenirs, 1882). Les arcades de la place des Vosges abritent la maison de V. Hugo où il habita pendant 16 ans de 1832 à 1848. Ouvert en 1903 sous l'impulsion de Paul Meurice, le musée Victor Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF) prend place dans un cadre bien agréable, dans l'hôtel de Rohan.

En commençant la visite, vous entrez dans l'antichambre qui est dédiée à l'enfance heureuse de l'auteur aux Feuillantines, mais c'est toute l'enfance qui est célébrée à travers des portraits de Léopoldine, ses jouets et des gravures... En continuant la visite, vous entrez dans un salon chinois qui présente un aspect tout à fait étonnant et correspond au décor de Hauteville Fairy, salon de Juliette Drouet à Guernesey. Décor foisonnant, ces gravures, porcelaines, meubles montrent le génie de décoration de V. Hugo qui chine et crée lui-même des meubles. Juliette Drouet le surnomme, dans sa correspondance, "son grand bibeloteur". Ces meubles chinées représentent une véritable curiosité et l'auteur a malicieusement inséré ses initiales et celles de Juliette dans les gravures...

Une fois la surprise passée de cette décoration, on entre encore dans un autre univers : la salle à manger d'inspiration médiévale, celle de J. Drouet, meublé à "la cathédrale" reflète le goût des romantiques pour le gothique, le Moyen-âge, l'histoire. A nouveau V. Hugo a détourné des meubles pour recréer d'autres meubles suscitant une ambiance chère à l'auteur de Notre Dame de Paris.

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http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?nnumid=69586

Dans chacune des pièces, la chambre de V. Hugo, son cabinet de travail, son salon de réception, on peut découvrir les gravures, les portraits peints par des grands artistes de l'époque tels que Dévéria, Louis Boulanger, chantre du romantisme, photographies de Nadar ou peintures de Bonnat qui a immortalisé V Hugo en "patriarche" à barbe blanche. De nombreux souvenirs des proches de l'auteur  sont aussi présents, comme les manuscrits, les dessins et les portraits se rattachant à Léopoldine, à J. Drouet... Le musée V. Hugo est un véritable hommage à ce célèbre auteur du XIXeme siècle et une agréable plongée dans le passé.

Maison de Victor Hugo, Paris musée, 127 p.

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12 août 2010

Le cadavre du métropolitain de Lee Jackson : ISSN 2607-0006

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Lee Jackson nous plonge dans le Londres victorien de la fin du XIXeme siècle : l'ère victorienne a de beaux jours devant elle et sert de cadre à cette première enquête de l'inspecteur Decimus Webb. On quitte les quartiers huppés des enquêtes d'Anne Perry, pour être jeté dans la corruption et les moeurs dissolues de Clark Market et dans  l'effervescence de la révolution industrielle. Le métropolitain vient de faire son apparition et c'est dans un de ses wagons de deuxième classe qu'une jeune fille est retrouvée morte. Un témoin, Henry Cotton, s'est enfui en laissant tomber un carnet. Parallèlement à ce meurtre, on découvre la vie sordide des femmes repenties du foyer de Miss Philomena Sparrow.... Heureusement, l'impassible inspecteur Webb veille sur les Londoniens...

L'auteur nous promène agréablement entre les flaques de boues, les quartiers mal famés, pluvieux, venteux, qui dissimulent derrière son brouillard de sordides personnages,- car que serait Londres sans son fog ? - et nous décrit la faune de Londres : bonimenteurs, crieurs de journaux, femmes aux vies dissolues...  Lecteurs, vous froncez les sourcils, car où tout ceci va-t-il nous mener ? Il y a une enquête n'est-ce pas à mener et un assassin à découvrir. Cependant les courts chapitres fragmentent trop l'histoire qui se met très lentement en place, multipliant les parcours de différents personnages. Dommage aussi, le personnage de l'enquêteur est assez peu présent, et ne présente aucune caractéristique originale. L'écriture est aussi très banale, quoique sous des allures de récit du quotidien des personnages, la trame peut paraître assez romanesque... Cependant l'auteur s'entend à créer un suspense qui va crescendo et vers une fin insoupçonnable et pas des plus gaies. Le personnage le plus intéressant serait ce Henry Cotton, sorte de journaliste assez dickensien dans son projet d'écrire sur les bas-fonds de Londres car finalement l'intérêt de ce roman policier réside dans cette description du Londres des années 1850.

