03 septembre 2018

Incendies de Denis Villeneuve : ISSN 2607-0006

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Avant de réaliser Blade runner 2049 ou les excellents Premier contact, Prisoners, Enemy, ou Sicario, Denis Villeneuve a adapté Incendies une pièce de théâtre de Wajdi Mouawad ( né au Liban).  A la mort de leur mère Nawal Marwan, son patron qui est notaire, Jean Lebel, lit le testament devant ses deux enfants. Les jumeaux, Simon et Jeanne, reçoivent deux enveloppes à remettre à leur père qu'ils croyaient mort et à leur frère, dont ils ne connaissaient pas l'existence. Si les jumeaux ne retrouvent pas leur famille, ils ne pourront pas donner de pierre tombale à leur mère. 

Le film retrace le drame d'une famille déchirée par la guerre. Jeanne part du Canada pour aller au Moyen-Orient où vivait sa mère, avant son exil, pendant une guerre civile qui opposaient les Chrétiens et les Musulmans. Là, elle va découvrir de nombreux secrets familiaux.

La construction atypique ne cesse de déconstruire cette histoire aussi cahotique que celle de de Nawal. Plusieurs Flashes-backs montrent sa jeunesse et ses difficiles débuts dans la vie marquée par l'horreur de la guerre. De nombreux gros plans soulignent les émotions intenses des personnages mais aussi des indices concernant le premier fils de Nawal que les jumeaux doivent chercher. Plusieurs titres fractionnent le film - "La femme qui chante", " Nahad", "Chamseddine"... - en lien avec le genre d'une pièce théâtrale mais ausi les pièces d'un puzzle, qui se remettent en place pour nous conduire au bout de la quête.

Cette enquête et quête identitaire tragique - beaucoup d'éléments renvoient à la tragédie d'Oedipe - est accompagnée de la mélancolique musique de Radiohead ( You and whose army, ci-dessous) et nous fait ressentir avec intensité cette histoire. Un excellent film à voir...

Incendie de Denis Villeneuve, Netflix, 2010, avec Lubna Azabal, Maxim Gaudette, Rémy Girard, Mélissa Désormeaux-Poulin, 2h10

autres films : Premier contact, Ennemy, Prisoners

Radiohead - You and Whose Army

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31 août 2018

C'est le premier, je balance tout (août 2018) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

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Livre ebdo présente une cartographie interactive de 550 lieux réels d'oeuvres littéraires, ici. Hélas, pour beaucoup, le temps des voyages se termine et la rentrée est là, qu'elle soit livresque, scolaire ou automnale... Parmi les 567 livres présentés en cette année 2018, une sélection de romans vous est proposée aussi par Télérama ; Lire consacre son dernier numéro à la rentrée littéraire, et vous pouvez écouter les choix de France culture et de l'obs... bonnes lectures !

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2) LES FILMS

THE GUILTY Bande Annonce (2018) Thriller

Ce thriller danois, The guilty est vraiment singulier dans sa forme : recevant l'appel d'un femme kidnappée, Asger Holm, policier travaillant au centre d'appels d'urgence décide de mener l'affaire pour la sauver. Il prend donc de nombreuses décisions par téléphone concernant cet enlèvement : il fait suivre la voiture, envoie un collègue pour fouiller la maison du suspect, appelle les enfants de la femme... Parallèlement à cette enquête, on comprend qu'il a des problèmes personnels au sein de la police. Progressivement la tension monte : Asger Holm, va-t-il réussir à sauver cette femme ? Ce film est un concept car on ne voit que le policier ou le centre mais jamais les autres protagonistes : on a juste accès aux voix, aux bruits... Un twist final permet de rendre plus intéressant et profond ce film, qui m'a vaguement ennuyée. De fait, comme on ne regarde que des images similaires ( des gros plans sur le visage d'Asger), on a le temps de réfléchir sur l'enquête qui présente quelques faiblesses.

