11 novembre 2016

Thomas Day, sept secondes pour devenir un aigle

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Sept secondes pour devenir un aigle est un recueil de SF plutôt surprenant étant donné que toutes les nouvelles ne me paraissent pas appartenir à ce genre. En effet, le premier court récit parle de la découverte de Mariposa par Magellan et fait cohabiter une intrigue politique et écologique, à la limite du fantastique. En outre, le récit repose sur différentes époques ( relation du récit de voyage de Magellan, la Deuxième guerre mondiale et les années 1950) et différents styles de langage, qui déçarsonnent le lecteur, sont assez éloignés de l'écriture de la littérature d'anticipation.

Ce sont des caractéristiques que l'on retrouve dans d'autres nouvelles. "Ethologie du tigre" (Un homme a cessé de se battre pour les derniers tigres du Cambogde) et "Sept secondes pour devenir un aigle" affirment nettement leur message écologique : dans un road-movie initiatique l'amenant jusqu'en Californie, un jeune indien, sorti par son père de sa réserve, apprend à ouvrir les yeux sur les dévastations industrielles ( "Garée sur le bas-côté de la route, l'Impala se trouvait au centre d'un paysage de désolation : une terre noire à perte de vue, hérissée de pompes à pétrole - celles, très cinématographiques, dont la partie sommitale, tournoyante, évoque les mécanismes de roues des vieux trains à vapeur. Une terre gorgée de pétrole, d'huile, de cambouis, de poussière métalliquz. Une lande morte, stérile, juste coupée en deux par la route à quatre voix").

En revanche, deux nouvelles s'inscrivent bien dans la littérature d'anticipation : "Tjukurpa" montre le choix d'un groupe de jeunes arborigènes choisissant de retrouver la nature primordiale, grâce à des rêves virtuelles et la dernière nouvelle "Lumière noire" nous laisse découvrir un monde dominé par une intelligence artificielle. Il est intéressant, parmi tous ce matériau composite et déroutant de voir des pistes de réflexion diversifiées, des choix d'action très différents d'un personnage à l'autre face un futur menacé. On n'a pas une vision aussi radicale et pessimiste que dans Soleil vert. Je regrette juste l'irruption de moments violents et de mots crus qui détonnent par rapport à la narration globale.

Thomas Day, Sept secondes pour devenir un aigle, folio SF, 374 p.

Merci Folio pour ce partenariat

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04 novembre 2016

Ellory, les Assassins

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Si tu regardes trop l'abîme, l'abîme regardera en toi" ( Nitzsche)

En 2006 à New York, une série de crimes copient d'anciens meurtriers en série comme ceux du Zodiaque, du marteau de Dieu... Pour traquer l'assassin, l'inspecteur Irving est aidé d'un rescapé d'un tueur en série, John Costello, documentaliste dans un journal le City Herald. Un copycat ? Une citation en exergue lue déjà mille fois ?

Mais le suspense est diabolique ! Malgré une écriture très éclectique à laquelle il faut s'adapter ( extraits de journaux, d'article internet, alternance au départ des pensées de John puis les faits, la retranscription d'interrogatoire), on finit par être aussi nerveux qu'Irving : arrivera-t-il à arrêter le meurtrier qui semble insaisissable ? La quête semble désespérée car le meurtrier ne laisse aucun indice et se joue de la police en l'induisant en erreur... Mais quelle tension !

L'atmosphère très noire et opressante, l'écriture factuelle rend difficile à lâcher ce roman. A l'humanisme des deux personnages principaux s'opposent l'évocation de nombreux tueurs en série et de nombreux faits sordides autour de leurs crimes comme la recherche d'objets ayant appartenu aux criminelles. On nous décrit aussi le fonctionnement de la NYPD et de ses heurts avec le politiques et le journalisme. Même si le sujet n'est pas particulièrement original, le questionnement sur le mal, sur la personnalité des tueurs, le réalisme de l'enquête et l'absence de facilité nous font reposer ce livre qu'une fois la dernière page lue !

R.J. Ellory, Les assassins, Livre de poche, p.661

Merci aux éditions Livre de poche pour ce partenriat

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28 octobre 2016

Gunnar Staalesen, L'enfant qui criait au loup

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 Varg Veum a quitté la protection de l'enfance pour devenir un détective privé. Il s'est occupé notamment d'un enfant surnommé Jannegutt, dont la mère est toxicomane et le beau-père violent, soupçonné de trafic d'alcool...A trois reprises, il va être confronté à des meurtres extrêmement violents : avec ses antécédents, Jannegut est le coupable idéal. Pourtant Varg est persuadé qu'il est innocent mais comment le prouver ?

