01 avril 2018

C'est le premier, je balance tout (avril 2018) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Bande-annonce - Le tombeau des lucioles

Beaucoup moins connu que Miyazaki, Takahata n'en laisse pas moins de très beaux animes comme Le tombeau des lucioles ou Pomkopo. Trillian fait une belle rétrospective illustrée, qui j'espère vous donnera envie de plonger dans le quotidien, les mythes et les contes japonais...

2) LES FILMS

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J'ai pu voir ce mois-ci Phantom thread d'Anderson et The disaster artist de James Franco. J'ai continué aussi l'exploration de l'univers de Denis Villeneuve avec Enemy... J'ai visionné Gone girl mais je trouve l'univers de Fincher assez banal, pas clairement identifiable ( même si ce thriller psychologique est réussi et qu'il contient de nombreux "twists").

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Oh ! Hi lecteurs ! ( début fétiche des répliques de Wiseau dans The room). The disaster artist raconte le biopic de Tommy Wiseau qui réalise un film The room, qui deviendra un nanar culte. Inspiré de l'autobiographie de Greg Sestero, le long métrage se déroule en deux parties : une première, plutôt pathétique où l'on voit les déboires d'acteur du fantasque Wiseau, puis, une seconde, partie comique, qui révèle le tournage de The room. Le film doit être surtout vu pour la prestation de James Franco, qui incarne complètement Wiseau : un split final permet de comparer les deux films - The room et The disaster artist - et en souligne les similitudes parfaites. Toutefois, on aurait aimé en savoir plus sur le tournage du film, notamment les choix artistiques qui ont conduit à la confection de ce nanar inénarrable et les motivations des deux réalisateurs ( Quelles sont les raisons qui ont poussé Wiseau à faire ce film ? Et James Franco ? Est-ce un hommage au réalisateur ? A The room ? A lui-même ?). Un excellent film !

The disaster artist de James Franco, 2018, 1h44, avec James Franco, Dave Franco...

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Comme dans Premier contact Villeneuve utilise un structure assez conventionnelle de film de la rencontre avec des aliens mais pour mieux en déjouer les attentes ( les aliens ne sont pas des ennemis et ils permettent surtout de développer un drame intimiste), dans Enemy, le réalisateur semble filmer une enquête, qui est bien plus symbolique et intimiste que ne le laissent penser les apparences : un professeur d'histoire, Adam, découvre qu'un acteur a exactement le même physique que lui. Il se met donc en quête de cette personne, fasciné par cette ressemblance. En revanche, il découvre une personnalité exactement inverse de la sienne. En suivant le fil rouge de la sculpture "Maman" de Louise  Bourgeois, le spectateur comprend peu à peu la dimension psychologique de cette quête, l'araignée ayant plusieurs signifiations dans ce film, elle nous laisse sur une interprétation ambigüe de la fin... En bonus sur le DVD, on peut visionner l'après-séance du fossoyeur de film qui développe ses propres interprétations. 

Enemy de Denis Villeneuve, 2014, 1h30, avec J. Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sara Gadon...

3) LES LECTURES

Peu de lectures ce mois-ci mais j'ai pu découvrir l'écriture autobiographique fascinante de Claude Simon et l'univers policier et historique de Férey. J'ai été déçue par l'écriture de Lola Lafon, même si le livre vaut la peine d'être lu pour son sujet : la vie de Nadia Comaneci.

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4) LES ACHATS

Après la lecture du billet de Lewrentz sur un auteur japonais, Higashino, j'ai acheté La maison où je suis mort, La prophétie de l'abeille et La lumière de la nuit. Quant au billet de Tania sur Patti Smith, elle m'a donné envie d'acquérir Les glaneurs de rêves.

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19 mars 2018

Condor de Caryl Férey : ISSN 2607-0006

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Au Chili, dans la quartier de la Victoria, plusieurs adolescents décèdent, dans l'indifférence générale. Grabriella, une jeune Mapuche vidéaste, décide de faire appel à un avocat Roz-Tagle pour défendre leur cause : elle a cru voir des traces de drogue sur le nez de la dernière victime de quinze ans, le fils d'un ami. Celle-ci est aussi aidée de Stefano, un ancien militant du MIR qui a lutté contre Pinochet.

