14 avril 2010

Bravoure d'Emmanuel Carrère

Sur l'impulsion de "découvrons un auteur" de Pimprenelle, nous pouvions, pour le mois d'avril, lire les romans d'Emmanuel Carrère. N'ayant jamais lu de livres de cet auteur et ayant fait l'acquisition récente, au salon du livre de Bravoure, je me suis donc lancée dans l'aventure.

Quelques mots sur l'auteur (biographie édition folio): " Emmanuel Carrère est né en 1957. D'abord journaliste, il a publié un essai sur le cinéaste Werner Herzog en 1982, puis L'ami du jaguar, Bravoure (Prix passion 1984, prix de la Vocation en 1895), Le détroit de Béring, essai sur l'Histoire imaginaire (prix Valérie Larbaud et Grand prix de la science fiction française 1987), Hors d'atteinte ? et une biographie du romancier Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts. Il a aussi signé La classe de neige, prix Fémina 1995, porté à l'écran par Claude Miller, de même que L'adversaire adapté par Nicolas Garcia. En 2003, il réalise un documentaire, Retour à Kotelnitch, et adapte lui-même en 2004, La moustache coécrit avec Jérome Beaujour, et interprété par Vincent London et Emmanuelle Devos. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues."

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Bravoure a pour point de départ une anecdote autour de la création de Frankeinstein de Mary Shelley : chacun des auteurs présents en 1816, près du Lac Léman, devait écrire une histoire de spectres : Byron et P. Shelley, ont très vite abandonné, le docteur Polidori ainsi que Mary Shelley (biographie ici) ont terminé leur récit mais seul celui de Mary Shelley passera à la postérité.

Celui de Polidori fait l'objet d'une étrange controverse autour du véritable auteur : il a été publié sous le nom de Lord Byron. C'est cet aspect que développe l'auteur : le début du roman est extrêmement mystérieux, on découvre un personnages tourmenté, malade, en proie au laudanum. Polidori, après avoir été le secrétaire et médecin de Lord Byron va peu à peu sombrer dans la déchéance et la folie, après de nombreux échecs et humiliations diverses. Soudain, la narration est prise en compte par un certain capitaine Walton, dans une époque récente, - Walton est le nom d'un des personnages de fiction de Shelley - qui réécrit Frankeinstein, en gardant les personnages mais en changeant les événements : Victor Frankeinstein, nom d'emprunt, d'un savant épousera bien Elizabeth dans cette version mais malade, elle est tuée puis ressuscitée par son mari. Cette dernière devient diabolique et tue des personnages de son entourage pour les rendre similaires à elle. Ils vont ainsi former une famille de morts-vivants décidée à remplacer la race humaine.... Suivront aussi l'histoire de Ann, contemporaine de celle du capitaine Walthon et la véritable histoire de Mary Shelley.

Vous l'avez compris, cher lecteur, cette histoire mêle plusieurs genres et imbrique plusieurs intrigues, à tel point que la confusion se crée autour de l'identité des personnages. On apprécie les anecdotes autour de la vie des personnalités littéraires comme Byron, les Shelley... et le style pastichant celui de Mary Shelley : on se retrouve plongé littéralement dans un nouveau Frankeinstein. Mais où s'arrête la fiction ? Où commence la vérité historique ? Quelle est la part de rêve dans ce roman où personne n'est celui qu'on croit et où chacun est en proie à des cauchemars ? Si certaines parties du récit paraissent confuses, j'ai quand même apprécié l'intrigue bâtie comme une énigme littéraire et la création romancée du Frankeinstein de Shelley... Une découverte déconcertante mais qui me donne envie de découvrir d'autres romans du même auteur...

Les autres participantes sont : pimprenelle, Moka, stéphie, Evertkhorus, vanounyme, lili, Penny Lane, Calypso, Mirontaine, Lou, Cynthia, Caro, PrsPepys, Marie L, géraldine, Lasardine, Clara , Djak, Lancelau, Zorane, Cacahuète, Aurore

Bravoure, E. carrère, Folio, 369 p.

