15 octobre 2010

Les dames vertes de George Sand : ISSN 2607-0006

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George Sand ( biographie Larousse) est un écrivain tout à fait fascinant, vivant de sa plume, fumant, s'habillant en homme à une époque où les femmes n'avaient que peu de droits. Elle a fréquenté Chopin, Delacroix, Dumas et Flaubert... Ecrivain prolixe, elle a écrit de nombreuses nouvelles dont Les dames vertes.

Le narrateur est un jeune avocat, Just de Nizière,  à l'imagination débordante : devenu avocat pour plaire à son père,  il  aurait "préféré  les lettres, une vie plus rêveuse, un usage plus indépendant et plus personnel de [ses] facultés, une responsabilité moins soumise aux passions et aux intérêts d'autrui". En 1788, il se rend au château de Ionis pour démêler une affaire de famille : Madame Ionis doit hériter d'un immeuble après la découverte d'un testament, cassant un premier testament en faveur de ses cousins, qui sans cet héritage tomberait dans la misère. Bien que dans son droit, celle-ci refuse de gagner ce procès. Doit-il lui faire gagner ce procès et le droit ou laisser triompher les sentiments ? Just loge dans une magnifique chambre où il apprend que des ancêtres du château apparaissent pour prédire l'avenir...

Des spectres apparaissent, des statues semblent prendre vie et vous saurez en lisant cette nouvelle quel est le rôle de la fontaine de Goujon : rêve ou réalité ? Cette histoire serait, somme toute, qu'un conte de l'étrange proche de ceux d'Hoffmann, dans la lignée des contes fantastiques du XIXeme siècle s'il ne portait pas la trace des préoccupations de la romancière, notamment les questions sociales de la mésalliance et une certaine critique de la noblesse : " Bourgeois et philosophe (on ne disait pas encore démocrate), je n'étais nullement convaincu de la supériorité morale de la noblesse". De plus, l'action se passe à la fin du XVIIIeme siècle et on sent les influences des philosophes des Lumières. Le procès ressemble globalement à celui mis en scène dans Entretien d'un père avec ses enfants. Avec Les dames vertes, Georges Sand signe une nouvelle bien tournée, qui joue avec les codes du surnaturel et qui montre toute la diversité de son oeuvre.

Sand, Les dames vertes, Magnard, 139 p.

Autre oeuvre : Laura voyage dans le cristal

Lu dans le cadre du challenge George Sand de George Sand et moi.

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12 octobre 2010

L'étrange histoire de Benjamin Button de Fitzgerald : ISSN 2607-0006

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Benjamin Button, F. Scott Fitzgerald, Pocket, 56 p.
Né avec l'apparence d'un vieillard de quatre-vingts ans, Benjamin Button va vivre à rebours tous les événements majeurs du destin d'un homme : études, mariage, jeux d'enfance, apprentissage... Cependant, son parcours très conventionnel va être entravé par son apparence physique. Et malheureusement pour lui, il est né dans une famille très respectable et dans une société bien pensante qui n'aura de cesse de lui reprocher sa différence : " A Baltimore, M. et Mme Button avaient, avant la guerre de Sécession, une situation sociale et financière des plus enviables. Ils avaient noué des liens avec les familles en vue, ce qui, comme le savent tous les gens du sud, leur permettait de faire partie intégrante de la prétendue "bonne société", qui s'épanouissait à l'époque dans le sud des Etats-Unis. Comme c'était la première fois qu'ils se pliaient à cette charmante coutume qui consiste à faire un enfant, M. Button était naturellement inquiet.". Ainsi dès le début du texte, le narrateur ironise doucement sur la vanité et les préjugés de la société qui accueille la venue de Benjamin.  Cette nouvelle fantastico-philosophique porte aussi un regard critique sur les hommes et la société ; abordant les thèmes de l'apparence, de la différence et des préjugés qui transparaissent dans le refus d'accepter la réalité par le père de B. Button : " si disons, il arrivait à trouver un habit d'enfant très large, il pourrait lui couper cette longue barbe horrible, lui teindre les cheveux, et ainsi dissimuler cette ignominie, et préserver un semblant de respectabilité - y compris son propre rang au sein de la bonne société de Baltimore". La nouvelle, par essence un genre bref, aurait mérité d'être davantage développée tant le sujet est intéressant et foisonnant...

