15 mai 2019

La mémoire assassine de Kim Young-ha : ISSN 2607-0006

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http://www.editions-picquier.com/ouvrage/ma-memoire-assassine-2/

Parmi les auteurs sud-coréens, voici encore un auteur à découvrir, dont vous trouverez la biographie sur le site Picquier et une bibliographie.

Un ancien tueur en série, Kim Byeong-su, croit qu'on veut tuer sa fille adoptive Eun-hee. Ce narrateur écrit dans un carnet comment malgré la maladie d'Alzheimer et ses soixante-dix ans, il décide de la sauver et de supprimer cet homme. Mais comment faire lorsqu'on ne souvient même plus de son nom ? "Ce matin, j'ouvre les yeux et me retrouve dans un endroit inconnu. Je me lève d'un bond et enfile à la va-vite mon pantalon avant de sortir en courant de la maison. Un chien que je vois pour la première fois aboie en me voyant. Tandis que je m'agite en tous sens pour retrouver mes chaussures, j'aperçois Eun-hee qui sort de la cuisine. En fait, je suis chez moi. Heureusement que je me souviens encore de Heun-Hee. (p. 51)".

A personnage atypique, histoire atypique. Tout en philosophant et en écrivant de la poésie, le vieillard qui cite Montaigne ("Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie". (p. 12)) tente tant bien que mal - et plutôt mal - de commettre son dernier meurtre. La narration est fragmentaire, parcellaire et nous n'avons accès qu'à ce que note Kim. Rien de morbide, ni de macabre, l'auteur faisant de l'humour noir : " Lorsqu'on voit du sang goutter du coffre d'une Jeep de Chasse, on peut penser qu'il s'agit d'un chevreuil mort, mais moi, dans un cas comme celui-là, je pars plutôt de l'hypothèse qu'il contient un cadavre humain. Ca me paraît plus probable." ( p. 20). On retrouve beaucoup du ton et du style des films coréens comme The stranger de Na Hong-Jin ou Memories of murder, de Bong Joon Ho - cité par le narrateur - qui ont su renouveler le cinéma de genre. Ce court récit, savamment construit mais qui déconstruit les codes du roman policier, vous mènera à une fin surprenante  et donne envie de découvrir d'autres récits de cet auteur.

Kim Young-Ha, La mémoire assassine, Picquier Poche, 151 p.

Sur le web : A girl from earth,

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12 mai 2019

Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska : ISSN 2607-0006

DIEU EXISTE SON NOM EST PETRUNYA (2019) HD Streaming VOSTFR HD1080

Voici un film macédonien à ne pas rater ! Il était une fois une femme de trente ans, historienne sans emploi, victime des humiliations de sa mère, jugeant sa fille vieille, moche et incapable. Un jour, lors de la cérémonie orthodoxe de l'Epiphanie, elle assiste au lancer de croix qui apporte richesse et bonheur à celui qui l'attrappe. Seuls les hommes ont le droit d'aller la chercher. Sur une impulsion subite, Petrunya se jette dans l'eau et ressort victorieuse ! Rompant les traditions, les croyances et bravant l'autorité des hommes, elle est poursuivie comme une fugitive lorsqu'elle s'empare de la croix !

Si Dieu existe, son nom est Petrunya ressemblerait à un thriller féministe si la réalisatrice Teona Strugar Mitevska n'avait pas pris le soin de déconstruire bien des codes et des cadres filmiques. De nombreux regards face caméra interpellent le spectateur sur le sort des femmes, que ce soit celui d'une journaliste en prise avec ses problèmes familiaux, avec son cameraman ou que ce soit celui de Petrunya face à un patron qui tient des propos sexistes et des policiers machistes.

Mais la réalisatrice ne traite pas banalement que du féminisme, elle questionne plus globalement une société enfermée dans ses préjugés, "cimentée comme au Moyen Age" comme dirait la journaliste. Petrunya est donc "un mouton déguisée en loup" pour affronter les problèmes posés par la société contemporaine. Toujours séparée des autres par des vitres, des grillages ou une longue table d'interrogatoire, l'héroïne doit faire face à des convenances qu'elle saura dépasser.

Ne pensez pas que vous allez ennuyer vous car l'arc narratif ne cesse de surprendre à partir d'une situation initiale absurbe mais qui a réellement existée. Le film n'est pas dénué d'humour avec des scènes cocasses, où la mère de Petrunya profite d'un passage à la télévision pour pouvoir demander de l'emploi pour sa fille ou diverses interviews qui critiquent le non-sense de cette histoire. Surtout le film repose sur une actrice incroyable, attachante et rebelle par rapport aux conventions. La photographie du film est magnifique ! Ce long-métrage est une merveille !

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Copyright sistersandbrothermitevski

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Copyright Pyramide International

Dieu existe, son nom est Petruyna, de T. S. Mitevska, 2019, 1h40, avec Zorica Nusheva.

