09 mars 2014

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem : ISSN 2607-0006

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Il est impossible de résumer une oeuvre aussi dense et une pensée aussi complexe que celle de cette philosophe. Cependant, voici quelques aspects que j'ai retenus de ma lecture de ce livre indispensable aussi bien d'un point de vue humain que philosophique. Lorsque l'enlèvement d'Eichmann - responsable "des affaires juives et de l'évacuation" sous le troisième Reich - à Buenos Aires est annoncée, H. Arendt demande à The New Yorker de couvrir le sujet. Elle commence par décrire les juges, la Cour, les témoins... non pour en faire un simple compte-rendu mais une analyse du procès. Elle observe notamment de nombreuses irrégularités dans le procès et s'interroge sur la légitimité de ce tribunal qui a été formé à Jerusalem car, pour elle, le plus grand crime d'Eichmann est un "crime contre l'humanité", faisant par-là une distinction avec le "crime contre le peuple juif".

Elle analyse donc les arguments de la défense et de l'accusation d'un point de vue juridique. Commençons par les reproches qu'elle adresse à ce tribunal : tout d'abord, elle évoque le fait que les " tableaux", c'est-à-dire l'évocation de l'histoire des témoins, l'arrière plan historique interfèrent inutilement avec le procès. Les témoins n'ont pas de rapport direct avec Eichmann. Même si H. Arrendt nie faire de l'histoire, elle est amenée, à cause de la carrière d'Eichmann dans le parti SS, à évoquer des déportations du Reich, de l'Europe orientale, de l'Europe orientale d'une manière précise et documentée, en s'appuyant sur des sources historiques qui sont récapitulées dans le post-criptum.

D'autres analyses montrent comment Eichmann est devenu un bouc émissaire : on l'accusait d'avoir été à l'origine de l'organisation de la "solution finale", au point d'influencer Hitler. Ainsi constate-t-elle qu'on lui attribue des fonctions et un pouvoir qui n'étaient pas les siens. A contrario, elle remarque que Eichmann ne parle qu'à travers le langage du Reich, un langage plein de clichés. Dans le post-criptum, elle cite des sources mais elle revient aussi sur la définition de la banalité du mal ( p. 440), une notion cloturant son chapitre intitulé " Jugement, l'appel et l'exécution" et qui allait créer une polémique souvent par des gens qui n'avaient pas même lu le livre : Qu'on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point dénué de pensée, que cela puisse faire plus de mal que tous les mauvais instincts réunis qui sont peut-être inhérents à l'homme - telle était la leçon qu'on pouvait apprendre à Jérusalem" et elle souligne " l'étrange lien entre l'absence de pensée et le mal"( p. 495). Alors qu'on reproche à A. Arrendt d'avoir défendu Eichmann, il semblerait plutôt qu'elle ait justement mis à l'épreuve la faculté de penser propre à chaque humain au lieu de suivre aveuglément les jugements rendus. En outre, l'ironie qui ne sied pas, selon certains à ce type d'ouvrage et de circonstance, est aussi une forme d'insoumission, me semble-t-il, à une pensée toute faite...

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

Billet de Nathalie ( la vie page à page) .Participation au challenge de Miss Léo, présentation ici.

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Le challenge, " Le mélange des genres" : ISSN 2607-0006

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Miss Léo propose un challenge " Le mélange des genres" - qu'elle présente ici - débutant le 24/02 et se poursuivant au 1er mars 2016. Que faire pour réussir ? Voici le principe : il s'agit de lire des ouvrages appartenant aux quatorze catégories ou genres littéraires figurant dans la liste si-dessous.

- Classique français

- classique étranger : A l'ouest rien de nouveau, Après de Remarque.

- essai : Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, A. Arendt, la domination masculine, Bourdieu, Les monuments men, Edsel,

- récit de voyage

- recueil de nouvelles : La maison des miroirs, Connoly,

- (auto)biographie et témoignage : Charles Dickens, Ohl, La déchéance de Mrs Robinson, Summerscale, L'autobiographie, Darwin,

- recueil de poésie

- pièce de théâtre : L'école des femmes, Molière, La locandiera, deGoldoni, Le Lysistrata, Aristophane,

- roman historique

- roman noir/policier/thriller : Elizabeth George, Le lieu du crime/ Le cortège de la mort,

- roman jeunesse

- roman SF/fantasy/imaginaire

- romance et chick-lit

- BD et roman graphique. Adieu Brindavoine, Tardi.

