13 juillet 2010

La femme de hasard de Jonathan Coe : ISSN 2607-0006

 

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Ma chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a si bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence étaient peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".

Et puis passées les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser.  Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle déception ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou le livre va-t-il te tomber des mains ?

Maggie

 

Dear Maggie,

C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes, de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée), puis je suis courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.

Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff). Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.

Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisse presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !

Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah)

PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…

Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,

Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit : tout d’abord, je suis ravie de voir que ce livre t’ait plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées par inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !

Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.

Maggie

Correspondance avec Lou.

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11 juillet 2010

Série Z de J. M. Erre : ISSN 2607-0006

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"Plus il ne paye pas de mine, moins il n'est pas coupable". Lecteurs, regardez-vous des films de Série Z ? C'est le cas de Félix Zac, anti-héros de série Z de J.M. ERRE, qui maîtrise sur le bout des doigts, Retour des tomates tueuses, L'attaque des sangsue géantes, des clowns tueurs de l'espace, Les rats de l'Apocalypse...

Félix, trentenaire, ayant une femme, une fille,  écrit des scénarios de films inachevés où des septuplés se clonent pour monter une équipe de foot ou bien un détective narcoleptique enquête tout en dormant 20 heures par jour... Situation très banale me diriez-vous ! Cependant, le dernier scénario, qui a pour titre l'Hospice de l'angoisse, a été repéré par Boudini, un réalisateur-boucher. Félix, l'artiste maudit, va-t-il enfin réaliser son rêve ?

Ainsi les héros de son film sont des acteurs retraités ayant la fâcheuse manie de disparaître. Enlèvement par extraterrestre ? Diminution de taille ? Invisibilité ?
Vous l'avez compris : ce livre parle de série Z, défini par l'auteur lui-même : "Au cinéma on désigne sous le nom de série Z une catégorie de films moqués pour leur budget insignifiant, leur médiocrité technique et leur pauvreté artistique. " Mais Félix n'écrit pas seulement des intrigues de films "bis", il tient un blog et devient enquêteur malgré lui lorsque la réalité rejoint la fiction et que de véritables disparitions ont lieu dans la Niche Saint Luc, une maison de retraite d'acteurs de série Z. Commence alors une enquête délirante...
Difficile de ne pas rire devant cette parodie de blog, de scénario de film Z et la caricature de la vieillesse. Clins d'oeil, jeux de mots, l'auteur use allégrement  d'humour noir et d'humour potache... Série Z est aussi une parodie de romans policiers. Divertissant ? Distrayant ? Non, complètement hilarant et J.M. Erre, par de nombreux rebondissements et par ce livre peu sérieux, voire irrévérencieux, sait nous faire rire jusqu'à la dernière page ! Cependant, à lire à petite dose pour ne pas faire de cauchemars sur les dentiers, charentaises, pacemaker et déambulateurs, accessoires indispensables de la Niche Saint Luc !

Erre, Série Z, Buchet et Chastel, 366 p.

Lu par Lou...

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09 juillet 2010

-Hommage de Julia Margaret Cameron à Victor Hugo : ISSN 2607-0006

 

 



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Sur la couverture : 15-" The Echo" (Hattie Campbell)

Julia Margaret Cameron est une excentrique typiquement britannique. Photographe-amateur à une époque où cette technique se développait à peine, Julia Margaret innove en faisant des flous artistiques, en s'inspirant de la littérature pour la pose des personnes et en refusant de retoucher celles-ci même lorsqu'elles sont tachées. Elle aimait par-dessus tout photographier les personnalités de son temps mais si elle n'a jamais mis d'objets ou de paysages en valeur dans ses photographies, ses modèles étaient assez divers, des enfants et des inconnus posant même pour elle. Sa soeur, Sarah Prinsep tenait un salon, fréquenté par Tackeray, Millet... et son amitié avec Tennyson lui permit de traquer de nombreuses célébrités, qui se pliaient bon gré mal gré aux exigences de J. M. Cameron, notamment Julia Jackson, (ci-dessous) sa nièce et mère de V. Woolf.

