21 mai 2014

La fleur au fusil / Le der des ders de Tardi : ISSN 2607-0006

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On retrouve la touche des Adèle Blanc-sec dans Adieu Brindavoine : dans l'appareil didactique qui suit cette BD, on apprend qu'elle a été publiée dans un journal hebdomadaire. BD-feuilleton donc, elle met en scène M. Brindavoine, un dilettante, à qui Zarkhov promet un brillant avenir. Brindavoine part à Istambul à la rencontre de son mirifique destin où il fait la connaissance de Carpleasure, un exentrique anglais, qui n'hésite pas en pleine traversée du désert, menacé de mort, à boire son thé. Rêves, aventures rocambolesques, coincidences se succèdent de manière effrénée. Cette aventure très fantaisiste nous permet de faire connaissance avec un anti-héros, Brindavoine, qui va devenir soldat Dans La Fleur au fusil.

En quelques planches, où sont présents aussi les mêmes procédés de rêve, d'animation des objets, La fleur au fusil illustre la vision pacifiste de Tardi : condensés en quelques cases où domine le rouge sang, on voit des combats absurdes et sanglants mais aussi des fraternisations. Certains hommes sont métamorphosés en brute par la guerre, aveuglés par leur pouvoir. Avec des détails historiques réalistes, en employant l'argot des troupiers, Tardi dénonce la guerre avec l'évocation des désertions, des orphelines de guerre, des morts.

Tardi, Adieu Brindavoine, suivi de La fleur au fusil, Magnard Casterman, 79 p.

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Quelques thématiques sont récurrentes chez Tardi : comme les polars, la première Guerre Mondiale... Ce sont ces éléments que l'on retrouve dans Le der des ders. En 1920, le détective privé Eugène Varlot est engagé par un colonel, Fantin de Larsaudière qui soupçonne sa femme d'avoir des relations extra-conjugales. Dans des planches en noir et blanc, on découvre peu à peu une histoire de chantage, avec en arrière-fond, une description du Paris de l'entre-deux-guerres, avec mille détails historiques qui ne démentent pas l'intérêt de Tardi pour l'Histoire. De surcroît, un épisode sordide et trouble de 1917 est développé ; de même, les cauchemars de Varlot - ancien combattant - et l'évocation des gueules cassées permettent au bédéiste de développer sa critique de la guerre.

Même si les dessins me semblent souvent très surchargés, on peut voir, dans ces trois histoires, se déployer le talent de l'auteur de C'était la guerre des tranchées pour créer le suspense, les caricatures mais auss le comique.

Daeninckx, Tardi, Le der des ders, Magnard Casterman, 107 p.

Participation au challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie BD, mon bilan)

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17 mai 2014

De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Beaugé : ISSN 2607-0006

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De la mode : Nous sommes obligés de nous vêtir - comme le rappelle le journaliste Marc Beaugé dans De l'art de mal s'habiller sans le savoir, car se balader nu en public reste " un plaisir coupable, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ( article 222-32 du code Pénal))". Cependant, l'auteur se demande s'il est bien raisonnable d'arborer une doudoune, de porter une cravate ultra-fine, de cumuler barbe, lunette, mèche.... question toute rhétorique ! Effectivement, porter une chemisette au travail  se révèlera peu esthétique au moment de faire une présentation power point. En revanche, elle sera tout appropriée à la plage... De même, rentrer son pantalon dans ses bottes - à moins d'être un pêcheur ou un cavalier - est une mode peu sensée car si les manequins rentrent leur pantalon dans leurs boots, c'est pour mieux mettre en valeur ces dernières. Des quiproquos regrettables amènent ainsi des modes peu esthétiques. A partir de chaque pièce de l'habillement féminin ou masculin se cache un héritage sociologique ou historique ou révèle une époque. Par exemple, le mot "dandy" est complètement gavauldé et M. Beaugé de rappeler que ce n'est pas seulement une mode vestimentaire " Le dandysme est davantage une manière d'être que de paraître". Ces articles analysent brièvement, avec drôlerie, les travers vestimentaires et l'historique de certains vêtements.

D'un extrait : "Est-ce bien raisonnable de  porter une cravate quand on est une fille ?

Puisque Honoré de Balzac a eu la gentillesse de nous avertir que "la cravate de l'homme de génie ne ressemble pas à celle du petit esprit" il aurait aussi pu nous prévenir que la cravate de la femme libre, indépendante et , accessoirement, fumeuse de pipe telle que George Sand, n'avait pas grand -chose à voir avec la cravate de la fille vaguement dans le coup, et très mollement punk-rockeuse, telle Avril Lavigne. Cela aurait permis d'éciter toute assimilation entre l'auteure de la mare au diable et celle de Skater Boy.

