29 mars 2011

Musset à la scène et à l'écran au XXeme siècle

goerge10

"C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui" (scène 4, Acte I, On ne badine pas avec l'amour). Les mots et les thèmes de l'oeuvre mussetienne résonnent d'universalité et de modernité. On parle de" Maison Musset", tant ses pièces sont jouées à la Comédie Française. Musset écrit après son dépit de l'échec de La nuit vénitienne, "Un spectacle dans un fauteuil". Certes avec son marivaudage amoureux, le théâtre de Musset est un théâtre de la parole mais sa grande théâtralité lui permet d'être encore mis en scène et de laisser libre court à l'imagination de grands auteurs et réalisateurs.

Ecrivain majeur du XIXeme siècle, il influence aussi bien Hugo, qui dans Marion Delorme s'inspire de A quoi rêvent les jeunes filles, que Renoir dans La Règle du jeu ou Wilde dans L'important d'être constant. Ses pièces sont souvent coupées, retravaillés, adaptées. Pourquoi Musset fait-il l'objet de tant de changements ? L'hybridité des adaptations vient du mélange des registres et des genres dans les pièces de Musset qui se prêtent ainsi à de multiples remaniements.

Si Les caprices de Marianne,* de Claude Loursais (1962) reste fidèle au texte dans sa version filmique, conventionnelle Elena Hazanov* modernise la pièce en la situant dans un Paris contemporain, les guitares électriques remplaçant les sérénades d'antan et en coupant des répliques. Mais nos deux héros désenchantés restent des figures immortelles  d'une jeunesse désemparée. Les "fantaisies tristes" de cet écrivain continue d'inspirer les réalisateurs comme Eric Civanyan, qui a adapté Il ne faut jurer de rien en 2007, avec Gérard Jugnot et Jean Dujardin. De même, les réalisateurs se sont emparés de la vie de l'auteur. Après A Malibran de C. Guitry, Les Confessions d'un enfant du siècle de Santelli ou Les enfants du siècle de Diane Kurys, ( 1999, avec Juliette Binoche et B. Magimel),une adaptation de La confession d'un enfant du siècle de Sylvie Verheyde va être bientôt paraître sur nos écran avec Pete Doherty et Charlotte Gainsbourg : deux enfants du XXIeme siècle... Musset poussiéreux ? Espérons que S. Verheyde nous apportera une preuve supplémentaire qu'il ne l'est pas !

* Liens vers les films ou bandes-annonces.

* Les caprices de Marianne, film d'Elena Hazanov, 1h16.

* journée d'étude, " La scène est où on voudra", Musset à la scène et à l'écran au XXeme siècle, 16 mars, Université de Rouen.

 photo_13000972773760183860118_1_75

Posté par maggie 76 à 17:09 - - Commentaires [12] - Permalien [#]


27 mars 2011

Les oiseaux de Daphné Du Maurier

9782253099963026_3_crop

Immortalisé par A. Hitchcock, "les oiseaux" de Daphné du Maurier est une nouvelle assez effrayante où l'Angleterre est soudain envahie par des oiseaux, s'attaquant aux hommes. Quelle est en la raison ? Dans une atmosphère apocalyptique, Nat Hockens, ancien combattant de guerre, lutte pour sa survie et celle de sa famille dans une campagne dévastée par un ce nouveau fléau : vont-ils résister à l'attaque incessante des oiseaux ?

Recueil de nouvelles*, les oiseaux  met en scène différents milieux sociaux à la croisée des genres fantastique, policier, surnaturel... mais toujours pour mieux surprendre le lecteur en le terrifiant par une étrangeté issue du quotidien. Pour Henry James, et c'est aussi le cas dans ce recueil de la romancière, "les mystères les plus mystérieux [qui] sont à notre porte". Chaque nouvelle s'ouvre sur un quotidien banal, minutieusement décrit pour s'enrayer aussitôt : dans "Mobile inconnu", Mary Farren se donne subitement la mort. Quel mobile est à l'origine de ce geste de cette femme à qui tout sourait ? Elle a fait un mariage au-dessus de sa condition, elle attend un enfant... Son mari engage un privé pour enquêter sur le passé de sa femme. La construction diabolique de cette nouvelle est digne des romans policiers victoriens !

