06 octobre 2013

Le flambeau, A. Christie : ISSN 2607-0006

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Enigme policière et nouvelle fantastique peuvent faire bon ménage dans les nouvelles d'A. Christie ( biographie sur le site Larousse). Mais les neuf nouvelles du recueil Le flambeau sont de teintes très différentes. "Le chien de la mort" est une bizarre nouvelle d'inspiration lovecraftienne avec l'évocation d'une surréalité et de mondes parallèles assez surprenants sous la plume de la romancière britannique. L'écrivain joue avec les codes du fantastique, de manière très traditionnelle dans "Le flambeau" avec une banale histoire de revenant hantant une vieille demeure mais doublée de la mort tragique d'un petit garçon. "Le cas étrange de sir Arthur Carmichael", "la dernière séance" abordent le thème de la possession avec des séances de spiritisme. "SOS" et "Le mystère du vase bleu" sont beaucoup plus proches des wodhunits auxquels nous a habitués l'auteur avec une touche de prescience et la création d'une atmosphère étouffante propre à susciter l'angoisse. "Témoin à charge" est une véritable enquête policière, immortalisée par B. Wilder.

A priori, les thèmes semblent bien banals, ordinaires et pourtant l'auteur a su distiller un certain mystère et une certaine étrangeté. Dans "SOS", une jeune fille pense inconsciemment qu'un danger rode, dans cette maison isolée par la neige, avec une famille qui a changé d'attitude... Le visiteur égaré saura-t-il la sauver ? L'inexplicable devient rationnelle dans la nouvelle "Le mystère du vase bleu" où un jeune homme est victime d'escrocs exploitant sa crédulité ou inversement basculer complètement dans l'étrange comme dans "La dernière séance" où une séance de spiritisme tourne tragiquement au drame. Sous des apparences toujours banales, A. Christie sait merveilleusement créer des atmosphères angoissantes où la folie n'est jamais loin. Loin des ambiances explicitement effrayantes et même si ce ne sont pas les meilleures nouvelles d'A. Christie, l'on referme le recueil en ressentant un étrange malaise... 

Le flambeau , A. Christie

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

 Autres romans : Poirot joue le jeu, La mystérieuse affaire de style, L'homme au complet marron,

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28 juillet 2013

Pour une nuit d'amour, Zola

audiolib_001Dépoussiérons les classiques avec une écoute audiolib d'une nouvelle méconnue de Zola, lue par Robin Renucci  : "Pour une nuit d'amour" parue en 1882 dans le recueil Le capitaine Burle où on peut lire aussi l'intéressante nouvelle "Comment on meurt". Tout en poursuivant l'écriture de son cycle somme de L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, Zola écrit de petites nouvelles qui gardent des traces de son grand projet. Dans "Pour une nuit d'amour"," l'hérédité [qui] a ses lois comme la pesanteur" et "le  débordement des appétits"* sont aussi présents.

En effet, le héros de cette brève nouvelle est Julien, un pauvre hère, qui n'a d'autres plaisirs que de jouer de la flute et regarder les eaux chantantes de la Chanteclair jusqu'au jour où Thérèse de Marsanne, une jeune noble, revient habiter le manoir face à sa chambre. L'hôtel de Marsanne a un " grand air mélancolique de tombe abandonnée dans le recueillement d'un cimetière" : oui, cet hôtel qui " restait mort" va soudain être le théâtre d'un meurtre ! Les cinq chapitres de ce récit sont comme cinq actes tragiques : peu à peu on découvre l'histoire de Thérèse qui a des "allures violentes" et de sa famille dont les " membres naissaient avec un mal étrange" .  On nous narre aussi ses relations houleuses avec le petit Colombel qui finiront tragiquement.

Comme Zola sait habilement mêler atmosphère réaliste et registre fantastique ! Comme il a su bien illustrer sa théorie déterministe ! Et quel talent pour susciter notre curiosité et décrire des personnages et des lieux sociaux antithétiques ! Cette histoire est d'ailleurs magnifiquement lue par Robin Renucci, qui de sa voix lente, calme et sérieuse arrive à faire revivre cette nouvelle qui présente de nombreuses analogies avec Thérèse Raquin. Encore une très belle découverte grâce à audiolib....

