04 juin 2016

Au mois de mai 2016...

Qu'ai-je acheté ce mois-ci ? Depuis que j'ai découvert le blog d'Allez vous faire lire, j'ai acquis des ouvrages jeunesses tels que Le château, "les ferrailleurs" de carey, De bons présages de Prachett et Gaiman, La rivière à l'envers de Mourlevat, La félicidad de Jean Molla, Neverwhere de Gaiman. Merci Keisha pour Le huitième jour de Vésale...

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Qu'ai-je lu ce mois-ci ? J'ai commencé d'ailleurs à explorer les nouveaux territoires de la littérature jeunesse avec Lucas et les machines extraordinaires de Lisa Evans et un livre de science-fiction de Collin intitulé Projet Oxatan. J'ai enfin découvert la jolie prose de Mathias Enard avec la lecture de Boussole, le léger et divertissant Les meilleurs zeugmas, et j'ai lu deux romans policiers ( Le crime de L'orient-Express d'Agatha Chritie et La malédiction du lamantin de Konaté). In fine, j'ai dévoré un campus novel au style original présentant une énigme criminelle et littéraire : La physique des catastrophes de Pessl

Qu'ai-je vu ce mois-ci ?

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C'est le film le plus désopilant, le plus stupide, le plus ridicule, le plus esthétique, le plus gore, le plus, inoui, le plus comique, le plus exubérant, le plus absurde, le plus horrible, le plus vain, le plus drôle, le plus hilarant, le plus inepte, le plus horrifique... De quel film s'agit-il ? De Ma Loute de Bruno Drumont ! En 1910, des bourgeois disparaissent dans le Nord de la France. Deux enquêteurs aussi ahuri l'un que l'autre mènent l'enquête qui n'aboutira pas. Autour d'eux s'agitent une famille de bourgeois dégénérés, les Van Peteghem et une famille de pêcheurs très particulière. Très esthétique, et non sans rappeler l'univers de Tardi parfois, avec des moments véritablement comiques, le film confine trop au non-sense, à un univers gagesque sans but, pour vraiment être un grand film.

Ma loute, Bruno Dumont, 2016, avec Luchini et Valéria Bruni Tedesschi, 122 min.

L'avis de Choupynette.

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Quelques séquences en noir et blanc nous immergent dans les années 50, à l'époque du macCartysme. A un paysage idyllique - ranch, poney, famille heureuse, grande étendue verte - succèdent procès, travail forcené, prison. Cette biopic retrace la vie de Dalton Trumbo, l'un des réalisateurs mis sur la liste noire à cause de ses idées politiques, jugée anti-américaines. Il est obligé de travailler dans l'ombre et devient tyrannique envers sa famille. Présenté comme un véritable Spartacus, qui reçut deux récompenses pour Vacances romaines et Les clameurs se sont tues, le film n'oublie pas de mentionner les victimes malchanceuses, de cette période sombre américaine. L'acteur principal est époustouflant et les frères King apportent une touche d'humour dans ce film, qui reconstitue bien l'Hollywood, enjolivé, de cette époque.

Dalton Trumbo, Jay Roach, 124 min, 2016, avec Bryan Cansom

billet de Dasola, Niki,

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Mad Max, un simple film d'action ? En effet, dans un monde post-apocalyptique, les femmes d'un tyran décident de s'enfuir avec l'aide de Furiosa, main droite d'Immortan Joe, qui règne sur le désert. Les hommes à sa solde ont emprisonnés Max. L'intrigue tient en une ligne mais le film présente de véritables qualités et a remporté de nombreux prix bien mérité : maquillage, décor, paysage sont particulièrement inventifs, fous, créatifs ! La course poursuite dans le désert permet une débauche d'engins de toutes sortes, de combats, d'explosion... Comme tout blockbuster qui se respecte, ont été ajoutés une histoire d'amour impossible, des réflexions sur la rédemption, la condition féminine mais ce n'est pas ce qu'on retiendra de ce film explosif où les scènes de combats sont esthétisés et chorégraphiés comme dans les films d'arts martiaux...

Mad Max fury Road, G. Millet, avec Tom Hardy et Charlize Theron, 2015

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25 mai 2016

Lisa Evans, Lucas et les machines extraordinaires

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Quelle histoire cache cette jolie couverture ? Ce sont les aventures de Lucas Hutin que nous suivons. Les parents de cet enfant de 10 ans, complexé par sa petite taille ne trouvent rien de mieux à faire que de déménager en plein été, dans leur village natal anglais Beetom et il se retrouve esseulé. Mais la découverte d'une boite énigmatique, ayant appartenu à un grand-oncle magicien, va l'amener à enquêter sur la disparition mystérieuse de son oncle, de son atelier de magie et de la fiancée de cet ancêtre.

