13 août 2011

Le club du suicide de Robert Louis Stevenson : ISSN 2607-0006

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 Le club du suicide est une nouvelle humoristique comme son titre et son thème ne l'indiquent pas, très différente des chefs d’œuvre de Stevenson tel que le roman d'aventure  L'île au trésor ou comme la nouvelle fantastique L'étrange cas du docteur Jeckyll et M. Hyde.

D'extravagances en folie et de folie en extravagances, nos personnages vont vivre un imbroglio proche des intrigues de romans feuilletons. En trois chapitres, décors et personnages différents sont dépeints ainsi que des situations cocasses à foison... "Le jeune homme aux tartelettes à la crème", met en scène un excentrique prince accompagné de son écuyer, qui pour échapper à une vie qu'il aborde "avec la sérénité d'un laboureur", décide de chercher des aventures en se déguisant. Là, à Londres, dans une auberge, il découvre un jeune homme ruiné qui leur propose un étrange pacte : participer à un jeu de cartes qui aboutit à la mort d'un des participants et un autre joueur est désigné pour le tuer... Le président du club - qui transforme ces candidats au suicide en meurtrier - va être traqué par le prince Florizel... "Le docteur et la malle de Saragota" : A Paris, un jeune américain naïf et exalté a rendez-vous avec une inconnue mais en rentrant chez lui il découvre un cadavre dans son lit ! Que va-t-il faire ? "Aventure en fiacre" : Des hommes sont enlevés dans la rue et amenés à la soirée d'un mystérieux M. Morris. Quel est le lien entre ces trois histoires loufoquement morbides ?

En plus des situations cocasses, l'auteur sait donner vivacité au ton du récit en employant un conteur, habile à lier trois histoires créant suspense et attente, et surtout raconter avec humour - noir il est vrai - en dépeignant des personnages de manière caricaturale. Le récit débridé, avec des outrances, déguisements, fausses identités, meurtres, permet à Louis Robert Stevenson de nous parler du bien, du mal et de la mort avec beaucoup de fantaisie et de talent. Une nouvelle qui donne envie de poursuivre la lecture des œuvres de cet auteur...

Robert-Louis Stevenson, Le club des suicidés, Folio, 138 p.

Autre roman : L'île au trésor

Challenge kiltissime, organisé par Lou et Chryssilda.

billet de Lou.

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11 août 2011

La série Hercule Poirot et Miss Marple : ISSN 2607-0006

 

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Madame Mcginty est morte. Le meurtre de Madame Mcginty est vite élucidé : cette femme de ménage aurait été tuée par un de ses locataires au chômage, Bentley. Arrêté, il est condamné à être pendu. Cependant, le commissaire Spence ne le croit pas coupable bien que tous les indices l'accusent. Poirot, appelé à la rescousse par le commissaire, découvre que cette vieille femme est morte pour avoir reconnu la fille d'une meurtrière : qui est prêt à tuer pour conserver son secret ?

Dans le chat et le pigeons, deux meurtres et un enlèvement font bien mauvais genre dans un pensionnat de jeunes filles.  Quel secret a pu découvrir le professeur de gym pour être transpercé d'un javelot ? Madame Blanche, professeur de Français est retrouvée noyée. Mais par qui ? Sur fond de roman d'espionnage, les intrigues multiples ainsi que des fausses identités vont mettre à rude épreuve les qualités de Poirot.

Voici une série très fidèle aux oeuvres de la célèbre "reine du crime", Agatha Christie ( biographie sur le site Larousse). Trop fidèle ? Il y a certains classiques qu'on n'aime pas voir modernisé, transformé et c'est le cas de l'univers délicieusement suranné de Poirot...  Le personnage prend vie sous les traits de David Suchet, tout à fait crédible dans ce rôle, qui reprend les manies de Poirot. Que serait Hercule Poirot sans sa célèbre moustache, son orgueil démesuré, et ses costumes tirés à quatre épingles ? De facture très classique, chaque épisode reprend très fidèlement les romans. Certes ces adaptations d'Agatha Christie sont sans grande originalité mais c'est avec un plaisir toujours renouvelé qu'on retrouve les aventures du célèbre détective, surtout que cette série extrêmement soigné aussi bien dans le choix des acteurs que des décors, arrive très bien à en restituer l'esprit et l'atmosphère désuète.