The guilty, de Möller, 1h25 avec Jakob Cedergren, 2018.

sur le web : Dasola,

 

AU POSTE Bande Annonce Teaser (Benoît Poelvoorde, Orelsan, Quentin Dupieux) 2018

Après avoir abandonné Steak, j'ai pu apprécier Au poste ! de Quentin Dupieux. Un homme (interprété par Grégoire Ludig) a retrouvé le corps d'un homme mort, au bas de son immeuble. Sa déposition est prise par un inspecteur (Benoît Poelvoorde) poussif, tatillon sur le langage et soupçonneux. S'emparant de cette situation banale, le réalisateur en fait une comédie comique et grinçante. Surtout, il développe les situations absurdes et peu sensées : les personnages peuvent intervenir dans les rêves des autres, le commissariat n'en n'est pas vraiment un... Prenons un autre exemple : d'emblée, on voit dans un lieu champêtre un chef d'orchestre presque nu, qui est arrêté. Pourquoi ? Et que fait-il presque nu ? On n'en saura rien. Comme le faisait remarquer un critique dans l'émission du cercle, Au poste ! ressemble à Buffet froid de Blier ( J'en parle ici) avec son décor urbain déshumanisé, une logique illogique, et un travail sur les dialogues. Une excellente comédie déjantée et qui pousse l'absurde très loin, servi par un duo qui fonctionne très bien...

Au poste ! de Quentin Dupieux, avec Grégoire Ludig, Benoit Poelvoorde, 1h13, 2018

Sur le web : Dasola, Trilllian, Le bleu du miroir,

DETECTIVE DEE : LA LÉGENDE DES ROIS CÉLESTES - Bande-annonce officielle VF

J'avais pu apprécier Détective Dee 2 : La légende du dragon des mers mais dans Détective Dee 3 : La légende des rois céleste, Tsui Hark se surpasse encore davantage ! Nous retrouvons donc l'inspecteur Dee, le Sherlock Holmes chinois, qui est chargé de garder une épée magique. Mais, l'impératrice Wu, qui a vécu sous la dynastie des Tang, veut sa perte pour discréditer l'empereur. Elle engage des magiciens pour lui voler l'épée. En fait, l'intrigue est très mince - l'impératrice veut régner seule et elle est prête à tout -  mais compexifiée à souhait.  Cependant, on prend un immense plaisir à voir se déployer de nombreuses fééries comme un dragon et un singe géant. Entre films d'arts martiaux et enquête policière, le réalisateur hong-kongais a réalisé un formidable blockbuster. Une scène post-générique semble faire un clin d'oeil à une autre saga américaine...

Détective Dee, La légende des rois célestes, de Tsui Hark, avec Mark Chao, Carina Lau, Feng Shaofeng, 2h18, 2018

Sur le web : Dasola, M cinéma "Détective Dee 3 : la légende céleste, la féérie du complot,

3) LES LIVRES

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Simone de Beauvoir a écrit un immense cycle autobiographique comprenant Mémoires d'une jeune fille rangée, La force de l'âge, La force des choses, Tout compte fait. On peut aussi intégrer La cérémonie des adieux, où elle relate les dix dernières années de la vie de Sartre. Elle anatomise la maladie, la perte des facultés, l'affaiblissement de Sartre, année après année, de 1970 à 1980 : cela crée une gêne et un malaise, car rien ne nous est épargné que ce soit sa dépendance physique ou que ce soit ses problèmes de dentier. Contrairement à la somme mémoriale, où elle cherche à exprimer "l'universel singulier" pour généraliser et intéresser le lecteur, dans ce récit, elle tombe dans l'anecdotique et le sordide. Toujours prolixe, Beauvoir note avec minutie toutes les actions même insignifiantes.

Certes, dans l'avant-dernier paragraphe de Tout compte fait, Beauvoir avoue ne pas être "une virtuose de l'écriture" comme Proust, Joyce ou Woolf, qu'elle cite, mais devait-elle pour autant décrire aussi platement ces 10 années de maladie de l'homme qui fut son compagnon de toute une vie ? L'exposé de faits quotidiens ne nous en dit pas davantage sur Sartre, ni sur Simone de Beauvoir, excepté sa propension à faire des compte-rendus de son emploi du temps banal.

Simone de Beauvoir, La cérémonie des adieux, Folio, 175 p.

4) LES ACHATS

 Un autre roman de Bello s'est ajouté à ma PAL ( Les funambules) ! J'ai acquis une BD Culottées de P. Bagieu et des romans policiers, La daronne de Cayre et Tout ce qu'on s'est jamais dit de NG Céleste. Je vais me lancer dans la lecture de La comédie humaine avec la Cousine Bette...

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26 août 2018

Sur un mauvais adieu de Connely : ISSN 2607-0006

 

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/sur-un-mauvais-adieu-9782367626772

Quel plaisir de retrouver l'incorruptible Bosh ! Dans cet opus, il ne travaille plus pour la police du NYDP mais comme volontaire dans la petite ville de San Fernando. Parallèlement à son travail de bénévole qui l'amène à traquer un violeur en série, il mène des enquêtes pour des particuliers. C'est ainsi qu'il se retrouve à travailler pour Whitney Vance un riche industriel, qui recherche sa descendance. Cependant, la mission semble particulièrement périlleuse puisque le riche industriel laisse un immense empire qui suscite la convoitise de ses associés.

