14 août 2012

Shakespeare, Autobiographie de Bryson : ISSN 2607-0006

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Cette biographie de Shakespeare est réjouissante et passionnante : quel style ironique ! quel humour ! Cela signifie-t-il qu'elle n'est pas sérieuse ? Au contraire ! C'est avec beaucoup de minutie et à travers la remise en question de nombres de théories farfelues ou fausses que Bill Bryson rétablit enfin la vérité sur la véritable vie de Shakespeare. Ses interrogations débutent avec la découverte du portrait Chandos : représente-t-il Shakespeare ? Non, ce tableau n'est pas un célèbre portrait du dramaturge, dont la seule authentique représentation est celle choisie pour l'illustration de la couverture.

Avec humour, et de manière chronologique, B. Bryson pose la question suivante : que sait-on sur Shakespeare ? La vertigineuse bibliographie prouve que ce dramaturge est devenu un auteur adulé. Mais de sa vie, il ne reste que peu de traces écrites et de témoignages et beaucoup de faits attribués à Shakespeare sont souvent des affabulations ou des hypothèses : "Pour répondre à la question que vous vous posez forcément, non, le présent ouvrage n'a pas été écrit parce que le monde avait besoin d'un livre de plus sur Shakespeare. L'idée était simplement de prendre la mesure de ce que les archives nous apprennent réellement sur lui. Ce qui bien sûr, explique sa minceur." Ainsi pour B. Bryson, les fameuses " années perdues", c'est-à-dire la période entre 1585-1592 où on ne trouve pas traces de Shakespeare sont définitivement perdues, ce qui semble logique. De même, ce n'est pas parce que plusieurs de ses pièces se déroulent en Italie - par exemple, Le marchand de Venise - que Shakespeare s'y serait rendu. Rien ne le prouve...

Si la vie de Shakespeare reste toujours aussi obscure, B. Bryson réussit à tracer la vie intellectuelle et quotidienne de la période Élisabéthaine de manière très documentée, abordant aussi bien les moeurs théâtrales que la forme que pouvait avoir le Globe à l'époque. Ses arguments pourfendant les thèses fantaisistes - et les universitaires délirants sont légions -  sont extrêmement soignés : par exemple, la thèse oxfordienne qui voudrait qu'Edward de Vere soit en fait la personne qui aurait écrit toutes les pièces de Shakespeare est mise à mal car la plupart des pièces n'étaient pas écrites quand il est mort en 1604... A lire absolument pour découvrir le style truculent et ironique de B. Bryson et pour découvrir qu'on ne sait rien sur Shakespeare !

" Si presque tout le monde s'accorde à dire que la carrière de William Shakespeare en tant que dramaturge a débuté en 1590, la question de savoir par quelle pièce il a commencé ne fait absolument pas l'unanimité. Selon l'autorité à laquelle on choisit de se fier, ce peut-être n'importe laquelle des huit suivantes : La comédie des erreurs, les deux Gentilhommes de Vérone, la Mégère apprivoisée, titus Andonicus, Le roi Jean ou l'une des trois parties de Henry IV".

Bill Bryson, Shakespeare Autobiographie, Petite bibliothèque payot, 219 p.

Participation au challenge Shakespeare, organisé avec Claudia. Lu aussi par Dominique, théoma,

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10 août 2012

Au mois d'août 2012... ISSN 2607-0006

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"Toutes bonnes choses ont une fin" : on aurait bien envie de maudire certains proverbes... En attendant, fini la farniente - pas du tout rousseauiste -... Pourquoi avoir emmené des livres avec moi en vacances ? Chemin faisant, j'ai acheté d'autres romans et j'ai ramené mes trois petits livres avec moi sans les avoir ouverts... Voici mes achats dont certains déjà lus, dont je vous parlerais peut-être...