Le titre fait référence à l'opération Condor : on assassinait les opposants du régime, en s'appuyant sur la DINA. Quelques années plus tard, on retrouve ces anciens militants qui font face à leurs tortionnaires mais aussi la nouvelle génération, qui doit envisager l'avenir dans un pays dominé par le capitalisme, la corruption, la pauvreté. Roman politique, avec le passé du pays qui hante les personnages, Condor est aussi un ethno-polar : quelques passages font référence à la culture mapuche et aux autochtones du désert d'Atacama.

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"Salar" de Tara

L'écriture est sèche et nerveuse. Excepté une digression autour d'un récit écrit par Esteban et des larmes récurrentes, ce roman brasse incroyablement bien une grande diversité de thèmes et de lieux : s'appuyant sur des voyages, sur des rencontres au Chili et sur la lecture des livres de Pierre Kalfon, C. Ferey nous montre la vie dans les "poblaciones" avec des enfants vivant dans des décharges, des études inaccessibles au plus grand nombre, et l'histoire des habitants du "salar" de Tara. Même si les personnages ne sont pas très attachants ( un peu stéréotypés), Condor nous plonge au coeur de la tragique histoire et des paysages superbes du Chili post-dictatorial...

Condor, Férey, Folio policier, 500 p.

Sur le web : article "opération Condor : cauchemar de l'Amérique latine", Le monde diplomatique, 2001

Cliquez ici pour obtenir le livre sur Bookwitty.

Merci Folio pour ce partenariat. Lecture de partage de lecture

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16 mars 2018

Digital abysses de Miguel Chevalier : ISSN 2607-0006

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Miguel Chevalier est né à Mexico ( biographie ici sur son site) : diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris, il s'est imposé comme un pionnier de l'art virtuel et du numérique. Ce qui est frappant dans son oeuvre, c'est l'interaction entre ses oeuvres, le lieu d'exposition et les spectateurs. C'est donc dans la base sous-marine de Bordeaux - où domine le béton et l'eau - qui est un immense bunker, vestige de la Seconde guerre mondiale, qu'il choisit de montrer 10 installations monumentales liées aux fonds marins, les abysses.

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"Atlantide", 2015, Miguel Chevalier

Le visiteur est complètement immergé dans l'ombre : les oeuvres semblent bioluminescentes comme les organismes vivant dans les grandes profondeurs. On peut alors regarder des cabinets de curiosités rassemblant des sculptures imprimées en 3D s'inspirant de la faune et de la flore sous-marines. Puis, on traverse "la forêt de Kelp" : 4000 microstructures d'acier peinte en fluo et suspendues au plafond font penser à des algues... L'interaction se fait aussi par un système de "dripping électronique" : ce ne sont pas des jets de peinture que lance le visiteur mais son déplacement crée un mouvement sur "la peinture lumière" projeté sur un mur.

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"Cabinets de curiosités" de Miguel Chevalier

On peut même marcher sur des "digital abysses" qui se compose d'un tapis de bulles d'eau à la surface duquel se déplacent des organismes calqués sur des modèles existants. Lorsqu'on s'avance, ces organismes se déplacent, se développent et disparaissent... C'est une très belle expérience immersive dans un univers atypique, étrange et mystérieux...

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"Digital Abysses" de Miguel Chevalier
Digital Abysses 2018
Base sous-marine, Bordeaux, France,

Boulevard Alfred Daney
33300 Bordeaux
Exposition du 9 Mars au 20 mai 2018,

Du mardi au dimanche de de 13h30 à 19h

Sur le web : le site de Miguel Chevalier

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12 mars 2018

Le tramway de Claude Simon : ISSN 2607-0006

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Le tramway forme un triptyque autobiographique, avec L'acacia et Le jardin des plantes, qui  tisse trois liens : enfant, Claude Simon prenait un tramway qui l'amenait du collège à sa demeure. Il décrit aussi les lieux traversés avec une extrême précision. Ce n'est pas un hasard si les romanciers du Nouveau Roman ( comme Butor, Sarraute, Robbe-Grillet) étaient appelés "l'école du regard". Cette minutie dans les descriptions dit aussi la difficulté de décrire le réel : on  est loin des écrivains du XIXeme siècle qui écrivaient des romans comme "un miroir que l'on promène le long du chemin" ( Stendhal, Le rouge et le noir). A ces trajets, s'ajoutent la description d'un séjour à hôpital et des vacances du narrateur (peut-être peut-on y voir un parallèle entre la maladie de la mère et du fils...).

