24 mars 2012

Au mois de mars 2012

salon_livre_paris_2012Au mois de mars, j'ai moins lu et moins fréquenté les blogs, cependant, je ne pouvais pas passer à côté d'un événement majeur, le salon du livres où sans m'y être rendue, j'ai eu l'impression d'y être plongée grâce à divers comptes-rendus, celui de lilibook, celui de Lou, Alicia,Céline... Et grâce aux gentilles attentions d'Alicia qui m'a envoyé une dédicace de K. Colquhoun et des marques-pages... Merci Alicia !

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♥ A force de lire des critiques dithyrambiques sur les romans de Ferdjoukh que ce soit 4 soeurs, vu chez Allie, Lilly, Céline... ou Aggie change de vie chez Lou, Malice, j'ai décidé de me lancer dans la lecture de petits romans très courts : Aggie ou les métamorphoses d'une cendrillon en princesse, dans l'ère victorienne, et Minuit cinq, qui reste dans l'ambiance dickensienne des enfants misérables et orphelins. Mais autant l'écriture merveilleusement imagée d'Aggie m'a enthousiasmée autant Minuit-cinq paraît moins abouti, juxtaposant très rapidement les grands thèmes topiques de la littérature feuilletonnesque comme la scène de reconnaissance, un vol de bijoux...

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♥ Comme vous savez, il plane toujours un doute sur la paternité des oeuvres de Shakespeare et on a dit tout et n'importe quoi sur le sujet. Si vous voulez voir du n'importe quoi, allez voir le film, chroniqué de manière joyeusement ironique par Lou, ici et vous pouvez voir un autre film tourné en dérision par Méloë, Le fantôme de l'opéra par Terrence Fischer. Toujours question film, vous pouvez vous inscrire sur le site de titine et Sabbio, au challenge Hitchcock  ! Rebecca, Les oiseaux, L'inconnu du Nord Express, L'ombre d'un doute, Vertigo, des classiques à voir et à revoir et à lire aussi... Quant à Sherlock Holmes, "Jeux d'ombres, il n'a pas fini de faire parler de lui, notamment chez Choupynette.

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♥ Crissylda, nous parle de la sortie d'une belle canaille de Wilkie, et Lou de victorienne oubliée, Florence Warden, de manoirs anglais et de papillons dans le roman de Poppy Adams. Du côté de la littérature espagnole, Keisha, nous parle de la tante Julia et du scribouillard : elle a l'art de dénicher les livres jubilatoires ! Et si l'art vous intéresse, il y a un magnifique reportage sur Rembrant sur arte mais aussi sur un écrivain du Nouveau Roman, Butor.... Bonne lecture à tous !

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20 mars 2012

Voyage avec Turner

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* Interior de Petworth house with people in conversation.

"Le peintre de la lumière " : sous Georges III, naissait l'un des plus grands peintre anglais : William Turner. On peut parler de génie précoce pour ce peintre qui, à 15 ans; entre dans la royal Academy. Copiant les antiques, il innove notamment dans la technique de l'aquarelle et de la peinture à l'huile en cherchant à rendre l'intensité de la lumière, utilisant des pigments pures pour rendre les éclats de lumières et peignant sur des fonds blancs. Certes, Turner a bien mérité ce surnom de "peintre de la lumière", précurseur et modèle des peintres impressionnistes, à travers ses tableaux de couchers de soleil, de tempêtes de mer...

Ce documentaire permet la découverte des influences de Turner, notamment le Lorrain mais il s'est inspiré de nombreux tableaux de la Renaissance et ses nombreux voyages lui ont permis d'admirer les Salons parisiens où étaient exposés David, de se confronter aux visions " sublimes" des montages suisses. Turner est influencée par la conception romantique des paysages état-d'âme...Quel vertige dans ses tableaux ! Quelques anecdotes pimentent cette biographie comme la rivalité avec Constable : lors des vernissages, Turner arrivait et finissait ses tableaux sur place, lui valant une réputation de fou ou d’excentrique. Attiré par les marines, le thème des mers déchaînées, Turner serait resté quatre heures attaché à un mat pour contempler à loisir une tempête...

