10 octobre 2018

Mission : Impossible 3 de J.J. Abrams : ISSN 2607-0006

 Mission Impossible 3 ( bande annonce VF )

Mission : Impossible 3 appartient à une franchise - comme Alien, Harry Potter, Thor... - dont chaque film est réalisé par un cinéaste différent : après Bryan de Palma et John Woo, c'est J.J. Abrams qui est au commande de ce troisième opus. Cette franchise est assez connue pour que tout le monde puisse au moins imaginer le début : on propose à l'agent secret Ethan Hunt d'accepter une mission alors qu'il se fiance à Julia. En effet, un des agents qu'il a formé est enlevé et torturé. Il doit le sauver. Il est confronté à Owen Davian, qui le menace ainsi que sa femme. Davian cherche à se procurer un objet : "patte de lapin". Est-ce que Ethan arrivera à sauver sa femme à temps ? Quel est l'objet des convoitises de Davian ? Va-t-il pouvoir le récupérer ?

Certaines scènes d'actions sont mémorables, voire, J.J. Abrams se prend parfois pour Michael Bay : on peut donc voir des combats d'hélicoptères, des explosions et encore des explosions dans la première grosse scène d'action, lorsque Ethan Hunt cherche à sauver son agent. L'action est bien filmée, notamment les scènes noctures avec Shangaï illuminée, au moment où le personnage principal doit aller chercher la "patte de lapin". Heureusement qu'il y a toutes ces scènes d'actions, car toutes celles qui concernent la vie privée d'Ethan et de sa femme sont plutôt mièvres et stéréotypées.

Comme tous les films ayant comme acteur principal Tom Cruise, il vampirise complètement ce long-métrage en étant présent dans toutes les scènes. Il faut dire que l'acteur réalise lui-même ses cascades. Maquillage, déguisements, combats, le rythme est soutenu. C'est un honnête film d'action et d'espionnage, où la patte de l'auteur n'apparaît pas vraiment.

Mission : Impossible 3, J.J. Abrams, Netflix, avec Tom Cruise, P. S. Hoffman, 2005, 126 min.

sur le web : Mission : Impossible 3 de Cécile Mury, Télérama,

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06 octobre 2018

Gobseck de Balzac : ISSN 2607-0006

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Le peseur d'or, Gérard Dou, 1664

Ce petit récit est une oeuvre peu lue de Balzac mais emblématique de son oeuvre par son thème : l'argent ( "La vie n'est-elle pas une machine à laquelle l'argent imprime le mouvement ?" p. 35). Ernest, le fils du marquis de Restaud courtise Camille, la fille de la duchesse de Grandlieu. Cette dernière ne semble pas approuver cette liaison car la comtesse de Restaud - fille du père Goriot a ruiné sa famille. Cependant, Derville, leur notaire commence une narration pour rétablir la réputation du jeune homme et favoriser ce mariage d'amour.

Son histoire est donc une analepse, où il présente Gobseck : "Il s'était changé à mes yeux en une image fantastique où se personnifiait le pouvoir de l'or" (p. 35). Ce dernier lui a prêté de l'argent, pour qu'il achète son cabinet. Ensuite, il est témoin de diverses scènes, où la comtesse Restaud, son amant Maxime de Trailles viennent lui emprunter de l'argent. Au désespoir devant l'inconduite de sa femme, le comte Restaud veut déshériter ses fils illégitimes en faveur de son premier fils, Ernest. Gobseck et Derville lui proposent donc un fidéicommis. Au moment de son agonie, la comtesse cherche désespérement à récupérer l'argent de l'héritage...

Après une longue description de Gobseck et de son "milieu", le narrateur Derville décrit les mécanismes financiers sous la Restauration. Ces deux personnages, au coeur de l'intrigue, donnent une vision de la société dominée par l'or et les intérêts personnels.  En sociologue, Balzac peint aussi le type de l'usurier mais aussi de l'aristocratie avec les portraits des Restaud et de Maxime de Trailles et de la bourgeoisie dans le personnage de Derville, le notaire.