Encore un roman norvégien, me diriez-vous ? Présente-t-il des aspects nouveaux ? Est-il plein construit autour d'une intrigue hatelante ? Tout d'abord, l'enquête n'est pas menée sur quelques jours mais elle se déroule tout au long de la vie de Jannegut et nous pouvons donc voir évoluer tous les personnages, sur une vingtaine d'années. Ensuite, Varg est un privé, comme ceux de Hammett ou de Chandler ! Il est souvent frappé, cogné...

En revanche, on retrouve l'aspect sociétal développé dans de nombreux polars norvégien : cette fois-ci, ce sont les enfants maltraités qu'on suit, monde sombre et sans espoir... Et enfin, l'auteur n'a pas manqué de faire de la Norvège, un haut lieu de criminalité ! : "C'était dans le cadre de cette grande affaire de contrebande d'alcool dans le sunnfjord [...]. On se croirait parfois à Chicago, si tu vois ce que je veux dire". Des rebondissements vous tiendront en haleine, l'intrigue est efficace mais les personnages manquent de relief. Ce n'est pas le meilleur roman norvégien que j'ai lu.

Gunnar Staalesen, L'enfant qui criait au loup, folio policier, 480 p.

Merci folio pour ce partenariat.

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22 octobre 2016

Pierre Citron, Giono

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Se tenir à la réalité, " c'est préférer le code civil à Stendhal" :

Vous désirez connaître la vie de Giono et son oeuvre ? Pierre Citron a écrit une biographie simple et éclairante de la vie de l'auteur d' Un roi sans divertissement. Accompagnée de nombreuses peintures, photographies, illustrations, qui agrémente la lecture, j'ai découvert un univers gionien très éclectique : dans ses premiers romans, comme Un de Baumugne, Collines, Regain dominent la nature. Puis, il a aussi écrit des récits pacifiques comme le Grand troupeau, les vraies richesses... Après la guerre, il écrira deux cycles très dissemblables : le cycle du Hussard et celui des chroniques présentant des romans très stendhalien comme Angelo ou des romans très sombres comme Les âmes fortes.

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"Giono est attablé au Contadour avec une de ses nombreuses pipes" 1938( p. 55)

P. Citron revient sur la légende d'un Giono collaborateur, évoque aussi l'épisode contardourien. Mais ce qui frappe dans cette oeuvre, c'est la liberté de forme et l'innovation narrative dont fait preuve Giono : non seulement, il invente sans cesse de nouveaux mots mais il n'use jamais de la même technique narrative. Admirateur de Faulkner, il crée même des oeuvres qui préfigurent les théories du Nouveau Roman. L'autre aspect permanent de cette oeuvre gionesque, c'est la royauté de l'imaginaire : dès La naissance de l'Odyssée, puis avec Jean le bleu (autobiographie) ou Pour saluer Melville ( biographie de Melville), Giono ne cessera jamais de mêler l'imaginaire et le réel. La province de Giono ? Elle est partiellement fictive. Noé, une autobiographie ? Il imagine autant qu'il raconte sa vie.

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Vallonton, Verdun, p. 16

Tout en narrant la vie de l'auteur et en résumant les oeuvres de celui-ci, Pierre Citron insiste sur des notions clés de l'oeuvre gionienne comme la générosité, la nature, la dimension métaphysique de ces oeuvres, la démesure des personnages... La collection écrivain de toujours permet une agréable rencontre avec un auteur...

Pierre Citron, Giono, écrivains de toujours, seuil, 183 p.

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15 octobre 2016

Le cycle des robots et et 2, Asimov

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" Que des machines perfectionnées puissent nous succéder un jour, c'est, je m'en souviens une idée très commune sur la Terre. Elle est courante  non seulement parmi les poètes et les romanciers, mais dans toutes les classes de la société. C'est peut être parce qu'elle est ainsi répandue, née spontanément dans l'imagination populaire qu'elle irrite les esprits supérieurs. Peut-être est-ce aussi pour cette raison qu'elle renferme une part de vérité. Une part seulement : les machines seront toujours des machines", disait Ulysse Mérou, dans La planète des singes ( P. Boulle). Effectivement, c'est une topique de la littérature d'anticipation de faire des robots les successeurs des hommes. On pense notamment à Phillipe K Dick, Rosa Montero.

