02 février 2012

Baudelaire, La Fanfarlo

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*La mélancolie, Dürer / Baudelaire, photo de Nadar

"Tu m'as donné ta boue, j'en ai fait de l'or" : Quel est le poète dont l'aura rayonne le plus au XIXeme siècle ? C'est certainement Baudelaire ( Biographie sur le site Larousse), dernier des romantiques, premier des modernes. Ses fleurs maladives fascinent encore : dualité de la femme, la double postulation, le spleen, la modernité, la ville, l'exotisme... Mais laissons la parole au poète dans un de ses poèmes qui "glorifie le culte de l'image"; Poète du paradoxe et de l'excès, Baudelaire fait déferler de stupéfiantes images :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

"Le Beau est toujours bizarre" : Dans "Une charogne", il a su extraire la beauté du mal. Les bases de la littérature antique, classique, sont transmuées en or. Mais Baudelaire n'est pas le poète d'une seule oeuvre, il a aussi écrit la Fanfarlo : C'est une nouvelle assez étonnante, sous la plume du traducteur de Poe, influencée par l'écriture balzacienne, notamment la longue nouvelle, La fille aux yeux d'or. Un jeune dandy, Samuel Cramer, poète à ses heures perdues, décide d'aider une femme vertueuse à reconquérir son mari, notamment en le libérant de sa passion pour la "Fanfarlo", une actrice. Samuel, se prête au jeu mais l'amour devient véritable passion... Ce qui est remarquable dans cette petite nouvelle étincelante et délirante, c'est l'esthétique de Baudelaire qui transparaît à chaque ligne : la haine de la femme naturelle, la pose du dandy, la malédiction de la création, l'éloge d'un certain romantisme mais le blâme de W. Scott... "Le temps était noir comme la tombe, et le vent qui berçait des monceaux de nuages faisait de leurs cahotements ruisseler une averse de grêle et de pluie. Une grande tempête faisait trembler les mansardes et gémir les clochers ; le ruisseau, lit funèbre où s'en vont les billets doux et les orgies de la veille, charriait en bouillonnant ses milles secrets aux égouts ; la mortalité s'abattait joyeusement sur les hôpitaux et les Chatterton et les Savage de la rue Saint Jacques crispaient leurs doigts gelés sur leurs écritoires, quand l'homme le plus faux, le plus égoïste, le plus sensuel, le plus gourmand, le plus spirituel de nos amis arriva devant un beau souper et une bonne table, en compagnie d'une des plus belles femmes que la nature ait formées pour le plaisir des yeux". Cette nouvelle nous plonge au cœur des obsessions baudelairiennes et ne manque pas d'ironie, de dérision, et d'autodérision (?)... Romanesque à souhait, réflexion sur le poète, sur le faux et le mensonge, La fanfarlo oscille entre le grotesque des personnages et le charme d'une écriture outrée.

La Fanfarlo, Baudelaire. 1001 et nuits, 62 p.

Autres oeuvres : Les fleurs du mal/ Mon coeur mis  nu, Baudelaire,

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28 janvier 2012

Bel-ami, Maupassant

 

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Comment présenter Bel-Ami ? C'est un héros qui marche dans les pas de Rastignac, c'est l'ambitieux sans scrupules qui se sert des femmes comme d'un marchepied. Égoïste et attaché aux apparences, seuls son appétit de richesse et de pouvoir dictent sa conduite, commandent ses sentiments. Machiavélique, il parvient très bien à ses fins - par les plus abjects moyens - s'accordant ainsi avec la déchéance de toute son époque.

Bel-Ami, c'est aussi la description d'un troisième République corrompue, d'un milieu de la presse très affairiste, d'une société occupée par le scandale du Maroc - l'affaire tunisienne réelle - avec des spéculations de Walter très proche de celles d'un Saccard Zolien. Oui, ce Maupassant ( biographie sur le site Larousse) s'éloigne assez de l'influence du maître de Croisset pour se rapprocher de celle de Zola. Paris apparaît comme un "colosse apaisé", Walter, le directeur du journal où travaille George Duroy, comme un nouveau personnage de L'argent et la serre dans laquelle G. Duroy attire Suzanne, la fille de Walter, est tout aussi monstrueuse et personnifiée que celle de La curée.