L'Etrange Histoire de Benjamin Button - Bande Annonce (Français)

Benjamin Button, vu par David Fincher
Ne vous attendez pas à une adaptation fidèle : le film reprend le canevas de la nouvelle mais pour mieux broder autour, un fabuleux road movie avec une magnifique histoire d'amour doublée d'une philosophie quelque peu différente de la nouvelle. Si le thème de la différence est repris, énoncé sentencieusement par un pygmée et montrant la solitude de Benjamin, le film prend une toute autre dimension, celle d'une réflexion sur la vie et l'amour.
"On ne sait jamais ce que la vie nous réserve" : effectivement comme un leitmotiv, chaque personnage traduira ainsi sa vision du monde. Rencontre, hasards, morts, naissances, le réalisateur a voulu illustrer le foisonnement de la vie avec un arrière fond historique important. La chance ? elle est illustrée, par exemple, par le personnage comique, frappé sept fois par la foudre. Quant à la mort et aux naissances, elles sont symbolisées par le lieu où grandit Benjamin, un hospice qui lui fait côtoyer la mort très tôt, lui, le nouveau né.
A côté de la prouesse technique des transformations qui font rajeunir Benjamin et au contraire vieillir Daisy, et de la saisie de petits instants très beaux de la vie quotidienne, on peut reprocher à ce film très long, voire trop long, une certaine lenteur de rythme pas toujours nécessaire et une certaine complaisance à être moralisateur. Mais ce qui est touchant, c'est la solitude du personnage, et la pudeur avec laquelle elle est montrée sans tomber dans le mélo et la mélancolie baroque du passage du temps : "rien ne dure" mais "il y a des choses qu'on n'oublie jamais" dit Daisy au seuil de la mort. Malgré ses défauts, Benjamin Button reste un très beau film...

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09 octobre 2010

Psychose d'A. Hitchcock : ISSN 2607-0006

1960 - Psychose - Alfred Hitchcock

Hitchcock (biographie Larousse) est bien sûr reconnu pour ses films angoissants dont le modèle du genre est certainement Psychose. Marion Crane, une sage employée rêve de se marier mais son amant est endetté. Un vieux client fait son apparition et laisse une grosse somme d'argent en billets de banque... Cela tenterait n'importe qui, et surtout notre Marion, qui décide de s'enfuir avec l'argent. Malheureusement, fatigue, remords et orage se conjuguent pour empêcher l'héroïne d'arriver à bon port. Elle finit par s'arrêter dans un motel lugubre près d'un manoir non moins sombre. Là elle fait la connaissance de Norman Bates, un jeune homme solitaire et quelque peu perturbé, pour son plus grand malheur.

Si le début du film peut paraître amusant, avec le badinage des amants et une collègue laide et jalouse ( Elle dit à Marion, que le client vient de la draguer et non elle, parce qu'il avait certainement aperçu son alliance) assez rapidement l'angoisse du personnage s'installe à travers la présence, en voix off, de ses pensées qu'elle ressasse sur fond de musique stridente. Musique grinçante et répétitive, terreur des protagonistes, surimpression d'images, une caméra qui surplombe les personnages créent une ambiance angoissante, un climat d'épouvante et un suspense insoutenable... Qui est ce policier qui suit Marion ?  La soeur de Marion et le détective vont-ils retrouver la trace de celle-ci ?

"J'ai toujours vécu pris au piège", dit Norman Bates. Et c'est bien de piège qu'il s'agit mais qui s'abat sur Marion, prise dans un engrenage implacable. L'horreur s'intensifie peu à peu, de la découverte de la pièce, où Norman Bates aime à se trouver, remplie d'oiseaux empaillés à la découverte du véritable meurtrier. Ce film, réalisé en 1960 n'a pas pris une ride : la folie habite Norman, parfait dans le rôle de psychopathe, face à une victime ne pouvant échapper à un destin tragique et qui culmine avec la scène mythique de la douche. Psychose est un thriller où l'horreur rôde jusqu'à la dernière image : un chef-doeuvre qui vous hantera à chaque fois que vous passerez devant un motel glauque et isolé ou devant un passionné d'oiseaux empaillés.
Psychose, Hitchcock, 1960, avec Antony Perkins et Janet Leigh.

vu dans le cadre du challenge Halloween de Lou et hilde...