"J'ai passé par la brèche en m'essoufflant un peu, puis j'ai regardé autour de moi et vous me croirez si vous voulez, elle était couchée sur une pierre longue et plate, les bras sous sa tête et les yeux fermés. [...] Mais se coucher comme ça sur une tombe, ça n'avait pas l'air naturel". Récit à la première personne, le titre mièvre "Encore un baiser" est démenti par une histoire très sanglante : un jeune garagiste tombe amoureux d'une jeune femme à l'allure étrange qui aime se promener la nuit dans les cimetières. Qui est-elle ? Pourquoi doit-elle fuir ? Pas de vampirisme, loin des thèmes gothiques chers à la romancière dans Rebecca ou L'auberge de la Jamaïque,  ces nouvelles énigmatiques ancrées dans le quotidien distillent une angoisse croissante jusqu'aux dernières lignes.

logo_challenge_La_nouvelle_6_Les oiseaux de Daphné Du Maurier, Livre de poche, 446 p.

* Ce recueil comprend 7 nouvelles : "Les oiseaux", "le pommier", "Encore un baiser", "Le vieux", "Mobile inconnu"," Le petit photographe"," une seconde d'éternité".

Lu dans le cadre du challenge de la nouvelle de Sabbio.. (Novelliste en herbe).

Posté par maggie 76 à 07:11 - Commentaires [24] - Permalien [#]

20 mars 2011

Les sorcières de Salem, Arthur Miller

86226169100791472_photo_affiche_la_chasse_aux_sorcieres

Les sorcières de Salem : La fille du révérend Parris, Betty, ne peut plus bouger : sorcellerie !? Plusieurs jeunes filles, dont Mary, Abigaïl,... qui vont constituer le jury présidé par Hathorne, sont prises de visions et accusent plusieurs femmes d'accointance avec le diable : parmi elles, se trouvent Elizabeth Proctor, dont le mari fut l'amant d'Abigaïl. quatorze femmes sont arrêtées et condamnées à la pendaison. Puis trente neuf. Au fur et à mesure que la vérité se fait jour, l'imagination, la folie collective, l'hystérie du jury composé des jeunes filles grandissent. De simples poupées, deviennent des objets vaudou, les vieilles dames venant mendier deviennent des sorcières et la lecture de romans devient diabolique. "Elle ne savait pas ses commandements, c'est une preuve accablante ! les juges l'ont dit" s'exclame Mary servante des Proctor. Le puritanisme, la peur de la pendaison, la superstition aveuglent chacun alors que la sorcellerie semble présente partout : John Proctor voulant sauver sa femme et se riant de toutes ses superstitions va bientôt être accusé. Cependant, derrière la chasse aux sorcières se révèlent des histoires de vengeance et de jalousie, des mobiles pécuniaires et de la rancoeur...

En trois actes, Arthur Miller, avec une écriture dépouillée mais efficace, crée  une tension qui ne  cesse de croitre. Drame de la jalousie et de l'honneur, tous les sentiments exacerbés se succèdent sous la plume de l'auteur : dénonciation, cupidité, aveuglement : Arthur Miller scrute l'âme humaine. Où est la vérité ? Sorcellerie ou fanatisme ? Tandis que les arrestations pleuvent, les masques tombent aussi... Ce tristement célèbre épisode de l'histoire américaine fait écho à la chasse aux communistes sous MacCarthy. A chaque époque, la justice semble se dissoudre sous les attaques d'une certaine Amérique puritaine, sous la bassesse et l'hypocrisie. Une pièce remarquable !

 La chasse aux sorcières : "Je hais l'hypocrisie" dit Abigail qui incarne avec force un amour passionnel mais destructeur. Dans ce film d'époque, dont l'atmosphère de suspicion est très bien rendue, l'Iniquité du procès est renforcée par le dénouement : les méchants ne sont pas toujours punis alors que les innocents n'éhappent pas à la mort... Ce film visuellement très classique est porté par des acteurs magnifiquement possédés, notamment Wiwona Ryder, non par le diable, mais par leur rôle.

