11 juin 2012

Nicholas Nickleby de Douglas Mcgrath : ISSN 2607-0006

NICHOLAS NICKLEBY - Bande-annonce VO

Même sans avoir lu l'oeuvre de Dickens ( biographie sur le site Larousse), on prend beaucoup de plaisir à regarder ce film très dickensien justement ! Tout d'abord, on a la mise en scène des bas-fonds de Londres mais surtout d'une école mettant en scène les misères des orphelins, de pauvres enfants sous la coupe d'un précepteur cruel (Squeers) répugnant et complètement immoral. Quand on pense que Albert Wolff se plaignait de la" bas-fondmanie" qui régnait chez les naturalistes, qu'aurait-il dit en voyant les misérables de Dickens ! Les méchants chez Dickens le sont toujours de manière hyperbolique : à part Squeers, il y a aussi l'oncle de Nicholas Nickleby qui est l'incarnation du mal et d'une rare avarice, cherchant à faire tomber toujours plus bas moralement les personnes qu'il fréquente. Il prend plaisir à soumettre sa nièce à des humiliations, à envoyer son neveu chez l'horrible Squeers, après la mort de leur père et de leur ruine... Il n' a qu'un but dans sa vie, avilir les gens.

Fort heureusement, Dickens avait beaucoup d'humour et le réalisateur en a tenu compte. C'est sur un tempo allègre que commence le film, sans compter de nombreux rebondissements comme des enlèvements, des retournements de situations incroyables et nombreux... Si certaines scènes sont pathétiques comme la mort d'un personnage sympathique, d'autres sont complètement loufoques : si vous avez envie de savoir quelle est l'histoire de la famille poney dont le poney père est alcoolique, de découvrir une ambiance shakespearienne - car Nicholas fera partie un temps d'une troupe ambulante - avec un Roméo voulant à tout prix faire une danse écossaise, ou de connaître l’imbroglio d'un ancien amant ( qui avec son frère ressemble fort à des Tweedledum et Tweedledee carrolliens) éconduit qui vient en aide à la fille de son amante tout en le cachant au père... Vous devez à tout prix regarder Nicholas Nickleby qui filme la destinée d'un jeune homme à travers toutes les vicissitudes de la vie et qui n'est jamais ni tout à fait une tragédie, ni tout à fait une comédie. Un film réjouissant - sans compter la beauté du Yorkshire - , qui donne envie de lire cette oeuvre de Dickens.

Nicholas Nickleby, Douglas McGrath, 2004, 132 min, avec Charlie Hunnam, Romola Garai, Christopher Plummer, Jamie Bell.

Challenge back to the past organisé avec Lou.

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09 juin 2012

Les devoirs de Bruxelles d'Emily Brontë : ISSN 2607-0006

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J'ai acheté ce tout petit livre rassemblant des travaux d'écriture d'Emily Brontë par curiosité, sans penser y trouver l'écriture qui sera 5 ans plus tard celle des Hauts-de Hurlevent, surtout après une déception, ayant abandonné L'hôtel Stancliffe, oeuvre de jeunesse de Charlotte Brontë... Et pourtant, leur professeur Heger ne s'est pas trompé en parlant d'E. Brontë en ces termes : "Son imagination était telle, que si elle avait écrit un récit, sa représentation des scènes et des personnages aurait été si vive, exprimée avec tant de force et appuyée par une telle richesse d'arguments qu’elle aurait dominé le lecteur, qu’elles qu'aient été les opinions de celui-ci ou son évaluation de la véracité de l'histoire "( Elizabeth Gaskell, La vie de Charlotte Brontë)...

En effet, ces exercices de style révèle une vision du monde violente et poétique. Voici un sujet à la fois difficile et banal : un papillon. Que dire sur le papillon ? Emily, à 23 ans, lors de son séjour à Bruxelles permis par le financement d'une tante, écrit : " "Dans une de ces dispositions de l'âme où chacun  se trouve quelquefois, lorsque le monde de l'imagination souffre un hiver qui flétrit toute sa végétation ; lorsque la lumière de la vie semble s'éteindre et l'existence devient un désert stérile où nous errons, exposés à toutes les tempêtes qui soufflent sous le ciel, sans espérance ni de repos ni d'abri - dans une de ces humeures noirs, je me promenais un soir les confines d'une forêt, c'était en été ; le soleil brillait encore haut dans l'occident et l'air retentissait des chants d’oiseaux : tout paraissait heureux, mais pour moi, ce n'était qu'apparence. Je m'assis au pied d'un vieux chêne, parmi les rameaux duquel, le rossignol venait de commencer ses vêpres. "Pauvre fou, je me dis, est ce pour guider la balle à ton sein ou l'enfant à tes petits que tu chantes si haut et si clair ..."

