06 novembre 2011

Le crime d'Halloween, Agatha Christie

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Le titre, la quatrième de couverture et les premières pages de ce roman induisent les lecteurs en erreur : "Halloween", "Les sorcières s'envolent sur leur manche à balais"...  Mais Halloween n'est qu'un simple décor inaugural avant de tomber complètement aux oubliettes pour aborder un cadre plus idyllique, celui d'un jardin d'une grande beauté qu'on dit maudit. Le soir du 31 Octobre, où surgissent sorcières et appartitions, donc, un abominable meurtre d'une enfant de douze ans, prétendant avoir vu un crime, est commis en présence de l'écrivain Mrs Adriadne Oliver. Mais cette fillette Joyce, dont on a maintenu la tête dans une bassine, est une fieffée menteuse : qui la croit ? Certainement une des quinze personnes présentes à ce moment-là, sinon comment expliquer ce meurtre ? Voilà l'interrogation, le crime et l'énigme que soumet l'écrivain Mrs Olivers à Hercule Poirot, appelé à la rescousse.

Si l'intrigue est habile, Le crime Halloween ne fait pas partie des enquêtes originales comme celle du Crime de l'Orient Express ou des dix petits nègres. Le seul charme de cette histoire est le portrait d'Adriane, présentée comme une romancière à l'imagination incorrigiblement débordante - grande mangeuse de pommes - et quelques pistes fantaisistes. Un des jeunes présents à la fête propose une solution improbable mais amusante : " Et le vicaire ? demanda Desmond, plein d'espoir. Il est peut-être un peu siphonné. Tu vois ça d'ici, le péché originel et le reste, l'eau, les pommes et puis... [...] Il n'y a pas longtemps qu'il est dans le secteur. Personne ne sait rien de lui. Suppose que le Snapdragon lui soit monté à la tête. Le feu de l'enfer ! Toutes ces flammes qui montent ! Alors, il prend Joyce par la main et lui dis : " viens avec moi, je vais te montrer quelque chose", il l'emmène dans la pièce aux pommes et il lui ordonne : "agenouille-toi". Et il se met à bramer : " avec cette eau, je te baptise", et il lui plonge dans la tête dans la flotte. tu vois, tout colle. Adam et Eve, la pomme, le feu de l'enfer, le Snapdragon, et un nouveau baptême pour se laver du péché." Pauvre vicaire, il n'est mentionné qu'une fois !

Cette manière romanesque de percevoir le meurtre, cette propension à l'imagination se doublent de nombreuses références littéraires et antiques assez réjouissantes, avec le retour de proverbes - comme la comptine des petits nègres - qui mettront Hercule Poirot sur le chemin d'un criminel peu banal. Un livre vite lu, avec des étranges réflexions réactionnaires sur la société et les meurtriers, et pas un inoubliable d'Agatha Christie...

Le crime Halloween, Agatha Christie, livre de poche, p. 254. Lu aussi par Niki en BD par allie... et vu par à l'heureduthé...

challenge Agatha Christie de George.

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

Participation au mois anglais de Chryssilda, Lou et Titine.

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03 novembre 2011

Challenge Shakespeare : un an déjà !

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Voici un nouveau bilan du challenge Shakespeare organisé par Claudia et moi. Mais un an c'est bien court pour se pencher sur l'oeuvre du grand dramaturge alors nous prolongeons d'une année supplémentaire les lectures shakespeariennes. Bonne lecture !

La participation s'ouvre sur cinq billets qui présentent des généralités sur Shakespeare :

-Dominique qui n'est pas inscrite au challenge a eu la gentillesse de nous permettre de citer son billet sur une biographie du dramaturge :Biographie de Wiliam Shakespeare de Bil Bryson, 

Flora :  spot the quote (or crypto-quote): la richesse de la langue shakespearienne

 Wens :  Woody Allen : Shakespeare, Dieu et moi :Qui est Shakespeare?

Maggie : Shakespeare in love.

Audouchoc : Biographie de Bil Bryson.