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05 octobre 2010

Histoires de fantômes : ISSN 2607-0006

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Lecteurs, aimez-vous les histoires de spectres, les situations sombres et les nouvelles fantastiques ? Vous trouverez cette ambiance et ces thèmes dans ce recueil histoires de fantômes qui rassemble trois nouvelles, dont l'intérêt est assez inégal : La chambre tapissée de Walter Scott, La légende de Sleepy Hollow de Washington Irving et La maison du juge de Bram Stocke.

Walter Scott a remis au goût du jour des traditions écossaises mais aussi ses fantômes. Dans la chambre tapissée, on retrouve des techniques traditionnelles de la nouvelles fantastiques avec un récit cadre. Un officier de retour d'Amérique voyage en Angleterre et découvre un grand manoir - très caractéristiques des manoirs hantés- qui appartient à un ami d'enfance Lord Woodville. Ce dernier lui propose de rester dans le manoir et d'occuper une chambre "antique". Le lendemain, l'intrépide général est absent, sorti à l'aube et lorsqu'il revient c'est pour annoncer brusquement son départ. Pourquoi quitte-t-il aussi soudainement son hôte ?  W. Scott nous livre ici une nouvelle très classique de revenants, assez décevante, l''intrigue étant très conventionnelle est peu développée et sans véritable surprise. L'écriture est banale ainsi que l'histoire qui ne révèle aucune surprise et ménage un assez piètre suspense...

Bram Stocker, connu pour son célèbre Dracula, est l'auteur d'une nouvelle véritablement terrifiante. En 1981, il a écrit La maison du juge, inspiré d'une nouvelle de Le Fanu. Un jeune étudiant en mathématiques, donc très cartésien, recherche une demeure pour réviser seul ses leçons avant un examen. Enfin, il trouve une maison qui le satisfait à tout point de vue :" Il n'y a qu'un seul endroit qui lui plut vraiment car il exauçait, au-delà de toute espérance, son désir  irraisonné de solitude. En fait, il aurait été plus juste de parler de désolation plutôt que de solitude pour rendre compte de l'isolement de la battisse. C'était une vieille demeure, massive et biscornue, de style jacobéen, surmontée de lourd pignon et percée de fenêtres extraordinairement petites et placées bien plut haut qu'il n'est d'usage dans des constructions de ce genre". Ce manoir a été habité par un juge cruel et il l'est maintenant par un rat étrange : " La-bas à droite de la cheminée, sur la grande cathèdre de chêne sculptée, se tenait assis un rat énorme, qui le toisait avec aplomb d'un oeil mauvais". Le vieux manoir isolé, un juge mystérieux, une tempête, des morts brutales et inexpliquées... Voici quelques poncifs des histoires de fantômes mais Bram Stocker arrive à nous effrayer et à nous faire frissonner d'épouvante avec cette macabre nouvelle. L'étudiant est-il fou ? Est-ce que le manoir est réellement hanté ? La description des apparitions du juge et le grouillement des rats sont si vivement décrits que la tension ne cesse d'augmenter ! Il a su créer une ambiance et une atmosphère très sombre, entraînant le lecteur dans ce monde étrange.

La légende du cavalier sans tête d'Irving : D'emblée, l'anti-héros de cette nouvelle nous fait entrer dans un univers comique et champêtre très éloigné des frissons que peuvent provoquer la mention d'un cavalier sans tête... " Il imaginait les pourceaux découpés en belles tranches de lard et en jambons tendes et goûteux et ne pouvait apercevoir la dinde sans se la figurer délicatement troussée, le gésier fourré sous l'aile, peut-être même parée d'un chapelet de saucisse savoureuses, et jusqu'au joyeux chantecler, couché sur le dos, servi en garniture, les pattes en l'air comme dans une postures qu'il avait toujours rêvé de prendre mais à laquelle, par orgueil, il n'avait de son vivant, jamais daigné se mettre. Alors qu'Ichabod, radieux songeait à tout cela, et parcourait, de ses grands yeux verts, les grasses prairies [...] Son coeur aspirait à la demoiselle qui devait hériter de ce domaine [....]" : Ichabod Crane, instituteur sans, le sous rêve d'épouser une riche héritière mais sur son chemin se dresse un adversaire redoutable, le héros local surnommé "Brom Bones"... Ichabod, rêveur incorrigible, croit avoir toutes ses chances, jusqu'au jour où il doit faire face à une terrible apparition... Décidément, les nouvelles mêlant fantôme et humour ne sont pas des réussites et cette nouvelle bien que comique grâce à son héros ridicule, ressemble plus à une blague de potache qu'à une véritable histoire de fantômes !

