23 avril 2011

Le Rhin, lettres à un ami, V. Hugo

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"L'esprit de tout rêveur chausse les bottes de sept lieues" (préface) : V. Hugo écrit sa première lettre sur son voyage près du "rhenus superbus" en 1838, lors d'un périple avec J. Drouet qui va l'amener jusqu'en Allemagne, puis un deuxième voyage en 1839 l'amène en Suisse. "Que faire sur la banquette d'une diligence à moins qu'on regarde ?", écrit V. Hugo à son ami. Et V. Hugo ne cesse d'observer ce qui l'entoure, il loue la beauté des paysages tout en racontant mille anecdotes anodines, faisant la peinture en mouvement des gens, des villes, de la nature...

Ce qui étonne, c'est que le voyage est plus temporel que spatial : les descriptions de monuments sont souvent austères, précises et techniques. Transepts, absides, nefs, vitraux, rien n'est épargné aux lecteurs. L'évocation d'un nom historique entraine un inventaire aride d'hommes historiques. Citations, listes de noms, de villes, on retrouve dans le style épistolaire l'esthétique de ses romans. Mais la pesanteur des listes érudites est allégée par d'amusantes anecdotes notamment celle de la tradition des pourboires ou elles se font parfois poétiques car "la marche berce les rêves"... et prennent une teinte presque baudelairienne : " le Rhin lui-même semble s'être assoupi ; une nuée livide et blafarde avait envahi l'immense espace du couchant au levant ; les étoiles s'étaient voilées l'une après l'autre ; et je n'avais plus au-dessus de moi un de ces ciels de plomb où plane, visible pour le poète, cette grande chauve-souris qui porte écrit dans son ventre ouvert: melancholia".

Mais V. Hugo (Une exposition virtuelle est consacrée à V. Hugo sur le site de la BNF) est bien un homme de son temps, le chef de file des romantiques. son intérêt pour les ruines, les légendes anciennes et le passage du temps sont des thèmes typiquement romantiques. De même que l'importance de la nature ou la dimension fantastique de certaines descriptions, lors de la découverte du tombeau de Hoche, découverte dans le clair de lune à Weiss Thurm reflètent l'engouement des romantiques pour l'ailleurs, le surnaturel... Plus il s'approche du Rhin, plus les lignes sont hantées par des présences invisibles, les légendes de la dame blanche, de la tour des rats de Falkenstein...

Baudelaire disait de Victor Hugo ( Réflexions sur quelques-uns des mes contemporains, 1861) : "L'excessif, l'immense sont le domaine naturel de V. Hugo ; il s'y meut comme dans son atmosphère naturel". C'est effectivement des descriptions grandioses qui de dégagent de ces lettres, dépassant largement le cadre d'un simple récit de voyage, avec une évocation de l'histoire passée et présente. Ces lettres nous livrent un beau voyage dans le temps et l'espace, tout en savourant le style si particulier d'un poète, romancier et dramaturge représentatif du XIXeme siècle.

V. Hugo, Le Rhin, lettres à un ami, Le voyage littéraire, François Bourin éditeur, 564 p.

Autres oeuvres : Les travailleurs de la mer, Ruy Blas,

Merci BOB pour ce partenariat ainsi que les éditions François Bourin

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22 avril 2011

Il ne faut jurer de rien, d'Eric Civanyan

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Dans la même veine que ses pièces à proverbe comme On ne badine pas avec l'amour, Il ne faut jurer de rien est une courte comédie, mettant en scène un jeune libertin Valentin, qui dédaigne le mariage. "Prétends-tu que toutes les femmes soient fausses et que tous les maris sont trompés ?" lui demande son oncle Van Buck, qui espère le voir épouser la jeune et riche  Cécile de Mantes. Valentin ne croit plus en l'amour et parie qu'il séduira Mlle de Mantes en huit jours : cela prouvera sa légèreté, confirmant ainsi sa méfiance envers les femmes. Ce pari amène des situations farfelues. Mêlant scènes comiques grâce à des fantoches comme la baronne, mère de Cécile, toujours accompagnée d'un sot abbé, et scènes lyriques, Musset aborde l'éternelle question de l'amour et du mariage. Qui de l'oncle ou de Valentin aura raison ?

