30 septembre 2010

Tamara Drewe de Stephen Frears

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La campagne anglaise est-elle si paisible et si ensoleillée qu'elle en a l'air dans les premières images du dernier film de Stephen Frears ? Dans ses vallons verdoyants, vivent un écrivain à succès mais volage, entouré de sa femme dévouée et désespérée, d'écrivains en résidence, et d'Andy, le jardinier. Pour compléter le tableau, ajoutez deux adolescentes, Jody et casey, à la langue bien pendue qui s'ennuient.... Jusqu'à l'arrivée de Tamara : journaliste londonienne, elle était, plus jeune, le vilain petit canard. Le nez refait, elle revient dans le village natal où elle va perturber la vie de ses habitants et faire tourner bien des têtes.

Abordant tous les aspects de l'amour, des toquades rêvées d'adolescentes à l'adultère, le réalisateur s'est amusée à mettre en scène une BD de Posy Simmonds, connue pour son pastiche de Madame Bovary, de manière rafraichissante et satirique. Les écrivains, tous plus excentriques les uns que les autres, sont comique et caricaturaux, comme l'écrivain à succès, profitant de son aura auprès des admiratrices féminines ou le pauvre universitaire déserté par la muse et qui peine, depuis 2 ans, sur l'écriture du essai sur Hardy, dont les amours rocambolesques - ces victoriens nous étonnerons toujours -  se font l'écho de ceux de nos personnages... Car les amours de Tamara sont bien mouvementés et les quiproquos, mensonges, jalousie et trahisons s'enchaînent jusqu'à la reconnaissance finale... Mais le vaudeville n'est absolument pas réchauffé : l'emploi des nouvelles technologies, téléphone portable et internet, renouvelle le genre. L'opposition entre jeune génération et vieux couples, citadins et provinciaux,  permettent à Frears de développer une comédie de moeurs satirique et d'épingler les défauts de chacun : dans ce petit village, tout le monde est au courant de tout, on s'épie allègrement et on n'hésite pas à sortir un fusil pour régler soi-même ses comptes...
En ces temps automnales, si vous avez besoin de fraîcheur et d'humour, jetez-vous dans la salle obscure la plus proche et savourez ce film drôle et irrésistible !!! A la fois drôle et émouvant, cette comédie présente une distribution irréprochable et un rythme pétillant. A voir !

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27 septembre 2010

Coco avant chanel, Anne Fontaine

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"J'ai le dégoût très sûr"  dit celle qui deviendra une des icônes de la mode : Coco avant Chanel est un film biographique, retraçant les premières années de la vie de Gabrielle Chanel qui met l'accent sur la spectaculaire ascension d'une jeune fille orpheline et de condition modeste. Dès les premières images où apparait le rapport entre le noir et le blanc, qui deviendra l'une des marques de fabrique de Chanel, on voit l'arrivée de celle-ci dans un orphelinat assez sinistre puis ses premiers pas en tant que médiocre chanteuse de cabaret populaire. Parallèlement à son travail de couturière, elle fait la rencontre de deux hommes dont l'un, Balsan, deviendra son protecteur, et l'autre, l'homme d'affaire anglais Capel, l'amour de sa vie... La "cocotte" se révolte contre son époque et décide peu à peu de faire fortune.

Toute la première moitié du film est d'une lenteur soporifique, avec de nombreuses longueurs sur des scènes anodines mais la scénariste a évité l'écueil du pathos : à l'image de la personnalité de la styliste, le film ne tourne jamais au mélodrame. Ce début manque de rythme et les dialogues sans consistance sont plein d'anachronismes assez navrant. Et puis d'un coup , le film bascule.