Autre exercice :" Le chat". Alors qu'elle apprend le français dans les cours de Constantin Héger qui influencera tant Charlotte Brontë, et même si elle commet encore des erreurs, E. Brontë arrive à exprimer une vision de l'homme tout à fait juste, une peinture de caractère complètement réussie : " Un chat pour son intérêt propre cache quelquesfois sa misanthropie sous une apparence de douceur très aimable ; au lieu d'arracher ce qu'il désire de la main de son maître, il s'approche d'un air caressant, frotte sa jolie petite tête contre lui, et avance une patte dont la touche est douce comme le cheduvet. lorsqu'il est venu à bout, il reprend son caractère de Timon, et cette finesse est nommée l'hypocrisie en lui, en nous mêmes, nous lui donnons un autre nom, c'est la politesse et celui qui ne l'employait pas pour déguiser ses vraies sentiments serait bientôt chassé de la société".

Ces travaux qui comportent des ratures et de nombreuses erreurs, révèlent beaucoup du caractère de leur auteur : la solitude, la volonté de retrouver le cercle familial (dans un devoir intitulé lettre adressée à sa mère notamment), le refus de se plier aux convenances comme le montre une lettre d'invitation et sa réponse assez irrespectueuse et une très belle écriture... Ce qui ne ressemble qu'à un simple petit recueil de devoirs scolaires, ou à du matériau pour les universitaires, se révèlent être la découverte d'une très belle écriture.

Brontë Emily, Devoir de Bruxelles, Les mille.et.une.nuits, 62 p.

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06 juin 2012

84 charing cross road d'Hélène Hanff : ISSN 2607-0006

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Si j'avais été Hélène Hanff, en recevant mon livre le 84 charing cross road, j'aurais asticoté mon libraire à cause de la laideur de sa couverture - ce qui n'est pas tout à fait vrai car si elle ne me plaît pas, elle n'est pas hideuse... - et j'aurais écrit pour avoir un autre exemplaire ! Oui, car Hélène Hanff, dramaturge américaine méconnue a entretenu une relation épistolaire avec son libraire anglais pendant une vingtaine d'années...  On pourrait croire que cette correspondance ne parle que de livres, de mandats, de commandes mais grâce à l'écriture pleine de vivacité d' H. Hanff, on ne s'ennuie à aucun moment... Voici 5 raisons d'aimer cette correspondance d'une grande lectrice :

- L'humour dont fait preuve H. H. : " vous me donnez le tournis à m'expédier Leigh Hunt et la vulgate comme ça, à la vitesse du son ! Vous ne vous en êtes probablement pas rendu compte, mais ça fait à peine plus de deux ans que je vous les ai commandés. Si vous continuez à ce rythme-là vous allez attraper une crise cardiaque. Je suis méchante..."

- son amour des livres, qui semblent parfois plein de clichés, mais qui sous sa plume les rendent plus passionnés : " Seigneur, soyez béni pour ces vies de Walton. c'est incroyable qu'un livre publié en 1840 puisse être dans un état aussi parfait plus de cent ans plus tard. Elle sont si belles, ces pages veloutées coupées à la main, que je compatis avec le pauvre William T. Gordon qui a inscrit son nom sur la page de garde en 1841, quelle bande de minables devaient être ses descendants pour vous vendre ce livre, comme ça, pour une bouchée de pain. bon sang, j'aurai voulu courir pieds nus à travers LEUR bibliothèque avant qu'il la vendent."

- Sa générosité, alors que l'Angleterre subit des restrictions draconiennes, l'auteur, malgré sa relative pauvreté, envoie colis sur colis à tous les libraires...

