08 juillet 2012

Miss Mackenzie d' Antony Trollope : ISSN 2607-0006

 

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Dans sa préface, Jacques Roubaud raconte qu'il lisait "une ration trollopienne" tous les matins... Mais comment as-t-il pu ne lire qu'un chapitre par jour ? Une fois ouvert, on n'a plus envie de refermer un roman de Trollope : les nombreuses apostrophes aux lecteurs et les interventions du narrateur incessantes nous invitent au contraire à poursuivre la lecture de cette prose si romanesque et en même temps si subtilement ironique. Dans Miss Mackenzie, on découvre une héroïne confrontée à un monde qu'elle n'a jamais connue, confinée jusqu'à-là à un rôle d'infirmière auprès de son frère malade. Lorsqu'elle devient une héritière richement dotée, elle attire aussitôt de nombreux prétendants : que fera Margaret Mackenzie ?

"La brebis n'était pas assez moutonnière pour l'écouter" : chacun sait qu'une femme sous l'époque victorienne était peu de chose, exceptée lorsqu'elles avaient de l'argent... A chaque page, on sent combien cette société est guidée par l'argent et le souci de la hiérarchie sociale. Mais l'héroïne échappe justement au stéréotype de l'oie blanche naïve, tout en restant généreuse, faible parfois mais toujours honnête. Le destin de Margaret est semé d’embûche et de quantité de personnages hauts en couleur comme la haïssable Mrs Mackenzie, mère de sir John, ou d'un clergyman plutôt sorti des enfers que d'une église...

" Voyons, ma tante, vous n'allez pas me dire que vous croiriez ce que dit miss Dumpus. D'après miss Dumpus, une jeune fille de plus de quatorze ans ne devrait jamais rire tout haut. Comment peut-on changer sa façon de rire le jour où on a quatorze ans ? Et pourquoi ne pas dire qu'un homme est beau s'il est beau ?". Bien entendu, en bon victorien, A. Trollope ne se contente pas de brosser des portraits mais décrit les mécanismes de cette société en ironisant sur les bienséances et surtout il dresse une inoubliable peinture des Stumfoldiens, (pour qui jouer aux cartes, c'est être dépravé) petite société mesquine, imbue d'elle-même, hypocrite... En vraie Trollopienne, je compte bien lire d'autres romans de cet auteur dont la prose est un ravissement...

 Trollope, Miss Mackenzie, Le livre de poche, 509 p.

Lecture de Titine ici, billet de Céline, d'Adalana, YS, dasola...

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03 juillet 2012

Raison et sentiments de J. Alexander : ISSN 2607-0006

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Raison et sentiments en cinq portraits :

" Elinor, sa fille aînée, dont l'opinion avait eu tant de poids, était doué d'une force d'intelligence et d'une netteté de jugement qui faisaient d'elle, bien qu'âgée seulement de 19 ans, le conseiller habituel de sa mère et lui permettait de tempérer fort heureusement la vivacité de Mrs Dashwood qui l'aurait entraînée bien des fois à des imprudences. Elle avait un coeur excellent ; son tempérament était affectueux et ses sentiments profonds, mais elle savait les gouverner. [...] Marianne disposait, à beaucoup d'égards, des mêmes moyens que sa soeur. Elle était sensée et perspicace, mais passionnée en toutes choses, incapable de modérer ni ses chagrins ni ses joies. Elle était généreuse, aimable, intéressante, bref, tout, excepté prudente." (p. 11).

"Il [John Dashwood] n'avait pas une mauvaise nature, à moins qu'on qualifie ainsi la sécheresse de coeur unie à pas mal d'égoïsme ; mais il était considéré, en général, comme un homme respectable, car iil se conduisait correctement dans les circonstance ordinaire de la vie quotidienne. [...] Mrs John Dashwood était la vivante caricature de son mari ; d'esprit plus étroit encore et de caractère plus égoïste." (p. 9).

