23 octobre 2011

La mégère apprivoisée, Franco Zeffirelli

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Comédie burlesque et misogyne d'un bout à l'autre, La mégère apprivoisée est une pièce qui a mal vieillie de part son propos et sa forme décousue : après une introduction qui met en scène un ivrogne, un lord et une troupe de comédiens commence la pièce véritablement sur une intrigue d'un double mariage. Bianca n'épousera Luciento que si sa soeur Catharina - qui est une affreuse harpie qui jure comme une charretière - se marie aussi. Là débarque dans Padoue un homme ruiné qui cherche fortune et femme : Petruchio décide d'épouser Catharina et de la transformer en femme aimante.

Contrairement à ce que disait Peppys lorsqu'il vit jouer cette comédie en 1667 au théâtre Royal, - c'est une "méchante pièce"- c'est une pièce qu'il vaut mieux voir jouée que lue : l'adaptation de Franco Zeffirelli est superbe, pleine de bruits et de fureur et reprenant de nombreuses répliques de la pièce shakespearienne.  Colorées, vives, les scènes s'enchaînent sur divers lieux et divers personnages, avec de formidables scènes publiques tels que le mariage, le carnaval, la fête finale... Les costumes sont tout aussi éblouissants.

Ce film repose aussi sur le jeu des acteurs : Elizabeth Taylor et Burton incarnent à merveille se couple querelleur et violent mais passionné - querelles qui existaient réellement eu sein du couple, querelles exploitées aussi dans d'autres films comme dans Qui a peur de Virginia Woolf.  Shakespeare s'est inspiré de toute une tradition littéraire qui faisait de la femme une furie mais ce qui peut heurter toutefois le lecteur du XXIeme siècle, c'est le propos de la pièce et le moment où Catharina finit sur une révoltante tirade: " ton mari est ton seigneur, ta vie, ton gardien, ton chef, ton souverain, celui qui prends soin de toi et qui pour assurer ta subsistance, soumet ton corps à de durs travaux sur terre. [...] . Le respect qu'un sujet doit à son prince, oui, ce respect même, une femme le doit à son époux ; et lorsqu'elle se montre indocile [...] qu'est-elle d'autre qu'une rebelle perfide, une ennemie, coupable d'une impardonnable félonie envers son tendre seigneur".

La mégère apprivoisée, de Franco Zeffirelli, 1h57, 1976, Elizabeth Taylor, Richard Burton.

La mégère apprivoisée, Shakespeare, GF bilingue,215 p.

Challenge Shakespeare, organisé avec Claudia : les billets de Claudia et Wens, Océane.

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19 octobre 2011

Sweeney Todd, de J.M. Rymer

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Vous connaissez sans doute l'abominable barbier de Fleet grâce à l'adaptation de Tim Burton - le fameux barbier étant interprété par J. Deep - , qui avait été antérieurement mis en images par G. King, puis la BBC et musicalisé par S. Sondheim, montrant par-là la popularité de cette horrifique histoire. Mais revenons aux sources de Sweeney Todd, prototype du roman feuilleton, qui posent d'emblée bien des mystères : Existait-il un être tel que l'abject Sweeney Todd ? La préface de 1850 affirme que oui. Qui a écrit ce roman populaire ? Longtemps attribué à T.P. Priest, célèbre feuilletonniste britannique, ce récit serait en fait l'oeuvre de J.M Rymer bien qu'il ne soit pas exclu qu'il fût écrit à plusieurs mains.

Ces quelques jalons posés, de quoi parle Sweeney Todd ? Obéissant à la règle des "trois multiplicités", c'est-à-dire profusion d'intrigues, multiplication de lieux et diversité de temps, on nous raconte l'histoire d' une jeune fille ingénue, Johanna, qui doit épouser un jeune homme vertueux mais pauvre, Mark Ingestrie, lequel décide de partir chercher fortune dans les Indes. Une abominable tempête fait sombrer le bateau sur lequel il se trouve, laissant un collier de perles à une connaissance rencontrée dans l'aventure. Évidemment tout ceci nous l'apprenons de manière disséminée et éclatée car "le mystère s'impose" dans ce genre de roman. Mais malheureusement le porteur du message de cette triste nouvelle disparaît une fois entré dans la boutique du diabolique barbier S. Todd au rire de hyène, ce qui est extrêmement significatif... Aussitôt les rouages de l'intrigue se mettent en marche et nous suivons une enquête sur ces disparitions chez le barbier, tout en suivant les agissements criminels de l'odieux S. Todd qui maltraite son apprenti Tobias qui finira dans un asile... etc... etc... De situations inouïes en drames effroyables, nous suivons un trajet qui est une surenchère dans l'horreur culminant dans le dernier chapitre où toutes les intrigues se dénouent.

