02 mai 2010

La chasse au snarck de Carroll : ISSN 2607-0006

52617501

 Quatrième de couverture : " Un cireur de souliers, un fabriquant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum ! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini. L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chef d'oeuvre de la littérature victorienne."

"Les mots n'ont que le sens qu'on leur donne"

Un castor qui sauve tout un équipage ? Un boulanger qui s'évanouit lorsqu'il voit un snark ? Bienvenue dans le monde du nonsense de Lewis Carroll. L'auteur crée ses propres animaux fabuleux, comme la description d'un mystérieux oiseau, le Jubjub, et du fabuleux Snark... C'est aussi un univers dominé par le rêve où la logique des sonorités des mots, des associations d'idées gouvernent les lois rationnelles : " Car le visage était tout noir/ C'est à peine si on pouvait voir/ avec le Banquier une vague ressemblance/ son effroi fut si grand / que son gilet devint blanc/ En vérité un phénomène étrange".

Ce court texte est fascinant par son extravagance et devient un beau sujet de rêverie grâce à son imaginaire déjanté et comique, proche de l'absurde : "Ils le chassèrent avec des dés à coudre/ Ils le chassèrent avec passion/ Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir/avec une action de chemin de fer/ Ils le charmèrent avec des sourires et du savon" !

Ce poème est suivi d'un bref essai posant la question de la traduction de jeux de mots, tels que les mots valises, d'une langue à l'autre, dans le célèbre poème du "Jabberwocky", présent dans Alice aux pays des Merveilles.  On peut noter aussi les magnifiques illustrations du peintre préraphaélite, Henry Holiday. Voici une gravure du peintre :

58544042

Lecture dans le cadre du partenariat avec BOB que je remercie. Lu aussi par Praline, Alice, Mélisendre, Tortoise. Les avis de Cryssiylda, Lilly...

Lewis Carroll, La chasse au snarck, Folio, 131 p.

Du même auteur : Alice au pays des merveilles
Challenge "English classic" de Karine.

Posté par maggie 76 à 00:29 - - Commentaires [11] - Permalien [#]


01 mai 2010

Drôle de temps pour un mariage de Strachey : ISSN 2607-0006

52594832

" Le 5 mars, Mrs Tatcham, veuve de la bourgeoisie, mariait sa fille aînée, Dolly, âgée de vingt-trois ans, à l'honorable Owen Bigham. Il avait huit ans de plus qu'elle, et appartenait au corps diplomatique". Toute sa famille est présente le jour du mariage, un cousin ivre, son oncle, le chanoine Bob Dakin, les domestiques... et Joseph un ancien camarade, que Dolly a aimé, l'été précédent. Elle est consciente de rejouer avec lui, Le Bonheur conjugal de Tolstoi :

" Quoi, tu n'as jamais goûté de croquants ! s'était écrié Joseph à côté d'elle, la dévisageant sous son grand chapeau d'été. Mais tu dois absolument y goûter ! tu adorerais !" Or, en réalité, à travers sa physionomie, et principalement ses yeux, Joseph proclamait de tout son être, avec une ferveur violente, non pas " tu les adorerais" mais je t'adore". (Exactement comme le héros de la nouvelle de Tolstoï, Le bonheur conjugal, se tourne soudain vers l'héroïne pour lui parler de grenouilles, et qu'elle comprend, durant son récit, qu'il est en train de lui dire qu'il l'aime...". Dans le tapage des préparatifs du mariage, un drame se noue. Joseph lui avouera-t-il ses sentiments ?

