04 juillet 2011

Aux frontières du fantastique de Gérard Caillat : ISSN 2607-0006

Est-ce que la science-fiction vous intéresse ? Ce documentaire en 3 chapitres vous permettra d'aborder les rivages étranges de la science-fiction, analysant quelques grands thèmes et grands mythes de la SF en images. Il n'est pas forcément et seulement destinés aux amoureux de la SF car les films sont souvent des grands classiques ou cultes qu'on prend plaisir à revoir et certains piquent notre curiosité...

En outre, les extraits significatifs mais courts et les analyses très superficielles font de ce documentaire davantage une introduction à ce genre qu'un travail très approfondi. Voici une agréable plongée dans des mondes terribles imaginés par des auteurs et des réalisateurs. Voilà quelques thèmes, longue énumération non exhaustive, pour ce billet informatif, une sorte de compte-rendu :

Aux frontières du fantastique, documentaires de Gérard Caillat, Thomas Briat, Pierre-Henry Salfati, 2007, 2h36.

 Chapitre 1 : mi-homme, mi-bête

Perrault dans le conte du Petit chaperon rouge symbolisait l'animalité de l'homme sous la forme d'un loup. Ce mythe est aussi développé dans les films comme Wolf (Mike Nichols- 1994) ou Le loup garou de Londres ( John Landis- 1891). L'animal représente souvent une menace pour l'homme, qui a toujours peur que la nature reprenne ses droits : on pense aussi bien aux oiseaux de Hitchcock (1963) qu'aux dents de la mer (Spielberg 1975) et Jurassik Park (Spielberg 1993).  Voici quelques autres films de métamorphoses animales ou humaines : La mouche (Cronenberg, 1986), Docteur Jekill et Mister Hyde,(1941-Fleming), Alien (R. Scott, 1979), Starship trooper,(Verhoeven, 1997), King kong (Jackson, 2005), Batman le retour...

Darwin dès le XIXe siècle proposait ses nouvelles thèses avec l'évolutionniste qui remettait en cause le créationnisme. La métamorphose ne se fait pas seulement dans le sens de l'homme vers l'animal mais parfois c'est l'animal qui devient presque humain : Pierre Boule exploite les idées de Darwin mais en sens inverse avec la planète des singes. On retrouve ce thème dans L'enfant sauvage (Truffaut) et dans le mythe de l'homme sauvage idéalisé à travers l'image de Tarzan (Greystoke)... Mais finalement, c'est l'homme qui se révèle être le pire des prédateurs.

Chapitre 2 : "Machines humaines" :

Avec les progrès technologiques, la peur d'une domination des machines envahit la littérature et le cinéma. D'abord considérés et créés pour être des esclaves, finalement les rôles semblent s'inverser dans Les temps modernes (Chaplin,1936).

Le rêve de l'homme est de reproduire un être humain, d'être un démiurge lui aussi : Frankenstein (Whale) en est un exemple et Pinocchio est un autre mythe où l'homme cherche à animer la matière. Peu à peu, les machines prennent l'apparence des humains : les "replicants", terme qui apparaît pour la première fois dans le film Blade Runner (R. Scott, 1982), sont des robots à visage humain. Mais l'homme va-t-il à sa destruction ? Et si la machine surpassait son créateur ? C'est ce que montre un film comme Terminator (J. Cameron, 1985); la révolte des machines est aussi le thème de 2001 l'odyssée de l'espace (Kubrick, 1968). Autres films avec des androïdes : Star War (Lucas, 1999), Metropolis (Lang, 1927), Robocop  (Verhoeven, 1987), Existenz (Cronenberg, 1999), Tron (Lisberger, 1982), Bienvenue à Gattaca (Andrew Niccol, 1997), A.I. Intelligence artificielle (Spielberg, 2001)...

Chapitre 3 : "Les vivants et les mort"* :

La mort est une fatalité qui fascine l'homme et qui devient l'un des sujets de prédilection du cinéma. Paradoxalement le cinéma confère une immortalité à la mort même. Les auteurs exploitent parfois l'au-delà de la mort soit avec les morts-vivants (Beetlejuice, 1988 de Tim Burton, La nuit des morts-vivants de Romero, 1968, Evil dead 3 de Sam Raimi,1981), soit avec les vampires (Entretiens avec un vampire de Neil Jordan, 1994, Nosferatu de Murnau, 1922, Le bal des vampires, Polanski,1967).

