05 septembre 2019

La servante écarlate de Margaret Atwood : ISSN 2607-0006

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Publié en 1985, La servante écarlate a permis à Margaret Atwood de connaître un succès international bien mérité. Ce roman de SF critique une société où la femme est aliénée. L'univers de La servante écarlate est vu à travers le point de vue interne et les sensations du personnage principal. Au gré de ses déplacements, elle décrit, raconte comment la société est devenue une tyrannie appellée la république de Gilead. Nous découvrons donc qu'elle est une Servante, destinée à la reproduction, qui vit chez un Commandant et sa femme. Dans cette société très hiérarchisée et surveillée, évoluent aussi des Martha, des Gardiens...

A quoi ressemble la République de Gilead ? Comment cette tyrannie a pu s'installer ? A travers une écriture extrêmement visuelle, Defred, la Servante, décrit les pendaisons des anciens médecins qui ont aidé des femmes à avorter, des guerre avec d'autres pays  - l'Amérique centrale est aux mains des Liberthos. L'évocation de son passé permet de comparer sa vie antérieure avec le présent et de critiquer sa nouvelle condition où elle doit se taire. Evidemment, on frémit en suivant le parcours de la servante !

Emprisonnée, isolée, utilisée comme un objet, l'héroïne nous livre ses pensées tout en détaillant l'arrivée au pouvoir de cette secte, qui n'est pas sans rappeler d'autres dictatures qui ont réellement existé au XXeme siècle. Cet état des choses - la stérélité des femmes, le manque de produits frais - est expliquée par la pollution et la surconsommation, donnant une dimension écologique à ce roman : " la pêche en mer est défunte depuis plusieurs années ; les quelques poissons que l'on trouve maintenant viennent d'élevages et ont un goût de boue. D'après les informations, les régions côtières sont "mises au repos". Les soles, je m'en souviens, et le haddock, l'espadon, les coquilles Saint-Jacques [...] auraient-il tous disparu, comme les baleines ?" (p. 275).

Le succès de ce roman, dont le discours contestataire est toujours d'actualité et peuvent faire écho à des manifestations qui ont lieu au Brésil en 2018 par exemple, ne s'est jamais démenti et se poursuit avec la diffusion d'une série réalisée par Bruce Miller (2017) et la publication d'une suite du roman intitulé Les testaments annoncée pour le 10 septembre 2019 dans cet article du Monde. Angoissant et effrayant, ce livre mérite sa place, à côté de 1984 d'Orwell, dans la littérature dystopienne...

Atwood Margaret, La servante écarlate, Pavillon poche, Robert Lafond, Espagne, Octobre 2015, p. 520 p.

Autres romans : Captive,

Sur le web : a girl from eart

" bientôt une suite pour "La servante écarlate", Le monde, mis en ligne le 20 juin 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/06/20/margaret-atwood-sortira-en-septembre-la-suite-de-la-servante-ecarlate-et-racontera-l-avenir-de-defred_5479332_3246.html

"La cour suprême brésilienne se saisit du débat de sur l'IVG", Le monde, mis en ligne le 7 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

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https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

THE HANDMAID'S TALE Bande Annonce (2017) La Servante Écarlate, Série

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02 septembre 2019

Frida de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe : ISSN 2607-0006

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La couverture de Frida © Frida par Sébastien Perez et Benjamin Lacombe/Albin Michel

En cette rentrée littéraire 2019, Frida Kahlo est encore à l'honneur dans le roman Rien n'est noir de Claire Berest. En attendant de le découvrir, vous pouvez lire celui de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe, qui ont conçu un admirable livre thématique sur Frida Kahlo. On découvre ainsi neuf thèmes autour de la vie et de l'oeuvre de l'artiste mexicaine : L'accident, l'amour ( planche 1), la maternité, la mort... Les textes de Sébastien Perez, qui accompagnent les illustrations, ne sont pas factuelles mais poétiques : ce sont de courts paragraphes avec des jeux de typographie, et des citations de Frida Kahlo. Voici le texte qui accompagne, par exemple, le thème de la médecine :

"Il y a peu, [...] j'étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs [...]. Tout n'était que mystère [...]. A présent, j'habite une planète douleureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien".