A partir du succès de Chanel, notre intérêt s'éveille peu à peu : le vrai caractère de Coco s'affirme. Moderne et provocatrice, elle porte les cheveux courts et des chemises d'hommes ; elle refuse de se marier. Différente et originale, elle " veux faire fortune" en créant des chapeaux. Refusant les places et les conventions de la condition féminine, dans ce début du XXeme siècle, aidée au début par Capel, la femme entretenue devient peu à peu une styliste reconnue, une femme d'affaire assez masculine dans son comportement, celle qui n'est pas encore devenue Coco Chanel crée un style anticonformiste et original : tenues de garçon, robes sobres influencées par les robes de religieuses ou les tenues d'orpheline... Ces robes montrent la volonté de Chanel de libérer la femme à travers les simplifications des tenues, l'utilisation du jersey...  En outre, Coco avant Chanel est aussi un film d'époque : le travail sur les décors est remarquable, de même que les scènes en extérieures comme les plages de Deauville, fleuri de femmes habillées en blanc, ou la campagne entourant le château de Balsan. Vous ne connaissez pas la vie de Chanel ?  Alors regardez ce film pour découvrir le destin inouï  d'une forte personnalité emblématique du chic français, qui n'est pas entièrement une réussite mais qui mérite le coup d'oeil...

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25 septembre 2010

Le chien des Baskerville, Conan Doyle

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Les aventures de Sherlock Holmes sont des mécaniques bien huilées, où s'emboitent logiquement tous les indices. A un début très traditionnel où un client vient demander de l'aide au célèbre détective, suit une narration proche du roman noir avec des histoires de fantômes, légendes et manoirs très sombres.  Le docteur Mortimer expose son dilemme au célèbre Sherlock Holmes : sir Charles de Baskerville vient de décéder. Une terrifiante malédiction frappe cette famille : le premier Baskerville, Hugo, ayant maltraité une femme, finit par succomber sous les crocs d'un gigantesque chien. Son héritier Henry doit-il tout de même habiter la demeure sachant le danger qu'il encourt ?

A partir de ce moment plusieurs incidents et pistes viennent complexifier l'affaire. Le mystère ne fait que s'épaissir dans ces marais et bourbier de la lande entourant Bakerville Hall. Fausses identités, plusieurs meurtres et des découvertes stupéfiantes jalonnent cette enquête. S. Holmes use de toutes ses facultés intellectuelles et est des plus actifs. L'auteur développe une ambiance de roman noir tout autour de ces personnages : " Le propriétaire du domaine se souleva pour mieux voir : ses yeux brillaient, ses joues avaient pris de la couleur. Quelques minutes plus tard nous atteignîmes la grille du pavillon : enchevêtrement de nervures de fer forgé soutenu à droite et à gauche par des piliers rongés par les intempéries, marquetés de mousse, surmontés par les têtes d'ours des Baskerville. Le pavillon tout en granit noir et en chevrons nus était en ruine ; mais face à lui se dressait une bâtisse neuve, à demi terminée ; c'était la première réalisation dur à l'or sud-africain de sir Charles. Une fois franchie la grille nous nous engageâmes dans l'avenue ; le bruit des roues s'étouffa une fois encore dans les feuilles mortes : les branchages des vieux arbres formaient une voûte sombre au-dessus de nos têtes. Baskerville frémit en considérant la longue allée obscure au bout de laquelle, comme un fantôme, surgit le manoir". Cependant, une certaine légèreté est apportée par les lettres rapports de Watson, envoyé seul, pour protéger sir Henry, avant le dénouement final, car il apporte une touche de naïveté...

Pour conclure sur les mots de Holmes : "jamais nous avons abattu d'homme plus dangereux que celui qui a sombré quelque part la dedans". Ce roman policier fort bien mené est une de celle où Conan Doyle use de poncifs du roman noir où l'influence de la littérature victorienne est la plus visible et  celle où le surnaturel est omniprésent sans jamais basculer dans le fantastique. Un classique de la littérature policière à lire !