- son anglophilie :"Vous serez stupéfait d'apprendre que moi qui n'aime pas les romans j'ai fini par me mettre à Jane Austen et me suis prise de passion pour Orgueil et préjugés, que je ne pourrai pas arriver à rendre à la bibliothèque avant que vous ne m'en ayez trouvé un exemplaire". (p. 83)

- Pour les anecdotes sur son métier, sa vie et son époque : "Prenez garde, je viendrai en Angleterre en 1953 si le contrat ellery est renouvelé. Je vais grimper tout en haut de cet escabeau de bibliothèque victorien , bousculer la poussière sur les étagères du haut et la bienséance de tout le monde. vous ai-je dit que j'écrivais des histoires policières pour la série Ellery Queen à la télévision ? tous mes scripts ont pour toile de fond des milieux artistiques ( ballet, concert, opéra) et tous les personnages - suspects ou cadavres - sont des gens cultivés ; en votre honneur, je vais peut-être en situer un dans le milieu du commerce des livres rares. vous préférez être l'assassin ou le cadavre ?"

Les lettres d'H. Hanff alternent avec les différents libraires de Marc and Co, décrite comme "la plus ravissante des vieilles boutiques, sortie tout droit de Dickens", mais c'est avec Frank Doel qu'elle noue une très belle amitié épistolaire et livresque. Ironie du sort, H.Hanff a travaillé toute sa vie à écrire des pièces et des scripts mais ce sont ces fameuses lettres destinées à la librairie de Charing cross Road qui lui apporteront la célébrité... et ce succès n'est pas démérité : on se passionne véritablement pour chaque événement épico-livresque de Hélène Hanff...

billet de Vilvirt

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03 juin 2012

Les préraphaélites, un modernisme à l'anglaise, Laurence des Cars : ISSN 2607-0006

63184491John Robert Parsons : Jane Morris - 1865

"Vous apercevez l'intérieur d'un atelier de charpentier. Au premier plan, un petit garçon hideux, aux cheveux roux, le col tendu, pleurnichant, en chemise de nuit ; il semble avoir reçu un coup sur la main, sans doute de la badine d'un autre petit garçon, avec qui il jouait dans la ruelle ou dans la cour ; et il la tient, cette main, sous le regard d'une femme agenouillée, si horrible dans sa laideur, qu'elle ressort (à supposer qu'une créature humaine puisse exister un seul instant avec un cou disloqué de cette façon) du reste de la compagnie tel un monstre, qui ne se déparerait pas le plus infect cabaret de France ou le plus dégoutant débit de boisson d'Angleterre[...]". Qui a écrit cette critique assassine du Christ dans la maison de ses parents de Millais ? Dickens dans Household world se fait le pourfendeur des préraphaélites : mouvement esthétique qui se voulait novateur, ils choisissent l’archaïsme pour renouveler la peinture de genre victorienne... Les débuts des préraphaélites sont marqués par le scandale et la polémique. On leur reproche leur rendu tellement léché qu'il en devient photographique, leur folie médiévisante... Ce bref ouvrage sur l'art, trop court, bien trop court, nous retrace l'évolution du groupe préraphaélites richement illustré sur beau papier glacé et entouré d'anecdotes et de documents.

Mais ces jeunes gens enthousiastes ne sont pas seulement peintres, ils sont aussi poètes, décorateurs... tout le monde connaît la célèbre anecdote autour du recueil Ballads and sonnets : Rossetti avait enterré ce recueil écrit en 1840 dans le tombeau néo-égyptien d'E. Siddal dans le cimetière de Highgate et il a été exhumé 30 ans plus tard... Leur inspiration est souvent littéraire comme dans les peintures telles que L'adieu au chevalier ou l'enchantement de Merlin (Burne-Jones), beata Beatrix (Rossetti)...

"J'entends par tableau, un beau rêve romantique de quelque chose qui n'a jamais existé et n'existera jamais, dans une lumière plus belle que toutes celles qui ont jamais brillé, dans un lieu que personne ne peut définir ou se rappeler, seulement désirer" ( Burne-Jones). Ce que j'admire chez ces peintres, c'est l'esthétisation du quotidien et ce, dans tous les domaines : leur intérieur, leur vie est dirigée par la peinture, la littérature, une volonté de renouvellement, d'engagement, d'échapper à leur réel... La décoration de la maison de William Morris, Hammersmith appelée Keldoms manor**- chef de file des arts and crafts - est un véritable chef d'oeuvre où on reconnaît ses tissus au motif des oiseaux.