 Bel ami, c'est enfin toute une conception très schopenhauerienne de la femme soit naïve, soit frivole, et d'une vision pessimiste de la vie. Il y a beaucoup de personnages désespérés dans la comédie humaine maupassantienne que ce soit l'amour excessif et dément de Virginie Walter pour Bel-Ami ou l'agonie abominable de Forestier ou les pensées sur le néant de N. de Varenne. A la richesse des thèmes s'ajoute une écriture sensuelle qui cherche à dépeindre les couleurs et les odeurs : "Il arrivait au dernier salon, et en face d'eux s'ouvrait la serre, un large jardin d'hiver plein de grand arbres des pays chauds abritant des massifs et des fleurs rares. En entrant sous cette verdure sombre où la lumière glissait comme une ondée d'argent, on respirait la fraîcheur tiède de la terre humide et un souffle lourd de parfums. C'était une étrange sensation douce, malsaine et charmante, de nature factice, énervante et molle. On marchait sur des tapis tout pareils à de la mousse entre deux épais massifs de d'arbustes".... Un des plus vibrants des romans de Maupassant...

Maupassant, Bel-Ami, Livre de poche,  367 p.

Autre roman : Pierre et Jean

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21 janvier 2012

Robinson Crusoe, Daniel Defoe

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* Ecrivain, voyageur et journaliste anglais (1661 - 1731), gravure de J Thomson.

Le buttler de Pierre de Lune ne jurait que par Robinson Crusoe et Rousseau lui donnait une place prépondérante dans sa bibliothèque dans l'Emile. Et on comprend mieux à sa lecture pourquoi. Tout d'abord un petit mot sur la nouvelle traduction : même si vous n'avez pas lu la version originale, on vous explique que nombre de passages sont souvent coupés. Ici, ce n'est pas le cas. En outre, Françoise sorbier a fait un effort pour rester fidèle à la dynamique écriture - sans anachronisme - de Defoe : point de vocabulaire affecté comme dans certaines versions, point de simplification. Cette version se veut fidèle.

Effectivement le dynamisme de l'écriture transparaît dans cette succession d'actions : Robinson, bourgeois de la classe moyenne, pour avoir désobéi à son père, est sauvé miraculeusement de trois naufrages et de l'esclavage dans lequel il est tombé près des côtes africaines. Mais ce n'est pas le moindre de ses problèmes. Lorsqu'il échoue sur une île déserte, il doit tout faire par lui-même : fabriquer son pain, des paniers, des tentes... et ses vêtements. Il n'y a ausun répit pour Crusoé, de même que pour le lecteur...

"Il n'est jamais trop tard pour être sage". La véritable odyssée humaine où Robinson passe par toutes les étapes de la civilisation, se double d'une odyssée métaphysique et philosophique : il réfléchit sur ses erreurs et sa situation, relativisant ses malheurs et les valeurs de la société : " tous les tourments que nous souffrons à cause de ce qui nous manque me paraissent venir d'un manque de gratitude pour ce que nous avons". Lui qui a participé à la traite des nègre devient l'ami d'un sauvage. Ce livre est une belle réflexion autour de la nature et de la civilisation, non sans humour : même dans le désarroi, Robinson se croit gouverneur de son île, se construit une résidence secondaire. Bien qu'il n'y ait personne pour le voir, ce qu'il souhaite le plus au monde sont des bas et des chaussures anglaises... Inspiré d'une histoire vraie, celle d'un marin Selkirk, Robinson Crusoe est une invitation au voyage ; c'est un héros à redécouvrir, malgré des inventaires un peu longs, mais moins pénibles que celle d'une autre Odyssée...

Robinson Crusoe, Daniel Defoe, Nouvelle traduction de Françoise Sorbier, Edition Albin Michel, p 432.

Merci pour ce partenariat à Ys et Newsbook !

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18 janvier 2012

Dracula, Bram Stoker

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 Tout le monde connaît le célèbre Dracula, mais il faut tout de même lire ou relire le mythique roman de Bram Stoker. Bien que Jonathan Hacker s'exclame, "Je voudrais n'être jamais venu", lorsqu'il est prisonnier au coeur de la Transylvanie dans un château peuplé de goules et d'un comte sans reflet, le roman n'est pas effrayant. Bram Stoker impose originellement les jalons de tout l'imaginaire populaire du vampire effrayé par des hosties, vaincu par  un pieu planté dans le coeur, tombant en poussière à sa mort, ne supportant pas l'odeur de l'ail, se transformant en chauve-souris géante... Le foisonnement d'intrigues et de formes, nous tient éveillé tout au long récit plein de rebondissements : journal de Mina Hacker, extraits de journaux, lettres et télégrammes, rapport du docteur Seward, memorandum de Van Elsing... Ce roman exploite divers genres tout en adoptant différents styles : Mina décrit les paysages, ses sentiments... tandis que Seward écrit dans un style télégraphique et sec des comptes-rendus de ses journées dans l'asile.

