19 mai 2010

Lambeaux de Charles Juliet : ISSN 2607-0006

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Charles Juliet met à nu son coeur dans Lambeaux. Ce sont des lambeaux de son coeur mais aussi celui de sa mère qu'il expose dans ce récit autobiographique original. Adressée comme une lettre à sa mère, employant le tutoiement pour s'adresser à celle qu'il n'a jamais connue, Charles Juliet  lui donne la parole, livre les pensées d'une femme courageuse, à la destinée malheureuse. Il fait exister les idées, les souffrances de cette femme, qui est écartelée entre ses origines paysannes et son amour des livres qu'elle ne pourra pas assouvir...
Comme un cri de douleur, il fait ensuite parler son moi enfant, puis adolescent, qui considère la vie comme une "fissure". Un nouveau portrait de femme se dessine dans son enfance, celui de sa mère adoptive.

Cette biographie sombre, très sombre, rend hommage à deux femmes. La célébration de ces femmes se double d'une célébration de la nature, très délicate et poétique : "En haut de la fenêtre, sur la pellicule de glace qui couvre les vitres, tut te plais à voir briller ces fine paillettes or qu'avivent les dernières étoiles. Tu rêves, songes à ce que sera ta vie, cherches à imaginer ce monde dont tu souffre de ne rien savoir" ou " ce dimanche de ciel clair. Cette lumière pâle, veloutée, et tous ces ocres, ces bruns, ces rouges, ces oranges et ces mauves épandus sur les arbres. Mais la mélancolique beauté de cette campagne ajoute à ta souffrance". A la beauté des lieux et de la vie intérieure, s'opposent la jalousie et la mesquinerie des ignorants et la brutalité du destin. Mais comme toute autobiographie d'écrivain, l'auteur aborde sa naissance à l'écriture, qui est comme une renaissance ouvrant une page d'espoir. Un autobiographie sombre et poétique qui donne la parole aux oubliés de la vie...

"Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohortes des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir pas été aimés

ceux et celle qui crèvent de se mépriser et de se haïr

ceux et celle qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés et pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse".

Autobiographie lue dans le cadre du challenge de Bev.
Lambeaux, Charles Juliet, Folioplus classiques, 113 p.

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17 mai 2010

Dickens, Barbe à papa de Philippe Delerm : ISSN 2607-0006

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Jouant sur la métaphore "dévorer des livres", Philippe Delerm alterne descriptions ou anecdotes de souvenirs culinaires et de souvenirs de lectures. De même que la madeleine proustienne ressuscite toute l'enfance du narrateur, l'auteur développe dans ce court récit, des aliments qu'il associe à différents auteurs. Voici un exemple, intitulé "La lecture et l'anorexie " (p. 49):

"La chartreuse de Parme, Le Vicomte de Bragelonne, Monsieur de Camors, Le vicaire de Wakefield, La chronique de Charles IX, La terre, Lorenzaccio, Les Misérables... Voici quelques-uns des aliments dont se nourrit Juliette, la soeur aux longs cheveux de Colette. C'est un textes étrange qu'à écrit l'auteur de lLa maison de Claudine. Comme si parmi les sources vives de l'enfance, la fraîcheur de l'aube donnée en récompense, la sensualité des sources, des glycines, de l'abricot mûri sur l'espalier, il fallait qu'il y eût aussi un un lieu clos, une prison de fièvre. La chambre de Juliette. "J'avais douze ans, le langage et la manière d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était pas garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout deux longues tresses". Ainsi se définit Colette sur le seuil de cette chambre à la fois familière et lointaine. cette phrase n'est pas sans équivoque. L'auteur y revendique d'emblée virilité et féminité mêlées. A l'âge où il faut choisir, elle aime trop la vie pour séparer. Si le début de la phrase marque sa singularité de sauvageonne, la fin, par chevelure longue interposée, fait de Juliette un double.

Qu'est-ce que Juliette ? Une enveloppe terrestre féminine qui se consume dans les livres jusqu'à la folie. Elle ne dort plus, ne mange plus, laisse refroidir indéfiniment la tasse de chocolat que Sido lui a préparé. A la fin, elle passe de l'autre côté du miroir, confond ses proches avec ses auteurs préférés qui viennent lui rendre visite dans son délire. comment ne pas penser que la jeune Sidonie Gabrielle Colette a dû être horrifiée autant qu'attirée par cette chambre absolue de lecture où Juliette s'est enfermée ? On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. Colette l'a connu de trop près pour ne pas se sentir tentée. Une force en elle a donné sa réponse. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres."