Essentiellement composé de dialogues outrés, ce roman feuilleton est marqué par le roman noir ou roman gothique anglais : on décrit assez peu les meurtres mais l'abjection moral du personnage principal et la révélation horrible du dernier chapitre amène le lecteur à s'interroger sur la profusion d'événements macabres dans ce type de roman. La cruauté et l'immoralité du barbier semble le pendant du couple niaisement vertueux, étant donné que ces romans illustrent la lutte du Bien et du Mal. En outre, il est certain que le découpage en feuilleton à amené l'auteur dans la surenchère d'émotion violentes. Alors si vous souhaitez être frappé dans votre imagination, ouvrez ce roman peuplé de cauchemars où un passage secret sous l'église Dunstan sentant les charniers et où des tourtes d'une certaine Mrs Lovett feront votre épouvante !...

Sweeney Todd, J.M. Rymer, Callidor, 372 p.

Histoire du roman populaire en France, Y Olivier-Martin, Albin Michel, 286 p.

Merci aux éditions callidor et à newsbook pour la découverte de ce macabre roman feuilleton.

Participation au challenge halloween de lou et hilde.

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15 octobre 2011

Les chroniques de Mudfog, dickens

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Les chroniques de Mudfog contiennent tout ce qu'on a appelé "the dickensian charm" même s'il est moins présent dans la première partie " la vie publique de Monsieur Tulrumble", très édifiante, sur l'ascension d'un humble charpentier devenu un odieux maire : l'Argent et le Pouvoir le corrompt et le transforme en infâme rigoriste.

Mais la suite des chroniques sont complètement délirantes bien que sous leur vernis de nonsense, percent parfois les réalités de l'époque comme la lecture de " quelques réflexions sur les puces laborieuses, et sur la nécessité de créer des maternelles parmi les classes industrieuses de la société ; de diriger leurs activités vers des fins utiles et pratiques et de consacrer l'excédent de leur production  à assurer une retraite confortable et respectables aux plus âgées d'entre elle". Et notre auteur de développer des paragraphes cocasses sur les "puces savantes", des duels de puces etc... Parfois incongrus, souvent absurdes, "Ces rapports complets des réunions de l'association de Mufog pour l'avancement de toute chose" suscitent un rire subversif et contestataire, tout en jouant du grotesque : les personnages sont tous des caricatures de scientifiques avinés, au nom éloquent.

Quelle maîtrise dans ces peintures caricaturales de scientifiques ! Ces chroniques écrites au début de la carrière et encore signé Boz abordent aussi le théâtre dans des propos très shakespeariens - " La ressemblance étroite entre les clowns de cirque et ceux de la vie quotidienne sont frappantes" ( p. 127) - où la pantomime serait le vie, où tous les grands ressorts du romanesque dickensien sont portés en germe... On passe en compagnie de ce livre, un véritable moment de l'humour britannique : " gaieté d'imagination et veine comique". Un récit allègre...

Les choniques de Mudfog, Dickens, le Rocher, 153 p.

challenge Dickens d'isil

Edit du 16/10 : Lu aussi par Lou, Mango,

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11 octobre 2011

Les misérables, V. Hugo

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Après Les mystères de Paris d'Eugène Sue, publié en 1842 sous forme de feuilleton, et avant les Rougon-Maquart de Zola, Hugo a lui aussi écrit un grand roman sur le peuple où il crie son indignation devant la misère croissante du prolétariat. L'intrigue rocambolesque et pleine de rebondissements suscite la pité du lecteur, avec lequel l'auteur instaure un dialogue. Qui sont ces misérables ? "Je suis un misérable" s'écrit Jean Valjean qui a volé son bienfaiteur, le bon abbé de Digne. Fantine apparaît d'abord comme une Galatée avant de tomber dans la déchéance. "Les misérables", c'est aussi Fantine qui vend ses cheveux, ses dents puis son corps pour survivre. "Mais je serais un misérable !" dit Javert. "Misérables" signifie le pauvre mais aussi celui qui n'a pas de morale. Mais quel est le propos de l'auteur.

