14 février 2011

To be or not to be, Lubitsch

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Né dans une famille juive, Lubitsch (biographie Larousse) fuit l'Allemagne en 1922 et réalise une oeuvre engagée To be or not be. Hitler dans les rues de Pologne, en 1939, avant même son invasion ? Quel est le secret de sa présence dans ce pays ? Pourquoi est-il seul ? Non, ce n'est pas Hitler mais un acteur. Il fait partie d'une troupe de comédiens, qui se retrouve mêlée à un sombre complot : Joseph Tura et sa femme Maria jouent Hamlet lorsque celle-ci rencontre un jeune aviateur qui démasque un espion à la solde des allemands, le professeur Siletsky. Pour empêcher ce dernier de donner les noms de résistants polonais, la troupe décide de déjouer les plans de Siletsky en singeant la Gestapo. Plusieurs mises en scène leur permettent de duper les nazis et de lutter contre l'invasion allemande.

Caricature d'Hitler, satire du nazisme, Lubitsch en pleine période nazie n'hésite pas à stigmatiser la dictature allemande. Ridiculisant les troupes nazis ainsi que ses représentants, il dénonce avec cette oeuvre engagée la censure et les atrocités de la guerre.
Pourquoi cette référence à Shakespeare ? A côté de la critique politique, se noue un drame amoureux. Joseph Tura joue le rôle d'Hamlet mais à chaque fois qu'il prononce la célèbre réplique "to be or not to be", un homme se lève... Doutant tout d'abord de ses capacités de comédien, il s'aperçoit que ce nom de code cache une intrigue amoureuse dans laquelle sa femme est mêlée.

Quiproquo, caricature, le film enchaîne tous les ingrédients de la comédie mis au service d'une satire du nazisme. Cependant, cette oeuvre comporte ce que la critique a appelé la "Lubitsch touch" : le procédé du théâtre dans le film crée une illusion au service de la réalité. Le comique de farce, de répétition côtoie un scénario original et plein de finesse et Lubitsch manie des dialogues humoristiques comme une arme. Une très grande comédie...

to be or not to be, 1942, Lubitsch,
challenge Shakespeare, organisée par Claudia et maggie

TO BE OR NOT TO BE - Bande-annonce VOST

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10 février 2011

La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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Laissant errer son imagination, à partir d'un tableau de Vermeer, Tracy Chevalier invente la vie du modèle. Qui est cette jeune fille à la perle, dont le visage illuminé se détache de la sobriété du fond ? Cette  jeune fille Griet issue d'un milieu humble entre au service de la famille Vermeer pendant trois ans, de 1664 à 1667. Cette tranche de vie imaginaire s'inscrit dans un quotidien et une peinture de Delft reflétant la vie du siècle d'or hollandais. Si ses gestes et récits sont répétitifs, peu à peu, le lecteur perçoit son éveil à une sensibilité artistique. A travers son regard, Delft apparaît comme un tableau : "La matinée était encore fraîche, le ciel d'un gris pâle et mat recouvrait Delft tel un drap que le soleil d'été n'était pas encore assez haut pour dissiper. Le canal que je longeai était un miroir de lumière blanche moirée de vert. Plus le soleil deviendrait intense, plus le canal s'assombrirait, jusqu'à prendre la couleur de la mousse".

Celle qui est maltraitée par toute la famille, excepté par le peintre pour des raisons artistiques, devient son assistante et finira par poser pour lui. Discrètement, le roman lève le voile sur le travail du peintre dont les éléments biographiques sont rares. Quelles couleurs employait-il ? Comment travaillait-il ? Quel était son caractère ? La vie du peintre, bien documentée, est évoquée par petites touches, nous permettant d'appréhender son regard d'artiste et son travail, du broyage des couleurs à ses relations avec son mécène Van Ruijen.

Surtout ce livre nous fait entrer dès les premières pages, au moment où Griet ouvre la porte de la maison Vermeer, dans l'atmosphère des tableaux : de nombreuses descriptions dépeignent des peintures de cette époque comme Les entremetteurs ou d'autres plus anciens comme La servante à la robe écarlate ou La laitière : ce sont des tableaux accrochant la lumière, reflétant des scènes souvent intimistes ou du moins quotidiennes de l'époque. Roman sur une jeune fille infortunée du XVIIeme siècle hollandais, La jeune fille à la perle laisse entrevoir tout l'imaginaire des tableaux de Vermeer.

