09 janvier 2010

Huis clos de Sartre

 

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 Huis clos de Sartre est une courte pièce de 5 scènes réunissant 3 personnages principaux, Ines, Estelle et Garcin, qui vont s'affronter dans une salle figurant l'enfer. Garcin vient de mourir et est amené dans une pièce décorée avec des objets style Empire. Bientôt se joignent à lui deux femmes avec lesquelles il doit cohabiter.

"Garcin
Le bronze... (il le caresse.). Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent... (Il se retourne brusquement.) Ha ! vous n'êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses (Il rit.) Alors c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les autres".

"L'enfer, c'est les autres".
Le dépouillement de la mise en scène permet la concentration de l'intérêt dans la construction de la relation entre les personnages. Dans l'enfer sartrien, nul besoin de glace, c'est que l'on se voit dans le regard de l'autre. Chacun des personnages cherchent à se cacher le motif de leur damnation mais ils ne peuvent échapper au regard d'autrui, à son jugement et sa ludicité. Les protagonistes ne sont ni des individus, ni des caractères, ce sont des consciences qui s'accomplissent les unes par rapport aux autres. L'homme est à la fois un être pensant et pensé. Dans l'enfer sartrien, nul besoin de diables, de flammes ou de pals et pourtant il est peuplé de monstres. Brisant l'image d'Epinal, qui faisait de l'enfer une fournaise peuplée de démons tel que Bosch l'a représenté, Sartre ( une exposition virtuelle lui est consacré sur le site de la BNF) fait de l'homme un bourreau pour son semblable : l'homme est bien un loup pour l'homme. Si dans cet enfer, l'homme semble encore libre, cette liberté le renvoie à sa propre finitude : pourquoi faire des choix dans un lieu où n'existe plus la mort, seulement un présent éternel ? Théâtre d'idées, théâtre de l'existentialisme, Huis clos définit l'Enfer tout en montrant la tragédie du destin de l'homme... Dans cette ère de l'individualisme forcené, cette pièce philosophique est à méditer !

Huis clos, Sartre, Folio, 95 p.

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08 janvier 2010

Le tartuffe, tome 2, adapté par Duval et Zamzim : ISSN 2607-0006

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J'attendais avec beaucoup d'impatience le nouveau tome du Tarfuffe, après la lecture du tome 1, qui est décidément des plus enthousiasmants et devrait réconcilier les plus récalcitrants avec un classique de la littérature française.

Ce deuxième tome regroupe les actes III, scène 1 à l'acte IV, scène 4 : Orgon s'est donc entiché d'un faux dévot au point de vouloir lui donner sa fille en mariage et de déshériter son fils au profit de Tartuffe. Il tolère même que cet hypocrite fasse la cour à sa femme ! Aveuglé par la fausse dévotion de ce fieffé coquin, il met toute la maisonnée en danger : heureusement que son beau frère Cléante et sa femme Elmire luttent pour rétablir la vérité...

Tartuffe apparaît dans toute sa forfanterie : il est gourmand, vil, menteur et coureur de jupon. Molière a su comme nul autre brocarder la fausse vertu. Tartuffe a beau parler de "haire" et de "discipline", les membres de la famille ne sont pas dupes, excepté Orgon qui est, comme dirait la servante Dorine, "tartuffié".

Le texte étant intégralement reproduit, l'intérêt réside dans la mise en image. Les dessins sont vraiment appropriées, venant illustrer à merveille les défauts dénoncés par Molière : Tartuffe est laid et Orgon niais. Le dessinateur a su rendre plus compréhensible certains passages en rajoutant des scènes, notamment l'épisode de la cassette volée par Tartuffe. Le dessinateur réalise une véritable prouesse en illustrant la célèbre scène de l'aveu de Tartuffe à Elmire : au fur et à mesure de la déclaration d'amour, le paradis remplissant l'arrière plan des cases se transforment en enfer dantesque. Les scènes sont rendues vivantes, avec brio, grâce à des images colorées et imaginatives.