Sur le web : Dasola, billet dans lequel on trouve deux liens : Missfujii, Mymp,

Débat sur Dieu existe son nom est petruyna, Le cercle. Animé par A. Trapenard. Diffusée le 10 mai 2019. URL : https://www.mycanal.fr/cinema/debat-sur-dieu-existe-son-nom-est-petrunya-le-cercle-du-05-03/p/1534973

Sotinel Thomas, "Dieu existe, son nom est Petruyna" : échapper au joug du patriarcat par la nage", Le monde, mis en ligne le 1 mai 2019 . URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/05/01/dieu-existe-son-nom-est-petrunya-echapper-au-joug-du-patriarcat-par-la-nage_5456961_3246.html

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10 mai 2019

Martin Eden de Jack London : ISSN 2607-0006

 

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/martin-eden-9782367626888

Peut-être avez-vous déjà lu L'appel de la forêt de Jack London pendant votre enfance ? Peut-être que Croc-Blanc, ou Le peuple de L'abîme ont fait partie de vos lectures ? J'ai aussi lu de cet auteur Les contes des mers du sud, La peste écarlate et surtout Martin Eden. Les biographèmes sont nombreux dans ses récits qui portent l'empreinte de ses voyages au Klondike ( L'appel de la forêt) ou de son métier de marin.

Quels souvenirs ai-je gardés de Martin Eden lu il y a une vingtaine d'années ? Roman d'inspiration autobiographique, Martin Eden, pauvre jeune homme, tombe immédiatement amoureux de Ruth. Mais elle appartient à l'élite sociale empêchant Martin de se croire digne d'elle. Pourtant, c'est un homme qui s'est cultivé en autodictate, comme l'auteur. La fin funeste participe de l'aura romanesque de cette histoire d'amour impossible et du parcours atypique de Martin. " la lutte pour la survie" ( chapitre III), l'omniprésence de la nature, et la férocité de la société sont des thèmes qui traversent toute son oeuvre.

C'est grâce à la voix de Denis Podalydes que nous entendons l'histoire de Martin Eden ( vous pouvez écouter un extrait ici). La lecture est bein évidemment de belle qualité mais un peu monotone. La lecture est bien articulée, la voix est nette. Le ton égal permet une écoute agréable jusqu'à la fin du récit, sans avoir rien de remarquable.

Quelle finesse dans la description de la psychologie des personnages ! Martin Eden étant un pauvre marin mais intelligent, il exprime ses pensées à travers des métaphores et des images marines : " Dans son désarroi, il se comparait à un marin dans un navire inconnu, par une nuit noire, aux prises avec un gréement inaccoutumé.", ressent-il lorsqu'il discute avec Ruth (chapitre I) . Evidemment, double de l'auteur, Martin Eden est un conteur réaliste hors pair : "Il redevint lui-même et se plut à brosser un tableau réaliste de sa vie devant son auditoire. [...] Revivant la scène, en conteur inspiré, il leur peignit les flots déchaînés, les hommes et les navires avec une telle puissance d'évocation qu'ils finirent par voir de leurs propres yeux ce qu'il avait vu"(chapitre II). Quelle naïveté dans le caractère du personnage ! Mais comme il est touchant aussi dans sa lucidité féroce !

Les descriptions des classes sociales sont tout aussi saisissantes. On nous décrit avec de nombreuses images la vie de ces ouvriers comme la soeur de Martin, les grisettes qu'il rencontre, et celle des nantis comme Ruth et ses frères ou les estivants de l'hôtel où travaille le héros. Pour gagner de l'argent, il devient blanchisseur. Sans idéalisation, l'auteur du Peuple de l'abîme décrit l'engrenage de l'alcool, de l'endettement, de la précarité. Les bourgeois, qui refusent de voir "le vrai visage de la pauvreté" ne sont pas épargnés et caricaturés à travers des répétitions subsumant leur mode de vie : "valeurs établies" et convenances.

La critique des apparences et des préjugés n'a rien perdu de sa force : " Une chose était sûre : dans la mesure où les Morse n'avaient pas voulu de lui à cause de ce qu'il était et de ce qu'il écrivait alors, ils ne pouvaient l'honorer aujourd'hui qu'en vertu de sa célébrité, de sa position dans la société ou encore - savait-on jamais ? - de ses cent mille dollars. Voilà comment la bourgeoisie évaluait un homme. Mais il avait sa fierté et méprisait  ce type d'évaluation" ( chap. XLVI)

"Le monde réel était dans son esprit" ( chap. XI)

 Comment Martin va-t-il conquérir Ruth ? En écrivant. Les nombreux refus des éditeurs ne le rebutent pas et il lutte pour se faire publier. Dans le champ littéraire de l'époque qui ne propose à l'époque que deux écoles - celle de l'idéalisation ou au contraire celle où l'homme est considéré "comme une motte de terre" - J. London réussit à allier les deux, poésie et réalisme social, comme son alter ego Martin Eden.

"Poussière d'étoiles" (chapitre XXXII)

Roman autobiographique, roman d'initiation, roman d'une vocation littéraire et roman sentimental, roman réaliste, Martin Eden est un véritable chef-d'oeuvre qui présente des images puissantes. Celui qui écrivait "j'aime mieux être un météore superbe [...] plutôt qu'une planète endormie" donne à voir ce flamboiement dans l'écriture et le destin de Martin Eden. Un récit enthousiasmant, bouleversant, captivant de la première à la dernière ligne ! Un livre culte !

Martin Eden, Jack London, Audiolib, lu par Denis Podalydes, 13h21, 2019.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

ses romans : La peste écarlate, exposition Jack London dans les murs du sud,

Sur le web : La compagnie des auteurs. 2017. "Jack London, une philosophie de la vie" (4/4). Animée par Garrigou-Lagrange. Diffusée le 18 décembre 2017.

Le temps d'un bivouac. 2017. "Les mille et une vies de Jack London". Animée par Daniel Fiévet. Diffusée le 17 août 2017.

 Jack London, une aventure américaine, Viotte, Arte et la compagnie des Indes, 1h36, 2016.