Les sorcières de Salem, Arthur Miller, Robert Laffont, Pavillon poche, 239.

La chasse aux sorcières, adapté par N. Hytner, Winona Ryder, Daniel Day Lewis.1996 , 1h51.

 L'avis magnifique de Lou !

Posté par maggie 76 à 18:41 - - Commentaires [19] - Permalien [#]

Le jardin du diable, Atkins

 

62932814_p

S'il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark de Hamlet, l'Amérique de la Prohibition n'est guère plus reluisante. C'est ce que découvre à ses dépends le détective privé de l'agence Pinkerton, Samuel Hammet, qui deviendra l'écrivain Dashiell, l'auteur de la Moisson rouge et de La clé de verre.  Lors d'une fête orgiaque, présidée par un acteur comique du cinéma muet, Roscoe Arbuckle, une jeune femme, vaguement actrice, meurt. Aurait-elle été violentée par Roscoe ivre ? A-t-il tué cette femme ? Qui est réellement la jeune fille qui l'accompagnait ? Suit le procès du célèbre acteur parallèlement à l'enquête de Samuel. Aidée d'un agent de la Prohibition, il mène une enquête à San Fransisco tout en côtoyant les milieux cinématographiques, les milieux de la presse...ce qui lui permettra de découvrir une scandaleuse vérité...

Le jardin du diable est un livre à l'écriture cinématographique, découpée en courts chapitres ressemblant à des séquences filmiques, suivant plusieurs personnages de l'histoire simultanément. La lenteur de l'enquête, la lourdeur de l'écriture* rendent pénible l'immersion dans cette enquête véritable des années 1921. Mais petit à petit Atkins a su développer une histoire riche sur la peinture d'un milieu, ressusciter l'atmosphère délétère de l'époque, celui des starlettes, des arnaqueurs, des bootleggers... "ces gens sont des cannibales, ils vous dévoreraient jusqu'aux os" dit à Roscoe son avocat. Cette métaphore est bien l'expression d'un milieu sans pitié, sans morale où les bootleggers et les nantis font la loi. Au-delà du tableau de la corruption par l'argent, Atkins a su montrer la naissance d'un écrivain : il abandonne les histoires de fragiles vieilles dames pourchassant des criminels pour la vérité d'une Amérique corrompue. Les moeurs dépravées de l'époque inspireront à Sam Hammet la matière brute de ses futurs romans... Un bon sujet, mais l'écriture d'Atkins est empreinte de lourdeur et fastidieuse...

Le jardin du diable, Ace Atkins, les éditions du Masque, 462 p.

* Exemple de métaphore improbable : "quand elle se tourna vers elle, Maude remarqua une touffe de poils de bonne taille entre ses cuisses blanches, comme un caniche français étranglée" ????

daniel_hammett_03sjff_03_img0926

Samuel Dashiell                                   Roscoe Arbuckle

logobob01Merci BOB pour ce partenariat ainsi que les éditions du masque.

voici le billet extrêmement complet de Wens.

Posté par maggie 76 à 08:44 - Commentaires [6] - Permalien [#]

13 mars 2011

La lettre écarlate, Hawthorne

9782080703828FS5225

Un long prologue montre l'affection de l'auteur pour la ville de Salem. Il faut savoir que le trisaïeul du romancier, ainsi que le père de ce dernier,  furent des juges sans pitié. John Hathorne ( 1641-1717) participa au fameux procès des sorcières de Salem (1692). Hawthorne y évoque sa vie d'inspecteur des douanes, dans un milieu très conservateur et poussiéreux. Un jour, parmi de vieux papiers, il trouve un énigmatique rouleau écrit par l'inspecteur Pue au XVIIIeme siècle, avec un tissu superbement ouvragé, sur lequel est brodé la lettre A. Mais quelle est l'énigme de cette lettre ?