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19 septembre 2010

Le perroquet de Flaubert, Julian barnes

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Parlons tout d'abord un peu de Flaubert puisqu'il va être question de lui dans le roman de Barnes. Flaubert qui ambitionnait d'écrire sur rien a donc écrit Madame Bovary, L'éducation sentimentale mais aussi la brève nouvelle Un coeur simple. Flaubert, avec une précision documentaire - il n'a pas volé son classement d'auteur réaliste - raconte la vie de Félicité, une servante qui finit par confondre, à la fin de existence, son perroquet et l'esprit saint : dans cette nouvelle, Flaubert fait à la fois la satire d'un monde étriqué et montre son anticléricalisme. Ce perroquet tient une grande place dans la vie de Félicité et dans le livre : elle finit par l'empailler lorsqu'il meurt pour le garder près d'elle, ainsi "enfin il[le perroquet] arriva, - splendide, droit sur une branche d'arbre, qui se vissait dans n socle d'acajou, une patte en l'air, la tête oblique, et mordant une noix, que l'empailleur par amour du grandiose avait dorée" et " L'[image d'Epinal]ayant acheté, elle le suspendit à la place du comte d'Artois, de sorte que du même coup d'oeil, elle les voyait ensemble. Il s'associèrent dans sa pensée, le perroquet se trouvant sanctifié par e rapport avec le Saint Esprit, qui devenait plus vivant à ses yeux et intelligible".... Si vous prenez le temps de lire la préface, lecteurs, vous découvrirez une anecdote assez amusante où on dit que Flaubert a fait des recherches ornithologiques, à propos de son perroquet, et il a emporté chez lui un perroquet empaillé : " je le garde pour m'emplir la cervelle de l'idée de perroquet". (Un coeur simple de Flaubert, Livre de poche, 94 p.)

Le perroquet de Flaubert, Barnes, roman stock, 341 p.

Dans Le Perroquet de Flaubert, J. Barnes met en scène un narrateur médecin en pèlerinage à Rouen qui n'est guère ému par les souvenirs de la guerre où pourtant certains de ses amis sont morts, en revanche, il s'attendrit devant la vision du perroquet de Flaubert à l'hôtel de Rouen. Pourtant lorsqu'il voit le même perroquet dans le pavillon de Flaubert à Croisset, il va chercher à savoir quel est le perroquet légitime... Notre cher docteur ne manque pas d'humour et le grotesque flaubertien semble déteindre sur le texte de Barnes. Mais sous sa drôlerie, apparaissent des questions bien plus sérieuses : quelles sont les limites de l'interprétation d'un texte ? Peut-on tout faire dire aux mots ? Il aborde aussi la question délicate de l'écriture d'une biographie. On apprend ainsi des éléments sur la vie de l'auteur notamment sa liaison avec Juliet Hebert et analyse" l'oursinité" de Flaubert : posture littéraire ou véritable solitude de cet auteur ?  Les interrogations amusantes de l'auteur n'en sont pas moins pertinentes.

Cette étude des lettres, des romans et de la vie de Flaubert, qui inclut de nombreuses recherches étymologiques, est un essai qui n'en porte pas le nom. A l'image de l'écriture de Flaubert, Barnes mêle sérieux et comique et des réflexions fines sur les raisons d'écrire. Lecteurs, vous apprécierez ce livre, si vous aimez l'humour british, Flaubert... (ou les perroquets !) car sous forme de digressions désinvoltes et jubilatoires, Barnes nous promène dans l'oeuvre de ce romancier majeur du XIXeme siècle. Un essai vraiment original !

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11 septembre 2010

Hiver arctique / l'homme du lac d' Indridason

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Le genre policier a souvent mauvaise presse. Est-ce seulement des romans d'énigmes, des romans à l'écriture peu recherchée ? sont-ils tous inoffensifs comme peuvent l'être certains romans d'Agatha Christie ou de Patricia Wenworth ?  Parfois c'est le cas, d'autres fois, l'auteur y inclut des problèmes de société, des descriptions, qui sont le reflet de notre siècle. Dans Hiver arctique, l'auteur nous parle des problèmes d'intégration et de racisme envers la communauté cambodgienne implantée en Islande. Lorsque le corps d'un petit garçon cambodgien est retrouvé sans vie en bas de son immeuble, l'inspecteur Elendur enquête pour savoir quels sont les mobiles de ce crime odieux. 

L'homme du lac renvoie à un contexte moins contemporain, avec des retours en arrière dans les années 60 où de jeunes étudiants islandais étaient envoyés à Leibzig pour étudier, séjours financés par le parti communiste. Dans un lac, qui se vide peu à peu à cause d'une faille créée par un séisme, une femme retrouve le corps d'un homme attaché à un appareil d'écoute russe. Cet objet va mettre Elendur sur la piste d'un crime ancien lié aux agissements de la Stasi.