Tartuffe, Tome 2, Duval et Zamzim, Delcourt, 47 p.

billet du tome 1 ici

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06 janvier 2010

Thérèse Raquin, de Zola

9782253010074_TRoman du meurtre et de la folie, Thérèse Raquin est l'un des premiers romans écrit par Zola : beaucoup plus court que les livres du cycle des Rougon-Macquart, il porte déjà l'empreinte des théories naturalistes de Zola.
Thérèse Raquin est une jeune femme pleine de sensualité, qui dépérit au côté d'un mari souffrant et médiocre, Camille. Un jour, ce dernier ramène un camarade d'enfance, peignant à ses heures perdues, et fonctionnaire dans le ministère des chemins de fer comme Camille. Au premier regard Thérèse Raquin est subjuguée par cet homme. Commence une histoire d'adultère...

Thérèse Raquin comporte une intrigue très simple, celui d'un couple adultérin qui cherche à se débarrasser d'un mari devenu gênant. Les courts chapitres permettent de mettre rapidement en place l'intrigue. C'est un roman d'analyse, sans actions véritables, toutefois Zola tisse un réseau de symboles et d'échos signifiants lui permettant de mettre en place sa théorie du déterminisme : l'hérédité et l'influence du milieu se conjuguent pour écraser la vie des personnages. La folie et la lente déchéance des personnages semblent inexorables.

Véritable virtuose de l'intrigue romanesque, Zola (une exposition virtuelle est consacrée à Zola sur le site de la BNF) allie étude de tempéraments et intrigue policière. Comme dans ses romans du cycle des Rougon-Macquart, Thérèse Raquin est un miroir de la société du XIXeme siècle, notamment la vie de petits bourgeois : la médiocrité et l'ennui bourgeois sont illustrés par les fameuses soirées du jeudi soir, répétitives et ineptes. Seul le confort matériel intéresse les Raquin. Cependant, Sainte Beuve critiquait l'invraisemblance de ce roman, où pourtant l'auteur a désiré tout montrer et tout dire jusqu'à décrire le fonctionnement d'une morgue en s'attardant sur la description des cadavres. C'est que l'oeuvre est aussi traversée, par ricochets, par des symboles tels que la cicatrice et n'est pas exempt de passages fantastiques comme la présence d'un spectre dans la chambre du couple adultérin.  Quant au dénouement, il est digne d'une tragédie suscitant terreur et pitié. Un roman sombre mais un de ceux que je préfère de cet auteur...

Thérèse Raquin, de Zola, Livre de poche, 234 p.

Mes autres lectures zoliennes : La bête humaine,

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05 janvier 2010

Les orpailleurs de Thierry Jonquet

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Comme j'avais beaucoup apprécié la lecture des précédents romans de Thierry Jonquet (La belle et la bête, Le manoir des immortelles) , j'ai poursuivi l'exploration de l'univers très noir de cet auteur avec Les orpailleurs.

Rovère, dansel, Dimiglio et Sandoval sont des inspecteurs d'une brigade parisienne qui vont faire une macabre découverte, celle d'une jeune femme dont on a tranché la main de manière chirurgicale. Elle restera longtemps non-identifiée, créant ainsi une confusion au sein de l'enquête. Ce meurtre est suivi de deux autres meurtres identiques : une jeune artiste peintre polonaise et une vieille femme travaillant à l'ambassade de Pologne sont retrouvées avec la main tranchée. Le mystère s'opacifie surtout que la brigade a d'autres affaires à traiter et que les personnages principaux ont des problèmes personnels, qui viennent interférer avec l'enquête. Quel est le lien entre ces trois femmes ? Et surtout quel est le mobile ?