Je me destinais à étudier les corps et c'est finalement mon propre corps qui m'enseigne et orchestre ma vie. Peignant au rythme de mes douleurs, un dégradé de vert à rouge sang, je suis ce que je vis

" Dans la salive. Dans le papier. Dans l'éclipse. Dans toutes les lignes. Dans toutes les couleurs. Dans toutes les cruches. dans ma poitrine. Dehors. Dedans - dans l'encrier - Dans la peine à écrire. Dans la merveille de mes yeux - dans les dernières lignes du soleil ( le soleil n'a pas de lignes) - Dans tout c'est imbécile et magnifique".

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Planche 1 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

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Planche 2 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse 

Benjamin Lacombe ne s'est pas contenté de faire de magnifiques illustrations aux couleurs chatoyantes : s'inspirant des tableaux de l'artiste mexicaine, il a créé des découpes. Voyez ci-dessus dans la planche 2 : on reconnaît d'abord L'autoportrait en robe de Tehuana mais si l'on soulève cette page, on découvre un autre autoportrait, celui des deux Frida qui recouvre le portrait de Diego Rivera.

Six pages finales rédigées par l'illustrateur contiennent ses intentions tout en étant un hommage à la complexité de l'art de cette femme peintre. Benjamin Lacombe explique ses choix et analyse "la symbolique fridienne". Voici ses explications pour Le cerf blessé (planche 3, p. 24) :

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Planche 3 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

" On peut s'interroger sur la pertinence de faire des citations si littérales à des oeuvres déjà existantes, mais je n'avais pas le choix. Il était impossible de toucher à un seul élément de la composition sans en briser le message. Dans Le cerf blessé, chaque élément a ne signification précise. Cette illustration fait référence à L'Enéide de Virgile et à l'histoire de la reine de carthage, Didon, errant dans la grande forêt au delà du Styx comme un cerf blessé, suite à la trahison de son amour par Enée. Mais plus encore que l'illustration de cette histoire classique, cette composition est une façon pour Frida de s'adresser à ses proches. Réalisé à la suite d'une énième opération vaine de sa colonne vertébrale, ce tableau a été offert à ses amis Lina et Arcady Boyler, accompagné d'un poème qui semblait clairement annoncer une tentative de suicide de Frida (ce qui arrivera finalement 8 ans plus tard). La branche morte du premier plan évoque la rupture, la souffrance et sans doute la mort prochaine. L'orage qui gronde en arrière-plan évoque les tourments de l'artiste. Néanmoins, la mer calme laisse présager l'espoir de jours plus heureux.

L'espoir de la renaissance, par la guérison ou par la mort, est appuyé ici par tous les éléments de la composition. La rangée de gauche, vers laquelle se dirige le cerf, est composée de neuf arbres, ce qui correspond au nombre de flèches fichées dans le corps de Frida, ainsi qu'au nombre de bois qui ornent fièrement sa tête. La symbolique du chiffre 9 est forte et plusieurs interprétations sont possibles : c'est la neuvième heure que le Christ a expiré sur croix, mais chez les Aztèques c'est aussi le nombre d'étapes qui conduisent à une éternité sereine. Le chiffre 9 est aussi le symbole de l'entier et du renouveau. Retirer ou changer le nombre d'arbres ou de flèches reviendrait à trahir la symbolique incluse dans ce tableau"

 Dans Frida, on peut admirer à la fois le style graphique reconnaissable de Benjamin Lacombe et l'art de Frida Kahlo. Cet album est une vraie merveille !

Perez Sébastien et Benjamin Lacombe, Frida, Albin Michel, novembre 2016, 76 p.

Autre album sur Frida Kahlo : Frida Kahlo de M. Hesse

Sur le web : site de Benjamin Lacombe,

Paso Doble. 2016. "Benjamin Lacombe : Frida Kahlo ne peignait pas ses rêves mais sa propre réalité". animée par T. Hakem.

"Une Frida Kahlo pour les enfants". France inter. 23 novembre 2016

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30 août 2019

C'est le premier, je balance tout ( août 2019) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

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Qu'évoque pour l'artiste écossaise Ruth Ewan la saison culturelle Liberté, Bordeaux 2019 ? Elle associe ce mot à la Révolution Française, notamment au calendrier républicain. Dans ce calendrier, chaque jour correspondait à un animal, à un objet ou à une plante  qu'elle a représentés concrètement en un gigantesque cycle faisant le tour de la nef du musée ( photographie 2). Ainsi au CAPC de Bordeaux, peut-on voir pour représenter Germinal, des primevères, un platane, des asperges... Six oeuvres montrent aussi son engagement et son féminisme. Cette exposition It rains it rains ( pour ceux qui connaissent la chanson "il pleut, il pleut, il pleut bergère" est liée aussi à la Révolution Française) est aussi belle qu'instructive !

