20 décembre 2010

Northanger Abbey de Jon Jones : ISSN 260-0006

 

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Northanger Abbey, de Jane Austen
"Catherine n'avait rien d'une héroïne" : une voix off moqueuse nous présente le personnage principal de Northanger abbey. Catherine Morland aime les romans gothiques, développant une imagination débridée. Invitée par de riches parents à Bath, les Allen, elle y fait la rencontre du pasteur Henry Tilney et de sa soeur Eleanor. Elle rencontre aussi Isabella Thorpe et son frère, des arrivistes intriguants. Catherine s'éprend peu à peu d'Henry et elle accepte l'invitation du général Tylney à se rendre dans leur vaste manoir. Là, dans cette "demeure digne d'un roman", elle découvre que la femme du général est morte d'une manière brutale et violente...
"Vous auriez préféré qu'il fut brigand"
C'est ce que dit Mrs Allen lorsque Catherine évoque avec un peu de déception le fait que Henry ne soit que pasteur. Comme les héroïnes de romans gothiques, Catherine se révèle crédule et naïve. Ses lectures Les mystères d'Udolphe de Radcliffe et Le moine de Lewis sont évoqués à plusieurs reprises, échauffent son imagination. " Ce roman vous fera tourner la tête", lui dit John Thorpe. Il ne se trompait pas beaucoup, étant donné que c'est cette propension à confondre rêve et réalité qui va l'amener à commettre de graves erreurs de jugement mais qui apporte la touche parodique et humoristique de ce film, qui joue avec les codes du genre mais pour mieux les détourner : portes qui grincent, une aile du château condamnée, éclairs et tempête. Notre héroïne trouve de vieux manuscrits... qui se révèlent être une liste de blanchisserie !

Certes Northanger abbey critique les romans gothiques cependant, on reconnaît l'une des problématiques essentielles de Jane Austen dans ce roman : la question du mariage d'argent et d'amour. Si nos deux héros, Henry et Catherine font preuve de modernité en choisissant l'amour, autour d'eux, c'est le règne de l'intérêt : Le général Tilney, Isabella ne pensent qu'à l'argent, ce que James va apprendre à ses dépends. Il n'y a rien de romantique dans l'amour austenien...
Film d'époque très soigné, la joliesse des décors, des costumes et des acteurs n'empêchent pas le respect de l'esprit du roman. Northanger abbey est bien une parodie impeccable des romans en vogue à l'époque de Jane Austen. Délicieusement satirique envers une certaine noblesse et envers le mariage d'argent, cette comédie non sentimentale est à la fois amusante et pétillante : une bonne adaptation du roman de Jane Austen.
Northanger abbey, de Jon Jones, avec Liam Cunningham, Carrey Mulligan et Felicity Jones, 95 min, 2007

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18 décembre 2010

Le mystère de Fernwood de Mary Elizabeth Braddon : ISSN 2607-0006

 

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L'oeuvre de Mary Elizabeth Braddon s'inscrit dans la lignée des romans anglais à énigme, mystérieux, du XIXeme siècle. Le mystère de Fernwood et la vengeance de Samuel Logwood présente une atmosphère et une intrigue similaires aux romans de l'époque, ceux de Wilkie Collins ou de Le Fanu.
Le mystère de Fernwood

Fernwood est un château qui renferme un secret que va découvrir Isabel, à son insu. Invitée par son futur mari Laurence Wendale et sa belle-famille, elle découvre une propriété envahie par la poussière et la tristesse : « il semblait que le château, les parcs et le châtelain lui-même fussent tombés en décadence ensemble ». A cette tristesse inquiétante, s'ajoute la froideur de la lettre de sa belle-mère :  « C'était la première et vague indication de ce terrible écueil contre lequel devait se briser mon existence, le premier anneau de la chaîne de ce grand mystère, dans lequel tant de destinées étaient enveloppés". Etrangement, un parent pauvre est caché dans la maison et même Laurence Wendale ignore sa véritable identité. Mais qui est ce Mr Thomas que tout le monde s'obstine à cacher ? Pourquoi est-il si précieux aux yeux de sa famille ?

