17 août 2009

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire de Lemony Snicket

 

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S'inscrivant dans la tradition du roman-feuilleton du XIXeme, Les désastreuses aventures des enfants Beaudelaire est paru en 13 tomes.

Tome 1 : "Tout commence mal..." L'histoire est celle de trois enfants confrontés à de multiples mésaventures. Nos trois héros surdoués sont Violette, l'aînée de quatorze ans, qui aime inventer des machines farfelues, Klaus qui adore lire et la petite dernière Prunille qui aime mordre les gens. Tout débute avec la mort de leurs parents, qui ont péris dans un incendie. Mr Poe, ami de la famille, décide de les placer chez un parent éloigné, le Comte Olaf. Ce dernier, mi-comte, mi-acteur, n'a qu'une idée en tête voler l'immmense fortune de la famille Baudelaire. Toute son ingéniosité est mise au service de ce projet qui vaudra bien des malheurs aux orphelins Baudelaire...

Ce roman tient à la fois du conte et du roman mélodramatique du XIXeme siècle. Ce qui révèle du conte, ce sont  les lieux et les temps indéterminés, la figure d'opposant, le comte Olaf, l'adjuvant, la juge Abott, et les héros malheureux qui doivent surmonter des épreuves. Mais il s'agit aussi d'une histoire mélodramatique qui mêle sentiment, humour, suspense et un narrateur omniprésent. Celui-ci intervient directement, avec beaucoup de désinvolture, dans le récit, pour commenter les aventures des orphelins. J'ai été charmé de retrouver le style désuet des romans-feuilleton et de la place qu'occupe les livres dans l'intrigue. Je vais certainement continuer de suivre les aventures de nos trois malheureux héros...

"Klaus regarda la porte se refermer sur sa soeur et un accès de découragement le prit. Trois jours, il ne restait que trois jours pour découvrir ce que tramait le comte, sans parler, bien sûr, de trouver le moyen de déjouer ses plans. Pauvre Klaus ! Il avait grandi dans la certitude que les livres contenait la solution à tous les problèmes. Il avait toujours cru, dur comme fer, qu'il suffisait d'avoir beaucoup lu pour venir à bout de tout. Il n'en était plus si sûr. Un coassement le fit sursauter : - Dis donc, toi ! Qu'est -ce que tu fais là ?

Il se retourna. Un compère du comte s'encadrait dans la porte, le grand diable aux crochets à la place des mains."

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16 août 2009

Tartuffe, Duval et Samzim

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En octobre dernier, lors du salon de la BD à Dieppe, j'ai eu l'occasion de rencontrer Fred Duval, le sympathique auteur des Travis et des Carmen. J'ai été agréablement surprise en découvrant sa dernière oeuvre, Le Tartuffe de Molière, que je me suis empressée d'acheter. Est-il encore nécessaire de rappeler l'intrigue ? Orgon, un bourgeois est tombé sous l'emprise de Tartuffe, un homme dont il admire les vertus. En fait, celui-ci n'est qu'un hypocrite, un faux-dévôt, qui n'est intéressé que par la fortune d'Orgon. Malgré l'hostilité de toute sa famille, Orgon décide de marier sa fille Mariane avec Tartuffe alors que celle-ci aime un autre homme, Valère...

 

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Ce premier opus, qui adapte les 2 premiers actes de la pièce, est vraiment enthousiasmant. Etant une grande admiratrice de Molière, j'ai particulièrement apprécié de retrouver le texte intégral aussi bien illustré. En effet, je suis tombée sous le charme des dessins de Samzim, hautes en couleur, qui illustrent assez bien le ton de cette comédie entre sujet grave et humour. Dans les premiers actes, on assiste à la mise en place de l'intrigue et à la présentation des personnages. Un grand absent : Tartuffe n'est pas encore sur scène, mais on sent toute sa puissance dans l'omniprésence de son nom et de ses portraits dans les répliques des protagonistes. Qui est Tartuffe ? Est-il réellement un hypocrite ? Feint-il la dévotion ?

