11 novembre 2010

CHALLENGE SHAKESPEARE

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(Ophélie de Millais)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J'ai demandé à Claudia de se joindre à moi pour organiser le challenge sur Shakespeare dont j'ai eu l'idée avec Céline, cette dernière manquant de temps pour s'en occuper. C'est avec  grand plaisir qu'elle a accepté. Shakespeare est pour elle un des plus grands dramaturges de tous les temps, un de ces écrivains universels, toujours étonnamment modernes, qui ont peint la nature humaine sous toutes ces faces et ont utilisé pour le faire tous les genres, du rire à la tragédie.

Amoureux de la langue anglaise, amoureux du théâtre élisabéthain, amoureux de la démesure et du rêve, inscrivez-vous au challenge Shakespeare.

PIECES ET BIOGRAPHIES :

Pour faire plaisir aux inconditionnelles shakespeariennes, on vous propose différents niveaux de lecture : J love Shakespeare :

Un peu : 1 pièce + 1 adaptation ciné ou théâtre + une biographie ciné ou théâtre.

Beaucoup : 2 pièces + 2 adaptations ciné ou théâtre + une biographie.

Passionnément : plus de 3 pièces + 3 adaptations + une biographie.

A la folie : Oui ! Soyons fous ! Tout Shakespeare sans aucune restriction. Vos coup de coeur !

Pas du tout : vouas avez vu une adaptation que vous n'aimez pas au cinéma et au théâtre ? Vos coups de rage !

CITATIONS :

Nous pensons aussi que ces lectures sont l'occasion de constituer
un recueil de citations de Shakespeare. Aussi nous vous proposons de publier en même temps que vos billets (ou indépendamment) une ou plusieurs citations de la pièce lue ou vue en notant bien l'acte et la scène d'où elle est  (sont) tirée(s).

Comédie, tragédie ou pièce historique, lisez Shakespeare...

Vous pouvez vous inscrire et envoyer vos liens vers vos billets sur les deux blogs :
Maggie Mille et un classiques et Claudialucia ma Librairie

Nous pouvons héberger des billets de personnes n'ayant pas de blog mais qui désire écrire sur Shakespeare

Voici une petite bibliographie...

-   Les comédies : Comme il vous plaira, La nuit des rois, Les marchands de Venise, Peines d'amour perdues, La mégère apprivoisée, beaucoup de bruit pour rien, Le songe d'une nuit d'été...

- Les tragédies : Roméo et Juliette, Le roi Lear, Macbeth, Hamlet, Othello, Titus Andronicus, Jules César, Antoine et Cléopâtre...

- Les pièces historiques : Richard III, Richard II, Henri IV, Henri V, Henri IV, Le roi Jean, Edouard III...

..
.Et une petite filmographie (les plus connus)...

- Macbeth, Orson Welles (1948)

-Le château de l'araignée
Akira Kurosawa  (transposition de Macbeth) (1957)

- The tragedy of Macbeth,  Roman Polanski (1971)

- the tragedy off Othello, Orson Welles (1952)

- Roméo et Juliette de F. Zeffireli

- Roméo + Juliette de Baz Luhrmann (1996)

- West side story  de Robert Wise (transposition de Roméo et Juliette) (1961)

- Hamlet, film de K. Brannagh (1996)

- King Lear, de Peter Brook (1971)

- Ran de Akira Kurosawa (transposition du Roi Lear) (1985)

- Prospero's book, Peter Greenaway (1991)

La Mégère apprivoisée F. Zeffireli (1967)

- Edit du 4/11 : nous rajoutons La tempête qui sort en décembre 2010

etc....

Biographies

La plus célèbre, le livre Peter Ackroyd, biographie de Shakespeare

Le film le plus célèbre  : Shakespeare in love  Joseph Fiennes

Pensez à poster vos liens dans les commentaires, pour que nous puissions actualiser les liens, accompagnés du logo fabriqué par Céline ! Merci Céline pour l'idée du challenge et pour le logo et merci claudia pour l'écriture du billet...

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Les participantes :

- Céline, claudia, EllcrysEiluned , Hathaway , Lael , LewerentzLou, Océane , Pimrose, Sabio, Titine , Théoma, Mango, L'irrégulière.


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09 novembre 2010

Prières exaucées, Truman Capote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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"il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas". Truman Capote est l'enfant terrible de la littérature américaine : disert, caustique, l'enfant abandonné très tôt par ses parents, a ensuite côtoyé les plus grands, de Marilyn Monroe aux Kennedy. Génial écrivain, il a inventé le roman de non-fiction, "le nouveau journalisme" et De sang froid lui donnera une certaine reconnaissance du milieu littéraire. C'est le matériau de sa vie, ce qu'il a observé parmi la société mondaine, qui lui fournit les anecdotes de Prières exaucées. Mais à la lecture des 3 premiers chapitres, ses amis se détourneront de lui. Pourquoi ce livre a-t-il fait scandale ?