Car au début de l'histoire, la cravate était , chez la femme, une affaire politique. en délaissant corsets et crinolines pour s'pproprier l'accessoire masculin ultime, les féministes du XIXeme siècle, de Flora Tristan à George Sand, revendiquaient en effet le droit à mener une vie libre et active. A la même époque , la féministe américaine Amelia Bloomer formalisa, pour les femmes, une tenue d'action dite "rationnelle". Outre un pantalon large serré aux chevilles par des volants, celle-ci comprenait une cravate d'homme, symbole de l'émancipation, pas encore objet de mode"...

De l'art d'illustrer :

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 Quelques illustration de Bob London viennent agrémenter cette lecture plaisante. Cet illustrateur a publié ses dessins dans The New York Times et The guardian et il collabore aux chroniques hebdomadaires de Marc Beaugé dans le magazine le Monde.

Marc Beaugé, De l'art de mal s'habiller sans le savoir, point, 167 p.

Billet de Keisha

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12 mai 2014

Les Monuments men de Edsel : ISSN 2607-0006

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 Forfuitement, j'ai écouté une émission sur France culture " question d'éthique" ( par Monique Canto-Sperber) intitulée "Les oeuvres d'arts volés par les nazis : les enjeux moraux des restitutions" avec Elizabeth Royer, marchance d'art et historienne, alors que je lisais Monuments men. Cette écoute m'a permis d'avoir un regard critique sur ma lecture. J'avais d'ailleurs vu un documentaire sur "Gurlitt et le trésor nazi" mais qui n'apportait pas vraiment de faits nouveaux.

Monuments men relate la genèse, la biographie et les actions de ce groupe d'hommes envoyés pour protéger les oeuvres d'art pillées pendant la Seconde Guerre Mondiale et les monuments bombardés lors des combats. Qui sont-ils ? Quels étaient leurs moyens ? En quoi consistaient leurs actions ? En s'appuyant sur des essais, sur des biographies, sur  des lettres envoyées par ces hommes tels que Georges Stout, Rose Valland, Romirer... et sur des archives reproduites à la fin de chaque chapitre, Edsel reconstruit la trajectoire de ces hommes qui se vouaient à l'art. Comme les Monuments men n'oeuvraient pas à chaque instant au sauvetage des oeuvres art, on les voit aussi participer au combat. Très clairement, il souligne la difficulté de cette entreprise: " Aucune ville n'a mieux que Saint-Lô illustré la complexité de la mission des Monuments men censés trouver le juste milieu entre la protection du patrimoine et la réalisation des objectifs militaires" (p. 128). Par exemple, Romirer a essayé d'empêcher que le jardin des Tuileries soit saccagé par les camions, les chars de l'armée présents lors de la libération de Paris. De manière factuelle, Edsel resitue leurs actions dans la guerre, décrivant le débarquement en Normandie, la libération de Paris, l'invasion de l'Allemagne et la découverte des camps de la mort.

Cet essai restitue de manière très fouillée le destin de ces hommes. C'est clairement un éloge de leur travail, qui longtemps n'a pas été reconnu : il soulige leur courage, luttant sans cesse contre les décisions militaires, le manque de moyen, l'incompréhension des soldats devant leur mission et leur rôle capital dans la découverte de la mine de Altausee. L'auteur souligne d'ailleurs que l'oubli de leur rôle n'a pas permis de renouveler la création de la MFAA lors de guerres suivantes ( comme en Irak).

L'art pourrait être considéré comme mineur quand des vies de soldats sont en jeu : pourtant, il a un autre enjeu comme le montre les paroles de ce jeune Monument man Harry Ettlinger, juif allemand ayant fui son pays : " Je n'ai pris vraiment conscience de ce que signifiait l'Holocauste, qu'en me rendant compte que les Nazis avaient privé les juifs non seulement de la vie ( au fond, je ne l'ai saisi que bien plus tard) mais aussi de leurs biens personnels [...] Neusschwanstein m'a ouvert les yeux sur cet épisode de l'histoire qu'il ne faut surtout pas laisser sombrer dans l'oubli" ( p. 510).