Les nuits de France culture. 2016. "Noël Mauberret : "Le style de Jack London est un étonnant mélange de Maupassant et Rimbaud". Animée par Philippe Garbit. Diffusée le 27 août 2017.

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08 mai 2019

Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro : ISSN 2607-0006

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http://6pieds-sous-terre.com/zai-zai-zai-zai-un-road-movie/-u946

Fabcaro présente un univers déjanté dans ses BD ou ses romans. Cet univers rappelle celui de Quentin Dupieux, où le quotidien devient absurde et improbable : le bédéiste n'a pas sa carte du magasin au moment de payer ses courses. Aussitôt, il est pourchassé comme un dangereux délinquant. Voici trois raisons de lire cette BD si ce n'est pas déjà fait !

1. L'humour : Fabcaro sait créer des décalages des plus comiques. Se mettant en scène comme un bédéiste humoristique, voyons la définition qu'il en donne : " il s'agit d'un courant d'auteurs qui s'inspirent de situations du quotidien et les déforment de manière à détendre les gens, voir en dans certains cas à les faire sourire". Effectivement, le sourire, voire des explosions de rire, nous quitte pas devant ce road movie déroutant. Dans sa fuite éperdue, le bédéiste fait du stop. Qu'arrive-t-il au personnage principal ? "Et allez évidemment, un groupe de gospel pile là où je fais du stop, classique", constate-il ! Les détournements d'objets du quotidien sont parfaitements risibles : l'auteur menace le vigile avec un poireau et ce dernier menace notre anti-héros de faire une roulade arrière !

2. L'art de la chute : les planches se succèdent mais les personnages et les intrigues ne se suivent pas. D'une planche à l'autre, on découvre différents protagonistes qui commentent les événements. Ce mode de narration contrevient au "systématisme dans les schémas de narration". Cette première surprise est redoublée par la chute de chaque planche : les brèves histoires de chaque page ou double page se terminent par une pointe. Un homme révèle à sa femme que lui aussi a fait des courses. Lui est-il arrivé une mésaventure comme celle du personnage principal ? Sa femme est inquiète ! Mais non, il n'est plus qu'à 37 points de l'appareil à raclette ! Devant une telle félicité, le couple s'embrasse et la jeune femme déclare : " Parfois, j'ai peur que tout ça ne soit qu'un rêve" !

3. La satire : mais de qui se moque-t-on dans Zaï zaï zaï ? Facaro dénonce aussi bien la vacuité des discours des médias que celle des discussions des citoyens envahies par les clichés. La police et les politiciens ne sont pas épargnés. A travers l'aventure héroïcomique de la carte de fidélité, se profile une dénonciation de la consommation de masse, des complotistes ( l'auteur faisait ses courses dans un super U lorsqu'il est poursuivi. Or c'est bien connu, selon un complotiste, "Super U → UB40 → 40 → guerre de 40 → Juifs" !), des antisémites, de l'intolérance, du politiquement correct et de l'individualisme. Par exemple, le bédéiste en cavale fait du stop. Un automobiliste s'arrête et explique : "Je ne peux pas vous prendre, je suis assez individualiste, je préfère être seul et écouter ma musique tranquille que d'avoir à engager une conversation avec quelqu'un que je ne connais pas" ( on peut aimer aussi le politiquement incorrect où une personne dit ce qu'elle pense sans cacher son discours sous de faux bons sentiments) ! Zaï zaï zaï a sa place dans la bédéthèque idéale !

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Si la pièce radiophonique est jouée près de chez vous, allez voir les dialogues absurdes et critiques de Fabcaro mis en scène par Paul Moulin. Vous serez projetés dans l'univers de la BD : le texte est gardé à 90 pour cent. Ce projet est parti d'une commande du théâtre Rungis pour la saison 2017-2018, qui renouvelle la fiction radiophonique.

Avec vivacité, musiques, et bruitages, les comédiens font revivre le road trip inventé par le bédéiste. Les sons ingénieusement rendus, grâce notamment à un poireau, immergent le spectateur dans l'univers de Zai Zai Zai Zai. Les voix des acteurs sont modulés en fonction des personnages représentés, de même que leurs expressions et mouvements - on retrouve avec plaisir les deux amoureux consuméristes, le vigile égocentré, la satire des écrivains - et les captations sonores permettent de recréer les différents lieux du récit. Si vous avez ri en lisant les dialogues de la BD, vous ne pourrez qu'apprécier le spectacle trépidant, créatif, orginal, grinçant, humoristique et burlesque ( c'est un vrai plaisir de voir la roulade arrière, celle qu'il rate, du vigile !).

Dans les dernières lignes de l'article de J. Lachasse, on apprend que l'écriture d'un scénario est en cours. Fabrice Caro ne doit rien divulguer. Quentin Dupieux est-il derrière ce projet cinématographique ? Ce serait parfait !

Fabcaro, Zai zai zai, 6 pieds sous terre, Bulgarie, Octobre 2018.

Zai zai zai, Pièce radiophonique, mise en scène par Paul Moulin, avec Aymeric Demarigny, Ariane Begoin, Maïa Sandoz, Aurélie Verillon, Maxime Coggio, Élisa Bourreau, Christophe Danvin et Cyrille Labbé.