 Jackson, Le cadavre du metropolitain, 10/18 grand détective, 286 p.

L'avis de Lou et celui de Lilly...

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08 août 2010

Chez les heureux du monde d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

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"Lily savait qu'il n'est rien dont la société se venge plus durement que d'avoir couvert de sa protection des gens qui n'ont pas su en profiter : c'est pour avoir trahi sa complicité que le corps social punit le coupable qui se laisse prendre. Et, dans le cas présent, il n'y avait pas de doute sur l'issue"...

Edith Wharton a su délicieusement peindre la société new-yorkaise, pour l'avoir fréquentée. Elle la décrit admirablement dans Chez les heureux du monde, qui raconte la destinée de Lily Bart, jeune fille sans appui et sans argent, évoluant dans les hautes sphères de l'aristocratie New-yorkaise : elle est admirée pour sa beauté "décorative" et adulée par tous les hommes qui l'approchent. "Au-delà" - devise de Lily - des dorures, des faux-semblants et des artifices se cachent des codes impitoyables à ne pas transgresser. Les rumeurs et les médisances de sa propre classe sociale briseront sa réputation pourtant sans tache.

Il y a un peu de Proust dans cette description d'une société new-yorkaise, qui vit régentée par ses propres codes, comme la coterie des Verdurin, le côté de Guermantes... Féroce satire des arrivistes, des aristocrates, la plume sans concession et ironique d'Edith Wharton n'épargne personne, pas même son héroïne lucide mais attachée à des valeurs qui la perdront. Les splendeurs et les misères de Lily sont le reflet d'une aristocratie décadente, bientôt supplantée par une nouvelle caste. Sous les froufrous des jupes, les grandioses réceptions, les bals, les masques tombent.
Il y a un peu de Jane Austen dans la destinée de l'héroïne, qui oscille au-dessus d'un gouffre, entre argent et mariage. Tragédie sociale, Chez les heureux du monde est aussi un tragédie de l'amour. Entre le riche mariage qu'elle rêve de faire et son amour pour Selden, elle hésite mais le poids de la société et ses choix, faits en dépit des conventions, transformeront sa vie en une poignante tragédie.
Cependant l'écriture d'E. Wharton est inimitable dans sa poésie et dans sa mélancolie et on souffre, on frémit et on pleure en même temps que l'émouvante miss Bart.  On ressort de cette lecture, ébloui par la fluidité et la beauté de l'écriture de cette romancière mais aussi étreint par une grande tristesse pour le sort de l'héroïne. Un livre à lire absolument pour sa délicate peinture des moeurs américaines du début du XXeme siècle et découvrir une héroïne hors du commun...

Wharton, Chez les heureux du monde, Livre de poche, 427 p.

Autres romans : Xingu, Le triomphe de la nuit

Challenge Edith Wharton  de Titine. Lu aussi par Lilly.

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24 juillet 2010

La duchesse de Langeais de Balzac : ISSN 2607-0006

Balzac (biographie du Larousse) écrit en marge de La comédie humaine, L'histoire des XIII, qui comprend La fille aux yeux d'or, Ferragus et La duchesse de Langeais : dans ce dernier roman de quoi va-t-il nous parler ? Il a connu un drame passionnel et un échec amoureux avec la duchesse de Castries, mais le réel a été transposé en matériau littéraire dans La duchesse de Langeais. Un général recherche une femme, jusque dans un couvent en Andalousie et dès le début, il est question d'un "drame secrètement intéressant qui jamais ait fait battre un coeur d'homme" (p.61). Mais Balzac s'entend à tenir son lecteur en haleine par une narration originale en commençant par la fin, l'auteur nous entraîne ensuite, dans une analyse de toute la société parisienne pour entrer ensuite dans le vif de l'intrigue !