Trois nouvelles, trois écritures différentes mais trois auteurs de renom qu'il faut découvrir en ces temps d'Halloween... avec Lou et Hilde !

Histoires de fantômes, présentées par Dominique Lescanne, Pocket bilingue, 223 p.

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30 septembre 2010

Tamara Drewe de Stephen Frears : ISSN 2607-0006

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La campagne anglaise est-elle si paisible et si ensoleillée qu'elle en a l'air dans les premières images du dernier film de Stephen Frears ? Dans ses vallons verdoyants, vivent un écrivain à succès mais volage, entouré de sa femme dévouée et désespérée, d'écrivains en résidence, et d'Andy, le jardinier. Pour compléter le tableau, ajoutez deux adolescentes, Jody et casey, à la langue bien pendue qui s'ennuient.... Jusqu'à l'arrivée de Tamara : journaliste londonienne, elle était, plus jeune, le vilain petit canard. Le nez refait, elle revient dans le village natal où elle va perturber la vie de ses habitants et faire tourner bien des têtes.

Abordant tous les aspects de l'amour, des toquades rêvées d'adolescentes à l'adultère, le réalisateur S. Frears s'est amusée à mettre en scène une BD de Posy Simmonds, connue pour son pastiche de Madame Bovary, de manière rafraichissante et satirique. Les écrivains, tous plus excentriques les uns que les autres, sont comiques et caricaturaux, comme l'écrivain à succès, profitant de son aura auprès des admiratrices féminines ou le pauvre universitaire déserté par la muse et qui peine, depuis 2 ans, sur l'écriture d'un essai sur Hardy, dont les amours rocambolesques - ces victoriens nous étonneront toujours -  se font l'écho de ceux de nos personnages... Car les amours de Tamara sont bien mouvementés et les quiproquos, mensonges, jalousie et trahisons s'enchaînent jusqu'à la reconnaissance finale.

Mais le vaudeville n'est absolument pas réchauffé : l'emploi des nouvelles technologies, téléphone portable et internet, renouvelle le genre. L'opposition entre jeune génération et vieux couples, citadins et provinciaux,  permettent à Frears de développer une comédie de moeurs satirique et d'épingler les défauts de chacun : dans ce petit village, tout le monde est au courant de tout, on s'épie allègrement et on n'hésite pas à sortir un fusil pour régler soi-même ses comptes...
En ces temps automnales, si vous avez besoin de fraîcheur et d'humour, jetez-vous dans la salle obscure la plus proche et savourez ce film drôle et irrésistible ! A la fois drôle et émouvante, cette comédie présente une distribution irréprochable et un rythme pétillant. A voir !

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27 septembre 2010

Coco avant Chanel d'Anne Fontaine : ISSN 2607-0006

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"J'ai le dégoût très sûr",  dit celle qui deviendra une des icônes de la mode. Coco avant Chanel est un film biographique, retraçant les premières années de la vie de Gabrielle Chanel qui met l'accent sur la spectaculaire ascension d'une jeune fille orpheline et de condition modeste. Dès les premières images où apparaît le rapport entre le noir et le blanc, qui deviendra l'une des marques de fabrique de Chanel, on voit l'arrivée de celle-ci dans un orphelinat assez sinistre puis ses premiers pas en tant que médiocre chanteuse de cabaret populaire. Parallèlement à son travail de couturière, elle fait la rencontre de deux hommes dont l'un, Balsan, deviendra son protecteur, et l'autre, l'homme d'affaire anglais Capel, l'amour de sa vie... La "cocotte" se révolte contre son époque et décide peu à peu de faire fortune.