La plume empoisonnée. Lorsque Jerry et Joanna Burton débarquent à Lymstock, ils pensent s'ennuyer à mourir dans ce cadre un peu trop champêtre et trop monotone à leur goût où se succèdent thé et vente de charité. C'est sans compter la présence de lettres anonymes ordurières envoyées à tous les habitants et qui provoquent des meurtres en cascade. Un général est trouvé mort dans sa bibliothèque : meurtre ou suicide ? Jerry, ancien aviateur blessé pendant la guerre, se pique au jeu et mène l'enquête. Mais c'est Miss Marple, bien assise dans son fauteuil tout en tricotant, qui va découvrir la clé de l'énigme bien que son rôle soit très discret...

Privilégiant le quotidien et une galerie de portraits typiques du monde d'Agatha Christie comme le pasteur, la vieille fille, la jeune gouvernante séduisante, l'enquête repose sur l'atmosphère cancanière de ces petits villages où chacun épie l'autre et le charme de la campagne anglaise. Les images vieillotes et le jeu affecté des acteurs - mais n'est-ce pas volontaire ? - sont compensés par un certain humour  - où les vieilles dames avec leur lourd sac et leur air paisible se révèlent tout aussi dangereuses que les pires malfaiteurs dixit l'inspecteur - et par le développement de plusieurs intrigues sentimentales et portraits : aussi bien chez Anne Perry que chez Agatha Christie, les hommes tombent amoureux en un battement de cil ! Suspense, meurtres et déductions, ces épisodes vous feront passer d'agréables soirées...

La plume empoisonnée, série britannique, 2006, 1h40, avec Géraldine McEwan.

challenge back to the past, organisé avec Lou.

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05 août 2011

Albertine disparue de Proust : ISSN 2607-0006

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* A l'ombre des jeunes filles en fleur, (site première)

Alors que Margotte propose une flânerie proustienne, L'express vous déconseille, en 4 points, non sans humour mais assez péremptoirement de délaisser A la recherche du temps perdu : pourquoi ? parce c'est du "temps perdu", qu'André Gide n'a pas aimé, ce n'est qu'une histoire de sexe et qu'il n'y a aucun suspense ! Voici en 4 temps, quatre raisons, beaucoup moins drôles que l'article de l'Express, d'aimer "Albertine disparue"... et tout Proust :

1." On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout en entier" (La prisonnière).

Certes La recherche ne se lit pas en un jour, ni en une semaine, ni en un été ! Il faut (re)trouver du temps pour le lire ! Cependant, personne ne vous oblige à le lire d'une traite : Proust se savoure comme une madeleine. En outre, Albertine disparue est le plus court des romans proustiens : le manuscrit retrouvé montre que l'auteur avait condensé son roman : est-ce une addition à la La prisonnière ? Est-ce une partie à part ? Nous n'en saurons rien mais la brièveté du tome est indéniable. Au-delà de ce tome, La recherche semble bien court par rapport à la vaste Comédie humaine de Balzac ou au cycle des Rougon-Macquart de Zola...

2. Valéry, Jacques Rivière et Cocteau... ont aimé la Recherche...

Ah ! Ce n'est pas parce que Gide n'a pas aimé A la recherche du temps perdu qu'il ne faut pas l'aimer. Valéry, qui n'était pas non plus n'importe qui, en 1923 louait l'écriture de l'auteur dans son "hommage à Proust". Justement, après des débuts laborieux dans Albertine disparue, " Mademoiselle Albertine est partie!", composé d'instants proustiens, de souvenirs empilés les uns sur les autres, la phrase proustienne arrive toujours à vous enchanter : toute résistance s'effondre. En voici un exemple, après qu'Albertine soit morte, le narrateur se rend à Venise avec sa mère :

"Mais dès le second jour ce que je vis en m'éveillant, ce pourquoi je me levai (parce que cela s'était substitué dans ma mémoire et dans mon désir aux souvenirs de Combray), ce furent les impressions de ma première sortie du matin à Venise, à Venise où la vie quotidienne n'était pas moins réelle qu'à Combray, où, comme à Combray le dimanche matin, on avait bien le plaisir de descendre dans une rue en fête, mais où cette rue était tout en une eau de saphir, rafraîchie de souffle tiède, et d'une couleur si résistante que mes yeux fatigués pouvaient pour se détendre et sans crainte qu'elle fléchît, y appuyer leurs regards" (p. 128).