En revanche, les dérives de cette peinture me semble représentée par une peinture telle que l'escalier d'or de Burne-Jones, qui sans véritable sujet, décline une même sorte de féminin, évoque une reproduction assez vaine ou Le printemps* de Millais ressemble vaguement à un photomontage mignard... Paradoxalement, ceux qui se voulaient novateurs ont fini par être les représentants de cette peinture victorienne qu'ils voulaient fuir... Ce petit ouvrage est comme une petite fenêtre ouverte sur l'univers préraphaélite...

SirJohnEverettMillais1859SpringLadyLeverArtGalleryPortSunlightMerseysideUK

* Le printemps, Millais

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** intérieur de keldoms Manor

L'exposition Une ballade d'amour et de mort présentait des photographies préraphaélites : billet de Fleur, Lilly, thé au jasmin,

Les préraphaélites, un modernisme à l'anglaise, Laurence Des Cars, Découvertes Gallimard, 127 p.

Participation au challenge de Shelbylee " L'art dans tous ses états".

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30 mai 2012

Libre et légère d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

libre_et_legere_suivi_de_expiation_edith_wharton_9782080684431Maupassant écrivait dans Une vie, "On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts". Le même constat se retrouve dans Libre et légère mais sous une plume d'un auteur de 14 ans ! Première nouvelle de cette romancière américaine, Libre et légère nous entraîne dans un court récit sur l'amour, le mariage, l'argent... Toutes les préoccupations whartonniennes qui hanteront ses romans. Mais revenons à Libre et légère : Mais qu'est-ce être libre pour une femme de la toute fin du XIXeme siècle ? Est-ce épouser un vieil homme en espérant mener une vie de luxe et de légèreté ? Et qu'est-ce la légèreté ? Préférer l'argent à l'amour ? Wharton ne parle-t-elle pas plutôt de son écriture qui traite avec légèreté un sujet préoccupant pour les jeunes filles... (et leur mère aussi) ?

Ce qu'on apprécie, dans cette petite nouvelle, c'est le style whartonnien : le regard que pose la romancière sur ses personnages est éminemment lucide, et en même temps très schématique. L'anti-héroïne, pourrait-on dire, est Georgina Rivers qui aime son cousin le peintre dilettante Guy Hasting. Mais elle le rejette pour épouser un vieux mais riche lord Breton. Si elle devient la coqueluche de tout Londres, si elle s’ennivre de luxe et de divertissements, est-elle heureuse ? A-t-elle fait le bon choix ? Va-t-elle rendre malheureux, lord Breton, son cousin Guy ?

Sur le vieux thème du mariage d'argent ou d'amour,E. Wharton a su poser un regard frais et moqueur, d'abord par des interventions du narrateur : " Un sinistre après-midi  d'automne à la campagne. a l'extérieur, une  douce bruine tombant sur les feuilles jaunes ; à l'intérieur, deux personnages jouant aux échecs, près de la fenêtre, à la lueur du feu, dans le salon de holly Lodge. Or, quand deux personnes jouent aux échecs par un après -midi pluvieux, en tête à tête dans une pièce dont la porte est fermée, elle sont susceptibles soit de s'ennuyer beaucoup, soit d'être dangereusement captivées ; et, dans le cas présent, malgré tout le respect dû au romanesque, elle paraissaient écrasées par le plus accablant ennui". Ensuite par des fausses critiques journalistiques écrites par elle-même où l'auto-dérision perce à chaque ligne. Là, elle ironise sur son roman qu'elle juge  injustement, car s'il est vrai que si l'écriture n'a pas atteint le scintillement de celui de Chez Les heureux du monde, E. Wharton a inséré des références littéraires et un ton unique de badinage qui voile des descriptions de caractères et de moeurs très enlevées comme le type du jeune homme du monde. L'auteur ressemble étonnamment à la jeune fille américaine comme la décrit Paul Bourget dans son essai Outre-mer : " elle a tout lu, tout compris, et cela non superficiellement, mais réellement, avec une énergie de culture à rendre honteux tous les gens de lettres parisiens...[...] On dirait qu'elle s'est commandé quelque part son intelligence, comme on commande un meuble". Et effectivement, la romancière fait preuve de beaucoup de drôlerie et d'intelligence dans cette nouvelle.