"Il vaut mieux avoir aimé et perdu que ne pas avoir aimé du tout".
Avec une écriture délicate, élégante et fluide, Julia Strachey dessine des portraits comme un peintre, grâce à de magnifiques notations de couleurs. Mais elle sait être féroce pour décrire le passage du temps, le changement des sentiments et la stupidité des esprits bourgeois, matérialistes dont Mrs Tatcham en est le parfait exemple. Comparaisons animales et florales se combinent pour décrire cette galerie de portraits. Elle pose son regard d'artiste, sur  une journée et sur la faune petite bourgeoisie, présente ce jour-là. Elle a su admirablement dans le tumulte des préparatifs du mariage, mêler le tumulte des sentiments qui secouent Dolly et Joseph. A travers la banalité des conversations, dans "le bruit et la fureur", un drame psychologique se déploie, teintant d'une note de désespoir, un jour peu ordinaire. Un étrange roman sur l'opacité des consciences et l'inconstance des sentiments : " Pour compléter le tableau, le visage blanc de Dolly, avec ses lèvres épaisses et fortement ourlées, au-dessus de sa robe de laine mouchetée noire, scintillait d'une lueur pâle devant les fougères, telle une orchidée phosphorescente qui fleurirait isolée dans un marais crépusculaire.
Durant cinq ou six minutes, l'orchidée pâle et lumineuse demeura immobile, au centre de la surface sombre du miroir. Le plus étrange, c'était cette manière dont les yeux n'arrêtaient pas d'aller et venir, de changer de direction, de vagabonder, inlassablement, partout dans la pièce. De bouger constamment. c'était bizarre : ce visage d'apparence si passive et lointaine, et ces yeux si agités".

Lady swap, récapitulatif des lectures sur le site de Lou et Titine.. Avis de Titine, Lilly, Cathulu...

Drôle de temps pour un mariage, de Julia Strachey, la petite Vermillon, 117 p.

Posté par maggie 76 à 14:34 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

30 avril 2010

LE SWAP : "THE PORTRAIT OF LADY" : ISSN 2607-0006

Il y a un mois, commençait la grande aventure du swap The portrait of the lady, organisé par Lou et Titine, nouvelle aventure pour moi, puisque c'est mon premier swap ! Des romancières anglaises, l'ère victorienne et des héroïnes anglo-saxonnes... Comment résister ?
Quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant mon colis : tout est furieusement esthétique, tout est so british et tout est terriblement raffiné ! Jugez et admirez par vous-même ! Et tout cela m'a été envoyé par ma charmante swappeuse, grande connaisseuse de l'art and kraft  : TITINE  ! (tous les titres en gras et entre guillemets sont de mon adorable swappeuse !)
photo_1_swap

 

 

 

 

 

 

 

 

SDC12689

  • Et premier clin d'oeil aux amoureuses de Darcy, pour le séduire, voici une carte "english Georgian dress".
  • "London calling" : ce carnet, aux couleurs de l'Angleterre, magnifique, ne me quitte plus, je suis aussi amoureuse de lui !
  • 191_1_SDC12767
  • "Have a break" : des produits Gardener et un mug "Ophélie de Millet" .
  • SDC12701
  • " Et un de plus" : je n'avais pas ce Wilkie dans ma PAL, mais heureusement Titine a comblé cette lacune... Seule contre la loi, la quatrième de couverture me semble augurer une lecture passionnante et je ne peux m'empêcher d'en écrire un extrait : " Thriller labyrinthique, âpre réflexion sur les faux-semblants, vibrant portrait d'une héroïne libre et intraitable, Seule contre la loi passe pour le premier roman policier dont le détective est une femme". Je n'ai qu'une envie, c'est de me jeter dessus et de commencer à le lire...

  • "Pour m'accompagner dans mes lectures" : le véritable marque-page en cuir "The Jane Austen Centre". Je l'adore et je crois que toutes les admiratrices de Jane vont être jalouses... Je ne le quitte plus !

  • "Un bijou trop peu connu" : Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey, un auteur que je ne connais pas et que je vais me faire un plaisir de découvrir...

  • "De la méchanceté, de l'ironie, de l'humour" : Lady Susan de Jane Austen (seule ombre du tableau, par ma faute, je l'ai déjà lu et je m'en excuse, car j'ai peut-être mal rempli mon questionnaire...).
  • SDC12773
  • My dear Titine,

Je t'écris ces quelques mots fortement émue et terriblement ravie : tous les objets sont élégants et magnifiques ! Comme tu le sais, j'adore chaque objet et ce swap a été merveilleux pour moi... Vive les romancières victoriennes ! Vive la lady que tu es !
J'ai été émerveillée et admirative, à chaque ouverture de paquets et à chaque découverte du contenu so british ! Maintenant, le marque-page m'accompagne effectivement dans chacune de mes lectures (j'ai déjà commencé une collection !) et le carnet a trouvé sa place dans mon sac (il ne me quitte plus).  J'ai évidemment essayé mes produits de beauté Gardener, doux et embaumants, et j'espère pouvoir bientôt commencer la lecture des romans : voici des livres qui me promettent de belles soirées ! Quant à la carte postale, elle a déjà trouvé sa place sur les murs de mon appartement...
En espérant que ma swapée Romanza soit tout aussi contente...

