15 décembre 2011

Entourloupe tout azimut de Ian Flemming : ISSN 2607-0006

1507-1

Des héros anglais, celui qui est extrêmement populaire est l'espion de sa majesté, James bond ! La série des 007, nous le montre en personnage assez macho, séducteur et imbu de lui-même et tout en action... Et c'est ce que confirmera les premières lignes de cet opus où on voit Bond en petit fonctionnaire, racontant sa routine, amateur de belles voitures, pensant à ses conquêtes... Il côtoie les plus importants personnages de l'état qui lui donne une mission très spéciale : à savoir si Drax, héros anglais du jour car il a décidé de construire une fusée atomique appelée le vise-lune empêchant l'Angleterre d'être attaquée par ses pays voisins, triche aux cartes et pourquoi ? Ce millionnaire qui a survécu à une explosion pendant la Seconde Guerre Mondiale a une identité incertaine : défiguré et ayant perdu la mémoire, il est devenu un des piliers de l'industrie britannique... Après l'assassinat d'un agent de Scotland Yard infiltré dans les usines de Drax, Bond reprend du service...

La psychologie a très peu de place dans ce livre, étant davantage un roman d'espionnage où la politique internationale est évidemment plus importante même si cette dimension est très simplifiée. En revanche, les descriptions concernant, le vise-lune, l'arme fabriquée par Drax est décrite de manière très technique. Pour couronner le tout, Entourloupe tout azimut, portant le bien meilleur titre de Moonraker en anglais est bien maladroitement écrit. Les dix premiers chapitres concernent des parties de bridge pour démasquer Drax : Ian Flemming n'a pas peur d'être ennuyeux en décrivant chaque carte tenue dans les mains et pour qui ne connait pas ce jeu, c'est assez fastidieux à lire... en outre, on peut relever des répliques incongrues comme Bond disant : " assez de plaisanterie, espèce de grand cinglé plein de poils "

Mais c'est aussi un opus léger qui laisse une large place à beaucoup d'actions rondement menées : James Bond devra se battre avec un allemand peu commode, puis est enlevé et ficelé ainsi que l'agent féminin qui l'aide, Gala, ensuite réussit à soulever des pierres après un éboulement qui a failli l'étouffer et enfin traverse des tiges d'acier pour empêcher une bombe nucléaire de détruire l'Angleterre ! Pas moins que ça ! Le roman se lit facilement et fait penser à un roman de gare, peut-être parce que ce type de héros est daté, trop monolithique...

Ian Flemming, Entourloupe tout azimut, Livre de poche, 256 p.

Participation au challenge du mois anglais de Lou, chryssilda et Titine.

Posté par maggie 76 à 10:51 - - Commentaires [11] - Permalien [#]


13 décembre 2011

Création de Jon Amiel : ISSN 2607-0006

Bande Annonce de Création de Jon Amiel

Création de Amiel est une biographie de Darwin ( biographie sur le site Larousse) assez curieuse : le réalisateur a choisi de filmer un moment capital de la vie de Darwin, le moment où il écrit son livre révolutionnaire, De l'origine des espèces, alors qu'il est en proie au chagrin causé par la mort de sa fille. Curieux, ce film l'est à plusieurs titres. "la religion comme ciment de la société" est un propos très développé à travers les conflits entre Darwin et sa femme, très croyante. "Vous avez tué dieu", lui dit Thomas Huxley : c'est un Darwin en conflit avec lui-même qu'on nous montre, hésitant entre les valeurs d'une société et la publication d'un livre qui viendrait tout remettre en cause.

" La nature sélectionne pour sa survie" :

Plus étonnant est la manière dont le réalisateur a choisi de montrer la douleur de Darwin à ce moment capital de sa vie. La mort de sa fille l'a complètement bouleversé. Le réalisateur J. Amiel mêle souvenirs et présent, réel et irréel, pour illustrer les doutes et la maladie de Darwin, subissant aussi une crise conjugale, choix d'ailleurs des plus discutables : Amiel dramatise et tombe dans le pathos là où il aurait pu davantage développer le travail scientifique de Darwin, ses pensées et ses opinions étant magnifiquement illustrées par des flash-backs ou par des gros plans accélérés sur la nature...

