06 octobre 2013

Le flambeau, A. Christie

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Enigme policière et nouvelle fantastique peuvent faire bon ménage dans les nouvelles d'A. Christie. Mais les neuf nouvelles du recueil Le flambeau sont de teintes très différentes. "Le chien de la mort" est une bizarre nouvelle d'inspiration lovecraftienne avec l'évocation d'une surréalité et de mondes parallèles assez surprenants sous la plume de la romancière britannique. L'écrivain joue avec les codes du fantastique, de manière très traditionnelle dans "Le flambeau" avec une banale histoire de revenant hantant une vieille demeure mais doublée de la mort tragique d'un petit garçon. "Le cas étrange de sir Arthur Carmichael", "la dernière séance" abordent le thème de la possession avec des séances de spiritisme. "SOS" et "Le mystère du vase bleu" sont beaucoup plus proches des wodhonits auxquels nous a habitués l'auteur avec une touche de prescience et la création d'une atmosphère étouffante propre à susciter l'angoisse. "Témoin à charge" est une véritable enquête policière, immortalisée par B. Wilder.

A priori, les thèmes semblent bien banals, ordinaires et pourtant l'auteur a su distiller un certain mystère et une certaine étrangeté. Dans "SOS", une jeune fille pense inconsciemment qu'un danger rode, dans cette maison isolée par la neige, avec une famille qui a changé d'attitude... Le visiteur égaré saura-t-il la sauver ? L'inexplicable devient rationnelle dans la nouvelle "Le mystère du vase bleu" où un jeune homme est victime d'escrocs exploitant sa crédulité ou inversement basculer complètement dans l'étrange comme dans "La dernière séance" où une séance de spiritisme tourne tragiquement au drame. Sous des apparences toujours banales, A. christie sait merveilleusement créer des atmosphères angoissantes où la folie n'est jamais loin. Loin des ambiances explicitement effrayantes et même si ce ne sont pas les meilleures nouvelles d'A. Christie, l'on referme le recueil en ressentant un étrange malaise... 

Le flambeau , A. Christie

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

 

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28 juillet 2013

Pour une nuit d'amour, Zola

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Dépoussiérons les classiques avec une écoute audiolib d'une nouvelle méconnue de Zola, lue par Robin Renucci  : "Pour une nuit d'amour" parue en 1882 dans le recueil Le capitaine Burle où on peut lire aussi l'intéressante nouvelle "Comment on meurt". Tout en poursuivant l'écriture de son cycle somme de L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, Zola écrit de petites nouvelles qui gardent des traces de son grand projet. Dans "Pour une nuit d'amour"," l'hérédité [qui] a ses lois comme la pesanteur" et "le  débordement des appétits"* sont aussi présents.

En effet, le héros de cette brève nouvelle est Julien, un pauvre hère, qui n'a d'autres plaisirs que de jouer de la flute et regarder les eaux chantantes de la Chanteclair jusqu'au jour où Thérèse de Marsanne, une jeune noble, revient habiter le manoir face à sa chambre. L'hôtel de Marsanne a un " grand air mélancolique de tombe abandonnée dans le recueillement d'un cimetière" : oui, cet hôtel qui " restait mort" va soudain être le théâtre d'un meurtre ! Les cinq chapitres de ce récit sont comme cinq actes tragiques : peu à peu on découvre l'histoire de Thérèse qui a des "allures violentes" et de sa famille dont les " membres naissaient avec un mal étrange" .  On nous narre aussi ses relations houleuses avec le petit Colombel qui finiront tragiquement.

Comme Zola sait habilement mêler atmosphère réaliste et registre fantastique ! Comme il a su bien illustrer sa théorie déterministe ! Et quel talent pour susciter notre curiosité et décrire des personnages et des lieux sociaux antithétiques ! Cette histoire est d'ailleurs magnifiquement lue par Robin Renucci, qui de sa voix lente, calme et sérieuse arrive à faire revivre cette nouvelle qui présente de nombreuses analogies avec Thérèse Raquin. Encore une très belle découverte grâce à audiolib....

Merci à Audiolib pour ce partenariat et à Chloé. Site audiolib ici avec la fiche de" Pour une nuit d'amour". CD audio, durée 1h24.

* Préface de La Fortune des Rougon ( 1871), Zola.

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28 novembre 2012

Tous ensemble mais sans plus, G. Flipo

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Monsieur Flipo,

Merci ! Merci pour ce petit livre voyageur Tous ensemble mais sans plus. Voici un certain temps que j'ai lu vos nouvelles qui provoquent sourires, perplexité, ou surprises. J'ai retrouvé un certain esprit maupassantien dans l'ironie du sort à l'oeuvre dans Changement de look, où une pauvre secrétaire se retrouve à choisir un train de vie radicalement différent par un " relooking" qui se révèle funeste. Le poids des apparences et des préjugés sont aussi présents dans " Tous ensemble mais sans plus". Mais c'est surtout "Les choses du marais" qui m'ont frappé : quelle justesse de ton dans la descriptions des malentendus et des non-dits par cette métaphorisation par les marais ! La variété des sujets, mais toujours traité avec vivacité, m'ont donné envie d'ouvrir vos précédents romans...