Dans cette atmosphère de légende romantique - cimetière, tempête destructrice, superstitions, maisons abandonnées et poussiéreuses, château sombre - on suit divers personnages, Arthur Holmwood, ami de Quincey P. Morris et le docteur Seward qui observe un aliéné Rendfield qui se nourrit de mouches. Et puis il y a aussi Lucy, première victime de Dracula, et le fameux Van Elsing qui apporte une dimension scientifique à cette horrifique et surnaturelle présence vampirique. Si toute la partie du roman avant la mort de Lucy se lit d'une traite, car le mystère ne cesse de s'opacifier, la fin du roman s'essouffle un peu, les mêmes événements étant parfois racontés par divers protagonistes. Il est à noter que le charme de ce roman, qui narre la lutte du bien contre le mal, vient de ce que l'auteur n'oublie jamais d'être victorien jusqu'au bout des ongles, personne n'oubliant jamais de prendre son thé même dans les pires moments, tout le monde vivant dans le respect des bienséances - et contre la barbarie et la sensualité de Dracula - et le mépris des classes populaires, étrangement assoiffés à tout heure de la journée !

Dracula, Bram Stocker, Pocket, 567 p.

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12 janvier 2012

Thomas de Quincey, Le bras de la vengeance

Thomas de Quincey (1785-1859) est surtout connu pour être l'auteur des Confessions d'un mangeur d'opium, mais contraint d'écrire inlassablement pour ne pas être harcelé par ses créanciers, il écrit de nombreux textes aux tonalités très variées tels que Le bras de la vengeance. Cette nouvelle pose en quelque sorte les jalons du whodonit de part sa forme : dans une bourgade d'Allemagne, en 1816, une vague de crimes sanglants créent l'épouvante. L'horreur atteint son comble lorsque l'on ne trouvent pas de mobiles à ces méfaits.

Le choix de la première personne permet au narrateur, un professeur d'université, de narrer au lecteur que ce qui lui permet de maintenir le suspense, de garder secret jusqu'aux dernières pages l'identité du tueur secrète. Il s'interrompt volontairement pour ne pas mettre le lecteur sur la piste du vrai coupable tout en distillant savamment assez d'informations... pour nous mener sur une fausse piste. Une tension se crée surtout qu'on passe de citations de Wordworth comme comparer un personnage à un pauvre cerf qui " se retira au fond de la forêt sauvage" à des meurtres sauvages et inexpliqués.

En plus d'un conteur habile, cette nouvelle relate des éléments sur les juifs allemands. Sans être une nouvelle historique, cette dimension tranparaît et explique en partie l'intrigue : la politique de l'époque sans être le thème principal de ce bref récit est abordée indirectement, là où on n'attend qu'un récit policier. Cette découverte, sans être un chef d'oeuvre, permet d'entrer dans les débuts de la littérature policière anglaise.

Participation au mois anglais organisé par Lou, Cryssilda et titine.

Challenge de la nouvelle organisé par Sabbio.

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09 janvier 2012

Jasper Fforde, La tyrannie des couleurs, "La route du haut safran"

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Depuis l'utopie de Thomas More, ce genre exerce une attraction particulière sur les auteurs qui aiment à développer des sociétés idéales pour mieux dénoncer les problèmes contemporains. Ffjorde avec une imagination tout bonnement délirante invente une chromocratie où la vie des personnages est régentée par une hiérarchie stricte codée par des couleurs : les rouges et les jaunes sont socialement plus élevés que des gris, simples ouvriers...C'est une société régie par des valeurs très strictes où même un noeud papillon mal fait peut vous valoir des "démérites".