Merci à Audiolib pour ce partenariat et à Chloé. Site audiolib ici avec la fiche de" Pour une nuit d'amour". CD audio, durée 1h24.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

* Préface de La Fortune des Rougon ( 1871), Zola.

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28 novembre 2012

Tous ensemble mais sans plus, G. Flipo

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Monsieur Flipo,

Merci ! Merci pour ce petit livre voyageur Tous ensemble mais sans plus. Voici un certain temps que j'ai lu vos nouvelles qui provoquent sourires, perplexité, ou surprises. J'ai retrouvé un certain esprit maupassantien dans l'ironie du sort à l'oeuvre dans Changement de look, où une pauvre secrétaire se retrouve à choisir un train de vie radicalement différent par un " relooking" qui se révèle funeste. Le poids des apparences et des préjugés sont aussi présents dans " Tous ensemble mais sans plus". Mais c'est surtout "Les choses du marais" qui m'ont frappé : quelle justesse de ton dans la descriptions des malentendus et des non-dits par cette métaphorisation par les marais ! La variété des sujets, mais toujours traité avec vivacité, m'ont donné envie d'ouvrir vos précédents romans...

Mon choix s'est porté sur Le commissaire n'aime point les vers : j'ai jubilé devant cette intrigue littéraire, qui tourne autour d'un sonnet de Baudelaire. Bien que le quotidien ne soit pas évacué - voire le prosaïsme avec les régimes du commissaire Viviane Lancier ou des problèmes d'haleine qui se révéleront mortifères -, on se retrouve dans une intrigue hautement romanesque et fantaisiste avec ce clochard sosie de Victor Hugo, des médiums, des meurtres qui s’enchaînent.... L'humour s'ajoutant à des quiproquos m'ont amené d'une traite jusqu'au dénouement ! M'étant bien amusée avec ce roman, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin et j'espère bientôt lire une nouvelle aventure du fameux commissaire ! C'est donc avec beaucoup de gratitude que je vous remercie pour cette bouffée de fantaisie littéraire en ces froides soirées hivernales. Maggie.

G. Flipo, Le commissaire n'aime point les vers, Folio, 301 p.

G; Flipo, tous ensemble mais sans plus, Anne Carrière.

 

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19 octobre 2012

Une étude en rouge, Arthur Conan Doyle

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"1. En littérature : [connaissances] nulles

2. En philosophie : nulles

3. En astronomie : nulles.

4. En politique : faibles.

5. En botanique : spéciales : est calé sur la belladone, l'opium, tous les poisons en général. Ne connaît rien au jardinage.

6. En géologie : pratiques, mais restreintes. distingue au premier coup d'oeil les différentes espèces de terrains. Après s'être promené à pied dans Londres, m'a montré des éclaboussures sur son pantalon et, d'après leur couleur et consistance, a déterminé dans quel quartier il les a essuyées.

7. En chimie : approfondies

8. En anatomie : exactes, mais sans système.

9. En littérature à sensation : immenses. semble posséder tous les détails de chaque crimes horrible commis au cours des siècles.

10. Joue bien du violon.

11. Est très adroit à la canne, à la boxe, à l'escrime.

12. A une bonne connaissance pratique des lois anglaises."

Qui se cache derrière ce "portrait chinois" ? Dans la première enquête de Sherlock Holmes, vous découvrirez la description du plus célèbre détective privé britannique et son tempérament. Sa marotte ? Les crimes et la science de la déduction. Lorsque Watson le rencontre, il est ébahi par l'acuité hors du commun de Sherlock Holmes dans une sombre et mystérieuse affaire : un homme est retrouvé assassiné, dans une maison abandonnée, à côté duquel est écrit le mot "Rache" (vengeance en allemand). Qui est-il ? Pourquoi l'a-t-on tué ? Pourquoi cette inscription ? tout semble se compliquer lorsqu'un deuxième meurtre, toujours aussi inexplicable, est commis. Inexplicable ? Pas pour notre cher Sherlock Holmes. Vous ferez aussi connaissance de l'officier Gregson et du détective privé Lestrade qui ne sont que de pâles faire-valoir et des amateurs en comparaison du brillantissime sherlock Holmes.