Entre deux réminiscences d'instants de vie liées à la gastronomie, Delerm parle du style de Flaubert, dans L'éducation sentimentale, du travail du poète Carl Spitzweg, raconte des anecdotes sur Proust ou Dickens, fait aussi l'éloge d'Alain de Bottom. Si les textes ne présentent pas une égalité de qualité ou d'intérêt, selon les auteurs évoqués, Philippe Delerm arrive à nous faire partager ses plaisirs livresques et à faire ressurgir en nous, nos propres souvenirs d'enfance, que ce soit l'amour de la barbe à papa ou l'amour de Dickens...

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-Grand jeu-concours Maigret : ISSN 2607-0006

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Voici un deuxième quizz : parce que j'ai lu et aimé Frankenstein de Mary Shelley,  j'ai décidé de mettre à l'honneur cette romancière et de faire gagner un exemplaire neuf de ce livre.
Vous devez répondre aux questions suivantes :
1) Ce roman a été écrit lors d'un jeu littéraire, lancé par un ami écrivain de Mary Shelley. Quel est son nom ?
2) Citez le nom de deux réalisateurs qui ont adapté cette oeuvre.
3) Citez un autre roman écrit par Shelley.

Même sans avoir lu le roman, vous pouvez répondre à ces questions !

Envoyez vos réponse par "le contact auteur", en haut, à droite.
Un tirage au sort aura lieu dimanche 16 mai.
Amusez-vous bien !

*************

Edit du 16/05/2010 - Les réponses étaient : 1) Lord Byron

2) James Whale et K. Branaght (pour les plus célèbres)

3) par exemple, Le dernier homme

Le tirage a désigné Claudia comme la gagnante du livre Frankenstein (inscrire l'adresse dans contact pour l'envoi du colis).

******************

Sur le site de Lou, vous pouvez gagner un livre en répondant à la question suivante :

Que font les gentlemen présents sur la photo ?

962860365

 

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16 mai 2010

Hémisphères de Tamirace Fakhoury : ISSN 2607-0006

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Hémisphères de Tamirace Fakhoury, Edition Dar An-Nahar, 121 p.

Quatrième de couverture : "La poésie de Tamirace Fakhoury est comme une longue lettre à un amoureux, mais qui situe cet amour dans le feu bruyant du monde, dans la folie des guerres, qui le voue au dépaysement de l'exil au bord de l'abîme et de la perte, sorte de danse de l'extrême mettant en jeu le destin d'une vie, d'une époque, de la mémoire inquiète.

(...)A-topie et utopie d'une résurgence d'un monde d'avant la fêlure constituent bien les axes thématiques dominants de Hémisphères, recueil dont les quatre parties témoignent d'une volonté irréductible de situer le poème dans le contenu fragmentaire d'une géographie de l'errance qui connaît là son étape ultime" (préface de Fabio Scotto).

La vanité

"Je redescends vers l'abîme
Mes doigts touchent le sommeil
Je recule
Les âges s'anéantissent
Ici ou là bas
La vanité est une lutte contre l'étoile
Qui a le pouvoir d'ensorceler
les places désertes et de figer les
mers arides ? Qui a le pouvoir de
transformer l'eau en étoiles filantes et
les maisons en fleurs liquides
?"

" La vanité est une lutte contre l'étoile" : les mots simples et des images "surréalistes"  expriment l'amour, l'attente, et l'absence, proche d'une poésie éluardienne. Les phrases courtes et les mots, qui se répètent comme des leitmotivs, créent une musicalité et signifient la fragmentation d'une identité, dans les quatre parties de ce recueil "hémisphère nord", "hémisphère sud, "planisphères gauches" et "fragments planétaires" où la guerre libanaise et Beyrouth sont évoqués. Les images prennent des raccourcis étonnants comme l'image des " fleurs liquides" ou des "pétales de la fuite" pour renouveler la poésie amoureuse. La femme, ici devient paysage, pays. La mer, le désert, la Méditerranée apparaissent au détour des mots, côtoyant aussi des villes telles que Paris ou l'Italie... Poésie sur l'amour, Hémisphères est aussi un recueil sur le voyage, la quête de l'autre, de soi-même, qui dit l'absence et l'exil.