Prières exaucées devait être l'équivalent de "la recherche" proustienne : P. J. Jones est un écrivain abandonné à sa naissance. Se qualifiant lui-même de "couard", "fruste", "opportuniste", il est homosexuel et cynique. Il se met en scène en train d'écrire Prières Exaucées, de même que Marcel le héros de la recherche est en train d'écrire la recherche.  Abordant ses débuts dans un magazine, puis l'échec de ses romans, il les entremêle à ses aventures perverties et douteuses. Voyageant de l'Amérique vers l'Europe, de Tanger à Paris, rencontrant les célébrités de ce monde, il livre des anecdotes sur les personnalités rencontrées. 

Ce roman n'est pas seulement un livre scandaleux : le personnage principal lorsqu'il ne se livre pas à la débauche, peut être très intéressant, en parlant de ses lectures, de son écriture : "Qu'une chose soit vraie ne veut pas dire qu'elle soit vraisemblable, tant dans la vie que dans la l'art. Prends Proust par exemple. tu crois que sa Recherche sonnerait aussi juste s'il était resté scrupuleusement fidèle à l'histoire, s'il n'avait pas transposé les sexes, modifié les événements et les identités ? S'il avait relaté les faits au pied de la lettre ? Mais - c'est là une idée qui m'étais souvent venue - il aurait mieux valu. Moins acceptable mais meilleur."

Cependant, on comprend mieux le scandale lorsqu'il livre les portraits sans vernis social de la société mondaine et cosmopolite. voici le portrait qu'il fait de Sartre : " Un oeil noyé, l'autre à la dérive, ce louchon de Sartre, pipe au bec, teint terreux, et sa taupe de Beauvoir, sentant la jeune fille prolongée, étaient généralement calés dans un coin comme deux poupées de ventriloque abandonnées." Et lorsqu'il évoque plus loin Koesler en ces termes " un nabot agressif toujours prêt à faire le coup de poing". N'est-ce pas là malveillance ? Etait-il utile d'insérer des jugements lapidaires ? Devant les réactions outrées, Capote aurait d'ailleurs dit :" A quoi s'attendaient-ils ? Je suis écrivain et j'utilise tout ce qui me tombe sous la main. Ces gens s'imaginaient-ils donc que je contentais de les distraire ?". Des mondanités aux potins féroces, il n'y a qu'un pas et T. Capote l'a franchi : son ton habituellement badin, moqueur se transforme à la fin de sa vie en paroles abjects...

Il est toujours difficile de dire du mal d'un auteur qu'on apprécie. Et pourtant, on est obligé de reconnaître que cette oeuvre est assez inégale, alternant des descriptions presque poétiques, une teinte, une odeur retenant notre attention, et des scènes parfois vulgaires lorsqu'il aborde la vie sexuelle de ses personnages. Ces scènes crues, le manque de raffinement dans la description des mondanités des années post-guerres empêchent ce dernier roman, laissé inachevé, de Truman Capote d'atteindre son idéal proustien....

Truman Capote, Prières exaucées, Livre de poche, 231 p.

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06 novembre 2010

Truman capote, la traversée de l'été et Petit déjeuner chez Tiffany

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Avec ces deux romans New-yorkais, Truman Capote dresse le portrait de deux femmes aux caractères diamétralement opposés, mais tout en nuance. Le style diffère aussi, étant donné que La traversée de l'été est son premier roman, un roman qu'il disait inachevé puis perdu.

"La belle saison avait pris fin depuis longtemps"

Mais commençons par l'histoire de La traversée de l'été dont le manuscrit a connu une vie mouvementée. Lors d'un déménagement, Truman capote aurait laissé des affaires qui ont été récupérées par sa concierge : quelle ne fut la surprise de tous, de retrouver à une vente aux enchères à Sotheby's en 2005, le premier roman de Truman Capote, avant son succès des domaines hantés.  Grady Mc Neil est la figure principale de ce roman "étouffant" : jeune fille des beaux quartiers, en conflit avec sa mère, elle refuse d'accompagner ses parents pour une croisière en Europe : ce sera son premier été à New-York, seule. Alors que sa mère souhaite "lancer sa fille dans le monde et que ses préoccupations sont matérielles (Dior ou Fath pour la robe de débutante ?), Grady s'interroge sur ses sentiments : Aime-t-elle vraiment Clyde ? Juif, gardien de parking, il appartient à un milieu dont elle ignore tout. La traversée de l'été est un très beau roman sur le gouffre que peuvent créer la position sociale et sur les incertitudes de l'adolescence. Que sait-on de l'amour à 17 ans ?