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13 avril 2010

Frankeinstein, de Mary W. Shelley

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On connaît tous le mythe de Frankenstein mais connaît-on l'auteur ? Dès la préface, avant même de commencer à lire le roman, on se prend d'intérêt pour la genèse de cette histoire qui est très romanesque.  " Comment moi, alors une jeune fille, en suis-je venue à envisager et exploiter une idée aussi hideuse ?" se demande la romancière, dans la préface.  Jeune fille rêveuse, Mary Shelley ( biographie ici), en 1816, se trouve au bord du lac Léman, avec comme voisin Byron qui leur propose une sorte de jeu littéraire : "chacun de nous va écrire une histoire de spectres". Ecrite plus tard, en 1831, Frankenstein se révèle être bien plus qu'une simple histoire de spectres et mêle habilement "science-fiction", récit d'épouvante et de persécution, roman gothique et fantastique...

La narration virtuose emboite plusieurs histoires : tout d'abord, des lettres de Robert Walton, ancien baleinier et aventurier, sont envoyés à Mrs Savile, sa soeur, en Angleterre. Il lui raconte comment, dans le grand froid du pôle Nord, il a fait la rencontre surprenante d'un jeune homme souffrant poursuivant un homme qui le fuit. Commence alors la narration de Victor Frankenstein qui dès le plus jeune âge souhaite découvrir "le secret du ciel et de la terre".

Son histoire est connue, c'est celle d'un scientifique qui crée une créature si monstrueuse qu'il s'en détourne. Ce dernier, livré à la solitude et à la haine des hommes, de bon et vertueux devient maléfique. Pour se venger de son créateur, il tue les êtres chers à Victor, et sème la mort sur son passage. La traque de la monstrueuse créature commence...

Tout le début du récit est marqué par l'exaltation romantique du jeune chercheur qu'est Frankenstein et manque de rythme jusqu'au moment où la créature prend vie. Puis les rebondissements s'enchaînent laissant une large place à la sublime nature, proche des poèmes  de P. Shelley. De nombreuses références littéraires sont faites à la littérature de l'époque, de Goethe à Milton... Des meurtres se succèdent et des innocents sont accusés à tort. La confrontation entre Frankenstein et sa créature est haletante : qui survivra ? La créature aura-t-elle la victoire sur ce créateur qui l'a rejetée ? Le lecteur suit les traces des deux personnages de Oxford en Russie... à travers une narration entrecoupée de lettres, et de récits faits par divers narrateurs... Après un début difficile et ennuyeux, cette lecture s'est révélée passionnante : un mythe à découvrir...

Un autre avis sur le bookophile...

Mary Shelley, Frankenstein, Livre de poche, 327 p.

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11 avril 2010

Réponse du jeu concours : quizz 1

Qui sont ces célèbres romancières ?

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Les réponses sont :
1) Madame de La Fayette
2 ) Daphné du Maurier
3 ) Françoise Sagan
4 ) George sand.

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Merci à tous les participants, Titine, Lou, Fleur, Corinneb, Hervé, Keisha, Mango, Marie, Lalardie, Cécile, Alicia., Mylène et Véro.
Félicitations à tous ! Et le sort désigne (Oui, la photo n'est pas nette, je sais, suspense...), comme gagnante : MANGO !!!!

Mango, peux-tu m'indiquer ton adresse dans "contact auteur" pour que je puisse t'envoyer le DVD neuf, Marie Antoinette de S. Coppola ? A bientôt pour d'autres jeux...

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Le chateau Miromesnil, Maupassant

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Le château Miromesnil, où naquit Maupassant ( biographie ici), allie admirablement différents styles : la façade sud est de style Henri IV, très sobre à dominante rouge, brique de Varengeville et grise, pour les ardoises. Deux tours défensives ont subsisté d'anciennes  fortifications. La façade Nord présente un style Louis XIII monumental, réaménagé au XIXeme siècle : elle est ornée de masques, de guirlandes et de pilastres... Les pièces sont vraiment admirables avec des ambiances XIXeme siècle, tapisserie à fleurs, gravures avec des femmes en tenue d'époque, un piano ayant appartenu à Laure de Maupassant et des meubles Louis XVI...

Maupassant naquit donc dans l'une des tourelles, et tous ses romans sont imprégnés de cette Normandie natale : Boule de suif, son premier succès se déroule à Tôte... On peut voir, dans ce château, quelques souvenirs rattachés à cet écrivain, tels qu'une lettre adressée à Flaubert ou son acte de naissance... Mais ce lieu est riche historiquement puisque, ici, a aussi habité le marquis Armand Thomas de Hue, juriste, homme humaniste, qui supprimera notamment la question préalable. Ses appartements contiennent de magnifiques objets tels qu'une boîte à secret en ivoire, ses livres...

