07 juin 2010

Un ange à ma table de Jane Campion : ISSN 2607-0006

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L'univers de Jane Campion est vraiment très singulier. La femme et son émancipation semblent être l'une des constantes de son oeuvre. Avant Fanny Brawne de Brigth Star et Ada de La leçon de piano, elle s'est attachée à montrer la vie de Janet Frame, une romancière néo-zélandaise. Elle raconte, en trois temps - "To the Island", "An Angel at my table", "The envoy from the miror" -  la vie atypique de cet écrivain timide et sensible. Née dans une famille nombreuse et pauvre, elle développe très tôt le goût de la littérature et devient institutrice. Choquée par le décès de deux de ses soeurs par noyade, diagnostiquée schizophrène, elle sera internée pendant 8 ans dans un hôpital psychiatrique, avant d'appendre par hasard qu'elle n'est pas malade. Elle ne cessera jamais d'écrire et son oeuvre sera couronnée de plusieurs récompenses.

La caméra de Jane Campion suit cette femme au destin malheureux mais atypique : elle nous permet de découvrir le regard étrange que cette femme pose sur le monde. La perfection formelle est présente à travers les magnifiques paysages, une belle bande-son, les couleurs harmonieuses et les extraits de poèmes de Janet Frame. Avec sensibilité, la réalisatrice nous dévoile l'univers d'une femme malmenée par le monde mais qui trouve un refuge dans l'écriture. Un ange à ma table reste un magnifique film, entre violence et beauté, qui rend hommage à une femme au destin difficile : sa solitude est émouvante et son passage dans un asile psychiatrique effrayant... Jane Campion arrive à nous faire entendre la voix intérieure de cette romancière solitaire et comprendre sa sensibilité même si ce film m'a beaucoup moins émue que le sensualisme mis en oeuvre dans La leçon de piano ou que la perfection formelle du destin fatal de Fanny Brawne... 

Autre film : Brigth star

AN ANGEL AT MY TABLE TRAILER

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05 juin 2010

Testament à l'anglaise de Jonathan Coe : ISSN 2607-0006

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Lorsque l'on ne connaît pas l'oeuvre d'un auteur, on s'interroge avant d'ouvrir la première page, sur l'histoire qu'il va nous raconter, sur son écriture... Dans quel genre d'atmosphère va-t-il nous emmener ? Et parfois, on découvre des livres extrêmement drôles, attachants et étranges, comme Testament à l'anglais, qui est une oeuvre foisonnante et caustique.

Sous couvert d'écrire la fresque d'une famille anglaise, les Winshaw, c'est toute la société contemporaine qui est dénoncée. Jonathan Coe critique le pouvoir néfaste d'une élite abusant de son argent et de son pouvoir. Les pages qui dénoncent l'élevage intensif de Dorothy, l'une des filles de la famille Winshaw, sont insoutenables de cruauté et d'horreur mais se terminent par une pirouette : le mari de Dorothy, George, se suicide, ne supportant plus cette femme sans coeur, massacrant ses bêtes. Le mot de la fin est ce titre d'un entrefilet dans un journal : "un fermier pervers se donne la mort par amour pour un veau !". Henry, homme politique, commente la politique comme une "mascarade", "une farce sinistre". Les situations loufoques se succèdent, notamment, dans les réponses sibyllines de Henry lors d'une interview : ..."Et ainsi, en consultant la transcription de ce débat, j'ai découvert que lorsque le docteur Gillam a soulevé la question d'une restriction délibérée des subventions pour préparer le terrain de la privatisation, la réponse de Winshaw a été : "17 000 000 en cinq ans 12, 3 % du PNB 4 % de plus que la CEE 35 % supérieur à l'URSS 34 000 MG pour chaqueHAS x 19,24 en termes réels 9,586 pour chaque FHSA rectifications saisonnières à 12 900 000 + 54,67 a 19 % incl TVA s'élevant à 57 % dépendant de l'IPR par le IHSM l 4,52 la Sécurité sociale est entre de bonnes mains avec nous"" ! La satire de la politique est féroce et atteint même la politique contemporaine avec un très long chapitre consacré à la guerre du Moyen Orient...