Le mythe faustien repousse lui aussi les limites de la mort avec le pacte avec le diable comme dans Le portrait de dorian Gray d'Oliver Parker. D'autres mettent en scène le spiritisme et les esprits : Shining, (Kubrick, 1980), L'exorciste (1973, Friedkin), Rosmary Baby (Polanski), Spleepy Hollow,(Tim Burton, 1999) . Autres films : Psychose (Hitchock ), Le sens de la vie (Monty Python), Le diable de Russel...

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02 juillet 2011

44 Scotland street d'Alexander McCall Smith : ISSN 2607-0006

9782264047595FS

Roman feuilleton du XXe siècle, le 44 Scotland Street se conforme aux lois du genre. Découpé en brefs chapitres avec leur traditionnels titres (" Où l'on fait plus ample connaissance avec Bruce", "La difficile mission d'Angus Lordie"...), chaque publication amène un nouveau personnage et des rebondissements multiples. On peut ainsi découvrir la vie de Pat, qui travaille dans la galerie de Matthew qui ne connaît rien à l'art, on suit pas à pas un jeune saxophoniste de 5 ans Bertie et les déboires pédago-psychologiques de sa mère Irène, la vie de Bruce et de ses patrons dans une agence immobilière, l'apparition d'une voisine Domenica... Les rebondissements sont parfois surprenants : Pat a-t-elle découvert un véritable Peploe ? Alexander McCall Smith sait créer l'attente, quelle habileté dans les derniers mots d'un chapitre : "Par ailleurs, elle se sentait mal à l'aise en compagnie de Ronnie et Pete. Elle leur trouvait quelque chose de perturbant, un côté inquiétant qui évoquait, sinon le coeur des ténèbres, du moins l'heure entre chien et loup", surtout que ces deux personnages se volatilisent ! Et parfois un peu moins palpitants : Pat va-t-elle s'empoisonner avec les chanterelles de Bruce ? Voire parfois des détails insignifiants comme la description de la voiture de Domenica : "La Mercedes-Benz 560 SEC couleur crème. [...] Le moteur a une capacité de 5,6 litres, ce qui lui donne la puissance de 5 Mini" - "5 Mini ! s'extasia Pat". Nous, nous ne extasions pas...

La présentation des personnages, vie amoureuse et vie familiale, voisins envahissants, côtoie des réflexions plus générales sur la vie, les relations à autrui, comme l'hypocrisie, le mensonge,... Et on découvre aussi la culture écossaise, leur amour du football, leurs peintres, leur kilt... Lecteurs, si vous aimez les romans-feuilletons de Dickens ou Les chroniques d'Armistead Maupin qui ont inspiré la forme du récit à Alexander McCall Smith, vous apprécierez de voir vivre tous les habitants du 44 Scotland street... Cependant même en le lisant comme un vrai roman feuilleton, certains passages paraissent longs... La qualité des aventures est assez inégale et certains épisodes tirent en longueur sans raison apparente et sans l'ombre du plus petit intérêt. Même chose pour le style. Tout de même on a envie de s'exclamer : à quand le prochain roman-feuilleton ?

 McCall Smith, 44 Scotland Street, 10/18, 414 p.

Participation au mois kiltissime organisé par Lou et Cryssilda.

Lu aussi par Cryssilda et Titine.

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01 juillet 2011

Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare : ISSN 2607-0006

A Midsummer Night's Dream Trailer 1999

"Seigneur que ces mortels sont fous !"

Comédie shakespearienne écrite à l'occasion d'un mariage, Le songe d'une nuit d'été conte les amours de 3 couples : Thésée et Hyppolite vont se marier mais Egée fait appel à Thésée pour résoudre un cas épineux amoureux : il veut obliger sa fille Hermia à épouser Demetrius mais elle aime Lysandre. Quant à Demetrius il est aimé désespérément par Héléna. Pendant ce temps-là, Obéron et Titania, reine des fées, se disputent la possession d'un petit garçon alors que proche d'eux une troupe d'amateurs peu éclairés répètent une pièce en l'honneur du mariage de Thésée. Ajoutez à cela Puck, un elfe farcétieux qui par inadvertance crée des quiproquos... qui pourtant amèneront la paix dans les ménages. Voici pour la trame brièvement résumée. 