Non loin du château se trouve une petite chapelle, très sobre extérieurement mais qui renferme de très beaux vitraux, jaune d'argent du XVIeme siècle. Autour du château, se déploie un magnifique parc, dominé par un cèdre du Liban, des magnolias et des rosiers et un jardin botanique "mix border" (pour les anglophiles amoureux de la nature... ),

Dommage que ce lieu ne soit lié qu'à la naissance de Maupassant, donc il n'y a que peu de souvenirs sur l'auteur... La visite fut tout de même extrêmement agréable... A visiter pour tous ceux qui aiment l'esthétique XIXeme siècle et les ambiances bucoliques...

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J'ai acheté ce livre Choses et autres de Maupassant en souvenir...

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10 avril 2010

Le secret de Wilkie Collins

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Qui est-ce ? Si je vous dis que c'est un auteur victorien, qu'il est le précurseur du roman policier anglais, et qu'il est passé maître des intrigues mystérieuses et sensationnelles. Vous avez deviné ? Bien sûr, c'est Wilkie Collins ! "En cette nuit du 23 août 1829, sur la côte déchiquetée des Cornouailles, la résidence d'été des Treverton n'est plus que silence et ténèbres. Le manoir tout entier est suspendu aux battements du coeur de la maîtresse de maison qui rend bientôt son souffle, laissant derrière elle un époux accablé, une fillette en pleurs et beaucoup de questions sans réponses. Que contient par exemple, cette mystérieuse lettre confiée par Mrs Treverton à sa femme de chambre avant de mourir ? Et quel terrible secret Sarah Leeson préfère-t-elle dissimuler dans la demeure familiale avant de disparaître, s'opposant ainsi aux dernières volontés de la défunte ? Un secret suffisamment effroyable pour que, des années plus tard, la domestique sorte de son silence afin d'empêcher Rosamund Treverton de retourner sur les lieux de son enfance, au risque d'y perdre son âme... (Quatrième de couverture).

Voici trois bonne raison d'aimer Le secret :

- Quel est ce secret dont parle le titre ? Le suspense, dans ce roman est terriblement bien maintenu jusqu'aux derniers chapitres ! Bien qu'ayant des soupçons, le lecteur n'apprend la résolution de l'énigme que vers la fin du roman... L'intrigue se tisse autour de dialogues, qui en paraissent presque longs, tant on voudrait connaître le fin mot de l'histoire ! Ce qu'on aime aussi, c'est que la découverte du secret se fait toujours d'une manière littéraire...

- Que dire des personnages ? Contrairement aux personnages habituellement très troubles des romans wilkiens, ici, pas de "méchants". Pas de précipices pour y pousser un rival, pas d'étendues glaciaires pour y abandonner un compagnon détesté, dans Le secret, l'amour triomphe des apparences de la bonne société victorienne... Avec humour, Wilkie Collins développe une galerie de portraits d'excentriques, dont un misanthrope qui rappelle le "Scrooge" de Dickens, merveilleusement et humoristiquement dépeint, une jeune femme qui ne respecte pas les bienséances, une servante courageuse et mystérieuse... Voici un extrait du portrait de Andrew Teverton, le misanthrope : " On sut ensuite, et toujours par de vagues rumeurs, qu'il y menait la vie d'un avare, en compagnie d'un vieux domestique nommé Shrowl, encore plus misanthrope que son maître. [...] Andrew ne se rasait plus, et son domestique avait ordre de laisser, lui aussi, pousser la barbe. En 1844 (Ceci ne doit pas pas être perdu de vue), aux yeux de la partie la plus éclairée du peuple anglais, un homme était réputé malsain d'esprit par ce seul fait qu'il laissait son menton se couvrir de poils que la nature y fait pousser."

- Le secret est un imbroglio romanesque : un château, un fantôme, un secret, la description de la haute société anglaise, des rebondissements nombreux, tous les ingrédients wilkiens sont réunis. Si vous avez lu et aimé d'autres romans de Wilkie Collins  ( Profondeurs glacés, Hôtel hanté, Pierre de lune), celui-ci ne vous décevra pas...

Le secret, Wilkie Collins, édition du masque, 571 p., Lu dans le cadre du challenge dans Wilkie Collins addict de Chryssilda

Merci Alapage pour ce partenariat et l'envoi de ce roman...