Je te remercie vivement et sincèrement de m'avoir fait participer à ce swap, ainsi que Lou, notre co-organisatrice...
Merci à toutes les deux. Merci Titine, et à bientôt pour des lectures communes et pour continuer l'exploration délicieuse du monde des romancières et des aventurières victoriennes...
Victoriennement votre, Maggie

 

Posté par maggie 76 à 07:07 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

28 avril 2010

L'homme hanté de Charles Dickens : ISSN 2607-0006

52501882

Ecrit après Un chant de Noël, L'homme hanté présente beaucoup de similitudes avec cette dernière. Un chimiste nommé Mr Redlaw, aussi peu avenant que Mr Scrooge, en période de Noël, rencontre un fantôme. Voici son portrait : "Qui eût vu sa joue creuse, son oeil cave et brillant, son habit noir, sa tournure vaguement sinistre, quoique bien prise et proportionnée, ses cheveux grisonnants qui pendaient autour de son visage telles des algues emmêlées - comme s'il eût été tout  au long de sa vie la cible isolée de la corrosion et du ressac de l'immense océan humain - qui n'eût dit qu'il ressemblait à un homme hanté ? Qui eût observé sa physionomie taciturne, pensive, sombre, voilée d'une coutumière réserve, farouche toujours, jamais enjouée, avec l'air égaré de qui retourne sur un lieu et dans un temps passé, ou écoute d'anciens échos résonnant dans sa tête, qui n'eût dit que c'était là la physionomie d'un homme hanté ? ". Le grincheux savant accepte un pacte diabolique avec le spectre, son double mauvais, qui lui permettrait de perdre la mémoire, d'oublier les souvenirs malheureux et les offenses qu'on lui a faites, mais il est aussi doté du pouvoir de faire perdre la faculté de compatir, de tous ceux qui s'approchent de lui...

D'emblée dans un long souffle oratoire, le décor et les personnages sont posés : une famille nombreuse pauvre, côtoyant le chimiste, permet à Dickens de dénoncer la misère sociale. La route du chimiste croise aussi celle d'un jeune étudiant, qui détient un secret sur son identité, lié au passé de Redlaw. Mais le suspense n'est pas exploité dans cette intrigue proche de L'abîme : tous les ingrédients tendent vers une morale énoncée à la dernière ligne de la nouvelle, qui est davantage une réflexion sur le rôle de la mémoire.
Largement et lourdement didactique, reposant sur des symétries manichéennes, la lecture de cette petite nouvelle morale paraît assez ennuyeuse car dépourvue de l'humour qui fait le charme des romans de Dickens ( Biographie ici). Cependant, l'écriture de Dickens est toujours aussi plaisante et L'homme hanté reste un texte à découvrir, notamment pour les premières pages particulièrement savoureuses du Londres enneigé et du portrait de Redlaw...

L'homme hanté, Charles Dickens, gravure de Gustave Doré, 173 p.

L'avis favorable de Cécile. Challenge "Dickens" d'Isil et "English classic" de Karine

Posté par maggie 76 à 19:28 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