Oeuvre utile, Les misérables est une œuvre engagée : Jean Valjean est comdamné à 20 ans de bagne pour avoir volé un pain pour nourrir une famille nombreuse : l'auteur s'insurge. Plaidoyer pour le peuple, Victor Hugo use d'une forme populaire, celle du roman-feuilleton - avec ses titres savoureux - bien qu'il ait été d'emblée publié en roman. Narrateur omniscient et omniprésent, il interpelle le lecteur. Le ton d'ailleurs est souvent sentencieux.

"Qui atteint son idéal ?" Œuvre somme, C'est aussi une œuvre bigarrée qui mêlent description, lettres, passages historiques, digression sociale, historique, procès.... Les références sont tout aussi hétéroclites : Honoré D'Urfé côtoie Manon Lescaut, Socrate... Et le style est souvent grandiloquent et les métaphores pleuvent. A fresque épique, style épique, symbolique et hyperbolique. Cette écriture surchargée est parfois indigeste. Jean Valjean entre dans un couvent ? On nous raconte en détail le couvent. Jean Valjean arrive dans le village de Montferreil, on nous en décrit la ville. etc... La vision de l'auteur est surtout manichéenne comme le souligne l'écriture antithétique. C'est une gigantesque fresque sociale et historique où le sublime côtoie l'abime. Hugo est aussi un orateur. Ah ! L'auteur sait persuader en brossant le tableau de ces misérables. 

"La conjonction de deux étoiles" : Mais ces misérables, c'est aussi une intrigue savamment construite où Jean Valjean est poursuivi de manière invraisemblable par l'ammoral Javert. Jean Valjean qui pour se racheter devient le père Madeleine, bienfaiteur de toute une ville puis le "père" Fauchelevent de la petite Cosette. Déguisement, nom d'emprunt, self made man, Jean valjean est un surhomme qui traverse des kilomètres d'égouts pour sauver Marius. C'est aussi l'histoire de Cosette et de Marius qui devront affronter les Thénardier et toute une bande d'affreux scélérats avant de trouver le bonheur.  Mais comme le dit si bien l'auteur en pleine description des barricades de 1832, de plus de deux cents pages, "abrégeons". Les Misérables est un roman formidable étymologiquement parlant.

Les misérables, t. I V. Hugo, folio classique, p 945.

Les misérables, t. II, Hugo, folio classique, p. 958 p.

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05 octobre 2011

Oliver Twist, Dickens

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Chaque mois dans les Mélanges de Bentley, les lecteurs impatients découvraient la publication de 16 pages d'Oliver Twist, interrompue pendant l'été 1837 à cause du deuil de la belle-soeur de Dickens. Il n'est pas besoin de vous dire combien l'impatience des lecteurs devait être grande à l'attente de chaque livraison tant ce roman est merveilleusement ficelé ! Mais que découvrait-il dans ces pages ? Oliver Twist fait partie des personnages qu'il n'est pas de besoin de décrire comme Cosette ou Mme Bovary, leur nom est devenu un symbole. Oliver, c'est l'enfance malheureuse. Orphelin dès la naissance, il est obligé de travailler dans une fabrique d'étoupe puis chez un entrepreneur de pompes funèbres avant de tomber dans les griffes du satanique Fagin.

Ce roman s'inscrit dans le genre de la Newgate School of fiction : il veut dénoncer la nouvelle lois sur les pauvres de 1834, d'où une certaine insistance dans la description de la pauvreté et des maltraitances que subit Oliver. Larmoyant et mélodramatique dans le premier tiers du livre qui paraît long, très long, il prend peu à peu des teintes plus sombres et plus rocambolesques : coïncidences et faits extraordinaires de tous genres viennent complexifier l'aventures d'Oliver qui disparaît peu à peu du premier plan. Car Oliver Twist est aussi le roman des criminels et des crimes en tout genre. A partir de son arrivée à Londres, les intrigues s'entremêlent pour se rejoindre dans un dénouement spectaculaire. Comme tout bon roman-feuilleton, les épisodes extravagants s'accumulent ainsi que des faits invraisemblablement inouïes : Monk cherche l’appariteur Bumble ? voici que ce dernier s'arrête justement par hasard dans le même bouge que Monk alors qu'ils ne se sont jamais croisés auparavant ! Certaines scènes sont aussi invraisemblables. Que penser de cette attitude de Fagin ? " Quoi ? dit la fille, tandis que Fagin se taisait, la bouche presque collée à son oreille, sans cesser de la regarder dans les yeux " !