Voici tout d'abord des anecdotes peignant bien cette femme originale : " Un tempérament fougueux, un caractère déterminé et ne revenant jamais sur une décision, ne faisait qu'accentuer chez elle la forte propension à la singularité et au non respect des convenances. Les mémoires et les souvenirs des contemporains fourmillent d'anecdotes amusante qui la montrent, insouciante des modes, vêtues de draperies flottantes et de châles indiens aux couleurs éclatantes, reconduisant jusqu'à la gare ses hôtes ayant toujours une tasse de thé, ou décidant un matin de percer une fenêtre et réussissant à convaincre maçons, menuisiers, peintres, vitriers et couturières de tout réaliser dans la journée"...

La plupart de ses photographies sont des portraits proche de l'esthétique des Préraphaélites, représentant des modèles rêveuses, mélancoliques, dans une atmosphère onirique. Elle s'est inspirée de la littérature pour certaines des poses, comme les poèmes de Tennyson, la légende d'Ophélie ou celle de Béatrice Cenci... Certains des portraits ressemblent aux madones de Raphaël. Les flous artistiques sont souvent rehaussés par une lumière particulière créant des contrastes très forts. L'innovation majeure est son goût des gros plans pourtant difficile à réaliser vers 1870. A travers les photographies rassemblées dans ce catalogue, on perçoit tout le talent de Julia Margaret Cameron qui apporte une réelle dimension esthétique et littéraire à cet art.

Hommage de Julia Margaret Cameron à Victor Hugo, Catalogue rédigé par Jean Marie Brusson

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Julia Jackson de face "Stella" 1867 From Life Registered Photograph © Julia Margaret Cameron, Julia Jackson, 1867 April

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05 juillet 2010

Rébecca de Daphné Du Maurier : ISSN 2607-0006

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Ma chère Océane,
Tu nous demandais, pour ton challenge Daphné du Maurier, de te raconter nos impressions sur les romans de cette romancière britannique : voici celles que j'ai ressenties à la lecture de Rebecca. Je ne gardais qu'un vague souvenir du film de Hitchcock que j'ai vu, il y a une éternité, et qui a immortalisé l'oeuvre la plus célèbre de Daphné du Maurier. Ai-je aimé ce film ? Ai-je frissonné  ? Je n'en sais rien car mon souvenir est très vague bien que je sois certaine de l'avoir vu. J'ai d'ailleurs bien envie de le revoir, maintenant, une fois le livre refermé.
Lorsque j'ai commencé ma lecture j'ai tout de suite été séduite par l'atmosphère de ce roman : les premières pages m'ont évoqué un château de conte de fée, celui de la belle au bois dormant mais en plus inquiétant. J'ai beaucoup apprécié cette narration à la première personne qui nous permet d'être plus proche du personnage principal, cette jeune fille pauvre qui est obligée de se plier aux caprices d'une vieille dame vaniteuse : elle est bien moins oie blanche qu'on ne le croit... J'ai aimé tout de suite cette héroïne réservée, à la limite de la naïveté, due à son jeune âge et à son humble condition. Mais lorsqu'elle analyse le comportement de Mrs Van Hopper, on perçoit bien le fait qu'elle n'est pas dupe de la comédie sociale de cette dernière : "J'aurai voulu avoir le courage de redescendre par l'escalier de service et gagnant de là le restaurant, le [Mr de Winter] prévenir du piège. Mais le souci des convenances me paralysait et puis je ne savais pas comment formuler mon avertissement. Il n'y avait rien d'autre à faire que de m'asseoir à côté de Mrs Van Hopper, tandis que, semblable à une grosse araignée satisfaite, elle tisserait son filet d'ennui autour de l'étranger". J'ai beaucoup aimé aussi la manière dont elle aborde la question du souvenir, la conscience du temps qui passe, sa sensibilité et son imagination très romanesque lors de sa rencontre avec Mr de Winter, le propriétaire de Manderley...