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Et voici quelques découvertes télévisuelles : Après avoir visité le musée du Quai Branly - il faudrait une vie entière pour tout voir et tout découvrir ! - j'ai découvert une émission "Les arts du mythe" qui mettent en lumière un objet du musée. Très brefs, ces documentaires permettent tout de même de découvrir, à la manière de tessons de mosaïque, quelques éléments de culture de ce que l'on nomme" les arts primitifs", vous pouvez les visionner ici sur arte.

Pour voyager, vous pourrez aussi découvrir "Les carnets de voyage" (arte, encore) où à travers les yeux et les dessins d'un artiste,vous pourrez découvrir différents pays tels que le Japon vu par Olivier Martin ou l'Islande, île croquée et visitée par Anne Steinlein... De merveilleux moments ! Plus de renseigments ici.

Vous aimez Darwin ? Récemment de nouveaux documentaires font le lien entre les animaux actuels et leurs ancêtres dont le titre est très évocateur : Evolution . Un dossier du magazine Sciences et connaissance ( vol. 5) est d'ailleurs consacré aux théories de l'évolution, tout sur l'histoire de la vie sur la terre, très bien illustré avec des théories expliquées très clairement pour le grand public...

En ce qui concerne les auteurs, vous pouvez visionner la biographie de Herman Hesse et l'émission "une maison, un écrivain" propose de visiter celle de Giono.

Et la blogosphère ? Céline nous fait déjà partager de nombreux liens et fait un bilan des challenges récents dans son blablatage n°45... et nous fait aussi partager son amour pour Persuasion, son adaptation (série BBC, 1995)et une réécriture moderne et drôle de Mélissa Nathan, Persuading Annie. Quant à Dasola et Niki*, elles rendent hommage à Marilyn Monroe - vous pouvez visionner un documentaire sur Bert Stern qui a réalisé la dernière séance photos de cette mythique actrice. Lou annonce une nouvelle session du challenge Halloween avec sa complice Hilde... Niki nous présente H. Hanff et a vu l'adaptation du 84 charing cross road et enfin, Miss Léo a présenté une biographie de Newton, la perruque de Newton par Luminet, qui promet un beau moment de lecture... ainsi que Cryssilda qui nous présente un auteur victorien oublié Mrs H. Wood... Bon w-e et bonnes lectures à tous !

 * Edit du 11/08

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18 juillet 2012

Vacances... : ISSN 2607-0006

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 Je pars en vacances... avec E. Gaskell, V. Woolf et Rousseau...

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16 juillet 2012

Miss Austen regrets de Jeremy Lovering : ISSN 2607-0006

Miss Austen Regrets - Trailer

Un mois austenien sans biopic de l'auteur, cela n'était pas imaginable... Mais que sait-on de la vie de Jane Austen ? Bien peu de choses en réalité, d'après les biographies à la fin des éditions de ses romans* : ce sont surtout les lettres qu'elle écrivit à sa soeur qui sont une mine d'informations sur les gens qui l'entourent... Malheureusement pour les Janéites curieux, Cassandra, la soeur de Jane Austen, a expurgé les lettres et elles se quittèrent très peu durant toute leur vie, ce qui réduit leur correspondance à une peau de chagrin... A quoi ressemblait-elle ? Aucun portrait ni description n'existe si ce n'est un dessin de Cassandra. Fille d'un pasteur, né dans une famille modeste, les Austen étaient tous de grands lecteurs et tous écrivaient. Comme toute jeune fille de son époque, Jane dansait, cousait, jouait du piano... De 1795 à 1800, la jeune fille écrit les premières versions de ses célébrissimes romans tels que Sense and sensibily... A partir de la mort de son père, sa famille connaît une certaine gêne financière... Mais la romancière continue sans cesse de réécrire ses livres et arrive à les publier.