Civanyan en fait une bonne grosse comédie : le choix des acteurs, Gérard Jugnot et J. Dujardin, annonce d'emblée la couleur. il ne faut pas rechercher la fidélité au texte bien que certaines répliques et celles de Badine parsèment les dialogues dans un langage moderne. Tout en développant les personnages secondaires, il reprend la trame principale à laquelle il ajoute aussi une dimension historique faisant même intervenir le Baron Haussmann. Ce film énergique n'est d'ailleurs pas dénué d'une certaine couleur historique. La comédie tire vers la farce avec un comique gaillard : le réalisateur met l'accent sur la débauche de Valentin et de toute la société par la même occasion. Les personnages semblent issus du répertoire moliéresque : l'oncle est transformé en monomaniaque avare, tandis que l'abbé a des airs de Tartuffe. Tous les traits de caractère sont grossis, avec une baronne atteignant le comble du ridicule. Entre classicisme et modernité, cette comédie dynamique, sans nuance, manque quelque peu de subtilité et tombe trop facilement dans l'humour grivois...

Il ne faut jurer de rien, Musset.

Il ne faut jurer de rien, Civanyan, 2005, Mélanie Doutey, Gérard Jugot, Jean Dujardin.

Challenge back to the past, organisé avec Lou.

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19 avril 2011

Beaumarchais , l'insolent, Molinaro

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Librement adaptée d'une pièce de Sacha Guitry, la comédie d'Edouard Molinaro retrace le destin d'une personnalité emblématique du siècle des Lumières. C'est cet aspect qui est développé dans cette rafraichissante biopic. Appelé "brillant écervelé" par Voltaire, Beaumarchais ( les essentiels littérature sur le site de la BNF présente l'auteur) a fait preuve d'une activité prodigieuse pas toujours connue, son nom étant surtout attaché à la trilogie du barbier de Séville. Ce film dévoile des aspects méconnus de sa vie comme son rôle d'agent secret ou de trafiquant d'armes. "il a préféré "sa vie à son oeuvre" : dommage que la représentation scénique de ses pièces soient souvent tronquées car elles sont significatives de son brillant langage mais elles ne sont guère mises en avant...

 On nous fait le portrait d'un homme ancré dans son temps. l'époque transparaît clairement  et le contexte pré-révolutionnaire est bien rendu : Beaumarchais, magistrat, n'hésite pas à critiquer les lettres de Cachets, tout en s'asseyant insolemment sur le bureau du juge, ses pièces se rient des nobles...  Ses nombreux séjours en prison montrent à quel point Beaumarchais est irrévérencieux... A l'image de la vie de Caron, le film ne manque pas de rythme : les scènes théâtrales, s'enchainent et on passe d'un tribunal à un duel, des prisons de Londres aux planches françaises... La distribution est impressionnante, rassemblant de nombreux acteurs connus du cinéma français, cependant on peut déplorer certains choix de casting : malgré toute sa verve, Luchini ne fait pas oublier son habituelle diction et son jeu d'acteur : on ne dirait pas Beaumarchais, mais Luchini déguisé en Beaumarchais. Ce film reste toutefois une biographie légère,  les préoccupations philosophiques restant secondaires, le parti pris du réalisateur étant bien de montrer l'insolence de ce célèbre dramaturge, qui après tout est aussi une forme de liberté.

En + : Les bonus sont très intéressants en ce qui concerne la fabrication d'un film d'époque : "architectes de l'éphémère", les décorateurs expliquent leur rôle, comment rendre la patine du temps. Quels costumes ? Quels carrosses ? Tous les détails sont pensés pour le plus vif plaisir de nos yeux !