Edsel n'idéalise pas le comportement de tous, il évoque notamment le pillage des Russes ( "Aux troupes soviétiques [...], se joignaient des officiers des brigades financières dont la mission consistait à s'emparer des richesses de l'ennemi [...] pour racheter les souffrances de son peuple" (p. 393), du peuple Allemand, et des Américains, dans le dernier chapitre " L'après-guerre", il s'attache à chaque Monument man pour décrire leur destin, tout en laissant un peu de côté le fait que beaucoup d'oeuvres n'ont pas été restituées, ni retrouvées... Cet ouvrage, très richement documenté sur l'histoire de cette période ( même si l'auteur a romancé certains dialogues comme l'indique dans la présentation de l'ouvrage, et effectivement, il n'hésite pas à créer du suspense autour des révélations de Rose Vallant), découpés en brefs chapitres facilitant la lecture, permet de faire la lumière sur un sujet peu abordé mais passionnant et qui soulève bien des problèmes éthiques...

Robert M. Edsel, avec Bret Witter, Monuments men, A la recherche du plus grand trésor nazi, folio, 598 p.

Partenariat folio, Merci Lise.

Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo, ( catégorie essai, mon bilan)

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08 mai 2014

Memories of murder/The snowpiercer de Bong Hoon-Ho : ISSN 2607-0006

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Après avoir vu Mother, découvert son film comico-fantastique The Host, j'ai pu voir Memories of murder et j'étais bien curieuse de découvrir son dernier film The Snowpiecer.

Tout d'abord, parlons de Memories of murder. Dans les années 80, des meurtres en série sont commis en Corée. Face à ce nouveau type de crime, la police est désemparée et cumule les bévues. Dès les premières images du film, des indices sont détruits à cause de la négligence de la police et toute l'intrigue se contruit sur cette absence de preuves et la ruine psychologique des enquêteurs principaux. La police archaïque emploie des méthodes peu orthodoxes, révélant la déréliction des principaux enquêteurs. Qui est l'assassin ? Trois suspects sont suscessivement arrêtés mais aucune preuve ne peut être définitivement donnée, ce qui crée une tension jamais résolue... L'arrivée d'un flic de Séoul va-t-il permettre à l'enquête de progresser ?

C'est avec beaucoup de talent que  Joon-Ho Bong arrive à ressusciter la Corée des années 80. Le film est sombre, très lugubre : dans des coloris gris ternes, nous pouvons voir se déployer une enquête sur fond rural. Le réalisateur déclare même avoir créé le genre du "thriller rural", renouvelant ainsi les films sur les sérials killers. Le désarroi grandit parmi ces policiers impuissants à attraper le criminel. C'est une oeuvre très réaliste, qui s'inpire de faits réels et qui montre un grand soin dans la reconstitution - décor, objets et costumes - de ce fait survenu en 1986. On retrouve avec l'intérêt un film où l'on retrouve l'esthétique de J-H Bong.

Memories of murder, J-H Bong, 2004, 2h10.

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Snowpiecer est une contre-utopie inspiré d'une BD, intitulé Le transperceneige de B. Legrand et Jacques Lob (1984) : dans un paysage post-apocalyptique, situé en en 2013, les derniers survivants de l'humanité essaient tant bien que mal de survivre, dans un train qui fait le tour du monde. Le réalisateur donne une vision marxiste de l'humanité avec une lutte des classe sans cesse renouvelée. Le message manichéen, lutter pour la liberté - et les scènes de combats hollywoodiens éloignent ce film de l'esthétique du réalisateur. De nombreuses scènes d'une grande cruauté - comme un combat à la hache qui paraît interminable - sont répétitives et caricaturales. Seuls les paysages enneigés sont impressionnants et grandioses. Un film d'une grande violence où l'on ne retrouve pas l'humour ni la touche esthétique de J-H Bong.

Snowpiercer, J-H Bong, avec chris Evans, Jamie Bell.

lien vers le billet de Dasola qui parle aussi de la BD.

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01 mai 2014

Au mois de avril 2014... ISSN 2607-0006

18_lautrec_0Au petit palais s'expose actuellement "Paris 1900, la ville spectacle", une exposition bien tentante. Voici une autre exposition à voir, celle de "Caillebotte à Yerre, au temps de l'impressionnisme" dont parle Titine.