 Wharton, Libre et légère, Flammarion, 208 p.

Autres romans : Chez les heureux du monde, Kerfol, Les boucanières, Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu

Lu par Mango,passion lecture, Lou....

Pour en savoir plus sur les romans d'Edith Wharton, voir les billets du challenge Edith Wharton organisé par Titine.

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28 mai 2012

Le prince de la brume de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

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Tous les zafonmanias devraient être ravis de voir ressortir des textes de jeunesse du célèbre auteur de L'ombre du vent : premier roman d'une trilogie, Le prince de la brume est une enchantement de l'imagination. Beaucoup de thèmes obsessionnels de l'auteur apparaissent, comme une montre qui compte le temps à rebours, un cimetière, une maison isolée et peut-être hantée ; mais avant de transplanter ses romans dans la Barcelone brumeuse, il décrit d'autres brumes plus britanniques, celles-ci.

En 1943, en Angleterre, une famille fuit la guerre et s'installe dans un petit village où de nombreux mystères surgissent. Les questions se multiplient lorsque Max, le jeune héros, découvre un vieil homme habitant seul un phare et unique rescapé d'un naufrage qui cache bien des choses de la vie de son "petit-fils", des statues qui semblent se mouvoir, des anciennes pellicules de film montrant un symbole mystérieux...

Les éléments insolites foisonnent, l'ambiance est crépusculaire et un chat ressemble furieusement à un chat du Cheshire faustien : " La végétation avait envahi le lieu, le transformant en une petite jungle d'où émergeaient ce qui paru à Max être des silhouettes : des formes humaines. Les dernières lueurs du jours tombaient sur la campagne et il dut forcer sa vue. C'était un jardin abandonné. Un jardin avec des statues prisonnières dans cette enceinte qui rappelait un petit cimetière de village"....(p. 30). Pygmalion par amour pour sa créature la fait vivre, Zafon lui aussi rend vivants tous ses personnages mêmes les plus invraisemblables...

Ce qui est appréciable dans les romans de Zafon, qui met en scène souvent des adolescents pour personnages principaux (mais est-ce vraiment le cas ? Les pères zafoniens agissent toujours comme des enfants ou comme des êtres hors de la réalité... Ici l'horloger a l'air le plus farceur et le plus insouciant de tous les personnages), c'est que le jeune héros ne se comporte nullement de manière puérile et la fin ne correspond pas aux normes des films Disney. Des adolescents, de la magie, des rebondissements et une série d'opus : on peut trouver des similitudes dans les thèmes et les destinataires avec la saga Harry Potter mais les héros zafoniens leur dament largement le pion... On suit les pas surgis de la brume du prince sans voir le temps passer...

 Zafon, Le prince de la brume, Robert Laffont, 210 p.

Autres romans : L'ombre du vent, Le jeu de l'ange, Marina,

Lu par Lou, L'irrégulière...

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24 mai 2012

L'art nouveau, la carte postale partie 2 : ISSN 2607-0006

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, . Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, . Est fait pour inspirer au poète un amour  C’est ici une belle occasion, en vérité, pour établir une théorie rationnelle et historique du beau, en opposition avec la théorie du beau unique et absolu; pour montrer que le beau est toujours, inévitablement, d’une composition double, bien que l’impression qu’il produit soit une; car la difficulté de discerner les éléments variables du beau dans l’unité de l’impression n’infirme en rien la nécessité de la variété dans sa composition. Le beau est fait d’un élément éternel, invariable, dont la quantité est excessivement difficile à déterminer, et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion. Sans ce second élément, qui est comme l’enveloppe amusante, titillante, apéritive, du divin gâteau, le premier élément serait indigestible, inappréciable, non adapté et non approprié à la nature humaine. Je défie qu’on découvre un échantillon quelconque de beauté qui ne contienne pas ces deux éléments. " ( Baudelaire, "Le peintre de la vie moderne") : Cette définition baudelairienne du beau s'appliquerait parfaitement aux cartes postales illustrées qui présentent une époque, des élements fugitifs... L'album L'art Nouveau, la carte postale, richement illustré nous permet de découvrir des graphistes et graphismes méconnus de tous les pays :

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La Belgique est un pays d'avant-garde en ce qui concerne la prodution de cartes postales illustrées. Gisbert Combaz est d'ailleurs considéré comme un classique de la carte postale Art Nouveau. Spécialiste de l'art chinois, on trouve dans ses graphismes de nombreuses influences de l'art oriental. Mignot (ci-dessous) s'est surtout illustré grâce à sa série " les sport".