"Une femme se tenait devant une table, elle était tournée ver un miroir accroché au mur de sorte qu'on la voyait de profil. Elle portait une veste de somptueux satin jaune, bordée d'hermine et, selon le goût du jour, un noeud rouge s'épanouissait en cinq boucles sur ses cheveux. Sur la gauche, une fenêtre l'éclairait, la lumière jouait sur son visage, soulignant la courbe délicate de son front et de son nez. Elle passait son collier de perles autour de son cou. Elle le nouait les mains à hauteur de visage. En extase devant l'image que lui renvoyait le miroir, elle ne semblait pas avoir conscience d'être observée. A l'arrière plan, sur un mur d'une étincelante blancheur, on apercevait une vieille carte et, dans la pénombre du premier plan, on reconnaissait la table sur laquelle étaient posés la lettre, la houppette et les autres objets que j'avais époussetés" ( tableau : La femme au collier).

Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle, Quai voltaire, 256 p.

Autres romans : Prodigieuses créatures

Billet de Ys, Mango...

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05 février 2011

Le tour d'écrou, Henry James

 

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Le tour d'écrou est certainement le chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Commençant comme un récit traditionnel, une histoire racontée autour d'un feu, le thème de la nouvelle l'est beaucoup moins. Annoncé comme un récit "épouvantablement épouvantable", l'histoire de la gouvernante commence pourtant comme un conte de fée. Par amour pour son employeur, une jeune fille accepte de travailler dans d'étranges conditions : elle doit élever deux enfants mais sans jamais faire part de ses problèmes à l'oncle des deux enfants.  Le lecteur ne sait que par bribes les histoires antérieures de ces deux enfants que la gouvernante accepte de prendre en charge : morts des parents, le départ de plusieurs gouvernantes... Assez vite la jeune gouvernante, sensible et impressionnable, va avoir des hallucinations.

Les deux enfants, Flora et Miles sont-ils mauvais ? Hallucinations ou réalité ?  Et tout au long du récit, irréel et réel, beauté et épouvante se côtoient jusqu'à l'acmé finale. Jamais l'art de l'implicite et de la litote de James (biographie Larousse) n'ont été aussi présents que dans cette nouvelle de James envahi par "l'inquiétante étrangeté".

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Si le téléfilm de Fywell  est impeccable au niveau de la réalisation et de l'atmosphère, l'écriture fantastique est occultée par un parti pris du réalisateur : la narratrice, la jeune gouvernante est dans un asile. Il semblerait d'emblée qu'elle soit folle. Son éducation, sa jeunesse expliquent ses hallucinations : une tendance nettement psychanalytique a été faite de l'oeuvre jamesienne. Le réalisateur joue nettement aussi sur l'opposition entre le bien et le mal. L'innocence et la beauté incarnée par les enfants contrastent avec la noirceur des adultes et des scènes d'orage et d'apparitions... faisant apparaître un thème fantastique absent de l'oeuvre de James : "j'ai vu le diable", dira la narratrice. Un beau film d'époque mais très éloigné de l'univers de James.

Henry James, Le tour d'écrou, Livre de poche, 159 p.

Autre oeuvre : Daisy Miller

Adaptation en téléfilm de Tom Fywell, 2009, 90 min.

Challenge Henry James de Cléanthe.

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29 janvier 2011

La vérité sur Gustavo Roderer, Guillermo Martinez

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Romancier et mathématicien argentin, l'oeuvre de Guillermo Martinez est influencée par son amour des mathématiques, bien qu'il n'y ait rien de réellement scientifique. Restant dans la sphère des idées et dans le récit elliptique, l'auteur retrace le destin parallèle de deux personnages à l'intelligence bien opposée : le narrateur fait des études de mathématiques, tandis que l'autre, Gustavo cherche une philosophie révolutionnaire : Quelles "régions interdites depuis toujours à la pensée humaine" a-t-il découvertes ?