"Je suis convaincu, dit Edward, que vous ressentez réellement, devant une belle perspective, tout le plaisir que vous affirmez ressentir. Mais, en retour, votre soeur doit admettre que je n'en ressens pas plus que je ne dis. Je goûte un beau point de vue, mais pas sur des principes pittoresque. Je n'aime pas les arbres difformes, tordus, dévastés. Je les aime bien mieux lorsqu'ils sont droits, fermes et florissants. Je n'aime pas les cottages en ruine, à l'abandon. Je ne suis pas amoureux des orties, des chardons et des bruyères. J'ai plus de plaisir à voir une ferme modèle qu'une tour de guet, et une troupe de villageois heureux et bien tenus me plaît plus que les plus beaux beaux bandits du monde". (100)

"Mrs Dashwood plut également à Lady Middleton. Il y avait chez toutes les deux un égoïsme et une sécheresse de coeur qui les attiraient mutuellement ; et elles communiaient, l'une, l'aure dans une insipide correction et un manque complet d'intelligence." (p. 228)

"En dépit de toutes les améliorations et embellissements qu'il [sir John Dashwood] avait entrepris à Norland, en dépit des millions de livres qu'il avait failli vendre à perte, on découvrait aucun signe de cette indigence à laquelle il avait essayé de faire croire, aucune pauvreté n'apparaissait si ce n'est dans la conversation ; mais là le déficit était considérable." ( p. 232)

Jane Austen ne condamne pas les sentiments mais un romantisme échevelé, une sensibilité extravagante, incarnée dans l'une des soeurs Dashwood... Tout comme dans les autres romans de l'auteur, des héroïnes sont en butte à de nombreux obstacles, incarnés dans l'inconstance des hommes, la cupidité des femmes, l'aveuglement de toute une société pétrie de préjugés et de vanité. Quelle fabuleuse galerie de portraits agrémentée de vifs dialogues ! La mini-série, bien que fidèle, me semble un peu trop jouer sur le mélodrame : pourquoi avoir fait de Margaret une Cosette transportant l'eau du puits ou transformer les soeurs Dashwood en parfaite femme d'intérieur, alors que le roman ne l'évoque jamais ? Le réalisateur accentue aussi l'aspect gothico-romantique des paysages en filmant des falaises escarpées et des mers déchaînées, paysage état d'âme en relation avec les coeurs passionnés des soeurs Dashwood, faisant de Marianne une grande sentimentale attrapant une fluxion de poitrine, en se promenant sous la pluie battante, par nostalgie... En revanche, cette série manque singulièrement d'humour, là où Jane Austen raille, caricature ses contemporains, les femmes sottes comme Mrs Palmer, ou sa mère Mrs Jennings, le réalisateur passe rapidement, et préfère les envolées sentimentales... Après la version d'Ang Lee, j'ai trouvé cette mini-série d'esprit moins victorien... Mais Janéite ou pas, infidélités ou pas, la magie opère toujours avec les romans et les adaptations de Jane Austen.

Austen, Raison et sentiments, 10/18, 382 p.

Raison et sentiments, de J. Alexander BBC avec Charity Wakefield, Dominic Cooper, Dan Steven, Hattie Morahew

Participation au challenge back to the past organisé avec Lou.

Raison(1), sentiment(2), L'amour (3)et la méchanceté (4)

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02 juillet 2012

Mais qui a tué Harry ? de Hitchcock : ISSN 2607-0006

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Quand on sait que The trouble with Harry est adapté d'un roman britannique dont l'auteur est Jack Trévor Story, on comprend mieux l'humour absurde et anglais qui préside aux dialogues et aux situations du film. Cette joyeuse comédie commence par la découverte d'un cadavre. Miss Graveley s'exclame : " Il semble qu'il y ait un petit ennui", en voyant le capitaine Albert Wiles traînant le mort. Doux euphémisme... suivi d'une proposition de prendre une tasse de thé : le décalage entre les propos des personnages et les situations crée de l'humour tout au long du film, où une série de scènes illogiques et cocasses se succèdent. Quant à la femme, Jennifer, en apprenant la mort de son mari Harry, elle déclare satisfaite : " M'en voilà débarrassée" !

