28 octobre 2019

Sorry to bother you de Boots Riley : ISSN 2607-0006

SORRY TO BOTHER YOU Bande Annonce (2019) Tessa Thompson, Comédie

Voici une comédie grinçante et satirique à ne pas rater ! Elle réserve, en outre, bien des surprises, notamment dans le genre, présentant de vagues ressemblances avec les films de Spike Lee (Inside man, Blakkklansman) ou de Jordan Peel (Get out).

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Photo Universal Pictures International

Pourquoi évoquer ces deux réalisateurs ? Tout d'abord, le style de Boots Riley n'est pas commun. De nombreuses scènes répétitives soulignent des inversions, des constrastes, les cadrages et les couleurs avec des scènes souvent nocturnes, nous immergent peu à peu dans le fantastique.

Pourtant, Sorry to bother you apparaît d'abord comme une comédie réaliste avec des faux CV très apparents et un faux trophée, des voix qui ne semblent pas appartenir aux acteurs, des chambres garages qui s'ouvrent inopportunément, des codes de 30 chiffres... Le personnage principal, Cassius, devient telemarketeur et manifeste pour des salaires plus justes. Pourtant, on va lui proposer de s'enrichir rapidement, sans effort. 

Le capitalisme qui réduit les humains en esclavage, n'est pas qu'une métaphore dans ce film. Peu à peu les genres se brouillent et on a l'impression de basculer dans un autre film. Comme dans Get out de J. Peel, la comédie bascule dans l'horreur. Sorry to bother you réussit à dénoncer les dérives du consumérisme, le racisme, tout en innovant formellement. Les séquences paraissent parfois juste juxtaposées mais c'est un très bon premier film de Boots Riley !

Boots Riley, Sorry to bother you, 2019, avec Lakeith Stanfield ( 1h51).

Sur le web : Quelque part ailleurs,

Mandelbaum, "Sorry tobother you" : un ovni séditieux et anticapitaliste", Le monde, mis en ligne le 30 janvier 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/01/30/sorry-to-bother-you-un-ovni-seditieux-et-anticapitaliste_5416374_3246.html

Chessel Luc, "«Sorry to Bother You», Marx à suivre", Libération, mis en ligne le 29 janvier 2019. URL : https://next.liberation.fr/cinema/2019/01/29/sorry-to-bother-you-marx-a-suivre_1706201

Léger François, "Sorry to bother you, une grande satire sociale", Première, mis en ligne le 29 janvier 2019. URL : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Sorry-to-bother-you-Une-grande-satire-sociale--Critique

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Photo Universal Pictures International

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24 octobre 2019

Un chemin de tables de Maylis de Kerangal : ISSN 2607-0006

116181086Quelle vision du réel nous livrent les romanciers du XXIeme siècle ? Lorsqu'Annie Ernaux évoque les grandes surfaces dans Regarde les lumières mon amour, elle mêle journal intime et études sociologiques. Toujours ses récits autobiographiques prennent une dimension collective : elle inscrit son moi dans le siècle comme dans La place ou Une femme. Avec son écriture qu'elle qualifie de "plate", elle dresse des portraits, retrace sa vie mais aussi le siècle dans lequel elle vit.

Dans Que font les rennes après Noël ?, l'enfance de la narratrice, qui souhaite avoir

71eejYPTFvLun animal de compagnie, est racontée alternativement avec des témoignages de soigneurs, de personnes travaillant dans les laboratoires... Deux histoires parallèles ? Non, la romancière tisse soigneusement des liens entre sa vie et celle des animaux. Habilement, elle mêle réflexions personnelles, vie intime et un travail documentaire sur la faune : " Avec le temps, vous en venez à remarquer qu'aucune des familles  que vos parents fréquentent ne possède d'animal domestique. Cela vous conforte dans l'idée qu'il vous faudra un jour rompre avec ceux qui vous élèvent, qui vous soignent, vous chouchoutent, vous cajolent, vous retiennent, vous possèdent. Vous voulez trahir, vous ne savez pas comment vous y prendre" (p. 46). De fines répététitions et variations permettent de suivre le parcours de la narratrice vers son émancipation. Passionnant !