Pourquoi faut-il lire ce livre de Dickens ? Bien sûr, pour sa mise en scène de Londres dickensifiée : "Près du point de la Tamise sur lequel donne l'église de Rotherhithe, à l'endroit où les édifices des rives sont les plus sales, et les bateaux du fleuve les plus noircis par la poussière des charbonniers et la fimée des maisons aux toits bas, entassées les unes sur les autres, c'est là que se trouve des nombreuses localités qui se cachent dans Londres absolument inconnues, même de nom, de la grande majorité des habitants. Pour atteindre cet endroit le visteur doit pénétrer dans un dédales de rues étroites, boueuse et malodorantes, surpeuplées de riverains parmi les plus grossiers et les plus pauvres, consacrées au commerce que leur présence est censée susciter." jamais Londres n'a apru aussi brumeux et sordide...

Un classique à connaître à tout prix bien que l'humour de Dickens soit moins présent, même si certaines caricatures sont extrêmement réussies comme les portraits des super-scélérats. Quelle verve ce Dickens ! Quelle inventivité ! Ce personnage est devenu si populaire que Disney en a fait une version ridiculement niaise sur un tempo euphorique, tandis que Roman Polanski a adapté de manière très soignées et très  fidèle cette histoire fameuse, spectaculaire et inoubiable.

Oliver Twist, Dickens, Livre de poche, 725 p.

Oliver Twist de Roman Polanski, avec, Barney clarck, Ben kingsley, 2005, 2h05.

Oliver Twist de Disney, avec Richard Dreyfuss, Elijah Wood

Challenge Dickens de Isil

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04 octobre 2011

Shaun of dead, Edgar Wright

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En ce mois halloweenesque, si vous aimez les zombies et autres monstres typiques de cette période, vous pouvez regarder Shaun of dead. Cette parodie de film d’horreur rassemble les mêmes acteurs que dans Hot fuzz mais l'alchimie est moins réussie. Un pauvre anti-héros - Shaun qui ne fait rien de sa vie, excepté trainer dans un pub Le winchester - vit des moments difficiles à cause d'un beau-père envahissant et d'une rupture avec sa petite amie Liz. L’immaturité de notre héros l'amène à multiplier les erreurs alors qu'autour de lui des personnages se comportent de plus en plus bizarrement. Lorsqu'il découvre qu'une jeune femme qui s'est introduite dans son jardin n'est pas une alcoolique finie mais un zombie, Shaun décide de sauver sa mère et sa copine...

certes, le réalisateur fait rire en jouant avec ostentation avec les codes du genre des films de série B, la présence d'une fausse bimbo qui va se faire forcément tuer, des parodies de scènes sentimentales avant de se faire hacher menu... - en faisant ressentir des frayeurs aux personnages lorsqu'il ne se passe rien alors qu'en pleine invasion zombiesque, nos héros trouvent le moyen de se disputer autour de futilités. Des scènes de comiques faciles qui trainent en longueur sont à déplorer dans ce film qui caricaturent pourtant à merveille les films d'horreur-navet et qui fait un parallèle assez facile entre les vraies mort-vivants et ce qu'on peut considérer comme une vie de zombie, c'est-à-dire la routine métro-boulot-dodo. Filmé parfois à la manière d'un jeu vidéo, certaines scènes sont hilarantes, notamment lorsque le réalisateur tourne en dérision les comédies sentimentales, lorsque notre joyeuse bande essaie d'imiter les zombies pour passer inaperçus parmi eux en les imitant fort bien, ou fait preuve d'inventivité en décapitant des zombies à coup de 45 tours... Une réussite commerciale et critique mais dont le comique est moins diversifié que dans Hot fuzz, bien que les acteurs excellent dans ce genre de films parodiques...

Shaun of dead, Edgar Wright, 2004, Simon Pegg, Nick Frost, 95 min.

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde. Vu par Lou.

