06 janvier 2010

Thérèse Raquin de Zola : ISSN 2607-0006

9782253010074_TRoman du meurtre et de la folie, Thérèse Raquin est l'un des premiers romans écrit par Zola : beaucoup plus court que les livres du cycle des Rougon-Macquart, il porte déjà l'empreinte des théories naturalistes de Zola.
Thérèse Raquin est une jeune femme pleine de sensualité, qui dépérit au côté d'un mari souffrant et médiocre, Camille. Un jour, ce dernier ramène un camarade d'enfance, peignant à ses heures perdues, et fonctionnaire dans le ministère des chemins de fer comme Camille. Au premier regard Thérèse Raquin est subjuguée par cet homme. Commence une histoire d'adultère...

Thérèse Raquin comporte une intrigue très simple, celui d'un couple adultérin qui cherche à se débarrasser d'un mari devenu gênant. Les courts chapitres permettent de mettre rapidement en place l'intrigue. C'est un roman d'analyse, sans actions véritables, toutefois Zola tisse un réseau de symboles et d'échos signifiants lui permettant de mettre en place sa théorie du déterminisme : l'hérédité et l'influence du milieu se conjuguent pour écraser la vie des personnages. La folie et la lente déchéance des personnages semblent inexorables.

Véritable virtuose de l'intrigue romanesque, Zola (une exposition virtuelle est consacrée à Zola sur le site de la BNF) allie étude de tempéraments et intrigue policière. Comme dans ses romans du cycle des Rougon-Macquart, Thérèse Raquin est un miroir de la société du XIXeme siècle, notamment la vie de petits bourgeois : la médiocrité et l'ennui bourgeois sont illustrés par les fameuses soirées du jeudi soir, répétitives et ineptes. Seul le confort matériel intéresse les Raquin. Cependant, Sainte-Beuve critiquait l'invraisemblance de ce roman, où pourtant l'auteur a désiré tout montrer et tout dire jusqu'à décrire le fonctionnement d'une morgue en s'attardant sur la description des cadavres. C'est que l'oeuvre est aussi traversée, par ricochets, par des symboles tels que la cicatrice et n'est pas exempt de passages fantastiques comme la présence d'un spectre dans la chambre du couple adultérin.  Quant au dénouement, il est digne d'une tragédie suscitant terreur et pitié. Un roman sombre mais un de ceux que je préfère de cet auteur...

Thérèse Raquin, de Zola, Livre de poche, 234 p.

Mes autres lectures zoliennes : La bête humaine,

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05 janvier 2010

Les orpailleurs de Thierry Jonquet : ISSN 2607-0006

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Comme j'avais beaucoup apprécié la lecture des précédents romans de Thierry Jonquet (La belle et la bête, Le manoir des immortelles) , j'ai poursuivi l'exploration de l'univers très noir de cet auteur avec Les orpailleurs.

Rovère, dansel, Dimiglio et Sandoval sont des inspecteurs d'une brigade parisienne qui vont faire une macabre découverte, celle d'une jeune femme dont on a tranché la main de manière chirurgicale. Elle restera longtemps non-identifiée, créant ainsi une confusion au sein de l'enquête. Ce meurtre est suivi de deux autres meurtres identiques : une jeune artiste peintre polonaise et une vieille femme travaillant à l'ambassade de Pologne sont retrouvées avec la main tranchée. Le mystère s'opacifie surtout que la brigade a d'autres affaires à traiter et que les personnages principaux ont des problèmes personnels, qui viennent interférer avec l'enquête. Quel est le lien entre ces trois femmes ? Et surtout quel est le mobile ?