La course

"Le temps court après l'étang

Et l'étang court après le sommeil

Je cours après la lumière

Et la lumière court après mon amant".

Quelques mots sur l'auteur : Poète libanaise,Tamirace Fakhoury a publié trois recueils de poèmes : Aubades en 1996, Contre-marées, 2000 et Poème absent en 2004. Elle a préparé un doctorat sur le Liban de l'après-guerre, en Allemagne. Elle vit actuellement en Italie.

Dimanche poétique de Celmoon, avec Mango,Emmyne, Armande, Saphoo, la plume et la page, l'or des chambres..

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15 mai 2010

-A single man de Tom Ford : ISSN 2607-0006

 

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"Il y a de la beauté même dans les pires choses".

L'oeil de "photographe" ou du couturier Tom Ford, qui a travaillé pour YSL ou Gucci, filme la journée d'un professeur d'université, dans les années 1960, à Los Angeles. Après la mort de son compagnon, dans un accident de voiture, George Facolner ne supporte plus la vie et traine son désespoir même dans la soirée de son amie Charley, amoureuse de lui.

L'esthétique est irréprochable : élégance et beauté des acteurs (en particulier du talentueux Colin Firth, dont l'interprétation est splendide), décor magnifique et luxueux. La perfection des êtres, la sophistication des acteurs, le raffinement des couleurs sont proche des publicités ou d'images de modes sur papier glacé. Ajoutez à la beauté des images, des touches d'humour, des ralentis esthétiques et des dialogues rares et ambigus.

Mais  A single man n'est pas qu'une succession de belles images, ni l'histoire d'un deuil impossible, ni un film sur l'homosexualité. C'est la solitude des êtres qui semblent relier tous ces personnages. "On naît seul et on mort seul", dit un des étudiants à George. Solitude aussi de l'exubérante Charley (remarquablement interprétée par Julianne Moore), qui depuis son divorce et le départ de son fils, vit seule désœuvrée dans une riche demeure. Solitude de George face à la détresse et au vide qu'a laissé le mort. La perfection de l'image ne fait pas oublier la poignante tristesse des personnages même si ce film n'est pas désespéré car il y a  "de la beauté même dans les pires choses". De la beauté formelle  des séquences naît l'émotion. Un très beau film porté par une belle musique...

Adapté du roman de Christopher Isherwood. Avis de Lou, Cécile

A SINGLE MAN - Bande Annonce Officielle (VF) - Tom Ford / Colin Firth / Julianne Moore

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Les travailleurs de la mer de V. Hugo : ISSN 2607-0006

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Premier roman de l'exil de V. Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF), depuis le 2 décembre 1851, Les travailleurs de la mer est un récit peu romanesque, mais une oeuvre foisonnante, étrange, à la limite de la démesure baroque.

Quatrième de couverture :

" Pour pouvoir reconstruire un nouveau bateau à vapeur après le naufrage de la Durande, il faut sauver la précieuse machine du navire dont le constructeur est mort. Donc qu'un homme seule, matelot, mais aussi forgeron, ait l'audace de risquer plusieurs jours jusqu'aux rochers de Douvres où repose l'épave - et d'affronter la mer. L'homme qui accepterait ce péril serait plus qu'un héros. "Je l'épouserais" dit Déruchette, la nièce de l'armateur. Et parce qu'il s'est épris de la jeune fille, Gilliatt va tenter l'entreprise.
Mais suffit-il d'une idylle pour construire un roman d'amour ? celui-ci en tout cas ne saurait bien finir, car le coeur humain dit Hugo, est une "fatalité intérieure". Les travailleurs de la mer, dont l'action se déroule dans l'archipel de la Manche, sont d'ailleurs aussi bien un roman d'aventures, à l'époque de la machine et de la révolution industrielle, que la fable épique d'un homme seul face aux éléments. Et bien avant de le faire paraître en 1866, Hugo n'avait pas sans raison choisi de l'intituler L'Abîme.

"Se faire servir par l'obstacle est un grand pas vers le triomphe" :

Cette quatrième de couverture annonce le ton, ce roman "marin" est aussi un témoignage de la vie de l'époque, doublé d'un roman d'amour. Les chapitres sont courts mais très disparates. L'histoire ressemble à un assemblage de morceaux de bravoure. Ne cherchez pas la vraisemblance, lecteur, vous entrez dans l'étrange univers des travailleurs de la mer.  La lecture de ce long roman est malaisée car V. Hugo, entrecoupe son récit de digressions à l'infini, emboitant des emboitements : il suffit de regarder la structure du roman labyrinthique : chaque "livre" est subdivisé en "partie", elle-même découpée en chapitres. Certains passages portent sur la langue, Il mêle les expressions latines et les expressions locales guernesiaises, tel que "veuvier" à la place de "veuf". A peine lu, on se souvient à peine de la moitié des détails et du vocabulaire. Les passages historiques, font place à des descriptions géographiques ou techniques.