Théâtre des Quatre Saisons - Parc de Mandavit - 33170 Gradignan

Sur le web : Saxaoul, Hélène,

Le Saux Laurence, "Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de Fabcaro", Télérama, mis en ligne le 21 mars 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/bedetheque-ideale-92-zai-zai-zai-zai-le-gout-pour-l-absurde-de-fabcaro,128180.php

Lachasse Jérôme, "BD: plongée dans l’univers de Fabcaro, l’auteur à succès de Zaï zaï zaï zaï", BFMTv, mis en ligne le 28 juin 2018. URL : https://www.bfmtv.com/culture/bd-plongee-dans-l-univers-absurde-de-fabcaro-l-auteur-a-succes-de-zai-zai-zai-zai-1479884.html

Schmitt Amandine, "Le Grand Prix de la Critique pour "Zaï zaï zaï zaï", la BD qui se moque de l'état d'urgence", Bibliobs, mis en ligne le 27 janvier 2016. URL :https://bibliobs.nouvelobs.com/bd/20160127.OBS3464/le-grand-prix-de-la-critique-pour-zai-zai-zai-zai-la-bd-qui-se-moque-de-l-etat-d-urgence.html

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04 mai 2019

L'art de la joie de Goliarda Sapienza : ISSN 2607-0006

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 https://www.audiolib.fr/livre-audio/lart-de-la-joie-9782367628318

Comme le rappelle Julie Navarre dans la biographie radiophonique de Goliarda Sapienza, dans Une vie, une oeuvre, sur France culture, l'histoire de la publication de L'art de la joie est incroyable : la romancière a tout vendu pour pouvoir écrire ce roman et il a fallu plus de 20 ans pour qu'il soit publié. Sa mort est passé inaperçue de même que cette oeuvre, traduite seulement en 2005 en français.

Dans L'art de joie, Modesta enfant est abusée par un homme inconnu, se présentant comme son propre père, ( l'est-il vraiment ?) et pour échapper à un destin misérable entre une mère pauvre et une soeur qui a le syndrome de Down, elle brûle sa maison et sa famille. Recueillie dans un riche couvent, elle apprend la musique, l'astrologie et à écrire, " même si on lui apprend que la femme ne peut jamais parvenir au savoir de l'homme". Cependant, elle déteste l'univers catholique dans lequel on essaie de plier son corps et sa morale. "Il fallait agir", se dit-elle. Ayant obtenu les faveurs de la mère supérieure, à sa mort, à laquelle Modesta n'est pas étrangère, elle se retrouve propulsée dans le monde.

Personnage hypocrite, mais animée par la soif du savoir, elle admire la princesse chez qui elle est recueillie parce qu'elle est "une femme volontaire et forte comme un homme". Comme les picaros du XVIIeme siècle, Modesta va traverser tous les milieux et indirectement, à travers les dialogues des personnages, on découvre la vie des couvents sicilens au début du XXeme siècle mais aussi celle des aristocrates et des allusions politiques évoquent Mussolini et la guerre. Comme les traditions sont tenaces ! Etre athée signifie être un hérétique en ce début de siècle. Saisissant toutes les opportunités, l'héroïne devient peu à peu la "petite patronne" du domaine de la princesse. Comme Le guépard de Lampedusa, L'art de la joie évoque le déclin de l'aristocratie.

La voix vive de Valérie Muzzi ( écouter un extrait ici) convient parfaitement avec l'itinéraire extraordinaire de Modesta et son caractère volontaire. Les petits préludes musicaux introduisant les plages d'écoute - même si elles sont très courtes - semblent changer, ce qui rompt la monotonie. Les plages brèves permettent une écoute quel que soit l'endroit où vous êtes et contribuent à la vivacité du récit. On peut aussi souligner la performance de cette lectrice au vu de la longueur du roman. Toutefois, on peut regretter des changements de voix exagérés, inutiles lorsque les lectures ont une telle qualité.

Cependant, j'ai arrêté l'écoute après la plage 71 sur les 107, après deux abandons passagers, car Goliarda Sapienza parle beaucoup du désir féminin dans ce roman : elle décrit donc avec de nombreux détails et longuement les scènes sexuelles qui sont nombreuses par moments. L'héroïne, par opportunisme ou par simple envie, couche susccessivement avec sa belle-soeur, et les nombreux hommes qui passent à portée de sa main tels que les fils de son premier amant, le mari de sa belle-soeur, ou Joyce qui vient de tenter de suicider... Les scènes crues dérangent par leur fréquence et leur mièvrerie digne d'une arlequinade ou d'un roman érotique, au point que je redoutais la suite...

Les qualités sont nombreuses dans ce roman mais je n'ai pas réussi à surmonter ma répugnance pour les futures scènes crues que je pressentais peut-être à tort... Alors que j'étais ravie de découvrir cette auteure italienne, j'ai finalement été déçue par ces scènes gênantes et maladroitement écrites.

L'art de la joie, Goliarda Sapienza, Audiolib, lu par Valérie Muzzi, 23h10, 2019.
Audiolivre lu dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Une vie, une oeuvre. 2018. "Goliarda Sapienza ( 1924-1996) : La madone indocile". Animée par Julie Navarre. Diffusée 14 avril 2018.