Petit déjeuner chez Tiffany :

Quant à Holly Golightly, l'héroïne de Petit Déjeuner chez Tiffany , connu aussi grâce à l'adaptation de Blake Edwards, Les diamants sur un canapé, elle est menteuse par nécessité, frivole et superficielle. Insaisissable, elle papillonne, entourée d'hommes. Elle veut être actrice mais reste sans rôle. Demi-mondaine, bavarde, elle ne semble pas sentir le poids de la réalité, indifférente à ce qui l'entoure. Finalement, elle est arrêtée , après avoir été à son insu, mêlée à un trafic de drogue  puis disparaît. Les souvenirs racontés par son voisin écrivain, la montre comme une femme artificielle, mais encombrée par un passé assez lugubre. Voici sa première apparition, assez excentrique, rappelant la voisine qu'a incarné Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion de Billy wilder : "Le sentiment que l'on m'épiait. Que quelqu'un était dans la chambre. Puis il y eut une succession de coups secs frappés sur la vitre, apparition d'un gris spectral. Je renversai le grog. Il me fallut un certain temps avant que je me décide à ouvrir la fenêtre et à demander à Miss Golightly ce qu'elle voulait. "J'ai laissé en bas un type absolument terrifiant, me dit-elle, passant de l'échelle de secours dans ma chambre. Je veux dire qu'il est charmant quand il n'est pas saoul, mais qu'il se mette à écluser, et vous parlez d'un sauvage ! [...] Elle écarta son peignoir de flanelle grise de son épaule pour me montrer ce qui arrive lorsqu'un type vous mord. Elle ne portait rien d'autre que ce vêtement.".

L'écriture de ces deux romans est extrêmement différente : dans La traversée de l'histoire, le style de Capote est surchargée par des comparaisons surprenantes ou outrées comme "son visage mince, ses traits aussi délicats que des arêtes de poisson, semblaient baignés de miel" ou  "obéissant à sa compagne, une femme couleur de fraise mûre imprégnée de cognac, il se pencha par-dessus la table voisine pour adresser à Peter un salut un peu embarrassé", tandis que celui de Petit déjeuner... est beaucoup plus épuré, proche de sa volonté de "sous-écrire" ses romans... New-York n'a qu'une très petite place symbolique, dans ces deux romans comme l'opposition de la 5eme avenue avec Broadway pour son premier roman, et Tiffany pour le second. Comme dans la plupart de ses oeuvres, les descriptions se font par petites touches, souvent des notations de lumières exprimant soit le désarroi, soit la beauté du monde vu à travers les yeux de personnages : " Du haut du balcon, elle apercevait le faîte des tours et des gratte-ciel qui semblaient trembler, comme menacés de se dissoudre dans le rayonnement brutal de l'après-midi". Le récit de la vie de Holly ne comportent pas de profondeur et paraît assez vain : le sujet est aussi mince que l'intérêt qu'on peut y porter. Grady Mc Neil est une magnifique figure d'adolescente, tout en souffrance et en nuance. De la traversée de l'été, il émane une infinie tristesse touchante : certes, un premier roman à la prose surchargée, mais qui mérite d'être redécouvert. Cependant, détresse et solitude fondamentale des êtres transparaissent dans ces deux récits : n'est-elle pas celle aussi de cet écrivain narrateur de Breakfast at Tiffany's, qui ressemble tant à Truman Capote ?

Challenge_new_york_en_litterature___well_read_kidPetit déjeuner chez Tiffany, Truman Capote, Folio, 188 p.
La traversée de l'été,Truman Capote, Livre de poche, 150 p.

Lu dans le cadre du challenge New York d'Emily.

Les avis de Katell, Clarabel, Lou...et je rajoute celle de Mango, Lilly, Karine...

Posté par maggie 76 à 17:24 - Commentaires [10] - Permalien [#]

01 novembre 2010

Indignation, Philip Roth

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Dans son dernier roman, Philip Roth nous livre un destin individuel sur fond de guerre de Corée. C'est à travers les souvenirs d'un jeune étudiant, Marcus Messner, que nous voyons l'histoire de l'Amérique des années 50 se dérouler sous nos yeux. Fils d'un boucher juif, pour échapper à ce milieu et à un père devenu protecteur jusqu'à la folie, il entre à l'université de Winesburg dans l'Ohio. Là, ce jeune homme honnête et travailleur est confronté à un monde conservateur, raciste, dans lequel il a bien des difficultés à s'adapter.

Particulièrement agréable et fluide, l'écriture de ce roman nous entraîne dans la vie de Marcus Messner. Pourquoi cette écriture est-elle si attrayante ? Elle semble livrer en toute simplicité et franchise les pensées même les plus intimes de notre héros. S'appuyant sur des images concrètes issues de la boucherie, milieu d'origine de Marcus, elle révèle une personnalité à la fois droite et honnête mais aussi candide et inexpérimentée. Avec une fraîcheur désarmante, le jeune narrateur nous livre ses premiers émois amoureux à travers une correspondance avec la jeune Olivia et les anecdotes sur son travail à la boucherie kasher de son père qui font parfois sourire. Mais ce roman est aussi très sombre, assombri par la description de la vie d'un étudiant dans les années 50 et l'ombre de la guerre de Corée.