" J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" : dès les premières lignes, mon esprit était tout occupé par Manderley tout en me demandant quel pouvait bien être son secret... Et quel secret ! Au fur et à mesure de ma lecture, j'étais suspendue aux paroles de cette jeune fille et j'ai découvert en même temps qu'elle, à travers son regard craintif et admiratif, le manoir de Manderley... Quel suspense ! A partir de son arrivée dans ledit manoir, j'ai senti une tension, une angoisse, qui ne s'est achevée qu'à l'avant dernier chapitre. "Inquiétant, "troublant", "angoissant", "envoûtant", les adjectifs me manquent pour qualifier ce roman et parler des divers sentiments qui m'ont traversée, au fur et à mesure que je découvrais les multiples rebondissements, et que le voile se levait sur le personnage de Rebecca. 

Merci pour ton challenge qui m'a permis de me plonger dans le monde ténébreux de Daphné du Maurier. Je t'écrirai bientôt pour te raconter mes impressions au sujet de L'auberge de Jamaïque... et peut-être d'autres romans si j'arrive à leur mettre la main dessus !

Maggie

du Maurier, Rebecca, Livre de Poche, 378 p.

Challenge d'Océane

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02 juillet 2010

La fille aux yeux d'or de Balzac : ISSN 2607-0006

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Comment Balzac (biographie ici) a-t-il pu dire qu'il voulait être le "secrétaire" de l'histoire qu'il voit se dérouler sous ses yeux ? Dans La fille aux yeux d'or, il n'est question que de mystère et d'exagération, d'oeil qui étincelle de fureur, de passion sauvage...

La fille aux yeux d'or commence d'abord par une description de Paris, devenu un "véritable personnage" dans les romans du XIXeme siècle. On associe souvent Balzac à la technique de la description réaliste mais celle qui inaugure l'histoire de Henri de Marsay est véritablement vivante et éminemment symbolique : "Or et plaisir", voici deux mots qui résument cette ville, décrite comme un véritable enfer. Ainsi, les longues descriptions retardent l'intrigue et permettent à Balzac de décrire les moeurs de la société contemporaine et de la critiquer : "Seulement l'ouvrier meurt à l'hôpital, quand son dernier terme de rabougrissement s'est opéré, tandis que le petit bourgeois persiste à vivre et vit crétinisé".

Dans ce paris infernal, se cache bien des mystères : lorsque Henri de Marsay rencontre Paquita, il nait entre ces deux jeunes gens un amour irrépressible. Enigmatique, elle est gardée comme une prisonnière dans la demeure du marquis de Saint Real. Une aura de mystère entoure cette belle jeune fille et ils se rencontrent dans un lieu où Henri de Marsay ne peut y aller que les yeux bandés... " : Cet escalier était sombre, aussi bien que le palier sur lequel Henri fut obligé d'attendre pendant le temps que le mulâtre mit à ouvrir la porte d'un appartement humide, nauséabond, sans lumière, et dont les pièces, à peine éclairées par la bougie que son guide trouva dans l'antichambre, lui parurent vides et mal meublées, comme le sont celles d'une maison dont les habitants sont en voyage. Il reconnut cette sensation que lui procurait la lecture d'un de ces romans d'Anne Radcliffe où le héros travers les salles froides, sombres, inhabitées, de quelque lieu triste et désert". Pourquoi Paquita est-elle gardée comme une prisonnière ? Quel est le secret qui l'empêche d'aimer Henri de Marsay ? Pourquoi veut-elle s'enfuir de Paris ? Lecteurs, si vous voulez découvrir le secret de la fille aux yeux d'or et découvrir le Paris du XIXeme siècle, lisez ce roman très mystérieux...

 Balzac, La fille au yeux d'or, Mille et une nuits, 143 p.

Lecture commune avec Cess, dans le cadre du challenge "Au bon roman" de Praline.

 Autre roman : Le père Goriot

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01 juillet 2010

Cadavre exquis de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

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Cette bande dessinée commence comme de la chick litt : une jeune femme, la vingtaine, peu cultivée et assez sotte, hôtesse d'accueil dans un salon de voitures se morfond entre un ami sans intérêt et grossier et un travail peu intéressant. Zoé vit frustrée jusqu'au jour où elle rencontre un écrivain du nom de Thomas Rocher... qui paraît bien mystérieux : pourquoi refuse-t-il de sortir de chez lui ? Quelles sont les raisons pour lesquelles il vit caché, les rideaux de son appartement toujours fermés ? Zoé croit avoir trouvé enfin le bonheur et un ami exaltant lorsque l'ex-femme de Thomas Rocher refait surface....