Dans Les robots, premier tome du cycle, Asimov fonde un classique du genre avec ses trois lois robotiques ( "Première loi ; Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger."). A travers diverses anecdotes, on suit l'évolution des machines vers leur perfectionnement. Entre chaque histoire, intervient Suzan Calvin qui raconte cette évolution à un journaliste. c'est une "robopsychologue", plus rigide que les robots eux-mêmes, chargée de vérifier la dangerosité des machines ou de comprendre leur dysfonctionnement. C'est un personnage qui revient dans Défilé de robots, où à nouveau de nouvelles histoires d'androïdes sont mises en scène. Les robots peuvent-ils mentir lors d'un procès ? Seront-ils acceptés un jour sur terre ? D'autres personnages réucurrents font leur apparition comme Gregory Powell et Mike Donovan. Ces histoires, parfois amusantes, mettent souvent en lumière la faiblesse des hommes. Même si les androïdes d'Asimov ne sont pas près de rejoindre la réalité, l'auteur arrive avec art à leur insuffler vie, construire un univers cohérent et je continuerai avec plaisir ce cycle commencé ( 6 tomes au total).

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Dans la série Emma, diffusé sur TF1, l'androïde cite les trois lois de la robotique ! Cette série policière, bien que terriblement vieillote et avec une intrigue faible, amène le thème de la cohabitation des hommes et des machines avec humour. Au contraire, Almost human, qui associe aussi un duo d'homme et d'androïde, présente une esthétique hautement futuriste et un décor crédible. Dommage, cette série policière interroge les bienfaits ou les méfaits de la technologie mais reste tout de même très classique dans ses intrigues.

Asimov, Le cycle des robots, Les robots 1, J'ai lu, 285 p.

Asimov, Le cycle des robots, Un défilé de robots 2, J'ai lu, 247 p.

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08 octobre 2016

Mourlevat, Terrienne

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"Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays d'utopie n'y figure pas" écrivait O. Wilde. ô combien me paraît juste cette citation car ces mondes imaginaires qui interrogent notre réel me plaisent infiniment.  Voici une utopie destinée à la jeunesse mais qui n'est pas dépourvue de qualités. Dans Terrienne, Mourlevat utilise le procédé du monde parallèle comme Drood de Dan Simmons ou Neverwhere de Gaiman.

Un vieil écrivain, Virgil, prend en autostop une jeune fille, qui va à Campagne, ville qui n'existe pas sur les cartes et dont l'accès n'est que rarement possible. Anne y recherche sa soeur, disparue depuis un an. Quel monde va découvrir Anne et Virgil ? La jeune fille va-t-elle retrouver sa soeur ? Sa quête aboutira-t-elle ?

Ne croyez pas que Terrienne soit une simple dystopie. L'humour, souvent absent de ce type de récit, contribue à rendre attrayant ce récit. Bien sûr, ce n'est pas une comédie molieresque mais certains passages sont très drôles. Des références à la littérature contribuent aussi à l'intérêt de ce roman : sont convoqués tout à tour le mythe d'Orphée, le conte de "Barbe bleue"... sans oublier le personnage de Virgil, l'écrivain : "Virgil dormit par courtes séquences et d'un sommeil agité. Dans ses moments de veille, il lui semblait qu'il était en train d'écrire un roman fou, un roman dans lequeil il ne se serait imposé aucune des limites raisonnables habituelle' un roman écrit sans stylo ni traitement de texte, mais avec son propre corps en trois dimensions, dans l'épaissuer des choses" etc... In fine, je découvre un monde imaginaire où l'auteur nous fait réfléchir sur l'identité humaine, avec humour.

Mourlevat, Terrienne, Gallimard jeunesse, 407 p.

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02 octobre 2016

Envoyée spéciale de Jean Echenoz

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Envoyée spéciale est le dernier roman d'Echenoz, que j'ai pu écouter dans sa version audiolib, lu par Dominique Pinon. Ce dernier a joué dans de nombreux films de Jeunet ( Délicatessen, La cité des enfants perdus, Le fabuleux destin d'Amélie Poulin). C'est avec alacrité qu'il débute l'histoire, qui de prime abord, est déconcertante. S'entrecroisent dès le début un général, un homme d'affaire Tausk et sa femme Constance, une ancienne chanteuse, un ancien taulard qui n'est pas ce que l'on croit etc... Constance est enlevée et conditionnée ( à la manière d'Echenoz) à devenir un espion en Corée du Nord... Les situations farfelues, inattendues permettent à l'auteur de se moquer allégrement du roman d'espionnage : les gardes du corps de Constance attrapent la turista - ce qui n'arrivent jamais dans ce genre de roman), l'emmènent dans "une éolienne résidentielle" etc...