"Dites-lui que l'indéfini est mon fort" :  l'abstraction, le flou, le vaporeux, l'évanescence qui émanent de certains paysages, le faisaient fort peu apprécier de ses contemporains. Pourtant Ruskin le distingue dans son Modern's painters. Malheureusement, dans ce victorianisme ambiant, Ruskin découvre à la mort du peintre, de nombreuses esquisses érotiques. considérant que c'est l'oeuvre d'un fou, Ruskin détruit plus de 300 dessins de Turner - mais on peut se demander où est la folie ? - Ce documentaire est une fort belle introduction à la peinture turnérienne, visuellement superbe et résolument moderne...

documentaire, par Inge Herold, 1997, 59 min, A voir ici.

Participation au challenge romantique de Claudia.

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15 mars 2012

La dame au linceuil, bram Stoker

L'auteur de Dracula a aussi écrit des nouvelles avec un soupçon de vampire et une note gothique. Reprenant le même procédé que son célèbre roman Dracula, il nous livre le récit d'un aventurier devenu milliardaire du jour au lendemain, à travers des lettres, des extraits de journaux, de testaments et essentiellement son journal.

Le roman commence en plein mystère avec un extrait du journal de l'occultisme (1907) : " C'est une étrange histoire qui nous parvient de l'Adriatique. Il semble que dans la nuit du 9 de ce mois alors que la Victorine, de la compagnie Italienne de Navigation à vapeur, doublait, un peu avant minuit, le cap connu sous le nom de la Lance d'Ivan, sur la côte des Montagnes Bleues, la vigie attira l'attention du capitaine, qui se trouvait alors sur la passerelle de commandement, sur la présence d'une petite lumière à prosimité du rivage. [...].
P. Caufield, passager à bord et rédacteur du journal de l'occultisme rapporte ceci : " Tous trois ainsi que moi-même, vîmes la chose. Le reste de l'équipage et des passagers était en bas. Tandis que nous approchions, je pus voir ce qu'étais réellement cette chose, mais il fallut beaucoup plus de temps aux marins pour se rendre compte de son étrangeté.[...] Je vis bientôt que le bâteau, qui m'avait semblé depuis le début, avoir une forme bizarre, n'était autre qu'un cercueil, et que la femme qui s'y tenait debout était vêtue d'un linceuil."

Certes, nous voici à nouveau en compagnie de vampires, mais l'auteur semble jouer avec les codes du genre. Ici, pas de peur hyperbolique, de frayeur innommable, le narrateur du journal accepte volontiers de se marier avec un ...vampire. On nage en plein surnaturel, avec une tante janet qui a des dons de double vue et qui lui prédit un mariage avec une fiancée macabre... mais les codes sont si voyants, le narrateur usant du mot "gothique" à plusieurs reprises pour qualifier le vampire - "magnifique face gothique", d'apparition gothique"- et se documentant même sur eux... La désinvolture et la légéreté contamine même le récit qui laisse de côté de nombreux personnages - la tante est parfois oubliée, le premier narrateur disparaît complètement après le premier chapitre... C'est donc une histoire qui démonte les rouages de la littérature gothique. Ce qui est vraiment merveilleux dans ce roman, c'est l'atmosphère sous la "lueur capricieuse de la lune", la description d'un château terriblement gothique, et d'un jardin entièrement blanc et captivant... Un récit à la fois captivant et déceptif, avec une fin un peu décevante, avec un démontage en règle - comme chez Radcliffe des manifestations surnaturelles.