Avec une écriture journalistique, M. Connelly décrit les rouages de la machine policière (notamment les changements survenus dans la carrière des flics, les coupes budgétaires, le fonctionnement des tableaux de présences...), les démarches faites par Bosch pour retrouver des indices concernant l'ancienne petite amie de Vance, enceinte au moment où il l'a lâchement abandonnée...

On croise avec plaisir des personnages familiers, comme la fille de Bosch qui est maintenant en deuxième année de fac ou le demi-frère d'Harry ( Mickey Haller), qui est avocat, venu lui prêter main forte dans les questions d'héritage. Le passé d'Harry ressurgit aussi : le prologue évoque la guerre du Vietnam, en lien avec l'affaire. La voix grave de Jacques Chaussepied s'accorde parfaitement avec le personnage de l'inspecteur. Vous pouvez écouter un extrait ici. Si vous avez aimé ses précédentes enquêtes que ce soit Mariachi plaza ou Dans la ville en feu, vous aimerez tout autant cette dernière enquête...

Sur un mauvais adieu de Connely, Audiolib, 12h40, lu par J. Chaussepied

Autres romans : Echo Park

Merci audiolib pour ce partenariat

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04 août 2018

Mapuche de Ferey : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-policier/Mapuche2

4 ans avant Condor ( première publication en 2016), Ferey avait déjà écrit une enquête policière se passant en Amérique du Sud, en Argentine : Mapuche. Ce roman policier nous raconte comment Ruben Calderon, un détective, est engagé par un journal pour enquêter sur la disparition d'une jeune femme, fille d'un riche industriel de Buenos Aires, Eduardo Campallo. Au même moment, un travesti disparaît aussi : son ami travesti Paula et Jana, une Mapuche, font appel à Calderon. Les deux intrigues vont rapidement se rejoindre dans une quête commune liée aux disparus de la dictature de Videla.

On y trouve des thèmes obsessionnels de l'auteur, ce roman policier ressemblant fort au suivant. On retrouve le même type de personnages, avec un révolté, Ruben Calderon, en butte à la dictature de Videla, une Mapuche tombant amoureux de notre héros, une certaine complaisance dans la description des scènes de tortures. Dans les ressemblances, on peut aussi noter des fragments poétiques écrits par l'un des personnages.

Comme au Chili, la société argentine fait côtoyer la misère la plus noire à l'opulence la plus clinquante ( et souvent bien malhonnêtement acquise). Outre la dénonciation de l'état actuel des choses, qui repose sur une nombreuse documentation, elle s'accompagne d'une critique du passé dictatorial, du massacre du peuple mapuche et s'intéresse plus particulièrement au "Processus" : les enfants des disparus torturés étaient adoptés par des hauts dignitaires en place. A découvrir pour les injustices ayant lieu en Argentine - décidément, l'arrière-plan historique est plus intéressant dans les romans de Ferey que les personnages - même si l'écriture est beaucoup plus tarabiscotée que celle de Condor et alourdie par des détails inutiles...

Mapuche de Ferey, Folio policier, 560 p.

autres romans : Condor,

Sur le web : "Mapuche, par Caryl Ferey" L'express

Merci Folio pour ce partenariat.

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01 août 2018

C'est le premier, je balance tout ( juillet 2018) : ISSN 2607-0006

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1) LES EXPOSITIONS

 En passant par Toulouse, j'ai pu visiter deux musées :

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Les paquebots étaient la thématique du musée de l'affiche de Toulouse, qui au tournant du début du XXeme siècle, sont devenus un moyen de transport indispensable.  Le musée se compose, malheureusement, d'une seule minuscule pièce. Cependant, les explications des affiches sont très développées et techniques. Surtout, les activités pour les enfants lors de la visite et les produits liés à l'affiche sont très intéressants.

sur le web : site du MATOU

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La fondation Bemberg rassemble les objets, tableaux, bibelots collectionnés par la baronne Mathilde de Rothschild. Cette dernière avait un goût morbide pour les vanités. Or les oeuvres de cette exposition temporaire "Même pas peur" étaient parsemés au milieu des autres objets, sur trois étages : cela crée un manque de cohérence et de continuité. Voici toutefois, quelques oeuvres marquantes de cette expo : les vanités se développent surtout en Hollande, vers 1620, dans un contexte d'iconoclasme. Le paradoxe des vanités, c'est quelles exhibent les beautés du monde tout en dénonçant l'impermanance de l'homme comme dans le tableau de van Schrieck, Serpent, capaud et papillons.

