15 janvier 2011

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier

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Qui est Mary Anning ? Elizabeth Philpot ? Tracy Chevalier nous conte le destin insolite de ces deux femmes naturalistes, au XIXeme siècle, dans le sud de l'Angleterre. On découvre ainsi leur vie, celle d'une vieille fille de 25 ans, appartenant à un milieu social bourgeois et celui de Mary Anning, fille d'ouvrier. Elles se définissent, au départ, comme des découvreuses de fossiles car chacune est passionnée par la recherche d'ammonites ou de lis de mer. Le jour où Mary Anning découvre un étrange "monstre", qui se révèlera être un ichtyosaure, elle va connaître plusieurs drames et inscrire son nom dans l'histoire des sciences...

Développant un univers singulier et un langage différent, ces deux femmes nous racontent leur existence dans l'Angleterre du XIXeme siècle. Ce sont des biographies réelles mais l'auteur y a ajouté quelques intrigues romanesques. Ressemblant à des personnages de Jane Austen, évoquée à plusieurs reprises, Elizabeth et ses soeurs Margaret et Louise, anciennes londoniennes, évoque leur vie de vieilles filles, chacune excentrique à leur manière. Leur quotidien et les habitudes de l'époque ne paraissent pas ennuyeusement décrites car ils sont vus à travers les yeux d'une femme courageuse et passionnée. Elle aborde des aspects aussi variés que l'architecture du lieu, les visites dans des musées londoniens, les bals et les fréquentations de ses soeurs... Loin des salons que sa disgrâce physique et son intelligence empêchent d'apprécier, Elizabeth nous instruit sur sa passion pour les fossiles.

Une simple histoire de fossiles ? Certes les deux femmes parlent de leur vie amoureuse, de leurs sentiments, mais elles doivent aussi supporter le regard d'autrui et surtout celui, plus méprisant des hommes qui les tiennent pour "quantité négligeable" selon les propres mots de Lord Henley, représentant de la gentry locale. A une époque où les femmes n'avaient pas le droit de rentrer à l'intérieur de la geological Society, Elizabeth va se battre pour imposer les découvertes de Mary Anning. Plusieurs passages amusants soulignent d'ailleurs le ridicule de l'arrogance et la prétention des hommes de l'époque : " Tout d'abord enchantée, je m'aperçus au bout de quelques minutes que Lord Henley ne connaissait rien aux fossiles, si ce n'est qu'ils pouvaient être collectionnés et qu'ils le faisaient paraître intelligent et raffiné. C'était le genre d'homme à en imposer par ses pieds plutôt que par sa tête." Sa théorie sur la forme des ammonites n'est guère reluisante ! Dans sa trame romanesque, l'auteur a d'ailleurs très bien reconstitué les débats de l'époque opposant les théoriciens de l'évolutionnisme et ceux du créationnisme : elle réussit à rendre compte des balbutiements des thèses de l'époque. La dimension scientifique qui n'est guère approfondie, n'en rend pas moins le débat passionnant, faisant intervenir des grands scientifiques tels que Cuvier.

Biographie romancée, Prodigieuses créatures n'en reste pas moins un livre très enthousiasmant au niveau de la description des moeurs des femmes et de l'évolution et du progrès dans le domaine scientifique. Dans un style naturel, fluide et léger, elle décrit le destin original de ces deux femmes qui ont contribué à l'histoire du naturalisme. Tracy Chevalier leur rend un bel hommage. Elle suscite notre curiosité et nous communique leur enthousiasme : c'est une histoire fascinante servie par une très belle plume...

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier, La table ronde, Quai voltaire, 377 p.

Billets élogieux de Lou, Eiluned...

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14 janvier 2011

Simenon, Maigret chez le coroner / Maigret à New York

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Ces deux romans de Simenon, mettant en scène les enquêtes de Maigret se révèle originaux de part leur cadre : Maigret chez le coroner et Maigret à New-York se déroule en Amérique, continent où a vécu quelques années l'auteur.

Maigret chez le coroner raconte l'histoire d'un procès se passant dans la chaleur de l'Arizona : Bessy, une jeune femme est retrouvée morte, écrasée par un train. Elle avait passé la soirée avec son amant, un sergent de l'Air force, ainsi que quatre autres sergents de l'aviation. Est-ce son amant qui l'a tuée par jalousie ? Il y cinq  accusés, mais qui est coupable ? Aucun des témoignages ne concordent, chacun ayant bu. Quel est le mobile ? Le procès s'ouvre au début du roman et Maigret y assiste en observateur, curieux de ce fait divers.