Une fois toutes ces rencontres faites, là où cette nouvelle nous ravit, c'est dans la relation du passé du criminel : le journal qui nous décrit la vie du suspect arrêté est franchement romanesque et des plus dépaysantes. A cela s'ajoute la personnalité excentrique de Sherlock Holmes, qu'on nous décrit comme un homme mystérieux, mélancolique mais aussi vif, infatué mais ne cherchant pas les honneurs, battant à coup de canne des cadavres pour voir si des bleus apparaissent après la mort, pour faire de cette étude en rouge une passionnante enquête de Sherlock Holmes.

Une étude en rouge, Arthur Conan Doyle, folio, 158 p.

Participation au challenge "I love London", organisé avec Titine

billet de Niki et billet de Titine ici. Et le billet de belette ici.

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30 mai 2012

libre et légère d'Edith wharton

libre_et_legere_suivi_de_expiation_edith_wharton_9782080684431Maupassant écrivait dans Une vie, "On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts". Le même constat se retrouve dans Libre et légère mais sous une plume d'un auteur de 14 ans ! Première nouvelle de cette romancière américaine, Libre et légère nous entraîne dans un court récit sur l'amour, le mariage, l'argent... Toutes les préoccupations whartonniennes qui hanteront ses romans. Mais revenons à Libre et légère : Mais qu'est-ce être libre pour une femme de la toute fin du XIXeme siècle ? Est-ce épouser un vieil homme en espérant mener une vie de luxe et de légèreté ? Et qu'est-ce la légèreté ? Préférer l'argent à l'amour ? Wharton ne parle-t-elle pas plutôt de son écriture qui traite avec légèreté un sujet préoccupant pour les jeunes filles... (et leur mère aussi) ?

Ce qu'on apprécie, dans cette petite nouvelle, c'est le style whartonnien : le regard que pose la romancière sur ses personnages est éminemment lucide, et en même temps très schématique. L'anti-héroïne, pourrait-on dire, est Georgina Rivers qui aime son cousin le peintre dilettante Guy Hasting. Mais elle le rejette pour épouser un vieux mais riche lord Breton. Si elle devient la coqueluche de tout Londres, si elle s’enivre de luxe et de divertissements, est-elle heureuse ? A-t-elle fait le bon choix ? Va-t-elle rendre malheureux, lord Breton, son cousin Guy ?

Sur le vieux thème du mariage d'argent ou d'amour,E. Wharton a su poser un regard frais et moqueur, d'abord par des interventions du narrateur : " Un sinistre après-midi  d'automne à la campagne. a l'extérieur, une  douce bruine tombant sur les feuilles jaunes ; à l'intérieur, deux personnages jouant aux échecs, près de la fenêtre, à la lueur du feu, dans le salon de holly Lodge. Or, quand deux personnes jouent aux échecs par un après -midi pluvieux, en tête à tête dans une pièce dont la porte est fermée, elle sont susceptibles soit de s'ennuyer beaucoup, soit d'être dangereusement captivées ; et, dans le cas présent, malgré tout le respect dû au romanesque, elle paraissaient écrasées par le plus accablant ennui". Ensuite par des fausses critiques journalistiques écrites par elle-même où l'auto-dérision perce à chaque ligne. Là, elle ironise sur son roman qu'elle juge  injustement, car s'il est vrai que si l'écriture n'a pas atteint le scintillement de celui de Chez Les heureux du monde, E. Wharton a inséré des références littéraires et un ton unique de badinage qui voile des descriptions de caractères et de moeurs très enlevées comme le type du jeune homme du monde... L'auteur ressemble étonnamment à la jeune fille américaine comme la décrit Paul Bourget dans son essai Outre-mer : " elle a tout lu, tout compris, et cela non superficiellement, mais réellement, avec une énergie de culture à rendre honteux tous les gens de lettres parisiens...[...] On dirait qu'elle s'est commandé quelque part son intelligence, comme on commande un meuble". Et effectivement, la romancière fait preuve de beaucoup de drôlerie et d'intelligence dans cette nouvelle que j'ai trouvé fascinante.