Indignation est d'abord la description de la vie d'une université du Middle West, université réactionnaire et stricte où l'administration s'insinue dans la vie personnelle des étudiants, où changer de chambres à plusieurs reprises peut apparaître comme un signe d'asociabilité, où leur vie sexuelle faisant l'objet d'une observation étroite peut être utilisée contre  eux. La religion aussi est stigmatisée à travers les offices obligatoires et l'ostracisme que subissent ceux qui ne font pas partie de la majorité blanche et chrétienne : " Il y avait 12 fraternités sur le campus mais 2 d'entre elles seulement admettait les juifs". "Etroit" pourrait aussi qualifier la mentalité du directeur et de son président Lenz et de tout ce système universitaire réactionnaire et conservateur, qui mène à la révolte des étudiants, aussitôt réprimée avec renvoi d'étudiants, appelée la "grande razzia des petites culottes". Finalement, il faudra attendre les années 1870 pour que les choses évoluent.

Dans le destin tragique de Marcus, sa vie est assombrie par des tragédies personnelles comme la folie de son père, mais aussi par la guerre très sanglante de Corée où des milliers de jeunes moururent : " Dans la lutte pour occuper la colline abrupte cotée sur la crête escarpée de Corée centrale, les deux camps subirent des pertes si lourdes que le combat se mua en un bain de sang fanatique,comme ça avait été le cas pendant toute cette guerre. Les quelques combattants vaincus et blessés qui n'avaient pas explosé ou été poignardés à mort finirent par quitter les lieux en titubant, avant l'aube, laissant  la montage de Massacre - nom qui fut donné à cette colline cotée dans les récits relatant notre guerre du milieu du siècle - couverte de cadvres et aussi dépourvue de vie humaine qu'elle l'avait été pendant des milliers d'années, avant l'avènement d'une juste cause au nom de laquelle chacun des deux camps massacra l'autre" . Indignation est une tranche de vie sur fond d'histoire américaine des années 50, vue à travers la sensibilité d'un homme au seuil de sa vie, une vie broyée par la société bien-pensante, une vie volée par la guerre barbare. Un très beau roman...

live_voyageurIndignation, Philip Roth, Gallimard, 196 p.
Merci à Claudia pour ce livre voyageur. Voici son avis.

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30 octobre 2010

Les boucanières, Edith Wharton

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Les boucanières ? Que cache le titre du dernier roman inachevé d'Edith Wharton ? Ce sont 5 américaines, toutes plus belles les unes que les autres confrontées à la société londonienne : "Ah ! mais regardez-les ces demoiselles, les quelques privilégiées que Mrs st George daignait désigner ainsi ! Par caprice, elles avaient décidé de retarder leur entrée et d'arriver toutes ensemble, bras dessus bras dessous, une bande rougissante qui envahit la salle à manger, s'y épanouit comme une branche chargée de fleurs". 

" D'où venez-vous, charmantes demoiselles, d'où venez-vous ? / En si joyeuse bande, me cernant de partout ? (Rosseti)

Saratoga, New York. C'est dans un papillonnement de jupes et une explosion de vitalité, de rire, de gaité, qu' Edith Wharton nous présente les cinq jeunes filles en fleur : la belle Virginie et la mélancolique Annabel St George, la sensuelle Conchita Closson et l'intelligente Lizzy Elmsworth et sa soeur Mabel. Issues de milieux obscures, leur mère désespère de les lancer dans la bonne société américaine, jusqu'à l'arrivée de la gouvernante Miss Testvalley. Celle-ci, fraîchement débarquée de l'Angleterre victorienne, ayant été préceptrice des enfants du duc de Tintagel ou de la noble famille Brigtlingsea, va s'attacher à toutes ces jeunes filles et les lancer dans leur première saison londonnière. Les amours, les espoirs et le bonheur de nos cinq héroïnes dépassera bientôt toutes leurs attentes. Quel est le but de ces jolies aventurières ? Conquérir Londres.

"Vanité des vanités"

Les boucanières est tout d'abord une peinture de la société et des moeurs de la fin XIXeme siècle : milieu social, stratégie, ambition politique, le prestige aristocratique, tous ces thèmes sont présents. Comme dans Chez les heureux du monde, Edith Wharton réussit une magnifique fresque sociale de New York à Londres, dans les années 1870. A l'égal de la "comédie humaine" balzacienne, elle décrit différentes sociétés avec une vivacité reproduisant la vie frénétique, tapageuse de nos héroïnes. Mais loin de s'arrêter à un nombre restreint de personnages, elle dépeint aussi le destin de Miss Testvalley, des sir Helmsley et son fils Guy Twarte, des Tintagel, de la perfide Lady Churt.... Parfois cette peinture se fait délicatement poétique avec la description de sensation, de couleurs, de lieu comme l'apparition des ruines de Tintagel, hors de la brume.

Ce roman est le plus britannique des romans d'Edith Wharton : prenons par exemple, Mrs St George dont le mariage est l'une de ses préoccupations très austeenienne. Elle est aussi ridicule qu'une Mrs Bennet : " moins c'était compréhensible plus c'était éblouissant" se plaît à dire le narrateur de cette femme dont la seule obsession est d'établir ses filles dans de bonne position. La société new-yorkaise est assez vite délaissée au profit de l'étiquette et codes rigides de l'aristocratie anglaise. La confrontation entre les extravagantes américaines et les "momies" aristocratiques anglaises donnent lieu d'ailleurs à de nombreuses situations cocasses.