D'une manière à laquelle l'auteur nous a habitué, une longue digression permet à l'auteur du Père Goriot de critiquer avec virulence le Faubourg Saint-Germain, cette aristocratie qui n'a pas su se moderniser ni s'adapter. Publié en feuilleton, Balzac maintient le suspense en retardant l'intrigue principale et en donnant son point de vue politique sur la société parisienne. L'auteur donne-t-il une leçon ? Cette digression est-elle étrangère à l'histoire ? Non, l'auteur montre l'influence du milieu sur la duchesse de Langeais, produit de ce milieu déliquescent.

Justement revenons à la duchesse de Langeais  : elle est la parisienne dans toute sa dissimulation, une rouée maîtrisant les codes de sa caste, fréquentant les salons et mal mariée, et elle va chercher à séduire Montriveau, se l'attacher à elle mais sans se donner. Quant à lui, ce général de l'Empire, présenté comme un aventurier au fort caractère, il tombe pour la première fois amoureux sans connaître les usages de ce milieu. L'auteur déploie alors la peinture d'un passion exacerbée : tout chez ce romancier paraît plus grand.

Balzac, à travers des généralisations, amène la lumière aussi bien sur les salons parisiens que sur les sentiments des personnages. Certes le passage entre les différentes parties est quelque peu abrupte. Certes le ton est hyperbolique et les personnages comme dans La fille aux yeux d'or sont frappés d'excès, mais quelle passion n'est pas hyperbolique ? Si l'écriture du romancier est reconnaissable et le thème déjà présent dans son oeuvre, l'auteur a su remarquablement renouveler la peinture sociale et amoureuse de son temps.

 Balzac, La duchesse de Langeais, Livre de poche, 224 p.

Autres romans : La fille aux yeux d'or, Le père Goriot

Lecture commune avec Cess, challenge au bon roman de Praline.

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20 juillet 2010

La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt : ISSN 2607-0006

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"Ce qui est intéressant dans une énigme, ce n'est pas la vérité qu'elle cache mais le mystère qu'elle contient", dit l'un des personnages dans la dernière nouvelle du recueil La rêveuse d'Ostende. Et E. E. Schmittt crée une atmosphère, dans chacune des cinq nouvelles, nous plongeant savamment dans un monde entre imagination littéraire, rêve et réel...

"Les mauvaises lectures" : Maurice Plisson, un professeur d'histoire dédaigne les romans qui ne sont que mensonges et fictions et déclare : "Que découvrais-je avec les romanciers qui privilégient la fantaisie ? Non mais dites-moi quoi ?" Prenant l'exemple de "la marquise sortit à 5 heures", il dénonce l'arbitraire du langage romanesque. Vaguement misogyne, hypocondriaque, couard, méprisant tous ouvrages non scientifiques ou historiques, il juge commercial tous autres livres. En vacances avec sa cousine Sylvia, il lit par hasard la quatrième de couverture d'un roman qu'elle vient d'acheter dans une grande surface, La chambre des noirs secrets de Chris Black. Pour lui, c'est le comble de la vulgarité ! Cependant, il est question d'un livre du XVI siècle dans la présentation de l'éditeur. Quel peut-être ce livre ? Dérobant secrètement ce roman, il commence la lecture de cette histoire d'agent secret qui le captive complètement, où il est question de pièces secrètes, de chants mystérieux entendus à travers des murs... Son imagination débordante, et un secret que refuse de révéler sa cousine l'amène dans une situation des plus cocasses : a-t-il réellement vu un homme dans la maison qui chercherait à les cambrioler ? Le cri de la chouette ne serait-il pas un signal entre voleurs ? S'imaginant entourés d'ennemis et se prenant lui-même pour un personnage du roman de C. Black, son imagination s'emballe de manière comique... jusqu'à un dénouement tragique révélant tout l'humour noir de E. E Schmitt ! Une nouvelle à chute rondement menée et extrêmement drolatique !