On ne peut que louer cette adaptation en Bande Dessinée d'un des chefs-d'oeuvre de Molière. En choisissant ce support, l'auteur et le dessinateur toucheront certainement un public rebuté par l'aspect un peu austère des pièces de Molière. Les couleurs des images sont vives et l'enchaînement des cases rendent bien la dynamique de la pièce. Il me tarde de découvrir les images qui illustreront des actes suivants...

Le Tartuffe, Duval et Samzim, Delcourt, 56 p.

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Histoires extraordinaires d'Edgar Poe, adapté par Thouard et seiter

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"Le scarabée d'or" est une des nouvelles des histoires extraordinaires d'Edgar Poe, brillamment adapté en images par Thouard et Seiter. La trame est celle d'une énigme : En Caroline du Sud, Edgar Legrand, qui a connu un revers de fortune,  vit sur une île avec Jupiter un esclave affranchi. Un jour, le lieutenant Garth et Legrand, en se promenant, trouvent un parchemin qui va révéler des indices qui mènent au trésor d'un pirate, the Kidd. Il est accompagné dans ses recherches par Wilson William, un ami de jeu.

L'histoire connue du "Scarabée d'or" est ici très bien adaptée dans cette bande dessinée, qui allie fidélité et originalité par rapport au texte d'origine. Thouard ajoute une touche fantastique et plutôt inquiétante à l'histoire à travers l'emploi de couleurs sombres, ocre et verdâtre.

Quand au scénario, Seiter est resté plutôt fidèle au texte d'Edgar Poe, reprenant dans des cartouches, des extraits de la nouvelle. Cependant, il a ajouté une aventure qui encadre la nouvelle, une histoire de vengeance suite à un jeu de cartes, ce qui permet de présager d'autres aventures de nos deux héros. Cette libre adaptation de la célèbre nouvelle d'Edgar Poe est réussie et captivante.      

Le scarabée d'or, Thouard et Seiter,  Casterman, 48p.                  

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15 août 2009

L'appareil photo de Jean-Philippe Toussaint

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" C'est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d'intérêt, et qui considérés ensemble, n'avaient malheureusement aucun rapport entre eux. Je venais en effet de prendre la décision d'apprendre à conduire, et j'avais à peine commencé de m'habituer à cette idée qu'une nouvelle me parvint par courrier : un ami perdu de vue, dans une lettre tapée à la machine, une assez vieille machine, me faisait part de son mariage. Or s'il y a une chose dont j'ai horreur, personnellement, c'est bien les amis perdus de vue".

Dès l'incipit, le ton est donné : quotidien et banalité. Un homme, dont on ignore l'identité jusqu'à la fin du roman, décide de passer son code. Il noue une relation avec la jeune femme languide qui s'occupe de l'auto-école. Un retour en arrière, permet au narrateur de raconter ses premières heures de conduite prises quelques années plut tôt...

 Paradoxalement, ce roman raconté à la première personne ne révèle rien sur le  narrateur : on ne connaît ni son âge, ni son métier, ni son physique. Les autres personnages n'ont d'ailleurs aucune épaisseur psychologique. Le narrateur évoque de nombreux moments de réflexions mais celles-ci ne sont pas révélées car il s'attache à décrire les infinis riens qui composent la vie quotidienne. De longues descriptions de détails insignifiants et futiles se succèdent. Même la rupture chronologique, n'interrompt pas cette longue et minutieuse description des journées du narrateur. Mais ce qui semble être une simple accumulation de l'anodin et du dérisoire aboutit, au fil des pages, sur une réflexion plus grave : la difficulté d'être. J'ai trouvé ce roman – que l'auteur qualifie « d'infinitésimaliste » - plutôt déconcertant...

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03 août 2009

Rituel, Mo Hayder

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Dans le port de Bristol, "Fléa" Marley, chef-plongeuse de la police locale, retrouve une main tranchée nette au niveau des poignets. Celle-ci aurait été coupée alors que la victime était encore vivante. Aidée du commissaire Jack Caffery, récemment muté de Londres, ils découvrent que cette mutilation est liée à des rituels africains, proche de la magie noire...