Des excentriques, des excentriques et encore des excentriques ! Chaque chapitre est consacré à un personnage différent mais le rôle de Michael est bien plus important et récurrent : fantasque et vivant depuis des années coupé du monde à cause d'un film qui l'a traumatisé, il a ainsi commencé à écrire la saga des Winshaw :  "Par une curieuse ironie cette même Tabitha Winshaw, aujourd'hui âgée de quatre-vingt-un ans et pas plus saine d'esprit qu'elle ne l'a été durant les quarante cinq dernières années, se trouve être, amis lecteurs, le mécène, du livre que vous tenez en main." Tabitha, considérée comme une vieille folle perd son frère préféré dans la tourmente de la guerre en 1940 : elle croit aussitôt à un meurtre. Sa folie meurtrière est plutôt risible et tendrait à nous faire accroire à sa folie : " Parmi les instruments dont sa violence se munit pour attaquer Lawrence, on compta des chandeliers, des parapluies de golf, des couteaux à beurre, des lames de rasoir, des cravaches, un luffa, un mashie, un niblick, une trompe de guerre afghane d'un considérable intérêt archéologique, un pot de chambre et un bazzoka". 6 pages plus loin et 19 ans plus tard, le manoir des Winshaw est le théâtre d'un deuxième meurtre. Tabitha est internée mais décide de faire écrire l'histoire de sa famille. Lawrence, son frère, a-t-il été capable de commanditer le meurtre de son frère Geoffroy ?

Cette galerie haute en couleurs, avec des personnages aussi farfelus les uns que les autres, permet à Jonathan Coe de débusquer les travers d'une élite dirigeante où un galeriste choisit les tableaux en fonction du minois des jeunes artistes, un monde où tout s'achète... Tous les sujets, finance, politique, le milieu de l'édition, celui de la télévision anglaise passent au crible de l'humour de Coe. Quel talent ! Lecteurs, on croit entrer de plain-pied dans un polar mais qui s'est révélé être une satire du pouvoir et de la classe dirigeante. Ce serait gâcher votre plaisir de lecture que de vous emmener dans de nouvelles et longues citations et remarques, découvrez plutôt l'atmosphère caustique de ce livre en  l'ouvrant...  Testament à l'anglaise est une histoire longue, complexe, foisonnante, qui mêle histoire et fiction,  destin individuel, celui de Michael et la vie sous l'Angleterre du XXeme siècle. Où commence la fiction ? Où prend fin la réalité ? Jonathan Coe brouille les pistes créant un livre assurément original et polémique.

La fin du roman est entièrement constituée de rebondissements, suivie d'une note de l'auteur encore plus surprenante. Article de journaux, extraits de journal intime, récit à la première personne, la narration dynamique nous décrit à la fois les tribulations de l'écriture d'un manuscrit et la rocambolesque aventure d'un anti-héros qui va même être filé par une 2 CV... Ce roman est remarquablement étrange, plein d'humour et imprégné de références cinématographiques et littéraires.  L'illusion baroque n'est jamais loin de ce livre déconcertant et certes inclassable.

Jonathan Coe, Testament à l'anglaise, Folio, 677 p.

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03 juin 2010

Catalène Roca de Jean François Delapré : ISSN 2607-0006

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22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire ?
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J’ai bien reçu ton petit paquet et tu n’avais pas menti, puisque j’ai lu le livre de (… ça commence bien, j’ai oublié son nom et je n’ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l’eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes – ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n’est pas crédible (pour quelqu’un qui voulait éviter les digressions j’ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s’immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d’environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m’est très sympathique, puisqu’il s’agit d’un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s’attardant sur une coïncidence amusante, puisque c’est l’auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t’est adressé à l’origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t’évoque la première nouvelle car le libraire en question m’a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m’explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l’eau de rose ? On trouve d’excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j’aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l’auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s’agit-il du roman qu’elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l’intérêt qu’il prend à gérer sa clientèle, j’ai découvert avec horreur qu’il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d’argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d’Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d’un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!! 
Maggie

 

 

30/05/2010

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement, Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

Catalène Roca, suivi de l'homme au manteau de pluie, de J. F. Delapré, Table Ronde, 35 p.