Ah ! Shakespeare exprime dans ce texte la poésie et le rêve éveillé : " J'ai eu une vision extraordinaire. J'ai fait un songe et l'esprit humain est impuissant à dire ce qu'il était" (acte IV, sc 1). L'imagination "reine des facultés" pour Baudelaire l'est aussi pour notre dramaturge qui s'amuse dans la plus baroque et la plus surnaturelle de ses pièces à aborder l'amour comme vu à travers un songe. L'humour n'est pas absent incarné par Bottom, un cabotin et toute sa troupe. "Etriqué : Avez-vous le rôle du lion par écrit ?" Et Lecoin de lui répondre : "vous pouvez improviser, car il ne s'agit que de rugir" ! (Acte I scène 2).

Malheureusement le grand nombre de personnages principaux, l'intrication entre les différentes intrigues et des dialogues parfois insignifiants font de cette pièce un assemblage étrange et on peine à s'intéresser à l'histoire. Les thèmes shakespeariens foisonnent ainsi que les intrigues créant un délitement de l'action et de l'intérêt du lecteur : les faux-semblant du théâtre, le mariage d'amour, le rêve, l'intervention du surnaturel,... Selon Yves Florienne, la moindre qualité de cette pièce s'expliquerait par l'emploi du vrai langage de l'amour et une parodie du discours amoureux amenant des dialogues de qualité différente : "C'est Shakespeare se parodiant lui-même, quand un amour parodie l'autre"...*

Le film de M. Hoffman, agréable à voir, souffrent des mêmes défauts que la pièce bien que les décors soient somptueux, les effets spéciaux bien intégrés, et le texte fidèle. Les acteurs sont tous excellents, notamment A. Flockhart dans le rôle d'une Héléna outragée vraiment convaincante ce qui nous empêche pas de nous ennuyer fermement...

,Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été Livre de poche.

Le songe d'une nuit d'été, de Michael Hoffman, avec Rupert Everett, Calista Flockhart,Kevin Kline, Michelle Pfeiffer, 1h55, 1999.

Challenge Shakespeare organisé avec Claudia.

* commentaires p. 203

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29 juin 2011

Fragments d'un discours amoureux de Barthes : ISSN 2607-0006

Comme Mythologies ou Le degré zéro de l'écriture, les textes de Roland Barthes sont des réflexions, proche de l'essai mais tout en restant inclassables, surtout lorsque le sujet est aussi vaste que le discours amoureux. A travers 17 chapitres intitulés " Angoisse", " Atopos ", "Insupportable"*... Barthes étudie le comportement amoureux dans des romans célèbres ou des situations courantes. Car comment parler de la jalousie sans parler du narrateur proustien ou quel conte mieux que La bête et la Belle représente la quête de l'amour ?

" C'est donc un amoureux qui parle et qui dit..."

"Altération" : Ainsi pour aborder l'altération de l'image de l'autre dans un couple, selon Barthes, elle se fait par le langage. En prenant l'exemple proustien justement, il montre comment le langage d'Albertine crée une répulsion chez le narrateur. " se faire casser le pot" crée une réaction horrifiée chez Marcel. "Jalousie" : A partir de la définition du Littré, l'auteur analyse le thème de la jalousie dans Les souffrances de Werther, autre grand amoureux de la littérature allemande. L'écriture de Barthes est poétique tout en étant émaillée d'images concrètes : la course amoureuse est comme une course de mouche selon l'auteur ! "Rencontre" : En ce qui concerne la rencontre amoureuse, Barthes évoque le célèbre passage entre Bouvard et Pécuchet où chacun a l'intime conviction de reconnaître et de connaître l'autre...

Les essais se prêtent moins bien à l'écoute pour la simple raison qu'ils demandent beaucoup plus d'attention.  A ne pas écouter donc, en faisant mille choses, et même avec une attention raisonnable, on a tendance à réécouter certains passages. La voix du lecteur est très importante, car si on réagit d'une manière épidermique à certaines voix, on n'a plus envie de l'écouter, ce qui n'est pas le cas de Luchini. En fait, qu'on aime ou qu'on aime pas son timbre de voix, la lecture reste agréable et sa conviction nous entraine dans ce texte hybride dédié à l'amour. Retrouve-t-on le souvenir de nos années enfantines où on se laissaient bercer par la voix de nos parents ? toujours est-il qu'écouter les livres reste de vrais instants de plaisir...