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Au XXeme siècle, on assite à la sécularisation des vanités comme avec Crâne de Jean Michel Alberola :

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Hôtel Assezat, place Assezat, 31000 Toulouse, Exposition du 29 juin au 30 septembre. Site du musée ici.

2) LES FILMS

SANS UN BRUIT : Bande-Annonce Finale VF [actuellement au cinéma]

Ce film d'horreur sort de l'ordinaire : il y a peu de dialogues et peu de bruits mais cela ne nuit pas au film. En effet, les hommes sont contraints de vivre silencieusement depuis que des aliens qui tuent tout ce qui est bruyant ont envahi la terre. On suit une famille qui lutte quotidiennent pour leur échapper. La tension ne cesse de monter grâce à un crescendo de dangers - comme un accouchement imminent - et par la découverte progressive des monstres. Ce très bon film, qui évite les images horrifiques de série B ou son personnel d'abrutis - repose aussi sur l'excellent jeu des acteurs.

Sans un bruit, John Krasinski, avec John Krasinski, Emily Blunt, 2018, 90 min

sur le web : trillian, Dasola, Le bleu du miroir, le cinéma de Durandal,

UNE PLUIE SANS FIN Bande Annonce (2018)

Une pluie sans fin est aussi un film qui donne l'impression de ne plus finir ! Quel ennui  ! Il y a peu d'actions et peu de dialogues. L'intrigue est assez plate : un gardien d'usine traque un meurtrier en série. Il tombe amoureux d'une femme suicidaire, qui ne rêve que d'ouvrir un salon de coiffure à Hong-Kong. Tout est rythmé très soporifiquement par une pluie incessante, qui finit même par diluer la critique sociale : l'anti-héros du film et ses comparses sont tous des laissés-pour-compte de la Chine, juste avant la rétrocession de Hong-Kong. Evidemment, on a de la compassion pour toutes ces pauvres victimes mais ce n'est pas suffisant pour retenir notre attention.

Une pluie sans fin de Hue Dong, avec Yihong Duan, Yiyan Jiang, 2018, 119 min

sur le web : Le bleu du miroir, Dasola,

PARANOÏA : Bande Annonce VF

Paranoia nous parle de harcèlement et de folie. Une femme ayant été harcelée, devient paranoïque et est internée de manière abusive dans un sinistre hôpital psychatrique. Le point de vue adopté est souvent celui de la jeune femme, ce qui nous fait douter de ce qu'elle dit ou voit. Est-ce réellement son harceleur qui travaille dans l'hôpital ou est-ce sa maladie qui provoque des hallucinations ? Est-elle victime d'une arnaque à l'assurance ? Surtout, le malaise et le doute sont renforcés par le cadrage et les choix techniques atypiques : les images filmés par i-phone présentent des couleurs saturées, des déformations, des contre-plongées. L'excellente technique est mise au service d'une intrigue bien menée.

Paranoïa, Soderbergh, avec Claire Foy, Juno Temple, 2018, 98 min

sur le web : Le cinéma de Durandal, Le bleu du miroir,

3) LES LIVRES

Ce mois-ci a été rempli de suspense avec l'histoire des filles au lion de Jessie Burton, Selfie de Adler Olsen, l'enquête littéraire de Bayard ( L'affaire du chien des Baskerville) et l'enquête policière de Bello ( Ada).

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4) LES ACHATS

Voici un nouveau livre sur la cognition qui a rejoint ma PAL ( Libérez votre cerveau ! d'Idriss Aberkane). J'ai fini Ada de Bello et j'ai donc acheté Roman américain et quelques nouveaux romans beauvoiriens après ma lecture d'Une mort très douce : La cérémonie des adieux et Les mandarins.

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29 juillet 2018

Ada d'Antoine Bello : ISSN 2607-0006

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Vous pensiez avoir tout lu sur les romans traitant des intelligences artificielles ? Bello arrive à nous surprendre avec son récit policier Ada. Le président de Turing corporation, Dunn, demande à Franck Logan d'enquêter sur la disparition d'Ada : cette dernière est un programme informatique inventé pour écrire un roman à l'eau de rose. Enfermée dans une salle, sans connexion internet, elle réussit toutefois à s'évader. Franck Logan pourra-t-il rivaliser d'intelligence face à la machine ? Une machine a-t-elle une conscience ?