26 avril 2010

Laura, voyage dans le cristal de George Sand

52423561

Loin des romans du terroir comme la célèbre Mare au diable ou Les maîtres sonneurs, mais toujours dans une veine romantique, George Sand ( biographie ici) a écrit une nouvelle fantastique plutôt surprenante par son thème : Laura, voyage dans le cristal mêle poésie et science.
Le narrateur raconte sa rencontre avec Mr Alexis Hartz, qui lui conte comment jeune, il faillit être victime d'un cristal ! Jeune homme, regrettant la vie insouciante qu'il menait jusqu'alors, Alexis se désintéresse des cours de sciences de son oncle bègue : " Quant à moi, je me soustrayais au bienfait de cette méthode en m'endormant régulièrement dès la première phrase de chaque séance. De temps en temps, une explosion aiguë de la voix chevrotante du vieillard me faisait bondir sur mon banc ; j'ouvrais les yeux à demi, et j'apercevais, à travers les nuages de ma léthargie, son crâne chauve où luisait un rayon égaré du soleil de mai, ou sa main crochue armée d'un fragment de rocher qu'il semblait vouloir me lancer à la tête".  Il se met soudainement à étudier les sciences, pour plaire à sa cousine Laura. Mais celle-ci est promise à Walter, un compagnon d'études d'Alexis. Ce dernier sombre, sous le choc,  dans des hallucinations, qui l'amène à voyager au coeur des géodes, qu'il étudie.
Cette nouvelle fantaisiste s'inscrit dans la lignée des contes fantastiques d'Hoffmann, cité dès les premières pages. Les références littéraires se multiplient et le voyage à l'intérieur de la géode, tient à la fois du voyage au centre de la terre de J. Verne et est une réminiscence du Frankenstein de Mary Shelley. Dès le chapitre III, apparaît le personnage inquiétant de Nasias, proche du vieillard fantastique et diabolique, très balzacien, du Chef d'oeuvre inconnu ou de La peau de chagrin.

La dimension scientifique des romans de Jules Verne côtoie le pouvoir de l'imagination d'Hoffmann. Cette nouvelle est tout à fait curieuse, dans la production de G. Sand, de par son thème, qui mêle amour et géologie, et de par son intrigue extravagante mais expliquée de manière rationnelle à la fin...  Une découverte surprenante et amusante, qui permet de retrouver l'ambiance des nouvelles fantastiques du XIXeme siècle, teintées de romantisme...
Premier roman lu dans le cadre du challenge George Sand
Laura, voyage dans le cristal, George Sand, Pocket, 192 p. (avec dossier)

Posté par maggie 76 à 18:41 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


24 avril 2010

Le triomphe de la nuit, vol. 1 d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

52326505

Quelle belle découverte ! Le triomphe de la nuit est un magnifique recueil de nouvelles, qui nous entraîne dans l'univers des "ghosts stories" anglaises. Ce recueil regroupe cinq nouvelles très diverses " La cloche de la femme de chambre", "Les yeux", "plus tard", "Kerfol", "Le triomphe de la nuit" et je n'en aborderai que deux pour vous laisser découvrir seuls, tout le charme de ces histoires :

1. La cloche de la femme de chambre : Alice Harthey est une jeune femme, en convalescence, recherchant une place de femme de chambre. On lui propose de travailler au service de Mrs Brimpton mais dès le premier jour, elle pense apercevoir un femme pâle, qui serait l'ancienne femme de chambre décédée. Pourquoi ferme-t-on toujours la porte de cette dernière à clef ? Quel est le rôle de Ranford, le jeune et avenant voisin ? Alice, a-t-elle l'esprit dérangée ? Pourquoi sa maîtresse refuse d'utiliser la sonnette qui est dans sa chambre ? Au fil des pages, le mystère ne cesse de s'épaissir...

2. " Kerfol" : En Bretagne, le narrateur décide de visiter "Kerfol", une demeure médiévale, isolée, entourée de silence, qu'il souhaite acheter. Lorsqu'il arrive devant cet impressionnant château, il n'aperçoit que des chiens : on lui explique qu'il n'a vu que des fantômes de chiens. Le narrateur se plonge alors dans la lecture de l'étrange histoire des anciens seigneurs des lieux, restée dans les annales judiciaires : Yves de Cornault épouse, en second mariage, une jeune fille, Anne de Barrigan dont il s'éprend passionnément. Lorsque Yves de Cornault est retrouvé mort dans les escaliers de son château, les accusations se portent aussitôt sur sa jeune femme. Qui l'a tué ? Commence alors le récit étrange de son procès...