Alors n'hésitez plus à diversifier les genres de vos lectures et à nous rejoindre !

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28 février 2014

Au mois de février 2014 : G. Doré, " l'imaginaire au pouvoir" : ISSN 2607-0006

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Que s'est-il passé en Février ? Titine évoque quelques films vus en février comme le vent se lève de Miyazaki ou Minuscule dont parle aussi Dasola ici (Minuscule). Dasola a aussi fait un billet sur 12 years a slave et YSL.

Envie de polars ? Vous pourrez découvrir cet auteur, K. Bruen et Dasola nous présente le dernier Indridason, intitulé le duel, ou opération Stweet Tooth de Ian Mc ewan qu'a aussi aimé Keisha ( d'autres liens sur son site). Keisha m'a d'ailleurs donné très envie de lire De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Baugé qui va bientôt sortir en poche (avril). Shelbylee nous conseille Depuis le temps de nos pères de Dan Waddell. En revanche, ne lisez pas le dernier E. George : voici une critique très drôle de Shelbylee ! Si la littérature japonaise est peu à l'honneur sur ce blog, vous pourrez retrouver le billet de Lilly sur un roman d'Ishiguro, Un artiste dans un monde flottant, qui semble fascinant.

Vous ne savez pas quel défi vous donner cette année ? vous pouvez lire la liste des 10 challenges choisis par cléanthe, ce qui est déjà pas mal ! Shelbylee s'est inscrite au challenge de la seconde guerre Mondiale, elle en parle ici et pour la première Guerre Mondiale, il existe aussi un challenge présenté par Soie. Quel bonheur d'apprendre que le challenge V. woolf, chez Lou,  devient permanent et que le challenge British Mysteries repart pour une deuxième édition !

Et n'oubliez pas d'aller jeter un oeil sur l'exposition Brassai dont parle Titine. Un documentaire " la photo surréaliste" de Luciano Rigolini pose les principes de l'esthétique surréaliste en évoquant les productions de Man Ray, Brassaï, Dora Maar... ( 52 min arte). Arte met aussi à l'honneur d'Henri Cartier Bresson avec le documentaire de P. Assouline ( " Le siècle de Cartier Bresson" 2012, 53 min). Quant à Niki, elle nous parle d'un peintre préraphaélite peu connu, Evelyn de Morgan. Si vous aimez G. Doré, un documentaire sur arte accompagne l'expo du musée d'Orsay : on peut ainsi découvrir des aspects moins connus de la carrière de G. Doré, notamment ses tableaux et ses caricatures ( Documentaire de P. Bouchénic, 2013, 52 min).

Et s'est ajouté à ma PAL, Le mystère Sherlock de J.M. Erre, Eichmann à Jerusalem de A. Arendt, L'encyclopédie de la Grande Guerre ( tome II) sous la direction de Rouzeau et Becker. Bon mois de mars et bonne lecture!

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24 février 2014

R. Rendell, Une fille dans un caveau ISSN 2607-0006

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" Cette grandiose et grotesque nécropole aurait pu, si l'on avait récupéré le terrain servir à loger bien des sans-abri. C'était particulièrement sinistre et impressionnant. Jamais auparavant wexford n'avait ressenti si fortement ce frisson opressant de la mort. [...]. La victoire ailée retenait des chevaux, projetés en avant contre un ciel presque noir. sous les arches des colonnades, s'étendaient des ténèbres. Pour rien au monde il n'aurait marché entre ces arches et ces piliers frontaux pour déchiffrer les plaques de bronze fixées aux murs jaunes et humides. Jamais il ne passerait une nuit dans un tel lieu. Il avait gravi les marches pour visiter le cimetière." Et c'est dans ce cimetière de Kenbourne Vale que nous retrouvons Wexford, en convalescence à Londres, chez son neveu, commissaire à la brigade criminelle. Il ne peut s'empêcher de participer à cette mystérieuse enquête où une fille, avec une fausse identité, est retrouvé dans le caveau d'un sinistre cimetière.

La beauté romanesque de cette intrigue se situe dans la lecture de l'inspecteur Wexford : il n'a cure d'aller voir la statue de Peter Pan à Kensington park, en revanche, il va saluer la statue de T. More, auteur de l'Utopie. Des citations en exergue de ce livre ponctuent chaque début de chapitre : les cités idéales construites par les écrivains ont bien pour fonction de critiquer les sociétés dans lesquelles ils vivent. Les quartiers miséreux, le désarroi de certains habitants, la religion, tout est évoqué dans cette enquête où la vie privée de nombreux policiers et personnages, gravitant autour de l'enquête, sont évoqués pour mieux montrer les failles humaines et sociales.