Ne vous laissez pas décourager, car ce récit évanescent, doublement abstrait puisqu'il parle d'une rupture donc d'une absence, exprimée à travers des souvenirs, vous bercera par son langage poétique et par ces analyses microscopiques, minutieuses de la psyché humaine, de l'oubli, du deuil, du souvenir...

3. "La vérité suprême de la vie est dans l'art" ( Le temps retrouvé).

La recherche, une histoire de sexe ? (L'auteur de l'article chercherai-il au contraire à pousser à des achats proustiens ???). Oui, certes mais c'est aussi l'histoire d'un homme écrivant... la recherche ! C'est aussi une critique sociale, une peinture des sentiments... L'attention portée aux mots, à sa valeur sociale est tout aussi importante que les méandres des sentiments des personnages. Tout sous la plume de Proust se métamorphose en art  : "Françoise devait être heureuse de la mort d'Albertine, et il faut lui rendre justice que par une sorte de convenance et de tact elle ne simulait pas la tristesse". Mais les lois écrites de son antique Code et sa tradition de paysanne médiévale qui pleure comme aux chansons de geste étaient plus anciennes que sa haine d'Albertine et même d'Eulalie" (p. 118). Le narrateur veut parler de son histoire d'amour avec Albertine, il invoque la tragique pièce de Phèdre de Racine... 

4. "C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "incitations". (Sur la lecture, Proust)

N'y a-t-il aucun suspense ? Vous souhaitez savoir qui est Swann. Que devient Odette de Crécy ? Qu'appelle-t-on le côté de Guermantes ? Lisez la recherche au-dessus de votre serviette de plage, et non, comme oreiller, en-dessous de votre tête !

Albertine disparue, Proust, grasset, 201 p.

Participation à la flânerie proustienne de Margotte/ Lecture commune avec Keisha.

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27 juillet 2011

Sherlock Holmes, série BBC 2010 de Steven Moffat et Gatiss : ISSN 2607-0006

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Bien que cette série ait été largement commentée, il ne semble pas inutile d'en reparler tant la série est réussie : après la version très dynamique et modernisée mais peu fidèle de Guy Ritchie, Sherlock Holmes a toujours le vent en poupe et reprend sa célébrissime veste en tweed et du service mais cette mini-série d'épisodes d'1h30 n'apparaît-elle pas comme un "bis repetita" ? En fait, la série des Sherlock Holmes dépoussière intelligemment les enquêtes du célèbre détective : les personnages ont gardé leur caractère, leurs manies, l'atmosphère du 221 B Baker street est bien recréée, cependant les scènes se déroulent dans le Londres du XXIe siècle, avec utilisation de toutes les nouvelles technologies, tels que les textos, et un Sherlock Holmes adepte du smartphone et un Watson tenant un blog ! 

Dans "Une étude en rose", premier opus de la série, tous les ingrédients des romans et nouvelles de Conan Doyle (biographie sur le site Larousse) sont présents : suspense, génie de la déduction, humour, excentricité de Sherlock Holmes jusqu'à l'extravagance, se qualifiant lui-même de sociopathe. Une série de suicides présente des points communs mais le disparition de la valise de la quatrième victime prouve bien qu'on a affaire à un tueur en série.  Qui mieux que Sherlock Holmes pourra démasquer le meurtrier alors que la police est désemparée ?

La qualité des séries BBC ne se dément pas et l'originalité des images n'est pas étrangère à l'humour et à l'intérêt que suscite l'épisode : les textos ou les déductions de Sherlock Holmes sont ajoutés aux images à la manière des BD. Quant aux acteurs, ils sont excellents : Benedict Cumberbatch campe un Holmes maniant humour noir et intelligence, tandis que Waston joue bien le fidèle second admiratif et un peu ahuri. Le premier opus qui va à un rythme endiablé, mettant en relief le charme, la vivacité et l'élégance des acteurs aussi bien que des images, donne vraiment envie de visionner toute la série.

Les inrock en parlent, ainsi que A l'heure du thé, blog de wen, Maribel...