Ce roman de T. Jonquet est particulièrement complexe car le narrateur suit, de manière assez cinématographique, la vie de plusieurs personnages. On découvre ainsi la vie personnelle mouvementée et dramatique de l'inspecteur Rovère ainsi que celle de la juge Nadia instruisant l'affaire des "femmes aux mains coupés". Le quotidien de la brigade est aussi minutieusement décrit ainsi que d'autres affaires en cours. Les personnages et les intrigues sont donc nombreux et le lecteur reste dans le flou tout le premier tiers du roman. La mise en place des fils de l'intrigue est très longue et ce n'est que dans le dernier tiers du roman qu'on commence à dénouer les fils de l'enquête. T. Jonquet joue avec les nerfs du lecteur et le dénouement en est d'autant plus surprenant.
Cependant si la vie du juge Nadia est mise en valeur, c'est que ce roman policier, en plus de mettre en place une enquête pleine de rebondissements et de surprises, pose les bases d'une réflexion sur la justice et l'Holocauste. Peu à peu, au fil de l'enquête, l'auteur a habilement su mêler des questions sur le souvenir, sur l'histoire et la morale, sans être toutefois moralisateur.
Comme dans Le manoir des immortelles, l'auteur semblent refuser de conclure et la fin est une non fin qui peut être frustrante. Un roman remarquablement complexe dont la lenteur peut agacer mais qui se révèle beaucoup plus riche qu'une simple enquête...

Les orpailleurs, Joncquet, Folio policier, 400 p.

Autres romans de l'auteur : Le manoir des immortelles, La bête et la belle

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04 janvier 2010

Millenium, tomes 2 et 3 de Stieg Larsson : ISSN 2607-0006

 

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Tome 2 : "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette"

Un journaliste travaillant temporairement pour Millenium, le magazine de Blomkvist, est assassiné ainsi que sa femme. Son article portait sur le trafic sexuel de femmes venues de l'Est. A-t-il été tué à cause des révélations de son article ? Tous les indices semblent désigner Lisbeth comme la parfaite meurtrière : les médias s'emparent avidement de l'affaire pour faire de Lisbeth une coupable avec un passé psychologique très lourd. Est-elle la véritable meurtrière ?

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Tome 3 : " La reine dans le palais de courants d'air"

Lisbeth va être jugée pour coups et blessures aggravés sur la personne de son père. Elle-même a réchappé plusieurs fois de peu à la mort : enterrée vivante, avec une balle dans la tête, elle survit toutefois. Heureusement que M. Blomkvist et quelques amis luttent pour la sauver d'un complot de la SAPO, la police secrète d'Etat, qui cherchent à la faire enfermer à vie...

Ces deux tomes sont beaucoup plus étroitement liés que le premier tome. Si le premier opus est un véritable thriller, ces suites tombent dans le genre du roman d'espionnage. Ils mettent en scène une "théorie du grand complot"  où coexistent des espions de l'ex-URSS, un département secret à l'intérieur de la police secrète suédoise, la SAPO, des secrets défenses...
Le lecteur découvre le passé de Lisbeth Salander sur fond de querelle de guerre froide et de vengeance personnelle. "Démesure" et "invraisemblance" sont deux adjectifs qui pourraient qualifier ces romans qui usent de la surenchère dans la violence  des actions : des crimes et des tueurs à volonté, des héros hors normes et des longueurs qui deviennent de plus en plus longues...
J'ai été beaucoup moins convaincue par ces derniers tomes rocambolesques et peu crédibles...

Millenium, tome 2, Larsson, Acte Sud, 653 p.

Millenium, tome 3, Larsson, Acte Sud, 575 p.

autres romans : Millenium, tome 1

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03 janvier 2010

Millenium, tome 1," Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Larsson : ISSN 2607-0006

 

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Un vieil homme, Henrick Vanger, de quatre-vingt-dix ans reçoit une fleur séchée pour chacun de ses anniversaires. Seule sa nièce lui en offrait mais celle-ci a disparu ou a été tuée trente ans auparavant. Qui peut lui offrir ces fleurs si ce n'est le meurtrier ? Blomkvist, journaliste à Millenium, est condamné dans l'affaire Wennetrom pour avoir porté de fausses affirmations sur ce groupe. Il est contacté par Vanger pour retrouver le meurtrier de sa nièce... Lors de son enquête, il va être aidé par Lisbeth Salander, une jeune hacker quelque peu asociale... Commence une enquête où se mêle horreur et nazisme.

Voici un polar écrit de manière journalistique : chaque personnage est très fouillé, chaque événement est décrit minutieusement... Paradoxalement, ces descriptions n'empêchent pas le lecteur de se plonger au coeur de cette enquête, au côté de personnages attachants. Blomkvist est un charismatique journaliste mais naïf et bien pensant. Quant à Lisbeth, elle est présentée comme un véritable "concept" : c'est une écorchée vive avec des dons insoupçonnés, notamment en matière informatique.