La vengeance de Samuel Logwood :
Christophe Welson, jeune homme de bonne famille, bel homme, est accueilli chaleureusement chez l'armateur Tyndale et Tyndale. A ses côtés, Samuel Logwood, un pauvre commis n'ayant pas une aussi heureuse naissance que lui, orphelin et pauvre, le jalouse férocement, surtout lorsqu'il découvre que Christophe fait la cours à Lucy, leur jolie mais désargentée voisine. Mais un jour, il découvre que ce dernier a fait un faux pour payer une note de tailleur. Samuel décide de racheter ce faux, étouffe l'affaire et attend de sortir cette preuve de la malhonnêteté de Christophe au moment opportun... Il demande Lucy en mariage, tout en sachant que celle-ci aime encore Christophe, qui est parti à Londres, devenu un important personnage. Arrivera-t-il à mettre en place sa terrible vengeance ?
Dans ces deux intrigues, on reconnaît très vite des topos de romans gothiques : fantômes, secrets honteux, meurtres, jalousie, jeune fille naïve et manoirs délabrés. Proche d'intrigues comme L'abîme de Dickens et Wilkie Collins pour la vengeance de Samuel Logwood ou de Secret de famille de Louisa May Alcott, les histoire restent surprenantes par leur véritable noirceur sous des dehors anodins : pas de fins heureuses pour nos héros. Racontés à la première personne, la narration met l'accent sur les sentiments des personnages principaux que ce soit le désespoir d'Isabel ou la joie malsaine de Samuel, trompés par les apparences, ce qui permet un retournement de situation final. Ce n'est pas le mystère qui est l'atout de ces nouvelles, bien que les intrigues soient efficaces, mais bien l'analyse des profondeurs de l'âme humaine. Deux nouvelles d'influence gothique, qui méritent d'être recouvertes...

Braddon, Le mystère de Fernwood, suivi de La vengeance de Samuel Logwood, Labyrinthe, 87 p.

Autre roman : Aurora Floyd, Le secret de la ferme grise
L'avis de Cécile ici.

Lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou.

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17 décembre 2010

Grand jeu-concours Maigret : ISSN 2607-0006

A propos du commissaire...

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"Vous avez déjà rencontré le commissaire Maigret à travers vos lectures, ou vous en avez une certaine image, que vous incarnerez, en photo.  A vous de jouer !"

Le livre de poche organise un jeu-concours jusqu'au 31 janvier 2011.
Pour participer, rendez vous sur le site
Maigret, vous l'avez forcément croisé quelque part...

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08 décembre 2010

L'homme au complet marron d'Agatha Christie : ISSN 2607-0006

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Les whodunits d'Agatha Christie (biographie sur le site Larousse) semblent tous se ressembler. Et pourtant, ses intrigues traditionnelles présentent toujours des inventions narratives : dans L'homme au complet marron, comme dans Le meurtre de Roger Accroyd, la célèbre "duchesse du crime", nous emmène de surprises en révélations. Mais quelle est l'originalité de ce roman policier d'énigme ?

A côté d'un père paléontologue, Anne Beddinfield meurt d'ennui, en Afrique du Sud, alors que son seul rêve est de "voir le monde et de courir l'aventure". A la mort de son père, qui la laisse orpheline et sans le sou, Anne est emmenée à Londres par le notaire de son père, Mr Flemming. Peu de temps après son arrivée, Anne assiste à un meurtre : un homme tombe sous les rails d'un métro après avoir vu quelque chose qui l'a effrayé. Le médecin qui a constaté la mort dans le métro ne s'est pas présenté même pas après la publication d'un article sur le double meurtre. L'homme tué sous les roues du métro, n'avait pas de papier : autant d'événements mystérieux qui va amener notre héroïne à enquêter. Quelques heures plus tard, elle apprend le meurtre d'une jeune femme dans le pavillon d'un certain sir Eustache, tuée semble-t-il par un homme portant un complet marron. Ces deux meurtres sont-il liés ? 

Agatha Christie joue avec les clichés littéraires dans ce roman : notre jeune héroïne courageuse rêve de romanesque. Elle compare les personnes qui gravitent autour d'elle avec ses héros de romans comme le Rhodésien farouche et sombre de ses romans qu'elle s'imagine sous les traits du capitaine Race. Puis, elle est malade pendant la traversée, contrairement aux héros de romans, pense-t-elle. Cependant, Anne se révèle être une jeune fille pleine de ressources : "une aventurière qui se respecte ne peut être à cheval sur les principes". Agatha Christie s'est souvent plu à se représenter sous les traits de Mrs Oliver, une romancière, aidant parfois Poirot dans ses enquêtes ; cette fois-ci, elle s'est amusée à faire des réflexions sur l'écriture romanesque à l'intérieur de son histoire : "je soupçonne tout le monde, répliquai-je [Anne], l'air sombre. Si vous avez lu des romans policiers, Suzanne, vous sauriez que le coupable est toujours celui qu'on soupçonnait pas. Les criminels gras et joyeux comme sir Eustache ne se comptent plus".