Merci à BOB et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture en duo qui s'est révélée fort amusante et vraiment divertissante ! Merci Lou d'avoir partagé cette lecture avec moi, merci pour ton humour  !

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26 mai 2010

Le treizième conte de Diane Setterfield : ISSN 2607-0006

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 Margaret travaille dans le magasin de livres rares et anciens de son père et a écrit une biographie sur les frères Goncourt. Un jour, elle reçoit une étrange lettre qui provient d'une romancière de best-sellers, entourée de mystère : Vida Winter a inventé plus de 32 versions différentes de sa vie... Malade et âgée, elle a enfin décidé de dévoiler son histoire sans mensonge. Mais dit-elle réellement la vérité ? Commence pour Magaret une enquête sur la véritable vie de Vida, qui commence d'ailleurs par un un autre mystère : elle a publié un recueil de 13 contes qui n'en contient que douze. Quel est ce treizième conte ?

Margaret entretient une relation passionnée avec les livres et on prend plaisir à déambuler dans le magasin de livres qu'elle tient avec son père. Plus proche des romans du XIXeme siècle que des personnes qui l'entourent, elle avoue que "les mots ont un étrange pouvoir. Entre les mains expertes, manipulées avec adresse, ils vous retiennent prisonniers". 

Quant à l'histoire, elle contient de nombreux rebondissements comme dans Les hauts de Hurlevent ou Jane Eyre. Chaque personnage cache un secret. Quel est celui de Vida Winter ? Au fil de la narration de la vieille dame, la jeune fille enquête, hantée par ses propres fantômes et bientôt par ceux de la romancière. Dit-elle la vérité ? Est-ce que le manoir dans lequel elle dit avoir grandi existe véritablement ? Qu'est devenu son oncle Charles disparu soudainement ? Connaîtra-t-elle la clé du mystère du treizième conte ? Alternant différents récits et narrateurs, le mystère s'épaissit... Des ruines, la folie des personnages, des fantômes, des enfants perdues, des disparitions soudaines, un incendie, l'allusion aux romans La dame en blanc de Wilkie Collins ou Jane Eyre des soeurs Brontë, rendent hautement britannique cette histoire mystérieuse. Un récit captivant de la première à la dernière page...

Le treizième conte de Diane Setterfield, Pocket, 526 p.

Livre voyageur de Mango que je remercie ! Son avis ici. D'autres avis : Lilly, Clarabel, Fashion, Lou., Titine.Choupynette,...

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25 mai 2010

Into the wild adapté par Sean Penn : ISSN 2607-0006

SEAN PENN PENS INTO THE WILD

Chris MCandless a renoncé à tout, une fois son diplôme en poche, à un avenir tout tracé à Havard, à une tranquillité bourgeoise, à une vie de confort. Il arpente la terre en fuyant cette société "empoisonnée". "Voyageur esthète", après deux ans sur les routes et de multiples rencontres, il arrive dans l'immensité de l'Alaska, en 1992, il découvre une nature hostile mais sublime. C'est un retour à la nature dans ce qu'elle a de plus beau, de plus sauvage, le grand nord comme dans les roman de Jack London.

Le film oppose, par des retours en arrière, son ancienne vie conventionnelle, avec la remise de diplôme notamment, à sa vie solitaire dans l'immensité de la nature, sans loi. Symboliquement, c'est la société consumériste américaine qu'il fustige, en refusant une voiture neuve alors qu'il en possède déjà une en bon état, puis en l'abandonnant sans regret et en brûlant ses derniers dollars. Il note d'ailleurs que "l'argent et le pouvoir sont une illusion". Dans cette quête idéale de liberté absolue, c'est le matérialiste  de toute une société qui est condamné. S'appuyant sur des extraits du journal intime de Chris et  des citations de ses auteurs préférés, Sean Penn retrace un émouvant portrait et un magnifique road movie, en filmant une nature époustouflante de beauté. Sean Penn a magistralement adapté le roman de Krakauer, retraçant la vie réelle et tragique de Chris MacCandless... Cependant, la fin du film semble bien lisse par rapport aux questions posées par le roman de Krakauer qui est beaucoup plus polémique : quel lien entretiennent les américains avec la nature ? Quels sont les réelles motivations de Chris ? A-t-il été négligent ? ... Un film à voir pour sa beauté tragique...