L'enquête est une véritable énigme présentée comme insoluble : Harriet Vanger a été enlevée ou tuée sur une île dont toutes les issues avaient étaient fermées. Toutes les pistes semblent avoir été sondées, fouillées, vérifiées une centaine de fois. Une série de numéros va pourtant mettre le héros sur la piste d'un tueur en série et des horreurs inimaginables... Un huis clos sur une île, sur sombre fond de nazisme, passionnant...

Millenium, tome 1, Larsson, Acte Sud, 711p.

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28 décembre 2009

Aphorismes d'Oscar Wilde : ISSN 2607-0006

 

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Les aphorismes d'Oscar Wilde (biographie ici) sont des citations extraites de ses oeuvres, romans ou pièces de théâtre. Souvent contradictoires, comme son auteur aimait à l'être, parfois cyniques, parfois amusantes, les citations de ce recueil sont un véritable florilège qui permet de saisir l'esprit et la pensée d'Oscar Wilde sur de nombreux aspects tels que le mariage, les femmes, l'art et la beauté...
Parmi ces aphorismes, j'en ai retenu quelques-unes :
- " Mieux vaut être beau que bon, mais mieux vaut être bon que laid"
- "  Il n'est rien de plus beau que d'oublier, excepté d'être oublié"
- "Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit - c'est tout".
- "Il faudrait ou bien être une oeuvre d'art ou bien porter une oeuvre d'art".

Esthète fin de siècle, O. Wilde a le sens de la formule et manie le paradoxe avec dextérité. Le véritable jeu consisterait à retrouver les oeuvres dont sont extraits ces aphorismes ! Livre à feuilleter tous les jours et à avoir sur soi en toutes circonstances !

 

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27 décembre 2009

Le fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland : ISSN 2607-0006

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Ayant apprécié le retour dans le dix-neuvième siècle avec le roman policier La dernière enquête de Dupin, j'ai poursuivi la découverte des romans de cet auteur avec Le fantôme de Baker Street. James  Trelawnay et Andrew Singleton sont deux jeunes hommes de bonne famille jouant aux détectives privés en Amérique. S'ennuyant à mourir, ils viennent sur le continent à la recherche d'aventures palpitantes. Un jour, Mr Conan Doyle vient personnellement leur demander leur aide pour résoudre une série de crimes qui fait trembler tout Londres par leur sauvagerie... Nos jeunes héros se lancent à la poursuite d'un criminel quelque peu surprenant...

Le début du roman est prometteur avec un couple de détectives classiques. Cependant dès les premiers chapitres, l'intrigue verse dans l'ésotérisme : effectivement, Conan Doyle lui-même, à la fin de la sa vie était fasciné par les séances de spiritisme, ce qui explique l'ambiance très surnaturelle. Mais l'intrigue n'est en rien fantastique, elle tombe dans la fantaisie la plus débridée et devient si improbable, que l'enquête ne semble plus qu'une parodie de roman policier... Un fantôme, meurtrier en série ?
Dommage, des crimes imitant ceux de la littérature victorienne était une bonne idée, cependant cela ne suffit pas pour intéresser le lecteur dont l'esprit peut être vite exaspéré par la kyrielle d'événements improbables. Évidemment, le ton n'est pas dépourvu d'humour, par exemple, un chapitre est intitulé " un peu de lecture n'a jamais fait de mal à personne", toutefois l'invraisemblance outrée des situations rend pénible et agaçante la lecture de ce roman policier.

Fabrice Bourland, Le fantômes de Baker street, 10/18, grands détectives, 245 p.

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23 décembre 2009

Les précieuses ridicules de Molière

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Comédie en un acte et 17 scènes, les Précieuses ridicules sont une satire de la vie littéraire de l'époque et l'une des premières pièces de Molière ( biographie ici) : Magdelon et Cathos sont deux filles de bourgeois qui éconduisent Du Croisy et La Grange, sous le prétexte fallacieux qu'ils ne connaissent pas la carte du Tendre, extrait d'un roman de Mlle de Scudéry, représentation concrète de l'itinéraire amoureux, tel que le concevait les précieuses de l'époque. En revanche, elles tombent amoureuses des valets déguisés des deux amants rebutés...