La dame au linceuil, Bram Stocker, Babel, 192 p.

autre roman : Dracula

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14 mars 2012

Comment on meurt, Zola

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"Comment on meurt" : Au XIXeme siècle, Les éloges funèbres étaient de coutume et on immortalisait les disparus par des peintures, puis par des photographies. La mort est aussi le thème de cinq nouvelles de Zola, rassemblées sous le titre, "comment on meurt". Ecrasé par le grand cycle "des Rougon-Macquart", on connaît moins ses nouvelles qui sont des concentrés des thèmes chers à Zola. Le talent de Zola est dans la peinture de ces cinq tableaux, abordant la mort d'un personnage représentant de sa classe sociale, tout en racontant dans ses grandes lignes sa vie. : on a le comte de Verteuil qui vit désuni à sa femme, ce qu'il cache soigneusement. Son cercueil sera accompagnée d'un cortège et d'aristocrate indifférents : une cérémonie en grande pompe donc.

En revanche, chez les bourgeois, on meurt comme on vit : cupidité de la mère et cupidité des enfants. Ainsi rien de morbide, Zola recrée des microcosmes de la société, en romançant la vie de ses personnages, qui sont eux aussi frappés d'hérédité,et sont des types, représentants de leur classe. Vraiment la peinture de la société est inégalable chez Zola !

"Je suis une force" : Une des grandes figures du XIXeme siècle est celle de l'ambitieux : on pense aussi bien à Rastignac qu'à Nucingen chez Balzac ou Bel-ami de Maupassant. L'ambitieux de Zola s'appelle Nantas : arrivé de la province, il ne rêve que de gloire. de même que Rastignac, surplombant le cimetière du père Lachaise, lançait son fameux " A nous deux, maintenant", Nantas, du haut de son galetas déclare : "[il tutoya Paris, il devint familier et supérieur] Maintenant tu es à moi". Après des mois de misères, Nantas trouve une opportunité :  Mlle Chuin, gouvernante de Flavie, fille d'un baron, lui propose un mariage arrangé car Flavie a fauté avec un homme marié. Pour Nantas, ce sont des rêves de ruisseaux d'or qui s'ouvrent à lui...

Nantas est intelligent et son ascension sera fulgurante : malheureusement, il tombe amoureux de sa femme... qui le méprise... Il pense alors à la mort au moment où la fortune lui sourit et qu'il devient un important personnage politique. C'est une nouvelle qui rassemble trois thèmes majeurs développés sous le Second Empire - Ascension, amour, argent - est raconté dans le souffle épique, qui caractérise l'écriture de Zola, au point d'en devenir presque caricatural par moment. L'écriture de Zola est particulièrement outrée, un vrai colosse !

"Cendrillon de la littérature", la nouvelle oblige à une certaine rapidité des enchaînements d'actions et peu de développements, ce qu’apprécieront les anti-zoliens... Des nouvelles fort distrayantes et divertissantes, reflet du XIxeme siècle, Zola anatomise la société avec beaucoup de talent.

"Comment on meurt", "Nantas", in Contes et nouvelles 2, Zola, Garnier Flammarion,332 p.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

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08 mars 2012

Cahiers secrets d'une costumière de théâtre, Pascale Bordet

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" Etre dans le vent est une ambition de feuille morte" (Maupassant) : Ce sont bien des secrets que nous fait partager la talentueuse Pascale Bordet dans ce magnifique album illustré par ses croquis qui sont tous d'un vif éclat, colorés et raffinés. Etre costumière est très éloigné du métier de styliste : un costume doit vivre non pas le temps d'un défilé mais tout au long des répétitions et des représentations... Il faut donc bien choisir son tissu, utiliser des trucages pour le changement rapide de costume entre deux scènes, que le rendu soit parfait vu de loin... car le costume est un langage qui doit faire vivre un personnage.

