14 décembre 2009

Le barbier de Séville de Beaumarchais : ISSN 2607-0006

 

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A Séville, un vieux médecin, Bartholo, décide d'épouser sa jeune pupille Rosine. Cependant, le comte Almaviva est amoureux de cette jeune fille. Il décide de s'introduire chez Bartholo, déguisé en cavalier, et peut ainsi s'entretenir avec l'objet de son amour. Les jeunes amoureux sont aidés dans leur entreprise par Figaro, le valet de Bartholo...

Tout de suite, on reconnaît des thèmes moliéresques ainsi qu'une intrigue très convenue, influencée par la commedia dell arte : deux jeunes gens cherchent à se marier aux dépens d'un vieux barbon jaloux et ridicule.

Cependant, cette pièce en 4 actes, pose le noeud de l'intrigue de manière très dynamique. Surtout, les dialogues sont extrêmement enlevés entre jeux de mots, comique de répétition, vivacité des répliques et chiasmes. A l'acte III, l'intrigue présente un tel imbroglio que l'un des acteurs s'écrit : "il y a de quoi perdre l'esprit !". Les dialogues sont très fluides ne laissant aucun répit au spectateur. Dans ces dialogues, le personnage de Figaro y prend une importance particulière : ses paroles sont, au-delà du comique, parfois critiques. Il est en quelque sorte le porte parole de Beaumarchais. Il fustige le milieu littéraire - il parle de la république des Lettres comme étant celle des loups - et les autres personnages.

Cette pièce est aussi influencée par l'esthétique théâtrale de l'époque, celle du drame : en effet, le personnage de Rosine n'est pas celui d'une ingénue, elle est rusée et caractérielle. Elle sait mentir et feindre. Cependant, certaines scènes ne sont pas dépourvues de sensibilité et chacun des personnages ressent, à un moment, le désespoir ou le désarroi face à cette comédie de l'amour où le bonheur et la justice finissent par l'emporter. Cette comédie se lit avec plaisir, tant la pièce a un rythme vif où s'enchaîne quiproquos, déguisement, apartés et bon mots... Une pièce de Beaumarchais ( présentation de l'auteur " les essentiels littérature" sur le site de la BNF) à lire !

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11 décembre 2009

La dame blanche de Bobin : ISSN 2607-0006

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La dame blanche de Christian Bobin, folio, 2007, 125 p.

Ce live de Bobin est une autobiographie subjective et poétique d'Emily Dickinson, poétesse américaine du XIXeme siècle.

Cette biographie se présente sous forme de courts fragments proche de la prose poétique, retraçant par petites anecdotes la vie d'Emily. Commençant presque à rebours, le récit de la vie de la poétesse commence par sa mort, de manière significative. La blancheur de cette dame, est la couleur de l'innocence mais aussi celle du linceuil. Toute sa vie, cette femme semble entourée de personnes dont la vie est fugace, elle-même est dépeinte comme une âme. Très tôt, elle connaît l'absence et le manque : l'absence d'une mère et la perte d'une personne chère, Benjamin Newton (secrétaire de son père). Bobin raconte ensuite, sans ordre chronologiques, quelques instants de la vie d'Emily, toutes imprégnées de religiosité.

Paradoxalement, celle qui a choisi la vie, vit en fait comme une recluse et une solitaire car "la tyrannie du visible fait de nous des aveugles". Cette biographie est davantage un portrait en creux, toute en intériorité. La dame blanche est le portrait d'une âme, toute en sensibilité, presque insaisissable. On regrette presque la grâce éthérée de cette prose car elle tend à effacer son sujet.

"Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n'a d'égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu'elle enterre dans un tiroir. "disparaître est un mieux". A la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féérique dans la cave d'un imprimeur et fuit l'Orient hébété. Sous le soleil clouté d'Arabie et dans la chambre interdite d'Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (quatrième de couverture)

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03 décembre 2009

La dernière enquête du chevalier Dupin de Fabrice Bourland : ISSN 2607-0006

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Nerval parlait de "l'épanchement du songe dans la vie réelle"... On peut en dire de même pour cette fiction qui parle de la mort de Nerval, l'auteur des filles du feu. Le poète s'est pendu à Paris à la fin du XIXeme siècle. Comme il était psychologiquement instable, on a tout de suite cru à un suicide. Mais cette thèse ne satisfait pas 3 de ses amis qui demandent au chevalier Dupin et à son fidèle compagnon de mener une enquête au sujet de cette mort...