Beaumarchais l'insolent, Molinaro, avec Michel Serrault, J.C. Brialy, Jean Yanne, J. Weber, F. Luchini...

challenge back to the past, organisé avec Lou.

Beaumarchais, l'Insolent - Trailer

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Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose de Cathy Bernheim

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 "Le pouvoir de l'idée suggérée" : Hypnos est le dieu du sommeil, fils de la nuit qui procure aux hommes le repos et les rêves aimables. Mais grâce à quelques éminents scientifiques, on se demande si cet endormissement provoqué qu'est l'hypnose peut avoir des valeurs curatives : Cathy Bernheim, arrière petite-nièce d'Hippolyte, nous retrace son portrait en commençant par son enfance à Strasbourg qui est très traditionnelle. Ce qui l'est moins, ce sont les connaissances qu'il a apportées dans les domaines des sciences à une époque où elles évoluent de manière spectaculaires.

Après le Second empire, en pleine vogue ésotérique avec Mesmer et le magnétisme animal, on voit comment la médecine pas si éloignée de celle d'un Dafoirus de comédie, devient une science exacte. "La médecine n'est pas un art, mais une science". Et c'est la marche de la science exacte, que devient le milieu médical, que nous décrit avec une plume agréable C. Bernheim, en s'appuyant sur des lettres de scientifiques et sur des rapports de la commission de l'Académie royale de Médecine.

C'est grâce à des visites chez A. Thiebault, pionnier du genre, que H. Berheim va utiliser la thérapeutique hypnotique. Il a écrit de nombreuses analyses comme Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (1891). Il évoque différents cas pour montrer la véracité de ses théories qui ouvrent les portes de la psychotérapie en montrant le lien entre physique et psychisme :"Incarner l'idée de sensation réelle". Les anecdotes sur l'affaire de la malle sanglante, l'exemple d'Anna Von Lieben (patiente de Freud), ou l'affaire Chambige montrent l'importance de l'hypnose et les illustrations concrètes comme dans Cinq leçons de psychanlyse permettent de mieux appréhender le travail de H. Bernheim.

Le contexte est longuement développé dans une prose simple et agréable à lire, sans jargon. Elle dresse une large peinture de la société pour mieux souligner la difficulté d'imposer des idées innovantes , tout en relatant parallèlement la querelle de l'hystérie qui a opposé Charcot et Bernheim. sans faire un portrait dithyrambique, C. Bernheim, par cette première biographie consacrée à H. Bernheim, lui redonne une place dans l'histoire des sciences aux côtés de Charcot et de Freud. Une biographie éclairante aussi bien sur une époque que sur l'homme....

Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose, de Cathy Berheim, JBZ et cie,240 p.

 Merci BOB pour ce partenariat ainsi qu'aux éditions JBZ et cie.

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17 avril 2011

back to the past : le récapitulatif

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Voici un billet récapitulatif du challenge Back to the past. Merci de bien laisser vos liens par ici. J'ajoute dans la colonne de droite de mon blog, une catégorie "challenges" où apparaît ce lien et  vous pouvez retrouver les logos.

Lou a aussi créé pour vous un groupe FB Back :

"Si ce billet salon de thé est ouvert pour pouvoir aussi discuter des films et séries pendant que vous les regardez (avec spoilers et réactions à chaud évidemment), vous êtes également invités sur le groupe Face Book du challenge, que je viens tout juste de créer : Le groupe FB Back to the Past."

Un challenge organisé avec Lou.

Back to the Past, le bilan :

ROYAUME UNI

 

- An ideal husband : céline, Lou

- Brave Heart : Aymeline

- Daniel Deronda - BBC: Titine,

- Downton Abbey - BBC (2010),  : Maggie, Lou, titine

- Emma (1996) : Sabbio, Emma (2009) : Eiluned, Aymeline,

- Elizabeth, L'âge d'or : maggie

- Frankenstein : Maggie

- le discours d'un roi : Miss Alfie

- Miss Potter : Maggie

- Mary Reilly : Maggie

- Les Tudors (série), : Margotte, Saison 5 Margotte.