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Monument aux morts de Perpignan ( site l'association des lecteurs de Claude Simon)

Pourquoi faut-il lire Claude Simon ? Son écriture est référentielle (il décrit par exemple le monument aux morts de Perpignan) mais le désordre de la narration montre le travail mémoriel, les bribes de mémoires qui reviennent... L'emboîtement des parenthèses soulignent bien "le magma" des phrases qui se bousculent :

"[...] taciturne assemblé dont, des années plus tard, je devais me souvenir avec le même sentiment de dérisoire privilège ( quoique sachant qu'il n'y avait là qu'une tolérance) d'appartenir à une sorte d'élite dans l'étroite et étouffante puanteur du vestibule d'une baraque refermée la nuit par les gardiens et où chaque soir se tenaient cinq ou six ombres aux vêtements eux aussi élimés et souillés (avec cette différences qu'ils (les vêtements) avaient été des uniformes et que, dans les effroyables émanations des latrines d'urgence qu'enfermait aussi l'étroit vestibule où leur présence était tolérée, leur élitisme tenait seulement à la possession par ruse, larcin, ou quelque trafic clandestin, de la seule valeur marchande ayant cours dans un tel endroit, c'est-à-dire ( comme en témoignaient de semblables mégots roulés à la main, ventrus, bosselés, baveux, et fumés jusqu'à l'extrême limite) de tabac)" (p. 17. nous soulignons)

On remarque aussi "l'ère du soupçon" ( N. Sarraute) dans laquelle est entrée l'écriture : l'auteur de L'Acacia indique aussi entre parenthèses les référents des "ils" comme si la langue n'était plus transparente, une langue qui est faite de répétition et d'accumulation. Il ne faut pas avoir peur de se perdre dans cette écriture simonienne qui est labyrinthique comme les souvenirs, les pensées. Il faut relire les phrases plusieurs fois pour ressaisir le fil de l'histoire. C. Simon avait comme modèle Proust et Faulkner. Il pousse même plus loin "l'aventure de l'écriture" ( expression de Ricardou) puisque l'auteur commence des paragraphes interrompus par des points de suspension, ne marque plus le dicours direct par des guillemets, et fait proliférer ses phrases et ses descriptions sur des pages entières. ci-dessous : un passage entre parenthèses sur deux pages, sans poncutation...

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Une critique sociale transparaît dans la présentation de la bonne de la famille et de la "société" : on n'est pas loin des Verdurin de la Recherche. De facto, l'auteur fait référence explicitement à Albertine et à Marcel Proust (p. 54) pour souligner l'hypocrisie et le snobisme de ce microcosme, qu'il qualifie de "réactionnaire et d'ultra catholique". C'est toute une époque que fait mélancoliquement et sinueusement resurgir Le tramway de Claude Simon. L'écriture exigeante et difficile dit bien "le brouillard" des souvenirs : " comme si quelque chose de plus que l'été n'en finissait pas d'agoniser dans l'étouffante immobilité de l'air où semblait toujours flotter ce voile en suspension qu'aucun souffle d'air ne chassait, s'affalant lentement, recouvrant d'un uniforme linceuil les lauriers touffus, les gazons brûlés par le soleil, les iris fanés et le bassin d'eau croupie sous une implacable et protecteur brouillard de la mémoire".

Le tramway de Claude Simon, Editions de minuit,

Le discours de Stockholm, Claude Simon, Les éditions de Minuit,

Sur le web : L'association des lecteurs de Claude Simon

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09 mars 2018

Phantom thread d'Anderson : ISSN 2607-0006

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L'histoire d'Alma et de Reynolds Woodcock, c'est comme un conte de fée (cf. La lecon de cinéma de Anderson). Paul Thomas Anderson fait référence, par exemple, à The Tailor of Gloucester de Beatrix Potter. En effet, le riche et talentueux Reynolds Woodcock habille la bonne société de Londres, dans les années 50. Il rencontre, par hasard, une jeune serveuse et tombe immédiatement sous son charme : il lui donne une sublime robe et l'emmène dans son magnifique manoir. Mais les femmes ne restent jamais longtemps avec cet homme qui dédie sa vie entière à son travail de couturier. En outre, sa soeur Cyril régente sa vie et ne laisse personne perturber la vie répétitive, silencieuse et monotone du styliste. Mais c'est sans compter sur l'amour d'Alma qui ne va pas se cantonner au rôle qu'on veut lui faire jouer.