Un chemin de tableDans Un chemin de table, Maylis de Kerangal allie aussi technique et sensations. Elle nous invite à suivre la vie de Mauro, un étudiant erasmus en science-économique, qui est attiré par le métier de cuisinier : "Suivre une recette c'est faire correspondre des perceptions sensorielles à des verbes, à des noms - et par exemple apprendre à distinguer ce qui croque de ce qui craque, et ce qui craque de ce qui croustille, apprendre à spécifier les différentes ations que sont dorer, brunir, blanchir, jaunir, roussir, blondir, réduire, ou encore apprendre à savoir raccorder la gamme chromatique des couleurs, la caritété des textures et des saveurs à celles, infiniment nuancées, du lexique culinaire" ( p. 24). Quelle saveur des mots ! Quel rythme ! D'abord, il faut s'habituer à la cadence des phrases, à son oralité. A les suivre, c'est épuisant, autant que ce métier de la restauration. Stages, achats des alliments, menu à élaborer, tout demande un effort considérable. Ensuite, une fois habitué à ce rythme saccadé, on peut se délecter de ce style et suivre le parcours atypique de ce passionné par la gastronomie. Ce livre qui dévoile les coulisses des cuisines est à dévorer !

Rosenthal, Que font les rennes après Noël ?, Editions Verticales, Clamecy, juin 2010, 211 p.

Kerangal, un chemin de tables, Folio, mai 2012, 224 p.

Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Folio, 96 p.

Partenariat Folio.

Sur le web : piplo,

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22 octobre 2019

Ferragus de Balzac : ISSN 2607-0006

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Comme Balzac veut adapter les classifications des sciences naturelles à l'homme, il croque Paris, ses ruelles, ses travaux, ses piétons, ses enterrements : "N'y a-t-il pas d'abord le piéton rêveur ou philosophique qui observe avec plaisir, soit les raies faites par la pluie sur le fond grisâtre de l'atmosphère, espèce de ciselures semblables aux jets capricieux des filets de verre [...] ? Puis il y a le piéton causeur qui se plaint et converse avec la portière, quand elle se pose sur son balai comme un grenadier sur son fusil; le piéton indigent, fantastiquement collé contre le mur, sans nul souci de ses haillons habitués au contact des rues ; le piéton savant qui étudie, épelle ou lit des affiches sans les achever, le piéton rieur qui se moque des gens auxquels il arrive malheur dans la rue, qui rit des femmes crottées et fait des mines à ceux ou celles qui sont aux fenêtres [..]" ( p. 80). Je vous passe le piéton industriel, le piéton aimable, le vrai bourgeois de Paris...

A lire ces lignes, le lecteur croira que Ferragus se compose de nomenclatures interminables, de descriptions fabuleusement longues ou de morceaux de bravoure mais le génial auteur d'Ursule Mirouët introduit un mystère digne des romans-feuilletons dans cette vie parisienne : Auguste de Malincourt surprend la femme qu'il aime dans une ruelle mal famée. Cette dernière, Mme Jules, est mariée avec bonheur à Jules Desmarets, qui est l'agent de change de Nucingen. Que fait Mme Jules dans cette "boue" ? Qui est Ferragus ? Tentative de meurtre, lettre mystérieuse, lettre  codée, ancien forçat... Le lecteur est entraîné dans une incroyable histoire. Comme le dit si bien le baron de Malincourt : "C'était un roman à lire ; ou mieux, un drame à jouer, et dans lequel il avait son rôle" ( p. 77).

Avec ses morts à foison, ses secrets, ses sociétés secrètes, ses rebondissements, on se croirait dans Les mystères de Paris d'Eugène Sue. Paris y est montré commme un monstre qui broie ses habitants. Avec Ferragus, le roman noir côtoie La bouse et la tragédie classique les bourgeois. C'est finalement avec une écriture poétique, teintée de fantastique, que l'auteur de La comédie humaine arrive à montrer brillamment les changements de la société des années 1930.

Balzac, Ferragus, folio, Cher, septembre 2001, p. 256 p.

LC avec Claudia. Prochaine LC le 22 novembre avec la lecture de L'envers de l'histoire contemporaine.