Série Sherlock Holmes, BBC, réalisé par Steven Moffat et Marc Gatiss, avec benedict Cumberbatch et Martin Freeman.

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21 juillet 2011

Tristan et Iseult de Béroul : ISSN 2607-0006

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La légende tristianienne est constituée de différents textes, venant de traditions orales, contés dans les cours princières, mais le plus ancien fragment semble être celui de Béroul bien que lacunaire. Le fragment en vers de Béroul débute avec l'épisode où Marc écoute les amants en haut d'un pin :"Que nul senblant de rien en face/car ele aprisme son ami,/oiez com il la devance."* Si la légende fait frémir des générations de lecteurs, la version de Béroul est très archaïque et il manque tout le début et quelques passages. Mais pourquoi ce mythe perdure ? Tout d'abord, parce que la matière est très riche. Elle parle d'une passion impossible, irrépressible, due à un filtre. Nos deux amants doivent affronter de nombreux dangers avant d'être réunis... dans la mort.

Ces épreuves prennent des formes diverses comme un nain maléfique Frocin qui conseille le roi, elle prend aussi la figure de trois barons félons, d'une vie misérable dans la forêt du Morois, d'une justification d'Iseut devant la cour du roi Arthur... Mais ce n'est pas seulement une histoire d'amour, il y a aussi tout l'univers médiéval qui transparaît avec du merveilleux, notamment la malédiction du roi Marc et de ses oreilles de cheval, des visions prophétiques d'Iseut, avec la présence du blanc Husdent, chien de Tristan qui a les couleurs de l'Autre Monde : "S'il [Husdent] capture dans la forêt un chevreuil ou un daim, il le cache soigneusement en le couvrant de branchages, et s'il attrape au milieu de la lande (cela lui arrive souvent), il couvre d'herbe le corps de l'animal et retourne chercher son maître ; il l'emmène alors là où il a pris la bête. Oui les chiens rendent de grands services !"...

Entrez de plain pied dans l'univers des romans de chevalerie avec ses ermites, ses damoiseaux, des destriers et des vavasseurs... Et ses combats sanglants avec des détails très crus : "La flèche part si vite que Godoine ne peut l'éviter. Elle se plante en plein dans son œil, traverse son crâne et sa cervelle. L'émerillon et l'hirondelle n'atteignent pas la moitié de cette vitesse". Écoutez ces aventures, car les conteurs avaient l'art de tenir leur auditoire en haleine, avec des récits sans temps morts où ils intervenaient parfois : "Les conteurs disent que les deux hommes firent noyer Yvain mais ce sont des rustres ; ils ne connaissent pas bien l'histoire. Béroul l'a parfaitement gardé en mémoire. Tristan est bien trop preux et courtois pour tuer des gens de cette espèce". Si la langue du XIIe est fruste et si le récit contient de nombreuses redites, on se laisse complètement charmer par les aventures du couple mythique.

Tristan et Iseult, Livre de poche, Lettres gothiques,

* Le texte original est placé en regard de la traduction.

Participation au challenge mythe et légende de Céline (blog bleu).

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18 juillet 2011

Les hauts de Hurlevent de Peter kosminsky : ISSN 2607-0006

 

Wuthering Heights(1992)-The kiss

Est-il encore besoin de présenter l'histoire qui  a rendu célèbre Emily Brontë (biographie sur le site Larousse)? Les hauts de Hurvelent, publié en 1847 est un roman de la passion et de la vengeance : il retrace la vie de Catherine et Heathcliff que le mépris d'un frère pour ce dernier séparent. Mais les deux amoureux sont liés jusque dans la mort qui est omniprésente.

L'histoire forme une boucle bien rendue par le réalisateur et l'interprétation du roman reste fidèle, reprenant les phrases et les événements clés du roman. La structure complexe du récit cadre est cependant remplacée par un déroulement simplifiée. La bonne idée, mais peu développée de ce film, est de mettre en scène la romancière elle-même, rêvant à ses personnages, parcourant les lieux qui provoquent son imagination.