Comme dans Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire de Snicket, un narrateur facétieux, le cynisme en moins, entame le récit d'une enquête parsemée de jeux de mots, d'énigmes. De grosses coincidences permettent à notre héros de découvrir la vérité. Lucas et les machines extraordinaires est une agréable lecture même si la fin est farfelue. Le personnage du père est particulièrement réussi, un cruciverbiste distrait, ce qui permet à l'auteur de développer un riche vocabulaire et beaucoup d'humour. Un bon livre jeunesse à découvrir parlant de magie et faisant appel à la magie de l'enfance...

" Et que tu dis-tu de celui-ci ? reprit son père, un autre journal à la main. "Quantité de boulanger qui rend malheureux les triskaïdékaphobes", en six lettres.

- Ch'sais pas, souffla Lucas.

- En fait, c'est assez limpide. La triskaïdékaphobie désigne la phobie du nombre de treize. Et quand on parle de "douzaine de boulanger" c'est pour faire référence à leur habitude de faire treize pièces quand  on en demande douze ; d'où l'expression " treize à la douzaine" ou " douzaine de boulanger". Le mot est donc treize".

Lucas et les machines extraordinaires, Lisa Evans, Bayard jeunesse, 284 p.

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22 mai 2016

Mathias Enard, Boussole

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Lors d'un salon du livre, L'escale du livre à Bordeaux, j'ai pu écouter l'auteur venu parler de son livre, qui révélait avec humour, et moult anecdotes, avoir fait des études de langues orientales et avoir beaucoup voyagé dans le Moyen Orient. J'ai donc profité d'un partenariat Audiolib pour découvrir ce romancier dont je ne connaissais pas l'écriture. L'avantage d'une lecture faite par l'auteur lui-même, c'est qu'il connaît bien son texte pour le dire avec expressivité. On sent lorsqu'il évoque les " bavardages de couloir" des universitaires ou leur folie, tout leur ridicule dans le ton de la voix. D'autres moments, elle paraît plus mélancolique, à l'évocation d'un amour malheureux avec Sarah. A la fin de Boussole, un entretien avec l'auteur, nous permet d'en savoir davantage sur l'écriture du roman.

De quoi parle Boussole ? Cette "boussole" est nécessaire pour se repérer dans les méandres de ce récit : un musicologue malade, Frantz, se remémore des souvenirs de voyages, entrelacés de souvenirs amoureux. Le narrateur nous emmène dans des conversations, dans des lectures, dans des lieux exotiques, qui font surgir un Orient merveilleux, livresque mais aussi réel, avec la guerre en Irak. Pourtant, aucune pédanterie ne ressort de ce livre parce que la relation à Sarah est évoquée avec humour, et le narrateur ne manque pas d'autodérision. Delacroix, Flaubert, les traductions de Galand, Chateaubriand, Mozart, Liszt...  sont évoqués tour à tour : mais quel roman ! On reste étourdi devant un tel foisonnement ! On pense aux romans fin de siècle, où les narrateurs sans sortir de leur chambre font voyager par l'imaginaire...

Ce n'est pas un texte qu'on écoute en faisant d'autres activités. Elle nécessite une certaine concentration car le texte fourmille de références, de détails, de lieux, de personnages. Mais c'est une écoute qui laisse une certaine musique dans l'oreille, qui nous laisse rêveur, sous le charme d'un Orient lointain. "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants" est un autre titre de cet auteur, dont les sonorités me plaisaient et qui j'espère me captivera autant que Boussole.

Mathias Enard, Boussole, 18h, audiolib

Extrait lu par l'auteur sur le site audiolib

Merci Audiolib pour ce partenariat.

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19 mai 2016

Fabrice Colin, Projet Oxatan

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Avant ma lecture de La poupée de Kafka, comme j'avais beaucoup lu de billets positifs sur Fabrice colin, j'avais acheté quelques livres au hasard. Les vampires de Londres débute par l'histoire de deux soeurs, qui découvrent leur nature de vampire au premier chapitre. J'ai refermé le livre. Mauvais moment pour commencer une histoire imaginaire ? Est-ce le thème qui me déplaisait ? J'avais d'ailleurs abandonné Comme des fantômes, du même auteur.