La comédie humaine :

1. scène de la vie de province : Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen, "Pierre Grassou",La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques :Louis Lambert, "Melmoth réconcilié", La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux",  Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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17 octobre 2019

Le réseau secret de la nature de Peter Wohlleben : ISSN 2607-0006

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Photo : © International Rescue / Stone/Getty Images. Couverture : Sara Deux - © Pauline Darley / Le Crime.

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 Après nous avoir montré les secrets des arbres, Peter Wohlleben continue de nous enchanter en nous introduisant au coeur de la nature. C'est d'ailleurs de nouveau Thibault de Montalembert qui lit cet essai avec naturel et fluidité. Notre célèbre forestier nous parle

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Trophic_Cascade.svg

des cascades trophiques : certes l'exemple du loup gris du Yellowstone est assez répandu, et il est cité dans de nombreux articles dont celui du Larousse ( écosystème). Alors pourquoi écouter cet audiolivre ? Peter Wohlleben parle de son expérience, met en garde les amoureux de la nature contre les préjugés et vulgarise les connaissances. Pas facile de mémoriser toutes ces informations pour qui n'est pas familier de ces divers écosystèmes.

Déforestation, interventions inconscientes de l'homme, théorie des méga herbivores, la forêt amazonienne : Wohlleben arrive bien à montrer le "réseau secret de la nature", les liens entre passé et présent, entre des vers de terre et des sangliers. Dans les derniers chapitres, il reste optimiste en ce qui concerne les derniers bouleverments des écosystèmes et n'hésite pas à aborder les reproches qu'on lui a fait, notamment l'anthropomorphisation des arbres. Il a toutefois atteint son but qui est de "transmettre la joie que lui procure les créatures qui partagent notre terre et leurs secrets".

Le réseau secret de la nature, Peter Wohlleben, Audiolib, lu par Thibault de Montalembert, 7h15, France, 2019.

Autres essais : La vie secrète des arbres

Partenariat Audiolib

Sur le web : Daphné

Gesbert Olivia. 2019. "La nature est-elle faite de liens ?", La grande table idées, 2 avril 2019.

Rebeihi Ali. 2019. "Pourquoi la nature peut sauver le monde ?", Grand bien vous fasse. 26 avril 2019.

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14 octobre 2019

Curiosities de Benjamin Lacombe : ISSN 2607-0006

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029-iBooker (29)En ouvrant cet ouvrage enchanteur, telle la curieuse Alice qu'on peut voir à la page 11 (illustration 1), nous pénétrons dans l'univers de Benjamin Lacombe. Plus qu'une simple anthologie de ses illustrations, l'artiste a réuni toutes ses créations allant des crayonnés aux photographies de ses expositions. Cette monographie ressemble bien à un cabinet de curiosité par sa diversité, sa bigarrure et la bizarrerie de certaines images...

Illustration 1 "Alice passe le miroir", 2017. BENJAMIN LACOMBE

benjamin-lacombe-curiosities-artbook-alice-au-pays-des-merveilles-miroirUne fois entré dans les premières pages que découvre-t-on ? Il nous fait entrer dans son atelier en nous montrant des planches de "work in progress", de chaque étape des dessins, en évoquant ses sources comme la littérature ou ses souvenirs d'enfance. Certains thèmes primordiaux sont développés comme la nature, l'étrange, l'enfance... Des volumes en polymère, des papiers peints, des devantures de vitrine : Benjamin Lacombe est un créateur de génie.

Illustration 2 "Alice à travers le miroir", 2017. BENJAMIN LACOMBE

35414710-10215028550840402-5096526949279334400-n-5b238729e5bbdComment est né le conte musical La mélodie des tuyaux ? Pourquoi choisir d'illustrer des contes ? Saviez-vous qu'il avait dessiné des motifs pour des collections de vêtements pour enfants ? Voici des citations qui peuvent éclairer son travail :

 

Illustration 3 découpage de "Blanche-neige", 2010. BENJAMIN LACOMBE

" La nature hait la norme, la répétition, et c'est bien ce qui me fascine en elle. Elle est source inépuisable de formes, de couleurs et de matières. Un émerveillement sans cesse renouvelé [...]" (p. 109) ou " L'étrange, le bizarre m'a toujours bien plus intéressé que la norme Il n'y a rien de plus ennuyeux que la normalité. Freaks de Tod Browning a été l'un de mes grands chocs cinématographiques, comme bien avant les premiers films de Tim Burton : ces films sur des êtres différents, des freaks rejetés par tous. Ces oeuvres semblaient s'adresser à moi plus que toute autre. Je pense et je constate que chacun s'est un jour ou l'autre senti différent, pas à sa place, rejeté" (p. 265).