L'écriture se révèle d'autant plus complexe que les références bibliques, historiques se multiplient et qu'une écriture de la formule côtoie des phrases amples... On perçoit d'ailleurs l'écriture du poète dans des rythmes binaires. Tel un nouveau Homère, Hugo multiplie les catalogues  comme celui des écueils, puis celui des vents etc... Il ne faut pas moins de dix pages pour raconter le naufrage de la Durande, ou les écueils : " Pour ceux qui, par les hasards des voyages, peuvent être condamnés à l'habitation temporaire d'un écueil dans l'Océan, la forme de l'écueil n'est point chose différente. Il y a l'écueil pyramide, une cime unique hors de l'eau ; il y a l'écueil cercle, quelque chose comme un rond de grosse pierres ; il y a l'écueil corridor. L'écueil corridor est le plus inquiétant"... (p. 390).

Roman foisonnant, les personnages se croisent dans ce sombre univers : Contrebandiers, homme honnête comme Clubin, qui se révèle être, en fait, un génie du mal, Mess Lethierry, sa fille Déruchette et Gilliat... Pour l'amour de cette fille, Gillliat accepte, après le naufrage de la Durande, d'aller chercher le moteur de ce bateau à vapeur. Coiffé de son bonnet de galérien, il devra affronter une tempête, une pieuvre, la faim, la soif pour finalement se sacrifier, car la beauté chez le héros romantique est intérieure. Mais, l'auteur développe aussi l'esthétique du laid avec la description de la pieuvre, faisant ainsi se côtoyer le grotesque et le sublime.

L'intrigue est hautement symbolique et Hugo laisse percevoir son anticléricalisme, et son goût pour le progrès, incarné par la Durande. Ce livre singulier est à lire lentement, prenez votre souffle avant d'entrer dans l'univers particulier des Travailleurs de la mer... Ce livre devait être intitulé" L'abîme" : "Gillliat avait un abîme, Déruchette". Abîme de la mer qui engloutit les hommes, l'abîme du mal incarné par Clubin mais aussi abîme du lecteur qui se perd dans la complexité narrative, les retours en arrière et les multiples sujets !

Cette édition contient de belles esquisses de V. Hugo, en adéquation avec l'atmosphère assez sombre du roman...Lire d'une traite ce roman est une gageure, tant il est foisonnant et je n'ai d'ailleurs pas lu L'archipel de la Manche, l'introduction à l'oeuvre. La lecture est assez pénible mais j'ai tout de même apprécié cette oeuvre atypique.

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Les travailleurs de la mer, v. Hugo, Livre de poche,p.668.

Autre oeuvre de l'auteur : Ruy Blas

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Choupynette (son billet est ici)

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14 mai 2010

Bienvenue Gattaca d'Andrew Niccol : ISSN 2607-0006

BIENVENUE A GATTACA - bande-annonce (vost)

Film d'anticipation, Bienvenue à Gattaca est l'adaptation du Meilleur des mondes de Aldous Huxley. D'emblée plongé dans un monde aseptisé, dans un décor froid et blanc-bleuté, le spectateur découvre Vincent Anton (Ethan Hawke), l'un des personnages majeurs du film : mais qui est-il ? Personnage énigmatique, il est présenté comme un usurpateur. Un retour en arrière nous permet de connaître sa vie passée : dans une société, qui a choisi l'eugénisme, Vincent appartient à une sous-classe en naissant de manière naturelle. Son frère, lui, est le produit de la génétique. Vincent n'a qu'un rêve, celui de devenir astronaute : pour réaliser son rêve, il va devenir un  pirate génétique et usurper l'identité d'un autre, celui de Jérome Monrow.

A Gattaca, dans le centre spatial, un meurtre horrible est commis. Commence parallèlement à la nouvelle vie de Vincent, une enquête. Qui a tué le directeur de la mission ? Ce ne peut être que l'oeuvre d'un inférieur, puisqu'un de ses cils a été retrouvé sur les lieux, celui de Vincent. Ce dernier va-t-il échapper à la surveillance policière ? Pourra-t-il réaliser son rêve qui est d'aller dans l'espace ?