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La confection des habits, l'art (cf. La leçon de style des héros de Phantom thread) et la création tiennent une grande place dans le scénario : comme dans les documentaires de Loïc Prigent, on voit des défilés, le travail des couturières, Reynold en train de dessiner... Tissus, ateliers, robes soulignent le travail du créateur qui est extrêmement exigeant.  Les costumes sont absolument magnifiques.

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Mais l'amour qu'Alma porte au styliste va bouleverser son quotidien. La manière de jouer des acteurs vaut bien un oscar ! Le jeu sur les sons ( bruits des tartines, du thé servi !) et celui des regards soulignent les rapports de force des personnages et leur évolution. Le conte de fée se métamorphose en histoire vénéneuse : laissez-vous séduire par cette histoire, qui ne parle pas seulement de couture, qui est émouvante... Cependant, la manière de filmer est assez académique.

Phantom Thread d'Anserspn, 2018, (2h 11min) Avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville

LE FIL CACHÉ | Official French Trailer | Universal Pictures Canada

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05 mars 2018

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon : ISSN 2607-0006

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La petite communiste qui ne sourait jamais est une périphrase qui désigne Nadia Comaneci. Lola Lafon s'empare de la vie de cette gymnaste roumaine pour nous décrire une destinée atypique, sous un régime dictatorial, tout en menant une réflexion sur l'enfance des enfants stars.

L'hybridité du genre est gênante dans la lecture. On a pris soin de marquer "roman" sur la couverture. La fictionnalisation de la vie de Nadia est multiple. Comment accéder à la vérité sur sa vie ? Nadia devient vite un symbole du gouvernement de Ceausescu, qui mythifie le personnage. Des zones d'ombres subsistent. A ces incertidudes s'ajoute le choix narratif fait par l'auteur :  Lola Lafon feint d'avoir des communications avec Nadia pour écrire le roman. Des passages en italiques rendent compte de leur dialogue inventé et d'autres passages sont le récit écrit par l'auteur. A chaque instant, on s'interroge sur le degré de véracité des propos.

 Outre la forme hybride, les phrases elle-mêmes sont parfois confuses. Elles sont longues et n'en précises pas toujours l'énonciateur, comme dans le passage suivant :  "Toutes ces tâches. Ingérées sagement, leurs incessantes exigences à satisfaire se dévident de son être traversé de pellicules et de flashs, une radioactivité mondiale. Ca tourne, chérie. L'ordre du mérite de la nation de l'héroïsme, tout s'effrite, yes sir, j'ai l'image de Comaneci qui pleure, son corps est un champ de batailles acharnés qu'ils mènent et disputent, tous, celui dont l'ombre est au-dessus de Béla, ce plus-que-Béla de la république socialiste de Roumanie qui n'est finalement qu'un autre Béla, tous ces managers, tous, ils reprennent ses gestes un à un, la positionnent de façon qu'elle soit plus efficace, souple, facile d'accès." ( p. 198). Tout paraît confus, sentiment renforcé par l'utilisation de courts chapitres qui passe d'un lieu à un autre...

En revanche, la description du régime dans lequel vit Nadia est évoquée par touches et avec nuance : Lola Lafon qui a écrit ce livre en Roumanie (à Bucarest, précise-t-elle dans les remerciements) a transcrit la vision occidentale de ce pays mais aussi les sentiments des habitants. Elle ne cherche pas à idéaliser, ni à diaboliser le régime politique. Plusieurs anecdotes soulignent la dureté du régime. La securitate dresse des listes de mots interdits : " Ceux, en particulier, qui évoquaient la faim et le froid, et qui étaient considérés comme une allusion directe aux décrets de Ceausescu ; on n'avait pas le droit d'écrire : "il enfila un pull car il frissonnait "! Tout était lu et relu" (p. 218). 