Exposition It Rains, it rains, Ruth Ewan jusqu'au 22.09.2019

CAPC, 7, rue Ferrère F-33000 Bordeaux, site ici.

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2) MES LIVRES

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©Kazé 2019 Shirai/Demizu ©Kazé 2019Benjamin Lacombe

Voici une série qui a beaucoup de succès et dont le neuvième volume va paraître. The promised Neverland raconte le quotidien de jeunes enfants enfermés dans un orphelinat qui n'a rien en commun avec le pays imaginaire créé par J. M. Barrie. Au contraire, ne vous fiez pas aux couleurs vives, aux dessins ronds, à la jeunesse des personnages principaux, The promised Neverland est un manga glauque, pourtant catalogué dans les shonens. Il existe une couverture alternative et réversible créée par Benjamin Lacombe, que j'aurais bien aimé avoir, plus en adéquation avec l'ambiance sordide du manga. Certes, la narration graphique est dynamique, le dessin bien fait mais le manga manque de profondeur, s'appuyant seulement sur le suspense. Que se passe-t-il réellement dans cet orphelinat ? Les héros vont-ils résoudre leur problème ? Une série que je ne pense pas poursuivre...

Kaiu Shirai et Posuka Demisu, The promised Neverland, volume 1 ( 8 volumes, en cours), Kazé, Italie, novembre 2018, 192 p.

Sur le web : the girl from earth

Croquet Pauline, "The promissed Neverland" : The art of Posuka Demizu, Le monde, mis en ligne le . URL : https://www.lemonde.fr/les-enfants-akira/article/2018/04/25/the-promised-neverland-deux-inconnus-a-l-origine-du-manga-le-plus-attendu-de-l-annee_5290201_5191101.html

Drouard Elodie, "Que vaut vraiment "The promissed Neverland" le best seller manga qui débarque en France" , Le blog Francetvinfo, mis en ligne le 25 avril 2018. URL : https://blog.francetvinfo.fr/popup/2018/04/25/que-vaut-vraiment-the-promised-neverland-le-best-seller-manga-qui-debarque-france.html

Chéry Lloyd, "Les origines de The promissed Neverland, Le manga événement de 2018", Le point pop, mis en ligne le 26 avril 2018. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/bandes-dessinees/les-origines-de-the-promised-neverland-le-manga-evenement-de-2018--26-04-2018-2213708_2922.php

3) MES ACHATS

Voici de nouveaux achats mangas : Moi, je me réincarne en slime et Une vie au zoo. J'ai continué aussi une série Gunnm. Les éditions Folio m'ont envoyé Ursule Mirouet de Balzac qui sera notre prochaine LC le 22 septembre (et je peux déjà annoncer, pour ceux qui veulent s'organiser, que le 22 octobre, nous lirons Ferragus) et Audiolib m'a envoyé Le réseau secret de la nature de Peter Wohlleben et L'ombre de la baleine de Camilla Grebe. J'ai d'ailleurs acheté Le journal de ma disparition, oeuvre antérieure de cette romancière suédoise pour me plonger dans son univers. Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas clôt les acquisitions ce mois... Bonnes lectures à tous !

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03 août 2019

Pause estivale 2019

 

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© Warner Bros/Harry Potter

Petite pause estivale. Bel été et bonnes lectures à tous !

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31 juillet 2019

C'est le premier, je balance tout (juillet 2019) : ISSN 2607-0006

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1) MES FILMS

Lifeboat et Le procès Paradine : voici deux films d'Hitchcock que je ne connaissais pas et que j'ai pris plaisir à découvrir avec Tachan. Le 24 septembre, nous ferons un autre visionnage commun : Les enchaînés. J'ai vu aussi un excellent film de SF : The wandering earth (Cliquez sur les images pour accéder aux billets).

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2) MES LIVRES

Ce mois-ci, j'ai lu quelques mangas : Dédale ( 2 volumes) de Takachimi et Démokratia de Motoro Mase. Nous avons continué les LC balzaciennes avec Louis Lambert. Après une pause en août, nous reprendrons en septembre avec Ursule Mirouët le 22 septembre.