Bienvenue à Gattaca est un excellent film d'anticipation : en rien didactique, il repose sur des symboles et dénonce ce monde utopique qui rejette les hommes conçus de manière naturelle. La question de la bioéthique n'est pas le seul problème au coeur du film, il est aussi question d'une lutte entre deux frères, d'un amour impossible, et d'une enquête policière. Même s'il y a peu d'actions, ce film est palpitant. On tremble pour Vincent : va-t-il être démasqué ? Cette société, qui a fait de "la discrimination, une science", n'est pas une utopie puisqu'elle montre un envers du décor peu reluisant. Jérôme Monrow porte la perfection comme un fardeau. L'homme peut-il changer ce que la nature a créé ? La tension dramatique présente tout au long du film rend agréable ce film où Jude Law (Jérôme Monrow) est remarquable.

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12 mai 2010

Aurora Floyd Elizabeth Braddon : ISSN 2607-0006

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Qui a dit que l'Angleterre victorienne était prude ? Toutes les héroïnes de nos chers auteurs victoriens se font un plaisir de mettre en scène des femmes avec des secrets inavouables, avec des caractères épouvantables... Il suffit de lire Aurora Floyd pour s'en convaincre.

quatrième de couverture : " Aurora Floyd est la fille choyée d'un richissime banquier. Une violente dispute l'oppose à son père lorsqu'elle revient d'une longue promenade à cheval avec son palefrenier. Aurora est envoyée à Paris dans un pensionnat pour faire ses études. On la retrouve un an plus tard, à nouveau chez son père. Réconciliée mais distante, marquée à tout jamais par un drame qui a éloigné d'elle l'homme qu'elle aime... comme dans tous les romans à suspense de M.E. Braddon, le lecteur pressent ce qui est à l'origine du drame sans que cala soit explicite, et il est entraîné malgré lui, et sans pouvoir s'arrêter, dans un maelström excitant qui le pousse à connaître le déroulement et la fin de l'énigme.

Une comparaison avec Wilkie Collins serait tout à fait justifiée : un meurtre, un secret, un mariage, une héroïne au caractère bien trempé, les médisances... Le style ne manque pas de mordant avec les traditionnelles adresses aux lecteurs. Une belle jeune fille trouve deux prétendants mais assez rapidement surgit un terrible secret : un mystérieux personnage semble persécuter la jeune et belle femme. Mais l'élan romanesque est souvent rompu par de nombreux portraits, des généralités sur le caractère des personnages. L'héroïne principale est peu attachante, et ne semble avoir que deux attitudes possibles : soit avoir le regard flamboyant, soit taper du pied de colère... Le deuxième personnage féminin n'a guère plus de chance : blonde et effacée, elle symbolise la parfaite  petite femme d'intérieur victorienne, n'ayant d'yeux que pour son orgueilleux mari. Si l'intrigue amoureuse semble assez vite menée, l'intrigue policière n'apparaît que tardivement et est diluée dans des considérations plus générales. Les nombreuses références littéraires sont plaisantes, cependant les multiples rebondissements ne compensent pas la lenteur et la langueur de l'histoire.

Autres avis : Cécile, Méalenn,

Premier roman lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou

Lecture "swap portrait of lady", bilan sur le site de Lou et Titine.

Elizabeth Braddon, Aurora Floyd, Edition Joelle Losfeld,  555 p.

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11 mai 2010

Derrière le masque de Louisa May Alcott : ISSN 2607-0006

 

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Derrière le masque est un roman, qui vient singulièrement briser l'image sage de la romancière Louisa May Alcott. Mlle Muir, gouvernante de son état vient d'arriver dans la famille Coventry. Elle apparaît comme une créature pauvre, serviable, et sait se faire aimer de tous mais elle semble avoir parfois des regards ou un comportement étranges. Dès la fin du chapitre I, le lecteur apprendra avec stupéfaction qu'elle n'est pas ce qu'elle paraît  : la jeune fille si réservée, si blonde, et si charmante se métamorphose d'un coup : " Toujours assise par terre, elle dénoua et ôta les longues et abondantes tresses qui lui entouraient la tête, essuya le rose de ses joues, retira plusieurs dents de perle et enleva sa robe ; elle apparut alors telle qu'elle était, en effet : une femme d'au moins trente ans, décharnée, usée, ténébreuse." Quel secret cache la jeune fille ? Tour à tour, telle une sirène d'Homère, elle séduit, Mr John, le maître des lieux, puis le jeune Edward... Quel but poursuit cette créature changeante ? Mlle Muir sème le doute dans l'esprit du lecteur : quel est le rôle de Sidney,  ami de la famille Coventry et fils de Lady Sidney qui a introduit la jeune gouvernante dans la famille ? Quel dessein l'a amenée chez les  Coventry ? Pourquoi ce déguisement ?