Les recherches se concentrent notamment autour de la famille, des relations entre parents et enfants et du poids de la religion. En revanche, la déambulation dans un Londres pluvieux est charmante malgré la fameuse pluie londonnienne. Cette " dystopie" - c'est ainsi que Wexford surnomme l'enquête - s'attache aussi aux états d'âme de Wexford qui doit faire ses preuves à Londres : malgré ses problèmes de santé et son âge va-t-il réussir à trouver le fin mot de l'histoire ?

R. Rendell, Une fille dans un caveau, 285 p.

Participation au challenge I love London organisée avec Titine.

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08 février 2014

Le garçon dans le chêne, Fredrick Ekelund : ISSN 2607-0006

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" je marche sur le soleil, debout sur le soleil", " Le soleil remplit jusqu'au bord ma poitrine de miel exquis et dit : un jour toutes les étoiles s'éteindront ; et pourtant elles continuent de briller sans crainte"(edith södergran, poétesse finlandaise, cité p. 87)

Voici un polar venu du froid, qui est tout aussi intéressant et captivant que ceux d'Indridason ou de Mankel. L'auteur suédois F. Ekelund nous emmène au coeur de sa ville, à Malmö, ville industrielle du sud de la Suède, dans une sombre affaire de viol et de crime d'honneur. L'inspecteur Lindström et sa nouvelle stagiaire, Monica Gren, enquêtent sur des immigrés où deux cultures s'opposent radicalement, ce qui ne va pas sans heurts. La victime Yasmina - adolescente mystérieuse dont on nous dessine peu à peu un portrait fascinant, qui participe de beaucoup dans l'attrait de ce polar - était trop libre selon sa famille, vivant dans des conditions claniques, marquée par la tragédie de Sabra et Chatila. Cependant, un deuxième meurtre amène nos deux enquêteurs dans une toute autre direction, assez surprenante.

Comme beaucoup de polars nordiques, la dimension réaliste et sociale transparaît à travers l'enquête. Le quotidien, la culture suédoise, la politique, la littérature, de nombreux sujets sont abordés permettant de nous représenter les mentalités scandinaves. Et qu'en est-il de ce nouvel inspecteur ? Nous découvrons corollairement à l'enquête, la vie de Lindström, qui sans être aussi noire que celle d'un Elendur, vit difficilement le drame conjugal de l'éloignement...

Loin des enquêtes de l'univers atemporel des whodunits où la mécanique du mystère prime sur le reste, Le garçon dans le chêne reflète le monde contemporain, dans une écriture sans fioriture, avec des personnages ayant des failles, des défauts et des enquêtes qui ne suivent pas une ligne droite. On a hâte de découvrir les nouvelles enquêtes de Lindstrôm...

Fredrick Ekelund, Le garçon dans le chêne, folio policier, 335 p.

 avis de Lystig

Merci Folio pour ce partenariat, et à Lise.

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05 janvier 2014

au mois de janvier 2014... : ISSN 2607-0006

C'est l'heure des bilans ! Vous avez pu lire les bilans des challenges chez Titine, les coups de coeur de Lilly et de Romanza, la liste de meilleurs films et livres de Dasola, "les belles rencontres littéraires" de Cléante, ... Quels sont Mes cinq meilleurs livres de l'année  (qui n'ont d'ailleurs pas été chroniqués) ? Le Rouge et le Noir de Stendhal et ses chroniques italiennes, lu et relu, La dame en blanc de Wilkie Collins,  mensonge romantique et vérité romanesque de Girard ( un essai fascinant abordant la folie livresque de Don Quichotte, Bovary, Julien Sorel...) et  Whodehouse que je suis en train de lire.