Gobseck s'inscrit clairement dans la veine du réalisme tout en gardant une touche fantastique dans la peinture du prêteur. Passion mélodramatique, logique financière, univers réaliste sont contenus dans Gobseck, qui subsument l'univers passionnant balzacien.

Gobseck, Balzac, Carrés classiques, Nathan, 147 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaines lectures communes où vous pouvez nous rejoindre : "La bourse" ( 13.10) et L'auberge rouge ( 10.11)...

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4. Scène de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

 

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01 octobre 2018

C'est le premier, je balance tout (septembre 2018) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marineLogo d'Allez vous faire lire

1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

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 C'était le mois du Festival america ( présentation ici). Marilyne, sur son blog Lire et merveilles, nous présente un photoreporter français, Zen Leford, qui témoigne par ses images de la résistance des Amérindiens pour empêcher la construction d'un oléoduc  traversant leur réserve. Marilyne évoque aussi une exposition d'art inuit. Outre, ces expo, le festival propose aussi des documentaires comme The ride ou King.

2) LES FILMS

Ce mois-ci, je vous présenterai un film d'animation sorti en août 2018 et un autre plus ancien.

LES INDESTRUCTIBLES 2 Bande Annonce VF (2018)

 Voilà encore des super-héros qui reprennent du service. Alors qu'une loi empêche les Indestructibles d'intervenir dans la ville, un jeune homme décide de mettre en avant Elastigirl pour promouvoir leur image et les réhabiliter. Surgit alors un méchant démoniaque qui hypnotise nos héros et auquel doit faire face l'héroïne. Mêlant humour et actions, Les indestructibles 2 est un bon divertissement familial. L'originalité de ce film est de mettre en parallèle les pouvoirs héroïques pour sauver une ville et ceux déployés pour être un bon parent : pendant qu'Elastigirl sauve le monde, Monsieur Indestructible reste au foyer pour s'occuper de leurs trois enfants. Ce n'est pas qu'une débauche d'actions, les films de super-héros peuvent aussi aborder des problèmes sociétaux. Neuf semaines de projection ! Une belle réussite de Pixar...

Les indestructibles 2, Brad Bird, 2018

Sur le web : LEs indestructibles 2 le bleu du miroir, trillian, Dasola, Le monde cinéma

Mon Voisin Totoro - Bande annonce (ressortie 2018)

Mon voisin Totoro est un des films cultes des studios Ghibli qui a fêté ses 30 ans. On peut voir, dans ce film d'animation de Miyazaki, un père et deux filles, Mei et Satsuki, s'installant à la campagne pour se rapprocher du lieu où leur mère est hospitalisée. Là, les deux petites filles découvrent les beautés de la nature et des dieux qui ne sont perceptibles que grâce à leur imagination d'enfant. Elles font donc la rencontre de noiraudes, de Totoro qui vole sur une toupie (!), l'esprit de la forêt et d'un chat-bus carrollien qu'on voudrait tous emprunter ! Le chagrin de l'absence de la mère est compensée par les joies du quotidien : observer des plants pousser, aller apporter un parapluie à leur père à la descente du bus, se perdre dans un tunnel de verdure pour retrouver Totoro... Certes l'intrigue est bien mince par rapport à Princesse Monoke ou Le château dans le ciel, mais de ce paysage rural et réaliste, Miyazaki réussit à faire surgir un univers fabuleux, un imaginaire lié à l'animisme...

Mon voisin Totoro, Miyazaki, 1h27, 2002

sur le web : les inrockuptibles, le bleu du miroir, Télérama...

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3) LES LIVRES

Ce mois-ci, je me suis lancée dans La Comédie humaine avec Le cabinets des antiques de Balzac. Suite au commentaire de Claudia, je signale une lecture commune avec Claudia de Gobseck pour le 6.10. Vous pouvez nous rejoindre !  J'ai aussi renoué avec plaisir avec le genre de la BD en lisant Culottées 2 de Pénélope Bagieu. Et j'ai enfin découvert trois auteurs que je désirais lire depuis un moment : Kasischke, Céleste Ng et Magaret Atwood.