Libre et légère d'E. Wharton,Flammarion, 208 p.

autres romans : Chez les heureux du monde, Kerfol, Les boucanières, Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu

Lu par Mango,passion lecture, Lou....

Pour en savoir plus sur les romans d'Edith Wharton, voir les billets du challenge Edith Wharton organisé par Titine.

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17 mai 2012

Les contes du jour et de la nuit, Maupassant

6301550469_a2e2df71f0*Monument hommage à Guy de Maupassant, Raoul Verlet.

En lisant un article de Mariane Bury, "Maupassant pessimiste ?", je me suis posée la même question qu'elle : Existe-t-il un Maupassant gai, optimiste puis pessimiste ? Deux périodes ? Non, en s'appuyant sur la nouvelle "L'infirme" et d'autres chroniques, elle démontre que Maupassant a toujours été un pessimiste... En fait, à bien regarder ses oeuvres, les deux faces, farcesque et tragique, se côtoient subtilement dans toutes ses oeuvres. Dans "L'infirme", le narrateur rencontre dans un train un ancien soldat, qui devait se fiancer à Mlle de Mandal, devenu infirme. Aussitôt le narrateur de s'imaginer dans un romanesque sentimental que l'infirme a épousé la jeune fille. Comme dans la littérature que Maupassant qualifie de " sirop", " sympathique et consolante" ( "Autour d'un livre"), la jeune fille se sacrifie car elle l'aime véritablement. Et puis une autre version lui vient, à l’opposé de la première : la jeune fille soigne ce vieux débris, dans une vie faite de misère... On nage donc en plein naturalisme. La vérité chez Maupassant sera tout autre... et plus vraisemblable.

Pendant longtemps, j'ai considéré Maupassant comme un triste disciple de Shopenhauer, modèle de tous les fins-de-siècle. Il n'y a qu'à lire "Coco", où un pauvre cheval après toute une vie de labeur devient le martyr d'un paysan brutal, cynique, dépourvu d'âme qui prend plaisir à le faire mourir de faim par cruauté gratuite... Ironie du sort, là où fut enterré le cheval - où il souffrit le supplice de Tantale- l'herbe pousse plus dru. La lecture du "Gueux" confirmera cette première vision de même que" Le parricide". Il suffit de lire Les contes du jour et de la nuit pour se rendre compte qu'il y a plusieurs suicides, morts violentes, actes cruels...

Puis après une lecture attentive, on s’aperçoit que son écriture est davantage sarcastique, la satire et la caricature n'est jamais loin : lorsque dans "Au Printemps", il met en garde les hommes contre la félonie des femmes, il écrit : "Alors ma campagne se mit à courir en gambadant, enivré d'air et d'effluves champêtres. Et moi, je courais derrière en sautant comme elle". N'est-ce pas une parodie de roman sentimental ? Et dans "Une partie de campagne", Mme Dufour est comparée à un sac : "Mr Dufour que la campagne émoustillait déjà lui pinça vivement le mollet, puis, la prenant sous les bras, la déposa lourdement à terre comme un énorme paquet". On ne pourrait mieux critiquer la petite-bourgeoisie. Là où Maupassant est délicieusement ironique, c'est dans une chronique comme "Nos optimistes" : en réponse à une plainte d'Halévy, membre de la glorieuse Académie Française qui se se lamente de l'envahissement du pessimisme, l'auteur d'Une vie, propose quelques lois : "Art. 2 - il est rigoureusement interdit sous peine de deux ans à vingt ans de travaux forcés d'être ou de paraître malheureux, malade, difforme, scrofuleux, etc...etc... de perdre un membre dans un accident de voiture, de chemin de fer, à mois qu'on ne se déclare aussitôt satisfait de cet événement. [...].Art 8- Il est interdit à tous Français riche et bien portant de s'apitoyer sur le sort des misérables, des vagabonds, des infirmes, des vieillards sans ressources, des enfants abandonnés, des mineurs, des ouvriers sans travail et en général de tous les souffrants qui forment en moyenne les deux-tiers de la population, ces préoccupations pouvant jeter les esprits sains dans la déplorable voie du pessimiste. [...]. Art 10 - Quiconque parlera de Decazeville ou de Germinal sera puni de mort."... Maupassant pessimiste ? Pas si sûr... Je ne fais qu'effleurer quelques aspects de son oeuvre mais j'espère que ces quelques lignes vous donnerons envie de feuilleter ces chroniques et nouvelles délicieusement féroces...