Fragments d'un discours amoureux de Barthes, 1h10,

Merci Audiolib pour ce partenariat.

* Edit du 1/07 : ce sont des extraits, le texte n'est pas intégralement reproduit.

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26 juin 2011

Rebus et le loup garou de Londres de Ian Rankin : ISSN 2607-0006

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 Voici notre célèbre enquêteur écossais appelé à travailler à... Londres : un tueur en série sévit, assassinant sauvagement des femmes en laissant une morsure sur leur ventre. Cependant le modus operandi ne présente aucun point commun : différents lieux, différentes professions, les victimes ne semblent pas avoir de lien. Mais les difficultés ne font que commencer pour Rebus car ses collègues ne semblent pas apprécier un étranger ( = écossais) dans l'équipe et la communication n'est pas l'apanage de Rebus. Outre ses déboires professionnels, à Londres, vivent aussi son ex-femme et sa fille qui a pour ami un jeune homme qui déplaît à Rebus...

 Si vous avez aimé L'étrangleur d'Edimbourg, vous serez assez surpris par ce troisième opus. Rebus est un personnage très différent et a beaucoup évolué en un quidam assez insignifiant. Il tombe amoureux au premier regard, il est bien évidemment en froid avec son ex-femme, et correspond plus à un cliché qu'à un personnage avec sa propre psychologie. Voilà le hic : cette enquête est très proche des séries télévisées, ce dont l'auteur est conscient et y fait quelques allusions. "Rebus lui-même se faisait l'effet d'un spectateur et pensait à tous ces films et séries policières qu'il avait pu regarder, où la police débarque en masse dès la première minute (détruisant au passage les indices matériels) et résout l'affaire à la cinquante-neuvième ou quatre-vingt-neuvième minute. ridicule à vrai dire. Le travail d'enquêteur n'était que ça : du travail. Acharné, répétitif, besogneux, frustrant, et surtout de longue haleine".

Heureusement, l'humour pince-sans-rire de Rebus et un regard moqueur sur la psychologie, l'atmosphère londonienne - où traine un ou deux excentriques dont un dentiste exalté et une scène spectaculaire dans la National Gallery - et une intrigue infaillible - impossible de deviner qui est le tueur avant les dix dernières pages - permettent de compenser un style qui regorge de comparaisons incongrues et de clichés même si c'est pour mieux s'en moquer...

 Rankin, Rebus et le loup Garou de Londres, Livre de poche, p. 349.

Lecture dans le cadre du mois kiltissime organisée par Lou et Cryssilda.

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Le faiseur d'histoire de Stephen Fry : ISSN 2607-0006

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Si vous avez lu des billets élogieux sur un livre de SF de Stephen Fry, comme celui de Cryssilda ou de Keisha vous saurez en lisant ce livre, chers lecteurs, qu'ils sont tout à fait mérités. De quoi parle Le faiseur d'histoire ? Justement de l'histoire avec un grand H. Notre héros Michael Young est un thésard en histoire à Cambridge : il étudie une des périodes les plus sombres, celle du nazisme. La rencontre inopée avec un professeur de physique qui a créé une machine permettant de regarder le passé et le vol non moins inopiné d'une pillule rendant stérile donne l'idée au jeune futur "docteur" de remonter le temps pour empêcher la naissance d'Hitler. Du déjà vu ?

Certes non ! L'originalité de ce roman vient du personnage principal et de la narration tout à fait surprenante. Tout d'abord le livre est lui-même écrit par un excentrique "de ceux dont la Grande Bretagne a le secret"*, mettant en scène un personnage... excentrique aussi ! Imaginez un thésard qui introduit des passages lyriques, pour essayer de capter l'attention du lecteur et révèle à son tuteur que c'est un peu comme un poème en prose ! Vous l'aurez compris, Michael Youg a beaucoup d'imagination et une propension naturelle à être maladroit... faisant s'envoler toutes les feuilles de sa thèse, bien évidemment non reliées, le jour où il doit les remettre à son tuteur qui le reçoit habillé en kimono (?). Bref, notre excentrique personnage décide de changer de monde. Mais peut-on défaire ce qui est fait ? Peut-on changer ce qui existe, empêcher la naissance d'un être malfaisant ? L’uchronie comme tout roman de science-fiction pousse à la réflexion en confrontant un autre monde possible au nôtre : l'auteur dénonce ainsi l'intolérance. Le faiseur d'histoire un livre sérieux ?