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4) LES ACHATS

Trois auteurs coréens sont venus rejoindre ma PAL (La dénonciation de Bandi, Bienvenue de Kim Yi Seol, Ma mémoire assassine de Kim Young Ha) ainsi que Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill et Soleil de minuit de Nesbo. Merci Emma pour l'envoi du livre de Lodge, un homme de tempérament ( son billet ici).

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28 septembre 2018

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste NG : ISSN 2607-0006

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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est un drame familial : dans les années 70, en Ohio, Lydie Lee est une jeune fille à qui tout semble réussir. Elle a d'excellents résultats et semble bien intégrée dans son lycée. Le jour où on la retrouve dans le fond d'un lac, commence une enquête qui permet à la romancière d'analyser les rapports sociaux dans cette famille, où le père est américain d'origine chinoise. Ce dernier est professeur dans une petite université et sa femme, mère au foyer. Est-ce Jack, son petit-ami et voisin, qui l'a tuée ? Est-ce que c'est un tueur en série qui sévit dans la région comme le pense la mère ?

Progressivement, on apprend à connaître cette famille, qui fonde tous ses espoirs sur la petite Lydia, centre du foyer, qui a pourtant un grand frère brillant et une petite soeur effacée. Le père projette ses rêves d'intégration sur sa fille aux yeux bleus, espérant qu'elle échappera au racisme qu'il a subit depuis l'enfance. Sa mère rêve d'en faire une physicienne, un médecin, la femme qu'elle n'a pas pu devenir dans cette société patriarcale. Au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête et de la remontée des souvenirs de chacun des membres de la famille, on découvre la réalité vécue par Lydia, qui déclare à Jack : "Les gens décident comment tu es avant même de te connaître [...] Ils pensent tout savoir de toi. Sauf que tu n'es jamais ce qu'ils croient" ( p. 224).

"Il comprend ce que c'est que d'être différent" (p. 50) :

Alternant les points de vue qui montrent une incompréhension et une incommunicabilité entre les êtres, Céleste NG analyse finement les relations familiales. Cette histoire, qui peut paraître banale, est enrichie de multiples thèmes gravitant autour de la cellule familaile comme l'intégration, la différence, les souffrances de l'adolescence, le destin des femmes, les préjugés raciaux... Céleste NG dresse un subtil tableau de la société américaine dans les années 80. Un excellent roman !

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste NG, Pocket, 344 p.

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26 septembre 2018

Battle royale de Kinji Fukasaku : ISSN 2607-0006

Battle Royale Official Blu-Ray Trailer - Cult Classic Movie (2000)

Semblablement à Hunger games, Battle royale met en scène, dans un Japon dysptopique, une classe de jeunes lycéens, tirés au sort, et cloîtrés sur une île, qui doivent se battre jusqu'à la mort. Il n'y aura qu'un seul survivant à la fin du massacre. Munis de collier émetteur, ils sont surveillés et tués s'ils ne respectent pas les règles pendant ces trois jours d'enfermement. Pourquoi sont-ils sur cette île ? Comment vont-il survivre ?

Si le principe est le même que dans Hunger games, la dénonciation est déplacée vers les conflits intergénérationnels et l'observation du comportement de jeunes gens dans une société restreinte. En effet, le film s'ouvre et se ferme sur la relation conflictuelle d'un professeur avec ses élèves et avec sa fille. De même, des flash-back évoquent la vie de certains des personnages comme le héros Shuya qui tire son courage des dernières paroles de son père. Certains décident de s'entraider, d'autres, plus individualistes, en profitent pour régler leur compte.