"Incurables peines de coeur" :

Les boucanières est aussi une subtile description des sentiments amoureux. Pas d'amour romanesque, quoique le destin de Annabel soit digne de celui du conte de fée de ses rêves, mais l'auteur a privilégié l'opacité des sentiments permettant une intrigue sentimentale riche en rebondissements. Autre originalité de ce roman, elle laisse une grande place à la poésie notamment celle de Rosseti, dont les peintures ou tableaux font écho au destin d'Annabel. Plusieurs anecdotes sur le jeune poète Dante Gabriel Rosseti ainsi que ses poésies sont parsemées dans le roman. L'héroïne, nouvelle Proserpine, est aussi influencée par l'aura de la légende arthurienne... même un fragment d'une stèle du trône de Naxos aura un rôle stratégique important !

Les" boucanières" est un terme employé péjorativement par les anglais qui considèrent ces femmes comme de vulgaires étrangères, des pilleurs et des sauvages mais pour Edith Wharton, ce sont des femmes exubérantes et courageuses, transformées par son écriture subtile et ironique, en femmes qui se libèrent des contraintes sociales, dont les portraits font de ce roman magistral un véritable chef d'oeuvre : une fresque éblouissante.

theedithwhartonschallengeLes boucanières, Edith Wharton, Points, 512 p..

Merci à Titine (plaisir à cultiver) et aux éditions points pour m'avoir offert ce livre et permis de découvrir un très beau roman.

Lecture commune avec Mango dans le cadre du Challenge Edith Wharton. Voici les avis de Titine, Lilly...

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28 octobre 2010

Le grillon du foyer, Dickens

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Sous titré "un conte de fées...

Le grillon du foyer a été regroupé, avec un chant de Noel et d'autres récits, dans les Chrismas books, qui ont eu un succès retentissant lors de leur parution. Thème cher à Dickens, pendant la période de Noël, selon les dires de l'un de ses fils, Dickens était particulièrement joyeux et vif car pour lui, cette époque de l'année représentait un moment de générosité et de pardon... Dans ce récit hautement symbolique, il aborde certains aspects de son siècle avec son talent de conteur inimitable.

C'est avec le chant combiné de la bouilloire et d'un grillon que s'ouvre ce récit : si le grillon du foyer des Peerybingle est aussi joyeux, c'est que le foyer de Mary et John Peerybingle ressemble à une famille modèle. Dans ce foyer chaleureux arrive un beau vieillard demandant l'asile. Ensuite, le conteur nous plonge, dans un deuxième chant, dans le foyer des Plummer, de Caleb et sa fille aveugle, qui hélas, ressemble à celui de milliers de misérables sous l'ère victorienne. Caleb fabrique des jouets d'enfant pour le compte du terrible et horrible Gruff et Takleton. Caleb, pour alléger la vie de l'infirme, lui fait croire qu'ils sont choyés par leur employeur et que leur intérieur est magnifique. L'affreux Takleton, comme Scrooge, incarne la méchanceté, et est un tueur de grillon de surcroit ! Il espère se marier à May, une jeune fille beaucoup plus jeune que lui comme le couple que forme John et Mary. Malheureusement, rien ne passe comme prévu : Mary trompe-t-elle son mari ? May va-t-elle épouser un vieillard acariâtre ? Qui est ce vieil homme qui loge chez les Peerybingle ? Caleb a-t-il raison de mentir sur leur sort à sa fille aveugle ?

... Domestique"...

Dickens, conteur sans égal, n'a pas son pareil pour brosser des portraits, voire des caricatures, certes sans profondeur psychologique, ni vraisemblance. Voici celui de Takleton  : "Mais confiné à contrecoeur dans le paisible état de fabricant de jouets, c'était un ogre domestique, qui avait toujours vécu aux dépens des enfants dont il était l'implacable ennemi ; Il méprisait tous les jouets et n'en aurait acheté pour rien au monde ; dans sa malice, il se complaisait à glisser une expression sardonique dans les traits des fermiers de cartons pâte menant leur cochon au marché des crieurs publics annonçant la perte de quelque conscience d'avocat, des vieille dames mécaniques reprisant des bas ou découpant des pâtés, et d'autres articles tirés de son fond [...]. Il excellait en de pareilles inventions. Tout ce qui pouvait évoquer un poney cauchemardesque faisait ses délices" .