Lecteurs, si vous avez lu et aimé Henry James, si vous aimez l'écriture du non-dit, vous admirerez la prose d'Edith Wharton qui a su, avec ses nouvelles fantastiques nous plonger au coeur d'intrigues savamment construites pour créer l'attente, le doute, parfois l'horreur, enrobées dans une ambiance mystérieuse. Chaque nouvelle est extrêmement singulière, n'usant jamais de la même narration : le narrateur est parfois un observateur, parfois un personnage du drame ; les scènes se déroulent aussi bien en Amérique qu'en France ou en Angleterre... Edith Wharton réussit à susciter des atmosphères angoissantes, à créer du suspense et maîtrise l'art de la suggestion. Comme chez James, le fantôme est moins un signe de surnaturel, qu'une incarnation "morale", symbolisant la culpabilité, la trahison... tout en laissant, dans les récits, une part d'ombre et de nuit. Une très belle réussite du genre !

Le triomphe de la nuit, Edith Warthon, Edition Joelle Losfeld, 182 p.

Challenge Edith Warthon de Titine. Liens vers d'autres avis, Lou et lilly...

Posté par maggie 76 à 09:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

21 avril 2010

Carmen de Mérimée : ISSN 2607-0006

 

52215696

Carmen, Mérimée, Folio, 154 p.

Tout commence comme dans La Vénus d'Ile, du même auteur ( Biographie ici), excepté le cadre : un archéologue, en Andalousie, sur les traces des batailles de César, rencontre par hasard, un étranger. A la vue de l'agitation de son guide, il s'interroge : est-ce un contebandier ? Un voleur ? Serait-ce le fameux Don José Maria que tout le monde recherche ? Nos deux voyageurs décident d'aller se reposer dans une auberge, mais à la faveur de la nuit, le guide qui a reconnu le célèbre brigand, décide de le dénoncer aux autorités. Quant au narrateur, il sauvera cet homme. Il continue son pélerinage jusqu'au moment où sa route croise la flamboyante Carmen et de nouveau, Don José... Mais lorsqu'ils se retrouveront, Don José doit être exécuté : quels événement ont pu amener ce fatal dénouement ? Il conte alors sa vie...

Deux narrateurs se succèdent dans cette nouvelle pour nous conter leur rencontre avec l'ensorcelante Carmen, la bohémienne. La narration faite par un érudit et dandy est extrêment bien menée et l'intérêt de Mérimée pour le peuple gitan l'amène même à faire une petite étude de leur langue en fin de nouvelle. Carmen est aussi un croisement de multiples références littéraires comme le Cid ou Dom Juan, héros de la terre d'Espagne, dont Carmen garde les traces. On apprécie aussi le pittoresque de la nouvelle, avec tout un lexique espagnol, qui crée une couleur locale, et l'illustration de la passion diabolique et tragique à travers le personnage de Carmen. Un sombre mythe agréable à lire à redécouvrir...

.Mais écoutons plutôt Adrien Goetz qui a écrit une longue et belle préface  à cette nouvelle et qui a analysé ce mythe : "Carmen est devenue un monument : on a restauré aujourd'hui la manufacture de tabacs de Séville "comme elle était au temps de Carmen" et les inspecteurs des Monuments historiques ne trouveraient rien à redire à cette impeccable réalité d'un bâtiment qui ressemble à celui de la fiction. Carmen forgée de toutes pièces à partir de tout ce quipouvait renouveler la mode espagnole en 1845, est devenue un mythe universel, sans lieu, ni date. Gautier avait repris le thème dans Emaux et camées : " Carmen est maigre, - un trait de bistre/cerne son oeil de gitana" pour comparer, à la fin de son poème, sa "moricaude" à la bouche riante " qui prend sa pourpre au sang des coeurs", comme un vampire, à une Venus Anadyomène. [...] Dès lors, tout était dit et le personnage prit son essor, jusqu'à faire oublier la force contenue dans les quelques pages de Mérimée". [...] Carmen, que Mérimée avai voulue en marge des espagnolades de son temps, devient aussi peu espagnole que possible : elle rejoint don Juan, dont on oublie facilement l'hispagnisme originel, parmi les granges incarnations de la séduction, de la fatalité, de la mort."