Louisa May Alcott sait tenir le lecteur en haleine même si les ficelles de l'intrigue sont peu subtiles."  Elle s'en alla, et sir John allait se retirer aussi silencieusement qu'il était venu quand l'étrange conduite de Mlle Muir l'arrêta. Elle lâcha le livre, étendit les bras sur la table, y enfouit la tête et éclata en sanglots convulsifs, comme incapable de se contenir davantage. Bouleversé et confondu, sir John s'esquiva. Mais toute la nuit, le gentilhomme au coeur si tendre se perdit en conjectures au sujet de l'intéressante jeune gouvernante de sa nièce, ignorant tout à fait qu'elle avait eu l'intention qu'il en fût ainsi". Tel un nouveau Tartuffe, elle semble cacher un terrible secret et perturbe toute la famille : est-ce un amour malheureux avec Sidney, comme semble bientôt le croire Gérald, l'aîné des Coventry ? On peut donc reprocher à ce roman certaines facilités et notamment le manque de délicatesse et de finesse psychologique : les personnages passent de la rage au désespoir, de la haine à l'amour, en un clin d'oeil. Tout est outré, excessif et pourtant la magie opère et le lecteur reste suspendu aux pas de Mlle Muir.

Surtout l'étrange fin et le caractère atypique de l'héroïne participent du charme de ce petit roman, qui se lit avec plaisir, mettant l'intrigue extravagante au-dessus de la vérité psychologique et de la vraisemblance des événements. L'héroïne est à rapprocher d'une Lady Susan austennienne, même si l'écriture n'en n'est pas aussi subtile... Lecteurs, vous passerez quelques heures surprenantes en compagnie de ce roman agréable et léger de Louisa May Alcott.
Différents avis sur ce roman : Lou, Bladelor.
Derrière le masque de Louisa May Alcott, Interférence, 213 p.

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09 mai 2010

La main de Dieu de Yasmine Char : ISSN 2607-0006

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Quatrième de couverture
" Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation. Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois depuis si longtemps en guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les brase d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et se relève toujours".
La narratrice, une jeune libanaise, livre ses blessures personnelles comme le départ et l'absence d'une mère, puis la dépression de son père. Mais elle parle aussi de la blessure que la guerre  civile libanaise lui inflige. Le personnage est scindé entre un "je" et un "elle" qui sert à la désigner selon ses actions, et l'Orient et l'Occident. Sa mère étant française, elle s'attache irrémédiablement à un reporter de guerre français, dont elle ne sait rien. Mais qui est-il vraiment ?

Est-ce la haine et la colère qui émane de ce roman qui empêche d'adhérer à cette histoire ? La langue et les images évoquées sont souvent brutales, crues, comme les premiers mots du récit : " Un matin à dix heure trente, alors que je fumais ma première cigarette à la table d'un bistrot, un homme m'a dit : vous êtes une tueuse. Je n'ai pas su comment le prendre. Cet homme, je ne le connaissais pas. Je ne lui en ai pas voulu".
Est-ce la confusion du récit, qui évoque pêle-mêle la condition de la femme, la question de l'enfance, de la religion ? L'émotion de la jeune adolescente est traduite par une écriture hachée et des phrases brèves. La narration elle-même est  morcelée en petits chapitres, qui créent des ruptures abruptes. L'intrigue est ainsi diluée dans de multiples réflexions.
Ce bref roman n'est pas complètement dénué de thèmes intéressants ou de qualités - l'écriture se fait d'ailleurs plus poétique vers la fin du roman - mais il ne donne qu'une image en filigrane du Liban et la narration semble hâtive ou inaboutie ; même si l'intrigue réserve une surprise finale...

Yasmine Char, La main de Dieu, Folio, 121 p.
Avis de Fleur, Lou, Malice, Kathel, Mango...Cathulu.

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