08 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

9782714446152ORI

"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant. Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309.

Sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

Posté par maggie 76 à 10:19 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


05 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

70640898_p

"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

Posté par maggie 76 à 19:34 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

03 décembre 2011

Marina de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

232121_pochette_livre_marina_carlos_ruiz902185

L'histoire débute dans le quartier de Sarria, un quartier isolé et qui semble à l'abandon... Puis après avoir fait la rencontre d'Oscar, jeune adolescent, narrateur de cette histoire, on découvre à travers ses yeux une mystérieuse jeune fille. Cette dernière l'amène dans un cimetière où une femme entièrement recouverte d'un manteau noir, se déplaçant en fiacre (?) vient poser des fleurs sur une tombe sans nom. Une tombe sans nom ? Une maison sombre, étrange et renfermant d'horribles mannequins presque vivants ? Voici un début prometteur empli de mystère.

Mais continuons à tourner les pages. Voici que nos deux jeunes héros, sans le vouloir découvre une histoire rocambolesque vieille de 30 ans qui concerne une sorte de savant fou et une belle chanteuse défigurée. Tour à tour, on découvre la vie extraordinaire de tous ces personnages : roman fantastique ? d'horreur ? C'est tout le cela à la fois, ce roman tenant aussi du genre du roman feuilleton, pour les multiples rebondissements qui ont tendance à sortir à chaque tournant de rue ou d'égout, que du roman fantastique avec des objets qui s'animent et des figures diaboliques... 

Ce roman agréable à lire grâce à de belles descriptions pluvieuses et sombres, est riche, voire trop riche. On dirait que toutes les histoires qui hantaient le romancier ont été jetées dans ce livre d'un seul coup... en mêlant tout les genres. On reconnaît de nombreuses influences, un peu trop vivibles d'ailleurs, allant de l'homme de sable d'Hoffmann aux Grandes espérances de Dickens - le passage avec la montre arrêtée - en passant par Le fantôme de l'opéra de Leroux. On regrette juste qu'à force de surenchère dans l'horrible et le bizarre, l'auteur en vienne à raconter une histoire qui lasse un peu par la reprise des mêmes ficelles... Malgré de gros défauts, ce livre reste plaisant à lire : pour ceux qui connaissent Ruiz Zafon, vous retrouverez son univers feuilletonnesque de prédilection ainsi que sa chère Barcelone embrumée et hantée...

Autres romans : L'ombre du vent, Le jeu de l'ange

Lu par Mélodie, George, Stephie., Manu, ...

Posté par maggie 76 à 10:11 - - Commentaires [24] - Permalien [#]

01 décembre 2011

Le nom de la rose de Jean Jacques Anaud : ISSN 2607-0006


Le nom de la rose Bande annonce + Lien vers le film

Si comme Jean-Jacques Anaud, vous êtes fascinés par le Moyen Age, les livres et les romans policiers, regardez Le nom de la rose qui combine tous ces éléments d'une façon terriblement palpitante  !

Un moine se suicide dans une abbaye où se situe une formidable bibliothèque labyrinthique cachée, suivie de nombreux meurtres. Est-ce l'oeuvre du diable ? Le malin rôde-t-il parmi ces religieux ? Dans un contexte religieux agité, controversé, on voit s'affronter les moines autour des questions du pouvoir temporel et spirituel... Guillaume de Baskerville mène l'enquête : esprit libre et ouvert, il va être confronté à l'Inquisition, incarné par l'inflexible Bernado Guy. Dernière originalité, l'histoire est racontée par Adso de Melk, un jeune novice, plus tourmenté par les plaisirs de la chair que par les querelles religieuses. Naïf et amoureux, il provoque par son ignorance d'amusants dialogues. A une question sotte d'Adso, son maître Guillaume répond : " c'est élémentaire "! Outre les querelles religieuses, le fanatisme, Umberto Eco aborde la perception du rire au Moyen Age. Un film très riche, passionnant, et magnifique : il aura fallu pas moins de 5 ans et 9 scénarios pour aboutir à ce superbe film qui nous plonge au coeur du Moyen Age...