Dommage que, dans cette magnifique reconstitution, visuellement très réussie, la fiction débridée prenne le pas sur la réalité, la vie personnelle sur l'oeuvre...

Création, Jon Amiel, 1h43, 2009, avec Paul Bettary, Jennifer Connely...

challenge "back to the past" organisé avec Lou.

Posté par maggie 76 à 10:39 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

08 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

9782714446152ORI

"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant. Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309.

Sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

Posté par maggie 76 à 10:19 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

05 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

70640898_p

"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

Posté par maggie 76 à 19:34 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

03 décembre 2011

Marina de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

232121_pochette_livre_marina_carlos_ruiz902185

L'histoire débute dans le quartier de Sarria, un quartier isolé et qui semble à l'abandon... Puis après avoir fait la rencontre d'Oscar, jeune adolescent, narrateur de cette histoire, on découvre à travers ses yeux une mystérieuse jeune fille. Cette dernière l'amène dans un cimetière où une femme entièrement recouverte d'un manteau noir, se déplaçant en fiacre (?) vient poser des fleurs sur une tombe sans nom. Une tombe sans nom ? Une maison sombre, étrange et renfermant d'horribles mannequins presque vivants ? Voici un début prometteur empli de mystère.

Mais continuons à tourner les pages. Voici que nos deux jeunes héros, sans le vouloir découvre une histoire rocambolesque vieille de 30 ans qui concerne une sorte de savant fou et une belle chanteuse défigurée. Tour à tour, on découvre la vie extraordinaire de tous ces personnages : roman fantastique ? d'horreur ? C'est tout le cela à la fois, ce roman tenant aussi du genre du roman feuilleton, pour les multiples rebondissements qui ont tendance à sortir à chaque tournant de rue ou d'égout, que du roman fantastique avec des objets qui s'animent et des figures diaboliques... 

Ce roman agréable à lire grâce à de belles descriptions pluvieuses et sombres, est riche, voire trop riche. On dirait que toutes les histoires qui hantaient le romancier ont été jetées dans ce livre d'un seul coup... en mêlant tout les genres. On reconnaît de nombreuses influences, un peu trop vivibles d'ailleurs, allant de l'homme de sable d'Hoffmann aux Grandes espérances de Dickens - le passage avec la montre arrêtée - en passant par Le fantôme de l'opéra de Leroux. On regrette juste qu'à force de surenchère dans l'horrible et le bizarre, l'auteur en vienne à raconter une histoire qui lasse un peu par la reprise des mêmes ficelles... Malgré de gros défauts, ce livre reste plaisant à lire : pour ceux qui connaissent Ruiz Zafon, vous retrouverez son univers feuilletonnesque de prédilection ainsi que sa chère Barcelone embrumée et hantée...

Marina, Carlos Ruiz Zafon.

Autres romans : L'ombre du vent, Le jeu de l'ange

Lu par Mélodie, George, Stephie., Manu, ...

Posté par maggie 76 à 10:11 - - Commentaires [24] - Permalien [#]


01 décembre 2011

Le nom de la rose de Jean Jacques Anaud : ISSN 2607-0006

 

 


Le nom de la rose Bande annonce + Lien vers le film

Si comme Jean-Jacques Anaud, vous êtes fascinés par le Moyen Age, les livres et les romans policiers, regardez Le nom de la rose qui combine tous ces éléments d'une façon terriblement palpitante  !

Un moine se suicide dans une abbaye où se situe une formidable bibliothèque labyrinthique cachée, suivie de nombreux meurtres. Est-ce l'oeuvre du diable ? Le malin rôde-t-il parmi ces religieux ? Dans un contexte religieux agité, controversé, on voit s'affronter les moines autour des questions du pouvoir temporel et spirituel... Guillaume de Baskerville mène l'enquête : esprit libre et ouvert, il va être confronté à l'Inquisition, incarné par l'inflexible Bernado Guy. Dernière originalité, l'histoire est racontée par Adso de Melk, un jeune novice, plus tourmenté par les plaisirs de la chair que par les querelles religieuses. Naïf et amoureux, il provoque par son ignorance d'amusants dialogues. A une question sotte d'Adso, son maître Guillaume répond : " c'est élémentaire "! Outre les querelles religieuses, le fanatisme, Umberto Eco aborde la perception du rire au Moyen Age. Un film très riche, passionnant, et magnifique : il aura fallu pas moins de 5 ans et 9 scénarios pour aboutir à ce superbe film qui nous plonge au coeur du Moyen Age...