Malheureusement, les acteurs incarnent bien mal les personnages créés par E. Bronte : ils ne vieillissent pas, rendant peu crédibles certains passages et J. Binoche est plus glougloussante que convaincante. En ce qui concerne les décors, les paysages sont sublimes et le fantastique diffus, avec une ou deux scènes qui font sursauter. Mais où est passée l'atmosphère obscure et sombre  de ce grand roman ? Pour G. Bataille, c'est "peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d'amour". Kominsky ne semble avoir retenu que l'histoire d'amour, masquant la noirceur morale des personnages derrière une bluette sentimentale. La réalisation lisse se regarde sans déplaisir mais si certaines adaptations sont réussies, mieux vaut pour cette fiction, lire le roman...

Les hauts de hurlevent, Adapté par Peter kominsky , 1992, avec Juliette Binoche, Ralph Fiennes.

Challenge Back to the past, organisé avec Lou.

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17 juillet 2011

Comme personne de Hugo Hamilton : ISSN 2607-0006

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La quête identitaire est un des grands thèmes universels de la littérature. C'est le sujet du roman Comme personne d'Hugo Hamilton : Gregor est persuadé d'être un enfant adopté même si sa mère soutient le contraire. Dans le chaos régnant de la chute du régime nazi, une substitution d'identité était alors facile à faire : qui se soucie d'une femme qui a perdu son enfant comme tant d'autres ? Que deviendrait un orphelin seul ? A partir de quelques paroles échangées avec l'oncle Max - qui faisait du marché au noir avec le grand-père de Grégor, la vie de ce dernier bascule : il n'a de cesse de trouver des réponses à la question de ses origines. Est-il juif ? A-t-il été enlevé par cette famille allemande ?

C'est un double récit qui est mené : parallèlement à la vie actuelle de Gregor, on suit son passé de son enfance à la chute du mur de Berlin en passant par la période hippie des années 60. Dès les premières pages, l'image des strates géologiques illustre bien cette quête qui devient presque une enquête. C'est Mara - la femme du personnage principal - qui trouvera des preuves dans les dernières pages du roman.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser en lisant la quatrième de couverture, le roman fait assez peu référence à la guerre, sinon pour rapporter quelques faits anecdotiques et déjà vus : l'horreur de la guerre et son absurdité, la souffrance des survivants, la torture... Pour cet aspect-là, vous n'apprendrez rien de neuf. En fait, ce livre se penche davantage sur la question des transmissions entre générations, pose la question de l'appartenance à une famille, à un groupe...

Lire parle d'un livre "bouleversant". Question de sensibilité ? On ne sent pas touché par ce récit dans lequel la cueillette des pommes et les petits riens du quotidien sont plus présents que l'Histoire et l'éclatement des thèmes abordés ne permet malheureusement pas de se plonger dans la vie de cet homme, histoire menée trop généralement pour créer une empathie avec le personnage. Une déception...

Merci à Bibliofolie et aux Éditions Points pour ce partenariat.

Comme personne, Hugo Hamilton, Point.

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07 juillet 2011

De pierre et de cendre de Linda Newbery : ISSN 2607-0006

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Lorsque vous ouvrez ce livre, vous êtes immédiatement plongé dans un début mystérieux qui vous fera penser à La dame en blanc de Wilkie Collins avec l'arrivée du peintre Samuel Godwin à Fourwinds, en pleine nuit, rencontrant une jeune fille hystérique. De nombreux autres éléments renvoient au fameux livre de Charlotte Bronte, Jane Eyre, avec un personnage de gouvernante, Miss Agnew, qui a en charge les deux filles de Mr Farrow. Ces dernières, Marianne et Juliana seront aussi les élèves de Samuel. Le récit de ces deux personnages s'entrecroisent et le double point de vue interne permet de mener le lecteur sur de fausses pistes. Les questions se succèdent : Pourquoi Marianne se comporte de manière étrange avec des crises de somnambulisme ? Pour quelles raisons l'ancienne gouvernante a été renvoyée ? Comment est morte leur mère ?

Épigone des romans anglo-saxons, Newberry s'en démarque par une grande noirceur psychologique, non pas effrayante mais dérangeante : les secrets que cachent les habitants de Fourwinds se révèlent être beaucoup plus sombres qu'un mariage en dessous de sa condition ou qu'un enfant hors mariage... Et surtout De pierre et de cendre est un roman énigmatique mais aussi un roman sur l'art. Les premiers mots de Marianne concerne une sculpture : " Le vent d'Ouest il faut le trouver... le capturer et le mettre à l'abri." Est-ce que cette sculpture a disparu ? A-t-elle au moins existé ?