Molière fait ici la satire des coquettes et des excès engendrés par la mode de la préciosité et de la vogue des salons littéraires. Par exemple, une précieuse désignera un miroir par une périphrase "le conseiller des grâces" ou "les âmes des pieds" servent à nommer les violons. L'excès de snobisme des deux demoiselles est tout à fait comique, en décalage avec le bon sens de Gorgibus, le père qui n'entend rien à ces billevesées...
Le comique de farce est présent à travers les deux valets triviaux, des types, plutôt que des individus... et qui reçoivent des coups de bâtons comme tout bon valet moliéresque... Petite pièce alerte, agréable à lire...

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22 décembre 2009

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth : ISSN 2607-0006

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Par un bel après midi d'août 1889, un homme " grand, arborant un léger embonpoint et une tenue excessivement recherché" a rendez-vous avec un jeune homme, Billy Wood, qu'il découvre égorgé. Cet homme altier est "le phénomène littéraire de son temps": Oscar Wilde. Celui-ci revient, quelques heures plus tard, accompagné d'Artur Conan Doyle et de son ami Robert Sherard sur les lieux du crime : à leur grande stupéfaction, le corps a disparu. Heureusement, A Conan Doyle découvre des gouttelettes de sang, sur le mur, prouvant bien la véracité des dires d'Oscar Wilde. L'auteur des Sherlock Holmes recommande à O. Wilde de s'adresser à un jeune inspecteur de Scotland Yard, Fraser... Commence une quête de la vérité devenue obsessionnelle pour O. Wilde : qu'est devenu le corps de Billy Wood ? Qui aurait pu avoir un mobile pour le tuer ?

"La seule véritable ivresse est celle de la conversation"

Le mérite de ce roman policier très humoristique est de faire un portrait prestigieux de O. Wilde. "Il se plaisait à dire qu'il avait mis du génie dans sa vie et seulement du talent dans son oeuvre". O. Wilde est donc d'abord présenté comme un homme de goût, aimant faire des traits d'esprit, palabrant sans cesse au grand plaisir du lecteur qui peut retrouver les aphorismes de Wilde parsemés dans sa conversation mais à la grande exaspération des autres personnages. Il est aussi l'auteur du portrait de Dorian Gray, dont la genèse est ici racontée entre deux enquêtes. Oscar Wilde présente un aspect beaucoup plus comique en tant qu'enquêteur : dès les premières lignes, il rivalise avec les techniques de déduction de Sherlock Holmes, faisant preuve d'un don d'observation infaillible qui va d'ailleurs lui permettre de résoudre cette enquête retorse qui réserve bien des surprises. Conan Doyle admiratif dira vouloir en faire le modèle du frère de Sherlock Holmes ! Adulé et critiqué de son vivant, il devient même le rival de l'intrigue : on s'intéresse davantage à sa personne qu'à l'histoire.

Quant à Sherard, narrateur du journal de l'enquête, lui est dévolu le rôle du docteur Watson, c'est-à-dire crédule et vivant dans l'ombre du grand homme. Il n'est en quelque sorte que le humble transcripteur d'une célèbre aventure fictive de O. Wilde. Si la trame est fictive, les personnages sont bien réels : Sherard était un ami de l'écrivain et a écrit sa biographie à plusieurs reprises. Roman policier historique, mêlant fiction et vrais personnages, la résolution du meurtre aux chandelles, menée avec brio, est une lecture distrayante et amusante... 

" Qui donc voudrait toujours être cohérent ? Pas moi en tout cas ! c'est bon pour les fâcheux et les doctrinaires, ces gens ennuyeux qui poursuivent leurs principes jusqu'à les mettre en application, avant que la réalité ne les contredise par l'absurde" (Oscar Wilde).

Brandreth, Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, 10/18, grands détectives, 385 p.

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21 décembre 2009

Pierre et Jean de Maupassant : ISSN 2607-0006

 

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Roman réaliste de Maupassant ( biographie ici), Pierre et Jean est un chef-d'oeuvre du roman d'analyse. Pierre et Jean, les héros éponymes, sont deux frères rivaux, habitant le Havre, que tout oppose. Pierre est brun et emporté tandis que Jean est calme et blond. A partir du jour où ce dernier reçoit un héritage d'un ami de la famille, Mr Maréchal, Pierre ne cesse de se tourmenter et de tourmenter sa famille : est-ce Jean serait un fils illégitime pour recevoir ainsi une tel fortune d'un homme que tous deux connaissaient autant ? Commence pour Pierre une quête angoissante de la vérité.

