10 avril 2016

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge

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En Calabre, Alberto Lenzi est un magistrat peu considéré, un juge de peu d'envergure et de sucroît noceur. Lorsque son ami Giorgio Maremmi, un magistrat aussi, est assassiné, pour le venger, Alberto va risquer sa vie pour faire justice. Quelle enquête Giorgio menait-il pour que sa vie soit en péril ? Qui avait intérêt à le faire taire ? D'emblée, les preuves semblent accuser la 'Ndrangheta, la mafia calabraise. En effet, les hommes accusés du meurtre de Giorgio sont des 'Ndranghetistes, eux-mêmes retrouvés morts.

La revanche du petit juge s'inscrit dans la veine des "giallo", les collections romans noirs italiens sont jaunes, d'où ce nom m'a expliqué la libraire, qui mêle meurtres sanguinaires, politiques véreux, mafia, noirceur des personnages. Quelle immersion ! Quelle enquête tortueuse où la population préfère se taire que d'affronter les 'Ndranghetistes ! Gangemi décrit ainsi une société calabraise dominée par l'argent et des hommes ayant leur propre code et ne se référant pas à la loi. On découvre donc les codes d'honneur, le "chef de bâton", le fonctionnement et la structure de la mafia calabraise. En outre, Alberto, tout en faisant face à ses problèmes conjugaux, filiaux, amoureux, découvre que le parquet cache une taupe. Les morts pleuvent autour de lui et les assassins ont toujours une longueur d'avance... d'où un suspense jusqu'à la dernière page.

Après un temps d'adaptation, la traduction semble parfois faite mot à mot ( j'ai découvert des expressions étranges " vu qu'il ne mettait pas de sel s'il s'agissait d'ouvrir le feu et que tuer était pour lui un métier comme un autre", p. 18 ), j'ai pris plaisir à côtoyer tous ces personnages secondaires bien développés. Certes ce roman violent, parfois cru dans la narration des amours d'Alberto ne manque pas d'humour : l'excès caractérise tous les personnages, sans oublier de jolies descriptions de la Calabre. Il existe un cercle où les personnages ont pour principale activités le commérage, de véritables fantôches : " C'était surtout don Saro, propriétaire terrien, qui tenait le crachoir. Il revenait tout juste d'un long séjour en Australie. Et il en racontait des merveilles. Il parlait des farms à l'intérieur du pays, où la terre était si fertile que les pommes de terre y pesaient en moyenne trente kilos [...].( p. 307).

On découvre donc avec plaisir, une société de propriétaires terriens amoureux de leurs oliviers, une société en mutation où les pères ne comprennent pas que leurs filles fassent des études, où même la mafia modifie leur code en accord avec une société qui évolue, le fonctionnement du Parquet où officie Alberto, où Dieu et tous les saints sont régulièrement invoqués et où un simple mal de tête devient l'annonce d'une mort imminente ! Apparemment, un deuxième opus est en traduction, je l'attends avec impatience...

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge, points, 401.

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03 avril 2016

au mois de mars 2016...

1) Mes derniers films vus 

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Un homme, Hugh Glass, dont le fils est un métisse, qui sert de guide dans le nord-ouest américain, est abandonné intentionnellement dans les montagne et le froid. Ce dernier survit dans une nature hostile où indiens et trappeurs guerroient sans relâche. Hugh est déterminé à retrouver l'homme qui a tué son fils, avant de l'abandonner. Certes l'intrigue est mince et mécanique, accumulant des embûches sur le chemin du héros. Certes des images sont assez kitshs, comme l'esthétique de certains rêves du trappeur. Cependant, des gros plans sur la nature ou des plans d'ensemble provoquent un émerveillement malgré de nombreuses images de massacres et d'une nature sauvage et implacable où personne n'est épargné. La virtuosité d'Inarritu arrive à faire oublier la mince intrigue.

The revenant, Inarritu, 2016, avec Leonardo Dicaprio, 2h36

vu par Valérie

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Dans la Chine du IXeme siècle, une jeune femme, Nie Yimmang, doit tuer son cousin, gouverneur de Weibo, car il s'oppose au pouvoir impérial. L'histoire est quelque peu difficile à comprendre, du fait des noms étrangers et contrairement au cinéma américain, qui est dans la redondance, ici, les personnages sont rapidement évoqués et l'intrigue politique reste assez nébuleuse. En outre, on ne sait pas pourquoi cette jeune fille a été élevée de cette manière par des religieuses. En revanche, la photographie et l'aspect pictural qu'a donné le réalisateur à tous ses plans ( en utilisant des cadres de portes, des encadrements de rideaux, des plans fixes...) est remarquable. Chaque séquence ressemble à un tableau aux couleurs chatoyantes, renforcé par des jeux de lumière, de flous... Je ne sais pas quel est le degré de vraisemblance dans la reconstitution des décors et des costumes mais ils sont magnifiques, contribuant à donner une dimension esthétique à ce long métrage. Un très beau film, qui renouvelle le genre de film d'arts martiaux en le rendant contemplatif, dont l'intrigue aurait mérité d'être moins confuse.