L'avis de Titine qui m'a donné envie de voir ce film...

Challenge lunettes noires sur plage blanche de Happy Few.

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24 mai 2010

Into the wild de Krakauer : ISSN 2607-0006

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" Toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Cristopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. En 1990, une fois son diplôme  universitaire en poche, il offre ses économies à une association caritative et part sans un adieu vers son destin. Celui-ci s'achèvera tragiquement au coeur des forêts de l'Alaska...

Jon Krakauer évoque aussi à travers cette échappée belle ceux qui, un jour, ont cherché à quitter la civilisation et à dépasser leurs limites. Magistralement porté à l'écran par Sean Penn, Into the wild s'inscrit dans la grande tradition des road movie tragique et lumineux, une histoire aux échos universels".

" Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. Je voulais l'excitation et le danger, et le risque de me sacrifier pour mon amour. Je sentais en moi une énergie surabondante qui ne trouvait aucun exutoire dans notre vie tranquille", Le bonheur conjugal de Léon Tolstoï ( p. 33)

Journaliste, Krakauer retrace les déplacements du jeune homme en s'appuyant sur des témoignages, des lettres envoyées à des gens rencontrés sur la route et des extraits du journal intime écrit à la troisième personne. Dans de nombreux chapitres, le travail fouillé du journaliste permet de suivre le périple de Chris : une enquête à rebours, de la mort de Chris à ses diverses rencontres. Pour lui, il ressemble à Dedalus, personnage de Joyce : "Il était seul, méconnu, heureux, jeune, obstiné, libre, seul dans un désert chargé d'air vif et d'eau saumâtre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumière gris pâle du soleil". Jeune homme intransigeant et sensible, généreux et travailleur, il ne semble pas être un désaxé, comme le sous-entendait beaucoup de personnes, mais un homme en quête d'idéal, à la quête de soi.

Lors de la publication d'un article de Krakauer dans Outside, lorsque le corps de McCandless a été retrouvé en 1992, les gens ont réagi négativement à la mort de ce jeune homme qu'on considéra comme un écervelé, un farfelu, un ingrat qui faisait souffrir inutilement sa famille par son décès dû à ses négligences. Krakauer entreprend de rechercher les causes de la mort et évoque la vie de différentes personnes idéalistes ayant quitté la société de consommation. Est-il un jeune homme orgueilleux qui est allé au-delà de ses limite ? A-t-il fait preuve de légèreté en allant vivre dans l'Alaska sans carte et sans boussole ? Quel est le rôle de ses parents dans son départ brusque, dans ce renoncement à la civilisation ?

Into the wild retrace un magnifique portrait, reposant sur de nombreux documents, dans la lignée des personnages d'un London ou d'un Tolstoï, un plaidoyer pour les esthètes de la nature sublime, nature superbement décrite à travers des extraits littéraires, s'inscrivant dans une histoire de la société américaine.

Into the wild de Krakauer, 10/18, domaine étranger, 285 p.

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23 mai 2010

A mon coeur défendant de Thibaut de Saint Pol : ISSN 2607-0006

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A mon coeur défendant est l'histoire de trois destins croisés : En 1940, à Paris, les Allemands sont aux portes de Paris. Madeleine est une jeune fille de 24 ans, travaillant au Quai d'Orsay, qui est chargée d'une mission très importante et secrète : protéger et amener en lieu sûr le traité de Versailles qui a humilié l'Allemagne. Madeleine raconte sa fuite à travers le pays. Dans son journal, Henrich, un officier de la Wehrmarcht, poursuit la jeune fille pour récupérer le fameux dossier. En 2003, Théo, un allemand, un professeur d'histoire, retrouve des papiers dans le bureau de son grand-père. Mais qui est-il ? Pourquoi toute sa famille refuse de parler de lui ? Il retrouve la trace d'une femme, vivant dans le sud de la France, liée à Henrich, son grand-père, qui accepte de lui parler.