Toute la première moitié du film est d'une lenteur soporifique, avec de nombreuses longueurs sur des scènes anodines mais la scénariste a évité l'écueil du pathos : à l'image de la personnalité de la styliste, le film ne tourne jamais au mélodrame. Ce début manque de rythme et les dialogues sans consistance sont plein d'anachronismes assez navrant. Et puis d'un coup, le film bascule.

A partir du succès de Chanel, notre intérêt s'éveille peu à peu : le vrai caractère de Coco s'affirme. Moderne et provocatrice, elle porte les cheveux courts et des chemises d'hommes ; elle refuse de se marier. Différente et originale, elle "veux faire fortune" en créant des chapeaux. Refusant les places et les conventions de la condition féminine, dans ce début du XXeme siècle, aidée au début par Capel, la femme entretenue devient peu à peu une styliste reconnue, une femme d'affaire assez masculine dans son comportement, celle qui n'est pas encore devenue Coco Chanel crée un style anticonformiste et original : tenues de garçon, robes sobres influencées par les robes de religieuses ou les tenues d'orpheline... Ces robes montrent la volonté de Chanel de libérer la femme à travers les simplifications des tenues, l'utilisation du jersey... 

En outre, Coco avant Chanel est aussi un film d'époque : le travail sur les décors est remarquable, de même que les scènes en extérieur comme les plages de Deauville, fleuries de femmes habillées en blanc, ou la campagne entourant le château de Balsan. Vous ne connaissez pas la vie de Chanel ?  Alors regardez ce film pour découvrir le destin inouï  d'une forte personnalité emblématique du chic français, qui n'est pas entièrement une réussite mais qui mérite le coup d'oeil...

Coco avant Chanel, Anne Fontaine, 2009, avec Audrey Tautou, 110 min

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25 septembre 2010

Le chien des Baskerville de Conan Doyle : ISSN 2607-0006

 

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Les aventures de Sherlock Holmes écrite par Conan Doyle (biographie Larousse) sont des mécaniques bien huilées, où s'emboitent logiquement tous les indices. A un début très traditionnel où un client vient demander de l'aide au célèbre détective, suit une narration proche du roman noir avec des histoires de fantômes, légendes et manoirs très sombres.  Le docteur Mortimer expose son dilemme au célèbre Sherlock Holmes : sir Charles de Baskerville vient de décéder. Une terrifiante malédiction frappe cette famille : le premier Baskerville, Hugo, ayant maltraité une femme, finit par succomber sous les crocs d'un gigantesque chien. Son héritier Henry doit-il tout de même habiter la demeure sachant le danger qu'il encourt ?

A partir de ce moment, plusieurs incidents et pistes viennent complexifier l'affaire. Le mystère ne fait que s'épaissir dans ces marais et bourbiers de la lande entourant Bakerville Hall. Fausses identités, plusieurs meurtres et des découvertes stupéfiantes jalonnent cette enquête. S. Holmes use de toutes ses facultés intellectuelles et est des plus actifs. L'auteur développe une ambiance de roman noir tout autour de ces personnages : " Le propriétaire du domaine se souleva pour mieux voir : ses yeux brillaient, ses joues avaient pris de la couleur. Quelques minutes plus tard nous atteignîmes la grille du pavillon : enchevêtrement de nervures de fer forgé soutenu à droite et à gauche par des piliers rongés par les intempéries, marquetés de mousse, surmontés par les têtes d'ours des Baskerville. Le pavillon tout en granit noir et en chevrons nus était en ruine ; mais face à lui se dressait une bâtisse neuve, à demi terminée ; c'était la première réalisation dur à l'or sud-africain de sir Charles. Une fois franchie la grille nous nous engageâmes dans l'avenue ; le bruit des roues s'étouffa une fois encore dans les feuilles mortes : les branchages des vieux arbres formaient une voûte sombre au-dessus de nos têtes. Baskerville frémit en considérant la longue allée obscure au bout de laquelle, comme un fantôme, surgit le manoir". Cependant, une certaine légèreté est apportée par les lettres rapports de Watson, envoyé seul, pour protéger sir Henry, avant le dénouement final, car il apporte une touche de naïveté...