 Landrot Marine, " trois raisons de (re)lire "L'art de la joie" de Goliarda Sapienza", Télérama, mis en ligne le 5 mai 2015. URL : https://www.telerama.fr/livre/trois-raisons-de-re-lire-l-art-de-la-joie-de-goliarda-sapienza,126102.php

 

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02 mai 2019

C'est le premier, je balance tout (avril 2019) : ISSN 2607-0006

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1) MES FILMS

"Le Livre d'image", la bande-annonce

Quelle audace dans le dernier documentaire Le livre d'image de Godard ! Diffusé actuellement sur Arte, vous pourrez découvrir une suite d'images issue de tableaux, de documentaires, de films, d'archives, défilant rapidement, inégalement, dans des couleurs saturées ou en noir et blanc. Les citations de films ou d'oeuvres sont courantes dans l'oeuvre godardienne. Ici, elles semblent inviter le spectateur a faire sa propre interprétation comme dans l'effet Koulechov.

"Ces fleurs entre les rails, dans le vent confus des voyages" ( carton 5)

Débutant sous le signe d'Un chien andalou de Bunuel, ne peut-on pas y voir l'expression de l'absurdité de ce monde ? N'est-ce pas une grille de compréhension proposée aux spectateurs ? Les sons qui se superposent, pas toujours audibles et dans différentes langues, créent un effet de chaos, propre à la vision du monde contemporain par Godard. De même, on remarque de nombreuses scènes en lien avec la guerre, puis avec les trains, "l'esprit des lois, le Moyen-Orient : violence et déferlement des images, ne sont-ils pas représentatifs de notre monde ? Ces citations de tableaux, de films et d'extraits sont si nombreux qu'on peine à trouver leur source et leur sens, si l'on ne connaît peu ce réalisateur.

Une fois habitué au rythme syncopé du montage, voire epileptique, on peut apprécier l'originalité de ce documentaire et une vision esthétique radicale.

Le livre d'image, Godard, 1h34, 2018.

Macheret Mathieu, " Le livre d'image" : Jean-Luc Godard ivre d'images", Le monde, mis en ligne le 24 avril 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/24/le-livre-d-image-jean-luc-godard-ivre-d-images_5454280_3246.html

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« Le Livre d’image » (2018), un essai cinématographique de Jean-Luc Godard. GRANDFILM

Rupert Wyatt, qui avait auparavant réalisé La planète des singes, les origines, un film un peu bancal - a refait un film de science-fiction à nouveau bancal. Captive State montre de manière originale comment un groupe de résistants s'oppose à des aliens qui ont envahi la planète, comme le démontre le critique Jean François Rauger dans Le monde cinéma. Toute la première partie du film montre les rouages de la résistance, comment des individus s'organisent pour lutter contre des envahisseurs.

On retrouve, comme dans Aliens de J. Cameron, une esthétique rétro-futuriste, où la technique s'allie à d'anciennes technologies. L'exposition très longue et répétive crée l'ennui et laisse trop longtemps le spectateur dans l'attente d'une action qui ne viendra que dans les quinze dernières minutes. Surtout, la multitude des personnages empêche une quelconque empathie. Leur traitement superficiel ne permet à aucun moment de s'attacher à eux, de ressentir leur angoisse. Ce n'est clairement pas le meilleur film de SF de ces dernières décennies.

Captive state, Rupert Wyatt, avec John Goodman, Vera Farmiga, Ashton Sanders, 1 h 49, 2019.

Autre film : La planète des singes, les origines.

Sur le web : No ciné, Captive State, 3 mars 2019.

Rauger, "Captive state : rébellion", Le monde, mis en ligne. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/03/captive-state-rebellion-contre-la-tyrannie-alien_5445023_3246.html

2) MES LIVRES

J'ai écouté quelques nouveaux audiolivres pour le prix Audiolib 2019 : Ca raconte Sarah de P. Dellabroy-Allard, Un gentleman à Moscou de Towles et  Fief de D. Lopez. Avec Le bal de Sceaux de Balzac, une lecture commune s'achève et nous poursuivrons le 23 mai avec "Memoth réconcilié" et le 22 juin avec La maison Nucingen.

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3) MES ACHATS

Un dernier audiolivre est arrivé : Martin Eden de Jack London ! J'ai enfin acheté une BD de Facaro ( Zaï Zaï Zaï) et un de ses romans ( Figurec). Dans ma PAL, s'est ajouté La salle de bal de Hope, L'isle lettrée de M. Dunn repéré chez A girl from earth. J'ai ajouté une nouvelle autobiographie d'une romancière américaine dans ma PAL : Illuminations et nuits blanches de Carson McCullers.

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29 avril 2019

Dumbo de Tim Burton : ISSN 2607-0006

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Depuis maintenant une vingtaine d'années, Tim Burton adapte ou réalise régulièrement de nouveaux films avec plus ou moins de succès. Ses films fascinent par son univers original et macabre, celui des monstres, du fantastique et des portes de travers.

En 2016, l'adaptation de Miss Peregrine et les enfants particuliers est confiée à Tim Burton : cela semble naturel, étant donné l'univers de Ramson Riggs dans lequel évoluent des enfants singuliers dans un univers sombre. J'ai abandonné ce film dont l'exposition est très longue, sans susciter d'intérêt. Même lorsqu'on arrive dans la boucle où vivent les enfants particuliers et qu'on découvre un immense manoir abandonné, la photographie paraît plutôt impersonnelle.

En revanche, Ed Wood aborde un autre thème burtonesque, celui de la figure de l'artiste. Ed Wood est un véritable hommage à l'artiste maudit et au cinéma. Considéré comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps, celui qui a réalisé La fiancée du monstre ne cesse de tourner alors que personne ne veut financer ses films. Ce long-métrage semble s'éloigner de l'univers noir et fantaisiste de Burton en s'ancrant dans un certain réalisme, celui du monde hollywoodien. Cependant, l'esthétique expressionniste rend bien visible le style du réalisateur avec un jeu sur les ombres, sur les thèmes macabres ou fantastiques, notamment dans les scènes où est présent Lugosi.