Il est intéressant de se pencher sur les bonus pour connaître quelques anecdotes et curiosités autour du film ainsi que la méthode de travail de J.J. Anaud : Sean Connery qui incarne à merveille le franciscain Guillaume de Baskerville aurait été jugé trop ringard à l'époque du film : la Columbia aurait même déchiré le contrat sachant ce choix. Film d'époque, J.J. Anaud a particulièrement veillé sur la crédibilité du décor, du choix des lieux... Il narre aussi, et c'est là qu'on découvre à la fois la passion du Moyen Age du réalisateur et ses dons de conteur et d'imitateur, sa relation extrêmement amicale avec U. Eco qui a refusé d'intervenir dans ce film, son oeuvre à lui étant achevé...

"Ubi sunt" ("mais où sont les neiges d'antan", Villon) :

les choses disparaissent mais les noms restent... Cependant le roman dont est inspiré Le nom de la rose est non seulement un livre admirable mais aussi une énigme, notamment pour son titre. Selon sa théorie du lecteur, U. Eco a refusé d'expliquer davantage son titre, étant donné que pour lui les livres sont des "machines à générer de l'interprétation" et que le texte "produits ses propres effets de sens". L'apostille au nom de la rose est une formidable et humoristique analyse de la fabrique du texte. L'auteur théorise aussi son lecteur et conte la genèse de son oeuvre... Un petit livre à connaître !

Le nom de la rose, Jean Jacques Anaud,avec Sean Connery, Christian Clater, 1986, 2h

Le nom de la rose, d'Umberto Eco, Livre de poche. 1980. Lu par Choupynette, Karine, ...

Apostille au nom de la rose, Umberto Eco, livre de poche, 90p.

 

Posté par maggie 76 à 07:31 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

27 novembre 2011

Les aventures de Tom Sawyer de Mark Twain : ISSN 2607-0006


Générique Tom Sawyer

Tom Sawyer semble être un héros de l'enfance tombé dans la désuétude, poussé hors du champ littéraire par des personnages plus récents comme Harry Potter et compagnie. Ses aventures, relatées par Mark Twain sont d'ailleurs un étrange mélange de banalité et d'aventures incroyables,  de remarques ironiques et d'événements insignifiants.

L'enfance décrite semble assez banale, celle d'un enfant orphelin, élevé par sa tante, qui refuse de travailler et préfère faire les quatre cents coups avec ses amis. Paresseux, menteur, voleur, Tom n'est pas un modèle enfantin conventionnel. Comme dans un autre roman de jeunesse ultérieur Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper Lee, la part à l'imagination est grande : Tom Sawyer s'identifie toujours dans ses jeux à Robin des bois, à des pirates en citant textuellement les répliques... Rien que du très banal et du très humain. Si l'on s'ennuie parfois à suivre Tom dans ses mésaventures ou aventures, l'histoire prend parfois un tour plus surprenant, très romanesque : Tom et Huckleberry Finn sont les témoins cachés d'un meurtre et Tom finira même par trouver un énorme trésor. En outre, le livre n'est pas dénué de comique qui naît dans les réactions et descriptions exagérées des aventures amoureuses, des sentiments et des réactions de Tom et dans les remarques ironiques de l'auteur qui ne cesse d'intervenir pour souligner ce que la société peut avoir de rigide dans ses lois comme dans ses coutumes.