Comme dans Fahrenheit 451, le jeune héros Edouard Rousseau va se rebeller contre l'iniquité et les atrocités de cette "tyrannie des couleurs", des mensonges de la chromocratie. Les mots "racailles" et le fait que les personnages portent des codes barres ne semblent pas anodins et semble renvoyer implicitement à la seconde guerre mondiale. Au-delà des idées mises en oeuvre dans ce roman, qui se révèlent assez banales, le roman est assez indigeste à lire : l'auteur a entièrement créé un monde nouveau, une géographie nouvelle avec des noms transparents comme le "reboot", "les franges extérieures", "Carmin Est"... une histoire nouvelle toute aussi transparente, en parlant à plusieurs reprises des "Bonds en arrière", jamais explicités... Mais parfois le texte reste très allusif et on ne sait rien de cette maladie appelée le mildiou sauf qu'il vous expédie dans le reboot. On ne sait pas pourquoi non plus certaines personnes n'ont plus d'oreilles etc... Peut-être l'auteur prévoit-il une suite comme le suggère la fin du roman. "Les Pucks, les balayages de mémoires, le Lincoln, le citron vert et le Gordini, tout ça n'en est qu'une faible partie" : le fatras d'inventions décourage parfois un lecteur déjà réfractaire à cet univers. C'est sans compter aussi que le héros est jeune, idéaliste et a des préoccupations d'adolescent. Un livre pour la jeunesse ? Cela y ressemble, surtout que le vocabulaire et le style est des plus banales, voire sans saveur particulière.  Soit on entre de plain pied dans cet univers coloré, soit on reste en marge à s'ennuyer ferme par cette longue mise en place d'éléments.

La tyrannie des couleurs, Jasper Fforde, Fleuve noir, 589 p.

Merci à dialogue pour ce partenariat

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07 janvier 2012

Signé Chanel, Loïc Prigent

822934_property_imageData_v_1Dans la mythique rue Cambon, c'est le calme avant la tempête : on attend la Nouvelle collection. Karl Lagerfeld arrive et commencent alors la valse des tissus, des doigts qui brodent, des essayages... Dans Signé Chanel, Loïc Prigent montrent comment les ouvrières, les brodeuses, le chapelier, le bottier... donnent vie aux croquis du célèbre styliste d'une marque mondialement renommée. Non sans humour, Loic Prigent filme les différentes phases de la confection des habits - des patrons, du choix des tissus aux essayages.

Le jour du défilé, ce ne sont qu'applaudissement et admiration. Mais ce n'est pas sur la coupe des vêtements ou les choix esthétiques de cette maison de haute-couture que s'arrête la caméra du réalisateur mais sur l'envers du décor. C'est tout le savoir-faire de ces ouvrières patientes et expérimentées qui s'offrent à nos yeux émerveillés devant tant d'adresse et de talent. Ce travail  artisanal est particulièrement symbolisé par Raymonde Pouzieux, passementière qui a connu Mademoiselle : elle travaille minutieusement plusieurs heures d'affilé à la fabrication de ses galons sur une archaïque machine dont elle seule en connaît le maniement ! Et Le bottier recommence à plusieurs reprises la fabrication d'un talon pour qu'il corresponde parfaitement à la volonté de K. Lagarfeld. Quant à Laurence, elle est obligée de recommencer entièrement dans un autre tissu, une robe en panne de velours qu'elle a mis plusieurs jour à coudre. On se rend compte alors du travail demandé, des ajustements ou rectifications multiples qui sont faites, de la pression du dernier soir où les ouvrières travaillent jusqu'à trois heures du matin... Oui, la haute-courture est un art mais celui d'un créateur en harmonie avec ses couturières... Visitez les coulisses surprenants et instructifs d'un des ateliers les plus réputés...

Signé Chanel, documentaire de Loïc Prigent, 2005

challenge "Read me, I'm fashion"organisé par l'Irrégulière.

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30 décembre 2011

Créatures célestes, Peter Jackson

 

 


Créatures célestes Bande annonce

Lisez-vous des livres d'Anne Perry ? Connaissez-vous son histoire ? Avant de rencontrer le succès avec L'étrangleur de Cater street, elle a connu un drame dans sa jeunesse mouvementée d'enfant atteinte de la tuberculose. C'est grâce à Peter Jackson dans Créatures célestes que nous découvrons la jeunesse de la "reine du crime", qui s'appelait alors Juliet hulmes.

Mais c'est plus que la narration d'un sordide crime que filme le réalisateur : il nous livre les sentiments exacerbés de deux adolescentes souffrantes et perturbées. A la rigueur de leur école où elles portent uniforme et doivent faire preuve de bienséance, s'oppose un monde imaginaire issu de leur lecture, de leur amitié. Amitié d'ailleurs des plus ambiguë... Au-delà des magnifiques décors et du talent des actrices - film qui révélera Kate Winslet -, l'atout de ce film biographique est de représenter l'imaginaire de l'écrivain : comme Alice de Lewis Caroll qu'elle admire et qui est cité dans le film, elle traverse le miroir dans un monde époustouflant, déjanté, féérique..., monde extrêmement réussi grâce à des effets spéciaux insérés avec fluidité dans la trame des images. On admire aussi la diversité de tons, passant du drame à des scènes de comédie, d'images idylliques d'une jeunesse turbulente et joyeuse à des scènes morbides et malsaines... Peter Jackson arrive à sublimer les protagonistes d'un macabre faits divers en "créatures célestes". Un film à connaître pour sa beauté visuelle et son imaginaire délirant comme une aventure d'Alice aux pays des merveilles...