Le grand format et le papier glacé subliment les couleurs et les formes des dessins lacombiens. A la fois somme d'une oeuvre et appel à la curiosité, cet art-book nous plonge dans un univers sombre, gothique, littéraire, mélancolique, qui nous invite à jeter un oeil sur les oeuvres que l'on n'aurait pas encore lues.

Lacombe Benjamin, Curiosities, édition Daniel Maghen, Espagne 2018, 301 p.

Autre album : Frida

Sur le web : Seban Johanna, "Les dessins étranges et merveilleux de Benjamin Lacombe", Télérama, mis en ligne le 2 janvier 2019. URL : https://www.telerama.fr/sortir/les-dessins-etranges-et-merveilleux-de-benjamin-lacombe,n6075339.php

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Décoration de Noël pour l'enseigne Steffl, 2012. BENJAMIN LACOMBE

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Vernissage de l'exposition FRIDA ANATOMICUM, 2016. BENJAMIN LACOMBE (photos : Chloé Volmer-Lo)

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Double page Image extraite de "Madame Butterfly", 2013. BENJAMIN LACOMBE

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Double page La rivière de larmes extrait d'"Alice", 2015. BENJAMIN LACOMBE

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13 octobre 2019

Shining de Kubrick : ISSN 2607-0006

Bande annonce VF SHINING (1980)

Stephen King a inspiré de nombreux réalisateurs : actuellement sur nos écrans, vous pouvez voir Ca 2 et Doctor sleep, la suite de Shining, va bientôt paraître sur nos écrans, fin cotobre 2019. Vous n'avez pas encore vu Shining réalisé par Kubrick ? En cette époque halloweenesque, il est temps de le visionner : pourtant, malgré sa réputation de film horrifique, il faut savoir que Shining, comme beaucoup des romans de S. King, repose surtout sur l'horreur psychologique.

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Shining, Stanley Kubrick, 1980

Certaines images iconiques contribuent à faire du long métrage de Kubrick un film d'horreur (photogrammes 1 et 2 ci-dessus), comme des hectolitres de sang jaillissant d'un ascenseur, une vieille femme décatie sortant d'une baignoire ou l'apparition de deux jeunes jumelles au bout d'un couloir, alors qu'il est surtout question des tourments d'un écrivain en proie à la folie. D'ailleurs les dernières photographies rendent plus ambigues l'interprétation du film.

Au contraire, la symétrie des décors, la propreté des lieux, les couleurs chaudes viennent contraster avec les films horrifiques. Shining n'est pas seulement un film gore mais confronte un écrivain à la page blanche, à ses problèmes d'alcoolisme comme dans nombre des romans de l'auteur de Misery ou de La part des ténèbres.

Comme le rappelle Hélène Lacolomberie dans sa revue de presse, cette adaptation du roman de S. King n'a pas été unanimement célébrée lors de sa sortie : pourtant, il ne faut pas oublier les prouesses techniques - avec l'utilisation de la steadicam dans les couloirs hantés de l'hôtel Overlook.

Que l'on aime ou que l'on n'aime pas ce long métrage, on doit reconnaître une certaine recherche technique dans la manière de filmer et des innovations par rapport au genre filmique. Il est devenu un classique, inspirant d'autres réalisateurs comme Spielberg dans Ready player one, qui exploite les scènes de l'ascenseur, des jumelles et de la femme dans la baignoire...

Kubrick, Shining, avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, 1h55, 1980.