Maupassant, Les contes du jour et de la nuit, folio, 233 p.

autres oeuvres : Pierre et Jean, Bel-Ami,

Choses et autres, Maupassant, qui rassemble de nombreux articles tels que " Le fantastique", Les bas-fonds", " Les soirées de Médan", " Par-delà "..., Livre de poche, 498 p.

Plusieurs sites sont consacrés à Maupassant : maupassantania.

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15 mars 2012

La dame au linceuil, bram Stoker

L'auteur de Dracula a aussi écrit des nouvelles avec un soupçon de vampire et une note gothique. Reprenant le même procédé que son célèbre roman Dracula, il nous livre le récit d'un aventurier devenu milliardaire du jour au lendemain, à travers des lettres, des extraits de journaux, de testaments et essentiellement son journal.

Le roman commence en plein mystère avec un extrait du journal de l'occultisme (1907) : " C'est une étrange histoire qui nous parvient de l'Adriatique. Il semble que dans la nuit du 9 de ce mois alors que la Victorine, de la compagnie Italienne de Navigation à vapeur, doublait, un peu avant minuit, le cap connu sous le nom de la Lance d'Ivan, sur la côte des Montagnes Bleues, la vigie attira l'attention du capitaine, qui se trouvait alors sur la passerelle de commandement, sur la présence d'une petite lumière à prosimité du rivage. [...].
P. Caufield, passager à bord et rédacteur du journal de l'occultisme rapporte ceci : " Tous trois ainsi que moi-même, vîmes la chose. Le reste de l'équipage et des passagers était en bas. Tandis que nous approchions, je pus voir ce qu'étais réellement cette chose, mais il fallut beaucoup plus de temps aux marins pour se rendre compte de son étrangeté.[...] Je vis bientôt que le bâteau, qui m'avait semblé depuis le début, avoir une forme bizarre, n'était autre qu'un cercueil, et que la femme qui s'y tenait debout était vêtue d'un linceuil."

Certes, nous voici à nouveau en compagnie de vampires, mais l'auteur semble jouer avec les codes du genre. Ici, pas de peur hyperbolique, de frayeur innommable, le narrateur du journal accepte volontiers de se marier avec un ...vampire. On nage en plein surnaturel, avec une tante janet qui a des dons de double vue et qui lui prédit un mariage avec une fiancée macabre... mais les codes sont si voyants, le narrateur usant du mot "gothique" à plusieurs reprises pour qualifier le vampire - "magnifique face gothique", d'apparition gothique"- et se documentant même sur eux... La désinvolture et la légéreté contamine même le récit qui laisse de côté de nombreux personnages - la tante est parfois oubliée, le premier narrateur disparaît complètement après le premier chapitre... C'est donc une histoire qui démonte les rouages de la littérature gothique. Ce qui est vraiment merveilleux dans ce roman, c'est l'atmosphère sous la "lueur capricieuse de la lune", la description d'un château terriblement gothique, et d'un jardin entièrement blanc et captivant... Un récit à la fois captivant et déceptif, avec une fin un peu décevante, avec un démontage en règle - comme chez Radcliffe des manifestations surnaturelles.

La dame au linceuil, Bram Stocker, Babel, 192 p.

autre roman : Dracula

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14 mars 2012

Comment on meurt, Zola

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"Comment on meurt" : Au XIXeme siècle, Les éloges funèbres étaient de coutume et on immortalisait les disparus par des peintures, puis par des photographies. La mort est aussi le thème de cinq nouvelles de Zola, rassemblées sous le titre, "comment on meurt". Ecrasé par le grand cycle "des Rougon-Macquart", on connaît moins ses nouvelles qui sont des concentrés des thèmes chers à Zola. Le talent de Zola est dans la peinture de ces cinq tableaux, abordant la mort d'un personnage représentant de sa classe sociale, tout en racontant dans ses grandes lignes sa vie. : on a le comte de Verteuil qui vit désuni à sa femme, ce qu'il cache soigneusement. Son cercueil sera accompagnée d'un cortège et d'aristocrate indifférents : une cérémonie en grande pompe donc.