 J'ai abandonné La zone du dehors de Damasio et La voix du couteau de Patrick Ness dont j'avais beaucoup aimé Quelques minutes après minuit. Dans ce roman, il décrit un monde où on peut entendre la pensée de tous les vivants. Mais les mots sont déformés et la syntaxe incorrecte, comme dans le roman Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, pour des raisons que j'ignore puisque je n'ai pas poursuivi cette pénible lecture.

Avec A girl from eart, nous avons projeté une LC de La note américaine le 30 septembre.

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3) MES ACHATS

A ma PAL, j'ai ajouté La servante écarlate d'Atwood. En manga, j'ai acheté Monster x Monster et je poursuis ma série Gunnm avec l'achat des volumes 3 et 4 et pour en savoir davantage sur les mangas et les animes, j'ai aussi acheté l'essai de Jean-Marie Bouissou : Manga, Histoire et univers de la bande dessinée japonaise et Dans le studio Ghibli, travailler en s'amusant de Suzuki. Après la lecture de Frida Kahlo de Maria Hesse, j'ai acheté Diego et Frida de Le Clézio, une autre biographie, celle de Marguerite Duras de Fostier et un livre de science-fiction qui me tentait depuis longtemps : Le Mur invisible de Haushofer.

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29 juillet 2019

Démokratia (volume 1) de Motoro Mase : ISSN 2607-0006

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© Kazé - 2017

L'une des branches exploitées par la SF est le questionnement sur les intelligences artificielles, les robots. Démokratia interroge aussi un système politique : la majorité a-t-elle toujours raison ? Voter en groupe permet-il de trouver la meilleure solution ? En effet, dans ce seinen de Motoro Mase, deux ingénieurs, Igumi et Taku, décident secrètement de créer une intelligence artificielle qui aurait pour but d'atteindre la perfection en réalisant les décisions de plus de 3000 participants. Ces derniers ont le même champ de vision que Mai, le robot dont ils ont les commandes. Evidemment, plusieurs règles sont imposées : aucun participant ne doit rencontrer la machine, ni savoir où elle est. C'est pourquoi ses phrases et les visages qu'elle perçoit sont cryptés. Si un des participants n'est pas régulier, il sera immédiatement remplacé par une autre personne, etc...

Suivre la majorité est-ce juste ? Pour palier à ce défaut, l'ingénieur inscrit parmi les choix deux opinions minoritaires : "Je sais bien que les opinions minoritaires n'ont que très peu de chance d'être suivies... Mais après tout, l'homme n'est jamais à l'abri d'un éclair de génie ! Il s'agit de laisser une chance aux voix différentes de s'exprimer". Notre androïde va-t-il devenir un modèle à suivre en étant la somme des connaissances de 3000 personnes aléatoirement choisies ? De minuscules détails créent un sentiment de malaise. Si vous connaissez la série Black mirror, on se croirait plongé dans le même type d'univers dans lequel  l'angoisse est diffuse.

Ce premier tome pose longuement les bases du programme démokratia. Nous faisons aussi connaissance avec l'androïde, qu'il est impossible de différencier avec un humain ce qui lui permet de rentrer en interaction avec des gens. On suit aussi plus particulièrement trois participants, dont les vies personnelles - qui sont souvent d'une grande noiceur - influent sur les décisions qu'ils font prendre à Mai. Cependant si l'exposition est très longue, dès ce premier opus, un drame survient : Mai rencontre un désaxé. Que choisiront de faire les participants du programme Démokratia ? Qui sera responsable de ses actions ?

A travers des dessins dont le trait est plutôt réaliste, sauf pour l'androïde et le psychopathe, mais surchargé de détails (planche 1), le mangaka arrive à nous donner envie de poursuivre l'histoire alors même qu'il n'y a pas de personnages principaux. Justement, les cadrages subjectifs permettent une meilleure identification aux participants. Les choix pour représenter les discussions entre participants virtuels varient, évitant l'ennui. Surtout, on est curieux de savoir à quoi va aboutir le questionnement sur cette expérience dont la violence est sous-jacente. Sous un postulat en apparence simpliste, à savoir la majorité a-t-elle raison, Motoro Mase l'a renrichi de plusieurs données (la cyberculture, l'anonymat et la responsabilité des utilisateurs des réseaux sociaux...) qui incite à lire la suite de cette série.