Autres billets : Simetierre,

Challenge Halloween 2019 organisé par Lou et Hilde

Sur le web : Sotinel Thomas et Régnier Isabelle, "Stephen King au cinéma : le meilleur et le pire en dix films", Le monde, mis en ligne le . URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/11/15/stephen-king-au-cinema-le-meilleur-et-le-pire-en-10-films_3514731_3246.html

Lacolomberie Hélène, "revue de presse de Shining", cinémathèque, mis en ligne le 7 mars 2019. URL : https://www.cinematheque.fr/article/1386.html

Guedj, "De "Shining" à "Ca" : pourquoi Hollywood adore Stephen King ?", Le point pop, mis en ligne le 28 août 2019. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema-le-clown-tueur-d-enfants-est-revenu-pourquoi-stephen-king-remet-ca-28-08-2019-2332040_2920.php

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12 octobre 2019

La malédiction de Locki de Hachi (volume 1): ISSN 2607-0006

 

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La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

Parmi les dernières sorties de septembre 2019, vous avez peut-être remarqué La malédiction de Locki, qui comporte une jaquette réversible. L'histoire est particulièrement

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attrayante : une jeune sorcière peint avec son sang et donne vie à ses tableaux pour aider les gens à résoudre des problèmes de la vie quotidienne. Malheureusement, ces peintures se métamorphosent en monstres et la jeune fille Aisya charge Locki, une de ses créations, de détruire ses oeuvres.

Pl. 1 La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

Comme dans Dorian Gray d'O. Wilde et d'autres récits fantastiques tel que "Le portrait ovale" d'E. A. Poe, les peintures sont vivantes et de petites enquêtes se constituent autour des oeuvres d'art, dans lesquelles Locki cherche à enfermer les créatures dans leur tableau. Cela crée un scénario assez décousu avec des facilités narratives et des clichés du shonen : un repris de justice appartenant à une guilde apparaît soudainement non pas sorti d'un tableau mais de nulle part.

Les cases et les dessins en pleine page apportent de la variété à un trait stylistique assez banal (planche 1).

La malédiction de Locki tableau 002Comme pour l'intrigue, l'esthétique de ce manga oscille entre des passages très beaux, très travaillés (planche 2) et d'autres qui paraissent inachevés, remplis de blancs. Ce manga sort des cadres par son thème, son héros et ses caractéristiques mais entre dans les normes avec la présence de guildes, d'un duo comique. La dispersion de l'intrigue prendra-telle fin avec ce premier volume ? Vu l'originalité de certains aspects de ce shonen, peut-être qu'un deuxième volume est nécessaire pour se faire une idée sur cette série...

Pl. 2 La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

halloween logo 10 ansHachi, La malédiction de Locki, (6 volumes en cours), Delcourt Tonkam, Italie, 2019, 201 p.

Challenge Halloween 2019, les 10 ans, organisé par Lou et Hilde.

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11 octobre 2019

Demon slayer de Koyoharu Gotouge (volume 1) : ISSN 2607-0006

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Demon slayer © 2019 by Koyoharu Gotouge/ SHUEISHA Inc.

Après une première publication interrompue, sous le nom des Rôdeurs de la nuit, Demon slayer, un shonen atypique essentiellement dans son graphisme, est à nouveau édité. En effet, l'histoire est celle d'un shonen classique : Tanjiro, un jeune marchand de charbon cherche à se venger des démons mangeurs de chair humaine qui ont tué sa famille à l'exception de sa soeur. Cette dernière, Nezuko, est toutefois devenue un monstre, un vampire qui arrive à dominer ses instincts grâce aux liens qui la relient à son frère. Tanjiro devra devenir le meilleur des pourfendeurs de démons pour venger sa famille.

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Pl. 1 : Demon slayer © 2019 by Koyoharu Gotouge/ SHUEISHA Inc

Cependant, cette histoire où Tanjiro doit apprendre des techniques de combat, est sublimée par de magnifiques dessins faisant souvent penser à des estampes (planche 1). On peut donc admirer les motifs des kimonos, ce manga se déroulant sous l'ère Taisho (1912-1926), les traits de mouvement ressemblant à des vagues de l'école de Yukiyo-e, et les jeux de contraste entre le noir et le blanc (illustration 1).

Chaque case a un arrière-plan rarement vide, les fonds présentant des motifs et les paysages étant extrêmement détaillés. On est loin de l'esthétique traditionnelle que l'on retrouve dans nombre de mangas actuels que ce soit Frankenstein family ou Le bateau de Thésée : le style graphique de Koyoharu Gotouche est immédiatement reconnaissable comme celui d'Asano ou de Nihei. On s'attache évidemment au héros, non pas parce qu'il arrive à se surpasser et à devenir le meilleur des pourfendeurs mais parce qu'"il a de la pitié pour ces monstres". "Il sens l'odeur de la gentillesse en lui", comme le remarquera son maître d'arme. Un série à suivre !