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30 septembre 2011

El secreto de los ojos, Campanella

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Les yeux sont le miroir de l'âme pensait les romantiques. Autour de cet adage, Campanella bâtit une histoire mélancoliquement belle se déroulant dans l'Argentine des années 70. Un meurtre horrible d'une jeune institutrice provoque le désarroi de Benjamin Esposito qui enquête sur ce crime et dont la rencontre avec le mari Ricardo Mojales - enchaîné à son amour - va bouleverser profondément au point que 25 ans plus tard, il décide d'écrire un livre racontant la vie des différents protagonistes gravitant autour de cette affaire. C'est donc aussi l'histoire d'un écrivain - toujours Esposito - et de son amour impossible pour Irène, qui lui semble inaccesible de part sa situation sociale.

Ce film a mérité ses 5 prix et ses 8 nominations. Loin d'une enquête traditionnelle et loin des effets spéciaux qui s'attachent parfois à ce genre, ce film est plein de surprises et de rebondissements. "une passion reste une passion" : Crimes, vengeances, injustices s'accumulent dans ce film sans pour autant être tragique car les dialogues humoristiques désamorcent la gravité des situations, grâce en partie au personnage de Sandoval, ami d'Esposito, perspicace mais dont l'alcoolisme provoque quiproquos et scènes cocasses. Il y a ainsi des scènes extraordinaires, voire surréalistes comme lorsque nos enquêteurs trouvent un suspect dans un stade de supporters en délire, romanesque aussi lors du vol de lettres incompréhensibles et de leur résolution... Réflexion sur l'amour, la passion comme moteur de la vie de l'homme, réflexion aussi sur la justice et le souvenir, ce film soulèvent de nombreuses questions sur l'iniquité de la justice et de la vie, sur l'amour et le destin, sur la vengeance, sur l'écriture... Dans tes yeux est un film remarquable et émouvant, où le réalisateur a su mêler fiction et réalité, présent et passé et où l'écriture peut changer la vie...

El secreto de los ojos, Juan José Campanella, 2h09, avec  2009, avec Soledad Vilamil, Ricardo Darin, Pablo Rago.

Vu aussi par Dasola, Choupynette,

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28 septembre 2011

Tristan et Isolde, Kevin Reynold

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Ah ! Pauvre surhomme de Tristan ! Oh infamie ! Presque un demi-dieu chez Béroul ou dans la refonte de René Louis, il redevient un simple mortel adultère devant la caméra de K. Reynold, qui reprend les principaux épisodes des livres en prose du Tristan telle que l'a traduite René Louis et avant lui Bédier, comme l'enfance orpheline de Tristan, le combat avec le Morholt, puis la quête de la belle aux cheveux d'or - Isolde - et de son mariage avec le roi Marc alors que celle-ci aime déjà Tristan... Si les barons félons, les pouvoirs de guérisseuse d'Iseult et Brangien sont toujours présents, le nain Frocin disparaît de même que le mariage de Tristan avec Iseult aux blanches mains et l'épisode fameux de la fuite des amants dans la forêt du Norrois, sans compter les non moins célèbres sauts de la chapelle et la scène des lépreux. Choix encore plus surprenant, alors que ce couple mythique symbolise l'amour plus que la mort, le réalisateur a choisi de montrer à la fin un Tristan attaché à son roi et à son devoir !

Tout est réduit à des dimensions humaines : le dragon de la légende tristanienne est évacué, de même, le géant Morholt est réduit à taille humaine dans ce film. Plus de filtre, ni de visions pour Isolde et la fin des amants est on ne peu plus éloignée du récit originel. Bien sûr que l'impératif du temps d'un film a obligé le réalisateur a faire des choix, mais K. Reynold a transformé la célèbre légende en donnant davantage de crédibilité à la réalité archaïque de l'histoire, c'est-à-dire en développant toutes les scènes de batailles qui se multiplient et se répètent, et en développant les coutumes des celtes comme les duels judiciaires. Les batailles intestines pour la prise de pouvoir de la Cornouailles sont assez bien rendues. Hélas, les spectaculaires scènes de batailles, saisissantes par leur réalisme, ne suffissent pas à rendre "cette comédie romantique" plus attrayante. Tristan et Isolde est une adaptation très libre et très éloignée du récit d'un des héros les plus célèbres de la période médiévale, interprétée par des héros tout aussi fades ; à ne regarder que pour l'arrière-fond historique.

Tristan et Isolde, 2h05, 2006, avec James Franco et Sophia Miles.

Tristan et Iseult, traduction, René Louis, Livre de poche, 270 p.