Mais qui est ce "cadavre exquis" présent dans le titre, plaçant ainsi cette bande dessinée sous le genre de la BD policière ? Bien qu'il n'y ait pas d'enquête traditionnelle, l'histoire prend un autre ton, plus mystérieux, sans jamais être sombre : les milieux de l'édition ne sont pas épargnés et la figure de l'auteur y est caricaturale : égocentrique, aimant la gloire et le succès. Si les poncifs sont présents, c'est pour mieux les détourner.

L'intrigue est intéressante  même si certaines scènes sont  passablement prévisibles ou les ficelles parfois un peu grosses, notamment en qui concerne la rencontre de l'auteur et de la jeune fille. On retrouve, dans le début de l'histoire, le ton déjà présent dans les séries Joséphine et Ma vie est tout à fait fascinante avec des situations cocasses liées à la vie de la jeune fille avec les conventionnels déboires amoureux, problèmes au travail avec les collègues. Cependant cette bande dessinée est beaucoup plus travaillée, et étoffée que les précédentes avec des couleurs très vives et des dessins colorés, décidément très agréables.  Les dialogues le sont moins, rares et plutôt légers, mais cette bande dessinée aux jolies illustrations vous fera passer un agréable moment de détente...

Bagieu, Cadavre exquis, Gallimard, p 124.

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29 juin 2010

L'affaire est close de Patricia Wenworth : ISSN 2607-0006

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Tout d'abord nous avons une jeune fille, Hilary Carew, qui fait des vers de mirlitons et qui vient de rompre ses fiançailles avec Henry. Ensuite, on apprend comment Marion Grey survit au procès de son mari emprisonné à vie. Le tout fait un début très mystérieux. Qui a tué qui ? Puis on nous révèle l'affaire : Geoff Grey aurait tué son oncle James Everton. Aurait-il été capable de le tuer sachant que ce dernier venait de le déshériter au profit d'un neveu qu'il haïssait ? Bien évidemment sa chère femme croit en son innocence mais tous les témoignages l'accablent, et les alibis en or des différents suspects semblent si beaux qu'Hilary commence à avoir des doutes...

"Très rares sont les gens qui recherchent la vérité" (p. 147)

Habile à créer le suspense, P. Wenworth retarde le début de l'enquête, par le rappel du procès de Geoff, vieux d'un an, pour nous exposer les faits entourant le meurtre de James, qui semblent bien l'accuser sans l'ombre d'un doute. Finalement, assez tôt, on devine qui est le véritable meurtrier mais la recherche de preuves nous tient en haleine, surtout que les détails délicieusement britanniques abondent, l'heure du thé étant aussi importante qu'un meurtre ou la présence de la vieille cousine ennuyeuse comme la pluie, et certains passages ne manquent pas d'humour, notamment dans l'emploi des comparaisons  : "Mrs Ashley semblait morte de peur. Hilary se dit que, de toute sa vie, elle n'avait jamais vu personne aussi ridiculement effrayée. D'autant plus ridicule que... mais enfin qu'elle raison avait-elle d'avoir peur ? Ce n'est pas parce qu'on a travaillé dans une maison dans laquelle un meurtre a été commis et qu'on vient vous poser quelques questions anodines  à ce propos qu'il faut se comporter comme un lapin pris au piège dans son terrier" !.

Finalement, la véritable enquêtrice, Mrs Silver, ne fait que de très brèves apparitions et est aussi falote que Miss Marple créée après par Agatha Christie. D'ailleurs le charme de L'affaire est close émane aussi du "couple" de détectives improvisé que forme la pétillante et intrépide Hilary et son fiancé, faussement arrogant et orgueilleux, Henry. En revanche, comme chez A. Christie, ce n'est pas la peinture psychologique ou le détail réaliste des lieux qui priment mais l'intrigue bien ficelée : chaque détail a son importance. Un roman policier très agréable à lire et qui réjouira tous les amoureux des whodunits traditionnels, dans la lignée de ceux d'Agatha Christie, l'ambiance désuète en moins mais la touche britannique bien présente...