Et tout ceci sur un tempo jubilatoire, vif. A ce rythme endiablé, s'ajoute un narrateur facétieux qui souligne l'ennui que peut éprouver le lecteur devant une situation convenue ( envoi d'un doigt coupé après une rançon), ou se disperse en disgressions sur le syndrôme de Stockholm, la vie des éléphants et en deux brefs chapitres, expédient le sort de tous les personnages avec une grande désinvolture. Ce roman s'amuse avec les codes romanesques, mais le style loufoque qui mêle des termes techniques et des périphrases humoristiques le démarquent des autres parodies de romans d'espionnage. De cet auteur, sont lus chez Audiolib : Courir, Des éclairs, 14 et Ravel. Après cette joyeuse première rencontre, on a bien envie de se replonger dans l'univevers échenozien.

Echenoz, Envoyée spéciale, 6h39, Audiolib, texte lu par Dominique Pinon. Vous pouvez écouter un extrait ici.

Merci Audiolib pour ce partenariat

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23 septembre 2016

Robin Hobb, Retour au pays

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Le mythe de l'Atlantide relate la destruction d'une cité technologiquement avancée : il transparaît dans de nombreux films, comme Le chateau dans le ciel, ou des récits comme Retour au pays de Robin Hobb. Si vous n'avez pas lu ses cycles cultes de fantasy comme L'assassin royal et Les aventuriers de la mer, ne renoncez pas à lire Retour au pays qui en est le prélude.

Une femme noble, artiste, est obligée de suivre en exil son mari avec d'autres conspirateurs. Le voyage s'avère mouvementé étant donné que Dame Carillon de Rochecarre est enceinte et malheureuse, loin de la cour du gouverneur Esclépius. Arrivé sur les Rivages maudits, les infortunés voyageurs découvrent que l'eau du fleuve est corrosive, qu'elle provoque la folie et que des marécages s'étendent à perte de vue. Ce fleuve des Déserts de pluie est-il le lieu mythique des anciens rois et reines ? Les colons vont-ils survivre dans ce lieu hostile ?

" Comme si l'art vous soustrayait à la vie alors qu'il vous y plonge, la tête la première !"

Adoptant la forme originale, pour un récit de fantasy, d'un journal intime, ces pages révèlent peu à peu le caractère d'une héroïne insupportable, offusquée du manque de considération qu'on lui accorde. Mais ne lachez pas le roman ! Non seulement ce personnage féminin évoluera mais les lieux imaginaires découverts sont terriblement fascinants. Ressemblant à une forêt primaire inhospitalière, le paysage est décrit avec une plume poétique, dans un langage soutenu s'accordant avec la noblesse de la diariste : " La végétation nous est inconnue et la faune que nous avons aperçue vit dans les plus hautes branches. Pourtant, cette luxuriance inextricable recèle pour qui sait la voir une réelle beauté. Le soleil qui filtre à travers le dais des branches baigne d'une lumière tamisée, mouchetée, les draperies duveteuses des mousses qui pendent des lianes". Revisitant le mythe de l'Atlantide mais aussi de l'Eldorado, à travers une belle écriture, nous entrons dans un monde marqué par une struture féodale et du merveilleux. Suivez les pas de Dame Carillon pour découvrir un pays magique, étrange, bizarre menant à une réflexion sur l'art et la nature et découvrez grâce à ce roman très court, l'imaginaire envoûvant de Robin Hobb qui donne envie de découvrir ses cycles.

Robin Hobb, Retour au pays, J'ai lu, 121 p.

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15 septembre 2016

Fabrice Colin, Bal de givre à New York

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Fabrice Colin est un auteur étonnant tant la variété de ses écrits surprend. Il nous plonge dans un monde futuriste dans projet Oxatan ou dans un roman sur la fiction et l'histoire dans La poupée de Kafka. Dans bal de givre à New York, nous découvrons un New York fantastique, comprenant des enchevêtrements de passerelles, des coupoles qui s'élèvent lorsqu'il pleut sur les parcs, des tours immenses... construits par le père  d'une jeune fille, Clara, qui vient d'avoir un accident. Le jeune homme, qui la sauve,  Wynter, est beau comme un prince, riche comme Crésus et tombe immédiatement amoureux de Clara. Commence une romance qui s'avère aussi mystérieuse que dangereuse.

Le personnage principal est tellement naif qu'on est vite agacé par sa bluette avec son parfait prince charmant. Ridicule ! Une harlequinade ! Pourtant, des allusions nous font comprendre que c'est intentionnel : " Peu à peu, j'en vins à me considérer comme une princesse de roman à l'eau de rose" (p. 121) ou elle se qualifie elle-même "d'ingénue délaissée, incapable de mettre de l'ordre dans ses sentiments". Alors pourquoi continuer à lire ce roman sentimental ?