Mais qui a tué Harry est aussi un faux film policier, car finalement le shérif ne fait qu'une brève apparition bouffonne où son seul indice est le témoignage d'un sans-abri, voleur des chaussures de Harry et d'un dessin qu'aussitôt le peintre - Sam - modifie, le détruisant ainsi mais une vraie comédie avec de nombreuses idylles qui se nouent tout autour de ledit cadavre... En revanche, s'il y a un vrai mort, les fausses causes apparaissent toutes plus absurdes les unes que les autres : Miss Graveley pense l'avoir tué avec un coup de talon, alors qu'Harry venait juste de recevoir un coup de poêle sur la tête, coup venant de sa femme !  Il est vrai qu'à certains moments, le scénario se fait volontairement répétitif et malheureusement plus languissant : comme le capitaine Albert, on irait bien dormir un peu... Mais ce film est la rencontre de l'humour britannique avec l'humour macabre de Hitchcock. Humoristique et atypique dans l'oeuvre de Hitchcock, n'attendez pas pour découvrir cette hilarante comédie macabre...

En ce qui concerne les anecdotes tournant autour de ce film, on peut citer la première apparition de Shirley Mac Laine qui a eu un Academy Award pour ce rôle, mais que je n'ai pas trouvé particulièrement remarquable, j'ai préféré le flegme tout britannique de l'acteur Edmund Gwenn (Albert Wiles, le capitaine) ou la cocasserie du jeu de John Forsythe en peintre déjanté et enjoué malgré la situation. Les making-of insistent aussi sur les déboires atmosphériques qu'a connu le réalisateur : Hitchcock a dû recréer les forêts automnales en studio, en faisant peindre et coller les feuilles orangées et or à des arbres ! Et encore une fois, Hitchcock fait une brève apparition, le trouverez-vous ?

Mais qui a tué Harry ? / The trouble with harry, Hitchcock, 1955, 1h35,

Autres films : La corde, Psychose,

Participation au challenge " Hitchcock" organisé par Titine et Sabbio. visionnage commun avec Titine, son billet ici.

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30 juin 2012

Monet " un oeil...mais bon Dieu, quel oeil !" de Sylvie Patin : ISSN 2607-0006

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Si vous passez près de Giverny, arrêtez-vous pour visiter le jardin de Monet d'une beauté équivalente à ses fameux tableaux tels que les Nymphéas. Regardez aussi le documentaire  " Claude Monet à Giverny, la maison d'Alice" : à partir 1883 et jusqu'à sa mort, le peintre va vivre entouré de sa famille, au milieu de son jardin, peignant sans relâche les effets de lumière sur un même objet. A travers la lecture de lettres d'Alice Hodesché, seconde femme de Monet, et de nombreuses photographies, on nous dévoile la personnalité du peintre impressionniste tout en évoquant ses différentes oeuvres. On y découvre un homme passionné par la nature, et d'une grande exigence par rapport à son art : Monet détruit ses tableaux lorsqu'il est insatisfait et la femme à l'ombrelle reçoit même un grand coup de pied qui déchira la toile. Peintre de "plein air", les lettres évoquent aussi les sorties de Monet avec sa fille Blanche pour peindre les sujets à l'extérieur même si le temps pluvieux l'empêche souvent de sortir... Ce documentaire permet de découvrir un Monet plus intime...

 "- Que représente cette toile ? Voyez le livret. Impression, soleil levant.

- Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression la-dedans" : Louis Leroy, écrivait dans Le charivari en 1874 ce faux dialogue, à qui l' on attribue d'ailleurs l'origine du mot impressionniste, pour critiquer ces peintures d'une facture nouvelle. Raillé à ses débuts, Monet a bien des difficultés à vendre ses tableaux ou à les faire exposer dans les salons annuels. Boulevard des capucines*, Le pont du chemin de fer (1874) ou La gare Saint-Lazare ( 1877) font de Monet un peintre de la modernité, peignant la ville, les bouleversements haussmanniens, le fugitif : dans le Boulevard des Capucines, n'a-t-on pas l'impression qu'il a saisi un instant, un mouvement ? A partir des années 90, les "séries" permettent au peintre de trouver sa manière : il peint le même motif, du même point de vue, en faisant varier le moment. Jouant ainsi sur les effets de la lumière dont les exemples les plus spectaculaires sont la série des cathédrales et  des peupliers. Alors que le peintre chemine vers la reconnaissance officielle, sa vision devient plus audacieuse dans un tableau comme Londres le parlement, avec les effets de brouillard qui prime sur le sujet - qui n'est pas sans rappeler un Turner - ou  Falaise à Varengeville (1897), proche de l'abstraction. En regardant cette monographie sur Monet, très richement illustrée, on a envie de s'exclamer comme Cézanne : " Monet, ce n'est qu'un oeil... Mais bon Dieu, quel oeil ! ".

Monet " un oeil... mais bon Dieu, quel oeil ! ", Découverte Gallimard, Sylvie Patin, 167 p.

Participation au challenge "l'art dans tous ses états" de Shelbylee

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* Boulevard des capucines, 1873

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28 juin 2012

Lettres à Malesherbes de Rousseau : ISSN 2607-0006

 

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" Intus et in cute " : Rousseauistes et anti-rousseauistes, profitez du tricentenaire de la naissance Jean-Jacques Rousseau ( présentation les essentiels Littérature sur le site BNF) pour visionner sa biographie sur arte (ici). A travers des interventions de romanciers et d'universitaires, on redécouvre la personnalité très ambiguë, très paradoxale d'un des plus connus et des plus controversés des philosophes des Lumières. Avec force citations, on apprend donc que Rousseau dramatise sa naissance en en faisant le premier de ses malheurs : " je coûtai la vie à ma mère" (Les confessions). Puis sont évoqués les grands moments de la vie tels que la rencontre avec Mme de Warrens, " maman", et ensuite celle avec Diderot et les philosophes. Le discours sur les sciences et les arts, puis l'Emile provoque une rupture avec les philosophes et l'isolement progressif de Rousseau jusqu'à l’île Saint Pierre... L'avantage de ce petit documentaire retraçant chronologiquement la vie de Rousseau est de faire entendre un opéra de l'auteur, Le devin du village et de clarifier certains faits par rapport au contexte, notamment lorsque Rousseau abandonne ses enfants, la place de la musique dans la vie de Rousseau ainsi que son refus d'être pensionné par le roi...Un documentaire que je conseille vivement !

"Il n"y a que le méchant qui soit seul" ( Diderot, Le fils naturel) : Présenté comme le "sommaire des confessions, Les lettres à Malesherbes sont extrêmement intéressantes pour embrasser tout le système philosophique de Rousseau ainsi que les grandes étapes de sa vie. Après sa rupture avec Diderot, on l'accuse d'être " méchant".  Pourquoi s'est-il isolé dans le "désert" de Montmorency ? Fait-il preuve "d'ostentation" ou de la " vanité qu'on a tant reproché aux anciens philosophes "? Rousseau, dans 4 lettres, se justifie et argumente pour persuader Malesherbes mais aussi les lecteurs "qu'aucun ne fut meilleur que [lui]. Il se peint donc " sans fard et sans modestie" ( le contraire eut été étonnant) et décrit son bonheur dans "sa retraite", annonçant par ses "chimères", " ses imaginations", les futures rêveries du promeneur solitaire. D'où lui vient ce goût de la solitude ? Comment est-il devenu écrivain ? Avec une écriture très rhétorique, Rousseau se justifie en exposant son système de pensée tout en faisant preuve de beaucoup de complaisance à s'admirer et à se décrire sous les aspects les plus positifs. J'ai découvert et lu avec plaisir ces lettres privées montrant un Rousseau - d'un orgueil inégalable - tel qu'il apparaîtra dans les Confessions...