Au rayon polar, Keisha fait éloge de Ed McBrain, Le 87eme district. La mort s'habille en crinoline de Jean-christophe Duchon-Doris a beaucoup plu à Fanny et titine. Pour changer des polars nordiques ( Aproposdeslivres présente la muraille invisible de Mankel) et des whodunits anglais, Sharon présente un policier belge : La mort à marée basse de Pieter Aspe. Quant à Persephone, elle a été déçue par Intrigue à Giverny de Goetz. Pour ceux qui ont aimé le premier Dan Waddell, le deuxième opus Depuis le temps de vos pères est chroniqué chez titine , Lou et Soie.

Au rayon biographie et autographie, Un été avec Montaigne d'A. Compagnon est évoqué chez Keisha et Shelbylee dit ce qu'elle pense de la biographie de Shakespeare de P. Ackroyd. Malice nous parle de William blake de C. Jordis. Mrs Figgs s'est penchée sur la vie de Henry James ( L'auteur, l'auteur de Lodge) et La Lyre sur la vie de Janet Frame ( Faces in the water, J. Frame)

Au rayon livre historique, Lili nous conseille dans le grand cercle du monde, de J. Boyden. Luocine a peu apprécié Expo 85 de J. Coe. En revanche, Fleur nous conseille La petite communiste qui ne souriait jamais de Lafon qui décrit la Roumanie des années 80. Et pour augmenter vos hautes PAL, je signale le billet Mrs figgs sur Les infortunes de Katty Grey, de Hooper et le billet de Keisha,  Isabel Dalhousie de McCall smith.

PRISONERS - Bande Annonce

Prisoners : Deux fillettes sont enlevées. Cela pourrait donner lieu à une très classique intrigue mais dans le thriller de Denis Villeneuve, Le suspense ne cesse de croître. Le dénouement est retardé par des événements contingents : découverte d'un cadavre dans une cave, une ancienne affaire d'enlèvement... Hasards ? In fine, on découvre une intrigue machiavéliquement construite, rendue encore plus énigmatique par des ellipses. Le doute persiste jusqu'au bout avec une fin pas aussi heureuse qu'elle n'y paraît. Pluie, obscurité, noirceur des âmes, des acteurs impressionnants par leur réalisme, deux enquêtes parallèles, celle du père Keller et celle du policier Locky, permettent à cette enquête d'échapper à quelques poncifs et d'être terriblement efficace.

Prisoners, réalisé par Denis Villeneuve, 2h33, 2013, avec Hugh Jackman, Jack Gillenhaal

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Dans mes derniers achats se trouvent De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Beaugé, Sodome et Gomorrhe de Proust, car j'ai enfin décidé de lire toute la Recherche , Chronique d'un crime de Connely, Shakespeare notre contemporain de Jay Kott, Amerigo de Sweig, La marche de Radetzky de Joseph Roth, Les mémoires d'Hadrien  et L'oeuvre au noir de Yourcenar. Et même si je l'ai déjà vu, j'ai acheté De grandes espérances réalisé par Bryan Kirck où Gillian Anderson, après avoir brillé dans The house of mirth, dégage une aura fascinante dans cette adaptation de Dickens. Bonne semaine et bonnes lectures !

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23 avril 2014

La déchéance de Mrs Robinson/ L'affaire de road hill House de Summerscale : ISSN 2607-0006

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En quoi consiste l'affaire de Road Hill  House ? Comment s'est constituée la police métropolitaine de Londres ? Qui était le modèle de l'inspecteur Cuff dans Pierre de Lune de W. Collins ? Quelles étaient les sources d'inspiration de Dickens dans Bleak House ? Vous apprendrez tout cela et même plus dans le très documenté essai de Summerscale : en 1860, un jeune garçon, Saville Kent, est tué dans une maison, de la moyenne bourgeoisie anglaise, soigneusement fermée de l'intérieur. Le coupable ne peut être qu'une personne de la famille. Est-ce que ce sont les enfants du premier lit ? Serait-ce un ancien employé mécontent ? Ce crime sordide provoque un immense intérêt et un retentissant scandale dans toute l'Angleterre : pour la première fois, des inspecteurs de police vont pénétrer dans un foyer anglais, lieu inviolable jusqu'à lors. Pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le coupable ?

Dépositions de justice, bulletins de presse, archives policières permettent à l'auteur de reconstituer l'enquête policière mais aussi les moeurs de l'époque. Innombrables sont les informations livrées sur les différentes classes sociales de l'époque, salaires, métiers... Malgré des digressions qui brouillent singulièrement l'enquête, de remarquables parallèles avec les grands romans de l'époque agrémentent cette lecture. D'ailleurs, l'auteur n'hésite pas dans un chapitre intitulé " Les femmes ! Tenez vos langues !" à parodier les procès de l'époque : elle reprend un motif littéraire à sensation. A travers le destin de Whicher, policier chargé de l'enquête, d'autres enquêtes sont évoquées comme l'affaire Tichborne. Bien plus qu'un sordide fait divers, Summerscale relate - parfois trop minutieusement - dans ce reportage historique, tout un pan de la société vitorienne.