Cette "relique" est intrinsèquement liée à l'histoire d'Hester Prynne : à son arrivée en Nouvelle Angleterre, sans son mari médecin resté étudier en Allemagne, Hester et le révérend Dimmesdale ont une liaison coupable. Lorsque naît leur enfant Pearl, la jeune femme doit porter le symbole de son péché : elle brode un A écarlate qu'elle porte sur sa poitrine, signe visible de sa déchéance. Son mari, Roger Chillingworth arrive au moment où sa femme est exposée aux yeux de la foule, pendant trois heures, sur le pilori de l'infamie. Il lui demande de ne pas révéler son vrai statut, tant qu'il ne sera pas vengé de cet outrage, car nul ne sait qui est l'amant d'Hester. Commence pour notre triangle amoureux, un drame non pas vaudevillesque mais tragique. Comment le mari va-t-il se venger ?

A l'image de la lettre écarlate, formidablement brodée par Hester, l'auteur entrelace différents motifs. Ce livre se teinte des couleurs symboliques tels que le rouge et le noir. Le doyen adresse à la foule" un discours sur le péché et ses pièges divers entremêlées de continuelles allusions à la lettre infamante" : ce discours est tel qu'il associe le rouge de la lettre aux flammes de l'enfer, exacerbant les terreurs des villageois. Mais cette lettre symbolise aussi l'expiation d'Hester tandis que le noir va être l'apanage de l'âme de son mari : la cruauté de sa revanche prend aussi une couleur infernale. La lutte entre le Bien et le Mal que mène le pasteur, dans sa paroisse et intérieurement, empreint le texte de religiosité, peignant ainsi la vie des puritains, dans la Nouvelle Angleterre du XVIIeme siècle.

Sous le joug de la religion, ces trois personnages se débattent et c'est leur combat intérieur que nous livre l'auteur. Au-delà du visible, Hawthorne se penche sur l'invisible en rendant les états d'âme imagés : le courage, la générosité et la solitude d'Hester, la souffrance allant jusqu'à la folie du pasteur lâche et la cruauté de Roger Chillingworth. mais une issues est-elle possible pour ces trois acteurs du drame ? Ces faits authentiques, rehaussés par l'imagination et l'écriture de Hawthorne permettent de témoigner d'une période de l'histoire de l'Amérique et brille d'un certain éclat dans cette littérature puritaine dont peu de récits perdurent...

En ce qui concerne le film, le réalisateur a mieux que quiconque jugé son film : "J'ai réalisé ce film avec les meilleures intentions et j'ai échoué à tous les niveaux, du moins à mes yeux. ce roman était mon préféré à l'école, mais j'ai dû réaliser que, bien qu'il était facile de lire Nathaniel Hawthorne, il était extrêmement difficile de donner vie au monde du XVIIeme siècle. Je n'avais pas trop non plus d'expérience de la psychologie féminine. Je n'en avais même aucune idée, et j'ai fini par me rendre compte que de réaliser des films qui n'avaient rien à voir avec mes expériences vécues était sans aucun intérêt, ni pour moi ni pour les autres. Une leçon douloureuse mais nécessaire". Wim Wenders.

La lettre écarlate, Hawthorne, GF, 299 p.

La lettre écarlate, Wim Wenders, 1973.

Posté par maggie 76 à 07:24 - Commentaires [25] - Permalien [#]


06 mars 2011

Emma adapté par Diarmuid Lawrence et Mc Grath

Emma_DVDemma_jane_austen

Emma, l'"héroïne" de Jane Austen, est une jeune fille orgueilleuse et romanesque qui se plait à marier ses amies : elle va jeter son dévolu sur Miss Harriet, dont les origines sont obscures, et chercher à la marier tout à tour à  tous les jeunes hommes célibataires de Highbury, tels que Mr Elton, Mr churchill etc...

"Emma l'entremetteuse" (Mc Grath) :

Certes, le film est fidèle au roman de Jane Austen, reprenant de nombreuses scènes et conversations du livre. Mais Emma est bien mal incarnée par G. Paltrow : celle-ci est incapable d'avoir un visage naturel et est aussi expressive qu'une actrice de film muet : son visage est mobile et grimaçant d'un bout à l'autre de l'histoire. La joliesse de la reconstitution ne fait pas oublier son jeu excessif. Un film assez lisse et classique où l'on s'ennuie un peu...