Dans Maigret à New-York, on retrouve une atmosphère pluvieuse accompagnant une sombre histoire de meurtre, proche de celle des gangsters. Le mystère s'installe rapidement : Maigret savoure sa retraite, lorsqu'un jeune homme fait irruption pour lui demander de l'aide. Jean Moran, trouve la teneur des lettres de son père vivant en Amérique inquiétante, où il parle de manière à peine voilée de sa disparition prochaine. Quel danger craint-il ? Angoissé, Jean fait appel à Maigret pour enquêter sur place. Dès le débarquement des voyageurs, Jean disparait. Commence pour Maigret une série de situations cocasses qui va l'amener à enquêter dans le passé de Joachim Maura, père de Jean, et son chemin va être jonché de cadavres.

Dans sa production prolifique, Simenon arrive toujours à diversifier les enquêtes et à les rendre originales : Maigret en Arizona, n'est pas un enquêteur mais un spectateur du procès, avec toujours cette même indifférence face au coupable : " Maigret ne revit jamais Cole, ni Rooke, ni les cinq hommes de l'Air Force.  Il ne connut jamais le verdict". Est-ce que sans juger, Simenon cherche juste à montrer les versants sombres de l'humanité ? Quant à son enquête à New York, il la mène comme un détective privé puisqu'il ne fait plus partie de la police.

L'écriture très sèche de Simenon, sans lyrisme, sans romanesque n'empêche pas l'auteur, en quelques mots de poser une atmosphère et de camper ses personnages. Bien qu'il y ait peu de descriptions, Maigret à New-York réussit à susciter une image interlope et assez stéréotypée de New-York entre l'élégance et le luxe de la cinquième avenue et la pauvreté du Bronx, le cosmopolitisme de cette ville avec le quartier italien... De même, lorsqu'il évoque l'Arizona, une image folklorique se dessine de l'Amérique, notamment dans une lettre envoyée à Madame Maigret : "Ma chère Madame Maigret, Je fais un excellent voyage, et mes confrères d'ici sont très gentils avec moi. Je crois que les Américains sont gentils avec tout le monde; quand à te décrire le pays, c'est assez difficile, mais figure-toi qu'il y a dix jours que je n'ai pas porté un veston et que j'ai une ceinture de cow-boy autour du ventre. Encore heureux que je ne sois pas laissé faire, car j'aurais des bottes aux aux pieds et un chapeau à large bord comme dans les films du Far-West". Certes, l'Amérique est vue à travers des clichés mais les enquêtes et les analyses sur la nature humaine restent passionnantes.

852793810Maigret chez le coroner, Simenon, Livre de poche, 189 p.
Maigret à New-York,Simenon, Presse de la cité.

Lu dans le cadre du challenge Simenon, organisé par peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Actuellement et jusqu'au 31 janvier, vous pouvez participer au concours " Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part", organisé par le livre de poche.

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08 janvier 2011

Simenon, L'affaire Saint-Fiacre et Maigret aux assises

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Lorsqu'on vous parle de Simenon, tout de suite une image stéréotypée est suscitée, celle d'un milieu populaire, comme le montre Adrien Goetz dans l'incipit de son roman policier Intrigue à l'anglaise : «  "un premier poste, c'est toujours un peu du Simenon". Wandrille, ce play-boy creux et insignifiant, n'avait rien trouvé d'autre à dire. Du Simenon : il veut dire cafés du coin jaunes et enfumés, toiles cirée rouge avec des fleurs, pipe dans le cendrier, habitués au comptoir ». Certes, on trouve bien ces décors du Paris populaire dans ses romans policiers mais aussi une manière particulière de questionner l'humanité. Dans L'affaire Saint-Fiacre comme dans Maigret aux assises, sous des apparences prosaïques, Simenon sonde l'âme humaine.