Miss Austen regrets retrace les dernières années de la vie de l'auteur :  réalité ou fiction ? fidélité aux sources ou trahison ? La première partie du film donne une image surprenante de Jane car bien qu'elle soit ironique et parfois même méchante dans ses commentaires - l'exemple souvent cité de sa correspondance est le suivant : " Mrs Hall, de Sherbourne, a mis au monde hier prématurément un enfant mort-né, à la suite dit-on, d'une grande frayeur. Je suppose qu'elle dû, sans le faire exprès, regarder brusquement son mari"* - on a peine à l'imaginer en train de glousser dans des fourrées avec sa nièce ou flirtant ouvertement avec un quelconque médecin... Bien qu'une grande partie semble romancée - il est d'ailleurs souvent question de la confusion entre ses romans et sa vie -, ce biopic aborde justement une partie méconnue de sa vie sentimentale... Si le film est poignant - le sort des vieilles filles n'étaient guère enviables, ni celles des femmes globalement, le réalisateur a su aborder de nombreux aspects de sa vie comme la question de l'édition de ses romans, ses rapports avec ses proches, et surtout son indépendance. N'écrit-elle pas à sa nièce Fanny Knight qui lui demande conseils sur le choix d'un prétendant : "Tout doit être préféré ou supporté plutôt que de se marier sans affection"... In fine l'image donnée de cet auteur est peu flatteuse et non idéalisée mais apporte une touche supplémentaire au portrait incomplet de cette grande romancière.

Miss Austen regrets, Jeremy Lovering avec Olivia Williams.

* biographie in Emma, Jane Austen, 10/18. D'autres informations sur le site wikipedia et arte.

Autre biopic : Jane, Julian Jarrod avec A. Hathaway

Participation au challenge back to the past, organisé avec Lou.

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13 juillet 2012

84 charing cross road de David Jones : ISSN 2607-0006

84, Charing Cross Road, la bande-annonce

Je venais à peine de tourner la dernière page du recueil de correspondances de H.Hanff que Théoma proposait de faire voyager l'adaptation... Ayant tellement apprécié le ton et la personnalité si chaleureuse de l'auteur, j'ai bien évidemment eu envie de voir ce film bien que La duchesse de Bloomsbury - second livre des aventures londonniennes de Hélène H. - m'ait paru paradoxalement bien décevant à cause du ton bougon et snob de la narratrice et en même temps attrayant, car c'est une délicieuse cicerone érudite... Mais revenons à notre film qui débute par l'achat d'un livre...

Théoma conseille scones, plaid et thé pour voir ce film surrané ; et effectivement, on retrouve la même ambiance que dans les lettres de Hélène et de ses destinataires vivant dans le Londres d'après guerre. Quel plaisir de retrouver nos épistoliers ! Si A. Hopkins incarne très bien un Mr Doel "modeste", au flegme britannique, Anne Bancroft me paraît un peu moins appropriée pour jouer la vivacité et l'ironie de Hélène Hanff en en faisant trop. Mais David Jones arrive tout à fait à redonner vie aux protagonistes et donne une place de choix aux lettres, les lettres étant lues intégralement et s'intégrant très naturelllement au scénario : c'est d'ailleurs un tour de force d'adapter une correspondance et de remplir ainsi les blancs... Le seul élément qui m'a paru superflu est les appartés aux spectateurs : ces adresses aux spectateurs semblent peu naturels. L'intrigue est légère mais l'amour des livres et cette relation épistolaire rendent émouvante cette histoire atypique. C'est un vrai plaisir de retrouver Hélène Hanff pour qui a aimé la vivacité de sa prose...

84 charing cross road, David jones, avec Anne Bancroft et Anthony hopkins, 95 min.

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08 juillet 2012

Miss Mackenzie d' Antony Trollope : ISSN 2607-0006

 

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Dans sa préface, Jacques Roubaud raconte qu'il lisait "une ration trollopienne" tous les matins... Mais comment as-t-il pu ne lire qu'un chapitre par jour ? Une fois ouvert, on n'a plus envie de refermer un roman de Trollope : les nombreuses apostrophes aux lecteurs et les interventions du narrateur incessantes nous invitent au contraire à poursuivre la lecture de cette prose si romanesque et en même temps si subtilement ironique. Dans Miss Mackenzie, on découvre une héroïne confrontée à un monde qu'elle n'a jamais connue, confinée jusqu'à-là à un rôle d'infirmière auprès de son frère malade. Lorsqu'elle devient une héritière richement dotée, elle attire aussitôt de nombreux prétendants : que fera Margaret Mackenzie ?