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Le destin des femmes sous l'ère Ceausescu semble particulièrement préoccuper l'auteur : la politique pro-nataliste instrumentalise les Roumaines. Tout particulièrement, c'est la starification du corps de l'enfant qui scandalise la narratrice. "L'enfance sacrifiée" et le rejet du corps de Nadia, lorsqu'elle commence à grandir, et son changement remarqué au JO en Russie en 1980 font l'objet de nombreux passages du roman. On découvre donc la vie fascinante de Nadia Comaneci, mais déservie par une plume un peu brouillonne.

La petite communiste qui ne sourait jamais, Lola Lafon, Babel, 318 p.

Cliquez ici pour obtenir le livre sur Bookwitty

Nadia Comaneci, La gymnaste et le dictateur, documentaire, 2015, 50 min, à voir ici.

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02 mars 2018

C'est le premier, je balance tout ( mars 2018) : ISSN 2607-0006

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1) Les chroniques venues d'ailleurs

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Aimez-vous l'art nouveau ? Tania nous emmène dans une exposition art nouveau, reconstitution des magasins Wolfers : des objets luxueux, de la joaillerie sont présentés dans meubles dessinés par Horta. Un ravissement absolu ! Ci-dessous une des photographies que vous pourrez admirer sur son site...

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2) MES LECTURES

Exceptées les enquêtes écrites par Runcie, mes lectures ont été des déceptions avec la trilogie Miss Peregrine et les enfants particuliers de Riggs, le roman de Beauvais et La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon dont je vous ferai bientôt un compte-rendu.

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4) LES FILMS

J'ai passé de très bons moments cinématographiques avec La forme de l'eau de G. del Toro, Taxi Téhéran de Panahi, Miss Sloane de Madden.

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J'ai aussi vu Mademoiselle de Park Chan Wook : ce film coréen se déroule dans les années 1930. Il est inspiré Du  bout des doigts de Sarah Waters. Sooke et un escroc veulent capter l'héritage d'une jeune japonaise, enfermée par son oncle dans une grande demeure. Sookee entre au service de cette dernière mais leur plan va être déjoué... Et ce n'est pas la seule surprise que réserve le scénario, particulièrement retors. L'esthétique du film est à couper le souffle. Cependant, j'ai trouvé que les scènes sexuelles auraient pu être davantage implicites car toutes les dernières scènes sont très crues...

Mademoiselle, Park Chan Wook, 140 min, 2016

5) LES ACHATS

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26 février 2018

La forme de L'eau de Guillermo del Toro : ISSN 2607-0006

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Après Le labyrinthe de Pan et Crimson Peak, Guillermo del Toro met à nouveau en image une sombre histoire avec La forme de l'eau. On retrouve d'ailleurs une thématique del toroesque, celle des monstres (même si le vrai monstre n'est pas celui qu'on croit), déjà présente dans The strain ou Pacific Rim. Dans son dernier long métrage, on découvre donc la vie monotone et sans amour d'Elisa, qui est muette. Elle fréquente son voisin, un vieil homme, homosexuel, peintre talentueux, mais qui n'arrive pas professionnellement à s'adapter à la société en train de changer. Sa collègue de travail est une femme noire et elles doivent nettoyer un local gouvernemental, où un jour une créature est amenée. Elisa découvre qu'elle est capable de communiquer avec elle.

Dans les années soixante, se développe le rêve américain, incarné dans le film par Richard Strickland et sa jolie famille, vivant dans un joli pavillon, avec une jolie voiture. Elle est aussi représentée dans les dessins publicitaires du voisin Giles, à travers une famille blanche, aisée, et heureuse. Conséquemment, les noirs, les homosexuels, et les muets - et encore moins les créatures humanoïdes - n'ont pas de place dans cette société. D'ailleurs, G. del Toro dit avoir écrit cette romance car il ne supportait plus la xenophobie ambiante dans l'Amérique contemporaine ( cf. arte La forme de l'eau nommé aux oscars). C'est la partie la moins subtile du film : les personnages sont clairement stéréotypés. L'ambiguïté du Labyrinthe de Pan fait défaut à ce film.