Comme dans les romans policiers de Conan Doyle, le compagnon de l'enquêteur prend la plume pour narrer une aventure d'un célèbre détective. Personnage de fiction, Dupin est le héros des nouvelles de Poe (biographie sur le site Larousse) : il est aussi question de lui, dans ce court récit qui s'inspire de la véritable mort du poète sur laquelle repose l'intrigue.

L'intrigue est assez complexe puisque le narrateur fait de nombreux allers-retours entre le moment de l'écriture et l'époque où les événements se déroulent. L'écriture aussi se fait énigmatique, entre jeux de mots et jeu de l'esprit. On est amusé de voir apparaître Dumas témoigner dans cette enquête, parfois très fantaisiste, qui verse dans l'ésotérisme propre au XIXeme siècle. Et que dire des derniers mots ! "Traduction de Charles Beau de L'Ers".

Roman policier historique et littéraire, La dernière enquête du chevalier Dupin est une enquête amusante et un hommage à Edgar Allan Poe.

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08 novembre 2009

La bête humaine de Zola : ISSN 2607-0006

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Zola (une exposition virtuelle sur la BNF lui est consacré ici) désirait avec ce roman, appartenant au cycle des Rougon-Macquart, écrire un grand roman du crime et ferroviaire. En effet, dans ce roman, "la bête humaine" est une métaphore du train, qui symbolise la marche forcenée du progrès et que Zola personnifie. Mais "la bête humaine", ce sont aussi les Misard : un mari tente d'empoisonner sa femme pour lui prendre de l'argent, qu'elle a caché. C'est aussi Jaques Lantier, fils de Gervaise, dont la lourde hérédité le pousse à tuer toutes les femmes qu'il rencontre. Il y a aussi Séverine et son mari, les Roubaud, qui tuent Grandmorin, le mari étant jaloux de ce protecteur, qui aurait abusé de sa femme avant le mariage... Les destins de ces personnages vont se croiser autour de la ligne du Havre/ Paris où les êtres sont entraînés au rythme de la machine.

Avec sa verve épique, de nouveau, Zola illustre avec ses personnages, sa théorie de l'hérédité. Il dépeint avec fidélité le milieu ferroviaire ainsi que ces personnages, qui ne sont pas maîtres de leurs pulsions. Proche de l'intrigue de Thérèse Raquin, ce roman peint - avec des hyperboles et à grand renfort de descriptions - une intrigue policière, une histoire d'adultère mais qui a pour fond de toile, l'Histoire : de nombreuses fois, sont évoqués les troubles politiques liés au Second Empire. Si l'écriture naturaliste est bien présente, de part ses thèmes et le vocabulaire technique, les symboles n'en sont pas absents. Un chef-d'oeuvre !

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04 novembre 2009

Musique pour caméléons de Truman Capote

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Ce recueil de "roman non roman", c'est-à-dire des retranscriptions de conversations réelles et d'anecdotes vécues par l'auteur, contient des textes variés et assez inégaux dans leur qualité. Il se compose de 3 parties intitulées :
I . Musique pour caméléons
II. Cercueil sur mesure (que j'ai déjà chroniqué ici)
III. Portrait-Conversations

L'auteur définit lui-même ce nouveau genre qu'il a inventé, dans une préface tout à fait instructive sur la vie de l'auteur puisqu'il y détaille l'évolution de son écriture (qui révèle son côté narcissique) : " Ce que j'écrivis de plus intéressant durant cette période, ce furent précisément les simples observations quotidiennes enregistrées dans mon journal. Description d'un voisin. Longues transcriptions de conversations écoutées. commérages locaux. Une forme de reportage, un style du "vu" et l"entendu" qui devait plus tard sérieusement m'influencer [...]".