"Emma la romanesque" (D. Lawrence) :

La version BBC est tout aussi impeccable au niveau de la reconstitution avec d'ailleurs un déjeuner victorien en plein air spectaculaire. L'intérêt de cette version est de mettre en avant le côté romanesque de notre héroïne. Entremêlées à l'intrigue, surgissent brusquement des visions sentimentales de notre héroïne. Si on lui apprend que Miss Jane Fairfax a été sauvée par Mr Dixon, d'une noyade, aussitôt notre héroïne de s'imaginer une idylle naissante entre eux : parmi les vagues houleuses d'une tempête déchaînée, on voit Jane Fairfax, dans une position inconfortable et dangereuse, souriant à son sauveur ! Miss Harriet se fait agresser par des petits bohémiens. Mr Frank Churchill, arrivant à point nommé, réussit à la sauver de cette situation gênante : bien sûr, à l'instant même où on lui fait le récit de ce sauvetage, Emma imagine un mariage entre eux avec toute une imagerie sentimentale : Mr churchill arrivant sur un cheval et emportant Miss Harriet vers des jours heureux ! Toutes ses rêveries, représentées d'une manière mièvres, rendent cocasses les illusions de notre héroïne.

Si le personnage d'Emma est réussie, les caricatures le sont aussi : Mrs Bates apparaît plus bavarde et ennuyeuse que jamais, Mr Woodhouse plus somnolent et égoïste... quant à Mrs Elton, elle incarne le comble du ridicule.  Les amusantes représentation des rêves d'Emma rendent ce film plus comique et attrayant que le livre...

Challenge_Jane_Austen_1Emma, adapté par Diarmud Lawrence, 1996, 104 min, avec Kate Beckinsale.

Emma adapté par Mc Grath, avec Gwylneth Paltrow, 1999.

Challenge "Un an de passion avec Jane Austen", d'Ellcrys

Posté par maggie 76 à 08:39 - Commentaires [17] - Permalien [#]

Emma, Jane Austen

62324927_p

Cinquième roman de Jane Austen, Emma décrit une héroïne très différente de celles des oeuvres précédentes. Loin de la pétillante Elizabeth Bennet ou de la timide Fanny de Manfield Park, elle est une jeune fille vaniteuse et manipulatrice, flattée par tous, sauf Mr Knightley qui n'est pas dupe. N'ayant ni le goût de la lecture, ni celui de persévérer dans quelques domaines que ce soit, elle s'amuse à créer des unions dans son entourage, n'ayant elle-même aucune envie de se marier...

L'intrigue du mariage se dilue dans les conversations et les portraits secondaires qui révèlent l'importance du paraître et de l'être lié au niveau social. Parmi eux, on trouve l'insignifiante Harriet, l'autoritaire Mrs Churchill, l'ambitieux Mr Elton... en parlant de Mr Martin, un fermier, Emma déclare : " ces gens-là font partie de la classe avec laquelle je n'ai rien à faire". Jamais les contraintes sociales n'ont eu autant d'importance que dans ce roman-ci, ce qui  provoque bien des désillusions pour nos différents personnages. Peut-on parler de caricature ? Certainement, les défauts des personnages sont amplifiés, il suffit de se pencher sur le chapitre XXXVI, véritable scène de comédie : Mr Weston parle de son fils tandis que Mrs Elton parle de sa suffisance : jamais leur violon ne s'accorde, chacun ne parlant à l'autre que pour mieux se vanter.