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Le "style Mucha" devient synonyme de modernité. Jouant sur la bidimentionnalité, il privilégie le symbolisme et la sensualité dans ses graphismes, qui sont souvent asymétriques. Mucha a de multiples de talents, il est à fois peintre, costumiste, affichiste, graphiste... Il fréquente l'académie Julian à Paris et c'est en 1894 avec l'affiche Gismonda pour S. Bernardt, qui remporte un grand succès, qui marque les début du "style Mucha". C'est l'éditeur champenois qui a l'idée d'imprimer les oeuvres de Mucha sous forme de panneaux, de menus ou de calendriers et Mucha commence aussi l'édition des cartes postales représentant presque toujours les mêmes images avec quelques variantes. Après avoir participé dans les années 80 à quelques projets de pavillons pour l'exposition universelle, il abandonne en 1900 le style Art nouveau et retourne vers des formes plus académiques. Il enseigne à New-York et Chicago de 1904 à 1012, puis il vit principalement en Tchécoslovaquie où il célèbre la culture slave. (source : biographie p. 354, L'Art Nouveau, La carte postale).

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France, Steinlen a fréquenté le cercle du " Chat noir", Il représente dans diverses revues comme Le gil Blas illustré, L'écho de Paris, la vie moderne, le prolétariat et les déshérités.

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Une des particularités de la Grande Bretagne qui a produit tardivement des cartes postales illustrées, c'est qu'il y a de nombreuses femmes illustratrices comme Kate Greenaway ( image 1),  A. K. MacDonald (carte postale illustrée 2), Evangeline Daniell, Ethel Parkinson...

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L'art nouveau, La carte postale,Fanelli, E. Godoli, Celiv, 375 p., partie 1 ici.

Challenge "L'art dans tous ses états" de Shelbylee.

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23 mai 2012

L'art nouveau, la carte postale, partie 1 : ISSN 2607-0006

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Pourquoi consacrer un ouvrage à la carte postale illustrée ? La réponse nous est donnée par un journaliste anglais : "Quand les archéologues du XXXsiècle commenceront à fouiller les ruines de Londres, ils s'intéresseront avant tout à la carte postale illustrée, meilleur guide qui soit pour comprendre l'esprit de l'époque Edouard VII. Ils recueilleront et rassembleront des milliers de ces petits cartons et reconstruiront notre époque à travers les étranges hiéroglyphes et les images que le temps aura épargnés. Parce que la carte postale illustrée est un témoin candide de nos distractions, de nos passe-temps, de nos us et coutumes, de nos attitudes morales et de notre comportement." (1907, James Douglas, Préface).

Peu de livres sont consacrés à la carte postale illustrée, considérées peut-être comme un art mineur selon le crédo de l'Art nouveau qui est "l'art dans tout" et "l'art pour tous". Et pourtant ce type de message à la fois visuel et verbal marque le début de la civilisation de l'image : il est en même temps le reflet de la culture figurative et des moeurs de la société. Les artistes ont représenté aussi bien des centres artistiques comme Le chat noir ou des femmes du quotidien qu'on appelait le style " La petite femme". Les autres thématiques majeures sont le sport, les paysages avec la représentation des stations balnéaires marquant le début des loisirs de masse, tous les phénomènes marquants de la Belle Epoque. Albert Guillaume est par exemple un des " reporters graphiques" des fastes du beau monde.

Justement, produit de la société de masse, elles en reflètent les mythes, les nouveautés... Les cartes postales ont en outre un lien avec la publicité et les affiches : en 1872, elles permettent de faire la publicité pour les illustrations sur Londres de Gustave Doré. Mais les décorations ne sont pas là seulement pour la joliesse ou pour l'aspect commercial, elles représentent parfois des critiques sociales ( Théophile Steinlen) par le biais des caricatures ou pendant les guerres, elles incitaient à la souscription pour les emprunts nationaux.