Ainsi là où le roman se fait le reflet d'une époque révolue, c'est dans la part très grande qui est faites à la superstition et à la religion. C'est là où le ton de l'auteur se fait le plus railleur : " L'hymne une fois chantée, le révérend M. Sprague se transforma en un bulletin de nouvelles. Il donna sur les réunions, les fêtes, les événements de la localité, des détails dont l'énumération semblait devoir durer jusqu'au jugement dernier. Etrange habitude, qui persiste en Amérique même à notre époque où la presse est si développée. il semble que moins une coutume se justifie plus elle soit dure à déraciner", ou "le pasteur énonça le texte de son sermon et entreprit d'une voix monotone un commentaire si filandreux que bien des assistants commencèrent à dodeliner de la tête; Et cependant il s'agissait du feu éternel, auquel les élus devaient échapper en si petit nombre que ce n'était guère la peine de les sauver" ! On prend davantage de plaisir à découvrir l'écriture railleuse de Mark Twain qu'aux aventures de Tom Sawyer...

Mark Twain, Tom Sawyer, Folio junior, 343 p.

Posté par maggie 76 à 11:08 - - Commentaires [15] - Permalien [#]

23 novembre 2011

Rosemary's baby de Roman Polanski : ISSN 2607-0006

rosemary_baby9782221117286FS

 Voici un film côtoyant les sciences occultes tout à fait passionnant. Les sorciers ont quitté le monde des contes de fées pour devenir encore plus terrifiants. Un jeune couple, Rosemary et Guy Woodehouse s'installent à New York, plein d'insouciance et d'espoir. Mais peu à peu leurs voisins s'immiscent dans leur affaire, dans leur appartement, et Rosemary perçoit de nombreux signes inquiétants dans cette demeure à commencer par l'histoire de la maison - hantée - qui aurait abrité une sorcière cannibale et un ancien adepte de la magie noire. Dès leur arrivée, Rosemary décide de décorer sa maison et ne pense qu'à jouer le rôle de la femme d'intérieur parfaite, mais des détails sinistres et diffus font présager le pire.

C'est avec beaucoup d'art et de subtilité que Roman Polanski installe une angoisse qui grandit peu à peu. Pourquoi leurs voisins - Minnie et Roman Castevet - ont-ils enlevés tous leurs tableaux ? Les morts et les accidents se multiplient autour du couple, sont-ils liés à ces étranges voix, qu'entend Rosemary, venant des appartements voisins ? Roman Polanski réussit le tour de force à nous faire croire à l'incroyable et comme dans d'autres films plus récents comme La neuvième porte ou The ghost writer, l'écrit, les jeux de mots ont une grande importance et c'est grâce à un annagramme que Rosemary découvrira la vérité. Très naturellement et subtilement, le film tourne au cauchemar et à l'irréel sans jamais tomber dans le grotesque : Mia Farrow incarne à merveille cette femme fragile, apeurée et isolée et l'imagerie populaire diabolique est très bien mise en scène, avec quelques images surréalistes.  Un film tout à fait horrifique et captivant de Roman Polanski.

Rosemary's Baby, Roman Polanski, 1968, 2h16, Mia Farrow, John Cassavetes.

Autre film : Le bal des vampires,

Vous pouvez ici suivre le parcours de Roman Polanski sur le site de Nikki.

Challenge Halloween de Lou et Hilde.

Posté par maggie 76 à 18:00 - - Commentaires [21] - Permalien [#]

18 novembre 2011

Meurtres entre soeurs de Willa Marsh : ISSN 2607-0006

30602_1582349

"Ca l'[Emily] excite comme l'odeur du sang et elle se sent prête à fondre sur la proie", dit le narrateur d'Emily, une petite fille de dix ans. Sa demi-soeur Olivia n'est guère moins diabolique au grand désespoir de leurs parents, Mo et Pa. Toutes deux, jalouses de leur petite soeur Rosie chercheront à la tuer alors qu'elle n'est qu'un bébé. Entrez dans l'univers des soeurs Faringdon qui rivalisent de cruauté et de sournoiseries. La haine entre les soeurs aînées et la plus jeune ne fait que s’accroître avec le passage du temps. " A dix ans, [Rosie] pourrait en remontrer à Iago en rouerie" : Rosie est la plus cupide, la plus mauvaise et une intrigante née, qui divise pour mieux régner, et il n'y a que sa propre fille, Alice, qui est plus démoniaque qu'elle. La noirceur d'une Lady Macbeth n'est jamais loin de ces personnages qui sont même comparés aux sorcières de Macbeth.