Il est intéressant de se pencher sur les bonus pour connaître quelques anecdotes et curiosités autour du film ainsi que la méthode de travail de J.J. Anaud : Sean Connery qui incarne à merveille le franciscain Guillaume de Baskerville aurait été jugé trop ringard à l'époque du film : la Columbia aurait même déchiré le contrat sachant ce choix. Film d'époque, J.J. Anaud a particulièrement veillé sur la crédibilité du décor, du choix des lieux... Il narre aussi, et c'est là qu'on découvre à la fois la passion du Moyen Age du réalisateur et ses dons de conteur et d'imitateur, sa relation extrêmement amicale avec U. Eco qui a refusé d'intervenir dans ce film, son oeuvre à lui étant achevé...

"Ubi sunt" ("mais où sont les neiges d'antan", Villon) :

les choses disparaissent mais les noms restent... Cependant le roman dont est inspiré Le nom de la rose est non seulement un livre admirable mais aussi une énigme, notamment pour son titre. Selon sa théorie du lecteur, U. Eco a refusé d'expliquer davantage son titre, étant donné que pour lui les livres sont des "machines à générer de l'interprétation" et que le texte "produits ses propres effets de sens". L'apostille au nom de la rose est une formidable et humoristique analyse de la fabrique du texte. L'auteur théorise aussi son lecteur et conte la genèse de son oeuvre... Un petit livre à connaître !

Le nom de la rose, Jean Jacques Anaud, avec Sean Connery, Christian Clater, 1986, 2h

Eco, Le nom de la rose, Livre de poche, 1980.

Lu par Choupynette, Karine, ...

 Eco, Apostille au nom de la rose, livre de poche, 90 p.

 

Posté par maggie 76 à 07:31 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

27 novembre 2011

Les aventures de Tom Sawyer de Mark Twain : ISSN 2607-0006


Générique Tom Sawyer

Tom Sawyer semble être un héros de l'enfance tombé dans la désuétude, poussé hors du champ littéraire par des personnages plus récents comme Harry Potter et compagnie. Ses aventures, relatées par Mark Twain sont d'ailleurs un étrange mélange de banalité et d'aventures incroyables,  de remarques ironiques et d'événements insignifiants.

L'enfance décrite semble assez banale, celle d'un enfant orphelin, élevé par sa tante, qui refuse de travailler et préfère faire les quatre cents coups avec ses amis. Paresseux, menteur, voleur, Tom n'est pas un modèle enfantin conventionnel. Comme dans un autre roman de jeunesse ultérieur Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, la part à l'imagination est grande : Tom Sawyer s'identifie toujours dans ses jeux à Robin des bois, à des pirates en citant textuellement les répliques... Rien que du très banal et du très humain. Si l'on s'ennuie parfois à suivre Tom dans ses mésaventures ou aventures, l'histoire prend parfois un tour plus surprenant, très romanesque : Tom et Huckleberry Finn sont les témoins cachés d'un meurtre et Tom finira même par trouver un énorme trésor. En outre, le livre n'est pas dénué de comique qui naît dans les réactions et descriptions exagérées des aventures amoureuses, des sentiments et des réactions de Tom et dans les remarques ironiques de l'auteur qui ne cesse d'intervenir pour souligner ce que la société peut avoir de rigide dans ses lois comme dans ses coutumes.

Ainsi là où le roman se fait le reflet d'une époque révolue, c'est dans la part très grande qui est faites à la superstition et à la religion. C'est là où le ton de l'auteur se fait le plus railleur : " L'hymne une fois chantée, le révérend M. Sprague se transforma en un bulletin de nouvelles. Il donna sur les réunions, les fêtes, les événements de la localité, des détails dont l'énumération semblait devoir durer jusqu'au jugement dernier. Etrange habitude, qui persiste en Amérique même à notre époque où la presse est si développée. il semble que moins une coutume se justifie plus elle soit dure à déraciner", ou "le pasteur énonça le texte de son sermon et entreprit d'une voix monotone un commentaire si filandreux que bien des assistants commencèrent à dodeliner de la tête; Et cependant il s'agissait du feu éternel, auquel les élus devaient échapper en si petit nombre que ce n'était guère la peine de les sauver" ! On prend davantage de plaisir à découvrir l'écriture railleuse de Mark Twain qu'aux aventures de Tom Sawyer...

Twain, Tom Sawyer, Folio junior, 343 p.