Ce survival est sanglant mais pas horrifique avec des morts nanardesques où malgré plusieurs salves de mitraillette, les personnages peuvent parfois se relever quelques minustes pour passer un coup de fil ou dire une dernière parole... Des déclarations d'amour naives s'intercalent entre deux tueries. Le film n'est pas mauvais mais il soulève moins de questionnements que dans Hunger games : alors que dans ce film, le peuple se soulève contre la tyrannie, ici, une fois la "battle royale" terminée, rien n'est remis en cause et le conflit entre générations n'est pas beaucoup évoqué. Apparemment, selon Pauline Croquet dans un article du Monde Pixels, le manga dont est inspiré ce film, présente une dimension politique, ce qui est moins visible dans le film.

Battle royale, de Kinji Fukasaku, Netflix, 114 mn, avec Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara, 2000.

Sur le web : MPixels, "Manga iconique des récits de survie, "Battle royale" est réédité en France", Télérama,

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21 septembre 2018

Les revenants de Kasischke : ISSN 2607-0006

 

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"La scène de l'accident était exempt de sang et empreinte d'une grande beauté.[...] La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blond étaient déployés en éventail autour du visage [...]" (p. 11 prologue), ainsi commence le récit du point de vue de Shelly, une enseignante de musique de la petite université de Godwin Honors College. Elle a vu Nicole Werner et Craig Clement avoir un accident de la route, ce qui provoquera le décès de la jeune fille. Pourtant, ce n'est pas ce qu'a constaté Shelly.

A ce premier point de vue, s'ajoute celui de Craig, un jeune étudiant riche et cynique, qui ne cherche qu'à coucher avec des filles, jusqu'au jour où il rencontre Nicole, dont il tombe éperdument amoureux. Perry, le meilleur ami de Craig, est l'une des voix polyphoniques de ce récit. Excellent étudiant, il croit avoir vu Nicole vivante. De fait, il va consulter un professeur, spécialiste des cultes funéraires, Mira Polson. Cette dernière se débat entre sa difficile vie privée et une thèse qu'elle n'arrive pas à commencer. Elle accepte d'aider Perry dans sa quête de la vérité sur la mort de Nicole. Est-elle réellement revenue des morts comme le prétendent plusieurs étudiants ? Quel lien existe-t-il entre des morts et la sororité des Omega Thêta Tau ? 

Habilement, avec fluidité, Kasicshke tisse ces différents points de vue et différentes temporalités pour déployer les trois thèmes de la thèse à venir de Mira Polson : Superstition, sexualité et mort sur un campus américain. La romancière américaine déploie tous les caractères, les sentiments et les illusions liés à la jeunesse, aux sororités, à l'amour, "au délire collectif" des foules comme dans d'autres campus novels tels que La physique des catastrophes de Pessl, Délicieuses pourritures de Oates ou Le maître des illusions de Donna Tartt. Dommage, la fin s'essouffle un peu dans des invraisemblances. La mise en exergue des faux-semblants et de l'hypocrisie diffuse une image sombre et désespérée. Un bon campus novel à découvrir !

Les revenants de Kasischke, Livre de poche, 664 p.

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17 septembre 2018

Office de Hong Won Chan : ISSN 2607-0006

Office - Bande annonce HD VOST

Conseillé par Télérama, Office est un thriller coréen de Hong Won Chan, son premier film, projeté en séance de minuit au festival de Cannes en 2018. Cette enquête policière est supplantée par d'autres aspects mis en avant : le monde de l'entreprise. Dans une boîte de vente, Monsieur Kim, un salarié laborieux et sérieux, tue soudainement toute sa famille à coups de marteau : ce meurtre sordide - hors champ - surprend tout le monde, notamment parce que c'est un homme effacé, gentil, sans histoire. Cependant, au fur et à mesure de la découverte du quotidien de cette entreprise, on perçoit une autre vérité.

Monsieur Kim semble s'être évaporé : tout le monde pense qu'il est encore dans les locaux. Les meurtres se poursuivent, effrayant toute l'équipe de cadres et une jeune stagiaire timide, ayant de nombreux points communs avec Monsieur Kim au niveau professionnel. Les open space permettent de créer un climat anxiogène par leur disposition, de lieux semi-clos. Surtout le montage crée des ellipes, qui laissent surgir le doute quand à l'identité du criminel, et des indices parsemés progressivement nous font peu à peu comprendre la réalité glaçante sur cette série de meurtres. La tension ne cesse de croître.