Ayant d'autres livres de cet auteur sous la main, j'ai commencé projet oXatan, qui débute ainsi : " Les plaines de Mars. Couleur : rouge sang. A l'horizon, les premiers feux du soleil achèvent de mettre l'aube en lambeaux. Notre vaisseau file au-dessus du désert, loin du Bunker, loin du cratère, loin du Lac noir et de la pyramide. Notre Paradis n'est plus qu'un souvenir. Diana est morte. Jester est mort. Mademoiselle Grace est morte. Jamais je n'aurais imaginé que les choses se terminerait ainsi". Mais qui sont ces personnages ? Pourquoi sont-ils morts ? Une analepse, grâce au journal d'Arthur, 13 ans, qui note les événements sur son ordinateur, nous permet de découvrir la vie de quatre enfants, complètement isolés, vivant sous l'autorité de Mademoiselle Grâce. Des "voix" semblent les appeler, des ogres rodent dans la forêt, un agent du Comité d'Ethique Mondial surgit brusquement...

Ce petit roman de science-fiction s'interroge sur l'humain et les progrès techniques. Comment définir l'homme ? Sans philosopher comme Montaigne ou La Bruyère, F. Colin développe une histoire palpitante et bien construite. Est-ce que parce que le roman est destiné à la jeunesse qu'il n'aborde que superficiellement les problèmes multiples abordés ? Beaucoup de pistes sont esquissées qu'on aurait aimé voir approfondies... Reprenant le procédé plaisant de La poupée de Kafka, F. Colin a inséré des dessins que le narrateur aurait fait à l'aide d'un crayon optique, aidant à la lecture et créant un effet de réel. Bien qu'un peu superficiel, Projet oXatan est un bon roman jeunesse de SF. Vous rouverez, par ailleurs, plein d'idées de littérature jeunesse sur le site d'allez vous faire lire

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Projet Oxatan, Fabrice Colin, Etonnants Classiques, 217 p.

Les vampires de Londres, Fabrice Colin, Folio Junior, 310 p.

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14 mai 2016

Konaté, La malédiction du Lamantin

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Nous retrouvons dans cette nouvelle enquête, le commissaire Habib et son jeune protégé Sosso. Près du fleuve Niger, au Mali, à Bamako, vit la tribu des Bozos. Le chef de la tribu ainsi que sa deuxième femme sont tués comme dans la légende du Lamantin, une divinité des eaux. Le peuple Bozo, tout comme les Dogons, ont des croyances dans leurs dieux très fortes, ce qui rend plus difficile l'enquête puisque l'enquêteur doit démêler le faux du vrai, les croyances du mensonge... Pour des Maliens ne connaissant pas leurs coutumes, il est plus difficile pour eux d'apprendre des événements qui les mèneront jusqu'au meurtrier.

Dans le magazine, Lire spécial polar, paru en mars 2016, j'ai trouvé le terme d'ethno-polar, qui s'applique parfaitement à ce roman policier. Certes, le roman repose partiellement sur la recherche d'indices, de coupables, dont le meurtrier reste insoupçonnable jusqu'à la fin, mais on nous décrit aussi les légendes des Bozos, leur histoire, bien que de manière superficielle.

Les enquêtes du commissaire Habib peuvent se lire sans ordre, même s'il est fait référence à L'empreinte du renard, dans ce nouvel opus. J'ai malheureusement trouvé de nombreuses similitudes dans la construction du roman avec la précédente enquête et les coutumes Bozos ne sont pas assez décrites, bien qu'ingénieusement intégrées dans l'histoire. En outre, les deux personnages principaux sont assez caricaturaux, trop simplifiés. C'est une enquête que j'ai lue avec plaisir mais je ne pense pas lire Meurtre à Tombouctou, dernier volet des aventures de Habib, en tout cas dans l'immédiat, mais je vais plutôt me tourner vers les essais de cet auteur.

La malédiction du Lamantin, point, Moussa Konate, 188 p.