"Intéressant" n'est pas totalement vrai pour l'ensemble des "récits" présents dans ce recueil : si l'écriture de T. capote est captivante, les textes tournent souvent court et on reste sur notre faim par manque justement de fin... L'absence d'intrigue est à déplorer, mais la vie n'est pas un roman, et en revanche, les dialogues sont toujours enlevés, ciselés, les remarques de Truman Capote piquantes. Truman Capote possède un art de la conversation et une finesse d'observation que j'admire beaucoup.
NB : J'ai particulièrement aimé "bonjour l'inconnu"...

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01 novembre 2009

Cercueils sur mesure de Truman Capote : ISSN 2607-0006

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Jake Pepper mène une enquête terriblement difficile, qui tourne à l'obsession, car le meurtrier d'une série de crimes semble intouchable et au dessus de tout soupçon. Cette série de meurtres est particulièrement mystérieuse et sinistre. Chaque victime, avant de mourir, avait reçu un petit cercueil dans laquelle se trouvait leur photographie.

Dans ce court "roman", Truman Capote emmène le lecteur dans un univers sombre mais très réaliste, inspiré de vrais meurtres comme l'indique le sous-titre " récit véridique non romancé d'un crime américain" et la présence de Truman Capote à l'intérieur du récit. Il se met d'ailleurs en scène avec beaucoup d'humour et fait surtout preuve d'une grande finesse d'observation et d'une virtuosité de style. Cet auteur détaille ses relations avec l'inspecteur J. Pepper de manière ambiguë : dans ses relations humaines, il semble toujours partagé entre l'amitié, l'intérêt (écrire un livre) et la curiosité... Capote est un homme "trouble" et "troublant" pour tous ceux qui l'approchent, notamment grâce à sa conversation.

De plus, l'écriture quasi journalistique, mais non exempt, de temps à autres, de notes plus poétiques, tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne... Surprenant, dans un récit objectif, parfois l'auteur pose un regard rêveur sur un élément de la nature ou d'une personne.

Ce récit est enthousiasmant même si la fin se délite et perd consistance... On ressent aussi une déception car le mystère reste entier parce que la vie ne se conforme pas aux lois du genre policier. J'ai hâte de lire de Sang froid.

Autres oeuvres de l'auteur : Musique pour caméléons

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29 octobre 2009

Docteur Jekyll et Mister Hyde, produit par Victor Flemming

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Ce film en noir et blanc, de 1941, est remarquable par sa manière d'adapter la nouvelle de Stevenson, L'étrange cas du docteur Jekyll et Mister Hyde. Le docteur Jekyll, un célèbre savant, provoque le mépris ou la moquerie de ses collègues par sa croyance en plusieurs personnalités présentes dans un seul homme, ou plus précisément d'un inconscient que l'homme arriverait à maîtriser. Grâce à des potions, il se transforme en son double inversé : lui, un gentleman, devient une sorte de brute sans morale et sans tabou. Devenu violent, à l'aide de son breuvage, il commet un crime et n'arrive plus à maîtriser ses métamorphoses...

La nouvelle de Stevenson est reconnaissable même si la complexité narrative disparaît, notamment l'emboitement des voix narratives. L'histoire filmique est linéraire et simplifiée et joue davantage sur le thème du double : deux femmes aimées par le docteur Jekyll, une femme de petite vertu et une bourgeoise. Les deux façades pour une même demeure permettent les allées et venues du docteur ou de Hyde... Deux hommes, un policer et l'autre, à la face simiesque, dont le comportement est celui d'un animal.
Reprenant des thèmes fantastiques en vogue au XIXeme siècle, comme la figure du savant fou ou le rôle de l'inconscient, ce film se laisse regarder avec plaisir...

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28 octobre 2009

Vipère au poing adapté par de Broca : ISSN 2607-0006

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C'est avec un petit de retard, que je mets un petit billet sur Vipère au poing, adaptation du livre d'Hervé Bazin par P. de Broca, avec dans les rôles principaux C. Frot, J. Villeret et Jules Sitruck.

L'auteur, H. Bazin, raconte son enfance, entourée de ses frères, de ses parents et des domestiques. Enfant turbulent, il voue une haine farouche à sa mère, qu'il a surnommée Folcoche...