The assassin, de Hou Hsiao Hsien 2016, 1h45

Vu par Dasola,

 

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Un jeune homme, le neveu de Jeffrey Allen, chef de la brigade d'Atlanta, arrive dans une police corrompue. Ces derniers sont à la solde de la mafia russo-israélienne, dirigée par une femme impitoyable, Irina. Irina exerce un chantage sur Michael, qui vient de braquer une banque pour elle et doit trouver des documents permettant de libérer son mari. Pour ce dernier hold-up, Michael et ses hommes décident d'utiliser le code 999, qui signifie qu'un officier de police est à terre. L'intrigue est efficace avec de nombreux rebondissements et beaucoup d'actions. Les scènes sont violentes, noirceur qu'on retrouve dans les scènes nocturnes toujours teintées de rouge. Il y a des scènes inhérentes aux films de narcos, comme des hommes torturés, des affrontements dans les rues avec des gangs. Un bon thriller, qui maintient du suspense jusqu'aux dernières minutes du film.

Triple 9, John Hillcoat, avec Casey Affleck, Kate Winslet, 1h56.

Vu par Alex

2) Mes derniers achats

- Sarid, Le poète de Gaza + Tesson, Berezina + Moussa Konaté, La malédiction du Lamantin +Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge + Marco Vichi, Le commissaire Bordelli +  De cataldo, Romanzo criminale

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30 mars 2016

Fusées, Mon coeur mis à nu, Baudelaire

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Fusées, mon coeur mis à nu est venu rejoindre mes livres baudelairiens. Certaines citations de ce livre posthume doit vous être familières comme : "Je ne conçois guère un type de beauté où il n'y ait du malheur", "le plaisir aristocratique de déplaire", "l'éternelle supériorité du dandy".

Tout d'abord qu'elle est l'intention de l'auteur ? Il l'explique dans une lettre à sa mère. Les notes prises sur la fin de sa vie reflètent l'amertume dont il est rongé et les critiques attribuent souvent à ses dettes et à sa dépendance envers sa mère (" Histoire des Fleurs du mal, humiliation par le malentendu et mon procès") : " Eh bien ! oui, ce livre tant rêvé sera un livre de rancune [...]. Mais tout en racontant mon éducation, la manière dont se cont façonnés mes idées et mes sentiments, je veux faire sentir sans cesse que je me sens étranger au monde et à ses cultes. Je tournerai contre la France entière mon réel talent d'impertinence. J'ai un besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d'un bain" ( Lettre à Mme Aupick, Paris, 5 juin 1863, extrait)

En fait, ces écrits mêlent des principes esthétiques, des remarques misogynes, des critiques acerbes sur la politique et un souhait de faire le panorama de la vie sous le Second Empire, à partir de portraits de contemporains. Comme dans Le spleen de Paris, dont on retrouve des canevas de poèmes en prose, Baudelaire reproche la médiocrité et l'hypocrisie de son époque : il critique Sand et Rousseau, parle de "portrait de canaille littéraire", mais aussi de politique (" le 2 décembre m'a physiquement dépolitiqué") ou de la société matérialiste ( " être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux").

L'appareil critique est immense ! sur les 400 pages, seulement 200 concerne le texte écrit par Baudelaire. De fait, la lecture n'est pas aisée et je l'ai relu car la première lecture était entrecoupée par des notes, très longues, parfois inutilement savantes. Elles sont toutefois nécessaires pour éclairer certaines réflexions du poète. En revanche, d'autres liens auraient pu être faits avec les poèmes en prose. Il faut dire que ces notes sont déjà interminables et que, conséquemment, je n'ai pas lu la préface... A ces notes s'ajoutent la correspondance de Baudelaire et des poèmes en prose en liaison avec Fusées ou mon coeur mis à nu et des textes moins connus comme des notes prises sur Les liaisons dangereuses que le poète devait préfacer. Fusées et mon coeur mis à nu contribuent à construire l'image d'un Baudelaire dandy et maudit.

Fusées, Mon coeur mis à nu et autres fragements posthumes, folio, p. 463.

Merci Folio pour ce partenariat.