A partir de cette macabre découverte, l'histoire devient haletante! On lit très rapidement ce thriller, ponctué par de nombreux rebondissements effroyables. Ce roman policier présente l'originalité de mettre en parallèle le point de vue des enquêteurs et celui de la victime. On s'attache d'ailleurs à ces deux enquêteurs poursuivis par de vieux démons, un passé douloureux... Cependant, l'écriture est plutôt décevante, ce thriller ressemblant à ceux écrits par Chattam.

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25 juillet 2009

Poirot joue le jeu, Agatha Christie

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Lorsqu'un  faux crime se transforme en véritable meurtre, seul Hercule Poirot, le célèbre criminologiste, peut démasquer l'assassin !

" - J'ai été chargée de préparer un crime, déclara Mrs Oliver à Hercule Poirot.
Celui-ci la dévisagea avec stupeur, elle reprit d'un ton rassurant :
- Oh ! pas un vrai. On donne une kermesse  ici demain et, comme nouveauté, on a pensé à une course à l'assassin.
- Et c'est afin que je vous aide à organiser ce jeu que vous m'avez appelé ?
- Non. Je suis peut-être sotte, mais si un véritable crime était commis, je n'en serai pas surprise. Et c'est pour cela que j'ai besoin de vous.
"

A Nassecombe, sir George Stubbs et sa ravissante et sotte épouse Hattie organisent une kermesse dans leur grande propriété, aidés de Mrs Folliats, l'ancienne propriétaire de Nasse. Ils font appel à Mrs Oliver, célèbre écrivain de romans policiers pour préparer une course à l'assassin. Celle-ci pressent des intentions mauvaises derrière ce jeu et fait appel à Hercule Poirot pour empêcher un meurtre... Ses craintes sont fondées : un premier mort est trouvé...

Agatha Christie caractérise toujours rapidement ses personnages car l'intrigue prime sur la profondeur psychologique des protagonistes. En effet, dans Poirot joue le jeu, l'intrigue est particulièrement bien menée. Le lecteur est habilement mis sur de fausses pistes et à aucun moment on ne peut se douter de l'identité du meurtrier. Hercule Poirot est lui-même mis en déroute. Les suspects sont multiples et les  crimes se succèdent... Ecrit avec brio, cette nouvelle enquête de Poirot est passionnante et la figure de l'écrivain, à travers Mrs Oliver, est dépeinte avec beaucoup d'humour. On ne se lasse pas des romans d'A. Christie.

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23 juillet 2009

Effie Briest, Théodor Fontane

Qui est Fontane (1819-1898) ?  Né en 1819, dans les marches de Brandebourg, Fontane fut d'abord commis-pharmacien mais très tôt, il commença à écrire des poèmes. Puis, il devint journaliste et s'installa en Angleterre. De retour en Allemagne, il se consacra à la littérature : il publia des ballades qui connurent un vif succès, des romans comme L'Adultera, Dédales... et à la fin de sa vie Effie Briest.

 

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« La souffrance ne m'écrasera pas ». Le dernier roman de Fontane est un classique de l'école réaliste allemande. Effie Briest est une jeune fille à l'imagination vive, qui vit dans une petite ville de Mecklembourg. Voici le portrait que la mère fait de l'héroïne éponyme, au début du roman : « Tu es une petite créature romanesque. Tu te complais à imaginer l'avenir et plus tu y mets de couleur, plus il te semble beau et désirable. [...] Tu es comme dans un conte de fées et tu voudrais être la princesse ».

Effie a dix-sept ans lorsqu'elle épouse sans amour un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Exilée à Kessin où son mari remplit la fonction de Landrat (haut fonctionnaire), elle y découvre l'ennui, la mélancolie, la solitude : c'est là qu'elle aura une brève aventure avec le capitaine Crampas. Sept ans plus tard, son mari découvrira cette liaison et condamnera sa femme à vivre seule, sans même pouvoir revoir sa fille.