Peintre mineur, Samuel est aussi un peintre en devenir qui est confronté à la question de la gloire, du style... Le roman se déroulant vers 1989, l'esthétique des préraphaélites est évoquée... créant ainsi une intrigue originale autour d'un tableau et d'une sculpture. Dommage, la fin rapide semble un peu terne et plate. Certes, les topos des romans néo-victoriens abondent mais L. Newbery sait faire vivre ses personnages, riches de sentiments et de sensations, et elle a su choisir des narrateurs originaux et naïfs et nouer une intrigue extraordinairement brillante !

De pierre et de cendre, Linda Newbery, Livre de poche, 380 p.

Les avis de Lilly, Lou, Cryssilda, Karine, Alice...

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04 juillet 2011

Aux frontières du fantastique de Gérard Caillat : ISSN 2607-0006

Est-ce que la science-fiction vous intéresse ? Ce documentaire en 3 chapitres vous permettra d'aborder les rivages étranges de la science-fiction, analysant quelques grands thèmes et grands mythes de la SF en images. Il n'est pas forcément et seulement destinés aux amoureux de la SF car les films sont souvent des grands classiques ou cultes qu'on prend plaisir à revoir et certains piquent notre curiosité...

En outre, les extraits significatifs mais courts et les analyses très superficielles font de ce documentaire davantage une introduction à ce genre qu'un travail très approfondi. Voici une agréable plongée dans des mondes terribles imaginés par des auteurs et des réalisateurs. Voilà quelques thèmes, longue énumération non exhaustive, pour ce billet informatif, une sorte de compte-rendu :

Aux frontières du fantastique, documentaires de Gérard Caillat, Thomas Briat, Pierre-Henry Salfati, 2007, 2h36.

 Chapitre 1 : mi-homme, mi-bête

Perrault dans le conte du Petit chaperon rouge symbolisait l'animalité de l'homme sous la forme d'un loup. Ce mythe est aussi développé dans les films comme Wolf (Mike Nichols- 1994) ou Le loup garou de Londres ( John Landis- 1891). L'animal représente souvent une menace pour l'homme, qui a toujours peur que la nature reprenne ses droits : on pense aussi bien aux oiseaux de Hitchcock (1963) qu'aux dents de la mer (Spielberg 1975) et Jurassik Park (Spielberg 1993).  Voici quelques autres films de métamorphoses animales ou humaines : La mouche (Cronenberg, 1986), Docteur Jekill et Mister Hyde,(1941-Fleming), Alien (R. Scott, 1979), Starship trooper,(Verhoeven, 1997), King kong (Jackson, 2005), Batman le retour...

Darwin dès le XIXe siècle proposait ses nouvelles thèses avec l'évolutionniste qui remettait en cause le créationnisme. La métamorphose ne se fait pas seulement dans le sens de l'homme vers l'animal mais parfois c'est l'animal qui devient presque humain : Pierre Boule exploite les idées de Darwin mais en sens inverse avec la planète des singes. On retrouve ce thème dans L'enfant sauvage (Truffaut) et dans le mythe de l'homme sauvage idéalisé à travers l'image de Tarzan (Greystoke)... Mais finalement, c'est l'homme qui se révèle être le pire des prédateurs.

Chapitre 2 : "Machines humaines" :

Avec les progrès technologiques, la peur d'une domination des machines envahit la littérature et le cinéma. D'abord considérés et créés pour être des esclaves, finalement les rôles semblent s'inverser dans Les temps modernes (Chaplin,1936).

Le rêve de l'homme est de reproduire un être humain, d'être un démiurge lui aussi : Frankenstein (Whale) en est un exemple et Pinocchio est un autre mythe où l'homme cherche à animer la matière. Peu à peu, les machines prennent l'apparence des humains : les "replicants", terme qui apparaît pour la première fois dans le film Blade Runner (R. Scott, 1982), sont des robots à visage humain. Mais l'homme va-t-il à sa destruction ? Et si la machine surpassait son créateur ? C'est ce que montre un film comme Terminator (J. Cameron, 1985); la révolte des machines est aussi le thème de 2001 l'odyssée de l'espace (Kubrick, 1968). Autres films avec des androïdes : Star War (Lucas, 1999), Metropolis (Lang, 1927), Robocop  (Verhoeven, 1987), Existenz (Cronenberg, 1999), Tron (Lisberger, 1982), Bienvenue à Gattaca (Andrew Niccol, 1997), A.I. Intelligence artificielle (Spielberg, 2001)...