- le discours d'un roi : Sabbio

- L'éventail de Lady Windermere : titine

- Les piliers de la terre, Miss alfie

- Neverland : Lou

- North and south : Eiluned

- Pride and Prejudice : Eiluned, Orgueil et préjugés version 2005 : miss Alfie

- Raison et santiments : Aymeline

- Retour à Howards End : Céline,

- Shakespeare in love : Maggie

- The duchess : Margotte

 

ITALIE

- Casanova : Karine

- Le Guépard / Il Gattopardo (1963) : Sabbio,

 

Hongrie

- La comtesse : Margotte.

ETATS-UNIS

-The age of innocence : Choupynette

- The house of mirth : Maggie

- Pale Rider : Pascale.

CANADA

- Iron road : Jainaxf

FRANCE

- Beaumarchais, l'insolent : Maggie

- Contes et nouvelles de Maupassant, Margotte.

- Il ne faut jurer de rien : Maggie

- Impromptu : Maggie

- Le Nom de la rose : Choupynette

- Marie-Antoinette : Sofinet

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16 avril 2011

Le miroir et Kerfol et autres histoires de fantômes, Edith Wharton

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Surnommée "l'ange de la dévastation", Edith Wharton (biographie Alalettre.com) est hantée par un sentiment d'obscurité qu'elle explique par une anecdote, racontée dans un fragment autobiographique inédit. A l'âge de neuf ans, elle attrapa la fièvre typhoïde et resta allitée pendant des semaines, entre la vie et la mort. Elle séjournait alors dans la Forêt noire. La lecture de contes de voleurs et de fantômes provoquèrent une rechute sur la convalescente impressionnable. Si la vie amoureuse malheureuse d'Edith Wharton transparaît dans le destin de ses héroïnes, ses nouvelles fantastiques distillent une angoisse qui prend ses racines dans son enfance. Cette sombre menace apparaît dans le recueil Kerfol et autres histoires de fantômes, qui comprend certaines nouvelles publiées dans Le triomphe de la nuit*.

" L'ensorcelé" : quelque chose ne tourne pas rond chez nous. Voilà tout. [...] On a jeté un sort sur Mr Rewtledge", déclare sa femme. En effet, son mari Saul avoue rencontrer le fantôme d'une femme qu'il a aimée dans sa jeunesse avant de rencontrer Prudence mais morte subitement, Venny Brand. Sa femme déclare avoir vu le fantôme devant le diacre et Sylvester Brand, père de jeunes filles. Le père décide de venir au prochain rendez-vous entre Saul et sa fille morte... "l'âme de qui pèche périra", "tu ne laisseras point vivre une sorcière", (la bible) : ces phrases sont gravées dans la maison des Rewtlege indiquant par là le puritanisme régnant, laissant affleurer  l'influence d'un romancier comme Hawthorne. L'énigme qui plane sur cette récit n'est pas entièrement levée, l'angoisse n'est pas non plus vraiment présente, mais dans cette nouvelle domine plutôt l'intérêt des convenances et de la morale, auréolés d'une aura mystérieuse...

 "Après coup" : Mrs Atlee est une vieille dame ennuyant sa nièce jusqu'au jour où elle évoque le fait qu'elle a fait du tord à Mrs Clingsland, une riche connaissance. Celle-ci, vieillissante, demande à Mrs Atlee, spirite à l'occasion, de lui donner des messages d'un amant qui est mort lors du naufrage du Titanic.  Commence une relation épistolaire avec cet amant... Mêlant histoire de revenants et angoisse du temps qui passe, E. Wharton arrive à allier la catastrophe du Titanic et une histoire de spiritisme, pour méditer sur l'amour d'une manière singulière.

Assez inégal, " la baie des trépassée" étant une nouvelle n'ayant comme intérêt que l'atmosphère, diverses influences se croisent dans ce recueil que ce soit l'influence gothique des soeurs Brontë ou celle fantastique de James. Avec James, Wilde, Wharton, naît le "gothique des affaires" où l'incertitude est suscitée par un monde se modernisant.