En revanche, chez les bourgeois, on meurt comme on vit : cupidité de la mère et cupidité des enfants. Ainsi rien de morbide, Zola recrée des microcosmes de la société, en romançant la vie de ses personnages, qui sont eux aussi frappés d'hérédité,et sont des types, représentants de leur classe. Vraiment la peinture de la société est inégalable chez Zola !

"Je suis une force" : Une des grandes figures du XIXeme siècle est celle de l'ambitieux : on pense aussi bien à Rastignac qu'à Nucingen chez Balzac ou Bel-ami de Maupassant. L'ambitieux de Zola s'appelle Nantas : arrivé de la province, il ne rêve que de gloire. de même que Rastignac, surplombant le cimetière du père Lachaise, lançait son fameux " A nous deux, maintenant", Nantas, du haut de son galetas déclare : "[il tutoya Paris, il devint familier et supérieur] Maintenant tu es à moi". Après des mois de misères, Nantas trouve une opportunité :  Mlle Chuin, gouvernante de Flavie, fille d'un baron, lui propose un mariage arrangé car Flavie a fauté avec un homme marié. Pour Nantas, ce sont des rêves de ruisseaux d'or qui s'ouvrent à lui...

Nantas est intelligent et son ascension sera fulgurante : malheureusement, il tombe amoureux de sa femme... qui le méprise... Il pense alors à la mort au moment où la fortune lui sourit et qu'il devient un important personnage politique. C'est une nouvelle qui rassemble trois thèmes majeurs développés sous le Second Empire - Ascension, amour, argent - est raconté dans le souffle épique, qui caractérise l'écriture de Zola, au point d'en devenir presque caricatural par moment. L'écriture de Zola est particulièrement outrée, un vrai colosse !

"Cendrillon de la littérature", la nouvelle oblige à une certaine rapidité des enchaînements d'actions et peu de développements, ce qu’apprécieront les anti-zoliens... Des nouvelles fort distrayantes et divertissantes, reflet du XIxeme siècle, Zola anatomise la société avec beaucoup de talent.

"Comment on meurt", "Nantas", in Contes et nouvelles 2, Zola, Garnier Flammarion,332 p.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

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06 mars 2012

Le musée du docteur Moss, Joyce Carol Oates

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" les rapports humains : des énigmes" (p. 17). Joyce Carol Oates aime à décortiquer les tréfonds de l'âme humaine, à exhumer les cadavres dans les placards, à examiner sans complaisance la société... A travers plusieurs nouvelles, elle met en scène le comportement de personnages dont la clef n'est pas donnée. Dans "Mauvaises habitudes", nous suivons les réflexions de trois jeunes enfants dont le père serait un meurtrier en série. Pourquoi a-t-il fait ça ? Est-ce lui le véritable coupable ? Comment vivre ou plutôt survivre avec de tels doutes ?

"Cette histoire n'est pas jolie, jolie, et pas seulement parce qu'elle parle de boxe. D'une certaine façon la boxe n'est qu'accessoires. Le vrai sujet, c’est la trahison." (p. 33). Dans "L'homme qui a combattu Roland LaStarza", la narratrice s'interroge sur les liens entre trois adultes : sa mère, son père et leur ami, un boxeur. Le boxeur, s'est-il suicidé ? A-t-il été abattu par des hommes lui reprochant de ne pas avoir perdu le match truqué ? Mais ce qui la tourmente réellement et de savoir qui est réellement son père...