Mais quelle est le sens véritable de cette histoire ? Les références aux différentes philosophies et aux mathématiques rendent confuses l'intrigue. Cette histoire métaphysique est-elle une mystification ? Voici l'extrait d'une lettre de Gustavo : " Mais j'acquis au cours de ces années une méthode, une faculté surhumaine, de discerner un nouvel entendement ouvrant les portes d'un autre ciel, un ciel encore vide qui attend les hommes; [...] Ce qui me reste à faire, l'ultime problème représente sans doute le plus ardu. rendre intelligible pour la vieille raison humaine, cette nouvelle science". Folie ou génie ? Réalité ou désir chimérique ? Les théories philosophiques sont si étranges et si mystérieuses, qu'elles en deviennent quasi incompréhensibles. Au-delà de la trajectoire du héros, cette fable sur le génie, présentée comme une maladie de corps et d'esprit, reste brumeuse et laisse le lecteur en marge de l'histoire. 

Martinez, La vérité sur Gustavo Roderer ,122 p.
Partenariat BOB et merci aux éditions.

Lu aussi par Ys. Edit du 6/02 : billet de Cécile.

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21 janvier 2011

Les vestiges du jour, Ishiguro

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Né en 1954, Ishiguro est un romancier britannique, d'origine japonaise. C'est en se posant la question, "si j'avais vécu pendant la période des guerres mondiales, qu'aurai-je fait ? comment aurai-je réagi ?", qu'il écrit Les vestiges du jour*.Son interrogation s'incarne dans la personne de Mr Stevens.

Véritable "butler" anglais au service d'une maison distinguée, Mr Stevens sert avec loyauté et dignité, pendant de longues années, Lord Darlington.  En 1959, à la mort de celui-ci, il reste dans la vieille demeure, rachetée par un riche américain. Lorsqu'un majordome prend la parole, c'est pour nous narrer ses journées de travail, ses problèmes de personnel... Justement, un manque d'employés ainsi qu'une lettre d'une ancienne intendante, Miss Kenton, qui semble vouloir revenir à Darlington Hall, incite le majordome Stevens à entreprendre un petit périple pour la rencontrer, dans le West Country. Progressivement, le déroulement de ces six jours de voyage, dévoile sous un récit empli de retenue, bien des drames personnels et historiques. Ses souvenirs ressurgissent peu à peu pour former une fresque des années 30, dans la haute société anglaise.

C'est avec beaucoup de distinction et d'élégance que Mr Stevens aborde les problèmes de sa profession : qu'est ce qu'un grand majordome ? Pour lui, "les grands majordomes sont grands parce qu'ils ont la capacité d'habiter leur rôle professionnel" et "ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C'est, je l'ai dit, une question de dignité". Mais n'est-ce qu'une histoire de quotidien et de domestiques ? Aveuglé par son attachement aux convenances et aux valeurs qu'il s'impose, Mr Stevens n'a pas entièrement conscience des réalités politiques qui se trament chez Lord Darlington. Les vestiges du jour, alliant histoire individuelle et l'histoire après la Première Guerre Mondiale, est une large réflexion sur des problèmes moraux et historiques. A-t-il eu raison de renvoyer ces domestiques juives pour obéir avec loyauté aux ordres de son maître ? N'est-il pas passé à côté du bonheur en sacrifiant l'amour de Miss Kenton au profit de son professionnalisme ? Devait-il continuer à servir Lord Darlington malgré son rapprochement avec les chemises noires et ses rencontres officieuses avec les Allemands ?

L'écriture élégante, délicate, pleine de nuances de Ishiguro se déploie pour peindre des personnages qui sont loin d'être manichéens. Les subtilités de l'écriture transcrivent les méandres des réflexions de Mr Steven et de son évolution. Une impression de mélancolie se dégage de ce récit d'une sourde tristesse ; mais non désespéré. Le récit n'est d'ailleurs pas dénué d'humour, notamment par les réflexions sur le badinage ou par le décalage comique né du sérieux du personnage contrastant avec des situations cocasses. Les vestiges du jour est une réflexion profonde sur l'humanité et l'histoire dans une prose magnifique et raffinée...

Les vestiges du jour, Ishiguro, Folio, 338 p.
* making off, Les vestiges du jour, réalisé par James Ivory, avec Emma Thompson, Antony Hopkins, 2h08, 1993.

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15 janvier 2011

Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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Qui est Mary Anning ? Elizabeth Philpot ? Tracy Chevalier nous conte le destin insolite de ces deux femmes naturalistes, au XIXeme siècle, dans le sud de l'Angleterre. On découvre ainsi leur vie, celle d'une vieille fille de 25 ans, appartenant à un milieu social bourgeois et celui de Mary Anning, fille d'ouvrier. Elles se définissent, au départ, comme des découvreuses de fossiles car chacune est passionnée par la recherche d'ammonites ou de lis de mer. Le jour où Mary Anning découvre un étrange "monstre", qui se révèlera être un ichtyosaure, elle va connaître plusieurs drames et inscrire son nom dans l'histoire des sciences...