Edith Wharton, Kerfol et autres histoires de fantômes, Livre de poche, 251 p.

Edith Wharton, Le miroir, Folio 2 euros.

Autres romans : Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu, Chez les heureux du monde, Les boucanières

challenge Edith Wharton organisée par Titine, site plaisir à cultiver.

Challenge de la nouvelle chez Sabbio ! (Novelliste en herbe)

* "Kerfol", "Les yeux" ...

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15 avril 2011

Sarah Bernhardt vue par les Nadar, Préface de Pierre Spinekoff

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"En ce temps sans beauté, seule encore tu nous restes, / Sachant descendre, pâle, un grand escalier clair, / ceindre un bandeau, porter un lys, brandir un fer,/ Reine de l'attitude, princesse du geste", écrit Edmond Rostand, qui comme tant d'autres auteurs peintres, photographes, ont été fascinées par "La divine", l'une des personnalités les plus marquantes du tournant du siècle XIXeme siècle. Dans l'album de photographies Sarah Bernhardt vue par les Nadar, elle n'apparaît pas autrement que dans toute sa splendeur.

C'est en 1844 que naît Sarah Bernhardt (biographie Larousse) qui va conquérir les planches de Paris. Dans sa biographie qu'elle a elle-même romancée, elle apparaît toujours comme une femme volontaire et mystérieuse, extraordinaire. Après une vocation de religieuse née dans le couvent de Granchamp, elle est prise de passion pour le théâtre, passion qui ne se démentira jamais. En 1862, débute à la comédie française. Elle vole de succès en succès : 1872, Ruy Blas, 1874, Phèdre. elle mène une vie faite de scandales mais son génie et son talent éclate dans les photos et sur scène. Véritable personnalité de son époque, elle fait de nombreuses tournées triomphale en Amérique, en Angleterre. Superstitieuse et fantasque, elle s'entoure d'objets macabres allant dormir dans un cercueil. Extravagante, elle a serti une tortue de pierres précieuses. Femme fatale mais aussi courageuse, - sa devise est "quand même"- elle transforme l'Odéon en hôpital en 1870 et joue devant les soldats en 1914. Elle s'entoure d'artistes et rend célèbre Mucha. Des artistes comme Rostand lui rende hommage dans des poèmes. Elle-même sculpte et écrit ( ses mémoires intitulés Ma double vie, Les mémoires d'une chaise.)elle incarne aussi Dona sol ou phèdre en 1874.  En 1916, infirme , amputée d'une jambe, elle repart en tournée en Amérique. Jusqu'à 68 ans, elle se donne corps et âme à son art, jusqu'à l'épuisement.

Seule ou avec d'autres acteurs, Les Nadars photographient Sarah dans des mises en scène théâtrales de Macbeth ou Gismonda, photographies accompagnées de poèmes qui ont chanté les beautés de l'actrice. De grande qualité, les images montrent la comédienne, tour à tour, en Médée, Hamlet, Gismonda.Ce beau livre rend hommage à une femme majeure de la scène française et à deux photographes de génie.

 Sarah Bernhardt vue par les Nadar, introduction de Spivakoff.