J'ai découvert cette romancière anglaise, née en 1878, que j'ai lu avec délice, grâce à la lecture du billet les "Ennuis de Sally West" de Titine...

Wenworth, L'affaire est close, 10/18 grand détective, 313 p.

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27 juin 2010

Les misfits d'Arthur Miller : ISSN 2607-0006

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"Tout ce qui en vaut la peine est dangereux" (p. 111)

"Ni roman, ni pièce de théâtre, ni découpage cinématographique" : l'auteur présente ainsi le récit des Misfits. Alors quel est le thème de ce récit ? Peu à peu se dresse devant nous une ville typiquement américaine, des années 50, dans le désert du Névada, avec son casino, ses policiers et ses personnages, Roslyn fraîchement divorcée accompagnée d'Isabelle. "Quelques portes plus bas, il y a un casino. Une demi acre de terrain planté de machines à sous pansues, reflétant sur la rue ses néons rose et bleu. Les allées latérales sont presque toutes vides, mais quelques indigènes tôt levés actionnent leur leviers dans cet océan de chrome, fixant les éclairs de métal, tels des poissons dans quelque glauque univers sous-marin. Les deux femmes s'assoient au bar, observant les rares joueurs" : On se croirait effectivement plongé dans une comédie américaine  avec ces personnages de paumés plutôt atypiques : Gay, le cow boy épris de liberté, Roslyn, mystérieuse, naïve et Guido, qui semble vivre sans réel but. Chacun à sa manière refuse cette société : Gay cherche à fuir dans les montagnes, Roslyn fuit les hommes et le mariage... La détresse des personnages est palpable ainsi qu'une tension latente. La rencontre de  ces trois protagonistes et leur incompréhension mutuelle vont les amener au bord du drame.

Ce récit nous emmène loin, très loin dans un ailleurs fait de déserts peuplés de mustangs, sans qu'il y ait vraiment d'intrigue : on suit les pas de ces trois personnages à la poursuite de leurs chimères, même s'ils restent opaques jusqu'aux dernières pages. Comme dans un film, on les observe de l'extérieur....  Est-ce  l'écriture de Miller qui rend ce livre si intéressant. Est-ce la solitude des personnages et l'ambiance douce-amère qui rend ce livre si attachant ? Ou est-ce l'évocation d'une Amérique mythique, les belles descriptions  visuelles du Nevada sauvage qui nous laissent rêveurs ? Les misfits est comme le reflet d'une Amérique légendaire, les dernières lueurs d'un certain Ouest américain et une comédie humaine poignante...

Miller, Les misfits, Robert Laffont, 213 p.

Merci BOB pour ce partenariat et Robert Laffont. L'avis de Fleur, Clara,...

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24 juin 2010

Jane de Julian Jarrold : ISSN 2607-0006

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L'une des plus connues des romancières anglaises a eu sa vie adaptée au cinéma par Julian Jarrold en 2007. Cette romancière est Jane Austen. Jeune fille malicieuse, Jane Austen a une soeur fraîchement fiancée et va elle-même tomber amoureuse d'un jeune homme qui mène  une vie débauchée et désargentée. Comme dans ses romans apparaît la problématique de l'amour, du mariage et de l'argent : raison ou sentiment ? Passion ou argent ? Son coeur va-t-il être attiré par le pâle et maladroit et riche Wisley, si gauche que Jane le surnomme ironiquement "le pétillant neveu" ou le fougueux et caustique mais impécunieux Lefroy ? Les personnages ressemblent à ceux des romans de Jane Austen, Lefroy ayant une troublante ressemblance avec Darcy. Elle-même et sa mère notamment ont des points communs avec les Bennet. Beaucoup de scènes évoquent Orgueil et préjugés, dont on voit la genèse ou  Raison et sentiments. Si le film ne contient pas vraiment de surprises majeures, l'ambiance des bals, des robes d'époque, la campagne anglaise sont très plaisantes. Les scènes sont piquantes, les dialogues ne manquent pas d'humour ni de fraîcheur.