Posté par maggie 76 à 11:08 - - Commentaires [15] - Permalien [#]


23 novembre 2011

Rosemary's baby de Roman Polanski : ISSN 2607-0006

rosemary_baby9782221117286FS

 Voici un film côtoyant les sciences occultes tout à fait passionnant. Les sorciers ont quitté le monde des contes de fées pour devenir encore plus terrifiants. Un jeune couple, Rosemary et Guy Woodehouse s'installent à New York, plein d'insouciance et d'espoir. Mais peu à peu leurs voisins s'immiscent dans leur affaire, dans leur appartement, et Rosemary perçoit de nombreux signes inquiétants dans cette demeure à commencer par l'histoire de la maison - hantée - qui aurait abrité une sorcière cannibale et un ancien adepte de la magie noire. Dès leur arrivée, Rosemary décide de décorer sa maison et ne pense qu'à jouer le rôle de la femme d'intérieur parfaite, mais des détails sinistres et diffus font présager le pire.

C'est avec beaucoup d'art et de subtilité que Roman Polanski installe une angoisse qui grandit peu à peu. Pourquoi leurs voisins - Minnie et Roman Castevet - ont-ils enlevés tous leurs tableaux ? Les morts et les accidents se multiplient autour du couple, sont-ils liés à ces étranges voix, qu'entend Rosemary, venant des appartements voisins ? Roman Polanski réussit le tour de force à nous faire croire à l'incroyable et comme dans d'autres films plus récents comme La neuvième porte ou The ghost writer, l'écrit, les jeux de mots ont une grande importance et c'est grâce à un annagramme que Rosemary découvrira la vérité. Très naturellement et subtilement, le film tourne au cauchemar et à l'irréel sans jamais tomber dans le grotesque : Mia Farrow incarne à merveille cette femme fragile, apeurée et isolée et l'imagerie populaire diabolique est très bien mise en scène, avec quelques images surréalistes.  Un film tout à fait horrifique et captivant de Roman Polanski.

Rosemary's Baby, Roman Polanski, 1968, 2h16, Mia Farrow, John Cassavetes.

Autre film : Le bal des vampires,

Vous pouvez ici suivre le parcours de Roman Polanski sur le site de Nikki.

Challenge Halloween de Lou et Hilde.

Posté par maggie 76 à 18:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]

18 novembre 2011

Meurtres entre soeurs de Willa Marsh : ISSN 2607-0006

30602_1582349

"Ca l'[Emily] excite comme l'odeur du sang et elle se sent prête à fondre sur la proie", dit le narrateur d'Emily, une petite fille de dix ans. Sa demi-soeur Olivia n'est guère moins diabolique au grand désespoir de leurs parents, Mo et Pa. Toutes deux, jalouses de leur petite soeur Rosie chercheront à la tuer alors qu'elle n'est qu'un bébé. Entrez dans l'univers des soeurs Faringdon qui rivalisent de cruauté et de sournoiseries. La haine entre les soeurs aînées et la plus jeune ne fait que s’accroître avec le passage du temps. " A dix ans, [Rosie] pourrait en remontrer à Iago en rouerie" : Rosie est la plus cupide, la plus mauvaise et une intrigante née, qui divise pour mieux régner, et il n'y a que sa propre fille, Alice, qui est plus démoniaque qu'elle. La noirceur d'une Lady Macbeth n'est jamais loin de ces personnages qui sont même comparés aux sorcières de Macbeth.

Le style de l'écrivain surprend, car comme dans les contes, on nous raconte une histoire sans développement psychologique ni descriptions. Sans vraiment rechercher le réalisme, ni les transitions, avec une écriture incisive et cynique, Willa Marsh montre davantage des personnages pris dans un engrenage infernal de machiavélisme et de cruautés presque gratuites, un mécanisme de la vengeance. On suit donc ces trois soeurs sans scrupules mais dont la noirceur est rehaussée d'humour.

L'ironie du narrateur perce dans l’appellation d'une voisine - curieuse et importune - par "Samaritaine", quant à la femme d'un ancien prétendant des soeurs, elle est appelée "nez pointu et yeux perçants". Etrangement, seule la mort semble heureuse et burlesque, apparaissant comme un lieu Elysien plein de gin pour Mo qui est portée sur la bouteille comme sa mère l'était aussi - et qui se renverse des flasques de gin dans le lit à 75 ans passés. L’atmosphère clochemerlesque, la mère déjantée et une tante Pamela excentrique viennent rajouter de l'humour noir, en sus de ces deux vieilles filles que sont devenues Emily et Olivia : qui a dit que les vieilles filles anglaise enterrées dans leur campagne étaient ennuyeuses ? Le livre de Willa Marsh est un condensé des héros monstrueux de Shakespeare et d'humour noir très british.

Marsh, Meurtres entre soeurs, Autrement, p. 209.