 Voici quelques films et séries dont je n'ai pas parlé mais qui m'ont passionnée cette année :

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 ♥ Top of the lake : Beaucoup de critiques ont rapproché cette mini-série de l'esthétique de Lynch et avec raison. Les plans d'ensemble montrant de grandes étendues naturelles, sauvages de la Nouvelle Zélande et l'histoire pleine de violence créent une atmosphère étrange, contrastée. Une policière fragile, Robin Griffin revient sur les lieux de son enfance, lieux cauchemardesques où les moeurs ne semblent pas avoir évolué. Elle est confrontée aux problèmes de drogue - et à un caïd local incarné par  le terrifiant Matt Mitcham -, aux violences sexuelles... Lorsque Tui, une jeune adolescente enceinte disparaît, elle mène avec ténacité une enquête qui va la mener aux confins de contrées sublimes et dans un monde de brutalité humaine. On retrouve bien là l'esthétique si singulière de Jane Campion.

Réalisé par Jane Campion, 2013, avec Elizabeth Moss, Holly Hunter, Peter Mullan...

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 ♥ Enquêtes codées : 4 jeunes femmes ayant travaillé pendant la guerre à Bletchley Park, dans le centre de cryptage de l'Angleterre, reprennent une vie normale dans les années 1950. Pour les unes, c'est le retour au travail, pour les autres, la vie de mère au foyer.  Susan Gray, douée d'une logique peu commune se rend compte des erreurs de la police au sujet d'une série de meurtres. Elle décide d'intervenir dans cette affaire après s'être souvenue des paroles d'une de ses anciennes copines : " ne sois jamais banale". Et ces quatre femmes ne le sont pas : bravant leur famille, la police, elles vont mener une enquête sur les traces d'un tueur en série. Ce qui apparaît d'abord comme une simple série policière supplémentaire est en réalité intéressante par l'arrière-plan historique même ténue, l'Angleterre de l'après-guerre, et la personnalité des quatre protagonistes.  J'attends la suite de leurs aventures avec impatience.                                                                                        

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 ♥ Games of thrones : a priori cette série m'a paru très racoleuse en rassemblant les ingrédients très convenus - qu'on trouvait déjà dans Les Borgia - comme le sexe, la violence et de l'action. Cependant peut à peu, on est curieux de savoir ce que devient la famille Stark, notamment le sort de ses filles, dont l'une Sansa est des plus décidées à jouer un rôle important sans se contenter du mariage, contrairement à sa soeur Arya. Pendant ce temps, des créatures maléfiques s'approchent des portes du royaume des sept couronnes alors qu'une guerre civile va bientôt opposer Daenerys, fille du roi fou tué, et les Lannister. Sans temps mort mais avec beaucoup de sang, D. Benioff et D.B. Weiss développent un monde d'héroic fantasy très bien réalisé et finalement assez prenant...

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 ♥ Mother : Une jeune fille est trouvée morte et très vite les preuves se portent sur  Do-Joon, un homme de 28 ans se comportant comme s'il en avait 12. Sa mère enquête en croyant fermement à l'innocence de son fils en dépit du bon sens. On retrouve le même type de comique que dans The host, notamment à travers le personnage de Do-Joon, mais c'est surtout le portrait d'une mère qui nous est dressé, un portrait ambivalent et touchant. Mother est un film comique mais aussi dérangeant. C'est encore un très bon film de Bon Joon Ho dont Dasola chronique le dernier film ici.

Réalisé par Bon Joon Ho, 2009

Je remercie aussi les filles pour leurs cadeaux. Merci Niki pour Le secret derrière la porte, Shelbylee pour les Wodehouse; Lou, pour Corps et âme de Conroy et le joli miroir de poche et merci Martine pour les tasses et la boîte à gâteau !

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"Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais" disait O. Wilde. Alors, je vous souhaite une folle année 2014 et mes meilleurs voeux de lectures

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27 décembre 2013

A christmas carol, Docteur Who : ISSN 2607-0006

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Lecteurs, vous passez certainement vos fêtes de fin d'année à chanter à tue-tête des chansons de Noël, autour d'un sapin richement décoré et autour d'une table garnie de délicieux mets, avec vos proches. Ce sont des moments agréables, joyeux et chaleureux. Mais ce n'est absolument pas le cas de la famille Pettigrew, dont l'un des membres (Abigaël) a été cryogénisée pour cause de dettes et pour le docteur who et ses acolytes ( Amy et Rory) qui tentent de sauver un vaisseau spatial coincé dans une atmosphère brumeuse au-dessus d'une planète contrôlée par le sordide Kazran Sardich, qui refuse de les aider.