Développant un univers singulier et un langage différent, ces deux femmes nous racontent leur existence dans l'Angleterre du XIXeme siècle. Ce sont des biographies réelles mais l'auteur y a ajouté quelques intrigues romanesques. Ressemblant à des personnages de Jane Austen, évoqués à plusieurs reprises, Elizabeth et ses soeurs Margaret et Louise, anciennes londoniennes, évoquent leur vie de vieilles filles, excentrique chacune à leur manière. Leur quotidien et les habitudes de l'époque ne paraissent pas ennuyeusement décrites car ils sont vus à travers les yeux d'une femme courageuse et passionnée. Elle aborde des aspects aussi variés que l'architecture du lieu, les visites dans des musées londoniens, les bals et les fréquentations de ses soeurs... Loin des salons que sa disgrâce physique et son intelligence empêchent d'apprécier, Elizabeth nous instruit sur sa passion pour les fossiles.

Une simple histoire de fossiles ? Certes les deux femmes parlent de leur vie amoureuse, de leurs sentiments, mais elles doivent aussi supporter le regard d'autrui et surtout celui, plus méprisant des hommes qui les tiennent pour "quantité négligeable" selon les propres mots de Lord Henley, représentant de la gentry locale. A une époque où les femmes n'avaient pas le droit de rentrer à l'intérieur de la geological Society, Elizabeth va se battre pour imposer les découvertes de Mary Anning. Plusieurs passages amusants soulignent d'ailleurs le ridicule de l'arrogance et de la prétention des hommes de l'époque : " Tout d'abord enchantée, je m'aperçus au bout de quelques minutes que Lord Henley ne connaissait rien aux fossiles, si ce n'est qu'ils pouvaient être collectionnés et qu'ils le faisaient paraître intelligent et raffiné. C'était le genre d'homme à en imposer par ses pieds plutôt que par sa tête." Sa théorie sur la forme des ammonites n'est guère reluisante ! Dans sa trame romanesque, l'auteur a d'ailleurs très bien reconstitué les débats de l'époque opposant les théoriciens de l'évolutionnisme et ceux du créationnisme : elle réussit à rendre compte des balbutiements des thèses de l'époque. La dimension scientifique qui n'est guère approfondie, n'en rend pas moins le débat passionnant, faisant intervenir des grands scientifiques tels que Cuvier.

Biographie romancée, Prodigieuses créatures n'en reste pas moins un livre très enthousiasmant au niveau de la description des moeurs des femmes et de l'évolution et du progrès dans le domaine scientifique. Dans un style naturel, fluide et léger, elle décrit le destin original de ces deux femmes qui ont contribué à l'histoire du naturalisme. Tracy Chevalier leur rend un bel hommage. Elle suscite notre curiosité et nous communique leur enthousiasme : c'est une histoire fascinante servie par une très belle plume...

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier, La table ronde, Quai voltaire, 377 p.

Billets élogieux de Lou, Eiluned...

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14 janvier 2011

Simenon, Maigret chez le coroner / Maigret à New York

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Ces deux romans de Simenon, mettant en scène les enquêtes de Maigret se révèle originaux de part leur cadre : Maigret chez le coroner et Maigret à New-York se déroule en Amérique, continent où a vécu quelques années l'auteur.

Maigret chez le coroner raconte l'histoire d'un procès se passant dans la chaleur de l'Arizona : Bessy, une jeune femme est retrouvée morte, écrasée par un train. Elle avait passé la soirée avec son amant, un sergent de l'Air force, ainsi que quatre autres sergents de l'aviation. Est-ce son amant qui l'a tuée par jalousie ? Il y cinq  accusés, mais qui est coupable ? Aucun des témoignages ne concordent, chacun ayant bu. Quel est le mobile ? Le procès s'ouvre au début du roman et Maigret y assiste en observateur, curieux de ce fait divers.