Pour New York ! La ville est magnifiquement imaginée, inventée. Souvent décrite, elle apparaît aérienne, cristaline, éblouissante. En voici un extrait :"Partout, des géants d'acier et de verre frayaient un chemin vertical entre des lacis de ponts aériens, des faisceaux argentés fouaillaient le ciel. La tour Seth-Smith se dressait là-bas, sur les bords d'un Central Park constellé de lacs obscurs, rayé de routes lumineuses. Un jeu de construction titanesque, coilà ce qu'était devenu New York, et sur ce plateau minéral, un homme - mon père - avait travé des lignes, jetés des passerelles, déroulé des toits plus larges que le monde. Dans le silence ombré, l'auguste dirigeable aux flancs nacrés de lune glissait sur le labyrinthe des buildings, par-delà les noires et souveraines contorsions du fleuve" ( p. 155)Et puis, la tension créée par une intrigue secondaire est admirablement maintenue : le Masque un énigmatique personnage, tente d'enlever Clara et de nombreux phénomènes étranges entourent l'héroïne d'un mystère qu'on voudrait bien élucider. La chute est particulièrement réussie bien que certains éléments tombent comme un cheveu sur la soupe. Bal de givre... présente un bel imaginaire fantastique, poétique et merveilleux.

Fabrice Colin, Bal de givre à New York, Livre de poche, 282 p.

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09 septembre 2016

Harry Harrison, Soleil vert

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Peut-être faites-vous le tri de vos ordures ménagères. Peut-être êtes-vous sensible à la déforestation galopante. Peut-être prenez-vous les transports en commun. etc... L'écologie est l'une des préoccupations de Soleil vert d' Harry Harrison : dès le prologue, l'auteur rappelle que les Etats-Unis consomme 50 % des matières premières. Dans un futur dystopique, situé en 1999, New York surpeuplé voit sa population qui ne cesse de croire et de survivre dans une ville dévastée où les logements sont insuffisants, où la pénurie d'eau et d'alliments se fait sentir. C'est dans ce contexte, de lutte pour la survie, que Billy Chung tue un politicien important. Andy Rush mène l'enquête dans un climat post-apocalyptique où les émeutes de la faim se multiplient... aidé de Sol, un vieillard qui a connu la terre à une époque où les ressources étaient encore abondantes :" Le charbon était censé durer des siècles ; on l'a surexploité pour le chauffage des masses. Et le pétrole, il en reste si peu qu'on ne peut même plus se permettre de s'en servir comme combustible [...] Et les fleuves, qui les a pollués ? L'eau qui l'a bue ? La couche arable qui l'a l'épuisée ? Tout a été englouti, utulisé, consommé" ( p. 296).

Soleil vert est une véritable enquête, mais le suspense importe peu. Deux héros se partagent l'intrigue : Chung lutte pour survivre et nous fait découvrir un monde interlope où la loi de la jungle règne. Inversement, Andy Rush nous introduit dans un monde de nantis et l'envers de la politique. De même on découvre un autre couple antithétique de personnages : Sol, qui représente la raison, et Shirley, qui choisit une vie insouciante, sans se préoccuper des problèmes de la société. Sans didactisme, en fictionnalisant son propos, l'auteur souligne les aspects néfastes du progrès et de la surconsommation.

Ecrit en 1966, ce roman est d'une étonnante actualité et pose des questions qui nous interpelle :" Et il faut absolument faire quelque chose pour y remédier. Mais ça implique que les gens changent, qu'ils fassent un effort, qu'ils se servent de leurs neurones - rares sont les personnes à aimer ça" ( p. 274). A découvrir, non pas pour ses qualités littéraires ( écriture, somme toute banal) mais pour la prise de conscience que ce livre peut provoquer grâce à la description d'un monde, proche de notre réalité, terrifiant, lugubre et sordide...

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Je n'aurai pas lu ce livre, si je n'étais tombé par hasard sur l'adaptation filmique de Fleischer : ce film accentue les dérives de la société en supprimant le personnage de Chung ( et donc tout un pan de l'histoire de H. Harrison) et en mettant l'accent sur la disparition des matières premières. La fin inventée par les scénaristes est terriblement frappante et donne encore plus de relief au message de H. Harrison. Certains aspects du film parraissent datés ( des ordinateurs grands comme des armoires) mais les idées ne le sont pas.

Harry Harrison, Soleil vert, J'ai lu, 347 p.

Soleynt green, Fleischer, 93 min, avec Charlton Heston

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