Mase Motoro, Démokratia, volume 1 ( 5 volumes, série terminée), Kaze, février 2017, 198 p.

LC avec A girl from earth

Sur le web : minisites Kazé

ob_66837a_055-bPl. 1 Démokratia de Motoro Mase © Kazé - 2017

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25 juillet 2019

Le procès Paradine d'Alfred Hitchcock : ISSN 2607-0006

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La troisième période hitchcockienne, des années 40 à 50, est particulièrement éclectique. Après des films politiques comme Lifeboat (1945), le réalisateur des oiseaux fera un film de procès. Lorsqu'une femme est belle et épouse un riche mari aveugle et que ce dernier meurt empoisonné, elle paraît forcément coupable aux yeux de l'opinion publique. Mais l'est-elle vraiment ? Seul, un avocat tombé éperdument amoureux de la victime, Madame Paradine, croit en son innocence. Les preuves vont s'accumuler contre elle : arrivera-t-il à la sauver ?

Contrairement aux films de procès, Hitchcock ne profite pas de cette histoire pour remettre en cause la justice ou des problèmes moraux ou sociaux mais il en fait un drame passionnel. C'est un film lent, bavard, développant la jalousie de la femme de l'avocat, l'ambiguité de la cliente et l'obsession de l'avocat : à travers ce long-métrage, il fait d'ailleurs quatre portraits de femmes très différents, de la femme fatale - Madame Paradine - à la femme soumise (la femme du juge).

Ce film, bien construit, n'est pas aussi complexe que d'autres long-métrages hitchcockiens et manque singulièrement d'humour. On retrouve ses thèmes favoris comme le faux-coupable et une enquête. Il manque aussi d''ambiguïté et de profondeur comparé à des films de procès plus récents comme The third murder de Kore Eda (2017) ou du Silence et des ombres de Robert Mulligan ( 1962).

Voici une adaptation d'un roman de R. S. Hichens plus banale que les autres films du réalisateur de Rebecca, en partie parce qu'il n'a pas choisi les acteurs qu'il souhaitait, comme il l'explique dans une interview, et que Selznick a participé davantage dans la production. Cela explique peut-être qu'il soit passé inaperçu par rapport à d'autres scénarios plus impressionnants de cette période comme La corde (1949) ou L'inconnu du Nord-Express (1951).

Le procès Paradine, Hitchcock, Gregory Peck, Ann Todd, 1947, 125 min.

Visionnage commun avec Tachan. Un visionnage avec Tachan est prévu le 24.09 : nous verrons Les enchaînés.

Autres films : Lifeboat, L'inconnu du Nord-Espress, Psychose, La corde, Une femme disparaît, La loi du silence, Mais qui a tué Harry ?, chantage, Les 39 marches,, Jeune et innocent, meurtre, le grand alibi, Une femme disparaît

Sur le web : France inter. 2013. Hitchcock/trufaut, secrets de fabrication.

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22 juillet 2019

Louis Lambert de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-classique/Louis-Lambert-suivi-de-Jesus-Christ-en-Flandre-et-de-Les-Proscrits

"Louis Lambert", "Les proscrits" et "Jésus-Christ en Flandre" sont tous trois des récits appartenant aux études philosophiques. Alors que dans "L'auberge rouge" ou "L'élixir de longue vie" Balzac enveloppe les idées dans un matériau romanesque, Louis Lambert décrit surtout le spiritualisme du personnage éponyme. Le narrateur raconte la vie de ce pauvre garçon, dont la faculté de "voyant" (p. 34) l'empêche de s'intégrer dans l'école, ladite école décrite ennuyeusement sur plusieurs pages.

Remis dans son contexte, ce court récit fait écho aux théories de l'époque comme celles de Mesmer ou de Swedenborg. Mais quelle aridité ! Toutes ces théories longuement développées  paraissent complètement farfelues : "peut-être sommes-nous tout simplement doués de qualités intimes et perfectibles dont l'excercice, dont les développements produisent en nous des phénomènes d'activé, de pénétration, de vision encore observés [...] Il est si commode de déifier l'incompréhensible" (? p. 73) ou "si les apparitions ne sont pas impossibles, disait Lambert, Elles doivent avoir lieu par une faculté d'apercevoir les idées qui représentent l'homme dans son essence pure, et dont la vie, impérissable peut-être, échappe à nos sens extérieurs, mais peut devenir perceptible à l'être intérieur quand il arrive à un haut degré d'extase ou à une grande perfection de vue" (p. 84). J'ai abandonné cette nouvelle : Balzac est meilleur historien des moeurs que mystique.