Non, car l'autre qualité de ce livre, c'est qu'il est raconté de manière originale. Fry est acteur, mais aussi écrivain, animateur radio... et il a aussi écrit des sketchs. Il écrit donc certains passages du roman comme un scénario, donnant une touche humoristique supplémentaire en jouant sur les clichés des films, s'ajoutant ainsi au comique créé par l'exaltation du héros. Si les événements et les personnages reposent sur des faits réels, de nombreuses situations sont complètement farfelues. Seule la fin sentimentalo-hollywoodienne est à déplorer... Et si vous croyez ne pas aimer la science-fiction, ce livre plein d'humour vous fera peut-être changer d'avis.

* postface; p. 630

 Fry, Le faiseur d'histoire, Folio, p. 645

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20 juin 2011

Dickens de Marie Aude Murail : ISSN 2607-0006

"Nulla dies sine linea" aurait pu être aussi le devise de Dickens, père du roman fresque ou du roman feuilleton : il écrit beaucoup et dans l'urgence... "De 9 heures à 14 heures, il est à son bureau, isolé des siens par une double porte. En moyenne, il écrit 2000 mots à chaque séance de travail, quatre mille quand il est en transe"* : mais Dickens ne peut se résumer à des chiffres. Non, l'accent est mis généralement par ses biographes sur ses œuvres, sur son humour, sur les personnages abondants et les intrigues à rebondissements. Murail, Gattegno** et Zweig (biographie sur le site Larousse) ont écrit des biographies de Dickens d'une manière assez libre, certainement pas d'une manière exhaustive, mais avec passion.

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Zweig, Trois maîtres, Livre de poche :

L'admiration pour Dickens perce dans chaque ligne, Zweig le présentant comme une star de l'époque qu'il était, provoquant des émeutes. Fait-il pour autant une apologie ? En fait, il s'interroge sur l'incroyable succès de Dickens : pourquoi a-t-il connu une telle popularité ? Le chapitre "Dickens", dans Trois maîtres, est moins une biographie qu'une poétique de ses romans. Sans interprétation psychologique, l'auteur replace le célèbre auteur victorien dans son contexte et analyse subjectivement et très justement le style dickensien, soulignant à la fois son humour et son admirable intuition pour avoir mis en scène et s'être adressé à ceux qui le lisent, c'est-à-dire les bourgeois. Zweig donne ainsi une vision de l'univers de Dickens par rapport à son siècle. L'écriture surchargée de Sweig ne gâche pas ses belles analyses. Laissons conclure l'auteur : "Et ainsi Dickens reviendra toujours de son oubli, lorsque les hommes auront besoin de gaîté et lorsque, fatigués des tragiques tiraillements de la passion, ils voudront entendre, même dans les choses les plus effacées, la musique mystérieuse de poésie".

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 Murail, Charles Dickens, Ouvrier à douze ans, célèbres à 24, Médium Club :

Comme un roman, avec des titres dignes des romans du XIXeme siècle tels que "Où un jeune gentleman se retrouve dans le cirage" ou "quand la gloire vous tombe dessus et que vous avez vingt-quatre ans",... Marie-Aude Murail beaucoup plus traditionnelle dans sa manière d'aborder l'auteur, fait une biographie chronologique. Avec une écriture fluide, très dynamique, la romancière analyse l'oeuvre et la vie, abordant tour à tour ses amours, ses personnages, développant les projets philanthropiques de Dickens, les lectures publiques pour aider un institut d'ouvriers. Mais ce qu'on retiendra de Dickens, ce sont ses personnages inoubliables tels que le vieux Scrooge, la petite Dorrit etc... et son talent inimitable de conteur humoristique mais côtoyant aussi de magnifiques morceaux de bravoures au registre pathétique.

Ces deux belles biographies et études nous parlent différemment, mais toujours avec brio, d'un auteur dont la popularité est encore incontestable.

* p. 114, Charles Dickens, M-A Murail.