Tout d'abord, l'intrigue est proche d'une enquête policière : Pierre mène l'enquête, tourmenté de savoir que sa mère est peut-être une femme adultère. Comme dans de nombreuses nouvelles de Maupassant, le thème de l'enfant illégitime parcourt tout le roman... Pierre et Jean est d'abord un drame familial mais dont l'intrigue est plutôt surprenante.

Les actions sont rares, ce qui prime ce sont les sentiments : la jalousie ronge Pierre. Il finit malgré lui par haïr ce frère à qui tout semble réussir : grâce à l'argent de l'héritage, il peut installer son cabinet d'avocat, il va se marier à une jeune veuve raisonnable. De nombreuses scènes décrivent les emportements, les doutes et la colère de Pierre.

Pierre et Jean est aussi un roman réaliste : la Normandie, le port du Havre, Trouville, servent de décor à ce drame. C'est un reflet de son siècle mais sans concession car Maupassant égratigne ces petits bourgeois qui recherchent le confort, l'argent, et la banalité d'une vie tranquille... Un roman psychologique passionnant...

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19 décembre 2009

Aurélia de Gérard de Nerval : ISSN 2706-0006

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"Le rêve est une seconde vie" : ainsi commence Aurélia, la narration de moments de folie du narrateur. L'amour impossible pour une jeune femme plonge le narrateur dans la confusion entre réalité et rêve, le désespoir et la folie.

Cette nouvelle n'est qu'une suite de rêves, en trois parties. Oeuvre onirique, ces songes peuvent être soit perçus comme une série de tableaux idylliques répétitifs, soit comme la représentation de la dualité de l'homme. D'ailleurs, cette nouvelle est basée sur des antithèses, oppositions entre souvenir et présent, lumière et obscurité... Le thème du double est très présent aussi, donnant une dimension fantastique à ce récit déjà "supernaturaliste". Entre confusions et élucubrations, la vie de l'auteur est assimilée à une descente aux enfers, à la recherche d'un idéal féminin : en exergue, apparaissent ces deux mots, "Eurydice, Eurydice".

Cette oeuvre nervalienne ( biographie de l'auteur sur le site Larousse) est empreinte d'éléments romantiques tels que le désespoir qui saisit le narrateur dans un temps troublé où le mal-être apparaît comme une véritable maladie, la place donnée aux rêveries et la référence à Swedenborg. Aurélia laisse une impression étrange et est proche des récits fantastiques d'ETA Hoffmann, tel que Le vase d'or où cohabitent fantaisie et folie...

"Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée était de me détruire. A plusieurs reprises, je me dirrigeai vers la Seine, mais quelque chose m'empêchait d'accomplir mon dessein. Les étoiles brillaient dans le firmament. Tout à coup, il me sembla qu'elles venaient de s'éteindre à la fois comme les bougies que j'avais vu à l'église. Je crus que les temps étaient accomplis, et que nous touchions à la fin du monde annoncée dans l'Apocalypse de Saint Jean. Je croyais voir un soleil noir dans le ciel désert et un globe rouge sang au-dessus des Tuileries. Je me dis : " La nuit éternelle commence, et elle va être terrible. Que va-t-il arriver quand les hommes s'aperçevront qu'il n' a plus de soleil [...]". Arrivé vers le Louvre, je marchai jusqu'à la place, et là un spectacle étrange m'attendait. A travers des nuages rapidement chassés par le vent, je vis plusieurs lunes qui passaient avec une grande rapidité. Je pensai que la terre était sortie de son orbite et qu'elle errait dans le firmament comme un vaisseau démâté, se rapprochant ou s'éloignant des étoiles qui grandissaient ou s'éloignaient tour à tour. [...] Brisé de fatigue, je rentrai chez moi et je me jetai sur le lit. En m'éveillant, je fus étonné de revoir la lumière."

 "Aurélia", G. de Nerval, Livre de poche

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