Les couleurs grises et ternes, les lumières artificielles des open-space, des orages et un climat pluvieux contribuent à créer une ambiance délétère et oppressante, introduite par la sauvagerie inaugurale des premiers meurtres. Même s'il y a quelques scènes englantées, le réalisateur évite le gore ou le grand-guignolesque car il montre plutôt la violence dans le milieu professionnel, la déshumanisation produite par le monde du travail. Un bon premier film...

Office, de Hong Won Chan, avec Ko Asung, Netflix, 1h51, 2015

 Sur le web : L'actu du festival de Virginie Apiou, "A voir sur netflix un thriller coréen et une sitcom anglaise sur les geeks" de Samuel Douaire et Pierre Langlais.

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14 septembre 2018

Le cabinet des antiques de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans L'éducation sentimentale ( I, 5) de Flaubert, Deslauriers résume ainsi les mécanismes de la société telle que l'a décrite Balzac : "Il croyait aux courtisanes conseillant les diplomates, aux riches mariages obtenus par les intrigues, au génie des galériens, aux docilités du hasard sous la main des forts". Effectivement, Balzac dans Le cabinet des antiques se fait "l'annaliste de son temps" en décrivant la magistrature et " le Faubourg-Saint-Germain de Province" dont le sobriquet est "le cabinet des antiques"

Emile Blondet, fils illégitime du préfet, prend la parole pour raconter la terrible histoire des d'Esgrignon, vieille noblesse ruinée après 1789 et oubliée pendant la Restauration. Le marquis préside le "cabinet des antiques" : "Les hommes de ce salon offraient les couleurs grises et fanées des tapisseries, leur vie était frappée d'indécision ; [...] seulement leurs cheveux blancs, leurs visages flétris, leur teint de cire, leurs fronts ruinés, la pâleur des yeux donnaient à tous une ressemblance avec les demmes qui détruisait la réalité de leur costume" (p. 67). Cette vieille noblesse complètement anachronique lutte contre les riches bourgeois du Croissier, du parti des industriels.

L'histoire commence véritablement en 1822, lorsque l'unique fils d'Esgrignon, Victurnien,  monte à Paris pour trouver un emploi mais tombe amoureux de la duchesse de Maufrigneuse, qui mène une vie ruineuse qui va le mener à sa perte. Commence alors une lutte sans merci entre Chesnel, notaire dévoué corps et âme à la famille d'Esgrignon, sorte de père Goriot afflublé de l'énergie de Napoléon ( car comme le disait Baudelaire, chez Balzac, même les concierges ont du génie) et du Croissier, qui veut la ruine de Victurnien. Cette deuxième partie est dominée par le genre théâtral, avec des références à Célimène pour désigner la duchesse et avec des coups théâtre, digne d'un mélodrame. En apparence, les d'Esgrignon semble avoir sauvé leur honneur mais la dernière page affiche clairement la fin du "cabinet des antiques"... Dans ce roman de la " scène de la vie de province", inspiré de deux faits réels où des aristocrates ont commis des faux, l'auteur de La comédie humaine décrit admirablement l'"histoire de la vie provinciale sous l'Empire et la Restauration".

Le cabinet des antiques, Balzac, Folio, 308 p.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4. scène de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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10 septembre 2018

Captive de Margaret Atwood : ISSN 2607-0006

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S'inspirant d'un fait divers qui a fait grand bruit au Canada, dans les années 1840, Margaret Atwood a imaginé la confession d'une jeune femme Grace Marks, condamnée à mort avec un jeune homme qui l'aurait aidée à tuer ses deux maîtres. Cependant, elle réussit à échapper à pendaison et sa peine est commuée en prison à perpétuité. Mais l'auteur de La servante écarlate ne rend pas compte de ce fait divers à la manière de l'historienne Kate Colquhoun dans Le chapeau de Mr Briggs : elle imagine là où les archives et témoignages font défauts. Elle cite d'ailleurs au début des 15 chapitres, des journaux, la déposition de Grace et de James, le témoignage de l'écrivain S. Mooddie...