L' avis ici de Théoma. Lu aussi par Ankya, Mango, Keisha, Alicia et bien d'autres...

Posté par maggie 76 à 19:28 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

15 novembre 2011

Barry Lindon de Stanley Kubrick : ISSN 2607-0006

Barry Lyndon - Bande Annonce Officielle (VOST) - Stanley Kubrick

"Barry Lyndon ou la chute des idoles"* :

Adapté d'un roman de Tackeray, Barry Lindon de Kubrick est comme un tableau de Hogarth, un mélange de frivolité apparente et de dénonciation moqueuse : débutant dans l'Irlande du XVIIIeme siècle, Redmond Barry tue en duel le prétendant de sa cousine dont il est amoureux, fuit le pays et s'engage dans l'armée où il devient tour à tour déserteur, traître, tricheur et épouse la comtesse Lyndon par intérêt... Ainsi découvrons-nous un anti-héros : le roman d'apprentissage semble s'inverser et amener le héros vers une chute inéluctable.

Guerre, déchéance, souffrance, ce film dégage une impression de tristesse diffuse renforcée par des commentaires en voix-off d'un narrateur, de sorte qu'on est toujours tenu à distance des sentiments et des actions des personnages. La froideur de la mise en scène est redoublée par des images d'une étonnante somptuosité glaçante. Nous regardons donc de "loin" ces personnages évoluer. Mais quels acteurs ! Et quel final ! Cependant, c'est moins la peinture fastueuse et décadente de cette noblesse du XVIIIeme siècle que la musique envoutante qu'on retiendra de ce film, créant une atmosphère délétère et spleenétique - le personnage inoubliable de la comtesse Lyndon est emblématique de ce film, par sa détresse réprimée face aux exigences de l'étiquette, sa manière d'être ruinée par un arriviste, sa froideur apparente... Très riche sémantiquement*, Barry Lyndon est d'une grande beauté visuelle dont se dégage une indicible tristesse.


Sarabande en D minor ( Haendel ) - pour 3 guitares


Schubert - Trio pour violon, piano, violoncelle (Andante )

Barry Lyndon, Stanley kubrick, 1957, avec Ryan O'Neal, Marisa Berenson.

vu par Mango;

Participation au challenge Back to the past , organisé avec Lou.

participation au mois anglais de Lou, chryssilda et Titine.

Posté par maggie 76 à 19:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

12 novembre 2011

Halloween party II : ISSN 2607-0006

Evil Dead 2 (1987) - Trailer

Dans cet opus d'Evil Dead II, on retrouve Ash l'anti-héros qui arrive dans une petite cabane, perdue dans les bois, avec une amie. Là il écoute une cassette où un professeur annonce la découverte du Nécronomicon, le livre des morts, perdu depuis le XIIIeme siècle. La voix du professeur réveille, par ses incantations, les esprits de la forêt qui viennent posséder le couple. Devil Head II est ouvertement et joyeusement une parodie de Massacre à la tronçonneuse et de L'exorciste, deux films cultes tournés en dérision. Malheureusement, ce film est beaucoup moins abouti que l'armée des ténèbres : moins original, moins inventif, c'est surtout au niveau des dialogues quasi inexistants que le film pèche le plus; car ils ne sont composés - mais c'est que Sam Raimi a bien compris l'essence des dialogues des films d'horreur - que de criiiiiis et encore de criiiiis. In fine, un opus quelque peu décevant même si certaines scènes resteront gravées dans votre mémoire : des portes qui grincent, une tête de cerf empaillée - une allusion à Psychose ? - et des lampes hantées se mettent à bouger comme si elles riaient d'une manière très... communicative. Evil dead II reste un bel hommage comique aux films d'épouvante.

Sam Raimi, Evil dead II, 85 min, 1987, avec Bruce Campbell.

Le Bal des Vampires - Bande Annonce Officielle (VOST) - Roman Polanski

Fidèle au mythe de Dracula créé par Bram Stocker, R. Polanski s'en rappelle pour mieux en détourner les codes. Le génial et méconnu - et pour cause... - professeur Abronsius, surnommé le "cinglé" dans le milieu scientifique, poursuit des chiroptères géants, aidé de son fidèle mais benêt assistant Alfred. Les gags farcesques se succèdent à un rythme endiablé : chutes nombreuses, le comique repose essentiellement sur un comique de gestes, où il est aussi question de chauves-souris somnambules et où Dracula veut bien se faire dédicacer le livre d'Abronsius, intitulé Les chauve-souris et leurs mystères. Scène d'anthologie, le final spectaculaire : le bossu se sert d'un cercueil comme d'une luge... On nage vraiment en pleine parodie et il faut voir ce film pour savourer l'ironie du sort finale.