« Sous le signe de Walter Scott » (chapitre 9, L'affaire Saint-Fiacre)

L'affaire saint Fiacre commence dans un Paris, pluvieux et glauque, Maigret reçoit un étrange message : «  Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'Eglise de Saint-Fiacre pendant la première messe du jour des Morts ». Maigret se rend donc à Saint-Fiacre, château de son enfance, où son père exerçait le métier de régisseur. La mort de la comtesse de Saint-Fiacre est-elle accidentelle ? Qui pouvait souhaiter sa mort ? Est-ce son fils qui avait besoin d'argent ? Est-ce son régisseur qui avait intérêt à la voir disparaître ? Plongé dans ses souvenirs d'enfance, le commissaire enquête sur un meurtre peu commun où le coupable ne peut pas être dénoncé à la police...

Maigret aux assises : Sous la même lumière froide et pluvieuse, Maigret quelques années plus tard, va assister au procès de Gaston Meurant. L'enquête est menée depuis un tribunal dont on nous décrit les rouages. Gaston Meurant a-t-il commis un double meurtre, ceux de sa tante et d'une fillette de 4 ans pour de l'argent ?

Cette série met tout d'abord en valeur une atmosphère pesante, grâce à une écriture sans fioriture, proche du procès-verbal. L'écriture simple, la place des objets quotidiens, le style prosaïque qui s'attache à décrire les moindres détails n'est pas anodine mais elle dénonce la lourdeur du système judiciaire dans Maigret aux assises ou l'évolution de la société et les mesquineries des gens dans L'affaire Saint Fiacre. L'écriture sèche arrive merveilleusement à rendre une atmosphère de grisaille.

Comprendre l'âme humaine :

Maigret aux assises et L'affaire Saint-Fiacre sont des romans criminels d'un genre particulier : arrêter le coupable importe peu au commissaire : il cherche davantage à comprendre ces meurtres sordides.  D'ailleurs, le sort du meurtrier  n'est pas évoqué à la fin du roman, Maigret cherche davantage à questionner l'humanité. Ainsi, mêlée à l'enquête, la vie personnelle de Maigret et ses réflexions permettent d'interroger le monde dans lequel il vivait. Un auteur à relire pour ses enquêtes policières particulières.

852793810Simenon, L'affaire Saint-Fiacre, Livre de poche, 187 p.

Simenon, Maigret aux assises, Livre de poche, p. 191

Lu dans le cadre du challenge Maigret de Peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Le livre de poche a organisé un jeu concours Maigret : vous pouvez participer en suivant ce lien : "Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part".

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05 janvier 2011

Manfield park, jane Austen

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Le roman de Jane Auten, Mansfield Park est une oeuvre atypique comparée à Orgueil et Préjugés ou Raisons et sentiments. Au-delà de la peinture psychologique et celle de l'amour entre quatre jeunes gens, Mansfield Park développe une véritable fresque du tout début du XIXeme siècle.

Fanny Price est une parente pauvre, recueillie par la soeur de sa mère, Lady Bertram. Leur soeur Madame Norris et les filles Bertram montrent un certain mépris envers elle. La vie semble se dérouler lentement, à Mansfield park jusqu'à l'arrivée d'Henry et Mary Crawford, jeunes aristocrates oisifs de Londres. Tout d'abord Henry semble courtiser l'aînée des Bertram, qui doit se marier à l'insignifiant Mr Rushworth, puis après le mariage de celle-ci, il décide d'épouser Fanny. Jeu ou amour véritable ? Amoureuse de son cousin Edmund, qui souhaite être ordonné prêtre, Fanny ressent des sentiments contradictoires lorsqu'elle voit ce dernier amoureux de Mlle Crawford. Mary, va-t-elle suivre ses sentiments ou son inclination pour l'argent et une vie frivole ? Fanny, succombera-t-elle à la pression sociale qui l'oblige à épouser Mr Crawford ou à ses sentiments pour Edmund ?

Au-delà du marivaudage, J. Austen aborde de nombreux sujets comme la question de la religion ou du théâtre. Mansfield Park est aussi riche que complexe : tout d'abord l'éducation  des jeunes filles prend une grande place, soulignant le danger d'un apprentissage par coeur, qui repose sur les arts d'agrément contrairement à l'éducation de Fanny Price qui lit et sait se forger une opinion propre. La sévérité du père, Mr Bertram, empêche l'affection de ses enfants de se manifester : ils n'osent s'ouvrir à lui, ce qui va amener le désastre sentimental de ses filles tandis que l'adoration de Madame Norris pour les soeurs Bertram développe, au contraire, leur vanité. Quant aux Crawford, leur inconstance et leur frivolité découlent d'une indépendance précoce...