Mon choix s'est porté sur Le commissaire n'aime point les vers : j'ai jubilé devant cette intrigue littéraire, qui tourne autour d'un sonnet de Baudelaire. Bien que le quotidien ne soit pas évacué - voire le prosaïsme avec les régimes du commissaire Viviane Lancier ou des problèmes d'haleine qui se révéleront mortifères -, on se retrouve dans une intrigue hautement romanesque et fantaisiste avec ce clochard sosie de Victor Hugo, des médiums, des meurtres qui s’enchaînent.... L'humour s'ajoutant à des quiproquos m'ont amené d'une traite jusqu'au dénouement ! M'étant bien amusée avec ce roman, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin et j'espère bientôt lire une nouvelle aventure du fameux commissaire ! C'est donc avec beaucoup de gratitude que je vous remercie pour cette bouffée de fantaisie littéraire en ces froides soirées hivernales. Maggie.

G. Flipo, Le commissaire n'aime point les vers, Folio, 301 p.

G; Flipo, tous ensemble mais sans plus, Anne Carrière.

 

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17 mai 2010

Dickens, Barbe à papa, Philippe Delerm

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Jouant sur la métaphore "dévorer des livres, Philippe Delerm alterne descriptions ou anecdotes de souvenirs culinaires et de souvenirs de lectures. De même que la madeleine proustienne ressuscite toute l'enfance du narrateur, l'auteur développe dans ce court récit, des aliments qu'il associe à différents auteurs. Voici un exemple, intitulé "La lecture et l'anorexie " (p. 49):

"La chartreuse de Parme, Le Vicomte de Bragelonne, Monsieur de Camors, Le vicaire de Wakefield, La chronique de Charles IX, La terre, Lorenzaccio, Les Misérables... Voici quelques-uns des aliments dont se nourrit Juliette, la soeur aux longs cheveux de Colette. C'est un textes étrange qu'à écrit l'auteur de lLa maison de Claudine. Comme si parmi les sources vives de l'enfance, la fraîcheur de l'aube donnée en récompense, la sensualité des sources, des glycines, de l'abricot mûri sur l'espalier, il fallait qu'il y eût aussi un un lieu clos, une prison de fièvre. La chambre de Juliette. "J'avais douze ans, le langage et la manière d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était pas garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout deux longues tresses". Ainsi se définit Colette sur le seuil de cette chambre à la fois familière et lointaine. cette phrase n'est pas sans équivoque. L'auteur y revendique d'emblée virilité et féminité mêlées. A l'âge où il faut choisir, elle aime trop la vie pour séparer. Si le début de la phrase marque sa singularité de sauvageonne, la fin, par chevelure longue interposée, fait de Juliette un double.

Qu'est-ce que Juliette ? Une enveloppe terrestre féminine qui se consume dans les livres jusqu'à la folie. Elle ne dort plus, ne mange plus, laisse refroidir indéfiniment la tasse de chocolat que Sido lui a préparé. A la fin, elle passe de l'autre côté du miroir, confond ses proches avec ses auteurs préférés qui viennent lui rendre visite dans son délire. comment ne pas penser que la jeune Sidonie Gabrielle Colette a dû être horrifiée autant qu'attirée par cette chambre absolue de lecture où Juliette s'est enfermée ? On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. Colette l'a connu de trop près pour ne pas se sentir tentée. Une force en elle a donné sa réponse. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres."

Entre deux réminiscences d'instants de vie liées à la gastronomie, Delerm parle du style de Flaubert, dans L'éducation sentimentale, du travail du poète Carl Spitzweg, raconte des anecdotes sur Proust ou Dickens, fait aussi l'éloge d'Alain de Bottom. Si les textes ne présentent pas une égalité de qualité ou d'intérêt, selon les auteurs évoqués, Philippe Delerm arrive à nous faire partager ses plaisirs livresques et à faire ressurgir en nous, nos propres souvenirs d'enfance, que ce soit l'amour de la barbe à papa ou l'amour de Dickens...

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09 mai 2010

La main de Dieu de Yasmine Char

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Quatrième de couverture
" Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation.Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois depuis si longtemps en guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les brase d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et se relève toujours".
La narratrice, une jeune libanaise, livre ses blessures personnelles comme le départ et l'absence d'une mère, puis la dépression de son père. Mais elle parle aussi de la blessure que la guerre  civile libanaise lui inflige. Le personnage est scindé entre un "je" et un "elle" qui sert à la désigner selon ses actions, et l'Orient et l'Occident. Sa mère étant Française, elle s'attache irrémédiablement à un reporter de guerre français, dont elle ne sait rien. Mais qui est-il vraiment ?