Cependant, ce roman est parfois bavard. Les conversations oiseuses semblent interminables : est-il important de manger de la bouillie le soir ? saler le jambon est-il la meilleure façon de manger cette viande ? Mais patience, lecteurs, le dénouement rapide compense ces longueurs, de même que l'importance de la dimension romanesque. Et c'est là que le roman prend vraiment une dimension intéressante : le romanesque et les rêveries qui sont surtout le fait d'Emma, mais les autres personnages ne sont pas épargnés, permettent de révéler les défauts des personnages mais aussi de montrer le décalage entre le réel et les romans. Emma, souvent appelée "héroïne" est comique tant sa vision du monde est éloignée de la réalité : "cette aventure était véritablement passionnante... Un beau jeune homme[ Frank Churchill] et une ravissante jeune fille [Harriet Smith] entraînée dans une histoire pareille, cela ne pouvait manquer de faire naître certaines idées dans le coeur le plus froid ou le cerveau le plus solide, d'après Emma du moins"? Hélas ! Emma s'illusionne complètement sur un éventuel mariage entre ces deux êtres : le roman démontrera exactement l'inverse... La cascade finale de mariages heureux fait-elle de Jane Austen, une romancière romantique ? Certainement pas ! Avec cette Don Quichotte au féminin, Jane Austen semble dénoncer les dangers du romanesque, notamment des romans sentiments, lorsqu'il déborde du cadre de la fiction.

Emma, Jane Austen, 10/18, 574 p.

challenge "un an de passion avec Jane Austen", d'Ellcrys

Lecture commune avec George, Lili galipette, Anne, Jules , hilde, ...

Posté par maggie 76 à 08:38 - Commentaires [15] - Permalien [#]

03 mars 2011

Le discours d'un roi, Tom Hooper

19634455

Quatre Oscars, récompensant le meilleur film, le meilleur acteur pour Le discours d'un roi, signifie-t-il que c'est un chef d'oeuvre ? Tom hopper filme la vie de George VI, au moment de son accession au trône : son frère, Edward VIII, abdique pour épouser une divorcée américaine, Wallis Simpson. Mais George VI est bègue.  A la veille d'un des conflits politiques majeurs du XXeme siècle, le roi est chargé d'un discours, va-t-il surmonter son handicap ? comment guérir ?

Ces séances de thérapie avec l'orthophoniste, Lionel logue, un acteur qui n'a pas fait carrière, lui permet de se libérer et de lui confier sa malheureuse enfance. Cette relation en dit long sur le protocole et sur le caractère du roi, homme colérique et emporté. Rien n'est embelli, on nous livre un portrait sans fard auquel est ajoutée une touche d'humour, par le biais de ce thérapeute original et extravagant.

A sujet royal, la vie d'un illustre représentant de la maison des Windsor, décors somptueux. La restitution de l'époque, l'Angleterre des années 30 est parfaite. Firth Colin incarne magistralement et avec beaucoup de justesse la souffrance de ce roi. Mais finalement ce film n'arrive pas à dépasser le genre du biopic. Alors qu'il est fait référence à la radio comme d'un outil de propagande pour certains, ou au rôle de George VI dans la lutte contre le fascisme, cette dimension politique est occultée. ll est très peu question au final, de l'aspect historique, l'intrigue étant centrée sur la personnalité du roi et sur sa parole. La faiblesse de ce film, aux acteurs impeccables, est d'être trop mélodramatique et pas assez historique : la lutte idéologique et politique se réduit peu à peu à une peau de chagrin, donnant ainsi à ce beau film, une touche lénifiante.

Le discours d'un roi, Tom Hooper; 2011, avec Helena Bonham Carter, Firth Colin, 1h58

Avis de Céline, Lou, Dasola...

le_discours_d_un_roi_10366625yffyn_1798images

Posté par maggie 76 à 07:52 - Commentaires [15] - Permalien [#]

02 mars 2011

Black Swan, Aronofsky

Mehdi

 Le lac des cygnes est l'histoire d'une jeune fille, transformée en cygne par le magicien Von Rothbart, qui ne pourra reprendre sa forme humaine que si elle rencontre le vrai amour. Au moment où elle le prince Siegfried lui déclare son amour, un bal a lieu où sa rivale, la fille de Von Rothbart, va prendre son apparence pour séduire le prince. Ce dernier trompé par cette illusion va épouser ce "cygne noir". Lorsqu'il s'aperçoit de sa méprise, il est trop tard, la jeune fille, folle de désespoir, se suicide. C'est Nina, une ballerine de la New-York city ballet, qui va incarner la reine des cygnes. "je veux être parfaite", déclare Nina qui malheureusement, dans sa perfection et sa technicité n'arrive pas à incarner la sensualité du cygne noir.