Vous pouvez aussi écouter une émission de France culture " Seydou Keita, portraits de Maliens des années 50

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© Seydou Keïta, tirage argentique réalisé en 1998

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11 mai 2016

Agatha Christie, Le crime de l'orient express

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 Audiolib, dans "A. christie, la reine du crime en chiffres", nous rappelle l'extraordinaire popularité de cette romancière, 40 ans après sa mort : 67 romans policiers, 190 nouvelles, 18 pièces, 2 milliards d'exemplaires vendus dans le monde etc... Vous pouviez lire ses romans et maintenant, vous pourrez aussi les écouter. En ce qui concerne Le crime de l'Orient-Express, dont j'avais déjà lu le roman, l'enquête est extrêmement agréable à écouter, notamment parce que les chapitres sont très courts et l'écriture simple. On suit aisément l'histoire même en n'écoutant pas d'affilé les 7 heures de lecture. En outre, la voix agréable et expressive de Samuel Labarthe contribue à l'écoute intelligible de cette célibrissime enquête ( sur la jacquette, on nous indique qu'il a suivi les cours de Mesguich et vous l'avez peut-être vu dans La conquête de Durringer ou Les petits meurtres d'Agatha Christie).

"L'impossible ne peut se produire, donc l'impossible doit devenir possible malgré les apparences"

Doit-on encore présenter cette intrigue ? Elle fait partie de ses enquêtes ingénieuses, comme Les dix petits nègres, car l'histoire est particulièrement originale : un homme est tué dans un train, bloqué par la neige. Il a été tué de 12 coups de couteau. Qui a pu commettre ce meurtre effroyable dans un lieu clos ? En redécouvrant l'histoire, on remarque les faiblesses de l'intrigue - notamment un lien, très rapidement, se tisse entre les suspects et la victime et une mécanisation des faits ( présentation de chaque suspect, un par un, audition de chaque personne à la suite...). Mais c'est avec plaisir qu'on retrouve Poirot tout en déduction, car empêché de tous mouvements dans ce train à l'arrêt, il va depuis son fauteuil, résoudre cette énigme.

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Le crime de L'Orient-Express de Sydney Lumet :

Alors que Douze en colère est un huis clos réussi, ce whodunit n'est pas brillamment adapté par S. Lumet. Certes, l'intrigue est respectée et le casting éblouissant. Malheureusement, le personnage de Poirot incarné par Albert Finney paraît plus fou qu'excentrique, plus extravagant que minutieux. Son jeu outré n'est pas sans rappeler un autre Poirot, peu crédible, Peter Ustinov ( qui ronfle bouche ouverte dans un salon, dans Mort sur le Nil, mais au moins ce film avait le mérite d'être comique, grâce à des personnages secondaires extravagants). Bref, celui qui incarne le mieux Poirot, sa méticulosité et son orgueil, est David Suchet. Ce film suscite l'ennui, parce que Poirot y est ridiculement mal interprété et parce que l'intrigue est répétitive ( 12 témoins à écouter !)...

Agatha Christie, Le crime de l'Orient-Express, lu par Samuel Labarthe, 6h41. Vous pouvez écouter un extrait ici.

Sidney Lumet, Le crime de l'Orient-Express, 1974, 120 min, avec Albert Finney, Vanessa Redgrave, J.P. Cassel, Lauren Bacall...

Merci Audiolib pour ce partenariat

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08 mai 2016

Les meilleurs zeugmas du masque et la plume, présenté par Jérome Garcin

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La semaine dernière, Jérôme Garcin débutait son émission "le masque et la plume" par la lecture du courrier des auditeurs, clôturant cette partie par l'énumération de Zeugmas relevés par les lecteurs dans divers romans ( écouter ici). Il nous livre l'histoire de "l'entrée triomphale" de ce procédé dans l'émission et l'engouement zeugmaesque créé.

Mais qu'est-ce qu'un zeugma ? Si vous compulsez votre Gradius ( Dupriez), vous trouverez la définition suivante, citée par J. Garcin : " figure de syntaxe qui consiste à réunir plusieurs membres  de phrase au moyen d'un élément qu 'ils ont en commun et qu' on ne répétera pas" (p. 19). Vous cherchez un exempe ? En voilà tout un déluge, "un trafic de zeugma", réunis par auteurs et par genres aussi divers que les films, les chansons, les journaux, les romans : 

- "Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques

vêtu de probité candide et de lin blanc" (Victor Hugo, "Booz endormi")

- "Ah ! Savez-vous le crime et qui vous a trahie ?" (Racine, Iphigénie)

- "Mais cette pièce d'artifice n'était qu'une roulée qu'administrait Saint-Loup, et dont le caractère agressif au lieu d'esthétique me fut d'abord révélé par l'aspect du monsieur médiovrement habillé, lequel parut perdre à la fois toute contenance, une mâchoire, et beaucoup de sang", ( Proust, Le côté de Guermantes).