Il  n'hésite jamais devant une comparaison incongrue, comme le vieillard qui parle de lui comme d'un colis ou  : " Gruff et Takleton était là, faisant l'aimable avec le sentiment évident d'être aussi parfaitement à l'aise, aussi parfaitement dans son élément qu'un jeune saumon fraîchement éclos au sommet de la grande pyramide" !. Et voici une autre comparaison décalée qui ne manque pas de faire sourire : " Lorsque la voiture fut un peu plus près, il constata que Takleton était déjà tout paré pour la noce et qu'il avait orné la tête du cheval de fleurs et de rubans. L'animal avait bien plus l'air d'un futur marié que Takleton, dont l'oeil à demi fermé trahissait une expression plus désagréable que jamais" .*

La description des foyers permet à Dickens de dénoncer la misère des uns et l'avarice des autres mais comme à son habitude, et à celles de nombres de victoriens, sous la façade, se révèle plusieurs problèmes. Mais si l'auteur se fait dénonciateur de la misère dans laquelle certains ouvriers vivent, cette oeuvre parle plutôt du mariage et de la fidélité, notamment dans les couples peu assortis où la femme est deux fois plus jeune que le mari. La jeune Mary trompe-t-elle son vieux mari ?May acceptera-t-elle un mariage fondé sur l'argent plutôt que l'amour ? Même si l'auteur aborde certains problèmes sociaux de l'ère victorienne, cette réflexion sur la vie quotidienne sous le règne de Victoria est plutôt optimiste et amusante. Quel conteur ce Dickens ! Quelle vivacité et quel humour ! L'oeuvre de Dickens est toujours à relire ou à redécouvrir !

untitled* Non, je ne vais pas citer le récit en entier ou faire un catalogue ! Et en plus, vous avez échappé aux pages de morceaux de bravoure de l'incipit !

Le grillon du foyer, Dickens, folio bilingue, 304 p.

Challenge Dickens, organisé par Isil.

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26 octobre 2010

L'auberge de la Jamaïque, Daphné du Maurier

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Chère Océane,
Après la délicieuse et très mystérieuse lecture de Rebecca, j'ai voulu découvrir d'autres romans de Daphné Du Maurier. Alors j'ai ouvert L'auberge de la jamaïque et une fois de plus, je suis enchantée de la lecture de ce roman qui s'inscrit dans la lignée des romans gothiques, sauf qu'il n'y a pas de vieux manoirs hantés mais une auberge délabrée. Les premières pages lus, on entre dans un univers et une atmosphère sombre et très violente avec une héroïne qui a du caractère : j'ai eu peine à croire la violence de certains passages bien extravagants: " Le colporteur eut un grognement de triomphe et cessa de peser sur la jeune fille. C'était ce qu'elle attendait, et, comme il changeait de position et baissait la tête, elle le frappa vivement de toute la force de son genou, lui enfonçant en même temps ses doigts dans les yeux." . Mais reprenons du début...
Tu dois te demander quelle est l'intrigue de L'auberge de la Jamaïque ? Mary Yellan est une jeune fille dont la mère courageuse, travaille dur dans sa ferme tout en élevant seule sa fille. Sa brusque mort amène bien des changements dans la vie de Mary, qui est obligée de quitter sa ferme natale pour aller vivre chez sa tante Patience. Mary ne l'a vu qu'une fois, alors qu'elle était encore qu'une jeune fille frivole et insouciante. Quelle n'est pas sa surprise lorsque sa tante lui écrit une lettre peu bienveillante où elle accepte néanmoins d'accueillir sa nièce, à l'auberge de la Jamaïque.  Le mystère s'épaissit car la seule évocation de ce nom emplit tous les honnêtes gens d'effroi. Que peut-il bien s'y passer ? Cette funeste lettre annonce un non moins funeste destin à notre héroïne : elle doit aider son oncle Joss, un ivrogne qui maltraite sa femme, à tenir un bar où de terrifiantes affaires se déroulent et où se retrouve toute la lie de l'humanité... Très vite, elle découvre le terrible secret de son oncle. Mais pourquoi sa tante Patience est-elle devenue une femme agitée de tics nerveux ? Quelles sont les raisons pour lesquelles personne ne s'arrête jamais dans cette auberge ?

En fait, au milieu du livre, dans un terrible suspense qui pousse à tourner les pages inexorablement, on nous révèle le secret épouvantable de l'oncle. Et pourtant le suspense s'intensifie : un autre mystère se fait jour et commence alors une enquête haletante et la fin contient encore un retournement de situation qui maintient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page... Oui, j'ai parlé de romans gothiques car cette auberge effrayante est entourée d'une lande toujours brumeuse, humide et venteuse.A la sauvagerie des hommes, fait écho la sauvagerie de la nature, de cette Cornouailles peu hospitalière, balayée par les vents comme dans les romans des Brontë. Juges-en toi-même par ce passage "Elle était inexorable, cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies ; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêt rabougris.". Les personnages sont sans cesse comparés à des animaux : Mary est comparée à un singe pour son intelligence et son courage, quant à son oncle, il est présenté comme un ours ou un loup... Mais dans cette solitude et son désarroi, Mary rencontre Jem Merlyn, frère cadet de Joss, voleur de chevaux dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle fait aussi la rencontre d'un vicaire albinos qui va lui apporter son aide...

