23 juillet 2009

Effie Briest, Théodor Fontane

Qui est Fontane (1819-1898) ?  Né en 1819, dans les marches de Brandebourg, Fontane fut d'abord commis-pharmacien mais très tôt, il commença à écrire des poèmes. Puis, il devint journaliste et s'installa en Angleterre. De retour en Allemagne, il se consacra à la littérature : il publia des ballades qui connurent un vif succès, des romans comme L'Adultera, Dédales... et à la fin de sa vie Effie Briest.

 

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« La souffrance ne m'écrasera pas ». Le dernier roman de Fontane est un classique de l'école réaliste allemande. Effie Briest est une jeune fille à l'imagination vive, qui vit dans une petite ville de Mecklembourg. Voici le portrait que la mère fait de l'héroïne éponyme, au début du roman : « Tu es une petite créature romanesque. Tu te complais à imaginer l'avenir et plus tu y mets de couleur, plus il te semble beau et désirable. [...] Tu es comme dans un conte de fées et tu voudrais être la princesse ».

Effie a dix-sept ans lorsqu'elle épouse sans amour un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Exilée à Kessin où son mari remplit la fonction de Landrat (haut fonctionnaire), elle y découvre l'ennui, la mélancolie, la solitude : c'est là qu'elle aura une brève aventure avec le capitaine Crampas. Sept ans plus tard, son mari découvrira cette liaison et condamnera sa femme à vivre seule, sans même pouvoir revoir sa fille.

L'héroïne est un esprit romanesque, comme Madame Bovary mais en moins rêveuse, qui va de désillusions en désillusions. Ce roman tragique fait le portrait admirable d'une femme qui est broyée par une société puritaine. On est loin du réalisme français avec sa volonté de tout dire. Fontane joue du non-dit pour éviter la censure (l'adultère n'est quasiment pas évoqué). De plus, "l'effet de réel" est atténué par la dissémination, dans le texte, de signes annonciateurs de la catastrophe, qui tire le roman du côté de la tragédie.

L'intérêt du livre réside dans la peinture d'un individu confronté à un monde moralisateur. A lire, pour découvrir la destinée d'une femme du XIXe siècle !

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11 juillet 2009

L'homme aux lèvres de saphir, Hervé Le Corre

Quelques mots sur l'auteur : Ce roman policier est le cinquième de H. Le Corre, écrivain né en Gironde, qui enseigne actuellement dans un collège bordelais. Il a déjà publié quatre romans dans la série noire ( La douleur des morts, Du sable dans la bouche, Les effarés, Copyright).

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Quatrième de couverture : « Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d'un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu'il considère comme le plus grand écrivain. Du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu.

Dans le labyrinthe d'une ville grouillante de vie et de misère, entre l'espoir de lendemains meilleurs et la violence d'un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n'a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l'assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre »

L'auteur nous lance sur les traces d'un meurtrier aussi cruel, sanguinaire que raffiné. Il s'inscrit dans la lignée des héros décadents des auteurs fin-de-siècle. Ce tueur évolue dans les bas-fonds de Paris qui sont fidèlement  reconstitués. Avec la verve d'un Zola, Hervé Le Corre ressuscite le Paris de la fin du XIXe siècle, à travers l'argot du peuple, les descriptions de sa misère et le grondement de la révolte de la Commune.

Ce livre est passionnant de part son intrigue policière et littéraire, véritable hommage à I. Ducasse : finalement, assez tôt dans le roman, on apprend le nom de l'assassin. Ce n'est donc pas le suspense qui est mis en avant mais la mise en scène des poèmes effroyables d'I. Ducasse, dont le pseudonyme est le comte de Lautréamont.

L'histoire est rehaussée par une écriture fleurie et crue, qui donne envie de lire le dernier roman policier de Le Corre, Les coeurs déchiquetés...

Hervé Le Corre, L'homme aux lèvres de saphir, Rivage/noir, 502p.

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06 juin 2009

Le rapport Brodeck, philippe Claudel

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 « Crois-tu vraiment que les songes sont plus précieux que la vie? »

Le dernier roman de Claudel se situe dans l'après-guerre,  dans un temps imprécis et dans un village reculé. Le personnage principal, Brodeck doit écrire un "rapport" qui relate une mystérieuse histoire de meurtre, celui de « l'Anderer » - c'est à dire l'autre -   qui sert à révéler la nature des hommes du village. Leur  cruauté, leur inhumanité. Parallèlement, le narrateur lève le voile sur son passé et les sombres heures qu'il a vécu dans un camp de concentration.

Après les « Ames grises », voici des âmes noires. Mais ce récit sombre est illuminé par une prose simple. A cette simplicité s'ajoute l'émotion créée par la rencontre d'une destinée humaine avec l'Histoire qui apparaît en filigrane. Ce livre n'est pas sans rappeler les témoignages de Primo Levi. Dans ce roman écrit à la première personne, Claudel réussit à donner une voix à part entière à son personnage. Il réussit aussi à poser les jalons de différentes réflexions sur l'espoir, la haine de ceux qui sont différents, la peur de l'autre sans tomber dans le didactisme ou l'ennui.

Cela faisait un an que ce roman trainait dans ma bibliothèque et je n'ai pas regretté de l'avoir l'ouvert parce qu'il m'a énormément plu comme tous les autres romans de Claudel que j'ai lu (Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh).

 

Posté par maggie 76 à 00:03 - Commentaires [9] - Permalien [#]
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