Participation au challenge amoureux "catégorie histoire mythique" de L'irrégulière.

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25 septembre 2011

Le jeu de l'ange, Carlos Riuz Zafon

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L'ombre du vent et Le jeu de l'ange sont en quelque sorte La comédie humaine ou Les grandes espérances de C. R. Zafon. Car sous le signe de Dickens, l'auteur reprend quelques personnages présents dans L'ombre du vent pour renouer une intrigue diaboliquement conçue autour d'un écrivain. Un auteur en mal de reconnaissance est poursuivi par la malchance : devenu orphelin, il est maltraité par ses confrères journalistes, puis il accepte un étrange contrat avec un éditeur - qui ne semble pas avoir d'existence tangible - qui sent le souffre. Semant le malheur et la désolation autour de lui, il découvre parallèlement à sa propre destinée une étrange histoire autour de cet éditeur et bien sûr d'un livre. Aurait-il conclu un pacte faustien ?

Beaucoup moins fantastique et fantaisiste que L'ombre du vent, ce roman reste une littérature à effets où les outrances se multiplient. Les transitions sont encore cousues de fils blancs, les procédés sont similaires à ses romans antérieurs mais l'intrigue n'en n'est pas moins attrayante, excepté la fin qui semble plaquée.  La place faite à Barcelone - véritable personnage - et au modernisme ajoutent au charme de l'histoire bien que cette Barcelone fantasmagorique soit très proche d'un Londres brumeux. "Des espérances déçues", " de cruelles espérances", l'expression renvoie explicitement au roman de Dickens, même si les clins d’œil sont moins appuyés que dans Marina. Autour de cette intrigue mystérieuse, l'auteur critique vivement le milieu de la presse. Voici encore un roman qui va entretenir la "zafomania"...

Le jeu de l'ange, Carlos Ruis Zafon, Robert Laffont, 537 p.

Lu par George, Lettres exprès, Wictoria...

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23 septembre 2011

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire

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C'est accompagné de la voix off de l'auteur que vous entrerez dans l'univers des orphelins Baudelaire dont l'esthétique est proche de celle des Noces funèbres de Tim Burton. Ne manquant pas d'humour, le réalisateur a mis en images l'avertissement de l'auteur :

" Chers spectateurs, si vous appréciez les films remplis de chants de lapins, de vaisseaux spatiaux éclatants, ou des pom-pom girls, vous avez choisi le mauvais dvd ! Le film que vous allez voir retrace le destin funeste de trois orphelins et d'une véritable crapule, le comte Olaf qui veut les déposséder de leur fabuleuse fortune. vous y trouverez également des sangsues carnivores, une vipère incroyablement mortelle et Meryl Streep. [...] Vous êtes libres de vous orienter vers des histoires plus légères, mais quant à moi, j'ai le triste devoir de continuer mes recherches sur la vie des enfants Baudelaire. Avec mes respects, Lemony Snicket.

Des images mièvres tout droit issues du monde de Disneyland s'enrayent pour laisser place à une atmosphère brumeuse et crépusculaire. Un film horrifique ? Funeste ? Non, le tout est saupoudré d'humour, de personnages ridicules comme Mr Poe et de scènes cocasses.  Et quelle atmosphère ! Quelle inventivité ! Si le film ne suit pas les péripéties identiquement au livre, l'esprit roman-feuilleton y est bien présent. Jim Carrey interprète avec jubilation un super-scélérat très dickensien, quant à Meryl Streep, elle est parfaite en hystérique déjantée. Cette adaptation d'ailleurs évite l'écueil des redites du livre et rend plus amusant les personnages, notamment celui de la petite Prunille. Visuellement magnifique et onirique à souhait, les personnages originaux nous font vivre une suite d'événements complètement échevelées qui ne manque ni de suspense ni de situations invraisemblables et délicieusement extravagantes. Un écrivain rédigeant les aventures des enfants Baudelaire, des déguisements en cascade, un faux vrai mariage théâtral, des meutres, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire est un hymne à l'imagination...

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire, Le laboratoire aux serpents, Nathan, 198 p.

Les désastreuses aventures des enfants Baudelaire, avec Jim Carrey, Meryl Streep, Jude Law, 1h48, 2004.

Lu aussi par Mélusine, Lien vers la bande annonce. Voici celui du site Nathan si vous avez hâte de découvrir tous les opus.

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