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13 avril 2011

Frankenstein de Whale et de Branagh

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La liste est longue des adaptations de Frankenstein, montrant par là la fascination qu'exerce ce mythe. Les deux adaptations, celle de Branagh et celle de Whale, exploitent deux versants du roman de Mary Shelley ( biographie sur le site Larousse). Commencé comme un jeu avec Percy Shelley, le docteur Polidori et Byron, elle raconte la genèse de son roman dans sa préface : " Je m'occupai à penser à une histoire - une histoire capable de rivaliser avec celles qui nous avaient excité et dicté dans cette tâche. Une qui parlerait aux peurs mystérieuse de notre nature et susciterait un frisson d'horreur [...]". Elle  fit un cauchemar éveillé qui devait donner naissance à un récit mythique traversant les siècles.
Et Whale s'inscrit bien dans la veine du film de monstre et d'horreur : il exploite l'aspect gothique du roman de Shelley. La nature n'a aucune place dans ce film, seule compte la créature et sa création. Contrairement au livre, Whale insiste sur des détails horrifiques : profanation de tombe dans un cimetière, vol du cerveau d'un criminel... En outre, les expériences se déroulent dans un vieux moulin en haut d'une butte escarpée. D'autres modifications sont faites, notamment au sujet du monstre qui devient un meurtrier et n'évolue jamais. Peu fidèle au roman, cette adaptation n'en reste pas moins un bon film d' e genre avec l'interprétation très remarquée de Boris Karloff.

Au contraire, l'adaptation de Branagh se révèle extrêmement fidèle : il a gardé le récit cadre et la dimension romantique du roman de Shelley, avec la mise en valeur des aspects typiquement romantiques. Le film s'ouvre sur les grandes étendues de glace du pôle Nord, puis s'arrête plus tard sur de grandioses montagnes enneigées. Victor Frankenstein apparaît comme un nouveau Prométhée et sera puni de son orgueil. Beaucoup d'actions et de scènes spectaculaires redonnent un nouveau souffle à la légendaire créature tout en respectant l'esprit du roman et len restituant l'amabiance de l'époque. Ces deux films prolongent la légende créée par Shelley : deux versions très différentes mais tout aussi intéressantes, même si elles n'arrivent pas à égaler la virtuosité du roman de Shelley.

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Frankenstein, Whale, 1932.

Frankenstein, Branagh, 1994.

 Challenge back to the past, organisé avec Lou, spécial tea cup.

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11 avril 2011

Downton abbey, Julian Fellowes

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Série britannique, dans Downton abbey, le réalisateur reprend un procédé utilisé dans Gosford Park : parallèlement à la vie des maîtres de la demeure edwardienne de Downton, il filme le quotidien des domestiques. La série commence de manière dramatique et sur un rythme trépidant. Un télégramme annonce la mort des héritiers de Downton dans le naufrage du Titanic. Nous sommes en 1912 et les trois filles de lady Grantham - tout comme les filles Dashwood de Raison et sentiments- sont spoliées du domaine et de l'héritage. Quel drame ! L'héritier n'est autre qu'un cousin éloigné, Mattew Crawley faisant partie des classes laborieuses !

La reconstitution nous plonge au début du XIXeme siècle où les différences de classes sont très marquée. " tout ce luxe et rien pour nous" constate le valet de pied de Robert Grantham. De même, Matthew Craley est ostracisé par son appartenance à la middle class : il travaille sauf les week-end ! "Qu'est -ce qu'un week-end ?", s'écrie scandalisée la comtesse Violet Grantham ! Une mort subite, des prétendants ennuyeux, des chasses à courre rythment la vie de cette riche famille aristocratique.  La vie de la domesticité n'est pas moins agitée. Secrets, intrigues, amours, vols, les journées des domestiques dans une grande demeure ne sont pas de tout repos.

Mais au-delà de l'intrigue et de l'atmosphère de la riante campagne anglaise, l'intérêt de cette série réside dans la peinture des caractères et le jeu talentueux des acteurs : les trois filles de la comtesse Cora Grantham sont très différentes ce qui crée des dissensions. L'aînée Mary profite de sa beauté pour être capricieuse et badiner tandis que la cadette est aussi laide que méchante et ne cherche qu'à supplanter sa soeur. Quant à Sibyl, bien que peu présente, elle est généreuse et courageuse : elle incarne des idées féministes ou du moins modernes, en aidant une domestique à améliorer sa condition, alors que Mary attend passivement de se marier comme le veut l'usage.