Ces deux romans ainsi que le premier roman d'Indridasson La cité des Jarres, permettent à l'auteur de décortiquer la société islandaise contemporaine, se teintant parfois d'un arrière fond historique. Certes l'équipe d'enquêteurs autour d'Elendur peuvent être qualifiés d'insipides, on a bien des difficultés à s'intéresser à la saga familiale de notre inspecteur à la limite du caricatural entre son ex-femme malveillante et sa fille toxicomane, sa solitude et ses plats surgelés. Sans consistance. L'écriture est d'ailleurs assez banale, et pourtant, l'auteur arrive à nous captiver, malgré un rythme très lent, à nous faire entrer dans ses enquêtes grâce à la peinture des moeurs de sa société : la lenteur du récit, le manque de spectaculaire ou de rebondissements invraisemblables contribuent à renforcer l'atmosphère glaciale et délétère de ce petit état insulaire que l'auteur n'hésite pas à stigmatiser...

Hiver artique, Indridason, point, 405 p.
L'homme du lac, Indridason, Point, 406 p.

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08 septembre 2010

Daisy Miller, Henry James

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A côté des romans d'aventures d'un Jack London ou des romans "régionalistes" de L.M. Alcott, Henry James développe des romans psychologiques où  le poids des conventions est omniprésent. Il décrit dans Daisy Miller le destin de deux jeunes héros : Winterbourne et Daisy. Leur rencontre en Suisse apparaît d'emblée sous le signe de l'opposition et du contraste : Winterbourne a les préjugés de sa classe tandis que Daisy semble indépendante et libérée. Aime-t-elle Winterbourne ?  "sembler", "paraître" sont des verbes qui conviennent parfaitement à l'héroïne éponyme, car à aucun moment les pensées de Daisy ne sont dévoilées laissant le jeune homme et le lecteur cerner le personnage de la jeune femme. Celle-ci pleine de contradictions ou capricieuse, ne rêve que de vivre entourée d'hommes et d'un société légère ce qui est jugé inconvenant pour une jeune fille. Mais qui est vraiment Daisy Miller ? Est-elle victime de son caractère libérée, de son indépendance, de son manque d'éducation avec des parents complètement absents ou des préjugés ? Ainsi si on nous livre les atermoiements de Winterbourne, les pensées de Daisy Miller restent opaques...

Au fur et à mesure, le lecteur découvre que Daisy n'est pas si insensible à l'ostracisme qui la frappe mais le narrateur se tait et l'auteur reste dans le sous-entendu et le non-dit, laissant la psychologie du personnage impénétrable : Daisy Miller est un portrait de femme troublant et mystérieux à une époque où les rapports entre hommes et femmes sont inégalitaires. Sur fond d'opposition Europe / Amérique, Henry James brosse un destin individuel qui pose les questions de l'innocence et des préjugés : Daisy est-elle une femme émancipée ou est-elle innocente ? Cultivant une écriture du mystère, Henry James nous laisse juste apercevoir le portrait d'une femme ambiguë et mystérieuse et excelle à dépeindre la destinée d'une femme dans la deuxième moitié du XIXeme siècle.

Henry James, Daisy Miller, Folio 2 euros, 106 p.

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05 septembre 2010

Fahrenheit 451, de Bradbury.

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Les liens entre les mondes fictionnels et réels sont toujours présents ; même les utopies, en s'attachant à décrire une société imaginaire, servent à critiquer de manière indirecte, le monde contemporain des auteurs. Ecrit dans les années maccarthystes, pour en critiquer les dérives fascisantes, Bradbury dénonce avec ce roman d'anticipation la censure qui frappe les livres et les intellectuels. Roman d'anticipation ? Pourtant certaines phrases pourrait encore s'appliquer à notre société.
451° Fahrenheit est la température à laquelle un livre s'enflamme. Dans ce monde futuriste, les pompiers n'éteignent pas les feux mais les allument, autodafé qui permettent de brûler les livres, jugés dangereux pour le bonheur de l'homme, car la fiction est mensonge et contradictoire. Pourtant, Montag, fervent pompier et destructeur de livres, va à la faveur d'une rencontre prendre conscience de l'horreur de ses actes. Guy Montag remet en cause son idéologie le jour où il rencontre une jeune fille, qui apprécie les conversations, la réflexion et l'échange avec l'autre. A quoi servent les livres ? Pourquoi certaines personnes sont prêtes à mourir pour les défendre ?