"La rêveuse d'Ostende" : Après une rupture sentimentale, le narrateur écrivain décide d'aller se reposer à Ostende, lieu qui l'a toujours fasciné. Il est logé chez une vieille dame, Emma Van A. malade et insignifiante aux yeux de sa propre famille. Sa nièce déclare que sa vie n'a été que vacuité... Cependant, le narrateur est surpris par ses paroles : "D'un amour essentiel, on ne s'en remet pas.". Aurait-elle connu l'amour malgré les dires de sa famille ? Après un infarctus, Emma lui fait des aveux étranges : elle aurait eu une aventure avec un prince ! Un prince ? N'est-elle pas en train de s'imaginer une vie de rêvée ? Sa maison s'appelant la villa Circée, ne confond-elle pas L'Odyssée et sa propre vie ? Le jour de la mort de la vieille dame, la vérité éclate enfin... Une très belle histoire d'amour, pleine de suspense.

"Le crime parfait", "La femme au bouquet" et " La guérison " mettent aussi en scène des personnages aux prises avec leur imagination. A chaque situation nouvelle, E.E. Schmitt nous montrent que sous des apparences anodines, la vie nous réserve de surprenantes révélations. Si "La femme au bouquet", se révèle un peu décevante, trop courte et à la limite du fantastique et "la guérison" moins captivante que les autres nouvelles, ces récits sont vraiment à découvrir pour leur fraîcheur, leur humour et le rôle de l'imagination... Une belle découverte !

Schmitt, La rêveuse d'Ostende, Livre de poche, 246 p.

Lecture dans le cadre "découvrons un auteur de Pimprenelle" : 

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18 juillet 2010

Crime par ascendant de Ruth Rendell : ISSN 2607-0006

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Martin Nanther décide de rédiger la biographie de son arrière grand-père, médecin ordinaire de la reine Victoria, spécialisé dans des recherches sur l'hémophilie. Lecteur, vous vous demandez certainement pourquoi et quel intérêt peut-il y avoir à écrire sur la vie d'un Victorien terne et sans histoire. Cependant, dès le début de sa collation de manuscrits et de documents, il découvre stupéfait des zones d'ombres et des éléments troublants.

Où il est question d'une lettre mystérieuse : mêlant adroitement les recherches sur la vie de son grand-père et sa vie personnelle de pair au Parlement, Martin va mener une enquête, après avoir reçu une lettre, sur un meurtre et une personnalité, vieux de plus de 150 ans, car la fille d'Henry a écrit dans cette lettre à une de ses soeur "qu'il a commis des actes monstrueux". Est-il l'assassin de sa première fiancée ? Pourquoi épouse-t-il  Edith, fille d'un avocat obscur et dans la gêne plutôt qu'Olivia, une fille richement dotée ?

Où on découvre un narrateur attachant : Narration à la première personne, Crime par ascendant met en scène un personnage principal plutôt atypique. Sous son costume guindé de pair, et ses cravates, le narrateur a une imagination débordante. Mais surtout, sous des allures de goujat, Martin reste lucide sur ses désirs, espoirs et sentiments. L'auteur arrive bien à nous décrire ses états d'âme et ses pensées contradictoires sur la paternité, à la fois égoïste et désireux de faire plaisir à sa femme qu'il adore... S'il n'est pas aussi sombre que son arrière grand-père, ses pensées ne sont pas toutes très catholiques !

Où on découvre l'époque victorienne : Difficile dans un premier temps de rentrer dans l'histoire où les noms abondent et les détails foisonnent et où on apprend en détails le système du parlement, la chambre des lords, que connaît bien son auteur pour la fréquenter. Et pourtant l'écriture minutieuse, quasi journalistique, nous entraîne à travers les très courts chapitres, dans une histoire très sombre et très mystérieuse. Jamais l'ennui ne s'installe malgré les longues descriptions. Ce n'est pas un roman historico-policier à proprement parler car l'intrigue se passe dans le monde contemporain mais de nombreuses références aux moeurs victoriennes sont souvent évoquées et comparées à la société actuelle permettant à la romancière de montrer l'évolution des moeurs et de la condition de la femme.