Sleepy Hollow est une adaptation brillante d'une nouvelle de W. Irving ! Jouant sur le double registre du macabre et du comique, Sleepy Hollow conte l'enquête d'un policier légiste qui va rechercher un coupable dans un petit village où il tombe immédiatement amoureux d'une jeune femme et sur une multitude de cadavres. L'anti-héros s'évanouit à la vue du sang, donnant lieu à des scènes cocasses et à un jeu d'acteur réussi et burlesque de J. Depp. La noirceur des personnages et les décapitations qui jalonnent l'enquête s'inscrivent parfaitement dans la veine burtonienne de ses films d'animation comme Frankenweenie.

Récemment, les studios Disney avaient demandé au réalisateur d'adapter Alice au pays des merveilles. Adapter ? Alice de Tim Burton n'est plus une enfant en quête d'identité mais une jeune femme qui est confrontée au passage à l'âge adulte. Alors qu'un insupportable fils de lord la demande en mariage, Alice suit le fameux lapin blanc et se retrouve dans le monde déjanté et manichéen des merveilles. Epreuve après épreuve, Alice finit par s'affirmer dans ce monde, où les créatures sont plus burtonisantes que jamais avec un chapelier encore plus loufoque que celui de Carroll, où dominent les rayures, les personnages aux figures pâles et cernées. Tout n'est pas parfait dans ce film visuellement époustouflant ( comme dans Les animaux fantastiques, où l'esthétique semble prendre le pas sur le reste)...

DUMBO Bande Annonce VF # 2 (NOUVELLE, 2019) Tim Burton, Film Disney

Et puis, une nouvelle association entre Tim Burton et les studios Disney donne naissance à Dumbo. S'inscrivant dans la mode des remake en "live action" de dessins animés qui ne sont plus récents, Dumbo étant sorti en 1941, ce film nous parle à nouveau de monstres et de parias.

Dumbo s'inscrit-il dans cette veine commerciale qui pousse Disney à refaire ses classiques en live action ? Après La Belle et la bête, Aladdin et Le roi lion, Dumbo se voit donc donner une nouvelle vie. Tout le monde se moque de Dumbo, qui naît avec des oreilles démesurées. On le sépare de sa mère qui cherche à le défendre et cause l'effondrement du chapiteau. Heureusement que le jeune éléphanteau rencontre deux enfants qui l'aident à voler et à séchapper du cirque. Avant, ils seront confrontés au directeur de Dreamland.

Il n'y a pas grand chose à redire sur l'esthétique de ce film, dont l'intrigue est un peu répétitive, mais dont le principal intérêt est le parallèle - comme l'ont souligné de nombreux critiques - du parc d'attraction et de Disney, qui exploite sans vergogne hommes et animaux, et qui ne souhaite que générer du profit. Comme dans les autres films de la production, on retrouve une héroïne féminine positive et une fin heureuse. Mais où est Burton dans tout cela ? A l'instar de nombreux blockbusters, la beauté burtonienne disparaît sous le cahier des charges des films produits par Disney...

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Tim Burton, Dumbo, avec Colin Farrell, Danny DeVito, Eva Green, 2019, 1 h 52.

Tim Burton, Ed Wood, 2h17, avec Johnny Deep, Martin Landau, Sarah Jessica Parker, 1994

Tim Burton, Miss Perregrine et les enfants particuliers, avec Eva Green, Asa Butterfield, Terence Stamp, Samuel L. Jackson, 2 h 07.

Tim Burton, Sleepy Hollow, Netflix, 1999, 1h45, Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson

Tim Burton, Alice aux pays des merveilles, Netflix, avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Anne Hathaway, Helena Bonham Carter, 2019, 1 h 49.

Autres films : L'étrange noël de Mister Jack,

Sur le web : Le cinéma de Durandal, Pamolico,

Conférence. 2019. "Pourquoi il faut relire "Alice au pays des merveilles" de Lewis Carroll, France culture. Conférence de Philippe Forest. Diffusée le 11 janvier 2019.

Douin, Jean-Luc, Alice au pays des merveilles" : un conte enchanteur sur l'identité, à voir absolument en relief", Le monde cinéma, mis en ligne le 23 mars 2010. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2010/03/23/alice-au-pays-des-merveilles-un-conte-enchanteur-sur-l-identite_1323303_3476.html

Sotinel Thomas, "Dumbo" : saltimbanques contre show-business", Le monde, mis en ligne le 27 mars 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/26/dumbo-saltimbanques-contre-show-business_5441295_3246.html

No ciné, Dumbo, quand Disney trompe énorménent,

Mandelbaum Jacques, "Miss Peregrine et les enfants particuliers" ; dans la boucle de l'enfance éternelle", mis en ligne le 5 octobre 2016. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2016/10/04/miss-peregrine-et-les-enfants-particuliers-dans-la-boucle-de-l-enfance-eternelle_5007763_3476.html

Le masque et la plume. 2019. "Dumbo" : "courrez-y !". Animée par Jérôme Garcin. Diffusée le 8 avril 2019.