Roman Polanski, le bal des vampires, 1968, avec Roman Polanski et Jack Gowran.1h50.

attaquesangsues-geantes-dvd

 L'ineptie des dialogue jointe à une intrigue inconsistante font de ce film un navet qui a de surcroit mal vieilli. L'horizon d'attente est limité à ce qu'annonce le titre et une jaquette kitschissime, c'est à dire une attaque de sangsues géantes. Les acteurs sont trop expressifs, jeu d'expressions faciales inspirés des films muets. L'un des personnages a raison de dire que " ces gens-là ne sont pas comme tout le monde" ! La plupart du temps, ils sont avinés donnant lieu à des propos mysogines, des blagues vaseuses, des dialogues involontairement comiques : à l'un des habitués du bar qui dit avoir vu un monstre, donc une des sangsues géantes, un autre répond que c'est certainement un crocodile géant mal formé (?!). Quant aux effets spéciaux, ils se résument à des sangsues ressemblant à l'extraterrestre de La soupe aux choux ! Un film involontairement comique qu'il n'est pas indispensable de connaître, voire à éviter pour ne pas perdre son temps et pour ne pas s'ennuyer ferme... Un film improbable !

L'attaque des sangsues géantes, Bernard Kowalski avec Ken Clarck et Yvette Vickers.

participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

Posté par maggie 76 à 20:12 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

09 novembre 2011

Les misérables de Josée Dayan : ISSN 2607-0006

Cosette chez les Thénardier - extrait du téléfilm de Josée Dayan

Cosette et Marius étaient les héros de mon enfance. Parce que j'ai une affection et une admiration particulière pour Les misérables de Victor Hugo, je me suis lancée dans le visionnage de la mini-série de Josée Dayan, avec un énorme a priori, voire une certaine répugnance. Et effectivement, il y a des libertés prises par rapport à l'oeuvre de Hugo (exposition virtuelle sur V. Hugo sur le site de la BNF), des changements dus à la recherche de la vraisemblance et de l'intensité dramatique. Ce qui disparaît totalement, c'est la langue du XIXeme siècle, en plus de pans entiers de l'histoire...

Mais dans l'ensemble quel film ! quel rythme ! Ce qui m'a particulièrement plu, c'est l’affrontement des deux personnages principaux, Jean Valjean et Javert. L'un est un ancien forçat devenu une sorte d'ange après un pacte antifaustien où jean Valjean promet à l'évêque de Digne de devenir un homme bon : "Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien. C'est votre âme que je vous achète"*. L'autre, c'est le policier inflexible, incorruptible aux pensée binaires et manichéennes : pour Javert, un misérable reste un misérable. Voici son portrait, très bien incarné par un impassible et cynique J. Malkovitch : " Javert sérieux était un dogue ; lorsqu'il riait, c'était un tigre. Du reste peu de crâne, beaucoup de machoire, les cheveux cachant le front et tombant sur les sourcils, entre les deux yeux un froncement central permanent comme une étoile de colère, le regard obscur, la bouche pincée et redoutable, l'air de commandement féroce."* Quel affrontement !

Et puis il y a aussi le couple un peu falot et palot, Marius et Cosette, le couple Thénardier aussi vil et abject que Jean Valjean est bon et grand. C. Clavier donne d'ailleurs un aspect cabotin et comique à ce personnage tout en rendant bien sa cupidité. Tous ces personnages évoluent dans un décor superbe, un peu trop, étant donné que les égouts sont aussi propres que des sous neufs - mais ne cherchons pas la petite bête car ce film rend un réel hommage au livre de Victor Hugo - en lui redonnant un nouveau souffle. Ce téléfilm dure peut-être six heures mais j'ai eu l'impression de n'être restée qu'une petite heure que j'aurais bien voulu prolonger... Une manière grandiose et spectaculaire de rendre vie à aux personnages hugoliens.

* citations du roman.

Les misérables, Josée Dayan, 4 épisodes de 90 min, 2000, avec G. Depardieu, Christian Clavier, john Malkovitch.

Participation au challenge back to the past, organisé avec Lou.

challenge romantisme organisé avec Claudia.

Posté par maggie 76 à 08:10 - - Commentaires [26] - Permalien [#]