Contrairement aux romans policiers où les indices sont parfois cachés au lecteur, ici, hypothèses, déductions sont livrées au lecteur. La narration d'ailleurs est menée de front par notre héroïne mais aussi par Sir Eustache : cet homme qui ne songe qu'au confort accumule les ennuis avec des secrétaires zélés : il supplée à l'histoire d'Anne en racontant les mêmes événements dans son journal intime, mais sous un autre angle, pour mettre le lecteur sur de fausses pistes ! Cette enquête est aussi originale par l'exotisme des lieux, et les nombreux rebondissements. L'auteur fait preuve d'une grande inventivité dans l'intrigue et la complique à souhait : déguisements incessants de tous les personnages, retournement de situation, fausses identités et bien sûr un tueur des plus improbables !

Notre jeune héroïne avec beaucoup d'humour nous conte ses aventures. Elle n'a pas le sérieux et l'orgueil du célèbre Poirot, donnant ainsi à son récit un ton pétillant et frais. Ajoutez à cela, le journal de sir Eustache, non moins humoristique, brimé par son secrétaire. Cette enquête effrénée, avec amour idyllique et déguisements rocambolesques, vous entraînera jusqu'en Afrique du sud, sans un moment de répit mais avec beaucoup d'humour : une enquête originale, qui révèle une surprise de taille au niveau de la narration, pleine de drôlerie et de fraîcheur !

 Christie, L'homme au complet marron, Le masque, 252 p.

Autres romans  : Poirot joue le jeu, Les indiscrétions d'Hercule Poirot, La mystérieuse affaire de style
challenge Agatha Christie de George

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06 décembre 2010

Seule contre la loi de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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Considéré comme l'inventeur du roman policier d'énigme, Wilkie Collins mérite bien cette réputation. Lecteurs,  si vous avez déjà lu un de ses romans, vous savez que les intrigues mystérieuses et palpitantes et  que les Victoriens excentriques peuplent ses romans. Dans Seule contre la loi, une jeune femme nommée Valéria prend la plume pour raconter les sombres heures qu'elle a vécues juste après son mariage : un jour pluvieux et triste, à peine mariée à Mr Woodville " au sourire lumineux et plein de bonté", différents incidents alarment notre jeune héroïne. La famille de son mari refuse d'assister à la cérémonie de mariage, ses amis refusent de parler de cet homme... De coïncidences en coïncidences, la jeune femme est confrontée à un angoissant secret qui plane sur le passé de son mari. Pourquoi s'est-il marié sous un faux nom ? Elle découvre après quelques péripéties, la véritable identité de celui qu'elle a épousé en trouvant un livre chez le major, ami de son mari : "  compte-rendu complet du procès d'Eustace Macallan, accusé du meurtre de sa femme". Cet homme qu'elle adore et qu'elle vénère est-il un assassin ? Elle ne peut le croire et commence seule et envers tous une enquête éprouvante  : qui a tué sa première femme ? Va-t-elle trouver des indices pour innocenter son mari ? 

Seule contre la loi est certainement le plus fantasque des livres de Wilkie Collins, surtout au niveau des personnages qui comprend une galerie de portraits insolites et de l'intrigue qui repose sur des coïncidences forcées et des hasards extravagants. Quoique le secret soit révélé rapidement, ce roman met en scène une véritable enquête haletante et plusieurs personnages tout à fait distrayants et haut en couleur, à commencer par le major  Fitz David, "Don Juan" sur le retour, qui apporte une touche comique. Quant à Miserimus Dexter, c'est un personnage tout droit sorti de la cour des miracles hugolien : infirme, il semble fou à lier, vivant entouré de tableaux sanglants, se prenant pour Lear... La description de ce personnage est une véritable prouesse !

Mais revenons à l'héroïne, une hystérique oie blanche au départ : "Où que vous alliez, j'irai avec vous ! m'écriai-je. Amis, réputation, peu m'importe ce que j'y perdrai. Je ne suis qu'une faible femme, Eustace, ne me rendez pas folle ! Je ne saurais sans vous. Je veux devenir votre femme, votre femme je serai ! Telles furent les paroles échevelées que je proférai avant de laisser mon désarroi et mon affolement s'exprimer en un accès de larmes et de sanglots". Il faut dire que la misogynie de l'époque n'épargne pas les femmes : "Si vous étiez capable de contenir votre curiosité, dit-il sombrement, nous pourrions être raisonnablement heureux. J'avais cru épouser une femme exempte des imperfections propres à son sexe. Une épouse digne de ce nom devrait avoir suffisamment de bon sens, pour ne pas mettre le nez dans les affaires de son mari, affaires qui ne la regardent en aucune façon". Ainsi, c'est de cette manière qu'un mari victorien s'adressait à sa chère femme ! Cette jeune fille très impressionnable et très sensible s'évanouit facilement et rougit encore plus facilement mais plus les épreuves semblent insurmontables, plus elle s'entête et brave le danger : et pourquoi ? Pour sauver un mari lâche et veule, qui ne songe qu'à fuir devant chaque obstacle qui se dresse devant lui !