Ces personnages sont-il réalistes ? Exceptés Mme Norris et Mr Rushworth qui n'évoluent pas et restent secondaires et risibles, et contrastant singulièrement avec le dernier chapitre extrêmement rapide comme dans Lady Susan, les autres personnages n'ont rien de manichéens ; au contraire, l'auteur cherche à travers de longs dialogues, à montrer les dilemmes des héros, leur tourments..
La fracture sociale entre les personnages est très importante : le milieu d'origine de l'héroïne Fanny est très éloigné de celui des Bertram, grands propriétaires terriens, ce qui permet à l'auteur de dépeindre la vie de ces pauvres gens. La description de Portsmouth, ville natale de Fanny permet aussi à l'auteur de montrer le développement de la marine anglaise, lié à l'extension de l'Empire.  Les colonies anglaises sont d'ailleurs évoquées à plusieurs reprises.

Ce roman, souvent qualifié d'insipide, se révèle être beaucoup plus riche que les autres oeuvres de l'auteur. Certes les longues conversations sur l'embellissement des jardins ou l'atermoiement des jeunes personnages peuvent paraître ennuyeuses mais ils ont leur importance. Comme le rappelle la préface, il faut connaître l'époque pour comprendre ce livre, étant donné que J. Auten en donne un reflet des habitudes d'une société en pleine mutation. Assurément, une très belle oeuvre.

Quand est-il de l'adaptation ? Le film réalisé par I. B. Mac Donald, il a opté pour une simplification extrême : certaines paroles sont reprises, la trame générale est respectée mais la question de l'éducation, la richesse des sentiments sont bien mal représentés. Mansfield Park est un film certes élégant, aussi bien au niveau des décors que des acteurs, mais il ressemble davantage à une comédie sentimentale enlevée qu'au roman de J. Austen. Surtout, Fanny n'y est guère semblable au roman : espiègle et bruyante, elle n'a plus rien en commun avec le personnage timide et raisonnable de .J Austen. Reprenant la problématique très austenienne du mariage d'argent ou d'amour, ce film réducteur est pourtant une très belle comédie...

Jane Austen, Mansfield Park, Archi poche, 562 p.

Mansfield Park, réalisé par I.B. Mac Donald, avec Billie Piper, Blake Ritson et Hayley Atwell, 95 min, 2009.

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03 janvier 2011

Composition française, Mona Ozouf

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Chateaubriand, de Jeanne Malivel

A quoi fait référence ce titre de composition française ? A la dissertation scolaire, puisque l'auteur revient sur son enfance, mais une enfance où elle a dû composer avec de nombreuses influences. A partir de son enfance à Plouha, au côté d'une grande-mère qui parle breton et d'un père mort jeune mais militant pour la cause bretonne, l'historienne Mona Ozouf s'interroge sur l'interaction entre l'héritage politique, culturel et familial dans la formation d'une identité individuelle.
Refusant le diktat de l'absence de l'historien dans un essai historique, l'auteur revient sur son enfance bretonne pour illustrer son propos : d'une famille bretonnante, elle a été imprégnée de la culture celtique à travers les livres de Chateaubriand, Savignon, Renan, pour ensuite découvrir la laïcité et l'uniformisation imposées par une école laïque. Pourquoi la République impose-telle une langue commune ? Les langues régionales ont-elles un effet néfaste par rapport à l'idée de laïcité ? Peut-on rejeter les héritages familiaux, régionaux ?

Si l'auteur rejette les niaiseries bretonnes, elle affirme que les différentes déterminations peuvent cohabiter ensemble : " Trois pèlerinages, donc, qui résumaient assez bien les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chrétienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l'école dans la raison républicaine. A elle trois, ces croyances composaient ce que j'appellerai volontiers ma tradition". (p. 152).

A l'histoire familiale bretonne, suit une analyse de l'histoire des évolutions des particularités régionales, remontant jusqu'à la Révolution Française. La pluralité des langues et des coutumes menace-t-elle l'unité nationale ? Selon l'auteur," Les français peinent toujours à reconnaitre la tension entre l'universel et le particulier, présente pourtant dès l'origine au coeur du républicanisme". (p. 220). Elargissant le débat autour des autres "communautarismes", comme la parité homme/femme dans le domaine politique, le port du foulard... A toutes ces questions complexes, Mona Ozouf refuse l'antagonisme ou une vision binaire pour conclure sur l'affirmation suivante : " notre vie est tissée d'appartenances". Original par sa forme, entre essai historique et récit autobiographique, cet essai, posant le problème de la tension entre particularismes régionaux et universel, est toujours d'actualité.

logobob01Composition française, Retour sur une enfance bretonne, Mona Ozouf, folio, 270 p.
Merci Bob et folio pour ce partenariat

voici l'avis de Lilly.