Participation au mois anglais organisé par Chryssilda, Lou et Titine.

Peter Jackson, Créatures célestes, avec Kate Winslet et Mélanie Lynskey , 1994, 100 min.

Billet de Mélodie.

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25 décembre 2011

Cartes sur table, Agatha christie

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Il n'y a que dans l'imaginaire britannique et plus particulièrement dans celui d'Agatha Christie que pouvait naître un personnage tel que Shaitana et une intrigue étrange, reposant entièrement sur la psychologie des personnages, comme celle de Cartes sur Table. En effet, cet excentrique sadique et diabolique décide de rassembler des meurtriers potentiels  - un médecin, une jeune femme voleuse Miss Dawes et sa mère Mrs Loreemer, sorte de veuve noire, et l'aventurier écrivain le major Despars - qui surtout auraient échappé à la justice : Shaitana sous-entend qu'un accident est tellement vite arrivé ! Poirot ainsi que trois autres spécialistes du crimes sont présents à cette soirée où un terrible drame va se dérouler : Shaitana mourra mais quelle est la main qui l'a frappé ? Le médecin Roberts qui aurait tué une maîtresse encombrante ? Miss Dawes dont la patronne est morte après avoir avalé un poison malencontreusement ?...

Voici un opus tout à fait surprenant où le meurtre est quasi provoqué pour tester les chères cellules grises du célèbre et vaniteux Hercule Poirot. Mais un autre personnage fait contrepoint à la rigueur et la logique de  Poirot : Mrs Olivers, personnage récurent des romans d'Agatha Christie, aussi amusante que farfelue : voici ce qu'elle imagine pour résoudre l'énigme : " Une idée ? J'ai des tas d'idées. c'est justement mon problème. Je n'ai jamais été capable d'imaginer un scénario à la fois. Il m'en vient toujours quatre ou cinq, et c'est un drame à avoir à choisir entre eux. J'ai six explications merveilleuses du meurtre. L'ennui, c'est que je n'ai aucun moyen de savoir laquelle est la bonne. Primo, Mr Shaitana était peut-être un usurier. il avait un côté très onctueux. il tenait Roberts dans ses griffes et celui-ci l'a tué parce qu'il ne pouvait pas le rembourser. Ou alors, shaitana avait ruiné sa soeur ou sa fille. Ou encore Roberts était bigame, et Shaitana le savait. Il n'est également pas exclu que Roberts ait épousé la petite cousine de Shaitana et que, grâce à elle, elle devait hériter de toute sa fortune. Ou bien...". Son imagination fertile n'est pas sans rappeler celle de son créateur. Il est assez évident qu'il y a une mise en abîme de l'écriture des romans policiers parallèlement à l'enquête menée.

A travers cette intrigue alambiquée, elle n'oublie jamais de mentionner au passage le racisme ambiant, les préjugés sociaux et la misogynie des hommes de son époque.  Mais la solution est souvent contraire au apparence... Dans une courte préface l'auteur pose la question suivante : "Pour ajouter un dernier argument en faveur de cette histoire, je préciserai qu'elle fait partie des affaires préférées d'Hercule Poirot. Et pourtant lorsqu'il l'a racontée à son ami le capitaine Hastings, celui-ci l'a trouvée extrêmement ennuyeuse. Je me demande bien avec lequel des deux mes lecteurs tomberont d'accord ?" Je fais partie des lecteurs qui, comme Poirot, ont trouvé cette intrigue tout à fait intéressante et atypique et la série Granada est toujours aussi parfaitement soignée. On passe un moment très plaisant en compagnie de notre célèbre détective aussi bien en être de papier qu'incarné par David Suchet.

 Cartes sur tables, Sarah Harding, série TV granada, avec David Suchet 2005

Cartes sur table, Agatha Christie, livre de poche, p. 221.

LC pour le challenge le mois anglais organisé par Lou, chryssilda et Titine.

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24 décembre 2011

Merry chrismas !

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C'est par le biais de ces anges de Julia Margaret Cameron que je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année, une bonne année 2012 !

Une pensée et des remerciements affectueux à Niki qui m'a offert Les Borgia de Bellonci...

Posté par maggie 76 à 10:28 - - Commentaires [16] - Permalien [#]