Ingénieusement présenté comme une pièce de théâtre, cet album commence par" l'apprentissage", "la création" puis la découverte "des coulisses" et enfin" en scène", avec l'acte I, etc... C'est donc aussi un autoportrait que nous livre cette costumière : entre deux croquis, elle nous raconte son parcours, sa passion pour les tissus,  sa manière de créer, ses relations avec les acteurs... Certains croquis sont plus humoristiques et parlent du destin de ces costumes qui parfois s'abîment et vieillissent : vous pouvez d’ailleurs aller les voir dans l'exposition " L'envers du décor" au CNCS (pour plus d'informations, ici). L'album tisse des citations, des anecdotes, des notes de services... On regrette juste que la dimension technique soit si peu abordée. P. Bordet évoque bien les différentes nuances de couleurs, l'obligation de bien connaître les époques esthétiques... Mais les dessins priment dans l'ensemble. Du reste, de splendides photos côtoient les croquis de la costumière, immortalisant ainsi ces chefs-d'oeuvre.

Cahiers secrets d'une costumière de théâtre, Pascale Bordet, photographie de Laurencine Lot, HC éditions. ici le site de P. Bordet

lu aussi par Eiluned,participation à son challenge album.

Participation au challenge "read me, I'm fashion" de L'Irrégulière.

 

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06 mars 2012

Le musée du docteur Moss, Joyce Carol Oates

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" les rapports humains : des énigmes" (p. 17). Joyce Carol Oates aime à décortiquer les tréfonds de l'âme humaine, à exhumer les cadavres dans les placards, à examiner sans complaisance la société... A travers plusieurs nouvelles, elle met en scène le comportement de personnages dont la clef n'est pas donnée. Dans "Mauvaises habitudes", nous suivons les réflexions de trois jeunes enfants dont le père serait un meurtrier en série. Pourquoi a-t-il fait ça ? Est-ce lui le véritable coupable ? Comment vivre ou plutôt survivre avec de tels doutes ?

"Cette histoire n'est pas jolie, jolie, et pas seulement parce qu'elle parle de boxe. D'une certaine façon la boxe n'est qu'accessoires. Le vrai sujet, c’est la trahison." (p. 33). Dans "L'homme qui a combattu Roland LaStarza", la narratrice s'interroge sur les liens entre trois adultes : sa mère, son père et leur ami, un boxeur. Le boxeur, s'est-il suicidé ? A-t-il été abattu par des hommes lui reprochant de ne pas avoir perdu le match truqué ? Mais ce qui la tourmente réellement et de savoir qui est réellement son père...

Mais comment parler de ce recueil sans parler de la nouvelle phare de ce recueil "Le musée du docteur Moss", quoique " fauve" et "les jumeaux" font frissonner d'horreur et sursauter au moindre bruit. La dernière nouvelle prend des accents de conte de fée pour terminer dans l'horreur : une jeune fille est en froid avec sa mère mais elle se souvient parfaitement que celle-ci lui a sauvé la vie. Dix ans sans la voir et puis, elle apprend que sa mère est mariée avec le docteur Moss. Un personnage inquiétant. Elle décide de leur visite et de découvrir le musée de médecine créé par le docteur Moss....Et c'est là qu'elle bascule peut à peu dans le malaise et dans un véritable cauchemar éveillé...

Peut-on parler de personnages ? Appelé par des lettres avant d'être individu avec un prénom, J.C. Oates en fait de véritable abstraction au service d'une démonstration : mais quelle démonstration ? Que l'homme est fondamentalement mauvais ? Que le réel reste opaque... La touche oatesienne de ces nouvelles est son art subtil de faire surgir "l'inquiétante étrangeté" de notre monde, on perçoit sa fascination pour les relations humaines troubles, le développement des obsessions : elle sait saisir le moment où l'homme bascule dans l'étrange et le malsain. Entrez dans un univers de récits diaboliquement noirs...

Joyce Carol Oates, Le musée du docteur Moss, histoire de mystère et de suspense, (12 nouvelles parues dans des revues différentes : "Salut comment ça va ?", " surveillance anti-suicide", " L'homme qui a combattu Roland LaStarza", Gage d'amour, canicule de juillet", " mauvaises habitudes", "Fauve", "Le chasseur", "Les jumeaux", "un mystères", "dépouillement", "Le musée du docteur Moss"), 249 p, Philippe Rey.

autres romans : L'oeil du serpent

Merci Dialogue et Caroline pour ce partenariat.