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25 mars 2016

La poupée de Kafka, Fabrice Colin

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Toute l'intrigue est bâtie autour d'une anecdote : une petite fille pleure, dans un parc de Berlin, en 1923, car elle a perdu sa poupée. Kafka l'aurait consolée en lui disant qu'elle lui avait écrit une lettre. Il lui apporte les lettres de la poupée de semaine en semaine. Mais que sont devenus ces écrits du célèbre auteur de La Métamorphose ? Qui est cette petite fille ? L'histoire est-elle véridique ? C'est ce que voudrait aussi savoir Abel Spieler, un spécialiste de la littérature germanique, un homme lâche, séducteur et menteur, qui se désintéresse de sa femme et de sa fille, Julie. L'incipit raconte les relations entre le père et la fille, Julie. Comme c'est banal ! Toute l'histoire familiale des Spieler m'a paru quelconque et ennuyeuse, aussi bien le divorce des parents que les relations ombrageuses entre Abel et sa fille.

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Photographie p. 32, La poupée de Kafka

"Ne dit-on pas que la littérature aide à vivre ?"

Quelques photographies de Kafka - et de jolis croquis de Sidonie Mangin - parsèment le livre. Mais Kafka est seulement le fil d'Ariane de cette histoire. En revanche, la littérature, le mensonge fictionnel est mis en exergue : Julie Spieler retrouve une vieille femme accariâtre, Else, qui semble être la petite fille à la poupée. Celle-ci lui raconte, comme dans Les mille et une nuits, "le livre de son enfance". Mais s'intercale vertigineusement, dans ce dédale de récits, une autre histoire écrite en italique. Telle Shéhérazade, Else arrive à retenir notre attention. Ment-elle ? As-t-elle vraiment rencontré Kafka ? Que lui a-t-il écrit ? A-t-elle encore les lettres ? La poupée de Kafka est une belle ode à la fiction et au rôle de la littérature, du mensonge fictionnel, même si je regrette qu'il y ait certains passages mélodramatiques comme la fin ou inutiles comme les relations familiales des Spieler.

La poupée de Kafka, Fabrice Colin, Acte Sud, 258p.

Autres romans de F. Colin  : Bal de givre à New York, Projet Oxatan

Merci Claudia pour ce livre voyageur, son avis ici.

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p. 129, croquis de Sidonie Mangin

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19 mars 2016

Palmyre, L'irremplacable trésor, Paul Veyne

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buste d'Aqmat, fin IIeme siècle

Paul Veyne, spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine se fait "guide de tourisme dans le temps" pour nous emmener au II siècle à Palmyre, son apogée. Son livre témoigne, avec un cahier photographique en couleurs et des descriptions, de ce que fut " la splendeur de Palmyre qu'on ne plus désormais connaître qu'à travers les livres".

Tout en décrivant les monuments, dont le temps de Bêl, il nous dévoile les moeurs, le commerce, la religion, l'épopée de Zénobie, les rites funéraires de cette civilisation millénaire. Cet essai est extrêmement documentée, précis avec des notes de bas de pages, des sources, qui n'alourdissent pas la lecture car cet historien fait surtout l'éloge de la diversité culturelle de cette antique ville. Paul Veynes ne cesse de souligner la richesse des influences de cette ville syrienne qui s'allie harmonieusement avec leur propre culture aréméenne : "Les palmyréens sont donc des Araméens, mâtinés d'éléments arabes, qui ont persisté à parler araméen en famille comme tous les syriens mais aussi à l'écrire concurremment au grec, leurs riches mausolées familiaux ont souvent une inscription bilingue à leur porte, mais à l'intérieur l'épitaphe de chaque défunt n'est qu'en araméen ; la bilingue attestait l'intérêt que la famille portait au vaste monde".

Tout en étant un ouvrage érudit, Palmyre se lit facilement et agréablement. Quel cicerone ! Quelle étude passionnée ! Paul Veyne n'oublie pas de nommer les villes actuelles équivalent des cités antiques ou n'omet pas de donner des comparaisons avec les autres civilisations plus connues du lecteur, comme celle des Romains. Son livre est une belle manière de voyager dans la somptueuse Palmyre, de visiter les rues et de cheminer sur la route des caravaniers. Bel ouvrage de vulgarisation, Palmyre est un ouvrage achéologique mais aussi une ode à la liberté comme l'atteste ces deux citations que j'ai relevées dans la conclusion : " loin d'aboutir à l'universelle uniformité, tout patchwork culturel, avec sa diversité, ouvre la voix à l'inventivité" ( p. 139) et " oui, décidément, ne connaître, ne vouloir connaître qu'une seule culture, la sienne, c'est se condamner à vivre sous un éteignoir".