Ce beau livre abondamment illustré présente des biographies à la fin de l'ouvrage, bien que lacunaires souvent, ce domaine n'ayant pas fait d'archives systématiques, et des illustrations classées par pays. Des origines de la carte illustrée aux différentes techniques d'impression, cet ouvrage montre bien qu'elle est un moyen de "propagande esthétique" selon l'expression de Steinlen. Il faut dire qu'à ses débuts, la carte postale était moins un moyen de communication qu'une affaire de collectionneurs...

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* R. Kirchner ( Autriche) et Berthon (France), "La série des chemins de fer".

L'art nouveau, La carte postale, G. Fanelli, E; Godoli, Celiv, 375 p.

challenge "l'art dans tous ses états" de Chelbylee

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21 mai 2012

La corde de Hitchcock : ISSN 2607-0006

Hitchcock - La Corde (VF) - Bande Annonce

Saviez-vous que Hitchcock avait toujours rêvé de filmer une pièce de théâtre ? Il a réalisé en partie son rêve avec La corde, pièce à l'origine intitulée Rope's end de Patrick Hamilton. Le dramaturge s'est inspiré d'un fait divers qui s'est déroulé à Chicago dans les années 1920 : l'affaire Leopold-Loeb. Hitchcock a d'ailleurs innové techniquement en ce qui concerne le tournage du film : premier film en couleur, il voulait tourner en continu les scènes, ce que ne lui permettait pas les bobines de pellicules qui étaient trop courtes, mais effectivement, on a l'impression en regardant le film qu'il n'y a pas de coupures... On comprend aussi que vu la taille des caméras, le tournage fut une véritable prouesse pour le réalisateur mais un enfer pour les comédiens !

Mais de quoi nous parle La corde ? deux jeunes étudiants Brandon et Phillip décident par jeu de tuer un jeune homme, David, une de leur connaissance. Toujours dans l'esprit de jeu - mais combien macabre et lugubre ! - les deux jeunes hommes décident de fêter cet événement et invitent les parents de la victime, l'amie de David... mais aussi leur professeur qui partage leurs idées et leur a enseigné des préceptes peu moraux comme mettre au rang d'art, le crime.  D'emblée, on est confronté à la mort du jeune David, où se situe alors l'intérêt du film ? Dans la tension qui ne cesse de grandir. La nervosité des personnages, les soupçons de l'ancien professeur, l’inquiétude des parents qui ne voient pas venir leur fils... créent une tension insoutenable : vont-ils être démasqués ? Est-ce un crime parfait ? On retrouve avec plaisir le traditionnel mélange de suspense, d'humour macabre du célèbre réalisateur et une ambiance de huis-clos étouffant... Le personnage de Brandon est particulièrement effrayant dans son cynisme à la Dorian Gray : alors que le meurtre vient d'être commis, il s'écrit joyeusement : " Que la farce commence" ! La corde est un excellent Hitchcock !

Pour l'anecdote - et il y en a beaucoup dans le making-of à voir absolument -, le film n'eut pas le succès escompté à cause semble-t-il de l'homosexualité latente des personnages : d'ailleurs, jamais l'équipe de tournage, la production ne prononça ce mot et disaient " en" : le professeur "en" était aussi. D'ailleurs, Hitchcock a supprimé à la lecture du script, tous les "my dear" entre Brandon et Phillip, trouvant que ce mot montrait explicitement qu'ils "en étaient". Cary Grant refusa d'ailleurs le rôle du professeur de peur qu'on croit qu'il "en" était... ah ! Amérique puritaine... Le making-of est aussi intéressant par les informations apportées sur le travail de Hitchcock, et sur son portrait qui se dessine à travers les témoignages des acteurs et notamment du scénariste Arthur Laurents... Où est Hitchcock ? Dans chacun de ses films, le réalisateur a l'habitude de faire une courte apparition, le trouverez-vous ?

Hitchcock, La corde, 1950, 1h23, avec James Stewart, John Dall, Farley Granger.

autre film : Psychose

Challenge "Hitchcock" organisé par Titine et Sabbio. visionnage commun avec titine, son billet ici.

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17 mai 2012

Les contes du jour et de la nuit de Maupassant : ISSN 2607-0006

6301550469_a2e2df71f0*Monument hommage à Guy de Maupassant, Raoul Verlet.