Posté par maggie 76 à 20:29 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

19 avril 2010

Quand souffle le vent du Nord de Galttauer : ISSN 2607-0006

52134855

"Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ? Leo Leike reçoit par erreur un mail d'une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fil des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant.
Léo écrit : "Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien"
Emmi admet : Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque".
Emmi est mariée, Léo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Léo repoussent néanmoins le moment de la fatidique rencontre..." (quatrième de couverture).

Un roman entièrement par mails ? Voici une forme prometteuse, renouvelant le roman épistolaire... Et ce long récit, qui se lit très rapidement, est effectivement, simple, pétillant, plein de fraîcheur. Pas de retard de lettres, pas de missives perdues, les échanges s'enchaînent jusqu'au moment où nos deux héros, qui ne se sont jamais vus, commencent à ressentir des sentiments dépassant un simple échange... Sont-ils amoureux ? Vont-ils se rencontrer ? Où va les mener ce jeu de séduction ?

Mais qui sont Emmi et Léo ? Tout d'abord mystérieux, les personnages vont peu à peu sombrer dans la séduction. Leurs tergiversions, et surtout le personnage d'Emmi, mariée, mais séductrice sont vraiment horripilants. Elle, qui semble, louer son couple, ne semble le dire que pour s'en convaincre. Cachée derrière son écran, elle manipule même sa meilleure amie. Leurs paroles semblent parfois stériles comme s'ils en pressentaient la fin : le jeu, devient plus sérieux, et un drame se noue. On ne joue pas impunément avec les mots, ni avec les sentiments des autres. Convaincant par la forme, ce roman manque de romanesque ou d'un "je ne sais quoi" qui rendrait les personnages vraiment attachants ou plus consistants. Un livre léger dont la forme est une véritable prouesse et dont la fin est de tout de même à découvrir...

Quand souffle le vent du Nord, Galttauer, Grasset, 348 p.

Livre voyageur de Keisha : merci (vous trouverez d'autres liens sur son site et la référence d'un ouvrage, qui repose sur le même procédé, que j'ai beaucoup apprécié,  et que je promets de lire : L'imposture, d'Anne Gallet et Isabelle Flaten, publié aux éditions La dernière goutte). Il voyage maintenant jusque chez Choco. Roman chroniqué par Cahtulu, Mango, celmoon,Cuné, Stéphie...

Posté par maggie 76 à 10:51 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

Sous la tonnelle de Hyam Hared : ISSN 2607-0006

52076501

Sous la tonnelle, Hyam Yared, Edition Sabine Wespieser, p. 276

"Pour garder vive la mémoire de sa grand-mère tout juste disparue, la narratrice se réfugie dans son boudoir, où se sont entassée au fil des ans lettres, dessins et carnets. Elle y retrouve la fantaisie, la liberté et la générosité de la vieille dame qui, pendant toute la guerre du Liban, a refusé, malgré les objurgations de sa famille, de quitter sa maison et son jardin, situé sur la ligne de démarcation entre Beyrouth Ouest. veuve à trente-et-un ans, cette jeune femme d'origine arménienne avait décidé de consacrer sa vie aux autres, après avoir juré fidélité à son mari défunt. Pour sa petite-fille, en instance de divorce, déchirée entre sa quête de liberté et son besoin d'amour, elle était un point d'ancrage et un modèle inatteignable.

Au fil du roman apparaît pourtant, derrière la figure idéalisée, une femme plus complexe et plus mystérieuse aussi. s'arrachant à son isolement, la narratrice finit par rejoindre les"corbeaux". Elle y croise un inconnu, dépité d'être arrivé trop tard pour remettre à l'occupante des lieux l'épais dossier qu'il lui destinait.

Pendant de longue conversation sous la tonnelle, la narratrice médusée va découvrir tout un pan caché de l'existence de sa lumineuse grand-mère. car le visiteur que nul n'attendait n'est autre que le fils de l'homme épris d'absolu et d'archéologie, Youssef, que rencontra la jeune veuve lors d'une croisière en 1974.

Construisant son deuxième roman comme une invocation à cette grand-mère disparue, tissant la trame de son intrigue dans celle des déchirements de l'histoire, Hyam Yared dresse là un très portrait de femme, hanté par ses propres obsessions sur la passion, le désir et la violence.