Ce livre est merveilleusement surprenant, gothique et sinistre à souhait. Le mystère rôde autour de l'auberge de la Jamaïque, pour notre plus grand plaisir ! J'ai autant aimé ce livre que Rébecca et je pense lire d'autres romans de cet auteur tant j'ai été conquise par la prose et les intrigues de Daphné du Maurier ! A bientôt, j'espère, pour une nouvelle lecture dans le cadre du challenge de Daphné Du Maurier...

Maggie

* Edit 26/10 : Daphné du Maurier, L'auberge de la Jamaïque, Livre de poche, 318 p.

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23 octobre 2010

L'île au trésor, Stevenson

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L'île au trésor de Stevenson...

"Monsieur Trelawney, le docteur Livesey et tous ces messieurs m'ayant demandé d'écrire ce que je sais de l'ïle au Trésor, du commencement à la fin, sans rien omettre, si ce n'est la position exacte de l'île, et cela parce qu'il s'y trouve encore un trésor, je prend la plume en l'an de grâce 17.., et retourne à l'époque où mon père tenait l'auberge de l'Amiral-benbow, et au jour où le vieux marin à la peau basanée et balafrée d'un coup de sabre prit pour la première fois logement sous notre toit" : ainsi commence L'île au trésor, le roman d'aventures par excellence. L'apparition de Billy Bones annonce de nombreuses aventures pour notre jeune narrateur, Jim Hawkins. Ce dernier aide ses parents à tenir une auberge où pour leur malheur, débarque un vieux loup de mer louche. Peu à peu Jim comprend que Billy Bones est détenteur d'une carte menant à un trésor. Mais avant d'arriver au trésor, il devra braver de nombreux dangers et affronter des individus peu recommandables.

Ce roman de mer présente une intrigue qui n'est entravée par aucune intrigue secondaire : tous les chapitres convergent vers l'île sur laquelle vont se révéler les personnages. Raconté à la première personne, on suit les peurs et les rêves de Jim, gamin de 15 ans, exalté par cette aventure mais aussi favorisé par le destin et par son courage. Une première partie correspondrait à l'attente et le rêve de voyage, ponctué par les effrayantes apparitions de Chien noir et l'ombre du "loup de mer à une jambe", mais on côtoie aussi le comique Trelawney et le brave docteur Livesey. La deuxième partie se passe sur une île, rude, sauvage, où s'affrontent des pirates conduit par Long Silver et des hommes honnêtes autour du brave capitaine Smollett. Mais cette confrontation est moins manichéenne qu'elle n'y paraît... Morts violentes, lutte acharnée entre les deux camps, trésor, pirates, L'île aux trésor est indéniablement un roman d'aventures exaltant, mais qui fait la part belle à l'aventure humaine. La force de ce récit est de nous projeter sur les pas de cet enfant, dans cette île malsaine, dont on suit chacun de ses espoirs et de ses doutes. S'il n'y pas de réalisme psychologique,  l'aventure ne manque pas entre trahisons et rencontres étranges. Ce roman est sans le moindre doute un modèle du genre qu'il faut lire pour son style épuré...

...à l'édition tourbillon...*

Si on peut déplorer les éditions expurgées ou par extraits, mutilant souvent de grandes oeuvres, Les éditions Tourbillon ont sorti une version "ad delphinum" très réussie de L'île au trésor.. Certes l'histoire a subi une grande simplification mais l'essentiel du roman est là, efficace. Les descriptions sont moins nombreuses mais l'intrigue reste très fidèle. L'île au trésor illustré par Vincent Dutrait est un bel ouvrage.

L'île au trésor, Stevenson, Livre de poche, 243 p.
L'île au trésor, illustré par Vincent Dutrait, Edition Tourbillon.

* J'ai ajouté deux titres car la séparation entre les deux lectures ne me semblait pas claire...

Posté par maggie 76 à 17:20 - Commentaires [7] - Permalien [#]

15 octobre 2010

Les dames vertes de George Sand

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George Sand est un écrivain tout à fait fascinant, vivant de sa plume, fumant, s'habillant en homme à une époque où les femmes n'avaient que peu de droits. Elle a fréquenté Chopin, Delacroix , Dumas et Flaubert... Ecrivain prolixe, elle a écrit de nombreuses nouvelles dont Les dames vertes.

Le narrateur est un jeune avocat, Just de Nizière,  à l'imagination débordante : devenu avocat pour plaire à son père,  il  aurait "préféré  les lettres, une vie plus rêveuse, un usage plus indépendant et plus personnel de [ses] facultés, une responsabilité moins soumise aux passions et aux intérêts d'autrui". En 1788, il se rend au château de Ionis pour démêler une affaire de famille : Madame Ionis doit hériter d'un immeuble après la découverte d'un testament, cassant un premier testament en faveur de ses cousins, qui sans cet héritage tomberait dans la misère. Bien que dans son droit, celle-ci refuse de gagner ce procès. Doit-il lui faire gagner ce procès et le droit ou laisser triompher les sentiments ? Just loge dans une magnifique chambre où il apprend que des ancêtres du château apparaissent pour prédire l'avenir...