Evidemment, le roman aborde le pouvoir et les dangers de la technologie mais sans utiliser la noirceur présente dans ce type de récit décrivant les dérives de la technologie. Au contraire, Bello use de l'humour et d'une tonalité ludique pour dénoncer les travers d'une corporation prête à tout pour engendrer du profit. Quant à l'intelligence artificielle, elle exploite les failles humaines pour arriver à ses fins. Ce sont les propres faiblesses de l'homme qui l'amènent à sa perte. Ada se révèle d'une grande complexité face à tous ces humains caricaturaux et imbus d'eux-mêmes.

Outre ces questions traditionnelles, Bello aborde aussi la littérature : Ada écrit un roman à l'eau de rose comportant des mots arogtiques et des scènes scatologiques. Qu'est-ce qu'un roman sentimental ? Quels sont les ingrédients à utiliser pour vendre 100 000 exemplaires ? Tout en décrivant les caractéristiques de ce type de roman, Bello en profite pour égratigner tout type de littérature reposant sur des clichés, des stéréotypes, les modes mais le sien y échappe. Et dans une dernière pirouette humoristique, le romancier n'hésite pas à commenter ses propres procédés. Un très bon roman !

Ada, Antoine Bello, folio, 394 p.

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23 juillet 2018

L'affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard : ISSN 2607-0006

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Auriez-vous écrit à Doyle pour qu'il ressuscite Sherlock Holmes après la publication du "Problème final" ? Alors vous êtes une " intégrationniste". Mais qu'est-ce que c'est ? Reprenons du début. Dans un premier chapitre intitulé " Sur la lande", Bayard résume l'enquête du Chien des Baskerville écrite par Conan Doyle et analyse la méthode de Holmes mais le critique, qui est aussi professeur de littérature française et psychanalyste, remet en cause ses déductions et va mener une contre-enquête. Pourquoi Bayard suppose-t-il que le véritable assassin n'a pas été arrêté ?

L'auteur considère que la littérature est "un univers troué" et qu'une grande place est  laissée à l'imagination du lecteur ( p. 76). De surcroît sa remise en cause des conclusions de l'enquête repose sur le choix d'un narrateur douteux : Watson est qualifié d'idiot par Sherlock Holmes ( p. 81). Mais surtout Pierre Bayard développe une théorie sur les personnages, qui repose sur L'univers de la fiction, ouvrage de Pavel. Les "ségrégationnistes" nient la valeur de vérité des énoncés de la fiction et s'opposent aux "intégrationnistes", qui pensent exactement l'inverse.

Et c'est là que se pose la question de la "puissance des mondes imaginaires", sur lequel repose "Le complexe de Holmes", forgé par Bayard. Du don Quichottisme au bovarysme, la séparation du fictif et du réel est sans cesse interrogée. S'appuyant sur de larges extraits de l'oeuvre de Conan Doyle, d'une recontextualisation de l'oeuvre, Bayard propose un assassin plausible, même si les raisons de la critique des méthodes de Holmes me paraissent parfois excessifs. De même, le dernier chapitre " Le chien des Baskerville", me semble surinterpréter le texte. L'affaire du chien des Baskerville développe une lecture très fine, jamais ennuyeuse d'une des enquêtes du brillant détective (enfin pas si brillant, à en croire Bayard) tout en s'interrogeant sur la notion de personnage... N'hésitez pas à vous lancer dans cette palpitante enquête littéraire !

L'affaire du chien des Baskerville, de Pierre Bayard, les éditions de Minuit, 190 p.

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14 juillet 2018

Les filles au lion de Jessie Burton : ISSN 2607-0006

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" Une oeuvre d'art [Les filles au lion] qui a survécu à la guerre civile en Espagne et à une guerre mondiale, et que l'on retrouve dans une maison du Surrey voilà qui ouvre un tas de possiblités romanesques" ( p. 366), déclare un galeriste Edmund Reede, collaborateur d'une vieille dame Marjorie Quick et de sa secrétaire Odelle Bastien. Et c'est ce que va explorer Jessie Burton : elle architecture son roman autour de multiples secrets et d'un tableau peint supposément par un artiste espagnol Isaac Robles.