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01 janvier 2011

Année 2011

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Je vous souhaite mes meilleurs voeux de lecture pour l'année 2011

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23 décembre 2010

Une autobiographie, Agatha Christie

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Pourquoi avoir écrit cette autobiographie ? Dans l'avant-propos datant de 1950, Irak, Agatha Christie explique le but de son autobiographie. N'arrivant pas à écrire un roman policier, elle décide d'entreprendre le récit de sa vie : « or ce que veux, moi, c'est plonger au petit bonheur les mains dans le passé et les en ressortir avec une poignée de souvenirs variés » (p. 16). Pourquoi avoir choisi Poirot comme détective ? Comment est né son premier roman ? Cette autobiographie vous permettra de découvrir tous les secrets d'écrivain d'Agatha Christie.

« grand jeu victorien » (Titre de la quatrième partie) :

L'importance de son enfance est visible dans le découpage de son autobiographie : 4 des plus longs chapitres sont consacrés à sa jeunesse.

Son enfance heureuse est racontée à travers des fragments de souvenirs : portrait du père, de la mère, jardins, jeux d'enfants, entre un père rentier et des domestiques qui savaient tenir « leur rang ». La plupart de ses souvenirs sont anodins mais certains sont présents dans ses romans, comme le cheval à bascule, jouet qui freait surface dans « un cheval pâle ». L'enfance se déroule au rythme des événements quotidiens : mort de son père, mariage de sa soeur, mais aussi une grande place est faite à ses lectures. Sachant lire très tôt, elle découvre Doyle, Dickens, Dumas...

Dans ses histoires d'enfance sans grand intérêt, surgit toutefois un amour du théâtre qui ne sera jamais démenti. Elle dira elle-même que « Le théâtre n'avait jamais cessé d'occuper une part régulière de ma vie ». Sa jeunesse se déroule entre ses diverses occupations  victoriennes, piano, danse... Des anecdotes amusantes sur l' imagination romanesque et sentimentale de l'époque victorienne viennent ponctuer le récit de faits quotidiens : «  - tu sais j'aime bien Ambrose, me dit-elle [sa grand-mère] une fois en parlant d'un des soupirants de ma soeur. L'autre jour, alors qu'elle se promenait le long de la terrasse, je l'ai vu se lever après son passage se baisser pour ramasser une poignée du gravier où elle avait posé le pied et le mettre dans sa poche. Très beau geste, je trouve, très beau. Digne de mon époque à moi ». Pauvre chère mamie ! Nous dûmes lui faire perdre ses illusions. Le dit Ambrose était un en fait un passionné de géologie, et c'étaient les caractéristiques du gravier qui l'avaient intéressé. » (p. 375)

Des débuts littéraires difficiles.

A causes des revers de fortune de son père puis de sa mort, à 17 ans, elle fait son entrée dans le monde au Caire. C'est à époque qu'elle écrit ses premiers poèmes. Pendant une convalescence, sur proposition de sa mère, elle écrit son premier texte qu'elle qualifie de « valable » :  La maison de beauté, suivie de diverses tentatives rejetées comme le manuscrit La neige sur le désert.

Avec l'arrivée de la guerre, elle décide de travailler dans un hôpital du Devon et passe un concours de préparatrice en pharmacie. C'est là dans ce laboratoire qu'elle décide d'écrire un roman policier. Ce n'est que 2 ans plus tard, qu'il est publié dans une petite maison d'édition chez Bodley Head : La mystérieuse affaire de Styles, qui lui rapportera peu d'argent. Parallèlement à ses débuts d'auteur, elle décrit sa vie avec Archie Christie, la naissance de sa fille, son tour du monde. Les cinq derniers chapitres abordent rapidement sa vie avec l'archéologue Max Mallowan et ses succès littéraires.

Une forte personnalité :

Dès son enfance, apparaissent certains traits de caractère de la personnalité d'Agatha Christie : tout d'abord sa timidité et ensuite son imagination débridée. Cependant, si elle se décrit comme une femme entravée par les convenances de son époque, elle n'hésite pas à s'acheter une voiture à un moment où les voitures restaient un luxe et à partir voyager seule jusqu'à Bagdad.