Dans Maigret à New-York, on retrouve une atmosphère pluvieuse accompagnant une sombre histoire de meurtre, proche de celle des gangsters. Le mystère s'installe rapidement : Maigret savoure sa retraite, lorsqu'un jeune homme fait irruption pour lui demander de l'aide. Jean Moran, trouve la teneur des lettres de son père vivant en Amérique inquiétante, où il parle de manière à peine voilée de sa disparition prochaine. Quel danger craint-il ? Angoissé, Jean fait appel à Maigret pour enquêter sur place. Dès le débarquement des voyageurs, Jean disparait. Commence pour Maigret une série de situations cocasses qui va l'amener à enquêter dans le passé de Joachim Maura, père de Jean, et son chemin va être jonché de cadavres.

Dans sa production prolifique, Simenon arrive toujours à diversifier les enquêtes et à les rendre originales : Maigret en Arizona, n'est pas un enquêteur mais un spectateur du procès, avec toujours cette même indifférence face au coupable : " Maigret ne revit jamais Cole, ni Rooke, ni les cinq hommes de l'Air Force.  Il ne connut jamais le verdict". Est-ce que sans juger, Simenon cherche juste à montrer les versants sombres de l'humanité ? Quant à son enquête à New York, il la mène comme un détective privé puisqu'il ne fait plus partie de la police.

L'écriture très sèche de Simenon, sans lyrisme, sans romanesque n'empêche pas l'auteur, en quelques mots de poser une atmosphère et de camper ses personnages. Bien qu'il y ait peu de descriptions, Maigret à New-York réussit à susciter une image interlope et assez stéréotypée de New-York entre l'élégance et le luxe de la cinquième avenue et la pauvreté du Bronx, le cosmopolitisme de cette ville avec le quartier italien... De même, lorsqu'il évoque l'Arizona, une image folklorique se dessine de l'Amérique, notamment dans une lettre envoyée à Madame Maigret : "Ma chère Madame Maigret, Je fais un excellent voyage, et mes confrères d'ici sont très gentils avec moi. Je crois que les Américains sont gentils avec tout le monde; quand à te décrire le pays, c'est assez difficile, mais figure-toi qu'il y a dix jours que je n'ai pas porté un veston et que j'ai une ceinture de cow-boy autour du ventre. Encore heureux que je ne sois pas laissé faire, car j'aurais des bottes aux aux pieds et un chapeau à large bord comme dans les films du Far-West". Certes, l'Amérique est vue à travers des clichés mais les enquêtes et les analyses sur la nature humaine restent passionnantes.

852793810Maigret chez le coroner, Simenon, Livre de poche, 189 p.
Maigret à New-York,Simenon, Presse de la cité.

Lu dans le cadre du challenge Simenon, organisé par peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Actuellement et jusqu'au 31 janvier, vous pouvez participer au concours " Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part", organisé par le livre de poche.

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08 janvier 2011

L'affaire Saint-Fiacre et Maigret aux assises de Simenon : ISSN 2607-0006

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Lorsqu'on vous parle de Simenon ( biographie Larousse), tout de suite une image stéréotypée est suscitée, celle d'un milieu populaire, comme le montre Adrien Goetz dans l'incipit de son roman policier Intrigue à l'anglaise : «  "un premier poste, c'est toujours un peu du Simenon". Wandrille, ce play-boy creux et insignifiant, n'avait rien trouvé d'autre à dire. Du Simenon : il veut dire cafés du coin jaunes et enfumés, toiles cirée rouge avec des fleurs, pipe dans le cendrier, habitués au comptoir ». Certes, on trouve bien ces décors du Paris populaire dans ses romans policiers mais aussi une manière particulière de questionner l'humanité. Dans L'affaire Saint-Fiacre comme dans Maigret aux assises, sous des apparences prosaïques, Simenon sonde l'âme humaine.

« Sous le signe de Walter Scott » (chapitre 9, L'affaire Saint-Fiacre)

L'affaire saint-Fiacre commence dans un Paris, pluvieux et glauque, où Maigret reçoit un étrange message : «  Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'Eglise de Saint-Fiacre pendant la première messe du jour des Morts ». Maigret se rend donc à Saint-Fiacre, château de son enfance, où son père exerçait le métier de régisseur. La mort de la comtesse de Saint-Fiacre est-elle accidentelle ? Qui pouvait souhaiter sa mort ? Est-ce son fils qui avait besoin d'argent ? Est-ce son régisseur qui avait intérêt à la voir disparaître ? Plongé dans ses souvenirs d'enfance, le commissaire enquête sur un meurtre peu commun où le coupable ne peut pas être dénoncé à la police...