Dans ce monde, les objets sont plus vivants que les humains souvent métaphorisés en statues : la chaleur est associée au livres tandis que le froid qualifie le foyer de Montag, lieu complètement déshumanisé. Les images envahissent les murs, rendant les êtres solitaires et leur vie vaine. Montag et sa femme vivent dans un tourbillon de paroles et d'images vidées de sens. Pompier, Guy Montag doute, réfléchit, s'humanise et prend conscience de la valeur des livres.

En 1953, ce roman d'anticipation a pris une valeur séditieuse : c'était un livre engagé.  Finalement, on se dit que ce monde terrifiant et totalitaire n'est pas le nôtre, car on ne brûle pas de livres et pourtant à bien y regarder, Fahrenheit 451 semble très proche de notre monde : l'image a remplacé le livre et il n'est nullement besoin de les brûler. Le peu d'intérêt qu'on porte à la littérature et le fait de moins lire amène la mort du livre aussi sûrement que les flammes d'un autodafé. Cependant ce livre de Bradbury porte une note d'espoir à la fin... Fahrenheit 451 contient une réflexion sur la fonction des oeuvres littéraires, question brûlante d'actualité, à travers une écriture très imagée et symbolique... Un classique à lire ou à relire !

Bradbury, Fahrenheit 451, Folio SF,212 p.

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02 septembre 2010

Crimes à Oxford, de Alex de La Iglesia

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Le crime parfait existe-il ? C'est à cette question que tentent de répondre deux apprentis détectives mathématiciens lorsqu'une vieille femme, amie de l'un et logeuse du second, est retrouvée assassinée. Elle a été étouffée mais par qui ? Pourquoi ? Jeune étudiant américain en mathématiques, Martin débarque à Oxford et espère entreprendre une thèse sous la direction de A. Seldom, éminent professeur, passionnée par les séries logiques. Lorsque une série de meurtres fait pleuvoir les cadavres autour de Seldom, les deux hommes prêtent main forte à la police surtout que les coupables sont légion. Qui est coupable ?

Alex de la Iglesia a réussi avec Crimes à Oxford un bon film d'énigme confrontant deux personnages qui conçoivent le monde comme une message codé qu'on peut résoudre comme un problème scientifique. C'est aussi deux points de vue qui s'affrontent : l'un pense que la nature est d'essence mathématique et que derrière la réalité se cache la vérité. L'autre croit au hasard et aux hypothèses infinies. Une compétition naît entre ces deux hommes : qui du maître ou de l'élève trouvera la solution ? Le réalisateur nous promène agréablement dans Oxford, peuplé de personnages aux comportements étranges. Ce thriller ludique est d'ailleurs très bien servi par le jeu d'acteurs remarquables comme Elijah Wood ou John Hurt. Leur obsession des maths les empêche de voir la vérité et leur raisonnement logique les amènent à arrêter un faux coupable ! L'amour des maths arrive même à interrompre son amour fou pour une infirmière. Sorte de cluedo filmique et grandeur nature - avec un clin d'oeil malicieux du professeur Seldom qui se sert de ce jeu pour exposer ses théories - ce film tire ses qualités de l'intrigue pleine de rebondissements qui ne manque ni de rythme, ni d'humour. Coups de théâtre et question du hasard se combinent pour entraîner le spectateur dans une quête haletante. Un film à énigme tout à fait divertissant !

Crimes à Oxford, 2008, avec John hurt et Elijah Wood.