Summerscale, L'affaire de Road Hill House, 10/08, 523 p. Billet de Titine, Claudia, La bibliothèque d'Allie, Alice, Miss Léo, adalana.dasola,..

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Quelles sont les moeurs de l'Angleterre victorienne ? quelle est le statut de la femme ? Si les romans de l'époque en donnent une vision très juste, dans La déchéance de Mrs Robinson, journal intime d'une dame de l'époque victorienne, Summerscale s'approche davantage de la vie d'une femme dans l'Angleterre du XIXeme siècle en nous plongeant au coeur de l'étourdissant et vrai journal de Mrs Robinson : mal mariée, à un mari cupide, celle-ci aspire à une riche vie intellectuelle et à une certaine indépendance. Cette femme insatisfaite ne vous rappelle-t-elle pas une des héroïnes du XIXeme siècle ? Dans Madame Bovary, Flaubert écrit " sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son coeur" ( p. 68). Côtoyant des personnages célèbres comme George Combe, elle est séduite par le Dr Lane. Conséquemment, on découvre peu à peu l'adultère de cette femme malheureuse. Mais lorsque son mari trouve forfuitement le journal, il la traine en justice alors que lui-même a une maîtresse. Que disent les manuels de conduite tels que The Wives of England (1843) écrit par S. Slickey Ellis ? " C'est sans contexte un droit inaliénable pour tous les hommes, malades ou bien portants, riche ou pauvres, raisonnables ou insensés, que de se voir traiter chez eux avec égards et déférence".

Comme dans L'affaire Road Hill house, K. Summerscale ne se contente pas de témoigner de la vie de cette femme à travers des bribes de journal, elle décrit tout l'appareil juridique de l'époque et les nouvelles lois sur le divorce, les avancées des recherches scientifiques de l'époque ( phrénologie, hydrothérapie, les théories de Darwin), la sexualité des femmes, avec toujours autant de détails : aussi peut-on lire avec stupéfaction " à midi, les juges vont se restaurer - d'ordinaire une côtelette accompagnée d'un verre de xérès - puis regagnent le prétoire pour toute la durée de l'après-midi" ( p. 204) ! De même, des références littéraires, tels que La dame en blanc de Collins complètent ce vaste tableau des moeurs qui abordent tour à tour des thèmes aussi variés que l'utilisation du journal par les femmes, la sexualité, la religion, la folie et l'enfermement abusif pour faire revivre sous nos yeux la société victorienne engoncée dans ses préjugés.

On attend maintenant la traduction de son premier livre, la biographie The Queen of Whale Cay ou un autre témoignage de l'époque victorienne qu'elle décrit avec un indéniable talent.

Summerscale, La déchéance de Mrs Robinson, 10/18, 291 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo. ( catégorie témoignage/ mon bilan).

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21 avril 2014

Hannah Arendt de M. Von Trotta : ISSN 2607-0006

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Lorsqu'on a lu Eichmann à Jerusalem* de H. Arendt ( plusieurs émissions lui sont consacrées sur France Culture), on peut trouver le film de M Von Trotta trop simpliste et superficiel. Pourtant, le choix de M von Trotta de dresser un portrait partielle de la célèbre philosophe H. Arendt est particulièrement judicieux, évitant de faire de la vie de celle-ci une succession de moments hautement dramatiques avec des périodes notables comme sa relation avec le philosophe Heidegger ou sa rencontre avec Benjamin à Paris... Elle s'attache notamment à filmer les positions de la philosophe pendant le procès d'Eichmann qu'elle a couvert en 1961 et décrit la genèse de son illustre essai Eichmann à Jerusalem. Certes, les idées sont simplifiées, lacunaires mais elle a, me semble-t-il, montré l'essentiel. Comment filmer la pensée en train de se construire ? Souvent, dans une vue plongeante, elle filme la philosophe, réfléchissant dans le calme et la solitude, faisant allusion à la pensée philosophique de H. Arendt, qui se veut un dialogue entre soi et soi-même. En outre, la polémique suscitée par la parution des articles pour New Yorker est bien mis en scène : " Hannah Arendt est-elle nazie ?" titre scandaleusement le Nouvel Observateur d'octobre 1966. Gershom Sholem lui reproche sa désinvolture... A juste titre, T. Todorov, faisait remarquer " qu'à en juger par le nombre de malentendus qu'elle a provoqués, l'expression (["banalité du mal"]) n'était pas très heureuse ; mais l'idée d'A. Arendt est importante". En revanche, son propos sur les conseils juifs - elle s'appuyait sur La destruction des Juifs d'Europe de Raoul Hilberg - a été remise en cause.