Claudialucia :Le théâtre du Globe

Quand les écrivains parlent de Shakespeare

Claudialucia :Michel Quint : Les Joyeuses

Claudialucia : Gérard Donovan dans Julius Winsome

Wens : Extrait de Bill James :Skakespeare et le polar 

ANTOINE ET CLEOPATRE

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Irrégulière  : Antoine et Cléopâtre

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN


Lewerentz : beaucoup de bruit pour rien (le film de Kenneth Branagh), Titine

HAMLET

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claudialucia : Rimbaud : Ophélie , Hamlet : en guise d’introduction(1), Ophélie (2), Hamlet aime-t-il Ophélie?(3)

Wens : Hamlet de Zefirelli

Theoma :   Hamlet

Miriam : Hamlet de Laurence Olivier (1948)

Droopyvert : Hamlet

Maggie : to be or not to be (Lubitch)

Wens : to be or not to be (Lubitch)

LA MEGERE APRIVOISEE

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 Oh Océane: La mégère apprivoisée

Wens : La mégère Apprivoisée (Zeffirelli)

Maggie : La mégère Apprivoisée

claudia: La mégère apprivoisée (la pièce/ zeffirelli)

LA NUIT DES ROIS

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Maggie : La nuit des rois

Wens : La nuit des rois

Claudia : La nuit des rois

LE SONGE D'UNE NUIT d'ETE

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droopyvert : Le songe d'une nuit d'été.

- Maggie : adaptation d'Hoffman.

LA TEMPETE

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Miriam : Lire-la-tempête-shakespeare-folio-trad-yves-bonnefoy/, Prélude pour la Tempête de Shakespeare Honnegger, prospero-ill-to-my-book/, Une Tempête de Aimé Césaire, La tempête : prosperos-books-greenaway-les-grimoires-du-magicien, La Tempête : john-gielgud-le-visage-de-prospero/

Claudialucia : La tempête : citations

LE MARCHAND DE VENISE

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Miriam : Le marchand-de-venise-film-de-Michael-Radford, Al Pacino : un shylock poignant

Claudialucia : Le marchand de Venise (1), Le marchand de Venise et l'antisémitisme (2), Le marchand de venise : Thèmes et citations (3)

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MACBETH


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Hathaway: Macbeth

Irrégulière : Macbeth 

Céline :Macbeth

Claudialucia  : Mise en scène de Macbeth :  Le film D'Orson Welles /  Mises en scène de Macbeth : Le Centaure/ Macbeth africain

Maggie :Macbeth

OTHELLO

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 Audouchoc : Othello.

Eiluned : Othello, Le maure de Venise

RICHARD III

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Célinecommente Richard III.

Miriam : Richard III : une mise en scène contemporaine / Richard III : retour au texte / Richard III : looking-for-Richard Al Pacino

LE ROI LEAR

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ROMEO ET JULIETTE

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Ellcrys: Roméo et Juliette

L'Irrégulière Roméo et Juliette 

Flora dans Ma Librairie : Jouer Juliet and Romeo à 76 et 66 ans

Miriam : Romeo kiffe Juliette et Juliette kiffe Roméo / Roméo et Juliette au théâtre des Quartiers d’Ivry

Eiluned : Romeo et juliette

Océane : Roméo et Juliette

SONNET

Claudialucia : Un sonnet de Shakespeare : L'immortalité littéraire

Dominique : Taduire la poésie. Les sonnets.

TITUS ANDRONICUS

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Maggie : Titus Andronicus

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31 octobre 2011

Halloween party

la_nuit_des_morts_vivants_de_george_romero_en_dvdVéritable classique du film d'épouvante, La nuit des morts vivants reste un chef d'oeuvre du genre. Commençant dans le cynisme - Johnny se plaint de devoir aller sur la tombe de son père dans un cimetière reculé - et dans la plaisanterie, la vie de Barbara et de son frère Johnny tourne au cauchemar lorsqu'un inconnu tue ce dernier. Aussitôt Barbara trouve refuge dans une maison où elle fait la rencontre de Ben ainsi que d'une famille et d'un couple.... Vont-ils survivre à l'attaque des morts vivant ? 

Ce film souffre d'une certaine lenteur et certaines scènes paraissent très longues - notamment lorsque Ben cloue les fenêtres, chacune est montrée en gros plan, heureusement que cette maison ne comporte pas cent fenêtres! - cependant le suspense est bien maintenu, et la tension peu à peu devient plus opressante : c'est un huis clos étouffant où finalement s'affronte Ben qui est courageux et un père de famille individualiste et égoïste. La fille de ce dernier a été mordue par un de ces morts vivants : que va-t-il advenir d'elle ? Fait remarquable pour l'époque, le personnage principal est noir, ce qui était plutôt rare, et ce qui a donné lieu à certaines interprétations politiques, comme une critique de la ségrégation raciale. Romero a réussi à créer, avec une économie de moyens, une atmosphère angoissante qui va être le jalon pour nombre de films.