Pour conclure sur les mots de Holmes : "jamais nous avons abattu d'homme plus dangereux que celui qui a sombré quelque part là-dedans". Ce roman policier fort bien mené est une de celle où Conan Doyle use de poncifs du roman noir où l'influence de la littérature victorienne est la plus visible et celle où le surnaturel est omniprésent sans jamais basculer dans le fantastique. Un classique de la littérature policière à lire !

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19 septembre 2010

Le perroquet de Flaubert, Julian barnes

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Parlons tout d'abord un peu de Flaubert ( biographie Larousse) puisqu'il va être question de lui dans le roman de Barnes. Flaubert qui ambitionnait d'écrire sur rien a donc écrit Madame Bovary, L'éducation sentimentale mais aussi la brève nouvelle Un coeur simple. Flaubert, avec une précision documentaire - il n'a pas volé son classement d'auteur réaliste - raconte la vie de Félicité, une servante qui finit par confondre, à la fin de existence, son perroquet et l'esprit saint : dans cette nouvelle, Flaubert fait à la fois la satire d'un monde étriqué et montre son anticléricalisme. Ce perroquet tient une grande place dans la vie de Félicité et dans le livre : elle finit par l'empailler lorsqu'il meurt pour le garder près d'elle, ainsi "enfin il[le perroquet] arriva, - splendide, droit sur une branche d'arbre, qui se vissait dans n socle d'acajou, une patte en l'air, la tête oblique, et mordant une noix, que l'empailleur par amour du grandiose avait dorée" et " L'[image d'Epinal]ayant acheté, elle le suspendit à la place du comte d'Artois, de sorte que du même coup d'oeil, elle les voyait ensemble. Il s'associèrent dans sa pensée, le perroquet se trouvant sanctifié par e rapport avec le Saint Esprit, qui devenait plus vivant à ses yeux et intelligible". Si vous prenez le temps de lire la préface, lecteurs, vous découvrirez une anecdote assez amusante où on dit que l'auteur de Salammbô a fait des recherches ornithologiques, à propos de son perroquet, et il a emporté chez lui un perroquet empaillé : " je le garde pour m'emplir la cervelle de l'idée de perroquet". (Un coeur simple de Flaubert, Livre de poche, 94 p.)

Le perroquet de Flaubert, Barnes, roman stock, 341 p.

Dans Le Perroquet de Flaubert, J. Barnes met en scène un narrateur médecin en pèlerinage à Rouen qui n'est guère ému par les souvenirs de la guerre où pourtant certains de ses amis sont morts, en revanche, il s'attendrit devant la vision du perroquet de Flaubert à l'hôtel de Rouen. Pourtant lorsqu'il voit le même perroquet dans le pavillon de Flaubert à Croisset, il va chercher à savoir quel est le perroquet légitime... Notre cher docteur ne manque pas d'humour et le grotesque flaubertien semble déteindre sur le texte de Barnes. Mais sous sa drôlerie, apparaissent des questions bien plus sérieuses : quelles sont les limites de l'interprétation d'un texte ? Peut-on tout faire dire aux mots ? Il aborde aussi la question délicate de l'écriture d'une biographie. On apprend ainsi des éléments sur la vie de l'auteur notamment sa liaison avec Juliet Hebert et analyse" l'oursinité" de Flaubert : posture littéraire ou véritable solitude de cet auteur ?  Les interrogations amusantes de l'auteur n'en sont pas moins pertinentes.

Cette étude des lettres, des romans et de la vie de Flaubert, qui inclut de nombreuses recherches étymologiques, est un essai qui n'en porte pas le nom. A l'image de l'écriture de Flaubert, Barnes mêle sérieux et comique et des réflexions fines sur les raisons d'écrire. Lecteurs, vous apprécierez ce livre, si vous aimez l'humour british, Flaubert... (ou les perroquets !) car sous forme de digressions désinvoltes et jubilatoires, Barnes nous promène dans l'oeuvre de ce romancier majeur du XIXeme siècle. Un essai vraiment original !