Débute pour Nina une lutte contre elle-même pour atteindre cet idéal : incarner les deux cygnes. Surprotégée par une mère possessive, subissant la pression de Thomas Leroy le directeur artistique de la troupe et de la rivalité d'une autre ballerine, Nina sombre peu à peu dans la souffrance et la paranoïa. Natalie Portman est époustouflante et spectaculaire dans ce rôle de danseuse dévouée à son métier. Et c'est là que le bat blesse : si artistiquement, la représentation du travail de danseuse est impeccable, avec des magnifiques scènes gracieuses, les troubles du personnages s'incarnent dans des images dérangeantes.  Musique récurrente, thème du double, le film joue aussi sur les codes du genre de l'épouvante  mais avec excès. L'histoire commence avec un rêve mais finit dans un cauchemar car chacun sait que la perfection n'est pas de ce monde. Abordant la question du passage de l'âge lié aux exigences d'un métier, de la question du dépassement de soi, ce film est une réussite, sur fond de musique de Tchaïskovsky mais qui pèche par une surenchères d'images sordides.

Aronofsky, Black Swan, 1h50, avec Natalie Portman, Vincent Cassel, 2011.

Les avis de Choupynette et Dasola.

venise_ouvrira_avec_le_black_swan_de_darren_aronofsky1black_swan_de_darren_aronofsky_10362604cpxae

Posté par maggie 76 à 07:17 - Commentaires [18] - Permalien [#]

01 mars 2011

Oeil du serpent, Oates

1128801_gfoates1

 

Même en s'éloignant de récits de faits divers comme En eaux troubles ou des descriptions des milieux sociaux comme dans Délicieuses pourritures, on retrouve une atmosphère malsaine, que maîtrise parfaitement J. C. Oates, qui explore les pans inavouables de la psyché des hommes, dans son thriller psychologique Oeil de serpent. "Lee Roy Sears est-il, oui ou non, un meurtrier ?" demanda Geena O'Meara, femme de l'avocat Michael qui doit défendre ce dernier surnommé "Oeil de serpent". Ancien combattant du Vietnam, cet homme indigent et de surcroit aux origines indiennes pourra-il s'en sortir ? Michael, homme intègre et militant contre la peine de mort, réussit à faire commuer la peine de mort de Lee Roy en condamnation à vie. Sept ans plus tard, grâce à sa bonne conduite et à son travail d'art-thérapie, Lee Roy est libéré et va travailler dans le Connecticut, là où habite la famille O'Meara. Là Michael vit paisiblement avec sa femme et ses jumeaux. Mais le rêve américain qu'ils incarnent va être troublée par Lee Roy.

Dans ce roman policier, comme dans tous ses romans, J. C. Oates regarde l'envers du rêve américain. Michael représente justement l'américain type qui a réussi sa "vie très américaine et sans histoire" (p. 22), malgré un sentiment de culpabilité qui le ronge. L'auteur décrit longuement ce modèle familial, peut-être un peu trop longuement, mais n'est-ce pas pour mettre en valeur la descente vertigineuse et soudaine vers une réalité cauchemardesque ?

Michael, travaillant comme avocat pour la firme Pearce, une industrie pharmaceutique, est confronté à de nombreux cas juridiques liés à des maladies psychologiques et aux réactions aux médicaments : Les problèmes psychologiques, l'inconscient ainsi que la place des fantasmes dans chaque individu permettent à l'auteur de développer tous les aspects sombres et obsessionnels de l'homme. D'ailleurs le lecteur ayant accès aux pensées de Lee Roy pressent et redoute de terribles événements. Ce roman policier atypique, sans enquête traditionnelle mais montrant plutôt la naissance d'un monstre, est efficace et est agréable à lire, même si  des longueurs et une deuxième intrigue sur la gémellité semble interférer inutilement avec l'intrigue principale.

logobob01Oeil du serpent,J.C.Oates, Archi poche, 369 p.

Merci à BOB et à Archi poche pour ce partenariat.

Posté par maggie 76 à 07:38 - Commentaires [11] - Permalien [#]