"La brebis n'était pas assez moutonnière pour l'écouter" : chacun sait qu'une femme sous l'époque victorienne était peu de chose, exceptée lorsqu'elles avaient de l'argent... A chaque page, on sent combien cette société est guidée par l'argent et le souci de la hiérarchie sociale. Mais l'héroïne échappe justement au stéréotype de l'oie blanche naïve, tout en restant généreuse, faible parfois mais toujours honnête. Le destin de Margaret est semé d’embûche et de quantité de personnages hauts en couleur comme la haïssable Mrs Mackenzie, mère de sir John, ou d'un clergyman plutôt sorti des enfers que d'une église...

" Voyons, ma tante, vous n'allez pas me dire que vous croiriez ce que dit miss Dumpus. D'après miss Dumpus, une jeune fille de plus de quatorze ans ne devrait jamais rire tout haut. Comment peut-on changer sa façon de rire le jour où on a quatorze ans ? Et pourquoi ne pas dire qu'un homme est beau s'il est beau ?". Bien entendu, en bon victorien, A. Trollope ne se contente pas de brosser des portraits mais décrit les mécanismes de cette société en ironisant sur les bienséances et surtout il dresse une inoubliable peinture des Stumfoldiens, (pour qui jouer aux cartes, c'est être dépravé) petite société mesquine, imbue d'elle-même, hypocrite... En vraie Trollopienne, je compte bien lire d'autres romans de cet auteur dont la prose est un ravissement...

Miss Mackenzie, Antony Trollope, Le livre de poche, 509 p.

Lecture de Titine ici, billet de Céline, d'Adalana, YS, dasola...

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03 juillet 2012

Raison et sentiments de J. Alexander : ISSN 2607-0006

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Raison et sentiments en cinq portraits :

" Elinor, sa fille aînée, dont l'opinion avait eu tant de poids, était doué d'une force d'intelligence et d'une netteté de jugement qui faisaient d'elle, bien qu'âgée seulement de 19 ans, le conseiller habituel de sa mère et lui permettait de tempérer fort heureusement la vivacité de Mrs Dashwood qui l'aurait entraînée bien des fois à des imprudences. Elle avait un coeur excellent ; son tempérament était affectueux et ses sentiments profonds, mais elle savait les gouverner. [...] Marianne disposait, à beaucoup d'égards, des mêmes moyens que sa soeur. Elle était sensée et perspicace, mais passionnée en toutes choses, incapable de modérer ni ses chagrins ni ses joies. Elle était généreuse, aimable, intéressante, bref, tout, excepté prudente." (p. 11).

"Il [John Dashwood] n'avait pas une mauvaise nature, à moins qu'on qualifie ainsi la sécheresse de coeur unie à pas mal d'égoïsme ; mais il était considéré, en général, comme un homme respectable, car iil se conduisait correctement dans les circonstance ordinaire de la vie quotidienne. [...] Mrs John Dashwood était la vivante caricature de son mari ; d'esprit plus étroit encore et de caractère plus égoïste." (p. 9).