En revanche, avec une télévision souvent présente à l'intérieur de notre écran, c'est tout le cinéma de l'époque qu'on regarde défiler : La forme de l'eau emprunte son esthétique  à des comédies musicales, une partie de l'intrigue ressemble à un film d'espionnage et une autre à un film fantastique ( inspiré de l'étrange créature du lac noir, un film des années 50). Surtout, avec ses teintes verdâtres comme l'eau et la créature, ses scènes noctures, son imaginaire personnel, Guillermo del Toro nous plonge dans son univers cinématographique reconnaissable, fantastique et onirique.

La forme de l'eau de Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins (2 h 03).
billet sur le site le Monde Niki,

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23 février 2018

Sidney Sambers et l'ombre de la mort, Les mystères de Grantchester de James Runcie : ISSN 2607-0006

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Sydney Sambers et l'ombre de la mort ressemble à un recueil de nouvelles, constitué de 6 enquêtes mais se déroulant dans une continuité chronologique. Dans le chapitre "l'ombre de la mort", une veuve vient annoncer à Sidney Chambers, qui est un écclésiaste, que son amant, qu'on vient d'enterrer, a été assassiné. Elle avait prévu de quitter la ville avec lui. Qui a pu tuer son amant ? Ami de l'inspecteur Keating, le chamoine de Grantchester va mener l'enquête. Dans le chapitre suivant, "Une affaire de confiance", une vieille femme meurt dans des circonstances suspectes. Aurait-elle été tuée par son médecin, qui souhaite épouser la fille de la vieille dame ? A nouveau, les talents du jeune pasteur vont être mis à l'épreuve. 

Un écclésiaste qui enquête vous paraît-il surprenant ? En fait, les gens se confient plus facilement au prêtre et ce dernier réfléchit davantage aux questions morales, ce qui lui permet de trouver les motivations des personnages. La dimension religieuse n'est pas absente mais ce n'est pas un prêche qu'on nous sert : on voit davantage la vie quotidienne d'un prêtre, ses préoccupations morales...

En outre, les enquêtes s'ancrent clairement dans l'après-guerre ( évoquée par Sidney, qui a participé à la seconde Guerre Mondiale) : "L'incessante escalade internationale en matière d'armes atomiques était telle que, pour la première fois, l'humanité possédait les moyens de sa propre extermination. [...] Et pourtant, ici, tout le monde parlait de tapis.". On se plaît à suivre ces enquêtes qui mêlent humour, moeurs, psychologie, intrigue sentimentale et policière. De nombreuses références littéraires et artistiques - Sidney enseigne la théologie et cite des poèmes - viennent rehausser les enquêtes. Elles ont été adaptées pour la télévision et méritent d'être lues.

Sidney Sambers et l'ombre de la mort, Les mystères de Grantchester, James Runcie, Acte sud, 356 p.

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Avis de Lewerentz

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19 février 2018

Taxi Téhéran de J. Panahi : ISSN 2607-0006

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Le réalisateur n'a plus le droit de filmer, ni de quitter son pays. Qu'à cela ne tienne : il met trois caméras dans sa voiture et s'improvise chauffeur de taxi, ce qui lui permet de filmer les rues de Téhéran, les passagers de son taxi.

On peut donc assister à différentes conversations : les deux premiers passagers évoquent la condamnation à mort des voleurs. Doit-on punir pour l'exemple ? Est-ce que cela sert à quelque chose ? A l'inverse, un ami de Panahi vient expliquer qu'il n'a pas dénoncé un voleur car il a reconnu cette personne qui vit dans une pauvreté extrême. Il n'y a pas de vérités assénées mais différents points de vue, un dialogue qui s'instaure entre les personnages et les différentes séquences du films.

Au-delà du quotidien iranien et du questionnement moral de la vie de ses habitants, Panahi met en abyme son film : un jeune étudiant s'interroge sur son futur film. Quelle idée doit-il prendre comme point de départ ? Puis, la nièce de Panahi monte dans la voiture et explique qu'elle doit filmer un cout-métrage : toutes les règles qu'elle énonce sont bafouées par le réalisateur ( il faut dire que selon sa maîtresse, un héros ne doit pas porter de cravate. Et celui qui en porte, est-il forcément mauvais ? ). La forme ingénieuse du docu-fiction force l'admiration mais montre aussi l'insoumission du réalisateur.

Panahi, Taxi Téhéran, 2015, 79 min.

TAXI TÉHÉRAN Jafar Panahi (Official Trailer) Goldener Bär Berlinale

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