Cependant, le film ne tombe pas dans l'abstraction d'un débat d'idées : il évoque de manière réaliste la période concernant le procès, où on peut voir des images d'archives et la retransmission en direct de la captation du procès auquel H. Arendt n'assistera qu'en partie. Autour du portrait de la philosophe, sont aussi brossés les portraits des proches de la philosophe comme son mari, l'indispensable secrétaire et son cercle proche d'amis, tout en faisant allusion à ses rapports complexes avec le philosophe Heidegger. Ce film, qui s'inscrit dans une trilogie ( Rosa Luxembourg, Hildegard Von birgen), est une bonne introduction au système philosophique de l'auteur des origines du totalitarisme, même si l'on regrette que la pensée arendtienne soit réduite à une peau de chagrin.

Hannah Arendt, Film de Margaret Von Trotta, avec Barbara Sukowa, 2012, 113 min.

* H. Arendt, Eichmann à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

 Avis de Dasola.

Pour compléter la vision du procès donné dans ce biopic, vous pouvez visionner le documentaire diffusé sur France 2 : Eichmann, un procès. Là, alternent des documents d'archive du procès, qui se voulait "Le Nuremberg du peuple juif" avec l'intervention de nombreux historiens, romanciers... L'objectif n'est bien évidemment pas le même que celui de Von Trotta. Si celle-ci cherchait davantage à montrer la pensée arendtienne, le documentaire déroule des faits bruts - de l'arrestation d'Heichmann à sa condamnation à mort - et une analyse plus historique : ce documentaire met l'accent sur l'Histoire, avec la prise de conscience internationale des horreurs du génocide. S'attardant longuement sur les témoignages des survivants des camps, le réalisateur a mis en lumière la place capitale de la parole des témoins qui avait été jusqu'à lors peu écoutée.  

Heichmann, un procès, réalisé par Michaël Prazan.

 

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Un documentaire, entièrement constitué d'archives historiques, réalisé par Delage, apporte des informations sur un autre procès de criminels nazis : Nuremberg, les nazis face à leurs crimes. Portraits des principaux nazis - Goering, Hess, Speer... - déroulement du procès donnent une vision assez complète d'un point de vue juridique.

Nuremberg, Les nazis face à leurs crimes, Delage.

Les carnets secrets de Nuremberg, quant à eux est une approche psychologique du procès. Ces carnets sont ceux de Léon Goldenshon, psychiatre américain qui fut amené à cotoyer quotidiennement les grands criminels nazis de janvier à juillet 1946. Il devait s'assurer de leur santé mental et découvrir l'origine de leurs actes atroces. Des citations du carnets donnent une vision anecdotique de ces criminels et ne font qu'effleurer le sujet d'un point de vue psychologique. En outre, les reconstitutions qui sont mêlés aux archives historiques sont peu utiles et fictionnalisent un sujet qui n'en a guère besoin.

Les carnets secrets de Nuremberg, de J.C. Deniau, 2006.

billet de Suspends ton vol, le nazi et le psychiatre de Jack El-Hai.

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13 avril 2014

La domination masculine de Bourdieu : ISSN 2607-0006

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La question des genres a fait son entrée fracassante dans les programmes d'histoire des lycéens en 2013. Elle a suscité une bien vive polémique en raison peut-être des amalgames faits autour de cette notion. Le sociologue Bourdieu, dans La domination masculine, analyse ce terme en tant qu'outil sociologique. S'appuyant, dans une première partie, sur une étude de la société Kabyle, de ses moeurs et de son langage révélateur, il démontre comment les sociétés méditerranéennes sont androcentriques. C'est l'école, l'Eglise ou l'Etat qui sont le lieu d'une élaboration et d'une imposition des principes de domination masculine. Par ailleurs, il parle de " violence symbolique" faites aux femmes et aux minorités car elle est invisible même pour ses victimes. Par exemple, au Nigéria, le " dénigrement intériorisé de tout ce qui est indigène" ont amené leurs habitants à parler anglais. En outre, il constate que l'homme est prisonnier de sa représentation et que c'est un long travail de socialisation qui l'amène à vouloir dominer les autres : "le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière comme universelle".