C'est d'ailleurs ce personnage de détective amateur qui rend si originale cette quête de la vérité, cette enquête à rebours qui en outre est résolue par des moyens inhabituels et est émaillée de trouvailles insolites. L'autre originalité de ce roman est de donner une grande place à l'inconscient et à la folie. La rigidité des lois et des coutumes victoriennes ne semblent être faites que pour être contournées par notre héroïne devenue intrépide. Cette intrigue pleine de circonvolutions vous fera frémir d'impatience : devinerez-vous qui est le véritable assassin ? Cette enquête retorse, comportant procès, amour, trahisons et remords dans la bonne société victorienne est un admirable roman policier extravagant.

Collins, Seule contre la loi, Libretto, Phebus, 419 p.

Autres romans : Le secret, Profondeurs glacées, Pierre de lune, L'hôtel hanté
L'avis de Titine ici.

Challenge Wilkie Collins addict de Cryssilda.

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01 décembre 2010

Coco Chanel, une icône de Montalembert : ISSN 2607-0006

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Pourquoi Gabrielle Chanel, surnommée Coco Chanel, fascine-t-elle autant ? Non seulement, c'est une femme hors du commun mais elle a aussi révolutionné la mode. Chanel est le symbole de l'élégance française. Elle fascine par sa personnalité mais elle a aussi révolutionné le monde de la mode. Catherine de Montalembert et Edmonde Charles Roux racontent sa vie...

Une personnalité hors norme.

Il est intéressant de voir comment Chanel traverse les grands événements historiques  : née en 1883, elle est une femme résolument moderne et actuelle. Son élégance devient intemporelle. Pour cacher ses nombreux chagrins d'amour, elle se tourne vers le travail et ne cessera jamais de créer, ses légendaires ciseaux, toujours pendus autour de son cou : Chanel retouche ses modèles, cherche de nouvelles formes, de nouvelles matières...

Elle côtoie les plus grands artistes de son temps et fascine de nombreux artistes et personnalités : elle est photographiée par Doisneau, peinte par Laurincin... Un aspect moins connu de Chanel est son mécénat. Elle a aidé aussi bien Reverdy que Stravinski ou Diaghilev... De plus, elle conçoit aussi des costumes pour le théâtre et des ballets. Elle fait des incursion dans le cinéma où elle habille vers la fin de sa carrière, Romy Schneider ou Jeanne Moreau, qui deviendront vite des amies.

Une histoire de la mode : « Le chic, ce temps sublimé, c'est la valeur clé de Chanel »  ( Roland Barthes)

Quels sont les apports de Chanel dans le milieu de la mode ? « la petite robe noire », le tailleur, elle est aussi la créatrice du n°5. Elle est la première à simplifier les tenues mais aussi à utiliser des tissus tels que le jersey ou le tweed. Chanel se renouvelle sans cesse, influencée par ses rencontres cosmopolites : en 1920, elle a une période russe, suivie d'une période anglaise...

Que portent les femmes de la Belle époque ? Quelles sont les tenues que portaient les orphelines à l'époque où Chanel entre dans l'orphelinat d'Aubazine ? A côté des créations de Chanel, on peut suivre l'histoire de la mode à travers l'évocation des premiers grands magasins, du succès de Dior, de l'apparition de la mini jupe, qui scandalise tant Coco Chanel !