Mais comment parler de ce recueil sans parler de la nouvelle phare de ce recueil "Le musée du docteur Moss", quoique " fauve" et "les jumeaux" font frissonner d'horreur et sursauter au moindre bruit. La dernière nouvelle prend des accents de conte de fée pour terminer dans l'horreur : une jeune fille est en froid avec sa mère mais elle se souvient parfaitement que celle-ci lui a sauvé la vie. Dix ans sans la voir et puis, elle apprend que sa mère est mariée avec le docteur Moss. Un personnage inquiétant. Elle décide de leur visite et de découvrir le musée de médecine créé par le docteur Moss....Et c'est là qu'elle bascule peut à peu dans le malaise et dans un véritable cauchemar éveillé...

Peut-on parler de personnages ? Appelé par des lettres avant d'être individu avec un prénom, J.C. Oates en fait de véritable abstraction au service d'une démonstration : mais quelle démonstration ? Que l'homme est fondamentalement mauvais ? Que le réel reste opaque... La touche oatesienne de ces nouvelles est son art subtil de faire surgir "l'inquiétante étrangeté" de notre monde, on perçoit sa fascination pour les relations humaines troubles, le développement des obsessions : elle sait saisir le moment où l'homme bascule dans l'étrange et le malsain. Entrez dans un univers de récits diaboliquement noirs...

Joyce Carol Oates, Le musée du docteur Moss, histoire de mystère et de suspense, (12 nouvelles parues dans des revues différentes : "Salut comment ça va ?", " surveillance anti-suicide", " L'homme qui a combattu Roland LaStarza", Gage d'amour, canicule de juillet", " mauvaises habitudes", "Fauve", "Le chasseur", "Les jumeaux", "un mystères", "dépouillement", "Le musée du docteur Moss"), 249 p, Philippe Rey.

autres romans : L'oeil du serpent

Merci Dialogue et Caroline pour ce partenariat.

Participation pour le challenge la nouvelle de Sabbio.

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18 février 2012

Polidori, Le vampire

 

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Lors des fameuses soirées à la villa Dodiati, est né le Frankenstein de Marie Shelley ( biographie sur le site Larousse). Dans ce jeu littéraire, seul Polidori y a aussi contribué : il a continué un texte de Byron, une nouvelle sur un vampire. Qui est ce vampire ? Il prend les traits Lord Ruthven, un être cynique qui prend un malin plaisir à perdre des jeunes filles vertueuses... Sa rencontre avec notre narrateur et héros romanesque Aubrey - à l'imagination fertile - occasionnera un voyage à travers l'Europe et sera jalonné de meurtres qui le mènera à la folie... Si le texte en lui-même est beaucoup trop bref pour nous attacher aux personnages ou pour nous plonger dans une atmosphère, Polidori arrive tout de même à apporter sa touche à la légendaire figure du vampire en en faisant un aristocrate pervers. En outre, ce vampire-là peut se déplacer le jour et souffrir d'une blessure par balle... 

 La lecture de Jean-Claude Aguerre, qui suit la nouvelle, s’appesantit étrangement sur le contexte : en effet, ce vampire doit beaucoup à son modèle byronnien : si Lord Ruthven est peint sous un jour si noir, c'est que Polidori détestait Byron. Pourtant à la lecture de cette nouvelle, ce qui frappe, c'est l'aspect fantastique et surtout les thèmes romantiques omniprésents. Le voyage en Grèce, les ruines, l'amour innocent pour son guide, une jeune femme Ianthe, rappelle beaucoup le début de Graziella de Lamartine.

Cette lecture, accompagnant le récit, nous révèle aussi l'énorme succès qu'a connu ce petit texte : Il est partout présent au XIXeme siècle que ce soit en France, à travers un mélodrame de Nodier, Le vampire, inspirant un drame en 5 actes à Dumas, que dans les arts musicaux : en Allemagne, une bataille musicale fait rage, un compositeur accusant l'autre de plagiat : qui der vampyr de Marschner ou der vampir de Lindpaintner va triompher ? Même titre, mais des styles très différents pour ces deux opéras, celui de Marschner étant qualifié de "romantique" tandis que Lindpainter se situe du côté de l'opéra italien : j'avoue que je n'ai été sensible ni à l'un ni à l'autre, mais que Le vaisseau fantôme de Wagner, inspiré de Marschner, est en revanche grandiose....


Le Hollandais volant - ouverture

Polidori, Le vampire, Babel.

Participation au challenge romantique de Claudia.

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