** Dickens, Jean Gattegno, Seuil.

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22 mai 2011

Angelica d' Arthur Phillips : ISSN 2607-0006

9788432231599

On nous promet une histoire de fantôme mais Angelica est bien plus que ça : un narrateur commence un pensum, dans lequel il narre l'histoire de Constance, une femme malheureuse. Elle considère son mari comme un homme brutal qui a profité de sa situation d'orpheline pour la courtiser. Mais surtout Constance fait des cauchemars abominables depuis que sa fille de quatre ans, Angelica ne dort plus dans leur chambre sur l'ordre de son mari Joseph : " Etre réveillée par les cris de l'enfant se plaignant d'avoir mal au mains alors qu'elle faisait elle-même un rêve affreux dans lequel ses mains la faisaient souffrir ? Une pensée qui lui fut douce et épouvantable : elles partageaient leurs cauchemars." Mais les angoisses de Constance se transforment en véritable terreur lorsqu'elle s'aperçoit que sa fille est hantée par un démon : " Cela descendait sur la fillette endormie, tel un ange de la mort ou un dieu antique de l'amour, bien décidé à soumettre le corps minuscule à son désir. Mais Constance l'avait interrompu". Un fantôme ! La jeune femme décide donc de faire appel à une exorciste Anne Montague.

Ce roman n'est pas un simple récit de fantôme : il contient mille thèmes qui hantent la société victorienne. Il est aussi question de désir, de refoulement, de solitude, de la condition de la femme, de statut social...  Mais surtout la construction de ce roman force l'admiration du lecteur, exacerbe son imagination et multiplie ses conjectures : quatre récits se succèdent où les mêmes faits sont vus à travers les yeux des différents protagonistes. Ainsi est suscitée une atmosphère oppressante grâce à une narration tortueuse, amenant des éléments de l'intrigue de façon éparse qui vous mènera dans les méandres de l'inconscient de ces quatre personnages. Lecteurs, plus vous avancez dans le récit, plus la vérité semble se dissoudre dans l'apparition de nouveaux secrets, de nouvelles histoires parfois abandonnées... Qui a raison ? Quelle est la clé de l'énigme ? Surnaturel ou réel ? Dans cette intrigue diaboliquement bien conçue, la dernière phrase est comme une apothéose renforçant le mystère et l'étrangeté de roman...

 Phillips, Angelica, Pocket, 470 p.

Vu sur le site de Lou.

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18 mai 2011

Miss Charity de Murail : ISSN 2607-0006

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 Avec humour, Charity, une petite-fille de l'ère victorienne nous raconte son enfance bercée par les contes cruels de sa nourrice écossaise et par les histoires qu'elle se raconte sur toutes sortes d'animaux. On découvre les préceptes qui régissent la vie de cette petite fille, qui choisit l'imagination comme rempart à toutes les interdictions : "une jeune fille convenable ne devait pas passer dans un musée. C'était un lieu de rencontres douteux", les femmes sont plus vêtues pour aller se baigner que dans un simple bal, les enfants ne doivent pas parler en présence des adultes. Les dialogues alternent avec des récits, dans un style simple mais humoristique, plein de références shakespeariennes et wildiennes. La biographie de Beatrix Potter se fait romance en de nombreux points, l'auteur se laissant influencer par la littérature de l'époque avec une gouvernante séquestrée, sauvée miraculeusement par son prince charmant (en fait, un précepteur allemand !) et une domestique devenant folle, après avoir incendié la maison, dans la plus pure tradition des romans gothiques.

"Nous sommes tous dans la boue mais certains d'entre nous regardent les étoiles".(Wilde)

Cette biographie romancée est accompagnée par des illustrations dont certaines font penser à celle de B. Potter mais elles paraissent bien maladroites et inutiles parfois... Les gens et animaux sont bien mieux croqués dans les incisives remarques de B. Potter : "J'avais peut-être espéré rencontrer Monsieur Barney dans une serre au milieu des bananiers en fleur. Monsieur Barney nous attendait dans son bureau, un bureau assez sombre et humide, propice à la culture de la moisissure. Lui-même long et sec, semblait avoir séché sous presse entre deux buvards" (p. 140). Construites en opposition par rapport à Charity, sa mère et la mère Bertram sont des produits typiquement victoriens, de même que les deux cousines de Charity, qui suivent le destin tout tracé des femmes de cette époque : "Je me doutais bien dès que j'avais le dos tourné, elle faisait rire à mes dépends. Mais qu'importe, elle me divertissais toujours un peu et je n'avais pas à prendre la peine de lui répondre. Elle parlait toute seule comme Cook. coin, coin, coin.". Hypocrites et orgueilleuses, elles ont un coffre fort à la place du coeur...