Dans "Les proscrits", les portraits et le récit sont plus traditionnels. On nous décrit un étrange vieillard - " Il était vraiment impossible à tout le monde, et même à un homme ferme, de ne pas avouer que la nature avait départi des pouvoirs exhorbitants à cet être en apparence surnaturel" (p. 189) -  et son disciple allant chaque jour dans une célèbre école parisienne où ils écoutent les théories mystiques du docteur Sigier. Qui sont ces deux étrangers bannis ? Construite comme une nouvelle à chute, "Les proscrits" ne révèlent qu'à la dernière page l'identité de ce vieillard déclarant avoir survolé les abîmes...

Quant à "Jésus-Christ dans les Flandre", ce récit ressemble à une nouvelle fantastique abordant le thème de la croyance. Dans une première partie, le narrateur transmet une chronique répétée par les conteurs, dans laquelle plusieurs personnages de différentes catégories sociales, embarqués dans un bâteau affrontent une tempête. Quel sort vont connaître les différents passagers ? Après une fin édifiante, brusquement, au paragraphe suivant, le narrateur nous fait part de ses sentiments, de son désespoir. Une femme  - qui devait "être récemment sortie d'un cimetière" (p. 246) - vient le chercher pour lui faire une révélation, elle aussi édifiante. Le récit du narrateur présente un synchrétisme assez curieux : tout semble annoncer des thèmes romantiques avec un héros mélancolique, avec des objets qui prennent vie et avec une apparition surnaturelle mais qui aboutissement à un récit allégorique. La construction atypique s'explique par la genèse de ce récit : "Jésus-Christ en Flandre" est né de la fusion de deux textes ( Notice p. 274). Ils illustrent tous deux, de manière symbolique, la force de la foi.

Ce recueil disparate semble assez éloigné du romanesque de La comédie humaine mais est à lire pour découvrir un autre pan de l'oeuvre balzacienne.

LC. Après une pause en août, nous reprendrons les LC le 22 septembre avec le roman Ursule Mirouët.

Balzac, Louis Lambert, suivi des Proscrits et Jésus-Christ en Flandre, Folio, avril 2014, 303 p.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet; Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "La maison Nucingen", " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "Louis Lambert", "Les proscrits", "Jésus christ en Flandre" "L'élixir de longue vie", La peau de chagrin; L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck, Le colonel Chabert

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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13 juillet 2019

The wandering earth de : ISSN 2607-0006

THE WANDERING EARTH Trailer (2019) Sci-Fi Action Movie HD

Plutôt rare sur nos écrans, The wandering earth est un blockbuster chinois, qui malheureusement passe inaperçu en France étant donné qu'il est directement arrivé sur les plateformes de streaming. Adapté d'un roman de SF de Cixin Liu, connu pour son livre Le problème à trois corps, ce long métrage mériterait d'être visionné sur grand écran tant visuellement, c'est splendide. Après une rapide exposition de l'inexorable dégradation de la planète - le système solaire est en train de mourir - et de la vie d'un astronaute, on assiste à une catastrophe de grande ampleur : "la terre errante", c'est-à-dire la terre propulsée par de gigantesques moteurs pour trouver un autre système planétaire, risque de percuter Neptune.

Majestueux, grandioses, les paysages sont impressionnants ( image 1). Pour bien montrer l'échelle de chaque image, le réalisateur part toujours de gros plans suivis de zoom arrière qui finissent par englober la terre entière. La convergence des moteurs qui s'unissent pour faire avancer la terre marque aussi l'union des pays. Et quel décor ! La planète devenue inhabitable est recouverte de neige, donnant lieu à de somptueux décors enneigés post-apocalyptiques ( images 2 et 3).  Certes, The wandering earth n'est qu'un film catastrophe et qu'un blockbuster mais les effets spéciaux sont d'une très grande qualité. C'est un vrai plaisir visuel de voir toutes ces inventions de ces villes souterraines, de ces grandes étendues de neige.