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Illustration 1 : Demon slayer © 2019 by Koyoharu Gotouge/ SHUEISHA Inc

halloween logo 10 ansGotouche Koyoharu, Demon slayer, volume 1 ( 17 en cours), Panini, Italie, 2019.

Challenge Halloween, 2019, organisé par Lou et Hilde.

Sur le web : podcast "Faut-il se (re)lancer dans le manga demon slayer ?", la 5° de couv

vlog "cinq raisons d'aimer Demon slayer" L'ermite moderne

Croquet Pauline, "Après un lancement confidentiel, "Demon slayer" entend se hisser au rang de manga culte", Le monde, mis en ligne le 18 septembre 2019. URL : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/09/18/apres-un-lancement-confidentiel-demon-slayer-entend-se-hisser-au-rang-de-manga-culte_5511966_4408996.html

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10 octobre 2019

Mes voisins les esprits de Shirotori Ushio (volumes 1 et 2) : ISSN 2607-0006

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© 2019 Ushio Shirotori / MAG Garden

mesvoisinslesesprit2Le shonen Mes voisins les esprits permet une découverte passionnante du folklore japonais à travers l'histoire de Yachiho, une jeune lycéenne, qui emménage dans une maison hantée, pour retrouver des notes sur le royaumes des morts, censées lui permettre de retrouver sa mère. Le premier volume pose rapidement les bases de l'histoire et paraît cahotique, hésitant entre le surnaturel et la tranche de vie d'une lycéenne. Les personnages sont peu approfondis, de même que les situations.

Pl. 1 © 2018 Ushio Shirotori / MAG Garden

Le bestiaire illustré 001Le deuxième volume présente parfois les mêmes défauts - par exemple le père apparaît et repart brusquement et sans raisons en deux ou trois pages... Cependant, la mangaka arrive à mieux développer des situations quotidiennes mettant en scène des humains et leurs rapports aux esprits dans le monde contemporain : "Même quand ils ne les voient pas et n'en ont pas conscience... certains humains interagissent ainsi avec les esprits à travers leurs rites et 

Pl. 2 © 2018 Ushio Shirotori / MAG Garden

coutumes", déclare Moro (p. 59, volume 2), le gardien du passage vers le monde éternel, qui guide la jeune fille dans l'univers des yokai.

Le monde des créatures surnaturelles et les maisons hantées évoquent la peur et des situations angoissantes. Ce n'est absolument pas le cas de ce manga dont la joliesse du dessin (planche 1) et les situations amusantes créent plutôt un univers proche de celui de Miyazaki. L'intrigue est un peu faible et brouillonne mais l'attrait de ce deuxième tome se situe aussi dans les bonus qui sont consacrés à des esprits nippons apparus dans de petites saynètes de la vie du personnage principal ( planche 2). Espérons que la suite sera à l'image de ce deuxième opus, un reflet des croyances japonaises avec un aspect pédagogique et qu'on en apprendra plus sur les notes du royaume des morts...

2849851935Ushio Shirotori, Mes voisins les esprits, (2 volumes, série en cours), Doki Doki, Italie, septembre 2019.

Challenge Halloween 2019 organisé par Lou et Hilde

Sur le web : Andureau William, "Dans l'imaginaire japonais, toute chose, animée ou non, peut être habitée par un esprit", Le monde, mis en ligne le 2 mai 2016. URL : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/05/02/dans-l-imaginaire-japonais-toute-chose-animee-ou-non-peut-etre-habitee-par-un-esprit_4912192_4408996.html

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09 octobre 2019

Contes de Terremer d'Ursula Le Guin : ISSN 2607-0006

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Ursula Le Guin est devenue une figure emblématique de la littérature de genre ( fantasy et science-fiction) en créant notamment le célèbre cycle de Terremer. Elle nous incite dans son introduction à commencer par Les contes de Terremer plutôt que par Terremer, le premier tome : " Les cinq contes de ce recueil explorent ou prolongent le monde décrit dans les quatre premiers romans de Terremer. Si chacun forme un récit autonome, mieux vaut les lire avant, et non après, lesdits livres". Emer, un personnage, demande : " Oh ! vous êtes conteur ? [...] Vous pouvez me dire une histoire ? Vous feriez mon bonheur, et plus elle sera longue, mieux ce sera ! Mais buvez d'abord votre soupe, laissez-moi m'asseoir pour l'entendre..." ( p. 286). En effet, dans ces îles, les mots ont un pouvoir démiurgique, la parole est primordiale.