La naissance du whodunit :

Comment vit le jour son roman égyptien « La mort n'est pas une fin » ? Comment a été créé Hercule Poirot ? La reine du crime revient sur la genèse de ses romans et donne aussi des indications sur la création de ses personnages. Elle parle aussi de ses succès au théâtre notamment des Trois souris aveugles et se plaît à raconter une anecdote amusante d'une de ses pièces, Premier alibi : le soir de la première, la porte que devait défoncer un médecin et un maître d'hôtel était déjà ouverte et on voyait l'acteur sensé incarner la victime morte s'installer tranquillement !

« Un symbole victorien » :

La vie et l'oeuvre d'Agatha Christie est marquée par l'époque victorienne, par son sentimentalisme, ses convenances. Elle nous fait découvrir les moeurs de cette époque à traverse diverses anecdotes et les lectures de son enfance : elle raconte ainsi comment elle fit plusieurs chutes avec son voisin, dans l'escalier, pour avoir voulu s'entraîner à danser la valse à la mode qui se déroulait dans des escaliers !

A cette époque la femme devait suivre son mari mais la romancière ne cesse de mesurer l'évolution de la femme dans la société. Elle-même est consciente du changement du monde qui l'entoure :« En l'année 1911, je vécus une expérience fantastique : je montai dans un aéroplane » ; Cependant, on est surpris de voir le peu de place que tiennent les deux événements majeurs du XXeme siècle. L'histoire contemporaine ne semblait pas intéresser beaucoup notre romancière.

Fresque sur l'époque post-victorienne, découverte d'une personnalité, l'autobiographie d'Agatha Christie est une oeuvre plaisante à lire, dans un style léger, humoristique et familier, bien qu'un peu ennuyeusement verbeux parfois, contrairement à ses romans policiers....

challange_agatha_christieUne autobiographie, Agatha Christie. Livre de poche, 984 p.

Hors-série Lire, Agatha Chritsie : une femme fatale, 98 p.

Challenge Agatha Christie organisé par George.

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20 décembre 2010

Northanger Abbey, Jon Jones, d'après l'oeuvre de Jane Austen

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Northanger Abbey, de Jane Austen
"Catherine n'avait rien d'une héroïne" : une voix off moqueuse nous présente le personnage principal de Northanger abbey. Catherine Morland aime les romans gothiques, développant une imagination débridée. Invitée par de riches parents à Bath, les Allen, elle y fait la rencontre du pasteur Henry Tilney et de sa soeur Eleanor. Elle rencontre aussi Isabella Thorpe et son frère, des arrivistes intriguants. Catherine s'éprend peu à peu d'Henry et elle accepte l'invitation du général Tylney à se rendre dans leur vaste manoir. Là, dans cette "demeure digne d'un roman", elle découvre que la femme du général est morte d'une manière brutale et violente...
"Vous auriez préféré qu'il fut brigand"
C'est ce que dit Mrs Allen lorsque Catherine évoque avec un peu de déception le fait que Henry ne soit que pasteur.Comme les héroïnes de romans gothiques, Catherine se révèle crédule et naïve. Ses lectures Les mystères d'Udolphe et Le moine de Lewis est évoqué à plusieurs reprises, échauffent son imagination. " Ce roman vous fera tourner la tête", lui dit John Thorpe. Il ne se trompait pas beaucoup, étant donné que c'est cette propension à confondre rêve et réalité qui va l'amener à commettre de graves erreurs de jugement mais qui apporte la touche parodique et humoristique de ce film, qui joue avec les codes du genre mais pour mieux les détourner : portes qui grincent, une aile du château condamnée, éclairs et tempête. Notre héroïne trouve de vieux manuscrits... qui se révèlent être une liste de blanchisserie !