MOSS l'intelligence artificielle "déserte", refuse de rester en contact avec la terre qui va s'écraser sur une autre planète. Deux astronautes sortent réparer des dégâts et dérivent dans l'espace : ne serait-ce pas des clins d'oeil à d'autres longs-métrages de SF ? Certains personnages principaux meurent, les villes sont détruites une à une mais les survivants ne perdent pas espoir. Les uns se sacrifient, les autres luttent ensemble. Un film post-apocalyptique optimiste, humaniste ? C'est plutôt rare, c'est idéaliste mais fabuleusement bien réalisé et cela donne envie de découvrir les oeuvres de Cixin Liu...

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Image 1 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

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Image 2 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

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Image 3 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

The winthering earth de Frant Gwo, Netflix, 2019, 2h05,

Sur le web : "The wandering earth, le film chinois qui sauve la terre", Le monde, mis en ligne le 26 février 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/video/2019/02/26/the-wandering-earth-le-film-chinois-qui-sauve-la-terre_5428578_3246.html

Serrell Mathilde, "Avec The Wandering earth blockbuster chinois, une autre fin du monde est possible", France culture, mis en ligne le 26 février 2019.

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11 juillet 2019

La fille de la supérette de Sayaka Murata : ISSN 2607-0006

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 Si autant de livres et de films parlent de la tolérance, de l'acceptation de l'autre, c'est qu'il ne va pas de soi d'accepter les différences au sein d'une société. Comme le montre Mona Chollet, dans Sorcières. La puissance invaincue des femmes, les femmes qui ne se plient pas attentes de la société sont considérées comme des "modèles interdits" : " la célibataire incarne l'indépendance féminine sous sa forme la plus visible, la plus évidente. Cela en fait une figure haïssable pour les réactionnaires, mais la rend aussi intimidante pour nombre d'autres femmes"*. C'est aussi ce que montre La fille de la supérette dans laquelle on découvre la vie de Keiko qui travaille dans un konbini depuis 18 ans. 18 ans ! Alors que ses rares amies se sont mariées ou ont changé de métier, Keiko reste vendeuse dans ce supermarché ouvert 24h sur 24h. Comment ? Elle n'a pas d'enfants ! Pour quelles raisons n'a-t-elle pas changé de métier ? Pourquoi ne s'est-elle pas mariée ?

Qu'est-ce qui rend notre héroïne si singulière dans cette société extrêmement rigide ? Keiko perçoit bien sa singularité dont elle fait part au lecteur à travers diverses anecdotes : "Un jour, peu de temps après mon entrée en primaire, pendant l'heure de sport, deux garçons commencèrent à se bagarrer.

- Appelez le maître !

- Arrêtez-les !

Bon, je vais m'en charger, pensai-je en entendant les cris. Attrapant une pelle dans le placard à outils à proximité, je courus rejoindre le lieu de la bataille pour taper sur la tête d'un des belligerants.  Sous les hurlements de la foule assemblée, le garçon porta la main à son crâne et fit volte-face. Voyant qu'il avait cessé de bouger, je m'apprêtai à frapper son adversaire afin de le neutraliser à son tour.

- Keiko-chan ! arrête ! Arête ! s'écrièrent les filles en pleurant." (p. 15-16). Elle analyse donc ce qui la différencie des autres, les mécanismes du conformisme et elle essaie d'adopter les codes. Parviendra-t-elle à s'adapter ?

" Les gens ordinaires n'aiment rien tant que juger ceux qui sortent de la norme"( p. 111) : après un malentendu, un ancien employé du konbini est hébergé par Keiko : aussitôt le gérant et les autres caissières se réjouissent. "Leur attitude me choque", pense la narratrice. Je n'arrive pas à croire que même un gérant de konbini trouve plus d'intérêt à échanger des ragots avec ses employés qu'à appliquer la promo sur le poulet frit" (p. 107).

Plus qu'une simple tranche de vie, la vie d'une employée dans la société nippone se déploie sous nos yeux : horaires, condition de travail, amitiés... Vendus à un million d'exemplaires au Japon, ce roman sur l'anticonformisme a permis à Sayaka Murata d'obtenir le prestigieux prix Akutagawa. Avec ce bref récit de S. Murata, introduisez-vous dans le Japon moderne à travers la vision d'un personnage atypique.

Murata Sayaka, La fille de la supérette, Folio, Barcelone, Mai 2019, 143 p.

* Chollet Mona, Sorcières. La puissances invaincues des femmes, Lisieux, septembre 2018, p.50

 LC avec A girl from earth

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