Dans Les fantômes des noëls passés, on retrouve l'ambiance très dickensienne des Contes de Noel. Le docteur Who, incarné par l'incontrôlable et irrésistible Matt Smith, va comme les esprits de Noël, les revenants qui hantent Scrooge, tenter de faire changer la personnalité de Kazran afin que celui-ci vienne en aide au croiseur spatial. Il retourne donc dans le passé de Kazran pour l'amener à devenir moins avare et plus sensible. De facto, le plaisir de retrouver l'influence de Dickens - la famille Pettigrew est tout à fait similaire à la famille Cratchit, Kazran est un parfait clone de Scrooge -  est augmenté par des détails complètement déjantés : dans l'atmosphère brumeuse nage des poissons, le docteur se marie avec Marylin, des hologrammes entonnent des chants de Noël, et un requin qui a avalé la moitié du tourvenis sonique tire un traineau de père noël... Que d'inventions ! Quelle belle réalisation !

Evidemment, l'épisode finit bien grâce au docteur ! Avec ses noeuds papillons," la supériorité aristocratique de son esprit " ( Baudelaire)  - le docteur veut toujours sauver le monde quel qu'en soit le prix - et avec "son plaisir d'étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné" ( Baudelaire), Le docteur incarne à merveille l'excentrique et le dandy britannique, moderne et lointain épigone d'un G. Brimmel. Cet épisode n'est que l'un des enchantements de cette série incontournable qui vient de fêter ses cinquante ans ! Joyeux noël à tous !

Les fantômes des noëls passés, scénario de Moffat, avec Matt Smitt, 2010 BBC.

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24 novembre 2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde : ISSN 2607-0006

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"Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrit qu'il était seul. La chaloupe , n'était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoises. La goélette n'était plus au mouillage à l'entrée de la baie, aucune voile n'apparaissait même à l'horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n'y fit. Il étaient partis." Ce n'est pas l'incipit de Robinson Crusoe que vous lisez mais celui de Ce qu'il advint du sauvage blanc.  Comme Robinson - histoire romancée d'un véritable matelot tout comme pour le "sauvage blanc" - Narcisse Pelletier se retrouve abandonné sur une plage d'Australie. Mais la comparaison s'arrête là car, contrairement au célèbre naufragé, c'est le jeune français Narcisse qui va devoir adopter les coutumes d'une tribu arborigène : la solitude, le long désaprentissage de ses propres us et coutumes se révèlent difficile pour ce très jeune matelot de 19 ans.

Dix-huit ans plus tars, il est ramené dans son pays par le vicomte de Vallombrun : ce dernier, qui incarne une figure icarienne de scientifique romantique, espère étudier d'une manière systématique les habitudes du " sauvage" mais il se heurte au silence de Narcisse. En faisant alterner récit du début de la vie australienne par Narcisse et les lettres du scientifique envoyées à la société de géographie française, une dialectique apparaît : comment définir le "barbare" et le "civilisé ? : "Mais quoi ? Il faudrait reconnaître comme civilisées les coutumes barbares que Narcisse révèle à chaque instant ? Cela ne se peut." (p.130).

La présence de Narcisse est une énigme dans cette époque où les sciences commencent à peine à émerger en tant que matière autonome, où des théories nouvelles comme celle de Darwin s'imposent. Ce roman n'est pas seulement le reflet scientifique d'une époque, il est aussi une réflexion sur l'apprentissage des langues, la construction d'une identité, et la question du relativisme et de l'ethnocentrisme... De nombreuses questions sont soulevées et de nombreux thèmes abordés, faisant de cette bistoire vraie une passionnante découverte sur la vision de l'autre, qui se lit comme un roman.

Ce qu'il advint du sauvage blanc, F. Garde, Folio, 378 p.

FOLIO PARTENARIAT PLUS : Grâce aux éditions folio, je vous propose de gagner 3 exemplaires de ce roman qui a reçu le prix Goncourt, bien mérité, du premier roman. Vous devez simplement laisser un commentaire en donnant un argument sur l'envie qui vous pousse à découvrir ce roman et un tirage au sort désignera les gagnants dans une semaine ( le 3/12/2013).

Merci Lise et Folio pour ce partenariat. Voici le billet de Lilly.

2/12/ 2013, voici les gagnantes du concours : Shelbylee, Claudia et Vanessa.

N'oubliez pas de m'envoyer votre adresse ( dans contactez l'auteur). Merci pour vos participations !