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temple de Baalchamîn, détruit par l'EI en 2015

Paul Veyne, Palmyre, Albin Michel, 141 p.

Palmyre, l'apogée d'un lieu sur France culture

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16 mars 2016

Les 8 salopards, Tarantino

True grit 001Les 8 salopards, Tarantino :

Des personnages bavards et violents, des scènes grandguignolesques, plusieurs héros qui s'entrecroisent dans une intrigue originale : on reconnaît vite un film de Tarantino ! Huit personnages, dans un paysage enneigé, se retrouvent dans une auberge : un chasseur de prime a capturé une femme pour la faire pendre.  Leur arrivée dans une auberge et leur enfermement ressemblent à un traquenard.

L'originalité de la narration est indéniable ! Le spectateur est pris dans un emboîtement de flashbacks et de faux-semblants impressionnants. Cependant, l'aspect sanguinolent de certaines scènes et la longueur des répliques alourdissent inutilement le film. On en reconnaît pas non plus la musique d'Ennio Morricone si caractéristique. Paradoxalement, les 2h40 passent vite, on est piégé par le scénario... mais on en ressort ennuyé par le verbiage des personnages. J'ai préféré ses précédents films tels que Inglourious Basterds ou Django Unchained, moins inventif au niveau formel mais plus remarquable, en ce qui concerne l'histoire.

Billet d'Alex,

 True Grit, Coen, 2011, 1h50 avec Jeff Bridges, Hailee Steinfeld...

Pour une poignée de dollars, 1966, 1h36, Sergio Leone, avec Clint Eastwood...

Les 8 salopards, Tarantino, 2016, 2h48, avec Samuel L. Jackson, Kurt Russel, Jennifer Jason Leight

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12 mars 2016

Lire ou ne pas lire : Ragougneau et Moussa Konaté

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onaté 3 002autre roman de Moussa Konaté : La malédiction du Lamantin

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04 mars 2016

Pierre Bordage, Ceux qui sauront/ nouvelle vie

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29 février 2016

Au mois de février 2016

1) Expositions

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 Cette expo, au sujet original, reflète bien la société mercantile du XIXeme siècle. Ce que dépeint Maupassant dans Bel-Ami, est restitué dans les oeuvres bacchiques de Pradier, Rodin, Bougereau, Moreau... : une société tournée vers le plaisir matériel, où la femme semble avoir un statut d'objet sensuel. Les formes académiques ne masquent pas l'érotisation des bacchanales. L'inspiration est doublement antique : non seulement les peintres, sculpteurs choisissent des sujets mythologiques mais dans leur forme même, les artistes copient les bas-reliefs ou les motifs antiques.

Sans être sensible à cet art académique, j'ai apprécié le choix judicieux du thème comme reflet d'une époque, la diversité des supports ( vases, tableaux, photographies...).

Bachanales modernes ! Le nu, l'ivresse et la danse dans l'art français du XIXeme siècle, 12 au 23 mai, Galeries des Beaux-Arts

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Dans cette expo, on peut découvrir quelques photos, en couleurs, d'ouvriers de l'ex-RDA, en train cultiver leur jardin. Les poses semblent peu naturelles et bien banales. En revanche, Burce Milpied, comme un reporter, a photographié les derniers mineurs de Jiu, situé en Roumanie. Le noir et blanc apportent une touche crépusculaire et émouvante à ces lieux dévastés, désertés et à ces hommes, qui évoquent les "gueules noires" de Zola. Il avait déjà photographié des ouvriers sur le port de Bordeaux. Pour en découvrir davantage sur ce photographe,  son site.

Bruce Milpied, " A force de vie faites de murs", jusqu'au 26 mars, Musée d'Aquitaine, entrés libre

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Vulcan, Roumanie, 2004, B. Milpied

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2) Films 

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La presse a parfois mauvaise presse, mais le film de McCarthy, qui s'inspire d'une véritable enquête, menée par les journalistes du Boston globe, dans les années 2000, redore leur blason. Un journaliste découvre une sombre histoire d'abus sexuels dans le milieu écclésiastique. En menant des recherches, il découvre comment l'Eglise cherche à cacher les agissements de certains prêtres. Cependant, les journalistes de Spotligh ne cherchent pas à écrire un scoop, mais veulent dénoncer tout un système, qui mêlent Eglise, justice, argent et victime.

La réalisation est très sage mais c'est un hommage aux journalistes, qui ont fait un travail d'investigation exceptionnel, et qui n'ont pas eu peur de braver l'opinion publique. Un sujet grave traité sobrement.