 

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07 avril 2010

La maison-musée de Victor Hugo à Villequier

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Sur le bord de Seine, dans la petite ville de Villequier se dresse la maison-musée de celui qui a réuni le grotesque et le sublime dans ses pièces de théâtre, de celui qui voulait "la liberté dans l'art et la liberté dans la société"( Hernani), de celui qui s'est élevé contre Napoléon le Petit : Victor Hugo.

d8a200732033132arc_pht_1_Chaque pièce nous transporte dans l'atmosphère très XIXeme de cette demeure, comprenant une salle de billard, indispensable à l'époque, une reconstitution de la chambre de Léopoldine ou la chambre très rococo de Madame Hugo (Adèle Foucher) ainsi qu'un "bow window" dédié à Juliette Drouet... Actrice dans Lucrèce Borgia, cette dernière a vécu 50 ans dans l'ombre de l'écrivain, et a tout quitté pour lui, lui vouant une admiration sans borne, le suivant dans son exil et lui écrivant quotidiennement... J'ai d'ailleurs acquis, cinquante ans de lettres d'amour, de Juliette Drouet/Victor Hugo que j'ai hâte de découvrir.

Chaque pièce comporte des souvenirs entourant le romancier : des photographies d'Auguste Vacquerie et de Charles Hugo, considérés vers 1852 comme des précurseurs de la photographie, ornent les murs ainsi que des magnifiques dessins au lavis, des illustrations de ses oeuvres, des lettres de Victor Hugo ou de ses enfants et amis. A côté de l'oeuvre de Hugo, on trouve de nombreux témoignages d'amis.
La chambre de Léopoldine est particulièrement émouvante, rappelant le destin tragique de la fille préférée du grand écrivain : sa vie et de celle de son mari est tragique à l'image de la destinée des héros romantiques des romans hugoliens.

La vie d'Adèle est moins présente mais mieux connue grâce au magnifique film de François Truffaut, Adèle H : suivant par passion, jusqu'en Nouvelle Angleterre le lieutenant Pinson, qui ne l'aime guère en retour, elle finit par devenir folle de chagrin. Sa destinée est tout aussi sombre que celle de sa soeur.

"Je veux être Chateaubriand ou rien" : dans la dernière pièce de la maison, sont rassemblées les oeuvres monumentales du célèbre écrivain,de L'homme qui rit (1869) au roman quatre vingt treize (1874) en passant par les Châtiments...
Qui était Victor Hugo ( une exposition virtuelle sur le site de la BNF est consacrée à Victor Hugo) ? Comment vivait-il ? Quelles ont été ses relations avec ses  proches ? Vous trouverez une partie des réponses au musée Villequier qui est une charmante visite à effectuer, enrichissante au niveau de la connaissance de la personnalité de Victor Hugo et de ses oeuvres... et la vue sur la seine est tout à fait magnifique : ce musée est une agréable découverte... J'ai passé un merveilleux après-midi en compagnie de cet auteur et je compte bien, sous peu, découvrir le musée dédié à sa mémoire à Paris...

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05 avril 2010

Jeu concours

Ayant participé à plusieurs jeu-concours qui m'ont beaucoup amusée, j'ai décidé de lancer un petit quizz.
Vous devez reconnaître les romancières, dont vous trouverez les portraits ci-dessous.
Vous pouvez m'envoyer votre réponse dans "contactez l'auteur". Un tirage au sort départagera les gagnantes dimanche 11 avril.

A gagner un DVD de Marie Antoinette de Sofia Coppola (ou autre DVD selon la gagnante)
Quels noms illustres se cachent derrière ces portraits ? A vous de jouer  et amusez-vous bien !!!
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03 avril 2010

Pierre de lune, Wilkie Collins

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Voici encore un roman de Wilkie Collins, qui diffère au niveau de la forme de ses autres oeuvres, mais tout aussi palpitant et surprenant au niveau de l'intrigue... La pierre de lune, prétendue magique et dotée de pouvoir, magnifique et fabuleux bijou, connaît un destin hors norme : volée, perdue, elle arrive entre les mains de Herncastle, d'une manière crapuleuse. Gardée par trois brahmanes, Herncastle arrive à la voler en les tuant lors de la prise de Seringapatam, en 1799. Cinquante ans plus tard, cette pierre maudite atterrit dans les mains de la fille de Lady Verinder, Miss Rachel, le jour de son anniversaire. Herncastle en offrant ce bijou à sa nièce, a-t-il intentionnellement voulu attirer le malheur sur sa belle famille qui l'a rejeté ? Est-elle maléfique ? Le soir même, le bijou est volé.