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11 septembre 2010

Hiver arctique / l'homme du lac d' Indridason : ISSN 2607-0006

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Le genre policier a souvent mauvaise presse. Est-ce seulement des romans d'énigmes, des romans à l'écriture peu recherchée ? Sont-ils tous inoffensifs comme peuvent l'être certains romans d'Agatha Christie ou de Patricia Wenworth ?  Parfois c'est le cas, d'autres fois, l'auteur y inclut des problèmes de société, des descriptions, qui sont le reflet de notre siècle. Dans Hiver arctique, l'auteur nous parle des problèmes d'intégration et de racisme envers la communauté cambodgienne implantée en Islande. Lorsque le corps d'un petit garçon cambodgien est retrouvé sans vie en bas de son immeuble, l'inspecteur Erlendur enquête pour savoir quels sont les mobiles de ce crime odieux. 

L'homme du lac renvoie à un contexte moins contemporain, avec des retours en arrière dans les années 60 où de jeunes étudiants islandais étaient envoyés à Leibzig pour étudier, séjours financés par le parti communiste. Dans un lac, qui se vide peu à peu à cause d'une faille créée par un séisme, une femme retrouve le corps d'un homme attaché à un appareil d'écoute russe. Cet objet va mettre Erlendur sur la piste d'un crime ancien lié aux agissements de la Stasi.

Ces deux romans ainsi que le premier roman d'Indridason La cité des Jarres, permettent à l'auteur de décortiquer la société islandaise contemporaine, se teintant parfois d'un arrière fond historique. Certes l'équipe d'enquêteurs autour d'Erlendur peut être qualifiée d'insipide, on a bien des difficultés à s'intéresser à la saga familiale de notre inspecteur à la limite du caricatural entre son ex-femme malveillante et sa fille toxicomane, sa solitude et ses plats surgelés. Sans consistance. L'écriture est d'ailleurs assez banale, et pourtant, l'auteur arrive à nous captiver, malgré un rythme très lent, à nous faire entrer dans ses enquêtes grâce à la peinture des moeurs de sa société : la lenteur du récit, le manque de spectaculaire ou de rebondissements invraisemblables contribuent à renforcer l'atmosphère glaciale et délétère de ce petit état insulaire que l'auteur n'hésite pas à stigmatiser...

Indridason, Hiver artique, Points, 405 p.
 Indridason, L'homme du lac, Points, 406 p.

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08 septembre 2010

Daisy Miller de Henry James : ISSN 2607-0006

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A côté des romans d'aventures d'un Jack London ou des romans "régionalistes" de L.M. Alcott, Henry James (biographie Larousse) développe des romans psychologiques où  le poids des conventions est omniprésent. Il décrit dans Daisy Miller le destin de deux jeunes héros : Winterbourne et Daisy. Leur rencontre en Suisse apparaît d'emblée sous le signe de l'opposition et du contraste : Winterbourne a les préjugés de sa classe tandis que Daisy semble indépendante et libérée. Aime-t-elle Winterbourne ?  "sembler", "paraître" sont des verbes qui conviennent parfaitement à l'héroïne éponyme, car à aucun moment les pensées de Daisy ne sont dévoilées laissant le jeune homme et le lecteur cerner le personnage de la jeune femme. Celle-ci pleine de contradictions ou capricieuse, ne rêve que de vivre entourée d'hommes et d'une société légère, ce qui est jugé inconvenant pour une jeune fille. Mais qui est vraiment Daisy Miller ? Est-elle victime de son caractère libérée, de son indépendance, de son manque d'éducation avec des parents complètement absents ou des préjugés ? Ainsi si on nous livre les atermoiements de Winterbourne, les pensées de Daisy Miller restent opaques...

Au fur et à mesure, le lecteur découvre que Daisy n'est pas si insensible à l'ostracisme qui la frappe mais le narrateur se tait et l'auteur reste dans le sous-entendu et le non-dit, laissant la psychologie du personnage impénétrable : Daisy Miller est un portrait de femme troublant et mystérieux à une époque où les rapports entre hommes et femmes sont inégalitaires. Sur fond d'opposition Europe / Amérique, Henry James brosse un destin individuel qui pose les questions de l'innocence et des préjugés : Daisy est-elle une femme émancipée ou est-elle innocente ? Cultivant une écriture du mystère, Henry James nous laisse juste apercevoir le portrait d'une femme ambiguë et mystérieuse et excelle à dépeindre la destinée d'une femme dans la deuxième moitié du XIXeme siècle.

James, Daisy Miller, Folio 2 euros, 106 p.

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