Maigret aux assises : Sous la même lumière froide et pluvieuse, Maigret quelques années plus tard, va assister au procès de Gaston Meurant. L'enquête est menée depuis un tribunal dont on nous décrit les rouages. Gaston Meurant a-t-il commis un double meurtre, ceux de sa tante et d'une fillette de 4 ans pour de l'argent ?

Cette série met tout d'abord en valeur une atmosphère pesante, grâce à une écriture sans fioriture, proche du procès-verbal. L'écriture simple, la place des objets quotidiens, le style prosaïque, qui s'attache à décrire les moindres détails, ne sont pas anodins mais ils dénoncent la lourdeur du système judiciaire dans Maigret aux assises ou l'évolution de la société et les mesquineries des gens dans L'affaire Saint-Fiacre. L'écriture sèche arrive merveilleusement à rendre une atmosphère de grisaille.

Comprendre l'âme humaine :

Maigret aux assises et L'affaire Saint-Fiacre sont des romans criminels d'un genre particulier : arrêter le coupable importe peu au commissaire : il cherche davantage à comprendre ces meurtres sordides.  D'ailleurs, le sort du meurtrier  n'est pas évoqué à la fin du roman, Maigret cherche davantage à questionner l'humanité. Ainsi, mêlée à l'enquête, la vie personnelle de Maigret et ses réflexions permettent d'interroger le monde dans lequel il vivait. Un auteur à relire pour ses enquêtes policières particulières.

Simenon, L'affaire Saint-Fiacre, Livre de poche, 187 p.

Simenon, Maigret aux assises, Livre de poche, p. 191

Lu dans le cadre du challenge Maigret de Peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Le livre de poche a organisé un jeu concours Maigret : vous pouvez participer en suivant ce lien : "Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part".

 

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05 janvier 2011

Manfield park, jane Austen

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Le roman de Jane Austen ( biographie Larousse), Mansfield Park est une oeuvre atypique comparée à Orgueil et Préjugés ou Raisons et sentiments. Au-delà de la peinture psychologique et celle de l'amour entre quatre jeunes gens, Mansfield Park développe une véritable fresque du tout début du XIXeme siècle.

Fanny Price est une parente pauvre, recueillie par la soeur de sa mère, Lady Bertram. Leur soeur Madame Norris et les filles Bertram montrent un certain mépris envers elle. La vie semble se dérouler lentement, à Mansfield park jusqu'à l'arrivée d'Henry et Mary Crawford, jeunes aristocrates oisifs de Londres. Tout d'abord Henry semble courtiser l'aînée des Bertram, qui doit se marier à l'insignifiant Mr Rushworth, puis après le mariage de celle-ci, il décide d'épouser Fanny. Jeu ou amour véritable ? Amoureuse de son cousin Edmund, qui souhaite être ordonné prêtre, Fanny ressent des sentiments contradictoires lorsqu'elle voit ce dernier amoureux de Mlle Crawford. Mary, va-t-elle suivre ses sentiments ou son inclination pour l'argent et une vie frivole ? Fanny, succombera-t-elle à la pression sociale qui l'oblige à épouser Mr Crawford ou à ses sentiments pour Edmund ?

Au-delà du marivaudage, J. Austen aborde de nombreux sujets comme la question de la religion ou du théâtre. Mansfield Park est aussi riche que complexe : tout d'abord l'éducation  des jeunes filles prend une grande place, soulignant le danger d'un apprentissage par coeur, qui repose sur les arts d'agrément contrairement à l'éducation de Fanny Price qui lit et sait se forger une opinion propre. La sévérité du père, Mr Bertram, empêche l'affection de ses enfants de se manifester : ils n'osent s'ouvrir à lui, ce qui va amener le désastre sentimental de ses filles tandis que l'adoration de Madame Norris pour les soeurs Bertram développe, au contraire, leur vanité. Quant aux Crawford, leur inconstance et leur frivolité découlent d'une indépendance précoce...