Deux ans plus tard, Betteredge, le majordome de Lady Verinder, entreprend d'écrire l'histoire du vol de la Pierre de Lune, sur la demande du cousin de Rachel, Mr  Franklin Blake. Qui a pu commettre le vol de la pierre dans une maison barricadée ? Commence une enquête de l'inspecteur Seagrave. Ce dernier, jugé trop sot pour résoudre cette terrible affaire est remplacé par le sergent Cuff, qui se révèle être un détective hors norme, et semble avoir trouvé le coupable. Mais l'affaire de la pierre maudite est loin d'être résolue. La narration des faits entourant le vol, de Betteredge, est suivie de celle d'une vieille fille, Miss clack, nièce de feu John Verinder. Plusieurs plumes se relaient pour retracer l'extraordinaire quête de la Pierre de Lune, peuplée d'hindous fanatiques, de jeunes gens oisifs de la bonne société, de réputations entachées, de servantes voleuses, de détectives amoureux de roses...  et de secrets gardés pour ne pas "braver l'opinion publique"...

Ce roman est une nouvelle découverte palpitante ! On est charmé et amusé par le personnage de majordome, lecteur de Robinson Crusoé : "N'allez pas m'accuser non plus d'ignorance ou de stupidité, si je déclare ici qu'aucun livre n'a jamais égalé ni n'égalera jamais Robinson Crusoé. Je fréquente ce livre depuis des années - généralement accompagné d'une bonne pipe - et il m'a souvent été un compagnon précieux. Lorsque je suis découragé, j'ai recours à Robinson Crusoé. Lorsque j'ai besoin d'un conseil... Vite, j'ouvre Robinson Crusoé...". La narration de l'histoire de la Pierre de lune par le majordome est fort drôle, car sa relation oscille entre superstition  et pragmatisme : dignement, "il avoue que quoiqu'il arrive dans une maison, vol ou meurtre, le petit déjeuner est sacré" ! Le fait que l'histoire soit relatée du point de vue d'un serviteur nous permet de voir le reflet de la bonne société anglo-saxonne à travers des anecdotes : critique acerbe de la justice, a priori sur les aristocrates, remarques misogynes... A travers ces descriptions, c'est toute la société du monde britannique du XIXeme siècle qui revit sous sa plume. Et puis, sa manière d'écrire consciencieusement, amène dans son histoire une avalanche de digressions qui augmente notre impatience de découvrir le criminel... dont le nom est plutôt surprenant. Habilement, parfois il en dit beaucoup et parfois pas assez laissant dans le flou, le lecteur. L'intensité dramatique ne cesse d'augmenter au fil des diverses narrations : l'enquête est rocambolesque, incroyablement complexe à résoudre. Tous les narrateurs ont une personnalité remarquable, tantôt risible - Mr Betterdge en lecteur fanatique de Robinson Cruosé ou Mrs Clake, pour qui même un prude victorien est une âme naufragée ! -, tantôt émouvante, Mr Jenning ou Mr Blake. Wilkie Collins a su admirablement peindre tous ses personnages, faire éclater la vérité de manière théâtrale et scientifique et révéler les secrets cachés sous le vernis pudique de la société victorienne, avec humour, tout en se jouant des nerfs de ses lecteurs !

Quelle diversité dans l'oeuvre de Wilkie Collins ( Il a aussi écrit Profondeurs glacés, L'hôtel hanté) ! On ne s'ennuie pas en compagnie de Wilkie et de cette rocambolesque et diabolique aventure de La pierre de Lune...
Pierre de lune, Wilkie Collins, phébus, Libretto, 504 p.

Lecture dans le cadre du challenge Wilkie collins addict de Cryssilda... L'avis de Titine...

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01 avril 2010

La controverse de Valladolid, de Carrière.

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En 1550, à Valladolid, dans un petit couvent espagnol, une polémique autour du statut des indiens, récemment découverts lors des expéditions espagnoles, fait rage. Une controverse oppose deux hommes radicalement opposés : un dominicain humaniste, Las casas, et un philosophe Sépulvéda. Ces peuples sont-ils humains ? ou sont-ils des esclaves nés ? Les deux hommes vont s'affronter avec en arrière fond un contexte religieux très important.