Participation pour le challenge la nouvelle de Sabbio.

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03 mars 2012

La fashion week parisienne

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 "Le jour d'avant" : Karl Lagerfeld dessine les collections de la maison Chanel mais aussi pour Fendi : qui sont-ils ? Leur logo représente deux F, comme "Folle Fourrure", car Fendi, marque italienne est spécialisée dans la haute couture de cette matière de luxe. Quelle créativité ! Rome et Paris. A travers, le "jour d'avant" du défilé de Fendi, c'est le portrait d'un homme aussi que dresse Loic Prigent. La première d'atelier avoue qu'elle est " sa disciple" ! Si la mode peut paraître futile et dérisoire pour certains, pour d'autres, elle est un véritable culte. Et sans compter aussi le travail artisanal de toutes les brodeuses, les modélistes etc...

Histoire d'épaulettes : Paris, ville des Lumières mais aussi ville du luxe : Lanvin, l'un des plus ancien logo (1889) de marques de haute couture a été racheté récemment par Mme Wang. Son nouveau couturier est Alber Elbaz : pour lui, la mode est un hommage à la femme. Loin de l'austérité et de la sévérité d'un Karl Lagergeld, A. Elbaz travaille dans la bonne humeur, dans une ambiance familiale. Pas de première d'atelier, il travaille directement avec les modélistes. " jamais inquiet, jamais fatigué", il a relancé la maison Lanvin avec des lignes épurées, austères, des tissus fluides et du portable. Les épaulettes omniprésentes sont à l'image de la femme moderne selon lui...

"L'homme de Paris" : Autre maison, autre style et autre ambiance. J.P. Gaultier a lancé un parfum, a côtoyé Madonna, mais il a surtout révolutionné le monde de la mode par sa fameuse marinière. Proche de la métaphore politique des "membres et de l'estomac", une modéliste avoue qu'il est la tête et elle, les mains. Pour J. P. Gaultier, la mode, c'est la recherche d'une perfection. Proche de la définition baudelairienne du beau, il innove dans l'instant... au fur et à mesure que les robes sont bâties, il crée. Le beau est fugitif...

" J’ai sous les yeux une série de gravures de modes commençant avec la Révolution et finissant à peu près au Consulat. Ces costumes, qui font rire bien des gens irréfléchis, de ces gens graves sans vraie gravité, présentent un charme d’une nature double, artistique et historique. Ils sont très souvent beaux et spirituellement dessinés; mais ce qui m’importe au moins autant, et ce que je suis heureux de retrouver dans tous ou presque tous, c’est la morale et l’esthétique du temps. L’idée que l’homme se fait du beau s’imprime dans tout son ajustement, chiffonne ou raidit son habit, arrondit ou aligne son geste, et même pénètre subtilement, à la longue, les traits de son visage. L’homme finit par ressembler à ce qu’il voudrait être. Ces gravures peuvent être traduites en beau et en laid; en laid, elles deviennent des caricatures; en beau, des statues antiques."( Baudelaire, Eloge de Constantin Guy).

loic Pringent nous dévoilent les coulisses de la mode 28 avant un défilé avec son cortège de retouches de dernières minutes. On se croyait dans une ruche tant les créateurs, les mannequins, les attachés de presse s'affairent dans une ambiance follement extravagante... Entrez dans l'univers effervescent de la mode où la caméra de Loic Prigent sait capter les milles mouvements de ce monde si particulier...

 Loïc Prigent, série Le jour d'avant, documentaire, arte., 6 x52 min.