Des spectres apparaissent, des statues semblent prendre vie et vous saurez en lisant cette nouvelle quel est le rôle de la fontaine de Goujon (image ci-dessus) : rêve ou réalité ? Cette histoire serait, somme toute, qu'un conte de l'étrange proche de ceux d'Hoffman, dans la lignée des contes fantastiques du XIXeme siècle s'il ne portait pas la trace des préoccupations de la romancière, notamment les questions sociales de la mésalliance et une certaine critique de la noblesse : " Bourgeois et philosophe (on ne disait pas encore démocrate), je n'étais nullement convaincu de la supériorité morale de la noblesse". De plus, l'action se passe à la fin du XVIIIeme siècle et on sent les influences des philosophes des Lumières. Le procès ressemble globalement à celui mis en scène dans Entretien d'un père avec ses enfants. Avec Les dames vertes, Georges Sand signe une nouvelle bien tournée, qui joue avec les codes du surnaturel et qui montre toute la diversité de son oeuvre.

challenge_george_sand_1_George Sand, Les dames vertes, Magnard, 139 p.

Lu dans le cadre du challenge George Sand de George Sand et moi.


Posté par maggie 76 à 18:42 - Commentaires [19] - Permalien [#]

12 octobre 2010

L'étrange histoire de Benjamin Button

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Benjamin Button, F. Scott Fitzgerald, Pocket, 56 p.
Né avec l'apparence d'un vieillard de quatre-vingts ans, Benjamin Button va vivre à rebours tous les événements majeurs du destin d'un homme : études, mariage, jeux d'enfance, apprentissage... Cependant, son parcours très conventionnel va être entravé par son apparence physique. Et malheureusement pour lui, il est né dans une famille très respectable et dans une société bien pensante qui n'aura de cesse de lui reprocher sa différence : " A Baltimore, M. et Mme Button avaient, avant la guerre de Sécession, une situation sociale et financière des plus enviables. Ils avaient noué des liens avec les familles en vue, ce qui, comme le savent tous les gens du sud, leur permettait de faire partie intégrante de la prétendue "bonne société", qui s'épanouissait à l'époque dans le sud des Etats-Unis. Comme c'était la première fois qu'ils se pliaient à cette charmante coutume qui consiste à faire un enfant, M. Button était naturellement inquiet.". Ainsi dès le début du texte, le narrateur ironise doucement sur la vanité et les préjugés de la société qui accueille la venue de Benjamin.  Cette nouvelle fantastico-philosophique porte aussi un regard critique sur les hommes et la société ; abordant les thèmes de l'apparence, de la différence et des préjugés qui transparaissent dans le refus d'accepter la réalité par le père de B. Button : " si disons, il arrivait à trouver un habit d'enfant très large, il pourrait lui couper cette longue barbe horrible, lui teindre les cheveux, et ainsi dissimuler cette ignominie, et préserver un semblant de respectabilité - y compris son propre rang au sein de la bonne société de Baltimore". La nouvelle, par essence un genre bref, aurait mérité d'être davantage développée tant le sujet est intéressant et foisonnant...

Benjamin Button, vu par David Fincher
Ne vous attendez pas à une adaptation fidèle : le film reprend le canevas de la nouvelle mais pour mieux broder autour, un fabuleux road movie avec une magnifique histoire d'amour doublée d'une philosophie quelque peu différente de la nouvelle. Si le thème de la différence est repris, énoncé sentencieusement par un pygmée et montrant la solitude de Benjamin, le film prend une toute autre dimension, celle d'une réflexion sur la vie et l'amour.
"On ne sait jamais ce que la vie nous réserve" : effectivement comme un leitmotiv, chaque personnage traduira ainsi sa vision du monde. Rencontre, hasards, morts, naissances, le réalisateur a voulu illustrer le foisonnement de la vie avec un arrière fond historique important. La chance ? elle est illustrée, par exemple, par le personnage comique, frappé sept fois par la foudre. Quant à la mort et aux naissances, elles sont symbolisées par le lieu où grandit Benjamin, un hospice qui lui fait côtoyer la mort très tôt, lui, le nouveau né.
A côté de la prouesse technique des transformations qui font rajeunir Benjamin et au contraire vieillir Daisy, et de la saisie de petits instants très beaux de la vie quotidienne, on peut reprocher à ce film très long, voire trop long, une certaine lenteur de rythme pas toujours nécessaire et une certaine complaisance à être moralisateur. Mais ce qui est touchant, c'est la solitude du personnage, et la pudeur avec laquelle elle est montrée sans tomber dans le mélo et la mélancolie baroque du passage du temps : "rien ne dure" mais "il y a des choses qu'on n'oublie jamais" dit Daisy au seuil de la mort... Malgré ses défauts, Benjamin Button reste un très beau film...

Posté par maggie 76 à 20:38 - Commentaires [19] - Permalien [#]