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27 avril 2019

Le bal de Sceaux de Balzac : ISSN 2607-0006

9782081366428

https://editions.flammarion.com/Catalogue/etonnants-classiques/le-bal-de-sceaux

Jamais La comédie humaine n'aura aussi bien portée son nom. De nombreuses références du Bal de Sceaux renvoie au théâtre pour dénoncer le monde des apparences ou pour créer des parallèles entre les caractères moliéresque et les personnages. En effet, Emilie de Fontaine est une orgueilleuse jeune fille aristocratique qui se moque de tout son entourage et de ses prétendants en particulier. Voyez comme on la décrit : " La nature lui avait donné en profusion les avantages nécessaires à ce rôle de Célimène. Grande et svelte, Emilie de Fontaine possédait une démarche imposante ou folâtre, à son gré. Son col un peu long lui permettait de prendre de charmantes attitudes de dédain et d'impertinence. Elle s'était fait un fécond répertoire de ces airs de tête et de ces gestes féminins qui expliquent si cruellement ou si heureusement les demi-mots et les sourires" (p. 37).  Quant au père d'Emilie, il use de la même métaphore théâtrale pour décrire le monde de la noblesse dans laquelle il évolue : " Il tremblait que le monde impitoyable ne se moquât déjà d'une personne qui restait si longtemps en scène sans donner un dénouement à la comédie qu'elle y jouait. Plus d'un acteur, mécontent d'un refus, paraissait attendre le moindre incident malheureux pour se venger" (p. 41)

Pourtant, lors du bal de Sceaux, elle fera une singulière rencontre. Mais qui est ce jeune homme Maximilien de Longueville ? Est-il noble ? Le bal évoque certainement, pour vous, le lieu de la rencontre avec le prince charmant dans les contes de fées. Plus tard, il sera celui de la désillusion et de la vacuité dans L'Education sentimentale de Flaubert ou celui des apparences dans "La parure" de Maupassant.  Mais l'héroïne ne profitera pas longtemps de son amour pour l'inconnu. Autour de ce topos romanesque de la rencontre amoureuse et de notre vaniteuse "Célimène", Balzac dépeint, depuis l'incipit, les bouleversements historiques qu'a vécu la noblesse. Sous la Restauration, cette pratique mondaine  montre un certain désordre des classes sociales. Comme dans Le cabinet des antiques, le refus de s'adapter à la société de son temps marquera la chute de l'héroïne. Encore une nouvelle à chute cruelle, une peinture des caractères et une étude de moeurs habilement construite par Balzac !

Balzac, Le bal de Sceaux, GF Flammarion, Barcelone, 2004, 109 p.

LC avec Cléanthe et Miriam. Prochaine LC : 23 mai avec "Melmoth réconcilié" et le 22 juin avec La maison Nucingen.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne:, "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck, "Le bal de Sceaux"

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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25 avril 2019

My absolute Darling, de Gabriel Tallent : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/my-absolute-darling-9782367627632

Que dire après une pareille écoute ? La lecture est un peu rapide au début mais (écouter un extrait ici) finalement, on s'y habitue. Il faut savoir que selon la sensibilité de l'auditeur, on est plus ou moins attentif à une écoute, plus ou sensible à certaine voix et plus ou moins frappé par les paroles. Des paroles écrites vont plus me frapper ou me choquer que les paroles verbales. C'est pourquoi le choc des mots m'a paru atténué, lu par la voix douce de Marie Bouvet. Cette voix aurait pu convenir pour une adolescente de 14 ans mais elle me paraît en désaccord avec la personnalité du personnage principal  surnommé Turtle, cette dernière ayant des yeux de meurtrière et des jurons agressifs à la bouche. Mais finalement, c'est peut-être cela même qui nous amène jusqu'au bout de l'écoute. Un récit violent lu avec violence ne dissuade-t-il pas l'auditeur de continuer ? Oui, c'est grâce à cette voix très fluide qu'on écoute le récit jusqu'au bout, même si une partie de la dureté de l'histoire est amoindrie.

De quoi parle My absolute darling ? Gabriel Tallent décrit une famille white trash, c'est-à-dire une famille qui vit dans le dénuement et la misère la plus complète. Julia, surnommée Turtle, est une enfant battue, violée, torturée par son père Martin, ne vivant qu'avec son arme et son couteau. Son grand-père alcoolique, son professeur de français et une ancienne amie de son père s'inquiètent pour cette jeune adolescente isolée et craintive, qui vit sans sa mère. Mais que peuvent-ils faire pour l'aider alors qu'elle refuse de dénoncer les agissements de son père ?

Gabriel Tallent décrit l'envers du rêve américain, une Amérique pauvre et sordide. La langue âpre rend compte de la vie misérable de Turtle sans idéalisation. L'auteur ne cherche pas à enjoliver la barbarie. Certains passages sont insoutenables comme l'amputation du doigt d'une petite fille ramenée par Martin. Pourtant, cette histoire sordide et malsaine prend un tournant inattendu : Turtle va finalement affronter ses propres peurs et ses contradictions. En effet, la relation qu'elle a tissée avec son père est ambiguë, relation haineuse mais aussi pleine d'amour.

Obliquement, une certaine image de l'Amérique, à travers les théories survivalistes de Martin, est transmise et n'est pas des plus optimistes. C'est un roman choc, un roman glauque mais l'auteur ne dresse pas la peinture du désespoir et du nihilisme total... A écouter pour découvrir une certaine image de l'Amérique.

My absolute Darling de Gabriel Tallent, audiolib, lu par Marie Bouvet, 2018, 12h52.