Et comme ce procédé irrévérencieux et humoristique, ce recueil de figures de style est ludique, léger, accompagné d'illustration de J. Gerner ( ci-dessous, qui n'apporte rien, à mon avis), coloré ( titres orange et pages oranges intercalées), pour un petit moment de délassement et  de distraction. Prenez votre temps et votre plume ( un zeugma, non ?) pour créer les vôtres : à la fin de cette anthologie, on vous propose d'écire vos propres zeugmas à partir de citations célèbres. Je suis sûre que vous y prendrez goût et que vous deviendrez, peut-être, un collectionneur de cette figure de rhétorique...

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Les meilleurs zeugmas du maque et la plume, illustration de Jechen Gerner, folio, 104 p.

Merci folio pour ce partenariat.

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05 mai 2016

La physique des catastrophes, Pessl

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C'est en ayant lu l'avis très attrayant et pertinent de Lilly - on pense effectivement au Maître des illusions et à lire son prochain roman, intitulé, Intérieur nuit -  que j'ai eu envie d'ouvrir La physique des catastrophes de Marisha Pessl.

On a l'impression d'entrer dans un campus novel en découvrant l'histoire de Bleue Van Meer. Celle-ci a perdu sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant et son père, un enseignant chercheur, va d'université en université, enseigner les sciences politiques. Enfant précoce, Bleue a des difficultés pour s'intégrer dans les écoles qu'elle fréquente mais son immense savoir lui permet de décrypter le monde. Mais la vie peut-elle se conformer à un film ou un livre ou aux théories d'un père idéaliste, épris de liberté et critiquant le consumérisme ?

Son père décide de l'inscrire en terminale, dans l'université St Gallway de Stockton, pour une année. Là, elle découvre un professeur Hannah Schneider, qui s'intéresse vivement à elle, contrairement à la bande d'étudiants qui l'entoure. Pourtant, ces derniers et Hannah fascinent Bleue qui ne cesse de s'interroger sur eux :  " Un adulte à l'intérêt marqué  pour les jeunes ne peut pas être totalement sincère ni équilibré, écrivait-il page 424, dans le chapitre 22 intitulé "Le charme  des enfants". Une attitude de ce genre dissimule souvent un dessein noir".

D'emblée l'on sait qu'Hannah est morte. Quelles en sont les raisons ? Peu à peu, la narratrice lève le voile sur cette tragique histoire et l'auteur joue avec son lecteur, laissant des indices qu'on ne comprend que restropectivement... Quelle structure livresque ingénieuse ! Quelle intrigue palpitante !

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"Bleue" : quel prénom  ! voir leptotes cassius, dictionnaire des papillons Meld éd., 2001, nous dit la narratrice, dans une parenthèse. Non seulement le style, rappelle celui d'un universitaire avec des notes de bas de page parfois et d'une obsession de la littérature, mais elle montre aussi la propension du personnage à analyser, comme un entomologiste, le monde. Des supports visuels ( image ci-dessus, dont je n'ai pas réussi à trouver le nom du dessinateur) contribuent à cette précision, ce souci de documentation bien que nombres de références (je ne les ai pas toutes cherchées) me semblent parfois fantaisistes.

Le premier chapitre s'intitule "Othello", le deuxième "Portrait de l'artiste en jeune homme", etc... sa prof est mystérieuse comme un personnage de Faulkner, elle tombe amoureuse d'un Heathcliff... comme le dit la narratrice, elle est " portée sur la bibliographie", ce qui donne un charme inimitable à ce roman extrêmement drôle, intelligent, au style original. Seule la fin est improbable et inouïe, longue et inutile. Le reste est fabuleusement raconté !

Marisha Pessl, La physique des catastrophes, 817 p., Folio

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30 avril 2016

Au mois d'avril 2016...

1) Exposition 

Itinéraires des photographes voyageurs, Bordeaux. J'ai pu voir trois expos des photographes Kalian Lo, Anne-Lise Broyer et Guillaume Millet.