Si l'on remonte dans le cours de l'Histoire, on verrait que la reproduction de la domination masculine se fait de manière inconsciente : la monarchie de droit divin ou la "propagande iconographique" justifie une hiérarchie où la femme est exclue. En s'appuyant sur la notion de plafond de verre ou de " l'être perçue" ( la femme utilise la séduction comme arme car cela recouvre une image attendue de la collectivité). Un exemple, choisi par Bourdieu, est le choix du prénom des filles en Amérique qui est souvent français pour des raisons de séduction alors que les prénoms masculins sont souvent des prénoms choisis dans l'histoire du pays. 

L'auteur montre comment l'écart se maintient malgré des mutations sociales en faveur de la condition féminine. Ces changements visibles, selon lui, comme l'indépendance financière, l'apparition de nouveau type de famille, masque la permanence des structures. En s'appuyant sur des exemples précis et concrets, sans jargon excessif et de facto tout à fait accessible, Bourdieu définit la notion genre comme un outil d'analyse pour réfléchir sur les rapports des hommes et des femmes et de leur place dans la société, qui sont déterminés par l'histoire.

La domination masculine, Boudieu, Points essais, 158 p.

Tomboy - Trailer

Le film commence sur un gros plan, celui du visage de Laure. Visage ambigu aux cheveux courts. Enfant déracinée, qui a connu de nombreux déménagements, Laure cherche ses repères dans sa nouvelle ville. Lorsque Lisa la prend pour un garçon, elle ne cherche pas à la détromper car cela lui permet de s'intégrer plus facilement à un groupe de garçons.

Les images de l'enfance, de ses jeux, de son insouciance ou de ses inquiétudes sont filmés très subtilement. On perçoit nettement une différence entre les jeux turbulents des garçons, habitués à se battre tandis que la petite soeur Jeanne reste sagement à la maison, jouant à la poupée. Les stéréotypes semblent à l'oeuvre dès l'enfance. Mais, me semble-t-il, Tomboy aborde moins la question des sexes que celle de la différence. C'est aussi un très beau film sur l'intégration de l'autre et sur l'innocence : comment Laure va-t-elle surmonter les problèmes liés à son mensonge ?

Le sujet du film a provoqué de nombreuses polémiques ( pétition "Non à la diffusion du film Tomboy dans les écoles !" en 2012) comme la récente pétition de civitas qui voulait empêcher la diffusion de ce film sur arte pour cause de "propagrande pour l'idéologie des genres". Vous pouvez lire l'article très justement ironique de Télérama.

Tomboy,Céline Sciamma, 2011 avec Zoé Héran.

Participation au challenge Le mélange des genres de Miss Léo, (catégorie essais, mon bilan ici)

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09 avril 2014

Après / A l'ouest rien de nouveau de Remarque : ISSN 2607-0006

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 A L'ouest rien de nouveau : A travers le récit de Paul Baumer, nous assistons à l'enfer des tranchées, décrivant la vie quotidienne d'un soldat de 1914-1918 : " Feu roulant, tir des barrages, rideau de feu, mines, gaz, tanks, mitrailleuses, grenades, ce sont là mots, des mots, mais ils renferment toute l'horreur du monde".

Lors des permissions, Paul évoque la misère du peuple allemand mais aussi l'incompréhension de ce que vivent les soldats. Blessé, il se retrouve dans un hôpital catholique, ce qui ne l'éloigne pas des horreurs de la guerre : la description des malades est tout aussi insoutenable que celles des soldats tués dans les tranchées. La douleur est omniprésente que ce soit celle des soldats, celle des proches qui pleurent leurs morts, celle des animaux, de la nature. Le narrateur porte un regard lucide et critique sur l'armée et sur les mensonges que recouvrent les termes de devoir et patrie. Il montre aussi comment l'uniforme peut métamorphoser un homme : leur caporal Himmelstoss est un postier dans le privé mais il aime tourmenter les soldats dans les casernes. Un témoignage à lire d'une vision de la première guerre Mondiale sans idéalisation, ni héroïsation.