Voici un film qui a eu le mérite de me donner envie de relire le roman autobiographique de Bazin, qui est d'ailleurs d'une grande qualité d'écriture, mais dont je n'avais pas gardé un bon souvenir, lors de ma première lecture.
Si P. Murat, dans sa critique de Télérama, qualifie cette adaptation "d'édulcorée" - ce qui n'est pas faux - cela ne m'a pas empêchée de l'apprécier, notamment pour le jeu des acteurs : C. Frot joue à merveille cette femme aigrie, comme fuyant le bonheur et J. Villeret incarne parfaitement cet homme effacé et écrasé par sa femme. La métaphore du serpent, qui parcourt tout le film et le livre, est très bien rendue... Même si le scénario et la manière de filmer est très classique, on passe un bon moment...

 Sur le web : article Télérama

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Le manoir des immortelles, de Thierry Jonquet

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Salarnier découvre un cadavre dont la tête aurait été tranchée par une faux. Deux autres cadavres auraient, les mois précédents, subi le même sort. Pour quelles raisons ? Qui, en plein Paris, pourrait agir ainsi comme un dément ? Un homme, en guet, devant un immeuble, appelle les habitants dudit immeuble par des numéros, pourquoi ?

Le suspense dans ce roman policier est quasi insoutenable car le lecteur en sait autant, voire moins que les personnages. Jonquet reprend le même procédé que dans la Bête et la Belle et suit successivement les pas des personnages, ceux du meurtrier et ceux du commissaire.  Plongé "in medias res", l'action a déjà commencé lorsque le lecteur s'empare du roman. On ne sait presque rien d'ailleurs des personnages et seul le personnage du commissaire Salernier, homme souffrant mais pudique, est plus développé et attire notre sympathie.

Roman extrêmement noir, le récit se tisse autour du thème de la mort : un meurtrier qui prend le nom d'Hadès, une femme mourante d'un cancer, un homme obsédé par l'immortalité, des allusions aux allégories de la mort de Durer à Holbein... Elle est omniprésente. Surtout la  fin est terriblement inattendue, comme si dans ce roman, la logique de la noirceur voudrait qu'il n'existât pas d'issue... Ce roman policier est habilement construit et vraiment palpitant.

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27 octobre 2009

Le nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard : ISSN 2607-0006

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Pascal Quignard aborde, en premier lieu, la genèse de son livre, en amorçant déjà le thème du conte et de l'essai qui suivent, celui de la défaillance du langage. Voici l'incipit : "Le jeudi 5 juillet, je dînai chez Michèle Reverdy avec Pierre Boulez, Claire Newman, Olivier Baumont. Michèle évoqua la commande d'un conte que lui faisait l'Ensemble instrumental de Basse Normandie qui dirigeait Dominique Debart. Nous eûmes beaucoup de mal à couper des parts dans un bloc de glace au café. Boulez, un couteau dans la main, debout, visa. Le bloc de glace sauta par terre. Le choc ne le rompit pas. On le passa sous l'eau. Je racontai le rudiment d'un conte dans lequel la défaillance du langage était la source de l'action. Ce motif me paraissait le destiner, mieux que toute autre légende, à la musique. Les musiciens, comme les enfants, comme les écrivains, sont les habitants de ce défaut."

"Le nom sur le bout de la langue"
A Dives, vers l'an 900, une jeune femme tombe amoureuse d'un tailleur : il ne l'épousera que si elle arrive à tisser une ceinture semblable à la sienne, une ceinture si belle et si complexe qu'il n'a jamais pu la reproduire. La jeune femme en perd le manger, elle n'arrive pas à tisser les motifs de la ceinture, jusqu'au soir où un cavalier tout habillé de noir lui propose un pacte, celui de souvenir de son nom en échange d'une ceinture identique à celle du tailleur... un nom à retenir ! Les termes du contrat semble dérisoires mais le diable veille !

"La poésie, le mot retrouvé, c'est le langage qui redonne à voir le monde" (Quignard).
Un petit conte proche de la parabole, qui traite du pouvoir de la parole, de l'art d'écrire... Il est suivi du "traité sur Méduse" qui est un court essai poétique parlant du langage lui-même. Les images antiques de Méduse, des Parques ou des Gorgones illustrent la difficulté d'écrire de tout écrivain. Le nom sur le bout de la langue enchante par sa prose poétique, par l'art d'écrire de Quignard...

" Songe et mensonge sont les mots où se joue notre langue"

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