Rousseau, Lettres à Malesherbes, Livre de poche, p. 124.

billet de Mango et Emile et sophie lu par Céline.

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24 juin 2012

An education de Lone Scherfig : ISSN 2607-0006

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 Quel biopic bien réalisé ! Quelle gageure réussie ! Pourquoi parler de gageure ? Lorsque la journaliste Lynn Barber livre en une douzaine de pages un moment de sa vie qu'elle a longtemps tenu secret, le romancier Nick Hornby métamorphose cette petite histoire biographique en scénario vivant et impertinent. Si l'histoire est somme toute assez convenue, l'interprétation des acteurs est réussie. Sous la pluie, un jour, une lycéenne Jenny rencontre un bel homme séduisant et riche (Jack) dont elle ne tarde pas à tomber sous le charme. Entre la vie ennuyeuse de ses parents et les soirées jazz, entre sa vie de lycéenne terne et les amis éblouissants et frivoles de son nouvel ami, entre une vie d'étudiante à Oxford et des virées à Paris, Jenny a vite fait son choix ! "l'action fait le personnage", comme dirait le professeur de littérature de Jenny et c'est dans un tourbillon que nous emporte les personnages.

La réalisatrice a réussi une jolie peinture de l'Angleterre des années 60, notamment en filmant le milieu petit bourgeois très conservateur, économe et antisémite... bien incarné dans le personnage du père de Jenny, Jack ( Alfred Molina), qui pense que prendre une année sabbatique après le lycée, c'est être un "blouson noir" ou un "juif errant". De facture très classique, on nous livre aussi de jolis portraits très humains, parfois lâche (David), reconnaissant leurs erreurs et leurs faiblesses ( Jack)... C'est toute une nouvelle époque qu'on nous montre avec non plus le dilemme entre le mariage d'amour ou d'argent mais le choix entre des études et se marier... C'est peut-être bien pensant mais c'est aussi bien pensé...

An education de Lone Scherfig, 2010, avec Carrey Mulligan et Peter Sarsgaard, 1h35.

Vu par Lou, et Dasola qui n'a pas aimé...

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23 juin 2012

Le mariage de Maria Braun de Fassbinder : ISSN 2607-0006

Le Mariage de Maria Braun ( bande annonce VOST )

Si vous avez déjà vu un film de Fassbinder, vous n'aurez certainement pas oublié son esthétique si particulière, son anticonformiste... ni ses scénarios souvent cruels et cyniques. Après avoir vu Tous les autres s'appellent Ali, j'ai visionné Le monde sur le fil. C'est une oeuvre atypique de ce réalisateur, étant donné que loin de se faire le " secrétaire de la société Allemagne", il développe un monde futuriste dans lequel Fred stiller est un scientifique qui découvre un ordinateur "le simulacron" permettant de prévoir virtuellement le comportement des gens dans le futur. Assez vite, des questions sur la cybernétique, le réel et le virtuel, les progrès technologiques surgissent. Si l'intrigue est assez éloignée de l'univers traditionnel de Fassbinder, l'esthétique peu conformiste de Fassbinder qui privilégie des scènes sans personnages secondaires, avec des acteurs dans des poses artificielles est bien présente....