Le personnage de Las Casas n'est pas sans rappeler un certain Guillaume de Baskerville (Le nom de la rose, d'Umberto Eco) par son humanisme, ses raisonnements. Véritable joute verbale, la rhétorique  des deux hommes est impeccable, que ce soit la persuasion mise en oeuvre par Las Casas en décrivant des massacres sanguinaires pour faire appel à la compassion du lecteur ou la logique implacable mais inhumaine de Sépulvéda n'hésitant par utiliser des comparaisons animales pour parler d'êtres humains.

Cependant, une question plus grave, un sujet plus sérieux est au coeur de cette courte pièce de théâtre, celle du statut des habitants du Nouveau Monde et de la colonisation par les armes. Ces discours sur les races n'ont pas perdu de leur actualité et sont représentés d'une manière dramatique et dynamique pour empêcher toute dimension didactique ennuyeuse. Une pièce à thèse tout à fait convaincante ! Je signale aussi le roman sorti en 1992, en même temps que le film...

La controverse de Valladolid, Carrière, GF, 109 p.

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Film de Jean-Daniel Verharge, avec Jean Pierre Marielle (Las Casas).

En 1991, pour fêter le 500ème anniversaire de la découverte de l'Amérique, un film est commandé à J. C. Carrière, pour la télévision. La pièce de théâtre en est le scénario. Il a un an pour tourner ce film, ce qui explique l'économie des moyens, et son moindre intérêt, une fois le livre lu. Les décors sont sobres et symboliques, plaçant au centre, sur une estrade, une croix et le légat. D'un côté s'agite Las Casas, défendant corps et âme sa thèse, défendant ces indiens qu'il a côtoyés. De l'autre, au contraire, calme et froid, Sépulvéda s'interroge sur le statut de ces peuples tout en usant d'arguments spécieux. Le cadre en contre plongée permet d'augmenter l'intensité dramatique de ce huis clos, qui même s'il réaménage la réalité historique, a le mérite d'aborder et de mettre au jour une page de l'histoire un peu oubliée... L'accent mis sur le discours des personnages amène un certain statisme des acteurs et confère une certaine lenteur, regrettable, au film... Cependant, j'ai beaucoup apprécié, globalement, le film et le livre...

Lu et vu dans le cadre du challenge lunettes noires sur pages blanches, organisé par Happy few.

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31 mars 2010

Le mariage de Figaro de Beaumarchais

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Deuxième opus d'une trilogie composée du Barbier de Séville, de La mère coupable, Le mariage de Figaro marque un tournant dans l'écriture théâtrale de Beaumarchais ( présentation de l'auteur sur le site de la BNF ; les essentiels littérature) : Figaro doit épouser Suzanne mais celle-ci est courtisée par le comte d'Almaviva, marié à Rosine. Mais le mariage ne peut pas être célébré, empêché par le comte mais aussi par Marceline : Figaro est lui-même convoité par Marceline, la vieille femme de charge, qui cherche à faire valoir ses droits à l'aide d'une lettre de dette, où Figaro s'engage à se marier avec elle s'il ne la rembourse pas d'un emprunt. Elle s'allie avec le docteur Bartholo, ancien tuteur et prétendant de Rosine, qui se réjouit de se venger de Figaro. Ajoutons à tous ces personnages, Chérubin, le jeune page du comte, intéressé par toutes les femmes, un jardinier ivre...
Cette pièce n'est pas sous-titrée inutilement "une folle journée" : les intrigues amoureuses se multiplient ainsi que des ruses pour se jouer soit du comte, soit de Figaro. Les actions s'imbriquent à un rythme très dynamique avec de nombreux déguisements, témoins cachés, non pas pour donner une dimension comique mais romanesque à cette pièce. En effet, une scène de reconnaissance, un jugement et les sujet du mariage et de la justice donnent une dimension sérieuse à l'intrigue. Beaumarchais traite de la question du mariage avec originalité puisque le mariage ne marque pas le dénouement de la pièce mais devient une des actions principales de cette folle journée, en outre, il  dépeint aussi l'après-mariage à travers le couple que forme le comte et Rosine, Le mariage de Figaro se situant trois ans après Le Barber de Séville.
Après Molière, les comédies se rapprochent du drame et les dénonciations de la justice, des abus de la noblesse font de cette pièce une véritable satire très enlevée.
Le mariage de Figaro, Beaumarchais, GF, 222 p.

 Lu dans le cadre du challenge j'aime les classiques ! de Marie L .

Posté par maggie 76 à 22:18 - - Commentaires [4] - Permalien [#]