Chapitre 3 : "Les vivants et les mort"* :

La mort est une fatalité qui fascine l'homme et qui devient l'un des sujets de prédilection du cinéma. Paradoxalement le cinéma confère une immortalité à la mort même. Les auteurs exploitent parfois l'au-delà de la mort soit avec les morts-vivants (Beetlejuice, 1988 de Tim Burton, La nuit des morts-vivants de Romero, 1968, Evil dead 3 de Sam Raimi,1981), soit avec les vampires (Entretiens avec un vampire de Neil Jordan, 1994, Nosferatu de Murnau, 1922, Le bal des vampires, Polanski,1967).

Le mythe faustien repousse lui aussi les limites de la mort avec le pacte avec le diable comme dans Le portrait de dorian Gray d'Oliver Parker. D'autres mettent en scène le spiritisme et les esprits : Shining, (Kubrick, 1980), L'exorciste (1973, Friedkin), Rosmary Baby (Polanski), Spleepy Hollow,(Tim Burton, 1999) . Autres films : Psychose (Hitchock ), Le sens de la vie (Monty Python), Le diable de Russel...

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02 juillet 2011

44 Scotland street d'Alexander McCall Smith : ISSN 2607-0006

9782264047595FS

Roman feuilleton du XXe siècle, le 44 Scotland Street se conforme aux lois du genre. Découpé en brefs chapitres avec leur traditionnels titres (" Où l'on fait plus ample connaissance avec Bruce", "La difficile mission d'Angus Lordie"...), chaque publication amène un nouveau personnage et des rebondissements multiples. On peut ainsi découvrir la vie de Pat, qui travaille dans la galerie de Matthew qui ne connaît rien à l'art, on suit pas à pas un jeune saxophoniste de 5 ans Bertie et les déboires pédago-psychologiques de sa mère Irène, la vie de Bruce et de ses patrons dans une agence immobilière, l'apparition d'une voisine Domenica... Les rebondissements sont parfois surprenants : Pat a-t-elle découvert un véritable Peploe ? Alexander McCall Smith sait créer l'attente, quelle habileté dans les derniers mots d'un chapitre : "Par ailleurs, elle se sentait mal à l'aise en compagnie de Ronnie et Pete. Elle leur trouvait quelque chose de perturbant, un côté inquiétant qui évoquait, sinon le coeur des ténèbres, du moins l'heure entre chien et loup", surtout que ces deux personnages se volatilisent ! Et parfois un peu moins palpitants : Pat va-t-elle s'empoisonner avec les chanterelles de Bruce ? Voire parfois des détails insignifiants comme la description de la voiture de Domenica : "La Mercedes-Benz 560 SEC couleur crème. [...] Le moteur a une capacité de 5,6 litres, ce qui lui donne la puissance de 5 Mini" - "5 Mini ! s'extasia Pat". Nous, nous ne extasions pas...

La présentation des personnages, vie amoureuse et vie familiale, voisins envahissants, côtoie des réflexions plus générales sur la vie, les relations à autrui, comme l'hypocrisie, le mensonge,... Et on découvre aussi la culture écossaise, leur amour du football, leurs peintres, leur kilt... Lecteurs, si vous aimez les romans-feuilletons de Dickens ou Les chroniques d'Armistead Maupin qui ont inspiré la forme du récit à Alexander McCall Smith, vous apprécierez de voir vivre tous les habitants du 44 Scotland street... Cependant même en le lisant comme un vrai roman feuilleton, certains passages paraissent longs... La qualité des aventures est assez inégale et certains épisodes tirent en longueur sans raison apparente et sans l'ombre du plus petit intérêt. Même chose pour le style. Tout de même on a envie de s'exclamer : à quand le prochain roman-feuilleton ?

44 Scotland Street, Alexander McCall Smith, 10/18, 414 p.

Participation au mois kiltissime organisé par Lou et Cryssilda.

Lu aussi par Cryssilda et Titine.

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