Spotligh, de McCarthy, 2016, 2h08, avec M. Keaton, ruffalo Mark, Rachel Adams...

billet de Dasola, Niki, parenthèse de caractère,

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El clan est un film très rythmé par une bande-son dynamique et par une double temporalité. Le dénouement horrible et l'histoire terrifiante, inspiré là aussi de faits vrais, se déroulent parallèlement, ce qui redouble la violence du sujet. En effet, on nous montre l'histoire d'une famille en Argentine, qui enlève des gens, dans l'après-dictature de Peron. Ce qui est assez effrayant, c'est qu'autant le fils ( dont on ne sait pas vraiment à quel point il est complice de son père) semble pris de remord ou de dégout pour ce qu'il a fait, autant le père semble maître de lui-même alors qu'il a commis plusieurs meutres. Quand on sait, qu'il a appris le droit en prison et qu'il a plaidé jusqu'à un âge avancé, cela fait froid dans le dos...

Ce long métrage, qui alterne violence des kidnapings et vie ordinaire, nous montre à la fois le contexte sociétal - une famille patriarcale - et le contexte politique, dans la démocratie balbutiante des années 1980, à Buenos Aire. Un film à voir malgré de nombreuses scènes violentes...

El clan, de Plabo Trapero, 2016, avec Guillermo Frrancella, Peter Lanzani, 1h49,

billet de Dasola, et un billet très complet chez Alex,

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3) ACHATS

- Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, + Herbert Zbigniew, Le labyrinthe au bord de la mer + Bakewall, Comment vivre ?, Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse + Arendt Hannah, Le système totalitaire + Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox et Projet Oxatan +  Raymond Depardon, La solitude heureuse du voyageur, précédé de notes + Antony Beevor, La seconde guerre mondiale + Gisèle Freud, Photographie et société + Pierre Bordage, Ceux qui sauront + Lawrence Durrell, L'ombre infinie de César, Regard sur la Provence + H.M Koetzle, Photographes A-Z + Montaigne, Essais, livre II

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26 février 2016

Rosa montero, Des larmes sous la pluie

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Après des études de journalisme et de psychologie, Rosa Montero est chroniqueuse à El Pais et un écrivain reconnu en Espagne. En France, elle s'est surtout fait connaître grâce à son roman de science-fiction Des larmes sous la pluie, qui vient de sortir en poche aux éditions Métailié. Un deuxième opus de la série vient de sortir : Le poids du coeur ( billet de Yueyin et Keisha).

BladeRunner

Blade runner, Ridley Scott

C'est sous l'égide de l'oeuvre de P. K. Dick, que se place ce roman futuriste. Mais Des larmes sous la pluie n'est pas une pâle copie de Blade runner. En 2109, sur terre, une réplicante de combat, Bruna Husky, enquête sur la mort d'autres techno-humains, mourant en faisant des victimes humaines. Pour quelles raisons a-t-on manipulé les mémoires de ces androïdes ? Un organisme politique a-t-il intérêt à inciter à la haine entre espèces ? Pourquoi des humains liés à un projet d'implants de comportement induit pour humains sont-ils tués ? Quelle intrigue policière ! Plusieurs suspects, des retournements de situation, des déguisements, des combats... Rien ne manque dans cette histoire enchevêtrée.

On avance donc, comme dans un labyrinthe, dans ce monde inconnu, mais qui paraît dans le prolongement du nôtre. Pour éviter les longues descriptions informatives, Rosa Montero a choisi d'intégrer intelligemment des pages d'archives synthétisant l'histoire des réplicants, de l'évolution climatique ou politique. Comme tous les romans d'anticipation, le monde évoqué critique indirectement la société actuelle. Comme dans Blade Runner, certains animaux ont disparu, comme les ours. Le climat s'est détérioré, l'air pur est payant... Les humains sont constamment surveillés, manipulés politiquement par des publicités abusives...

Et quelle héroïne ! Ce personnage d'androïde est extrêmement complexe : elle ne cesse de s'interroger sur sa nature, sa mémoire factice, sa mort. Mais elle éprouve aussi de l'agacement face à ses réflexes de combat de machine. Ce genre est d'ailleurs, selon l'auteur dans son entretien "Mauvais genre" diffusé sur France culture, le meilleurs moyen d'interroger la condition humaine. Si elle refuse la mièvrerie, elle trouve émouvantes les paroles du réplicant de Blade Runner : " J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir". Les androïdes ont-ils une âme ? Lisez ce roman et succombez à l'immense richesse de ce roman haletant...

Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, Editions Métailié, 404 p. billet de Keisha, Cachou

Mauvais genre, Rosa Montero parle de son dernier livre, à écouter sur France culture.

Blade runner, Ridley Scott

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