Ce roman de T. Jonquet est particulièrement complexe car le narrateur suit, de manière assez cinématographique, la vie de plusieurs personnages. On découvre ainsi la vie personnelle mouvementée et dramatique de l'inspecteur Rovère ainsi que celle de la juge Nadia instruisant l'affaire des "femmes aux mains coupés". Le quotidien de la brigade est aussi minutieusement décrit ainsi que d'autres affaires en cours. Les personnages et les intrigues sont donc nombreux et le lecteur reste dans le flou tout le premier tiers du roman. La mise en place des fils de l'intrigue est très longue et ce n'est que dans le dernier tiers du roman qu'on commence à dénouer les fils de l'enquête. T. Jonquet joue avec les nerfs du lecteur et le dénouement en est d'autant plus surprenant.
Cependant si la vie du juge Nadia est mise en valeur, c'est que ce roman policier, en plus de mettre en place une enquête pleine de rebondissements et de surprises, pose les bases d'une réflexion sur la justice et l'Holocauste. Peu à peu, au fil de l'enquête, l'auteur a habilement su mêler des questions sur le souvenir, sur l'histoire et la morale, sans être toutefois moralisateur.
Comme dans Le manoir des immortelles, l'auteur semblent refuser de conclure et la fin est une non fin qui peut être frustrante. Un roman remarquablement complexe dont la lenteur peut agacer mais qui se révèle beaucoup plus riche qu'une simple enquête...

Les orpailleurs, Joncquet, Folio policier, 400 p.

Autres romans de l'auteur : Le manoir des immortelles, La bête et la belle

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04 janvier 2010

Millenium, tomes 2 et 3 de Stieg Larsson : ISSN 2607-0006

 

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Tome 2 : "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette"

Un journaliste travaillant temporairement pour Millenium, le magazine de Blomkvist, est assassiné ainsi que sa femme. Son article portait sur le trafic sexuel de femmes venues de l'Est. A-t-il été tué à cause des révélations de son article ? Tous les indices semblent désigner Lisbeth comme la parfaite meurtrière : les médias s'emparent avidement de l'affaire pour faire de Lisbeth une coupable avec un passé psychologique très lourd. Est-elle la véritable meurtrière ?

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Tome 3 : " La reine dans le palais de courants d'air"

Lisbeth va être jugée pour coups et blessures aggravés sur la personne de son père. Elle-même a réchappé plusieurs fois de peu à la mort : enterrée vivante, avec une balle dans la tête, elle survit toutefois. Heureusement que M. Blomkvist et quelques amis luttent pour la sauver d'un complot de la SAPO, la police secrète d'Etat, qui cherchent à la faire enfermer à vie...

Ces deux tomes sont beaucoup plus étroitement liés que le premier tome. Si le premier opus est un véritable thriller, ces deux autres tomes tombent dans le genre du roman d'espionnage. Ils mettent en scène une "théorie du grand complot"  où coexistent des espions de l'ex URSS, un département secret à l'intérieur de la police secrète suédoise, la SAPO, des secret-défense...
Le lecteur découvre le passé de Lisbeth Salander sur fond de querelle de guerre froide et de vengeance personnelle. "Démesure" et "invraisemblance" sont deux adjectifs qui pourraient qualifier ces romans qui usent de la surenchère dans la violence  des actions : des crimes et des tueurs à volonté, des héros hors normes et des longueurs qui deviennent de plus en plus longues...
J'ai été beaucoup moins convaincue par ces derniers tomes rocambolesques et peu crédibles...

Millenium, tome 2, Larsson, Acte Sud, 653 p.

Millenium, tome 3, Larsson, Acte Sud, 575 p.

autres romans : Millenium, tome 1

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03 janvier 2010

Millenium, tome 1," Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Larsson : ISSN 2607-0006

 

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Un vieil homme, Henrick Vanger, de quatre-vingt-dix ans reçoit une fleur séchée pour chacun de ses anniversaires. Seule sa nièce lui en offrait mais celle-ci a disparu ou a été tuée trente ans auparavant. Qui peut lui offrir ces fleurs si ce n'est le meurtrier ? Blomkist, journaliste à Millenium, est condamné dans l'affaire Wennetrom pour avoir porté de fausses affirmations sur ce groupe. Il est contacté par Vanger pour retrouver le meurtrier de sa nièce... Lors de son enquête, il va être aidé par Lisbeth Salander, une jeune hacker quelque peu asociale... Commence une enquête où se mêle horreur et nazisme.