Des beaux livres

Que ce soit les habits d'époque ou les lieux comme Aubazine, Vichy, chers à la styliste, de nombreuses illustrations agrémentent la lecture fluide de ces biographies. On peut aussi trouver des photos des proches de Coco, comme Balsan ou Boy. Ces deux monographies portent d'emblée dans le titre leur différence : Chanel, une icône, retrace le portrait de la « grande Mademoiselle » tandis que Le temps Chanel, dresse aussi un portrait de Chanel mais tout en insérant des pages sur les artistes qu'elle a fréquentés, comme une double page sur Radiguet, quelques pages sur Missia, Cocteau ou Picasso... Milieux artistiques, moeurs du début du XXeme siècle et événements historiques ont une grande place dans le destin de Chanel. L'ouvrage d'Edmonde Charles Roux développe aussi divers aspects du métier de Chanel, en décrivant les défilés, l'après Chanel ou l'intérieur de son appartement. Ces deux ouvrages, magnifiquement illustrés, mettent l'accent sur la forte personnalité de Chanel et son destin exceptionnel. Un destin hors-norme à découvrir !

Portrait de Chanel à travers les citations de ses contemporains.

Pour comprendre Chanel, quelques citations complètent l'histoire de sa vie.

«  Ses colères, ses méchancetés, ses bijoux fabuleux, ses créations, ses lubies, ses outrances, ses gentillesses, comme son humour et ses générosités, composent un personnage attachant, repoussant, excessif... humain », Jean Cocteau.

«  Coco était belle, elle était même plus que belle, elle avait l'air d'un Goya ».Gabrielle Dorziat.

« Chanel, c'est une merveille. Elle a compris son époque. Elle a créé la femme de son époque », Yves Saint Laurent.

« Les chanellismes »  :

Certainement aidée par Reverdy, Chanel a écrit de nombreux aphorismes.

« C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit ».

«  Chanel c'est d'abord un style. Or la mode se démode. Le style jamais. »

«  C'est que la couture n'est pas du théâtre et la mode n'est pas un art, c'est un métier. »

« La parure, quelle science ! La beauté, quelle arme ! La modestie quelle élégance ! »

Quelques mots sur l'auteur : Après avoir passé 10 ans à la communication chez Dior et Lanvin, Catherine de Montalembert écrit sur les parfums, la mode... Elle collabore périodiquement avec les magazines World of interiors, Femmes...

de Montalembert, Coco Chanel, une icône, Aubanel, p. 130

Charles-Roux, Le temps Chanel, Grasset, Edition de La Martinière, 377 p.

Lu dans le cadre du challenge d'irrégulière : "Read me, I'm fashion" d'irrégulière et challenge biographie de bleue et violette
Voici un très beau billet sur les beaux livres de mode sur le site de Eiluned.

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25 novembre 2010

Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx : ISSN 2607-0006

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"La littérature vous jette dans la bataille , écrire, c'est une certaine façon de vouloir la liberté, si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé", disait Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ?. Didier Daeninckx ( biographie sur le site Larousse) a aussi cette vision de la littérature et dans Meurtres pour mémoire, il dénonce certains dysfonctionnements du système politique. Publié en 1977, ce deuxième roman noir de Daeninckx, aborde l'un des points sensibles, scandaleux de l'histoire contemporaine. La guerre d'Algérie n'a pas épargné la France car depuis 1954, des mouvements nationalistes luttent pour l'indépendance de l'Algérie. Le 17 octobre 1961 des Algériens, vivants à Paris, manifestent de manière pacifique contre le couvre feu qu'on leur impose. Face à ces hommes désarmés, des femmes et des enfants, les CRS ouvrent le feu sur la demande du préfet de Paris, Veillut. Profitant de la confusion, un homme abat  Roger Thiraut, un jeune historien dont la femme attend un enfant. Un chapitre plus loin et vingt ans plus tard, son fils devenu lui aussi historien est  tué à Toulouse dans des conditions mystérieuses. L'inspecteur Cadin commence une enquête qui va l'amener sur les traces du passé, remontant jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Quels sont ces meurtres évoqués dans le titre ? Ce sont bien sûr les meurtres des Thiraud mais aussi celui des algériens : ces hommes sans défense qui sont brutalisés. Ce roman noir dénonce en effet, les exactions commises mais passées sous silence pendant la plus grande manifestation des Algériens, en France à cette époque. Mais ce sont aussi des meurtres plus lointains et anonymes, liés à la seconde guerre mondiale. La scène première, celle de la manifestation, est d'ailleurs racontées par plusieurs témoins, comme le photographe Rosner, la femme de Roger Thiraud ou le réalisateur belge Deril, montrant ainsi par là combien combien cet événement a marqué la vie de ces personnes, par son injustice et sa violence gratuite. En voyant le documentaire de Deril, présent sur les lieux, l'inspecteur Cadin pense : "Les images défilèrent, toutes plus insoutenables les unes que les autres. La première partie du document avait été tournée depuis une voiture roulant à travers Paris. Une multitude d'affrontements opposaient des manifestants désarmés, hébétés, à des groupes compacts de CRS, de gardes mobiles décidés et motivés. L'absence de son donnait plus de poids encore aux scènes de violence".
Roman à clés, Daeninckx dénonce aussi les dysfonctionnements du pouvoir qui a maintenu un homme déjà coupable de crimes. C'est tout d'abord les agissements de Maurice Papon qu'a voulu dénoncer Daeninckx. Il critique aussi le système politique et la loi du silence qui pèsent sur certains conflits. Certes c'est un roman noir avec des meurtres, un mobile, mais aussi un roman historique, étant donné que deux épisodes majeures de l'histoire contemporaine sont évoqués : la plus grande manifestation algérienne en France et la collaboration sous Vichy. Peut-on parler de travail d'historien ? Daeninckx explique qu'il a écrit son livre en s'appuyant sur des articles de presses et des lettres de survivants de la manifestations. L'auteur explique, dans le paratexte, son travail de recherche :