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26 février 2012

Le chapeau de Mr Briggs, kate Colquhoun

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"La folie du rail" : A. Christie semblait fascinée par les trains et a placé dans ces lieux clos plusieurs meurtres sauvages... Quant à Zola, s’inspirant d'une histoire réelle, le meurtre de Poinsot par Charles Judd, il écrit La bête humaine. En 1853, un meurtre effroyable ayant lieu dans un train va défrayer les chroniques londoniennes : Le chapeau de Mr Briggs retrace cette histoire réelle qui concurrence la fiction tant les rebondissements et les éléments de l'intrigue sont semblables à ceux de Wilkie Collins et à l'histoire Le secret de Lady Audley d'E. Braddon. Kate Colquhoun fait d'ailleurs de nombreux parallèles entre le roman d'E. Braddon et la mentalité de l'ère victorienne. Quel choc pour les bourgeois "comme il faut" lorsqu'ils apprennent qu'un homme respectable comme Mr Briggs, travaillant à la City et "bon père de famille", sans histoire, se fait assassiner dans le train qui le ramenait tous les samedis rejoindre son tranquille foyer !!! La presse évidemment s'empare de l'affaire, en même temps que la police qui va piétiner un bon moment entre de faux aveux et des vrais pistes... laissées en suspens ! L'horreur est à son comble ! plus personne ne se sent en sécurité.

C'est avec beaucoup de brio que K. Colquhoun recrée l'atmosphère tapageuse de l'East End et l'horreur croissante de la bourgeoisie, tout en faisant allusion à littérature contemporaine de l'affaire - du peuple de Dickens, à La dame en blanc, de Wilkie Collins - et en y insérant habilement de surprenantes phrases très romanesques " Au-dessus de sa tête le frêle croissant d'une nouvelle lune limpide vibrait entre les nuages" . La presse se fait l’écho de cette littérature dite "à sensation": "on crut un moment que l'inspecteur Kerresey poursuivait en chaise de poste un suspect à travers les montagnes d'Ecosse" (p. 82). Mais le réel imite l'art et dépasse la fiction quand on apprend que ce n'est pas dans les montagnes d'Ecosse qu'on poursuit le criminel mais à New York !

Historienne de formation, K. Colquoun décrit minutieusement la recherche des indices, les témoignages - qui se répètent à la longue - l'affaire judiciaire, le déroulement des séances etc... ce qui nous permet de nous plonger au cœur de l'histoire. Toutefois, la "forêt de noms propres" et le foisonnement des lieux nous laissent étourdis, voire abasourdis. Surtout ce crime réveille maint problème concernant la presse, la sécurité dans les trains et la question de l'abolition de la peine de mort. La dimension historique n'est pas oubliée avec les pressions de la Prusse sur le Danemark, pays de la nouvelle reine, femme d'Edward. Malgré le foisonnement des informations, ce livre documentaire -il y a un "sentiment d'histoire" selon une expression de Taine - développe de manière extraordinairement passionnante l’atmosphère et les problèmes de l'Angleterre du XIXeme siècle.

Le chapeau de Mr Briggs, Kate Colquhoun, Bourgois, p.458.

Lu aussi par Ys et Alicia

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21 février 2012

Feydeau, Dormez je le veux!

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*Feydeau (1862-1921)

Cette très courte pièce de Feydeau est une vraie comédie de Boulevard, une pièce légère, avec moult rebondissements et dont le divertissement est une fin en soi. Mais de quoi s'agit-il ?* Un valet Justin est capable d'hypnotiser son maître Boriquet - nom suggestif ? - qui effectue toutes les tâches à sa place. Il montre ses talents de magnétiseur à un autre valet Eloi. Justin mène la belle vie, surtout lorsqu'il s'aperçoit que la soeur de Boriquet, une vieille fille, est aussi tombée sous sa coupe... Ce qui lui permet de manger les repas de ses maîtres et de leur jouer des vilains tours... Évidemment lorsque son maître décide de se marier, Justin met tout en oeuvre pour empêcher ce mariage... Quiproquo, jeux de mots, comiques de caractère s'accumulent dans cette petite pièce - sans prétention si ce n'est celle de faire rire - en un acte, drolatique...