Ce film donne une belle image de Jane Austen écrivant, lisant, indépendante et passionnée. Bien que de facture très classique, ce biopic retrace avec vivacité le destin de la romancière tout en rendant hommage à la femme et à ses romans. Académique certes, fabulation autour de la mystérieuse vie de Jane Austen, dont on connaît peu de choses, cette biographie fantaisiste n'en est pas moins un hommage à un écrivain majeur de la littérature britannique.

Avis de Lou, Titine..

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22 juin 2010

Le père Goriot de Balzac : ISSN 2607-0006

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"Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre ce livre  d'une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : "Peut-être ceci va-t-il m'amuser". Après avoir lu les secrètes infortunes du père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dan son coeur peut-être ! "  La volonté de réalisme de Balzac apparaît dès les premières pages.

Fin observateur de la société parisienne, dans sa Comédie humaine, Balzac dénonce les apparences d'une société construite sur l'argent et le privilège de la naissance, à travers les trajets de trois individus, Rastignac, Goriot et Vautrin. Dans le titre du cycle, c'est bien la dimension de spectacle que l'auteur souligne... et cette comédie est celle de toutes les bassesses. Inspiré du procédé des romans historiques de Walter Scott, le romancier nous décrit l'histoire des moeurs, l'intimité des individus. Tandis que le père Goriot déchoit, Rastignac s'élève vers les hautes sphères de l'aristocratie.

Le père Goriot moqué par les autres habitants de la sombre et horrible pension Vauquer est en fait sublime dans ses sentiments. Aimant jusqu'à la déraison ses deux filles richement mariées, il va se sacrifier jusqu'au derniers liards pour elles, sans aucune reconnaissance de la part de ses filles bien plus préoccupées de leur tenue de bal que par leur vieux père mourant et agonisant. La description de la pension Vauquer relève du morceau de bravoure : Balzac réussit admirablement à nous montrer la petitesse de ses habitants et le sordide de l'endroit : "Une des plus détestables habitudes de ces esprits lilliputiens est de supposer leurs petitesses chez les autres".

Les gravures de Daumier, qui a initialement illustré Le père Goriot, contribue à créer une horrible atmosphère de misère. Symboliquement, les pensionnaires sont décrits de bas en haut selon leur position sociale...  Autour de ce vieillard, on retrouve la figure de l'arriviste dans la personne de Rastignac. Ce dernier noble désargenté apprend douloureusement à survivre dans la société grâce aux conseils de sa cousine de Beauséant et de Vautrin. Cet homme est d'ailleurs étrange dans son comportement. Qui est-il réellement ?

En quatre chapitres, Balzac, nous décrit admirablement tous les milieux sociaux, du peuple à l'aristocratie, unis autour du "même égout moral". Le langage est imagée et fleurie : le vocabulaire de la chasse, guerrier, montre que la vie à Paris est une lutte incessante. Seule l'ascension compte  : "Le monde est infâme et méchant, dit la vicomtesse. Aussitôt qu'un malheur nous arrive, il se rencontre toujours un ami prêt à venir nous le dire, et à nous fouiller le coeur avec un poignard en nous faisant admirer le manche". Roman de l'ascension, roman de l'amour paternel, c'est aussi le roman de l'argent : "la fortune est la vertu" ou "monnaie fait tout" ! L'auteur dénonce une société gangrénée par l'argent qui fait dire à Rastignac : "votre Paris est donc un bourbier ?" .

Le mystère n'est pas absent de ce roman avec des forçats cachés sous l'apparence de bons bourgeois, avec les dessous des aventures amoureuses des coquettes parisiennes et avec la secrète douleur du père Goriot que tout le monde méconnaît. L'auteur de La peau de chagrin débusque ces faux-semblants à travers le style typiquement XIXeme siècle, avec les citations latines, l'argot du peuple, les chansons d'époque et son génie de la description rendant vivante chacune de ses scènes... Un classique à lire ou à relire !

 Balzac, Le père Goriot, Garnier Flammarion, Etonnants classiques 364 p.

Challenge "j'aime les classiques" de Marie L.

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