La nuit des morts vivants, réalisé par George Roméro, 1970, avec Duanes Jones et Judith O'Hara.

vu aussi par Mélodie.

armee_des_tenebres_93_01_gSorte d'antihéros, Ash est aspiré dans le passé - ainsi que sa tronçonneuse - et se retrouve projeté dans l'Angleterre du XIVeme. Pour revenir dans son temps, il doit retrouver le Nécronomicon : malheureusement, lorsqu'il le trouve enfin après moults péripéties loufoques, la formule étant mal prononcée, il va devoir affronter une armée de squelettes.

C'est une parodie réjouissante à laquelle se livre Sam Raimi, le comique provenant essentiellement des anachronismes et des mouvements de caméras. Pendant qu'Ash harangue la foule pour les inciter à combattre l'armée des ténèbres, son discours se transforme en discours publicitaire pour les produits du magasin où il travaillait : " chez prixbas, les prix sont bas" ! Admirez la teneur hautement intellectuel de ce discours argumentatif ! Cependant, si l'horreur est tourné en dérision ainsi que l'histoire d'amour, quelques scènes comme le réveil de l'armée de squelettes est particulièrement réussie au niveau esthétique. Un film réjouissant par son comique franc, à la manière de Shaun of dead !

Dead Evil III, L'armée des Ténèbres, Sam Raimi, avec Bruce Campbell, 1h36, 1994.

images"Les crimes de Michael Meyers marqueront les esprits", dit un journaliste, couvrant d'affreux meurtres survenus à Haddfonfield, un 31 Octobre. Michael Meyers, à peine âgé de 10 ans a massacré presque toute sa famille. Le masque, des crimes sanglants, des bimbos, certes, on retrouve les codes imposés du genre : horreur, violence et sexe.

Cependant, Rob Zombie échappe au grotesque involontaire par la manière de filmer la naissance de ce monstre en montrant une Amérique sombre, dans le portrait de la famille de Michael avec un beau-père ivrogne et violent, une mère strip-teaseuse, les brimades des autres enfants etc... Inversement, plus tard quand Michael réussi à échapper de l'asile en faisant un véritable massacre, c'est dans un milieu de riches bourgeois qu'il évolue marquant ainsi un contraste entre la futilité des préoccupations d'une Amérique moyenne et la sauvagerie des meurtres. Au delà du contexte d'Halloween, c'est donc aussi une histoire de tueur en série. Un film plutôt réussi dans le genre...

Halloween, Rob Zombie, 2007, avec Scout Taylors Campton, 1h46.

vu aussi par Lou. Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

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30 octobre 2011

L'histoire d'un mort racontée par lui-même, Dumas

Dumas est plus connu pour ses fameux mousquetaires ou La reine Margot que ses histoires fantastiques.  Ces nouvelles -" Histoire d'un mort racontée par lui-même", "Les bonnets de coton", "Les milles et Un Fantômes", "Les mariages du pères Olifus", "La Quarantième Ours", "Une légende de la forteresse de Saint-Petersbourg", "Les étoiles commis-voyageurs"," Désir et Possession" - frappent par leurs diversités narratives, tantôt se rapprochant de l’apologue pour "les étoiles commis voyageurs" tantôt se rapprochant de la nouvelle policière pour "Les milles et Un fantômes"... et par leur diversité de styles.

On retrouve un peu du Dumas feuilletoniste qui use d'habileté et de suspense et d'une écriture hyperbolique. Dumas ne fait pas dans la dentelle. Même dans leur dépouillement, ces nouvelles recherche l'insolite et la surprise : meurtre, folie, une tête coupée qui parle, un descendant de Cagliostro, un collectionneur de corbeaux qu'il cloue vivants... La première nouvelle bien qu'avec une fin décevante n'est pas dénuée d'humour. Satan dit à un mort qu'il vient de résusciter : " essuie-toi le visage, tu as un ver sur la joue", il semble se moquer dans ce conte, des éléments traditionnels du fantastique avec le pacte faustien, le mort-vivant, ...