On est donc plus proche d'une pièce comme Le médecin volant avec le comique de répétitions, ses jeux de mots, Eloi parlant de coup de pieds "occultes" dans sa confusion... que du Tartuffe. Cependant, on peut se demander si la fin ne vient pas ajouter une dimension conformiste : le valet reste valet... chacun à sa place : on voit bien que Feydeau s'adressait à un public de bourgeois, rien de subversif... La pièce est bien ancrée dans son temps - comme les allusions aux actions du canal de Suez, le consentement du père indispensable à un mariage... - et pourtant, en exploitant la vogue scientifique de l'hypnose thérapeutique pour en faire un ressort comique, Feydeau arrive à donner un tour comique à sa pièce, culminant avec le moment extravagant où un bourgeois cupide - notre fameux Boriquet hypnotisé - se prend pour un chimpanzé ou avec un combat d'hypnose entre un vrai hypnotiseur et notre magnétiseur amateur !!!... certes, le comique est peut-être facile et désuet mais on rit de bon coeur des pitreries de ces maîtres et valets d'un autre temps... Mais jouée, la pièce doit prendre une toute autre dimension et traduirait mieux la vivacité de l'écriture de Feydeau dont la devise serait " riez, je le veux"....

Feydeau, Dormez je le veux !, Magnard, 105 p.

Participation au challenge d'Océane, en scène.

* Le choix de la couverture est assez étrange car elle suggère un contenu qui n'a absolument rien à voir avec l'intrigue...

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18 février 2012

Polidori, Le vampire

 

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Lors des fameuses soirées à la villa Dodiati, est né le Frankenstein de Marie Shelley ( biographie sur le site Larousse). Dans ce jeu littéraire, seul Polidori y a aussi contribué : il a continué un texte de Byron, une nouvelle sur un vampire. Qui est ce vampire ? Il prend les traits Lord Ruthven, un être cynique qui prend un malin plaisir à perdre des jeunes filles vertueuses... Sa rencontre avec notre narrateur et héros romanesque Aubrey - à l'imagination fertile - occasionnera un voyage à travers l'Europe et sera jalonné de meurtres qui le mènera à la folie... Si le texte en lui-même est beaucoup trop bref pour nous attacher aux personnages ou pour nous plonger dans une atmosphère, Polidori arrive tout de même à apporter sa touche à la légendaire figure du vampire en en faisant un aristocrate pervers. En outre, ce vampire-là peut se déplacer le jour et souffrir d'une blessure par balle... 

 La lecture de Jean-Claude Aguerre, qui suit la nouvelle, s’appesantit étrangement sur le contexte : en effet, ce vampire doit beaucoup à son modèle byronnien : si Lord Ruthven est peint sous un jour si noir, c'est que Polidori détestait Byron. Pourtant à la lecture de cette nouvelle, ce qui frappe, c'est l'aspect fantastique et surtout les thèmes romantiques omniprésents. Le voyage en Grèce, les ruines, l'amour innocent pour son guide, une jeune femme Ianthe, rappelle beaucoup le début de Graziella de Lamartine.

Cette lecture, accompagnant le récit, nous révèle aussi l'énorme succès qu'a connu ce petit texte : Il est partout présent au XIXeme siècle que ce soit en France, à travers un mélodrame de Nodier, Le vampire, inspirant un drame en 5 actes à Dumas, que dans les arts musicaux : en Allemagne, une bataille musicale fait rage, un compositeur accusant l'autre de plagiat : qui der vampyr de Marschner ou der vampir de Lindpaintner va triompher ? Même titre, mais des styles très différents pour ces deux opéras, celui de Marschner étant qualifié de "romantique" tandis que Lindpainter se situe du côté de l'opéra italien : j'avoue que je n'ai été sensible ni à l'un ni à l'autre, mais que Le vaisseau fantôme de Wagner, inspiré de Marschner, est en revanche grandiose....


Le Hollandais volant - ouverture

Polidori, Le vampire, Babel.

Participation au challenge romantique de Claudia.

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