Audiolivre écouté dans le cadre du prix audiolib 2019

Sur le web : billet de Lilly,

My absolute Darling, Télérama, mis en ligne le 6 mars 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/my-absolute-darling,n5514901.php

La grande table. 2018. "Le talentueux mister Tallent". Animée par Olivia Gesbert. Diffusée le 9 avril 2018.

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22 avril 2019

Simetierre de Stephen King : ISSN 2607-0006

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De mutilples films sont des adaptations de l'oeuvre de Stephen King. Alors que Jessie et 1922 sont des films bien adaptés de romans moins connus du maître de l'horreur, Simeterre a déjà été adapté en 1989 par Mary Lambert. Profitant du succès récent de Ca, remake aussi d'une série des années 80, Simetierre souffre d'une mise en scène banale et d'un manque de profondeur.

Louis Creed s'installe à la campagne, dans le Maine, cher à Stephen King, pour profiter davantage de sa famille. Ironie du sort, il va causer le malheur de ses enfants et de sa femme. A peine arrivé, il doit faire face à la mort d'un jeune homme, qui reviendra le hanter. Le chat, Church, va rapidement être écrasé. Pour éviter un grand chagrin à sa fille, il accepte d'enterrer son animal dans un lieu étrange et glauque, que même les indiens Micmacs ont fui, protégé par un gigantesque entrelacs de bois morts...

Succession de jump scares, de scènes gores juxtaposées, le film n'arrive pas à susciter d'émotions tant les personnages manquent de profondeur, exceptés la femme de Louis et le voisin, dont on découvre les peurs, le passé. A contrario, l'univers mental de Louis, qui semble peu à peu obsédé par la mort, est bien représentée par des portes s'ouvrant sur le lieu maudit, sombre à souhait. Bénéficiant de trop d'argent pour être un nanar et d'une trop belle photographie pour être un navet, Simetierre est un simple film d'horreur supplémentaire contenant le cahier des charges d'un banal film horrifique avec zombies, grincements de porte et hectolitres d'hémoglobine...

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https://www.livredepoche.com/livre/simetierre-9782253151432

En revanche, il est étonnant qu'on réduise l'oeuvre de Stephen King à des romans d'horreur : à partir de l'introduction de Simetierre un peu décousue, l'auteur annonce le thème métaphysique de son livre, " le mystère de la mort". Comme un leitmotiv, la mort s'insinue partout. Les premières lignes évoquent la mort du père de Louis Creed, médecin, qui va travailler dans le dispensaire d'une université, où dès le premier jour d'ouverture du dispensaire, un jeune homme décède. De même, son chat  - "qui tel le chat du Sheshire, repar[aît] comme par enchantement" - et son fils vont connaître un sort funeste. Comment Louis va-t-il réagir face à la mort brutale et inhumaine de son fils ?

Certes, l'arc narratif est chronologique, sans complexité en apparence, mais des notations de temps montrent l'inéluctabilité de la mort, voire la fatalité qui frappe le personnage principal. Les lieux hantent ce père de famille. On retrouve les paroles en italiques indiquant le monologue intérieur de Louis, spécificité présente dans les romans précédents de l'auteur. Homme rationnel, homme de science, Louis ne croit pas à l'au-delà. La banalité de son quotidien se mue imperceptiblement en une lente escalade vers le surnaturel culminant dans une scène finale atroce. La folie, thème emblématique de l'auteur, plane inexorablement sur Louis : le roman est assez éprouvant d'un point de vue psychologique et les protagonistes poignants.

Est-ce dû à la traduction ? Le lexique spécialisé de la médecine - Louis écrit des articles scientifiques, comme beaucoup de personnages de S. King, c'est un écrivain - et un langage courant ou soutenu permettent de s'immerger dans cette histoire où les sensations, les descriptions de lieux et les sentiments prennent une place très importante par rapport à l'intrigue. On n'est pas loin des Revenants de Kasischke, la complexité narrative en moins, mais aussi des romans noirs anglais, cités fréquemment : "Une autre idée lui passa par la tête : celle que cette équipée lui avait fait courir des dangers bien réels, même si elle semblait droit sortie d'un roman-feuilleton frénétique de Wilkie Collins" (p. 212).

Ne vous laissez pas influencer par l'étiquette habituellement attribuée à S. King ( bien que l'horreur et le surnaturel soient présents). Certes, ce roman appartient à la "littérature populaire" exploitant un imaginaire éculé comme les zombies, les fantômes... mais il n'en est pas pour autant mauvais. Découvrez ce roman qui parle des rituels mortuaires, de la question du deuil, de la relation de l'homme et de la mort dans la société américaine... 

King Stephen, Simetierre, Livre de poche, France, mars 2019.

Simetierre de Kevin Kolsch, Dennis Widmyer, avec Jason Clarke, Amy Seimetz, 2019, 1h41

Jessie, de Mike Flanagan, avec Carla Gugino, Bruce Greenwood, Carel Struycken, Netflix, 2017, 1h43

1922, Zak Hilditch, 1922, Netflix,  avec Thomas Jane, Dylan Schmid, 1h43, 2019.

Sur le web : No ciné, Simetierre, ce fléau

Mury Cécile et Douhaire Samuel, "A voir sur Netflix : trois adaptations inédites de Stephen King", Télérama, mis en ligne

Macheret Mathieu, "Simetierre" : une petite mécanique horrifique", Le monde, mis en ligne le 10 avril 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/10/simetierre-une-petite-mecanique-horrifique_5448127_3246.html

LGL spécial Stephen King, entretien de l'émission La grande librairie. URL : https://www.youtube.com/watch?v=6-f8C3GU23I

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