Ces nouvelles fantastiques, proche de l'esthétique d'un Hoffmann, se colore toutefois de manière surprenante d'un certain engagement, la lutte contre la peine de mort, Dumas lui-même mis scène disant : "J'écoutais avidement ; cette question de la peine de mort appliquée soit par la corde, soit par le fer, soit par le poison, m'ayant toujours singulièrement préoccupé comme question d'humanité". Quant "aux étoiles commis-voyageurs", envoyées par Jupiter, elles apportent vertus et bontés aux hommes. Mais la société que dépeint Dumas est celle de son temps et apparaît peu reluisante. Dans "Une légende de la forteresse de Saint-Pétersbourg", on retrouve un peu l’ambiance des grands romans historiques de Dumas avec leur part de suspense, mais sans le souffle qui les caractérise... Cependant tous ces courts récits présentent divers aspects très prenants et surprenants, et méritent d'être redécouverts.

L'histoire d'un mort raconté par lui-même, Dumas, Point, 263 p.

MERCI niki pour ce livre ! Son billet ici.

challenge Halloween, de Lou et Hilde.

challenge Dumas, d'Ankya.

challenge de la nouvelle de Sabbio.

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27 octobre 2011

Notre Dame de Paris, V. Hugo

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"Lisez le roman de Victor Hugo, vous trouverez que le genre salop abonde" écrivait Mérimée à Stendhal en 1831 : Que reproche-t-il à ce roman ? C'est l'emploi de thèmes à la mode et mélodramatiques. On a aussi beaucoup reproché à ce livre, son "genre toponymique", un mélange de poésie et d'histoire, d'avoir abusé des termes architecturaux...Lisez la préface de Jacques Seebacher pour replacer ce livre dans les querelles historiques de l'époque.

"Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire; sur le sommet d ela galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons et d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments, un lambeau dans la fumée.[...] Leur innombrable sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer de l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflait le feu, des tarasques qui éternuait de la fumée. et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve souris devant une chandelle".(p. 579)

Hugo écrit du Hugo : pourquoi en relever les défauts ? Evidemment il développe son esthétique du grotesque et du sublime : Quasimodo est "la perfection de la laideur". Mais ne fait-il pas dire dans La Esmeralda , pièce adaptée du roman, "je suis beau dans mon âme" à ce même personnage ? Le grotesque est aussi présent dans des scènes comiques comme le jugement de Quasimodo le sourd par un juge sourd. Evidemment, c'est un Moyen-Age de pacotille qu'il développe. Non, ce qu'il faut retenir c'est l'extrait ci-dessus : on voit tout ce que cette description architecturale médiévale doit au romantisme.  Commençant sous le signe du carnaval et du théâtre, ce Paris, médiéval est peuplé de monstres, la fameuse cour des miracles, mais vue à travers une écriture hugolienne : "C'était un nouveau monde inconnu inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique".

 On fait aussi la rencontre de Phoebus de Chateaupers et d'une bohémienne, Esméralda, une enfant trouvée comme Quasimodo. La figure du poète est incarnée par Gringoire et l'intelligence et la science par Frollo. Roman à tiroirs avec des scènes de reconnaissances spectaculaires, roman populaire avec ses enlèvements, ses pendaisons, où Frollo emprunte les traits d'un certain moine de Lewis - il a les yeux qui brillent comme des lanternes en voyant Esmeralda et finit par devenir un meurtrier pour l'amour d'elle tout en s'arrachant réellement les cheveux par poignées - C'est surtout un roman de la démesure aussi bien dans la peinture des sentiments que dans les scènes de foule. Balzac écrivait " deux belles scènes, trois bons mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la Belle et la bête et un déluge de mauvais goût". Certes, il est vrai que l'oeuvre est invraisemblable et que l'écriture est toujours excessive chez Hugo, cependant n'est-ce pas la jalousie qui fait parler Balzac ? La postérité n'a-t-elle pas donnée raison à Hugo en adaptant sans cesse ce roman ?

V; Hugo, Notre Dame de Paris, Livre de Poche, p. 618.

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25 octobre 2011

1Q84, livre 1, Murakami

Voici un des livres de la rentrée littéraire, 1Q84, qui a suscité un engouement quasiment unanime bien mérité, bien que les billets parlent davantage de l'aspect mystérieux de ce livre sans en souligner la richesse. De quoi parle le dernier livre de Murakami ? A Tokyo en 1984, une jeune femme, Aoamamé, tue des hommes. Pourquoi ? Peu à peu on lève le voile sur ses activités. Parallèlement à cette première intrigue est développée une autre histoire où il est question d'un écrivain, Tengo, réécrivant un livre écrit par jeune fille de 17 ans, Fukaéri, La chrysalide de l'air, dans l'intention de lui faire gagner le prix des jeunes nouveaux auteurs.

"Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n'y a toujours qu'une réalité" : L'écriture concrète, prosaïque, s'attarde sur les détails les plus minimes, peut-être pour souligner davantage l'intrusion d'infimes changements du réel : mais est-ce illusion ou réalité ? Peu à peu le fantastique s’immisce dans le récit, relançant notre curiosité déjà bien éveillée par une narration parallèle qui ne laisse échapper les informations que parcimonieusement. On regrette juste quelques scènes crues, qui bien que nécessaires à l'intrigue globale, prennent parfois trop de place. D'ailleurs, des métaphores musicales, mathématiques, littéraires récurrentes donnent une unité à ce texte dont l'écriture est très fluide malgré quelques répétitions. Mais tout l'art de Murakami réside dans la représentation d'une violence omniprésente mais jamais réellement décrite ni exprimée directement.

"Big Brother n'a plus sa place sur scène" (chapitre 18). Avec un tel titre, on se demande quelle est la place du livre d'Orwell, très souvent évoqué, dans l'économie du livre. Si Big brother a disparu ainsi que la question du totalitarisme peu à peu des liens étroits se tissent entre ces deux oeuvres notamment en mettant en place un questionnement sur la réécriture d'une histoire et des communautés autarciques... Plus on avance dans l'oeuvre et plus le mystère s'opacifie ! En refermant le livre, vous n'aurez qu'une hâte, c'est de découvrir le tome suivant...

1Q84, Murakami, Belfond, 533 p.

Merci à Price minister pour ce partenariat, lu dans le cadre du match de la rentrée littéraire.

Un livre lu aussi par virginie. Edit 2/ 11 : lu par Alicia, Cryssilda, tome 1 et 2 lu par Keisha

 

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23 octobre 2011

La mégère apprivoisée, Franco Zeffirelli

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Comédie burlesque et misogyne d'un bout à l'autre, La mégère apprivoisée est une pièce qui a mal vieillie de part son propos et sa forme décousue : après une introduction qui met en scène un ivrogne, un lord et une troupe de comédiens commence la pièce véritablement sur une intrigue d'un double mariage. Bianca n'épousera Luciento que si sa soeur Catharina - qui est une affreuse harpie qui jure comme une charretière - se marie aussi. Là débarque dans Padoue un homme ruiné qui cherche fortune et femme : Petruchio décide d'épouser Catharina et de la transformer en femme aimante.

Contrairement à ce que disait Peppys lorsqu'il vit jouer cette comédie en 1667 au théâtre Royal, - c'est une "méchante pièce"- c'est une pièce qu'il vaut mieux voir jouée que lue : l'adaptation de Franco Zeffirelli est superbe, pleine de bruits et de fureur et reprenant de nombreuses répliques de la pièce shakespearienne.  Colorées, vives, les scènes s'enchaînent sur divers lieux et divers personnages, avec de formidables scènes publiques tels que le mariage, le carnaval, la fête finale... Les costumes sont tout aussi éblouissants.

Ce film repose aussi sur le jeu des acteurs : Elizabeth Taylor et Burton incarnent à merveille se couple querelleur et violent mais passionné - querelles qui existaient réellement eu sein du couple, querelles exploitées aussi dans d'autres films comme dans Qui a peur de Virginia Woolf.  Shakespeare s'est inspiré de toute une tradition littéraire qui faisait de la femme une furie mais ce qui peut heurter toutefois le lecteur du XXIeme siècle, c'est le propos de la pièce et le moment où Catharina finit sur une révoltante tirade: " ton mari est ton seigneur, ta vie, ton gardien, ton chef, ton souverain, celui qui prends soin de toi et qui pour assurer ta subsistance, soumet ton corps à de durs travaux sur terre. [...] . Le respect qu'un sujet doit à son prince, oui, ce respect même, une femme le doit à son époux ; et lorsqu'elle se montre indocile [...] qu'est-elle d'autre qu'une rebelle perfide, une ennemie, coupable d'une impardonnable félonie envers son tendre seigneur".

La mégère apprivoisée, de Franco Zeffirelli, 1h57, 1976, Elizabeth Taylor, Richard Burton.