Voici un polar écrit de manière journalistique : chaque personnage est très fouillé, chaque événement est décrit minutieusement... paradoxalement, ces descriptions n'empêchent pas le lecteur de se plonger au coeur de cette enquête, au côté de personnages attachants. Blomkist est un charismatique journaliste mais naïf et bien pensant. Quant à Lisbeth, elle est présentée comme un véritable "concept" : c'est une écorchée vive avec des dons insoupçonnés, notamment en matière informatique.

L'enquête est une véritable énigme présentée comme insoluble : Harriet Vanger a été enlevée ou tuée sur une île dont toutes les issues avaient étaient fermées. Toutes les pistes semblent avoir été sondées, fouillées, vérifiées une centaine de fois. Une série de numéros va pourtant mettre le héros sur la piste d'un tueur en série et des horreurs inimaginables... Un huis clos sur une île, sur sombre fond de nazisme, passionnant...

Millenium, tome 1, Larsson, Acte Sud, 711p.

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28 décembre 2009

Aphorismes d'Oscar Wilde

 

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Les aphorismes d'Oscar Wilde (biographie ici) sont des citations extraites de ses oeuvres, romans ou pièces de théâtre. Souvent contradictoires, comme son auteur aimait à l'être, parfois cynique, parfois amusante, ce recueil est un véritable florilège qui permet de saisir l'esprit et la pensée d'Oscar Wilde sur de nombreux aspects tels que le mariage, les femmes, l'art et la beauté...
Parmi ces aphorismes, j'en ai retenu quelques-unes :
- " Mieux vaut être beau que bon, mais mieux vaut être bon que laid"
- "  Il n'est rien de plus beau que d'oublier, excepté d'être oublié"
- "Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit - c'est tout".
- "Il faudrait ou bien être une oeuvre d'art ou bien porter une oeuvre d'art".

Esthète fin de siècle, O. Wilde a le sens de la formule et manie le paradoxe avec dextérité. Le véritable jeu consisterai à retrouver les oeuvres dont sont extraits ces aphorismes ! Livre à feuilleter tous les jours et à avoir sur soi en toutes circonstances !

 

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27 décembre 2009

Le fantôme de Baker Street, de Fabrice Bourland

Ayant apprécié le retour dans le dix-neuvième siècle avec le roman policier La dernière enquête de Dupin, j'ai poursuivi la découverte des romans de cet auteur avec Le fantôme de Baker Street. James  Trelawnay et Andrew Singleton sont deux jeunes hommes de bonne famille jouant aux détectives privés en Amérique. S'ennuyant à mourir, ils viennent sur le continent à la recherche d'aventures palpitantes. Un jour, Mrs Conan Doyle vient personnellement leur demander leur aide pour résoudre une série de crimes qui fait trembler tout Londres par leur sauvagerie... Nos jeunes héros se lancent à la poursuite d'un criminel quelque peu surprenant...

Le début du roman est prometteur avec un couple de détectives classiques. Cependant dès les premiers chapitres, l'intrigue verse dans l'ésotérisme : effectivement, Conan Doyle lui-même, à la fin de la sa vie était fasciné par les séances de spiritisme, ce qui explique l'ambiance très surnaturelle. Mais l'intrigue n'est en rien fantastique, elle tombe dans la fantaisie la plus débridée et devient si improbable, que l'enquête ne semble plus qu'une parodie de roman policier... Un fantôme, meurtrier en série ?
Dommage, des crimes imitant ceux de la littérature victorienne était une bonne idée, cependant cela ne suffit pas pour intéresser le lecteur dont l'esprit peut être vite exaspéré par la kyrielle d'événements improbables. Évidemment, le ton n'est pas dépourvu d'humour - par exemple, un chapitre est intitulé " un peu de lecture n'a jamais fait de mal à personne" - , toutefois l'invraisemblance outrée des situations rend pénible et agaçante la lecture de ce roman policier.

Fabrice Bourland, Le fantômes de Baker street, 10/18, grands détectives, 245 p.