" Une autre élément curieux de cette affaire me vient à l'esprit. Henry devait connaître les Henderson avant de monter le coup de main de Gower street, et il n'aurait pu les connaître qu'en menant des recherches à leur sujet. A-t-il eu recours  à une agence de détectives privés ? A un personnage similaire à Sherlock Holmes ? J'ai en tête l'image relativement sinistre, très victorienne, un personnage tout droit sorti de Wilkie Collins, suivant Samuel, surveillant sa maison, liant conversation avec le vieux M. Quendon quand il sortait pour son "petit tour", reluquant les jeunes filles depuis le pas de porte d'une boutique. Mais pourquoi ? dans quel but ? "(p. 241) Enquête bien agencée, elle ne manque ni de références littéraires, ni d'humour, ni de suspense car chaque chapitre accumule son lot de surprises et de questions, de découvertes et la vérité éclate encore plus sinistre qu'on ne le croit ! Ruth Rendell a su remarquablement bien mêler vie intime et contemporaine du narrateur, ses doutes et ses interrogations sur sa vie familiale, et une terrible enquête d'un "crime" odieux se déroulant sous l'ère victorienne. Une enquête captivante...

Rendel, Crime par ascendant, Livre de poche, 510 p.
Merci à Bob et à Livre de poche pour ce partenariat.

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16 juillet 2010

La mystérieuse affaire de Styles d'Agatha Chritie : ISSN 2607-0006

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Dans ce premier roman écrit en 1920, Agatha Christie (biographie du Larousse) pose les bases du whodunit, qui lui apportera le succès : la mort par empoisonnement a été commis dans une chambre où tous les verrous étaient fermés. Plusieurs indices mettent le lecteur en déroute : un fragment de testament retrouvé dans un tas de cendre, une tasse en miettes, quelques fibres de tissu vert, une tache de cire sur le sol, voici les indices qui permettront à Hercule Poirot de retrouver l'identité du criminel. Lecteurs, saurez-vous faire les mêmes déductions que le détective belge ?

Plusieurs personnages sont suspects : chacun d'eux a un mobile, qui aurait pu les amener à tuer Lady Emily Inglethorp. Lorsqu'elle agonise, celle-ci s'écrie "Alfred" : son mari serait-il le coupable ? Tout semble l'indiquer, ce dernier étant de 20 ans son cadet et d'un milieu modeste. Mais ses beaux-fils, John et son frère Lawrence, pourraient aussi convoiter l'héritage conséquent qu'elle leur laisse. Sont aussi présents sur les lieux du meurtre, Mary Cavendish, la femme de John, Cynthia, la fille d'une amie d'enfance d'Emily et le docteur Bauerstein, un spécialiste en toxicologie. Mais surtout, Agatha Christie a eu soin d'inventer son exceptionnel  détective Hercule Poirot : " Poirot était un homme au physique extraordinaire. Malgré son petit mètre soixante-deux, il était l'image même de la dignité. son crâne affectait une forme ovoïde, et il tenait toujours la tête légèrement penchée de côté. Sa moustache cirée, lui conférait un air martial. Le soin qu'il apportait à sa tenue était presque incroyable, et je suis enclin à penser qu'il aurait souffert davantage d'un grain de poussière sur ses vêtements que d'une blessure par balle". Et pour que Poirot paraisse encore plus brillant et logique, la romancière anglaise lui adjoint un comparse "aux hypothèses échevelées". Lecteurs, évidemment, vous aurez reconnu le naïf Hasting. Pauvre Hasting qui est pour Hercule Poirot ce que Watson est pour Sherlock Holmes. :

" - Mrs Howard et vous-même [Hercule P.] semblez vous comprendre à merveille, lui dis-je [Hasting] avec quelque froideur. Mais peut-être n'avez-vous pas remarqué que je n'étais pas dans la confidence ?