L'héroïne est un esprit romanesque, comme Madame Bovary mais en moins rêveuse, qui va de désillusions en désillusions. Ce roman tragique fait le portrait admirable d'une femme qui est broyée par une société puritaine. On est loin du réalisme français avec sa volonté de tout dire. Fontane joue du non-dit pour éviter la censure (l'adultère n'est quasiment pas évoqué). De plus, "l'effet de réel" est atténué par la dissémination, dans le texte, de signes annonciateurs de la catastrophe, qui tire le roman du côté de la tragédie.

L'intérêt du livre réside dans la peinture d'un individu confronté à un monde moralisateur. A lire, pour découvrir la destinée d'une femme du XIXe siècle !

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11 juillet 2009

L'homme aux lèvres de saphir, Hervé Le Corre

Quelques mots sur l'auteur : Ce roman policier est le cinquième de H. Le Corre, écrivain né en Gironde, qui enseigne actuellement dans un collège bordelais. Il a déjà publié quatre romans dans la série noire ( La douleur des morts, Du sable dans la bouche, Les effarés, Copyright).

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Quatrième de couverture : « Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d'un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu'il considère comme le plus grand écrivain. Du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu.

Dans le labyrinthe d'une ville grouillante de vie et de misère, entre l'espoir de lendemains meilleurs et la violence d'un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n'a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l'assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre »

L'auteur nous lance sur les traces d'un meurtrier aussi cruel, sanguinaire que raffiné. Il s'inscrit dans la lignée des héros décadents des auteurs fin-de-siècle. Ce tueur évolue dans les bas-fonds de Paris qui sont fidèlement  reconstitués. Avec la verve d'un Zola, Hervé Le Corre ressuscite le Paris de la fin du XIXe siècle, à travers l'argot du peuple, les descriptions de sa misère et le grondement de la révolte de la Commune.

Ce livre est passionnant de part son intrigue policière et littéraire, véritable hommage à I. Ducasse : finalement, assez tôt dans le roman, on apprend le nom de l'assassin. Ce n'est donc pas le suspense qui est mis en avant mais la mise en scène des poèmes effroyables d'I. Ducasse, dont le pseudonyme est le comte de Lautréamont.

L'histoire est rehaussée par une écriture fleurie et crue, qui donne envie de lire le dernier roman policier de Le Corre, Les coeurs déchiquetés...

Hervé Le Corre, L'homme aux lèvres de saphir, Rivage/noir, 502p.

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06 juin 2009

Le rapport Brodeck, philippe Claudel

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 « Crois-tu vraiment que les songes sont plus précieux que la vie? »

Le dernier roman de Claudel se situe dans l'après-guerre,  dans un temps imprécis et dans un village reculé. Le personnage principal, Brodeck doit écrire un "rapport" qui relate une mystérieuse histoire de meurtre, celui de « l'Anderer » - c'est à dire l'autre -   qui sert à révéler la nature des hommes du village. Leur  cruauté, leur inhumanité. Parallèlement, le narrateur lève le voile sur son passé et les sombres heures qu'il a vécu dans un camp de concentration.

Après les « Ames grises », voici des âmes noires. Mais ce récit sombre est illuminé par une prose simple. A cette simplicité s'ajoute l'émotion créée par la rencontre d'une destinée humaine avec l'Histoire qui apparaît en filigrane. Ce livre n'est pas sans rappeler les témoignages de Primo Levi. Dans ce roman écrit à la première personne, Claudel réussit à donner une voix à part entière à son personnage. Il réussit aussi à poser les jalons de différentes réflexions sur l'espoir, la haine de ceux qui sont différents, la peur de l'autre sans tomber dans le didactisme ou l'ennui.

Cela faisait un an que ce roman trainait dans ma bibliothèque et je n'ai pas regretté de l'avoir l'ouvert parce qu'il m'a énormément plu comme tous les autres romans de Claudel que j'ai lu (Les âmes grises, La petite fille de Monsieur Linh).

 

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