Un autre aspect attrayant de cette série, et pas des moindres, sont les scènes humoristiques avec des scènes cocasses notamment lorsque le majordome Carson, qui discourt sans cesse sur la dignité, révèle qu'il a été antérieurement danseur et se produisait dans les foires. En outre, la rivalité entre Violet,  aristocrate arrogante, et Mrs Crawley, altruiste qui ne compte pas se taire devant la hautaine douairière, prête à des scènes savoureuses. Voici une fresque sociale haute en couleur dans l'Angleterre en pleine mutation du début du XIXeme siècle , magnifiquement interprétée et à la reconstitution très soignée, à ne pas manquer !

challenge "Back to the past", "special tea cup", organisé avec Lou

 Série découverte grâce à Céline.

Série britannique, réalisée par Julian Fellowes, première saison, (7 épisodes), diffusée en 2010, avec Maggie Smith, Hugh Bonneville, Elisabeth Mc Govern.

Bande Annonce - Downton Abbey - Saison 1

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09 avril 2011

The house of mirth, de Terrence Davies

 

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"Le monde est un théâtre, mais la pièce est mal distribuée "(d'Oscar Wilde ) : tel semble être le propos de l'adaptation très fidèle du sublime roman d'Edith Wharton, The house of mirth, par Terrence Davies. Lily Bart a raté son train et elle rencontre dans le hall d'une gare, Selden, un avocat qu'elle aime sans l'avouer. Lily désargentée n'a d'autre choix que de faire un beau mariage si elle veut continuer à évoluer dans les hautes sphères de la société new-yorkaise.

Le raffinement des objets et des costumes, les couleurs chatoyantes, les scènes rutilantes vont peu à peu laisser place à la grisaille. Aux fêtes mondaines succède la solitude, car les splendides intérieurs ne font pas oublier, sous la rutilance de la reconstitution, la fausse bienséance et la vanité de ces aristocrates " comme il faut". L'apparence et l'argent ont plus d'importance que les valeurs morales auxquelles l'héroïne est attachée. A côté de ces aristocrates impitoyables, n'hésitant pas à user de Lily pour arriver à leur fins comme Bertha Dorset, Gus Trenor évoluent aussi les arrivistes comme Rosedale, Mrs Hatch. Intrigues et coups bas précipiteront Lily dans la déchéance : plan fixe, gros plans, la lenteur des images mais la brièveté des scènes traduisent l'attente du mariage puis la déchéance. "Les gens disent toujours des choses malveillantes" dit Grace Stephney, qui contribue par ses révélations à la chute de Lily. L'histoire des lettres pouvant mettre à mal la malveillante Bertha illustre bien l'interrogation de Lily : où s'arrête la dignité, où commence la droiture ?

"Le mariage n'est-il pas votre vocation ?" demande Selden à Lily. Comme toute héroïne tragique, Lily subit un destin auquel on la destine. Mais elle hésite devant un dilemme : mariage d'amour ou d'argent. Les partis qui se présentent à elle sont des Percy Grace transpirant d'ennui tandis que Lily est véritablement attachée à Selden. L'atrice Gillian Anderson, par ses traits diaphanes et son élégance, semble tout droit sortir du roman d'Edith Wharton, tant elle incarne la beauté et la jeunesse puis le désespoir sans jamais se départir de ses bonnes manières et de sa grâce. G. Anderson est éblouissante et magnifique dans ce rôle : elle donne vie aux frémissements intérieurs du personnage d'E. Wharton. L'écriture de la suggestion de la romancière est bien rendue : sans lourdeur didactique, sans pathos, les dialogues sobres contribuent à rendre palpable la pression exercée sur Lily. Les images impeccables, la reconstitution fabuleuse n'empêchent pas l'héroïne d'être émouvante et le film, comme le livre, restent inoubliables.

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 The house of Mirth, 134 min, de Terrence Davies, avec Gillian Anderson

Autre film : Orgueil et préjugés

challenge "back to the past", organisé avec Lou.

challenge Edith Wharton de titine, blog, plaisir à cultiver.

'' house of mirth '' - official film trailer - 2000.

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