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Après décrit le retour des soldats qui étaient présents dans le roman A l'ouest rien de nouveau ( pour ceux qui ont survécu, la mort de Paul Baumer est évoquée), mais pour beaucoup, ce n'est pas un retour à la vie : marqués à jamais par l'apocalypse de la première Guerre Mondiale, ces jeunes gens n'ont plus d'espoir. Confronté à une société en proie à la misère ou aux mercantis, ils doivent faire face au désarroi qui envahit leur vie : que faire après avoir connu les atrocités des tranchées ? Ernst évoque le sort de différents soldats, ceux qui sont dans les asiles, qui retournent dans l'armée par fatalisme, ceux qui ne peuvent pas travailler parce qu'ils sont mutilés, ceux qui se suicident... Ils tentent de survivre dans cette Allemagne de l'après-guerre qui souffre à cause de l'inflation du marks et du manque de nourriture. Seul et se sentant " étranger" , Ernst passe ses examens pour devenir instituteur mais il n'arrive pas à s'accoutumer à une vie normale, hanté par les morts du passé.

Comme dans A l'ouest rien de nouveau, Ernst remet en cause l'idéologie enseignée dans les classes tout en soulignant l'absurdité de la guerre. "Je crois que nous sommes tous perdus", dit Rahe, camarade de Ernst. Dans ce récit, souvent le "nous" s'ajoute à la voix du narrateur mais même la camaderie née de la guerre s'étiole hors des combats. Comme A l'ouest rien de nouveau, E. M. Remarque a écrit un témoignage sur le chaos de l'Allemagne après-guerre sans pathos mais où s'exprime avec force le désespoir d'une génération sacrifiée, qui arrive à nous atteindre des années plus tard.

A l'ouest rien de nouveau, Erich Maria Remarque, livre de poche, 254 p.

Après, Erich Maria Remarque, folio, 398 p.

MERCI Lise pour ce partenariat avec Folio. Lu aussi par Aaliz et Lilly.

Challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie classiques étrangers). Mon bilan et celui de Miss Léo.

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04 avril 2014

Au mois d'avril 2014 : ISSN 2607-0006

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Van Gogh/Artaud, Le suicidé de la société : Voici une exposition au Musée d'Orsay qu'il faut aller voir. Niki en parle ici.

A ne pas rater, non plus, ce roman de Solomons qui a plu aussi bien à Soie ( Jack Rosenblum rêve en anglais), qu'à Keisha, qui parle d'intégration et d'une évocation rêvée de l'Angleterre et dont je retiens une belle citation : " Nous ne devons pas être des coquelicots dans un champ de blé". Autre roman parlant de l'Angleterre mais sur un aspect bien plus sombre, c'est Harriet de E. Jenkins lu par Lou et Titine. Je signale que notre Sherlock Holmes favori reprend du service - diffusion du cercueil vide actuellement - et que deux "making off" ( "Sherlock Holmes : l'héritage" et "Sherlock Holmes : l'enquête") permettent de connaître les sources, coulisses et secrets de tournage sur France 4. Quant à Luocine, avec un doux parfum de scandale, elle s'est intéressée à la presse à scandale anglaise.

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Avec la commération de la première Guerre Mondiale, de nombreux films et livres parlent de cette période mais aussi de la seconde Guerre Mondiale : Luocine évoque le film Ida de Pawel Pawlikowski, et lu Kinderzimmer de Valentine Goby, Hanns et Rudolf de Thomas Harding, Lilly et Aaliz ont lu Après de Remarque, Keisha a aimé la correspondance de Romain Rolland et Sweig, et Dasola nous parle du film Diplomatie de V. Shlöndorff.

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Malgré des déluges d'éloges, j'ai abandonné Le mystère Sherlock de J. M. Erre dont le comique de répétition est assez excessif et pesant. En revanche, le roman policier Le code 1879 de Dan Waddell présente une intrigue terriblement efficace : les recherches policières sont menées par un enquêteur peu commun, un généalogiste, et le lien entre meurtre et société victorienne est bien tissé. ( Lu par Val, Lou, Titine, Shelbylee, Miss Léo, Soie...).

Sont venus rejoindre ma PAL, La marque de Windfield de Ken Follet - merci soie  - et le code Rebecca de Ken Follet, Le grand cahier de Kristoff, HHHH de Laurent Binet, Dans le jardin de la bête d'Erick Larson, L'origine du mal de Humbert, Le problème Spinoza et Nietzsche a pleuré de Yalom, Shakespeare notre contemporain de J. Kott. Bonne lecture !

Posté par maggie 76 à 23:02 - - Commentaires [5] - Permalien [#]