" Je suis allé à la bibliothèque nationale et j'ai dépouillé la presse de l'époque. Il y avait quelques informations datant de 1961 sur le 17 octobre. J'ai lu les pages des faits divers qui racontaient qu'on retrouvait des dizaines de cadavres dans la Seine, dans les écluses, au Havre, à Rouen, et encore un peu partout, comme ça, pendant des mois. Et puis, j'ai rencontré des témoins et j'ai consulté la presse clandestine. Un jour, un Algérien m'a donné un document extraordinaire, des photocopies de lettres : le FLN après la manifestation avait demandé aux survivants d'écrire tout ce qu'ils avaient vu. Il y avait là deux cents lettres poignantes qui ont été les principales sources d'émotion et de vérité de Meurtres pour mémoire. De plus, même s'il n'y avait pas eu de travail historique sur le 17 octobre 1961, de petites choses existaient de façon dispersée : un article dans Les temps modernes, d'autres dans L'express, des articles de Françoise Giroud, de Marguerite duras et également de Jean Cau.

Les deux premiers chapitres se mettent lentement en place et la temporalité est très complexe, faisant des incursions dans l'Histoire, qui sert la phrase en exergue : "en oubliant le passé, on se condamne à le revivre". Cependant, ce livre est passionnant de part son intrigue policière bien ficelée et surtout par sa dimension historique et la force de la dénonciation. Un roman remarquable qui lutte aussi contre l'oubli...
 Daeninckx, Meurtres pour mémoire, Bibliothèque Gallimard, 378 p.

Lu dans le cadre du challenge histoire.

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23 novembre 2010

Scoop et Match point de Woody Allen : ISSN 2607-0006

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Les réalisateurs ont un style parfois reconnaissable, allant jusqu'à paraître se répéter parfois. Ce n'est pas le cas de Woody Allen dans Scoop et Match point, deux films tournés en Angleterre, où le style est radicalement différent bien que l'histoire ait, toutes les deux, trait à une intrigue policière bien ficelée.

Dans scoop, on reconnaît un Woody Allen au premier coup d'oeil. Tout d'abord, il y joue un rôle comme dans nombre de ses films. Il s'y met en scène, comme d'habitude, comme un personnage bavard, bégayant, jouant le rôle d'un vieux magicien Splendini, avec des tours de magie désuets. Mais c'est grâce à un de ses tours, qu'une étudiante en journalisme Sondra Pransky voit le fantôme d'un célèbre reporter qui lui révèle un scoop : "le tueur au tarot, meurtrier en série qui sévit dans les bas-fonds de Londres (il s'en prend à une prostituée comme Jack l'éventreur), serait le richissime et aristocratique Peter Lyman. Lorsqu'elle le rencontre, elle tombe forcément sous son charme.

Accompagné de son faux père Splendini, elle enquête dans ce milieu aristocratique que le réalisateur égratigne au passage. Va-t-elle le dénoncer ? ou va-t-elle succomber au prestige de cette aristocratie anglaise ? Entre situations jubilatoires et comiques, créées par la rencontre du vieux magicien Splendini et la haute société anglaise et l'histoire d'amour, Woody Allen exploite des ficelles qui ont fait son succès : un anti-héros - comique malgré lui - avec ses mimiques traditionnelles - et une vision cynique et satirique de l'Angleterre et du milieu journalistique. Un scoop qui vient de l'au-delà ? Peut-on y croire ? Les sources de la presse sont-elles fiables ?
Ce film policier comique, qui s'inscrit dans la lignée des films antérieurs du réalisateur, est vraiment jubilatoire avec ses situations et ses héros décalés, et avec de nombreuses scènes parodiques. A voir, mais aussi à entendre pour ses dialogues très drôles et son rythme enjoué !