Croisant les genres littéraires et des personnages, l'originalité du fond historique connu est de montrer des points de vue opposés sur  les mêmes événements. Tandis que Madeleine vit dans la peur et le chaos, et la honte d'une France qui tombe comme un "château de cartes", Henrich agit, sûr de lui et de la bonne cause de sa mission. Un roman historique passionnant, très rythmée, qui nous emmène de Paris à Toulon. Madeleine réussira-t-elle à sauver le Traité ? Théo connaîtra-t-il enfin la vérité sur ce grand-père qu'il n'a pas connu ?

Lecteurs, vous trouverez parfois que les sentiments des personnage assez lisses manquent un peu de profondeur, de nuances ou de complexité, que l'histoire d'amour entre les deux personnages use de topos mais la narration est originale et très bien menée et on ressort charmé de ce livre. Un récit haletant, une écriture fluide entretenant le suspense et un dernier retournement de situation font de ce roman une lecture agréable et ambiguë.

Merci Alice de m'avoir fait partager cette lecture.

Thibaut de sain Pol, A mon coeur défendant, Plon, p. 204.

 

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19 mai 2010

Lambeaux de Charles Juliet : ISSN 2607-0006

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Charles Juliet met à nu son coeur dans Lambeaux. Ce sont des lambeaux de son coeur mais aussi celui de sa mère qu'il expose dans ce récit autobiographique original. Adressée comme une lettre à sa mère, employant le tutoiement pour s'adresser à celle qu'il n'a jamais connue, Charles Juliet  lui donne la parole, livre les pensées d'une femme courageuse, à la destinée malheureuse. Il fait exister les idées, les souffrances de cette femme, qui est écartelée entre ses origines paysannes et son amour des livres qu'elle ne pourra pas assouvir...
Comme un cri de douleur, il fait ensuite parler son moi enfant, puis adolescent, qui considère la vie comme une "fissure". Un nouveau portrait de femme se dessine dans son enfance, celui de sa mère adoptive.

Cette biographie sombre, très sombre, rend hommage à deux femmes. La célébration de ces femmes se double d'une célébration de la nature, très délicate et poétique : "En haut de la fenêtre, sur la pellicule de glace qui couvre les vitres, tut te plais à voir briller ces fine paillettes or qu'avivent les dernières étoiles. Tu rêves, songes à ce que sera ta vie, cherches à imaginer ce monde dont tu souffre de ne rien savoir" ou " ce dimanche de ciel clair. Cette lumière pâle, veloutée, et tous ces ocres, ces bruns, ces rouges, ces oranges et ces mauves épandus sur les arbres. Mais la mélancolique beauté de cette campagne ajoute à ta souffrance". A la beauté des lieux et de la vie intérieure, s'opposent la jalousie et la mesquinerie des ignorants et la brutalité du destin. Mais comme toute autobiographie d'écrivain, l'auteur aborde sa naissance à l'écriture, qui est comme une renaissance ouvrant une page d'espoir. Un autobiographie sombre et poétique qui donne la parole aux oubliés de la vie...

"Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohortes des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir pas été aimés

ceux et celle qui crèvent de se mépriser et de se haïr

ceux et celle qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés et pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse".

Autobiographie lue dans le cadre du challenge de Bev.
Lambeaux, Charles Juliet, Folioplus classiques, 113 p.