- Pas possible ? C'est vrai mon bon ami ?

- Oui, éclairez-moi, s'il vous plaît..."

A la fin de l'enquête, après moult péripéties qui nous amènent à soupçonner tour à tour tous les personnages, Poirot réunit, pour ce qui deviendra comme un rituel, tous les membres de la demeure de Styles Court pour donner les explications qui dévoilent le nom du coupable, qui est toujours celui auquel on pense le moins. Une première enquête très classique, mais l'ingéniosité légendaire de Poirot, le style désuet font le charme de cette enquête bien distrayante.

Christie, La mystérieuse affaire de Styles, Livre de poche, 222 p.

Autres romans : Les indiscrétions d'Hercule Poirot, Poirot joue le jeu,

Lu dans le cadre du Lady swap de Titine et Lou.

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13 juillet 2010

La femme de hasard de Jonathan Coe : ISSN 2607-0006

 

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Ma chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a si bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence étaient peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".

Et puis passées les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser.  Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle déception ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou le livre va-t-il te tomber des mains ?

Maggie

 

Dear Maggie,

C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes, de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée), puis je suis courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.

Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff). Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.

Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisse presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !

Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah)

PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…

Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,

Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit : tout d’abord, je suis ravie de voir que ce livre t’ait plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées par inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !

Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.

Maggie

Correspondance avec Lou.

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11 juillet 2010

Série Z de J. M. Erre : ISSN 2607-0006

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"Plus il ne paye pas de mine, moins il n'est pas coupable". Lecteurs, regardez-vous des films de Série Z ? C'est le cas de Félix Zac, anti-héros de série Z de J.M. ERRE, qui maîtrise sur le bout des doigts, Retour des tomates tueuses, L'attaque des sangsue géantes, des clowns tueurs de l'espace, Les rats de l'Apocalypse...

Félix, trentenaire, ayant une femme, une fille,  écrit des scénarios de films inachevés où des septuplés se clonent pour monter une équipe de foot ou bien un détective narcoleptique enquête tout en dormant 20 heures par jour... Situation très banale me diriez-vous ! Cependant, le dernier scénario, qui a pour titre l'Hospice de l'angoisse, a été repéré par Boudini, un réalisateur-boucher. Félix, l'artiste maudit, va-t-il enfin réaliser son rêve ?

Ainsi les héros de son film sont des acteurs retraités ayant la fâcheuse manie de disparaître. Enlèvement par extraterrestre ? Diminution de taille ? Invisibilité ?
Vous l'avez compris : ce livre parle de série Z, défini par l'auteur lui-même : "Au cinéma on désigne sous le nom de série Z une catégorie de films moqués pour leur budget insignifiant, leur médiocrité technique et leur pauvreté artistique. " Mais Félix n'écrit pas seulement des intrigues de films "bis", il tient un blog et devient enquêteur malgré lui lorsque la réalité rejoint la fiction et que de véritables disparitions ont lieu dans la Niche Saint Luc, une maison de retraite d'acteurs de série Z. Commence alors une enquête délirante...
Difficile de ne pas rire devant cette parodie de blog, de scénario de film Z et la caricature de la vieillesse. Clins d'oeil, jeux de mots, l'auteur use allégrement  d'humour noir et d'humour potache... Série Z est aussi une parodie de romans policiers. Divertissant ? Distrayant ? Non, complètement hilarant et J.M. Erre, par de nombreux rebondissements et par ce livre peu sérieux, voire irrévérencieux, sait nous faire rire jusqu'à la dernière page ! Cependant, à lire à petite dose pour ne pas faire de cauchemars sur les dentiers, charentaises, pacemaker et déambulateurs, accessoires indispensables de la Niche Saint Luc !

Erre, Série Z, Buchet et Chastel, 366 p.

Lu par Lou...

Posté par maggie 76 à 08:19 - - Commentaires [16] - Permalien [#]