Ces personnages sont-il réalistes ? Exceptés Mme Norris et Mr Rushworth qui n'évoluent pas et restent secondaires et risibles, et contrastant singulièrement avec le dernier chapitre extrêmement rapide comme dans Lady Susan, les autres personnages n'ont rien de manichéens ; au contraire, l'auteur cherche à travers de longs dialogues, à montrer les dilemmes des héros, leur tourments..
La fracture sociale entre les personnages est très importante : le milieu d'origine de l'héroïne Fanny est très éloigné de celui des Bertram, grands propriétaires terriens, ce qui permet à l'auteur de dépeindre la vie de ces pauvres gens. La description de Portsmouth, ville natale de Fanny permet aussi à l'auteur de montrer le développement de la marine anglaise, lié à l'extension de l'Empire.  Les colonies anglaises sont d'ailleurs évoquées à plusieurs reprises.

Ce roman, souvent qualifié d'insipide, se révèle être beaucoup plus riche que les autres oeuvres de l'auteur. Certes les longues conversations sur l'embellissement des jardins ou l'atermoiement des jeunes personnages peuvent paraître ennuyeuses mais ils ont leur importance. Comme le rappelle la préface, il faut connaître l'époque pour comprendre ce livre, étant donné que J. Auten en donne un reflet des habitudes d'une société en pleine mutation. Assurément, une très belle oeuvre.

Quand est-il de l'adaptation ? Le film réalisé par I. B. Mac Donald, il a opté pour une simplification extrême : certaines paroles sont reprises, la trame générale est respectée mais la question de l'éducation, la richesse des sentiments sont bien mal représentés. Mansfield Park est un film certes élégant, aussi bien au niveau des décors que des acteurs, mais il ressemble davantage à une comédie sentimentale enlevée qu'au roman de J. Austen. Surtout, Fanny n'y est guère semblable au roman : espiègle et bruyante, elle n'a plus rien en commun avec le personnage timide et raisonnable de .J Austen. Reprenant la problématique très austenienne du mariage d'argent ou d'amour, ce film réducteur est pourtant une très belle comédie...

Jane Austen, Mansfield Park, Archi poche, 562 p.

Autres romans : Northanger abbaye, Orgueil et préjugés, Lady Susan

Mansfield Park, réalisé par I.B. Mac Donald, avec Billie Piper, Blake Ritson et Hayley Atwell, 95 min, 2009.

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03 janvier 2011

Composition française, Mona Ozouf

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A quoi fait référence ce titre de composition française ? A la dissertation scolaire, puisque l'auteur revient sur son enfance, mais une enfance où elle a dû composer avec de nombreuses influences. A partir de son enfance à Plouha, au côté d'une grande-mère qui parle breton et d'un père mort jeune mais militant pour la cause bretonne, l'historienne Mona Ozouf s'interroge sur l'interaction entre l'héritage politique, culturel et familial dans la formation d'une identité individuelle.
Refusant le diktat de l'absence de l'historien dans un essai historique, l'auteur revient sur son enfance bretonne pour illustrer son propos : d'une famille bretonnante, elle a été imprégnée de la culture celtique à travers les livres de Chateaubriand, Savignon, Renan, pour ensuite découvrir la laïcité et l'uniformisation imposées par une école laïque. Pourquoi la République impose-telle une langue commune ? Les langues régionales ont-elles un effet néfaste par rapport à l'idée de laïcité ? Peut-on rejeter les héritages familiaux, régionaux ?

Si l'auteur rejette les niaiseries bretonnes, elle affirme que les différentes déterminations peuvent cohabiter ensemble : " Trois pèlerinages, donc, qui résumaient assez bien les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chrétienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l'école dans la raison républicaine. A elle trois, ces croyances composaient ce que j'appellerai volontiers ma tradition". (p. 152).

A l'histoire familiale bretonne, suit une analyse de l'histoire des évolutions des particularités régionales, remontant jusqu'à la Révolution Française. La pluralité des langues et des coutumes menace-t-elle l'unité nationale ? Selon l'auteur," Les français peinent toujours à reconnaitre la tension entre l'universel et le particulier, présente pourtant dès l'origine au coeur du républicanisme". (p. 220). Elargissant le débat autour des autres "communautarismes", comme la parité homme/femme dans le domaine politique, le port du foulard... A toutes ces questions complexes, Mona Ozouf refuse l'antagonisme ou une vision binaire pour conclure sur l'affirmation suivante : " notre vie est tissée d'appartenances". Original par sa forme, entre essai historique et récit autobiographique, cet essai, posant le problème de la tension entre particularismes régionaux et universel, est toujours d'actualité.

Composition française, Retour sur une enfance bretonne, Mona Ozouf, folio, 270 p.
Merci Bob et folio pour ce partenariat

voici l'avis de Lilly.

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