Mais de tous ses films, Le mariage de Maria Braun reste son chef d'oeuvre ou son film le plus populaire : pas étonnant du reste, vu le classicisme de l'image plus froide et directe. Les premières séquences du film montrent une photographie d’Hitler au moment même où le maire demande à Maria et Hermann : Promettez-vous de jurer fidélité ?". Maria Braun y figure une sorte d'Allégorie de l'Allemagne post-nazie où des ruines surgit le miracle économique allemand des années 50. L'actrice fétiche de Fassbinder - Anna Schygulla - y incarne avec force une femme passionnée, poussée sur les chemins de la vie, par l'amour, mais c'est aussi le destin de l'Allemagne qui se déroule sous nos yeux, illustrant une citation de Edgar Reitz  :" L'Allemagne est un livre d'histoire avec des pages arrachées". On y retrouve la même critique de la société bourgeoise que dans Tous les autres s'appellent Ali... Ne manquez pas ce très bel hommage à l'enfant terrible du Nouveau Cinéma allemand...

Un cycle sur arte présente les oeuvres cinématographiques d'un des réalisateurs les plus féconds de l'Allemagne de l'après-guerre. Vous pouvez encore visionner Le mariage de Maria Braun, Fassbinder, 1978, 115 min et un documentaire "il était une fois le mariage de Maria Braun".Et plus de renseignements ici sur le site d'Arte et sur le site de Dasola.

Autres oeuvres: Tous les autres s'appellent Ali

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20 juin 2012

The duchess de Saul Dibb : ISSN 2607-0006

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Le biopic de Geiorgiana Spencer* devenue duchesse du Devonshire est une romance historique, inspirée du livre biographique sobrement intitulé Geiorgina, duchesse du Devonshire d'Amanda Foreman, qui était présente sur les lieux du tournage. Malheureusement, le réalisateur s'intéresse davantage à la romance qu'à l'histoire. Si l'histoire sentimentale est filmée dans ses moindres détails, la participation de cette illustre femme du XVIIIeme siècle au parti libéral est traitée à la légère, entre deux scènes passionnées avec Charles Grey, futur premier ministre. Surnommée la" duchesse scandaleuse", elle influence la mode, fait les gros titres des journaux à scandales, joue et boit pour oublier un mariage malheureux et douloureux.

Tournée sur les lieux réels, le manoir de Chatswoth, cette biographie reste une belle reconstitution notamment pour les sublimes décors et les extravagants costumes qui ne sont pas sans rappeler une certaine caricature de Montesquieu : "Quelquefois les coiffures montent insensiblement ; et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d'une femme au milieu d'elle-même : dans un autre, c'était les pieds qui occupaient cette place ; les talons faisaient un piédestal, qui les tenait en l'air. Qui pourrait le croire?".

Oscar des meilleurs costumes, ce film est classique et plat, si plat qu'on s'ennuie légèrement malgré tous les scandales de la duchesse et le jeu des acteurs. Keira Knightley incarnent très bien une femme souffrante mais très en vue et Ralph Fiennes, un mari brutal et odieux....

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* portrait de Geiorgiana Spencer par Gainsborough

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The duchess, Saul Dibb, avec Keira Knightley, Ralph Fiennes, 2008, 1h45.

Participation au challenge " Back to the past, organisé avec Lou.

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19 juin 2012

L'avare, adapté par Girault : ISSN 2607-0006


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Harpagon est devenu une antonomase : il désigne un avare... créé par Molière. Ledit Harpagon est obnubilé par sa cassette contenant 10 milles écus, au point d'en être mal habillé et de vouloir obliger ses enfants à se marier par intérêt ; sa fille Elise à un vieux barbon qui accepte une mariée sans dot et son fils à une vieille fausse douairière, très riche mais aussi très laide. Ce personnage caricatural et ridicule est incarné par Louis de Funes qui ne se prive pas de ses habituelles mimiques... avec un excès qui finit par enlever l'aspect désopilant qu'a ce personnage au premier abord.