Le moins qu'on puisse dire c'est que la romancière refuse "cette fantasy marchande" - définie dans son introduction - pleine de clichés qui n'invente rien : "elle [la fantasy marchande] recycle les vieux thèmes pour les dépouiller de leur densité intellectuelle et éthique, et pour changer leur intrigue en violence, leurs acteurs en marionnettes, leurs vérités premières en platitudes. Les héros brandissent leur épée, leur laser, leur baguette magique, aussi mécaniques que des moissonneuses-batteuses : la récolte n'a d'objet que le profit".

Les contes de terremer raconte différentes histoires où la magie n'a qu'un rôle secondaire par rapport aux volontés et aux caractères des personnages. Certes, il y a des dragons, des métamorphoses d'hommes en animaux et des sorciers mais l'intérêt réside dans l'humanité des personnages qui recherchent un équilibre entre le bien et le mal. Effectivement, Le Guin a bien défini le genre dans lequel s'inscrivent ses nouvelles, loin de la "fantasy marchande" en développant le quotidien de ses personnages, certains renonçant même à leurs pouvoirs pour suivre celles qu'ils aiment. Ne cherchez pas d'épiques batailles comme dans Le Seigneur des anneaux ou l'humour de l'école des sorciers d'Harry Potter. Il y a bien une école des sorciers dans les nouvelles de Le Guin mais il s'en dégage plutôt de la simplicité, du calme et de la mélancolie. Avec Les contes de Terremer, Le Guin réussit à créer son propre univers de fantasy.

Les Contes de Terremer ( bande annonce )

Le premier film d'animation de Goro Miyazaki porte le nom des Contes de terremer mais adapte d'autres romans que les nouvelles de Terremer même si l'on retrouve le personnage de L'épervier par exemple. Mieux vaut connaître le cycle de Le Guin avant de visionner ce long métrage car le spectateur est projeté in medias res dans un monde complètement inconnu malgré la présentation initiale rapide. Les îles de Terremer voit la magie des sorciers s'amenuir et les terres sont l'objet d'un mal inconnu. Le prince Arren possédé tue son père et rencontre un mage, l'épervier, qui va l'aider à lutter contre un sorcier malfaisant.

L'ensemble paraît parfois un peu confus pour ceux qui ne connaissent pas le pouvoir de nomination des mages et des sorciers et pour celui qui n'est pas familier des personnages du cycle. Cependant, on retrouve des thèmes miyazakiens comme la recherche d'équilibre entre l'homme et la nature et son esthétique issue des studios Ghibli. Ce n'est pas le meilleur film produit par ces studios, son scénario étant mal cousu et ses séquences mal rythmées...

Le Guin Ursula, Les contes de Terremer, Livre de poche

Miyazaki, Les contes de Terremer, 116 min, 2006.

Challenge Halloween 2019 de Lou et Hilde.

Sur le web : Sotinel Thomas, "Les contes de Terremer" : Miyazaki, le fils, conte un parricide", Le Monde, mis en ligne le 3 avril 2007. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/04/03/les-contes-de-terremer-miyazaki-le-fils-conte-un-parricide_891242_3476.html 

Prolongueau Hubert, "Trois raisons de (re)lire... Terremer d'Ursula K. Le Guin, preuve que la fantasy peut se passer d'orcs et d'elfes", Télérama, mis en ligne le 18 novembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/trois-raisons-de-%28re%29lire...-terremer-dursula-k.-le-guin,-preuve-que-la-fantasy-peut-se-passer-dorcs,n5895170.php

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Posté par maggie 76 à 04:03 - - Commentaires [14] - Permalien [#]