Certes Northanger abbey critique les romans gothiques cependant, on reconnaît l'une des problématiques essentielles de Jane Austen dans ce roman : la question du mariage d'argent et d'amour. Si nos deux héros, Henry et Catherine font preuve de modernité en choisissant l'amour, autour d'eux, c'est le règne de l'intérêt : Le général Tilney, Isabella ne pensent qu'à l'argent, ce que James va apprendre à ses dépends. Il n'y a rien de romantique dans l'amour austenien...
Film d'époque très soigné, la joliesse des décors, des costumes et des acteurs n'empêchent pas le respect de l'esprit du roman. Northanger abbey est bien une parodie impeccable des romans en vogue à l'époque de Jane Austen. Délicieusement satirique envers une certaine noblesse et envers le mariage d'argent, cette comédie non sentimentale est à la fois amusante et pétillante : une bonne adaptation du roman de Jane Austen.
Northanger abbey, de Jon Jones, avec Liam Cunningham, Carrey Mulligan et Felicity Jones, 95 min, 2007

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18 décembre 2010

Le mystère de Fernwood, Mary Elizabeth Braddon

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L'oeuvre de Mary Elizabeth Braddon s'inscrit dans la lignée des romans anglais à énigme, mystérieux, du XIXeme siècle. Le mystère de Fernwood et la vengeance de Samuel Logwood présentent une atmosphère et une intrigue similaires aux romans de l'époque, ceux de Wilkie Collins ou de Le Fanu.
Le mystère de Fernwood

Fernwood est un château qui renferme un secret que va découvrir Isabel, à son insu. Invitée par son futur mari Laurence Wendale et sa belle-famille, elle découvre une propriété envahie par la poussière et la tristesse : « il semblait que le château, les parcs et le châtelain lui-même fussent tombés en décadence ensemble ». A cette tristesse inquiétante, s'ajoute la froideur de la lettre de sa belle-mère :  « C'était la première et vague indication de ce terrible écueil contre lequel devait se briser mon existence, le premier anneau de la chaîne de ce grand mystère, dans lequel tant de destinées étaient enveloppés". Etrangement, un parent pauvre est caché dans la maison et même Laurence Wendale ignore sa véritable identité. Mais qui est ce Mr Thomas que tout le monde s'obstine à cacher ? Pourquoi est-il si précieux aux yeux de sa famille ?

La vengeance de Samuel Logwood :
Christophe Welson, jeune homme de bonne famille, bel homme, est accueilli chaleureusement chez l'armateur Tyndale et Tyndale. A ses côtés, Samuel Logwood, un pauvre commis n'ayant pas une aussi heureuse naissance que lui, orphelin et pauvre, le jalouse férocement, surtout lorsqu'il découvre que Christophe fait la cours à Lucy, leur jolie mais désargentée voisine. Mais un jour, il découvre que ce dernier a fait un faux pour payer une note de tailleur. Samuel décide de racheter ce faux, étouffe l'affaire et attend de sortir cette preuve de la malhonnêteté de Christophe au moment opportun... Il demande Lucy en mariage, tout en sachant que celle-ci aime encore Christophe, qui est parti à Londres, devenu un important personnage. Arrivera-t-il à mettre en place sa terrible vengeance ?
Dans ces deux intrigues, on reconnaît très vite des topos de romans gothiques : fantômes, secrets honteux, meurtres, jalousie, jeune fille naïve et manoirs délabrés. Proche d'intrigues comme L'abîme de Dickens et Wilkie Collins pour la vengeance de Samuel Logwood ou de Secret de famille de Louisa May Alcott, les histoire restent surprenantes par leur véritable noirceur sous des dehors anodins : pas de fins heureuses pour nos héros. Racontés à la première personne, la narration met l'accent sur les sentiments des personnages principaux que ce soit le désespoir d'Isabel ou la joie malsaine de Samuel, trompés par les apparences, ce qui permet un retournement de situation final. Ce n'est pas le mystère qui est l'atout de ces nouvelles, bien que les intrigues soient efficaces, mais bien l'analyse des profondeurs de l'âme humaine. Deux nouvelles d'influence gothique, qui méritent d'être recouvertes...

Le mystère de Fernwood, suivi de La vengeance de Samuel Logwood, Labyrinthe, 87 p.
Merci Cécile pour m'avoir fait découvrir ce recueil : son avis ici.

Lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou.

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17 décembre 2010

Grand jeu-concours Maigret

A propos du commissaire...

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"Vous avez déjà rencontré le commissaire Maigret à travers vos lectures, ou vous en avez une certaine image, que vous incarnerez, en photo.  A vous de jouer !"

Le livre de poche organise un jeu-concours jusqu'au 31 janvier 2011.
Pour participer, rendez vous sur le site
Maigret, vous l'avez forcément croisé quelque part...

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