Match Point ( bande annonce VF )

En revanche, Match point est un thriller des plus noirs, très sobre et classique dans sa manière d'être filmé bien qu'il y ait comme dans Scoop, intervention de fantômes. Chris Wilton, issu d'un milieu modeste, devient le professeur d'un jeune homme immensément riche, Tom Hewett, fiancé à Nola, une jeune actrice dont la carrière ne décolle pas. Il rencontre aussi Chloé, soeur de Tom, à qui il fait une cour appuyée, envisageant une possible ascension sociale. Entre la passion et le mariage de raison, Tom hésite, mais le confort matériel, la réussite sociale l'attirent irrésistiblement. Devenu l'amant de Nola, il ne sait pas comment faire pour la quitter, surtout que cette dernière exige qu'il quitte Chloé. Chris, va-t-il sacrifier sa belle situation par amour pour Nola ?

Woody Allen y met en scène un jeune premier arriviste, sans morale, prêt à tout pour réussir : quelle va être l'issue de ce dilemme ? Amour ou confort matériel ? Pour notre héros, désabusé et cynique, le choix est vite fait. Ce film pose la éternelle question  : la fin justifie-t-elle les moyens ? Une tension irréprochablement mis en scène, vous tiendra en haleine, jusqu'à la dernière image. Passion, jalousie, remords, culpabilité, conception du bonheur, tous ces thèmes se bousculent dans Match point. Film ammoral, où on reconnaît tout de même la touche de Woody Allen avec une scène hallucinatoire, où le héros se lavant le visage dans un moment d'angoisse nocturne, rongé par le remord, tel Lady Macbeth, il voit le fantôme d'un mort. Ce film s'impose par ses images épurées, par une intrigue irréprochable : un film cynique, terrifiant mais aussi élégant.

Scoop, Woody Allen, avec ScarlettJohansson, Hugh Jackman, Woody Allen et Ian Mcshane.
Match point, Woody Allen, 2005, avec Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers.

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18 novembre 2010

Marie-Antoinette de Zweig : ISSN 2607-0006

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"De l'amusement, encore et toujours"

Portrait d'une femme et portrait d'une reine, en une vingtaine de chapitres, Zweig (biographie sur le site Larousse) aborde les grands et petits événements qui ont jalonné la vie de celle qui fut la plus adulée et la plus haïe des reines de France : Marie Antoinette. Portrait aussi d'une fille frivole, évaporée, les qualificatifs ne varient pas beaucoup pour la désigner : mais si ce sujet est longuement développé, c'est qu'il prend des proportions très importantes tout au long de sa vie comme l'attestent les lettres de Marie Thérèse d'Autriche témoignant de l'incapacité de sa fille à réfléchir sur des sujets qui l'ennuient.

A partir de ce portrait, se dresse aussi celui de La du Barry, celui antithétique du roi Louis XVI, du cardinal de Rouen qui joua un rôle important dans l'affaire du collier. Rien n'est pas passé sous silence, pas même les ridicules questions d'étiquettes, le jour du mariage de M.A, ni les problèmes physiologiques de son mari, ni sa liaison avec Fersen. Des anecdotes sur Le barbier de Séville de Beaumarchais - Jouera-t-on ou ne jouera-t-on pas cette pièce qui se moque de l'aristocratie ? - sur la construction du Trianon, sur l'affaire du collier - deux chapitres - permettent de mieux appréhender le contexte dans lequel vit cette reine " rococo" : c'est le siècle de toutes les grandeurs, les fastes, les bals mais aussi celui de la décadence, où de vulgaires escrocs utilisent la signature de la reine à des fins matérielles, où le peuple meurt de faim pendant qu'on danse dans la galerie des glaces...

Peut-on considérer cet ouvrage comme un travail d'historien ? Zweig a fait un travail scrupuleux de recherche mais l'Histoire porte les traces d'une vision psychanalytique. Là où les témoignages sont lacunaires, les zones d'ombre sont restées dans l'ombre comme pour l'affaire de l'œillet ou le témoignage douteux du Dauphin lors du procès de la reine. L'auteur cherche à porter un regard juste sur le destin de Marie Antoinette mais on sent percer son admiration. Dans la note qui suit, il parle des faux du baron Feuillet de Conche, véritable histoire romanesque : Marie Antoinette écrivait peu, la correspondance manuscrite nombreuse est l'affaire d'un habile faussaire.  Feuillet de Conche, spécialiste des manuscrits de la reine, les aurait fabriqués ! Donc, il a écarté les témoignages douteux du bourreau, ou des témoins oculaires tels que la couturière, la femme de chambre, qui ont métamorphosé leurs souvenirs...