"Je suis convaincu, dit Edward, que vous ressentez réellement, devant une belle perspective, tout le plaisir que vous affirmez ressentir. Mais, en retour, votre soeur doit admettre que je n'en ressens pas plus que je ne dis. Je goûte un beau point de vue, mais pas sur des principes pittoresque. Je n'aime pas les arbres difformes, tordus, dévastés. Je les aime bien mieux lorsqu'ils sont droits, fermes et florissants. Je n'aime pas les cottages en ruine, à l'abandon. Je ne suis pas amoureux des orties, des chardons et des bruyères. J'ai plus de plaisir à voir une ferme modèle qu'une tour de guet, et une troupe de villageois heureux et bien tenus me plaît plus que les plus beaux beaux bandits du monde". (100)

"Mrs Dashwood plut également à Lady Middleton. Il y avait chez toutes les deux un égoïsme et une sécheresse de coeur qui les attiraient mutuellement ; et elles communiaient, l'une, l'aure dans une insipide correction et un manque complet d'intelligence." (p. 228)

"En dépit de toutes les améliorations et embellissements qu'il [sir John Dashwood] avait entrepris à Norland, en dépit des millions de livres qu'il avait failli vendre à perte, on découvrait aucun signe de cette indigence à laquelle il avait essayé de faire croire, aucune pauvreté n'apparaissait si ce n'est dans la conversation ; mais là le déficit était considérable." ( p. 232)

Jane Austen ne condamne pas les sentiments mais un romantisme échevelé, une sensibilité extravagante, incarnée dans l'une des soeurs Dashwood... Tout comme dans les autres romans de l'auteur, des héroïnes sont en butte à de nombreux obstacles, incarnés dans l'inconstance des hommes, la cupidité des femmes, l'aveuglement de toute une société pétrie de préjugés et de vanité. Quelle fabuleuse galerie de portraits agrémentée de vifs dialogues ! La mini-série, bien que fidèle, me semble un peu trop jouer sur le mélodrame : pourquoi avoir fait de Margaret une Cosette transportant l'eau du puits ou transformer les soeurs Dashwood en parfaite femme d'intérieur, alors que le roman ne l'évoque jamais ? Le réalisateur accentue aussi l'aspect gothico-romantique des paysages en filmant des falaises escarpées et des mers déchaînées, paysage état d'âme en relation avec les coeurs passionnés des soeurs Dashwood, faisant de Marianne une grande sentimentale attrapant une fluxion de poitrine, en se promenant sous la pluie battante, par nostalgie... En revanche, cette série manque singulièrement d'humour, là où Jane Austen raille, caricature ses contemporains, les femmes sottes comme Mrs Palmer, ou sa mère Mrs Jennings, le réalisateur passe rapidement, et préfère les envolées sentimentales... Après la version d'Ang Lee, j'ai trouvé cette mini-série d'esprit moins victorien... Mais Janéite ou pas, infidélités ou pas, la magie opère toujours avec les romans et les adaptations de Jane Austen.

Jane Austen, Raison et sentiments, 10/18, 382 p.

Raison et sentiments, de J. Alexander BBC avec Charity Wakefield, Dominic Cooper, Dan Steven, Hattie Morahew

Participation au challenge back to the past organisé avec Lou.

Raison(1), sentiment(2), L'amour (3)et la méchanceté (4)

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02 juillet 2012

Mais qui a tué Harry ? de Hitchcock : ISSN 2607-0006

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Quand on sait que The trouble with Harry est adapté d'un roman britannique dont l'auteur est Jack Trévor Story, on comprend mieux l'humour absurde et anglais qui préside aux dialogues et aux situations du film. Cette joyeuse comédie commence par la découverte d'un cadavre. Miss Graveley s'exclame : " Il semble qu'il y ait un petit ennui", en voyant le capitaine Albert Wiles traînant le mort. Doux euphémisme... suivi d'une proposition de prendre une tasse de thé : le décalage entre les propos des personnages et les situations crée de l'humour tout au long du film, où une série de scènes illogiques et cocasses se succèdent. Quant à la femme, Jennifer, en apprenant la mort de son mari Harry, elle déclare satisfaite : " M'en voilà débarrassée" !