En lisant un article de Mariane Bury, "Maupassant pessimiste ?", je me suis posée la même question qu'elle : existe-t-il un Maupassant gai, optimiste puis pessimiste ? Deux périodes ? Non, en s'appuyant sur la nouvelle "L'infirme" et d'autres chroniques, elle démontre que Maupassant a toujours été un pessimiste... En fait, à bien regarder ses oeuvres, les deux faces, farcesque et tragique, se côtoient subtilement dans toutes ses oeuvres. Dans "L'infirme", le narrateur rencontre dans un train un ancien soldat, qui devait se fiancer à Mlle de Mandal, devenu infirme. Aussitôt le narrateur de s'imaginer dans un romanesque sentimental que l'infirme a épousé la jeune fille. Comme dans la littérature que Maupassant qualifie de " sirop", " sympathique et consolante" ( "Autour d'un livre"), la jeune fille se sacrifie car elle l'aime véritablement. Et puis une autre version lui vient, à l’opposé de la première : la jeune fille soigne ce vieux débris, dans une vie faite de misère... On nage donc en plein naturalisme. La vérité chez Maupassant sera tout autre... et plus vraisemblable.

Pendant longtemps, j'ai considéré Maupassant comme un triste disciple de Shopenhauer, modèle de tous les fins-de-siècle. Il n'y a qu'à lire "Coco", où un pauvre cheval après toute une vie de labeur devient le martyr d'un paysan brutal, cynique, dépourvu d'âme qui prend plaisir à le faire mourir de faim par cruauté gratuite... Ironie du sort, là où fut enterré le cheval - où il souffrit le supplice de Tantale- l'herbe pousse plus dru. La lecture du "Gueux" confirmera cette première vision de même que" Le parricide". Il suffit de lire Les contes du jour et de la nuit pour se rendre compte qu'il y a plusieurs suicides, morts violentes, actes cruels...

Puis après une lecture attentive, on s’aperçoit que son écriture est davantage sarcastique, la satire et la caricature n'est jamais loin : lorsque dans "Au Printemps", il met en garde les hommes contre la félonie des femmes, il écrit : "Alors ma campagne se mit à courir en gambadant, enivré d'air et d'effluves champêtres. Et moi, je courais derrière en sautant comme elle". N'est-ce pas une parodie de roman sentimental ? Et dans "Une partie de campagne", Mme Dufour est comparée à un sac : "Mr Dufour que la campagne émoustillait déjà lui pinça vivement le mollet, puis, la prenant sous les bras, la déposa lourdement à terre comme un énorme paquet". On ne pourrait mieux critiquer la petite-bourgeoisie.

Là où Maupassant est délicieusement ironique, c'est dans une chronique comme "Nos optimistes" : en réponse à une plainte d'Halévy, membre de la glorieuse Académie Française qui se se lamente de l'envahissement du pessimisme, l'auteur d'Une vie, propose quelques lois : "Art. 2 - il est rigoureusement interdit sous peine de deux ans à vingt ans de travaux forcés d'être ou de paraître malheureux, malade, difforme, scrofuleux, etc...etc... de perdre un membre dans un accident de voiture, de chemin de fer, à mois qu'on ne se déclare aussitôt satisfait de cet événement. [...].Art 8- Il est interdit à tous Français riche et bien portant de s'apitoyer sur le sort des misérables, des vagabonds, des infirmes, des vieillards sans ressources, des enfants abandonnés, des mineurs, des ouvriers sans travail et en général de tous les souffrants qui forment en moyenne les deux-tiers de la population, ces préoccupations pouvant jeter les esprits sains dans la déplorable voie du pessimiste. [...]. Art 10 - Quiconque parlera de Decazeville ou de Germinal sera puni de mort."... Maupassant pessimiste ? Pas si sûr... Je ne fais qu'effleurer quelques aspects de son oeuvre mais j'espère que ces quelques lignes vous donnerons envie de feuilleter ces chroniques et nouvelles délicieusement féroces...

Maupassant, Les contes du jour et de la nuit, folio, 233 p.

autres oeuvres : Pierre et Jean, Bel-Ami,

Choses et autres, Maupassant, qui rassemble de nombreux articles tels que " Le fantastique", Les bas-fonds", " Les soirées de Médan", " Par-delà "..., Livre de poche, 498 p.

Plusieurs sites sont consacrés à Maupassant : maupassantania.

Posté par maggie 76 à 07:55 - - Commentaires [15] - Permalien [#]