La mise en scène oscille entre un grotesque burlesque avec arrachage de cheveux véritable - le texte moliéresque est pris à la lettre -  et un aspect plus littéraire avec des passages de l'Avare sur les murs de la maison du vieux pingre, ou l'apparition du roi assistant à la scène comme dans la tradition des théâtres du XVIIeme siècle. Si le texte est respecté à la lettre, et on ne peut que louer cette bonne intention, de nombreuses scènes farcesques sont rajoutées comme une nonne poursuivant notre avare pour avoir la pièce de sa quête, ou le vêtement en paon lorsque Harpagon fait la cour à Mariane... Je crains que la diction très rapide des personnages ne rende difficilement compréhensible les paroles des personnages, pour qui n'a pas lu la pièce, et l'aspect comique est excessivement développé au point de faire rire de manière sarcastique à la énième grimace de Funes.

L'avare de Jean Girault reste un diversement qui manque de subtilité, même si certaines scènes sont vraiment drolatiques avec des valets rasant les murs pour ne pas montrer leur haut de chausse troué... ou un Harpagon se tenant la main pour s'empêcher de se voler et s'apercevant que c'est sa propre main... Quelques clins d'oeil sont réussis, les apartés sont bien mis en scène, le tout est enlevé mais manque singulièrement de finesse...

 Molière, L'avare, GF.

L'avare, Jean Girault, avec Louis de Funes, 1980, 1h57.

Challenge "en scène" de Bladelor.

 

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15 juin 2012

Les soeurs Brontë de d'André Téchiné : ISSN 2607-0006

 

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Les soeurs Brontë est une biopic qui ne suit pas l'imagination d'un cinéaste, en l’occurrence Téchiné, fantasmant la vie des Brontë à travers leurs romans mais une biographie très lacunaire, très documenté et sobre. "Je crache sur l'amour et sa vanité", dit avec force Emily Brontë - incarnée par la talentueuse I. Adjani - la plus sauvage, la plus exaltée des trois soeurs, arpentant la lande habillée comme un homme. Quels portraits de femmes talentueuses et fascinantes ! Le destin des trois soeurs semble tragique, enfermées dans la lande déserte, venteuse et aride. Et pourtant, dans cette nature immense et sauvage, elles ne cessent d'écrire. Si leur vie paraît terne, leur imagination est fertile - chacune ayant écrit un chef d'oeuvre - s'inspirant de leur vécu comme la rencontre avec leur précepteur bruxellois Héger, leur relation avec leur frère, leur propre expérience de préceptrice humiliée par des riches employeurs méprisants...  Sous le ciel menaçant, dans la solitude, les soeurs assistent au désastre de leur frère Branwell : artiste peintre, il est détruit par le manque de reconnaissance envers son art et un amour impossible.

 On imagine une vie flamboyante pour les auteurs des Hauts de Hurlevents et de Jane Eyre, mais la réalité est tout autre : si elles sont habitées par leur passion de l'écriture, elles sont aussi écrasées par ce monde d'hommes, enfermées comme dira leur frère "comme dans une cave", obligées de prendre des noms d'hommes pour écrire. Elles sont contraintes aussi de travailler et de se plier aux normes sociales...

Étonnant que le réalisateur parle, dans le documentaire intitulé "les fantômes de Haworth", d'un film sur le frère alors que c'est le trio d'actrices qui crèvent l'écran, esthétisées comme des femmes de peintures préraphaélites.  Ce ne sont pas seulement Charlotte, Anne et Emily qui apparaissent dans une beauté picturale, les paysages du Yorkshire qui envahissent les petites saynètes sont aussi esthétisés et encadrés comme des tableaux... Dommage que les petites séquences soient si courtes, formant une vie en pointillés... J'ai aimé cette souffrance, cette passion qui affleurent dans le comportement d'Emily Brontë dont le caractère tourmenté est en harmonie avec les tempêtes, les paysages nocturnes et le cimetière baudelairien. Un film fascinant, mélancolique, pour qui aime ces romancières britanniques et qui donne envie d'en savoir davantage sur elles...

Billet de Niki ici.

Les soeurs Brontë, Téchiné, avec Pascal Greggory, Isabelle Adjani, Marie-France Pisier, Isabelle Huppert...

Participation au challenge "Back to the past" organisé avec Lou.

participation au challenge Romantique organisé par Claudia.

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