Cette confession est faite au docteur Jordan, aliéniste, qui cherche plus à faire avancer la science qu'à la juger. De fait, la narratrice retrace ses souvenirs depuis son enfance pour aboutir au meurtre. Elle raconte ainsi comment ses misérables parents irlandais ont émigré au Canada et comment elle devient une servante au service de différentes familles, jusqu'à atterrir chez Mr Kinnear et sa gouvernante, qu'elle aurait assassinés. Est-elle véritablement amnésique ? Est-elle somnambulique ? Aurait-elle une double personnalité ?

Des dossiers concernant la coupable étant déjà lacunaires, voire mensongers à l'époque, cette meurtrière restera jusqu'au bout énigmatique. Parallèlement à l'enquête, on peut découvrir la correspondance et la vie de Simon Jordan, notamment ses réflexions scientifiques. Ainsi le roman, tout en s'attardant sur le témoignage de la détenue, nous dépeint la société de l'époque, en évoquant la condition des femmes en détention, au service des nantis, ou dépendantes de leur mari ainsi que les mariages convenus. Quant à la vie du docteur Jordan, elle nous donne une idée de l'état de la science à l'époque, de la situation politique, du poids de la morale, de la vogue du spiritisme... M. Atwood donne remarquablement vie à cette histoire et à tout un pan du XIXeme siècle au Canada, tout en gardant le mystère entier autour de Grace Marks.

Alias Grace - Trailer - Bande annonce VO Captive | 2017 | saison 1 - Netflix Film HD

Captive a été adaptée en mini-série de six épisodes de 45 minutes par Sarah Polley : elle est particulièrement fidèle au roman malgré une simplication de la construction de l'histoire. Tout est centré autour de la vie de Grace Marks et on s'attarde moins que dans le roman sur la vie du docteur Jordan. L'actrice fait bien revivre l''héroïne principale, notamment ses dons de conteuse. Elle apparaît tout aussi ambigüe que dans le livre. Une bonne adaptation avec une photographie très belle !

Captive de Margaret Atwood, 10/18, 623 p.

Captive, de Sarah Polley, minisérie, Netflix, avec sarah Gadon, Edward Holcroft, 2017, 6 x 45 min

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07 septembre 2018

Culottées 2 de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

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Cette bande dessinée rassemble des biographies de figures féminines célèbres ou moins célèbres comme Temple Grandin, Sonité Alizadeh, Chéryl Bridge, Thérèse Clerc, Betty Davis, Nellie Bly, Phulan Devi, The shaggs, Katia Krafft, Jesselyn Radack, Hedy Lamarr, Naziq Al-Abid, Frances Glessner Lee, Mae Jemison, Peggy Guggenheim. Ces biographies mettent en avant les difficultés qu'elles ont rencontrées pour s'imposer dans leur domaine comme Mae Jemison, qui est la première femme noire envoyée dans l'espace, ou rendent hommage à des femmes, qui n'ont pas été reconnues de leur vivant comme Hedy Lamarr, plus connue pour sa beauté d'actrice que pour ses inventions.

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En plus de l'idée très bonne d'avoir rassemblé tous ces portraits de femmes, on prend plaisir à voir le trait de crayon reconnaissable de Pénélope Bagieu, dont les dessins colorés ne sont pas surchargés avec un arrière-plan souvent uni, permettant ainsi de donner une plus grande place au texte, qui ne manque pas d'humour ( comme dans un roman graphique). Ci-dessus un exemple de planche extraite de la vie de Nelly Bly). Un vrai plaisir visuel et de beaux portraits féminins ! 

Culottées 2 Pénélope Bagieu, Gallimard bd, 163 p. 

autres BD : Cadavre exquis,

sur le web : Violette,

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