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20 novembre 2013

Le jardin blanc de Stéphanie Baron : ISSN 2607-0006

 

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Figure fascinante, autant par sa vie que par son oeuvre du groupe de Bloomsbury, V. Woolf (biographie sur le site Larousse) inspire encore de nombreux auteurs. Malheureusement, cela donne parfois de bien mauvaises idées aux auteurs : S. baron imagine que V. Woolf ne meurt pas le 28 mars 1941, noyée, mais elle aurait survécu un mois supplémentaire et aurait peut-être été tuée... Cette idée saugrenue permet ainsi à la romancière de développer une intrigue très plaisante où se mêle - à une intrigue amoureuse entre le personnage principal Jo Bellamy et Peter, la personne chargée d'authenfier un manuscrit miraculeusement retrouvé de V. Woolf, - une chasse aux indices pour prouver la véracité du dernier manuscrit de V. Woolf, avec de nombreux poncifs : une boite entérrée au fond d'un jardin, une société secrète, un concurrent déloyal... Pas de temps morts, l'enquête se déroule sur un rythme trépidant.

Outre l'enquête haletante autour du manuscrit, l'intérêt réside dans les nombreux éléments sur la vie de Vita Sackville West et de son jardin de Sissinghurst. En effet, l'héroïne est une paysagiste américaine dont le commanditaire souhaite recréer le "jardin blanc" situé dans le Kent. La découverte d'un cahier qui semble appartenir à V. Woolf - dont le pastiche n'est pas particulièrement réussi - précipite la jeune femme dans une quête reposant sur des coincidences stupéfiantes.

Au détour de l'histoire, on en apprend davantage sur Albert Woolf et les apôtres. Quel est leur rôle joué pendant la guerre ? Comme un petit parcours touristique, on découvre les différents lieux où ont vécu la romancière et ses proches mais aussi les bibliothèques d'Oxford, et de Cambrige. Si l'évocation du groupe de Bloomsbury, de leurs oeuvres picturales et artistiques, est particulièrement intéressante, l'histoire romanesque entre la jeune jardinière et son patron, puis de Peter, semble se surajouter aux clichés créant ainsi un roman bien documenté mais cousu de fils blancs.

Le jardin blanc de Stéphanie Baron, NIL, 397 p.

Merci aux édition du Nil pour ce partenariat. Lu par Cryssilda, Lou, Titine... et participation au challenge V. Woolf de Lou

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09 novembre 2013

Au lieu-dit de Noir-Etang... de Thomas H. Cook : ISSN 2607-0006

 

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 "La vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie" :  Fils du directeur de la Chatham school, Henry est un enfant solitaire, tourmenté, qui découvre avec l'arrivée de son professeur de dessin, Miss Channing - d'une Afrique qui paraît qui lointaine de la Nouvelle Angleterre - une nouvelle vision de la vie : " Nulle règle pour régler la vie". Son père , Arthur Griswald lui apparaît comme le modèle de l'ennui et d'un conformisme morne qu'il rejette au profit de visions de liberté.

Au fil d'une histoire prolectique - on connaît le dénouement tragique - se développe l'imaginaire de cet adolescent lié à deux destins dignes des héros de Bronte. Miss Channing et son amant, un professeur marié, incarnent pour cet adolescent révolté de véritables héros de romans gothiques, la passion absolue. Mais l'imagination exaltée du héros lui permet-elle de percevoir les événements de manière objective ?

Souvenirs après souvenirs, Henry reconstitue la sombre histoire de meurtres autour du lieu-dit du Noir-Etang.  Que s'est-il passé véritablement entre les deux amants ? Le procès de Miss Channing a-t-il été équitable ? Henry est-il un témoin fiable ? Dans l'atmosphère brumeuse de ce cap battu par les vents, un vent de folie semble s'abattre sur tous les personnages : Mr Pearson, le procureur, s'acharne sur la femme adultère, Henry construit des châteaux en Espagne, une petite ville est aveuglée par le puritanisme...

Plusieurs destins se nouent et se dénouent autour des trois protagonistes principaux : une jeune domestique rêve d'être cultivée, le désir d'ordre et de vertu d'Arthur Griswald s'effondre, une petite fille devient orpheline... Lecteurs, retenez votre souffle, pour suivre ce récit haletant, passionné, passionnant, pour enfin découvrir la vérité sur le drame du mystérieux Noir-étang.

billet de Titine et celui de Margotte !

Au lieu-dit de Noir-Etang, Thomas H. Cook, Editions Points, 378 p.

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