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Tivoli, 2010, série au roi du bois : Anne-Lise Broyer courtesy La Galerie Particulière, Paris

Les carnets de la création, sur France culture  parle de A.L Broyer et Céline Clanet, LEs carnets de la création

2) Mes derniers livres lus

 

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- La revanche du petit juge de Gangemi ,

- Plus haut que la mer de Melandri,

- Piste noire de Manzoni,

-Le commissaire Bordelli de Vicchi

3) Mes derniers films vus

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Un montre à mille têtes, 2016, de Rogrigo Pla avec Jana Raluy, 1h14

Une femme, au Mexique, est désespérée : son mari est gravement malade mais sa compagnie d'assurance refuse de lui accorder le traitement médical qui pourrait le sauver. Elle décide alors de prendre les choses en main et en otage le médecin, coordonnateur de sa compagnie. Cette première action déclenche une succession de catastrophes, dans une administration kafkaienne. Cette histoire est filmée d'une manière originale. Dès le départ, on sait que cette femme, Sonia Bonet, comparait devant un tribunal et on voit au fur et à mesure les différents témoins du parcours de Sonia. Les scènes sont vues du point de vue du personnage principal puis d'un autre personnage. L'un d'entre eux est myope, donc, la scène devient floue à travers son regard etc... La maîtrise de la technique est parfaite mais on est tellement concentré sur ces détails et l'aspect technique qu'on reste à distance des malheurs et souffrance de cette femme.

Desierto, de Jonas Cuaron, 2016, 1h34, avec Gael Garcia Bernal

Dans le sud de la Californie, après une panne de leur camionnette, des migrants sont obligés de traverser le désert de Sonora pour traverser la frontière illégalement. Un homme xénophobe leur tire dessus et les traque sans pitié, avec son chien qu'il préfère aux hommes. Finalement, à part un dialogue bref sur les raisons d'aller aux Etats-Unis, ce film ressemble à une chasse à l'homme et s'assimile au genre "survival", tant à la mode ces derniers temps. La question des flux migratoire semble passer au second plan dans ce duel entre le gringo rascite et le clandestin...

Fritz Bauer, de Lars Kraume, 2016, 1h47 avec Burghart Klaubner

Fritz Bauer est un biopic très intéressant, étant donné qu'il révèle le rôle de ce magistrat dans la traque d'Eichmann. Ce dernier serait à Buenos Aires, selon le témoignage d'un aveugle. Bauer continue ses recherches, aidé d'un autre magistrat homosexuel. Ce film montre le caractère de cet homme juif inflexible, de sa lutte acharnée dans une Allemagne encore dirigée par de nombreux anciens nazis. Ce film biographique très classique, linéaire, qui ne s'attache qu'à la période de la traque d'Eichmann, est, finalement, surtout intéressant comme témoignage sur l'Allemagne des années 1960, où encore nombre de partisans nazis étaient encore en place dans l'administration...

4) Mes derniers achats

 - Mahmoud Darwich, La Palestine comme métaphore et La terre est étroite et autres poèmes + F. Garcia Lorca, Romancero gitano + L. Juiller, Analyser un film +Mario Vargas Llosa, Lituma dans les Andes, Qui a tué Palomina Molero ?

 

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27 avril 2016

Marco Vichi, Le commissaire Bordelli

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A Florence, en 1963, Le commissaire Bordelli mène une enquête sur une vieille dame, très riche, qui semble être morte d'une crise d'asthme violente. Cependant, très rapidement, des indices prouvent qu'elle a été assassiné. Ses héritiers sont-ils les coupables ? Voici une enquête très traditionnelle, construit comme un whodunit.

L'enquêteur aussi est assez banal, si ce n'est sa propension à fréquenter des marginaux comme des prostituées, des anciens détenus, un savant fou, un cousin silencieux et aimant corriger des copies... Il faut souligner aussi que, dans cette Italie après-guerre, la pauvreté règne et Vicchi s'attache à décrire l'atmosphère de Florence, sous une chaleur torride.

Il y a peu de description de la ville, en revanche, la torpeur du commissaire et l'arrivée de Piras qui est le fils d'un ancien compagnon de guerre, l'amène à se remérorer ses souvenirs de guerre. Dans une note de l'auteur, à la fin du roman, on apprend que ce sont les récits de combats parternels contre les nazis, qui ont inspiré Vicchi. Comme Simenon, avec son commissaire Maigret, l'auteur s'attache surtout à décrire le quotidien de son commissaire, ses problèmes pour arrêter de fumer, son amour pour la nourriture, sa vie sans femme... Ce roman ne présente aucun événement sensationnel, ni de recherches formelles mais c'est un livre agréable à lire où l'enquête paraît presque secondaire par rapport au personnage de Bordelli et ses différentes rencontres et son passé. C'est ce dernier aspect, qui m'a plu, et qui semble être encore développé dans la nouvelle enquête de Bordelli, parlant de traque nazis : Une sale affaire ( lu par Keisha).

Marco Vichi, Le commissaire Bordelli, 10-18, 214 p.

Lu par Lewerentz, Le livre d'après,

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