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29 août 2010

Le secret de la ferme-grise, M-E Braddon

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Dans la seconde moitié du XIXeme siècle, l'Angleterre victorienne voit l'essor du roman policier, épigone des romans gothiques où s'illustrent Collins ou Braddon. "Le vent d'automne soufflait avec des hurlements tristes et étranges, et des sons inarticulés et plaintifs s'élevaient des champs plats et nus. Le brouillard sortait de ces terres dépouillées et des prairies basses, et s'étendaient comme un funèbre voile, sous lequel la rivière coulait lentement pour aller se jeter au loin dans la mer." Le décor est planté, celui d'une campagne anglaise humide, peu accueillante et cachant de terribles secrets. Le récit s'inscrit d'emblée sous le signe de la mort avec l'enterrement de Martin Caldéon, mort étrange en vérité car Martin, le gentilhomme fermier de la Ferme-grise, meurt d'une maladie inconnue alors qu'il était jeune et de robuste constitution. Agnès, sa future fiancée, hait Dudley, le frère du défunt. Pourquoi ? Est-elle folle comme le sous-entend Dudley ? Cette lande abrite des personnages inquiétants tel l'intendant Purvis, qui suit comme un fantôme chaque pas de son nouveau maître Dudley Carléon. L'avoué de Dudley le met en garde contre cet individu. Est-il en danger comme le pense l'avoué ? L'auteur entoure peu à peu de mystère ses personnage principaux : de nombreux faits sont elliptiques ou inexpliqués comme le départ de Purvis et de sa soeur à Londres, le comportement étrange de Dudley envers ce dernier...

Lecteurs, vous cherchez du mystère, des secrets cachés par des gentlemen victoriens et de la noirceur, alors ouvrez Le secret de la ferme grise... E.Braddon a su merveilleusement peindre la désolation du lieu, sinistre et sombre à souhait. la ferme-grise basse et sombre semble un tombeau pour ceux qui s'en approchent. On soupçonne, sous ce récit, un secret annoncé par différents indices disséminés - comme l'aveu d'Agnès, les pressentiments de Judy - dans le texte mais qu'on ne comprend qu'à postériori ou qui ne sont confirmés que plus tard. Cette histoire elliptique nous permet d'entrevoir la vérité qu'à la fin de la nouvelle, qui se lit trop rapidement contrairement à ses romans un peu bavards, mais dont l'intrigue nous fascine jusqu'à la dernière ligne...vous trouverez, dans ce roman, les jalons de ce qui a contribué au succès de certains romans victoriens...

Le secret de la ferme grise de M-L Braddon, Labyrinthes, 92 p.
Merci Cécile d'avoir fait voyager ce livre que j'ai fort apprécié... et voici son avis et celui de Lilly, Allie.

Lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou;

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25 août 2010

La vie des autres de Donnersmarck

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Créé dans les années 50, la Stasi est un organisme au service de l'Etat, la République Démocratique Allemande, chargé de surveiller les citoyens et de se renseigner sur toutes leurs activités sociales. Redoutable et redoutée par les berlinois, les agissements de ce ministère de la sécurité d'Etat sont dénoncés dans cet admirable film qui parle d'un thème politique difficile tout en le traitant avec beaucoup de finesse. Les effets sont minimalistes et le rythme assez lent et pourtant, on ne peut s'empêcher de suivre chacun des gestes des trois protagonistes principaux. 

A Berlin Est, en 1984, Gerd Wiesler, un officier intransigeant de la Stasi, magistralement incarné par Ulrich Muhe, est amené à surveiller un dramaturge, Georg Dreyman, dont la femme est convoitée par un gros ponte libidineux de l'état, le ministre de la culture. Par amour pour son mari qui a découvert cette liaison, Christia Maria refuse un jour les avances du ministre, ce dernier décide alors de l'arrêter... La trame principale se double de l'histoire de la vie de Gerd, qui est un solitaire ne vivant que pour son travail. A travers ce couple d'artistes, Il va découvrir l'amour, l'art et la vie tout simplement. Lui si droit, si professionnel se passionne peu à peu pour la littérature, est ému par "la vie des autres" au point de voler un livre de Brecht à Georg et commence à douter de la légitimité de sa mission.

Cette fiction, qui aborde une réalité historique, développe ainsi les thèmes de la torture psychologique, de la censure et de la résistance des artistes, sous un régime contrôlant le moindre gestes de ses habitants, lorsqu'ils ne sont pas broyés par le système. Dominé par la couleur grise, sur fond de guerre froide, le réalisateur restitue admirablement l'atmosphère et les décors de la RDA dans les années 80. Mais plus qu'un film sur la censure ou la politique, La vie des autres aborde aussi les thèmes de la trahison, de l'amour, du courage, de la résistance et de l'art. Donnersmarck construit une intrigue où violence et sentiments s'allient pour en faire un  film subtil, captivant et bouleversant.

La vie des autres de Donnersmarck, 2007avec Martina Gedeck, Ulrich Muhe, Sebastian Koch et Ulrich Tukur.

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