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17 mai 2010

Dickens, Barbe à papa de Philippe Delerm : ISSN 2607-0006

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Jouant sur la métaphore "dévorer des livres", Philippe Delerm alterne descriptions ou anecdotes de souvenirs culinaires et de souvenirs de lectures. De même que la madeleine proustienne ressuscite toute l'enfance du narrateur, l'auteur développe dans ce court récit, des aliments qu'il associe à différents auteurs. Voici un exemple, intitulé "La lecture et l'anorexie " (p. 49):

"La chartreuse de Parme, Le Vicomte de Bragelonne, Monsieur de Camors, Le vicaire de Wakefield, La chronique de Charles IX, La terre, Lorenzaccio, Les Misérables... Voici quelques-uns des aliments dont se nourrit Juliette, la soeur aux longs cheveux de Colette. C'est un textes étrange qu'à écrit l'auteur de lLa maison de Claudine. Comme si parmi les sources vives de l'enfance, la fraîcheur de l'aube donnée en récompense, la sensualité des sources, des glycines, de l'abricot mûri sur l'espalier, il fallait qu'il y eût aussi un un lieu clos, une prison de fièvre. La chambre de Juliette. "J'avais douze ans, le langage et la manière d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était pas garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout deux longues tresses". Ainsi se définit Colette sur le seuil de cette chambre à la fois familière et lointaine. cette phrase n'est pas sans équivoque. L'auteur y revendique d'emblée virilité et féminité mêlées. A l'âge où il faut choisir, elle aime trop la vie pour séparer. Si le début de la phrase marque sa singularité de sauvageonne, la fin, par chevelure longue interposée, fait de Juliette un double.

Qu'est-ce que Juliette ? Une enveloppe terrestre féminine qui se consume dans les livres jusqu'à la folie. Elle ne dort plus, ne mange plus, laisse refroidir indéfiniment la tasse de chocolat que Sido lui a préparé. A la fin, elle passe de l'autre côté du miroir, confond ses proches avec ses auteurs préférés qui viennent lui rendre visite dans son délire. comment ne pas penser que la jeune Sidonie Gabrielle Colette a dû être horrifiée autant qu'attirée par cette chambre absolue de lecture où Juliette s'est enfermée ? On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. Colette l'a connu de trop près pour ne pas se sentir tentée. Une force en elle a donné sa réponse. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres."

Entre deux réminiscences d'instants de vie liées à la gastronomie, Delerm parle du style de Flaubert, dans L'éducation sentimentale, du travail du poète Carl Spitzweg, raconte des anecdotes sur Proust ou Dickens, fait aussi l'éloge d'Alain de Bottom. Si les textes ne présentent pas une égalité de qualité ou d'intérêt, selon les auteurs évoqués, Philippe Delerm arrive à nous faire partager ses plaisirs livresques et à faire ressurgir en nous, nos propres souvenirs d'enfance, que ce soit l'amour de la barbe à papa ou l'amour de Dickens...

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-Grand jeu-concours Maigret : ISSN 2607-0006

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Voici un deuxième quizz : parce que j'ai lu et aimé Frankenstein de Mary Shelley,  j'ai décidé de mettre à l'honneur cette romancière et de faire gagner un exemplaire neuf de ce livre.
Vous devez répondre aux questions suivantes :
1) Ce roman a été écrit lors d'un jeu littéraire, lancé par un ami écrivain de Mary Shelley. Quel est son nom ?
2) Citez le nom de deux réalisateurs qui ont adapté cette oeuvre.
3) Citez un autre roman écrit par Shelley.

Même sans avoir lu le roman, vous pouvez répondre à ces questions !

Envoyez vos réponse par "le contact auteur", en haut, à droite.
Un tirage au sort aura lieu dimanche 16 mai.
Amusez-vous bien !

*************

Edit du 16/05/2010 - Les réponses étaient : 1) Lord Byron

2) James Whale et K. Branaght (pour les plus célèbres)

3) par exemple, Le dernier homme

Le tirage a désigné Claudia comme la gagnante du livre Frankenstein (inscrire l'adresse dans contact pour l'envoi du colis).

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Sur le site de Lou, vous pouvez gagner un livre en répondant à la question suivante :

Que font les gentlemen présents sur la photo ?

962860365

 

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