Yam Yared est née en 1975 à Beyrouth. Elle a publié trois recueils de poésie et, en 2006, un premier roman L'armoire des ombre (Sabine Wespieser éditeur)." (quatrième de couverture).

Cette longue quatrième de couverture ne dévoile pas toute la richesse de ce magnifique roman dont le ton reste juste,  même quand la narratrice évoque crument l'horreur de la guerre du Liban, d'un pays déchiré, depuis la chute de l'Empire Ottoman, par des guerres civiles et des invasions. C'est une peinture cruelle mais sans fioriture d'un pays, riche d'une Histoire pluri-culturelle et pluri-séculaire.

L'écriture vive, dynamique, incisive et très rythmée nous entraîne sur les pas de plusieurs personnages. L'écriture de la citation est agréable. Au détour du récit sont cités V. Woolf ( " La vie est un rêve, c'est le réveil qui vous tue") , Breton, Rilke, Eluard ( "Et je ne sais plus tant je t'aime/ Lequel de nous deux est absent")... citations perçues comme une mémoire, une transmission de sagesse. Le sens de la formule est remarquable et empreinte d'émotion. La place de l'écrit reste importante, pour cette narratrice, qui fait perdurer la présence de sa grand-mère, à travers la lecture de ses journaux intimes, de ses lettres... Témoignage historique, Sous la tonnelle relate aussi plusieurs histoires d'amour, de destins croisés. Mais la romancière embrasse aussi toute la vie entière, abordant tour à tour la question de l'identité, de la beauté, de l'art, de l'absence... Un magnifique roman servi par une prose élégante : une très belle découverte...

Posté par maggie 76 à 09:52 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

17 avril 2010

The Host de Bong Joon-Ho : ISSN 2607-0006

52076738

Voici un film d'horreur coréen qui se révèle être un film "réjouissant" et très riche. En 2006, un monstre surgit du fleuve pollué, le Han, et enlève la fille chérie de la famille Park : Huyn-seo survit et tente d'échapper à tout prix au monstre. Quant à son père, simple d'esprit, il renverse des montagnes pour sauver son unique enfant et lutte contre l'état, les scientifiques et la police... La famille Park, va-t-elle arriver à retrouver Huyn-Seo. Celle-ci pourra-t-elle survivre longtemps dans les égouts où l'a emmenée le monstre ?

The Host est plus qu'un film de monstre et des problèmes socio-politiques transparaissent dans de nombreuses situations, comme la manière dont l'état de panique de la ville est prise en compte par l'Etat, la question de la désinformation, et l'intervention des Américains.  La dénonciation aussi de la pollution est un des problèmes sous-jacents, représentée dans les premières images avec le déversement de produits toxiques dans le fleuve.

Ce film prend une dimension comique, burlesque, grâce aux personnages : la famille Park se rassemble pour sauver la fillette, mais ce sont des anti-héros : maladroit, le père ne pense qu'à dormir et à manger. Quant à son frère, il a fait des études mais est alcoolique. La soeur, plus mature, a aussi ses faiblesses. On retiendra des scènes mémorables : le père veut sauver sa fille, lorsque la bête fait sa première apparition, mais après une chute, il s'aperçoit qu'il est en train de sauver l'enfant d'un autre. Tout le pathos est désamorcé : le grand-père de la famille Park veut revaloriser son fils aîné en racontant sa jeunesse pathétique, en montrant à ses frères qu'il a été mal éduqué, abandonné à lui-même : ses enfants en profitent pour dormir pendant son récit.  Les chutes et les maladresses des personnages se multiplient donnant une dimension grotesque à cette histoire de kidnapping.

Un film donc, qui mélange les genres, extravagant à l'image du monstre hybride, mélange de plusieurs créatures : the host tient autant d'Alien que du monstre du Loch Ness... Cette production hybride, délirante, novatrice, pas du tout horrifique même si parfois on sursaute, nous fait passer un agréable moment de détente...

The Host (2006) bande annonce

Posté par maggie 76 à 21:44 - - Commentaires [8] - Permalien [#]