Les malheurs morbido-romanesco-rocambolesques de tous ces animaux prennent une place démesurée et sont parfois répétitifs. De même, on pourra trouver un peu artificiel les dialogues de la fin, qui ressemblent davantage à une compilation forcée des oeuvres de Wilde qu'à une vraie conversation sensée, alors que les vers et pièces shakespeariens sont adroitement mêlés au dialogue. Ce sont les seules ombres de cette peinture amusante, fraîche et enlevée de la société victorienne, qui nous donne envie de découvrir une autre biographie écrite par M-A Murail, celle de Dickens.

Murail, Miss charity, illustré par Philippe Dumas, L'école des Loisirs, 563 p.

Lu aussi par Alice, Ys, allie, George, Theoma, Karine et beaucoup d'autres...

Vous pouvez retrouver d'autres informations sur le site" l'univers de B. Potter". Il existe également le film Beatrix Potter par Noonan

film__3968-miss-potter--hi_res-68851aafMiss Potter © MOMENTUM PICTURES ALL RIGHTS RESERVED

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16 mai 2011

Ni ni ou le danger des castilles, Carmouche, De Courcy et Dupeuty : ISSN 2607-0006

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" SCENE IV.

PARASOL.

Tiens, tu m'y fais penser... Conte-moi, cher amant,
Qui j'ai celui d'aimer?

N.I. NI, après avoir remonté la scène à grands pas.

Un vagabond... transfuge,

Que réclame, à grands cris, la maison de refuge.

Ecoute-moi, je viens pour partir... Il le faut...

( Fausse sortie.) Sept fois l'on m'a déjà condamné par défaut.

PARASOL.

Que me fait que de toi le sort se raille et rie,
Mon amour, N.i. Ni, rit de sa raillerie.

 

 

N.I. NI.

Je pars, dussé-je aller jusques au grand Mogol,
Sous les feux du soleil!...  ( Fausse sortie. )


Parasol , le retenant vivement.

Eh quoi! sans Parasol?

Je te suis."

Vous aurez reconnu sous les sobriquets de Parasol et de Ni ni, les deux héros du drame romantique de V. Hugo, même si dans la scène 2, c'est Hernani (et non Dona Sol) qui s'écrie : " qui raille après l'affront s'expose à faire rire" ! Comment ? Vous ne trouvez pas amusant ces calembours ? Il est vrai que les jeux mots sont faciles. D'ailleurs, le registre est bas et les jeux de mots paraissent triviaux. En outre, les personnages ne sont plus des fils de rois mais des vitriers, ou des boulangers...

Les trois auteurs s'en donnent à coeur joie pour se moquer de la pièce romantique de V. Hugo* (exposition virtuelle sur le site de la BNF) : ils en soulignent les invraisemblables, ici, le fait que la noble Dona Sol tombe amoureuse d'un proscrit, les incohérences parce dans la scène 2 de l'acte I, Hernani dans trois longues tirades se présente à Dona Sol comme si celle-ci l'aimait sans savoir qui il est. Ils se moquent aussi de l'alliance du lyrisme et du grotesque et des nombreux changements de décors. Mais derrière cette parodie se cachent des enjeux plus sérieux : le vieux Don Gomez ne s'appelle pas Dégommé pour rien : représentant des classiques, il est vraiment dégommé, c'est-à-dire obsolète, supplanté ! Sous les répliques se cachent aussi de véritables trouvailles comme l'entrée en scène du peuple dans le genre théâtral ou une réflexion sur le genre lui-même : Ni ni ou le danger des Castilles est aussi une subversion de la tragédie et une référence à l'actualité, à la célèbre "bataille d'Hernani". Une pièce très drôle à savourer où le roi d'Espagne don Carlos s'appelle Don Pathos !!! 

N,i, ni. ou le danger des Castilles, amphouri-romantique en cinq actes et en vers sublimes mêlés de prose ridicule, Carmouche, De Courcy, Dupeuty.

 Hugo, Hernani, GF.

 * Il existe aussi 3 autres parodies, dont Harnali ou la contrainte par le cor de Lauzanne, in Spécial Victor Hugo, Paris, L'avant-scène théâtre, 1985, 106 p.

 

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