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23 décembre 2009

Les précieuses ridicules de Molière

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Comédie en un acte et 17 scènes, les Précieuses ridicules sont une satire de la vie littéraire de l'époque et l'une des premières pièces de Molière ( biographie ici) : Magdelon et Cathos sont deux filles de bourgeois qui éconduisent Du croisy et La Grange, sous le prétexte fallacieux qu'ils ne connaissent pas la carte du Tendre, extrait d'un roman de Mlle de Scudéry, représentation concrète de l'itinéraire amoureux, tel que le concevait les précieuses de l'époque. En revanche, elles tombent amoureuses des valets déguisés des deux amants rebutés...

Molière fait ici la satire des coquettes et des excès engendrés par la mode des précieuses et de la vogue des salons littéraires. Par exemple, une précieuse désignera un miroir par une périphrase "le conseiller des grâces" ou "les âmes des pieds" servent à nommer les violons. L'excès de snobisme des deux demoiselles est tout à fait comique, en décalage avec le bon sens de Gorgibus, le père qui n'entend rien à ces billevesées...
Le comique de farce est présent à travers les deux valets triviaux, des types, plutôt que des individus... et qui reçoivent des coups de bâtons comme tout bon valet moliéresque... Petite pièce alerte, agréable à lire...

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22 décembre 2009

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, de Gyles Brandreth

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Par un bel après midi d'août 1889, un homme " grand, arborant un léger embonpoint et une tenue excessivement recherché" a rendez-vous avec un jeune homme, Billy Wood, qu'il découvre égorgé. Cet homme altier est "le phénomène littéraire de son temps": Oscar Wilde. Celui-ci revient, quelques heures plus tard, accompagné d'Artur Conan Doyle et de son ami Robert Sherard sur les lieux du crime : à leur grande stupéfaction, le corps a disparu. Heureusement, A Conan Doyle découvre des gouttelettes de sang, sur le mur, prouvant bien la véracité des dires d'Oscar Wilde. L'auteur des Sherlock Holmes recommande à O. Wilde de s'adresser à un jeune inspecteur de Scotland Yard, Fraser... Commence une quête de la vérité devenue obsessionnelle pour O. Wilde : qu'est devenu le corps de Billy Wood ? Qui aurait pu avoir un mobile pour le tuer ?

"La seule véritable ivresse est celle de la conversation"

Le mérite de ce roman policier très humoristique est de faire un portrait prestigieux de O. wilde. "Il se plaisait à dire qu'il avait mis du génie dans sa vie et seulement du talent dans son oeuvre". O. Wilde est donc d'abord présenté comme un homme de goût, aimant faire des traits d'esprit, palabrant sans cesse au grand plaisir du lecteur qui peut retrouver les aphorismes de Wilde parsemés dans sa conversation mais à la grande exaspération des autres personnages. Il est aussi l'auteur du portrait de Dorian Gray, dont la genèse est ici racontée entre deux enquêtes. Oscar Wilde présente un aspect beaucoup plus comique en tant qu'enquêteur : dès les premières lignes, il rivalise avec les techniques de déduction de Sherlock Holmes, faisant preuve d'un don d'observation infaillible qui va d'ailleurs lui permettre de résoudre cette enquête retorse qui réserve bien des surprises. Conan Doyle admiratif dira vouloir en faire le modèle du frère de Sherlock Holmes ! Adulé et critiqué de son vivant, il devient même le rival de l'intrigue : on s'intéresse davantage à sa personne qu'à l'histoire.

Quant à Sherard, narrateur du journal de l'enquête, lui est dévolu le rôle du docteur Watson, c'est-à-dire crédule et vivant dans l'ombre du grand homme. Il n'est en quelque sorte que le humble transcripteur d'une célèbre aventure fictive de O. Wilde. Si la trame est fictive, les personnages sont bien réels : Sherard était un ami de l'écrivain et a écrit sa biographie à plusieurs reprises. Roman policier historique, mêlant fiction et vrais personnages, la résolution du meurtre aux chandelles, menée avec brio, est une lecture distrayante et amusante... 

" Qui donc voudrait toujours être cohérent ? Pas moi en tout cas ! c'est bon pour les fâcheux et les doctrinaires, ces gens ennuyeux qui poursuivent leurs principes jusqu'à les mettre en application, avant que la réalité ne les contredise par l'absurde" (Oscar Wilde).

Brandreth, Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, 10/18, grands détectives, 385 p.

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