D'ailleurs, souvent la plume paraît plus celle d'un écrivain que celle d'un historien. Zweig relate avec vivacité et force dramatisation de nombreux épisodes, notamment l'apparition de Mirabeau, présenté comme un géant tonnant, charismatique, qui est digne d'un roman de Dumas ou de Hugo. De même, Fersen présente des caractéristiques de héros et notre auteur de louer les larges épaules de Fersen, sa beauté nordique ! Ainsi la vivacité du récit tient à l'accumulation d'anecdotes racontées avec brio. Lecteurs, vous serez irrémédiablement entraînés sur les pas de la reine de France, dans le tourbillon de de la Révolution et dans le fracas de la rencontre entre l'Ancien Régime et la jeune République, grâce à un ton simple et une écriture fluide. Lecteurs, si vous avez envie de découvrir d'une manière agréable la vie de Marie Antoinette, alors lisez cette biographie enthousiasmante. Même si les historiens semblent la dédaigner, c'est un ouvrage fort précis et tout à fait captivant, où on reconnaît bien la plume du romancier qu'est Zweig : une biographie vive, dramatique, parfois romanesque où le destin d'une femme rejoint celui de tout un peuple.

Zweig,  Marie-Antoinette, Livre de poche, 489 p.
Lu dans le cadre du challenge Histoire.

et dans le cadre du challenge (auto)biographie de bleue et violette.

Posté par maggie 76 à 06:39 - - Commentaires [28] - Permalien [#]

13 novembre 2010

Valse avec Bachir de Ari Folman

Bande-annonce du film israélien "Valse avec Bachir"

A un moment de l'Histoire contemporaine où le devoir de mémoire est devenu obsessionnel, Ari Folman a décidé de faire un travail mémoriel d'un point de vue personnel : il choisit la forme du docu-fiction pour raconter un événement personnel traumatisant qui rejoint l'histoire de son pays.

Valse avec Bachir est un film d'animation qui cumule une dizaine de témoignages de soldats de la guerre israëlo-palestinienne. Au départ, Ari Folman s'aperçoit qu'il a oublié tout souvenir de la guerre du Liban, vingt ans plus tard. il décide donc de rencontrer ses anciens camarades ayant aussi fait la guerre. Chacun d'entre eux lui raconte leur souvenir de mai 1982 remontant peu à peu aux exactions dans les camps de Sabra et Chatila... Boaz et les chiens enragés, Frenkel et sa valse, chacun cherche à raviver les souvenirs occultés par le traumatisme de ce qu'ils ont vécu. Pourquoi n'a-t-il aucun souvenir de cette guerre ? Quelle est la signification du rêve récurrent qui l'obsède depuis la fin de cette guerre ?

Tout d'abord, ce documentaire est extrêmement original puisqu'il utilise le genre de l'animation. Déformation de l'Histoire ?  Des séquences extrêmement réalistes, sont juxtaposées à des scènes hallucinatoires exprimant les rêves et les peurs des soldats, dans cette guerre, qui les dépassent, et les images d'animation permettent de montrer une vision de la guerre à travers la subjectivité des témoins. Comment lutter contre l'horreur ? L'ennemi n'est jamais visible car ce film antimilitariste est une critique de toute guerre. La guerre est montrée dans toute son absurdité. En outre, le réalisateur pose les jalons d'une réflexion sur le travail de la mémoire. Rendant visite à un ami psychologue, ce dernier lui explique ce qu'est la mémoire vivante, pourquoi celle-ci est lacunaire : sur 10 photos d'enfance qu'on montre à un personne, si une photo est truquée, la personne pensera quand même se rappeler de cet événement : on réécrit les souvenirs car la mémoire se reconstruit avec des éléments fictifs. A la frontière du film de guerre et de l'autobiographie, Ari Folman arrive avec beaucoup de dynamisme et subtilité a condamner la guerre. Le film se clôt sur des images d'archive de la destruction des camps de Sabra et Chatila, montrant l'horreur de la guerre dans toute sa vérité... Un film à voir !

Valse avec Bachir de Ari Folman, sortie en 2008, 1h27, film franco-israëlo-allemand.

Le billet de Jade.

Posté par maggie 76 à 19:31 - - Commentaires [16] - Permalien [#]