Nous commençons pas découvrir Odelle Bastien, jeune fille débarquée à Londres de Trinidad, qui tente d'écrire un roman tout en cherchant à survivre dans le Londre des années 60, confrontée au racisme. Celle-ci fait la rencontre de Lawrie Scott qui lui montre un tableau, Les filles au lion pour retenir son attention. Cette "oeuvre saisissante, sinistre, révolutionnaire" enthousiasme aussi d'Edmund Reed, qui souhaite faire une exposition autour de cette oeuvre dont le créateur a connu une vie énigmatique. Comment ce tableau est tombé entre les mains de la famille Scott ? Pourquoi Marjorie Quick s'enfuit à la vue de ce tableau ? Quel est le véritable sujet du tableau et qui en est l'auteur ?

Les filles au lion propose une intrigue fictionnelle digne des romans dumasiens. "Dumaficelé", il alterne deux périodes ( Londres en 1960 et l'Espagne des années 36) qui permettent assez vite de comprendre les "cables" qui relient toutes ces vies. On devine donc assez rapidement les secrets des personnages mais pourquoi continue-t-on à lire le roman ? Le mystère du tableau propose une réflexion autour de la condition des femmes et de la création artistique. "Les femmes en sont incapables, figure-toi. Elles n'ont pas de vision", déclare amèrement une jeune fille à son amie, au sujet des oeuvres d'art que vend son père. De plus, Odelle étant originaire de Trinidad, elle doit supporter des humiliations, tout en subissant les affres de la création. L'auteur évoque aussi le foisonnement artistique de ces années 30, reposant sur des recherches, comme le montre la formidable documentation qu'elle a effectuée ( une bibliographie monstrueuse se situe à la fin du roman). Malgré les facilités narratives, des personnages naïfs, on ressent un véritable plaisir romanesque à découvrir la machine livresque construite par Jessie Burton.

Les filles au lion, de Jessie Burton, Folio, 506 p.

sur le web : Les filles aux lions, Télérama

Merci Folio pour ce partenariat

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06 juillet 2018

Selfies, La septième enquête du département V, Jussi Adler-Olsen : ISSN 2607-0006

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 "Corrosif", "acerbe", "caustique" sont des adjectifs qui pourraient qualifier la septième enquête du département V. D'emblée nous sommes projetés dans la vie d'une assistante sociale, qui décide de tuer de jeunes filles belles, oisives, profitant de l'aide sociale. Sa haine et sa lucidité - ce qui est une caractéristique qui s'étend à tous les personnages - la métamorphose en meurtrière. L'une des jeunes filles, Denise, est en conflit avec sa grand-mère, qui est tuée dans des circonstances mystérieuses. C'est sans compter l'équipe du département V, qui fait le lien avec une ancienne affaire criminelle. Pendant ce temps, Rose, la secrétaire du département V, sombre progressivement dans la folie tandis qu'Assad, parle de moins en moins de chameaux et de mieux en mieux le danois, ce qui prive d'humour le récit...

Lentement, les pièces du puzzle vont s'emboiter vers un dénouement permettant la résolution des multiples affaires suivies par les enquêteurs habituels, Karl Morck, Hassad et Gordon. L'ensemble est somme toute assez banal. Cependant, la différence majeure, dans le style de Jussi Adler Olsen, est le refus de toute idéalisation et de l'hypocrisie sociale. Les monologues intérieurs révèlent des pensées abjectes, pas politiquement correctes. On est loin des personnages policés et lissés du genre romanesque : les personnages sont vils et cyniques, l'auteur développant leur intériorité à outrance, écrivant ainsi un roman quelque peu bavard.

Quant au titre, il est assez trompeur : ne vous attendez pas à une trame policière tournant autour des réseaux sociaux. Les médias ont une place assez réduite. C'est plus la dimension sociétale du système social, qui est mis en exergue, même si une équipe de reporters veulent à tout prix filmer les enquêteurs, évidemment dans un but sensationnaliste, au grand désespoir de Morck, le cynique ( ou est-ce l'auteur qui l'est ?).

Cette histoire est lue talentueusement par Julien Chatelet, qui rend supportable les longs dialogues, une certaine vision décapante de la société danoise et la lenteur de l'intrigue foisonnante ( car il est aussi question d'un braquage, d'un meurtre peut-être commis par Rose, d'un ancien nazi, d'adultère etc...). Vous pouvez écouter un extrait ici.

Selfies, Jussi Adler-Olsen, Audiolib, lu par Julien Chatelet, 16h05.

Autres romans : Promesse

Merci Audiolib pour ce partenariat

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