La mégère apprivoisée, Shakespeare, GF bilingue,215 p.

Challenge Shakespeare, organisé avec Claudia : les billets de Claudia et Wens, Océane.

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19 octobre 2011

Sweeney Todd, de J.M. Rymer

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Vous connaissez sans doute l'abominable barbier de Fleet grâce à l'adaptation de Tim Burton - le fameux barbier étant interprété par J. Deep - , qui avait été antérieurement mis en images par G. King, puis la BBC et musicalisé par S. Sondheim, montrant par-là la popularité de cette horrifique histoire. Mais revenons aux sources de Sweeney Todd, prototype du roman feuilleton, qui posent d'emblée bien des mystères : Existait-il un être tel que l'abject Sweeney Todd ? La préface de 1850 affirme que oui. Qui a écrit ce roman populaire ? Longtemps attribué à T.P. Priest, célèbre feuilletonniste britannique, ce récit serait en fait l'oeuvre de J.M Rymer bien qu'il ne soit pas exclu qu'il fût écrit à plusieurs mains.

Ces quelques jalons posés, de quoi parle Sweeney Todd ? Obéissant à la règle des "trois multiplicités", c'est-à-dire profusion d'intrigues, multiplication de lieux et diversité de temps, on nous raconte l'histoire d' une jeune fille ingénue, Johanna, qui doit épouser un jeune homme vertueux mais pauvre, Mark Ingestrie, lequel décide de partir chercher fortune dans les Indes. Une abominable tempête fait sombrer le bateau sur lequel il se trouve, laissant un collier de perles à une connaissance rencontrée dans l'aventure. Évidemment tout ceci nous l'apprenons de manière disséminée et éclatée car "le mystère s'impose" dans ce genre de roman. Mais malheureusement le porteur du message de cette triste nouvelle disparaît une fois entré dans la boutique du diabolique barbier S. Todd au rire de hyène, ce qui est extrêmement significatif... Aussitôt les rouages de l'intrigue se mettent en marche et nous suivons une enquête sur ces disparitions chez le barbier, tout en suivant les agissements criminels de l'odieux S. Todd qui maltraite son apprenti Tobias qui finira dans un asile... etc... etc... De situations inouïes en drames effroyables, nous suivons un trajet qui est une surenchère dans l'horreur culminant dans le dernier chapitre où toutes les intrigues se dénouent.

Essentiellement composé de dialogues outrés, ce roman feuilleton est marqué par le roman noir ou roman gothique anglais : on décrit assez peu les meurtres mais l'abjection moral du personnage principal et la révélation horrible du dernier chapitre amène le lecteur à s'interroger sur la profusion d'événements macabres dans ce type de roman. La cruauté et l'immoralité du barbier semble le pendant du couple niaisement vertueux, étant donné que ces romans illustrent la lutte du Bien et du Mal. En outre, il est certain que le découpage en feuilleton à amené l'auteur dans la surenchère d'émotion violentes. Alors si vous souhaitez être frappé dans votre imagination, ouvrez ce roman peuplé de cauchemars où un passage secret sous l'église Dunstan sentant les charniers et où des tourtes d'une certaine Mrs Lovett feront votre épouvante !...

Sweeney Todd, J.M. Rymer, Callidor, 372 p.

Histoire du roman populaire en France, Y Olivier-Martin, Albin Michel, 286 p.

Merci aux éditions callidor et à newsbook pour la découverte de ce macabre roman feuilleton.

Participation au challenge halloween de lou et hilde.

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15 octobre 2011

Les chroniques de Mudfog, dickens

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Les chroniques de Mudfog contiennent tout ce qu'on a appelé "the dickensian charm" même s'il est moins présent dans la première partie " la vie publique de Monsieur Tulrumble", très édifiante, sur l'ascension d'un humble charpentier devenu un odieux maire : l'Argent et le Pouvoir le corrompt et le transforme en infâme rigoriste.

Mais la suite des chroniques sont complètement délirantes bien que sous leur vernis de nonsense, percent parfois les réalités de l'époque comme la lecture de " quelques réflexions sur les puces laborieuses, et sur la nécessité de créer des maternelles parmi les classes industrieuses de la société ; de diriger leurs activités vers des fins utiles et pratiques et de consacrer l'excédent de leur production  à assurer une retraite confortable et respectables aux plus âgées d'entre elle". Et notre auteur de développer des paragraphes cocasses sur les "puces savantes", des duels de puces etc... Parfois incongrus, souvent absurdes, "Ces rapports complets des réunions de l'association de Mufog pour l'avancement de toute chose" suscitent un rire subversif et contestataire, tout en jouant du grotesque : les personnages sont tous des caricatures de scientifiques avinés, au nom éloquent.