Mais qui a tué Harry est aussi un faux film policier, car finalement le shérif ne fait qu'une brève apparition bouffonne où son seul indice est le témoignage d'un sans-abri, voleur des chaussures de Harry et d'un dessin qu'aussitôt le peintre - Sam - modifie, le détruisant ainsi mais une vraie comédie avec de nombreuses idylles qui se nouent tout autour de ledit cadavre... En revanche, s'il y a un vrai mort, les fausses causes apparaissent toutes plus absurdes les unes que les autres : Miss Graveley pense l'avoir tué avec un coup de talon, alors qu'Harry venait juste de recevoir un coup de poêle sur la tête, coup venant de sa femme !  Il est vrai qu'à certains moments, le scénario se fait volontairement répétitif et malheureusement plus languissant : comme le capitaine Albert, on irait bien dormir un peu... Mais ce film est la rencontre de l'humour britannique avec l'humour macabre de Hitchcock. Humoristique et atypique dans l'oeuvre de Hitchcock, n'attendez pas pour découvrir cette hilarante comédie macabre...

En ce qui concerne les anecdotes tournant autour de ce film, on peut citer la première apparition de Shirley Mac Laine qui a eu un Academy Award pour ce rôle, mais que je n'ai pas trouvé particulièrement remarquable, j'ai préféré le flegme tout britannique de l'acteur Edmund Gwenn (Albert Wiles, le capitaine) ou la cocasserie du jeu de John Forsythe en peintre déjanté et enjoué malgré la situation. Les making-of insistent aussi sur les déboires atmosphériques qu'a connu le réalisateur : Hitchcock a dû recréer les forêts automnales en studio, en faisant peindre et coller les feuilles orangées et or à des arbres ! Et encore une fois, Hitchcock fait une brève apparition, le trouverez-vous ?

Mais qui a tué Harry ? / The trouble with harry, Hitchcock, 1955, 1h35,

Autres films : La corde, Psychose,

Participation au challenge " Hitchcock" organisé par Titine et Sabbio. visionnage commun avec Titine, son billet ici.

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30 juin 2012

Monet " un oeil...mais bon Dieu, quel oeil !" de Sylvie Patin : ISSN 2607-0006

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Si vous passez près de Giverny, arrêtez-vous pour visiter le jardin de Monet d'une beauté équivalente à ses fameux tableaux tels que les Nymphéas. Regardez aussi le documentaire  " Claude Monet à Giverny, la maison d'Alice" : à partir 1883 et jusqu'à sa mort, le peintre va vivre entouré de sa famille, au milieu de son jardin, peignant sans relâche les effets de lumière sur un même objet. A travers la lecture de lettres d'Alice Hodesché, seconde femme de Monet, et de nombreuses photographies, on nous dévoile la personnalité du peintre impressionniste tout en évoquant ses différentes oeuvres. On y découvre un homme passionné par la nature, et d'une grande exigence par rapport à son art : Monet détruit ses tableaux lorsqu'il est insatisfait et la femme à l'ombrelle reçoit même un grand coup de pied qui déchira la toile. Peintre de "plein air", les lettres évoquent aussi les sorties de Monet avec sa fille Blanche pour peindre les sujets à l'extérieur même si le temps pluvieux l'empêche souvent de sortir... Ce documentaire permet de découvrir un Monet plus intime...

 "- Que représente cette toile ? Voyez le livret. Impression, soleil levant.

- Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression la-dedans" : Louis Leroy, écrivait dans Le charivari en 1874 ce faux dialogue, à qui l' on attribue d'ailleurs l'origine du mot impressionniste, pour critiquer ces peintures d'une facture nouvelle. Raillé à ses débuts, Monet a bien des difficultés à vendre ses tableaux ou à les faire exposer dans les salons annuels. Boulevard des capucines*, Le pont du chemin de fer (1874) ou La gare Saint-Lazare ( 1877) font de Monet un peintre de la modernité, peignant la ville, les bouleversements haussmanniens, le fugitif : dans le Boulevard des Capucines, n'a-t-on pas l'impression qu'il a saisi un instant, un mouvement ? A partir des années 90, les "séries" permettent au peintre de trouver sa manière : il peint le même motif, du même point de vue, en faisant varier le moment. Jouant ainsi sur les effets de la lumière dont les exemples les plus spectaculaires sont la série des cathédrales et  des peupliers. Alors que le peintre chemine vers la reconnaissance officielle, sa vision devient plus audacieuse dans un tableau comme Londres le parlement, avec les effets de brouillard qui prime sur le sujet - qui n'est pas sans rappeler un Turner - ou  Falaise à Varengeville (1897), proche de l'abstraction. En regardant cette monographie sur Monet, très richement illustrée, on a envie de s'exclamer comme Cézanne : " Monet, ce n'est qu'un oeil... Mais bon Dieu, quel oeil ! ".

Monet " un oeil... mais bon Dieu, quel oeil ! ", Découverte Gallimard, Sylvie Patin, 167 p.

Participation au challenge "l'art dans tous ses états" de Shelbylee

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* Boulevard des capucines, 1873

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28 juin 2012

Lettres à Malesherbes de Rousseau : ISSN 2607-0006

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" Intus et in cute " : Rousseauistes et anti-rousseauistes, profitez du tricentenaire de la naissance Jean-Jacques Rousseau ( présentation les essentiels Littérature sur le site BNF) pour visionner sa biographie sur arte (ici). A travers des interventions de romanciers et d'universitaires, on redécouvre la personnalité très ambiguë, très paradoxale d'un des plus connus et des plus controversés des philosophes des Lumières. Avec force citations, on apprend donc que Rousseau dramatise sa naissance en en faisant le premier de ses malheurs : " je coûtai la vie à ma mère" (Les confessions). Puis sont évoqués les grands moments de la vie tels que la rencontre avec Mme de Warrens, " maman", et ensuite celle avec Diderot et les philosophes. Le discours sur les sciences et les arts, puis l'Emile provoque une rupture avec les philosophes et l'isolement progressif de Rousseau jusqu'à l’île Saint Pierre... L'avantage de ce petit documentaire retraçant chronologiquement la vie de Rousseau est de faire entendre un opéra de l'auteur, Le devin du village et de clarifier certains faits par rapport au contexte, notamment lorsque Rousseau abandonne ses enfants, la place de la musique dans la vie de Rousseau ainsi que son refus d'être pensionné par le roi...Un documentaire que je conseille vivement !

"Il n"y a que le méchant qui soit seul" ( Diderot, Le fils naturel) : Présenté comme le "sommaire des confessions, Les lettres à Malesherbes sont extrêmement intéressantes pour embrasser tout le système philosophique de Rousseau ainsi que les grandes étapes de sa vie. Après sa rupture avec Diderot, on l'accuse d'être " méchant".  Pourquoi s'est-il isolé dans le "désert" de Montmorency ? Fait-il preuve "d'ostentation" ou de la " vanité qu'on a tant reproché aux anciens philosophes "? Rousseau, dans 4 lettres, se justifie et argumente pour persuader Malesherbes mais aussi les lecteurs "qu'aucun ne fut meilleur que [lui]. Il se peint donc " sans fard et sans modestie" ( le contraire eut été étonnant) et décrit son bonheur dans "sa retraite", annonçant par ses "chimères", " ses imaginations", les futures rêveries du promeneur solitaire. D'où lui vient ce goût de la solitude ? Comment est-il devenu écrivain ? Avec une écriture très rhétorique, Rousseau se justifie en exposant son système de pensée tout en faisant preuve de beaucoup de complaisance à s'admirer et à se décrire sous les aspects les plus positifs. J'ai découvert et lu avec plaisir ces lettres privées montrant un Rousseau - d'un orgueil inégalable - tel qu'il apparaîtra dans les Confessions...

Lettres à Malesherbes, Rousseau, Livre de poche, p. 124.

billet de Mango et Emile et sophie lu par Céline.

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