Le style de l'écrivain surprend, car comme dans les contes, on nous raconte une histoire sans développement psychologique ni descriptions. Sans vraiment rechercher le réalisme, ni les transitions, avec une écriture incisive et cynique, Willa Marsh montre davantage des personnages pris dans un engrenage infernal de machiavélisme et de cruautés presque gratuites, un mécanisme de la vengeance. On suit donc ces trois soeurs sans scrupules mais dont la noirceur est rehaussée d'humour.

L'ironie du narrateur perce dans l’appellation d'une voisine - curieuse et importune - par "Samaritaine", quant à la femme d'un ancien prétendant des soeurs, elle est appelée "nez pointu et yeux perçants". Etrangement, seule la mort semble heureuse et burlesque, apparaissant comme un lieu Elysien plein de gin pour Mo qui est portée sur la bouteille comme sa mère l'était aussi - et qui se renverse des flasques de gin dans le lit à 75 ans passés. L’atmosphère clochemerlesque, la mère déjantée et une tante Pamela excentrique viennent rajouter de l'humour noir, en sus de ces deux vieilles filles que sont devenues Emily et Olivia : qui a dit que les vieilles filles anglaise enterrées dans leur campagne étaient ennuyeuses ? Le livre de Willa Marsh est un condensé des héros monstrueux de Shakespeare et d'humour noir très british.

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs, p. 209, autrement.

L' avis ici de Théoma. Lu aussi par Ankya, Mango, Keisha, Alicia et bien d'autres...

Posté par maggie 76 à 19:28 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

15 novembre 2011

Barry Lindon de Stanley Kubrick : ISSN 2607-0006

Barry Lyndon - Bande Annonce Officielle (VOST) - Stanley Kubrick

"Barry Lyndon ou la chute des idoles"* :

Adapté d'un roman de Tackeray, Barry Lindon de Kubrick est comme un tableau de Hogarth, un mélange de frivolité apparente et de dénonciation moqueuse : débutant dans l'Irlande du XVIIIeme siècle, Redmond Barry tue en duel le prétendant de sa cousine dont il est amoureux, fuit le pays et s'engage dans l'armée où il devient tour à tour déserteur, traître, tricheur et épouse la comtesse Lyndon par intérêt... Ainsi découvrons-nous un anti-héros : le roman d'apprentissage semble s'inverser et amener le héros vers une chute inéluctable.

Guerre, déchéance, souffrance, ce film dégage une impression de tristesse diffuse renforcée par des commentaires en voix-off d'un narrateur, de sorte qu'on est toujours tenu à distance des sentiments et des actions des personnages. La froideur de la mise en scène est redoublée par des images d'une étonnante somptuosité glaçante. Nous regardons donc de "loin" ces personnages évoluer. Mais quels acteurs ! Et quel final ! Cependant, c'est moins la peinture fastueuse et décadente de cette noblesse du XVIIIeme siècle que la musique envoutante qu'on retiendra de ce film, créant une atmosphère délétère et spleenétique - le personnage inoubliable de la comtesse Lyndon est emblématique de ce film, par sa détresse réprimée face aux exigences de l'étiquette, sa manière d'être ruinée par un arriviste, sa froideur apparente... Très riche sémantiquement*, Barry Lyndon est d'une grande beauté visuelle dont se dégage une indicible tristesse.


Sarabande en D minor ( Haendel ) - pour 3 guitares


Schubert - Trio pour violon, piano, violoncelle (Andante )

Barry Lyndon, Stanley kubrick, 1957, avec Ryan O'Neal, Marisa Berenson.

* cf. article très complet de Emile Baron.

vu par Mango;

Participation au challenge Back to the past , organisé avec Lou.

participation au mois anglais de Lou, chryssilda et Titine.

Posté par maggie 76 à 19:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]