Quelle maîtrise dans ces peintures caricaturales de scientifiques ! Ces chroniques écrites au début de la carrière et encore signé Boz abordent aussi le théâtre dans des propos très shakespeariens - " La ressemblance étroite entre les clowns de cirque et ceux de la vie quotidienne sont frappantes" ( p. 127) - où la pantomime serait le vie, où tous les grands ressorts du romanesque dickensien sont portés en germe... On passe en compagnie de ce livre, un véritable moment de l'humour britannique : " gaieté d'imagination et veine comique". Un récit allègre...

Les choniques de Mudfog, Dickens, le Rocher, 153 p.

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Edit du 16/10 : Lu aussi par Lou, Mango,

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11 octobre 2011

Les misérables, V. Hugo

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Après Les mystères de Paris d'Eugène Sue, publié en 1842 sous forme de feuilleton, et avant les Rougon-Maquart de Zola, Hugo a lui aussi écrit un grand roman sur le peuple où il crie son indignation devant la misère croissante du prolétariat. L'intrigue rocambolesque et pleine de rebondissements suscite la pité du lecteur, avec lequel l'auteur instaure un dialogue. Qui sont ces misérables ? "Je suis un misérable" s'écrit Jean Valjean qui a volé son bienfaiteur, le bon abbé de Digne. Fantine apparaît d'abord comme une Galatée avant de tomber dans la déchéance. "Les misérables", c'est aussi Fantine qui vend ses cheveux, ses dents puis son corps pour survivre. "Mais je serais un misérable !" dit Javert. "Misérables" signifie le pauvre mais aussi celui qui n'a pas de morale. Mais quel est le propos de l'auteur.

Oeuvre utile, Les misérables est une œuvre engagée : Jean Valjean est comdamné à 20 ans de bagne pour avoir volé un pain pour nourrir une famille nombreuse : l'auteur s'insurge. Plaidoyer pour le peuple, Victor Hugo use d'une forme populaire, celle du roman-feuilleton - avec ses titres savoureux - bien qu'il ait été d'emblée publié en roman. Narrateur omniscient et omniprésent, il interpelle le lecteur. Le ton d'ailleurs est souvent sentencieux.

"Qui atteint son idéal ?" Œuvre somme, C'est aussi une œuvre bigarrée qui mêlent description, lettres, passages historiques, digression sociale, historique, procès.... Les références sont tout aussi hétéroclites : Honoré D'Urfé côtoie Manon Lescaut, Socrate... Et le style est souvent grandiloquent et les métaphores pleuvent. A fresque épique, style épique, symbolique et hyperbolique. Cette écriture surchargée est parfois indigeste. Jean Valjean entre dans un couvent ? On nous raconte en détail le couvent. Jean Valjean arrive dans le village de Montferreil, on nous en décrit la ville. etc... La vision de l'auteur est surtout manichéenne comme le souligne l'écriture antithétique. C'est une gigantesque fresque sociale et historique où le sublime côtoie l'abime. Hugo est aussi un orateur. Ah ! L'auteur sait persuader en brossant le tableau de ces misérables. 

"La conjonction de deux étoiles" : Mais ces misérables, c'est aussi une intrigue savamment construite où Jean Valjean est poursuivi de manière invraisemblable par l'ammoral Javert. Jean Valjean qui pour se racheter devient le père Madeleine, bienfaiteur de toute une ville puis le "père" Fauchelevent de la petite Cosette. Déguisement, nom d'emprunt, self made man, Jean valjean est un surhomme qui traverse des kilomètres d'égouts pour sauver Marius. C'est aussi l'histoire de Cosette et de Marius qui devront affronter les Thénardier et toute une bande d'affreux scélérats avant de trouver le bonheur.  Mais comme le dit si bien l'auteur en pleine description des barricades de 1832, de plus de deux cents pages, "abrégeons". Les Misérables est un roman formidable étymologiquement parlant.

Les misérables, t. I V. Hugo, folio classique, p 945.

Les misérables, t. II, Hugo, folio classique, p. 958 p.

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