Est-ce la haine et la colère qui émane de ce roman qui empêche d'adhérer à cette histoire ? La langue et les images évoquées sont souvent brutales, crues, comme les premiers mots du récit : " Un matin à dix heure trente, alors que je fumais ma première cigarette à la table d'un bistrot, un homme m'a dit : vous êtes une tueuse. Je n'ai pas su comment le prendre. Cet homme, je ne le connaissais pas. Je ne lui en ai pas voulu".
Est-ce la confusion du récit, qui évoque pèle-mêle la condition de la femme, la question de l'enfance, de la religion...? L'émotion de la jeune adolescente est traduite par une écriture hachée et des phrases brèves. La narration elle-même est  morcelée en petits chapitres, qui créent des ruptures abruptes. L'intrigue est ainsi diluée dans de multiples réflexions.
Ce bref roman n'est pas complètement dénué de thèmes intéressants ou de qualités - l'écriture se fait d'ailleurs plus poétique vers la fin du roman - mais il ne donne qu'une image en filigrane du Liban et la narration semble hâtive ou inaboutie ; même si l'intrigue réserve une surprise finale...

Yasmine Char, La main de Dieu, Folio, 121 p.
Merci Fleur pour ce cadeau
même si je n'ai pas été complètement conquise et que j'ai un avis similaire au tien.
Avis de Fleur, Lou, Malice, Kathel, Mango...Cathulu.

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05 mai 2010

Xingu d'Edith Warthon

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Mrs Ballinger et ses amies, de la bonne société américaine, toutes plus vaniteuses les unes que les autres, ont décidé de recevoir  la célèbre romancière Osric Dane. Dans le club de lecture qu'elles forment, elles se veulent des "chasseresses de l'érudition" et Mrs Ballinger se veut avant-gardiste : "C'était là toute sa fierté : marcher au rythme des Idées du temps présent, et elle mettait un point d'honneur à ce que les livres disposés sur sa table exprimassent cette position avant-gardiste". Quant à Mrs Leveret, elle garde un livre de Citations classées mais n'est capable de retenir qu'une phrase : "Ce Léviathan que vous avez formé pour se jouer dans l'abîme" ! Face à ces lectrices ridicules et orgueilleuses, Osric Dane se montre grossière et méprisante. Seule Mrs Roby, déconsidérée par ces dames, finit par les mystifier. Quelle est leur dernier sujet de conversation, qui les a tenues en haleine, toute l'année ? Le "Xingu" selon Mrs Roby...
Vous apprendrez ce qu'est le "xingu" en lisant cette petite nouvelle d'Edith Warthon qui se moque de la prétention des lectrices mais aussi des écrivains vaniteux. Voici, par exemple, la définition du club par Mrs Ballinger : " "le but de notre club [...] est de regrouper, au plus haut niveau, tout ce que Hillbridge compte de courants de pensées ; de rassembler, de canaliser toute cette énergie intellectuelle." ! Amusante énigmatique, distrayant, ce court récit d'Edith Warthon fustige les travers d'un société new-yorkaise imbue d'elle-même et par là, ridicule. Ce récit vif et féroce caricature des femmes futiles, des nantis new-yorkaises à l'esprit étroit et mesquin. Un beau tableau acerbe où règne les faux-semblants...

Lu dans le cadre du challenge Edith  Warthon de Titine.

Lu aussi par Lou, Malice, Mea...

Xingu, Edith Warthon, Mille et une nuits, 60 p.

autres nouvelles de la romancière : Le triomphe de la nuit

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02 mai 2010

La chasse au snarck, Caroll

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Quatrième de couverture : " Un cireur de souliers, un fabriquant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum ! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini. L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chef d'oeuvre de la littérature victorienne."

"Les mots n'ont que le sens qu'on leur donne"

Un castor qui sauve tout un équipage ? Un boulanger qui s'évanouit lorsqu'il voit un snark ? Bienvenue dans le monde du nonsense de Lewis Carroll. L'auteur crée ses propres animaux fabuleux, comme la description d'un mystérieux oiseau, le Jubjub, et du fabuleux Snark... C'est aussi un univers dominé par le rêve où la logique des sonorités des mots, des associations d'idées gouvernent les lois rationnelles : " Car le visage était tout noir/ C'est à peine si on pouvait voir/ avec le Banquier une vague ressemblance/ son effroi fut si grand / que son gilet devint blanc/ En vérité un phénomène étrange".

Ce court texte est fascinant par son extravagance et devient un beau sujet de rêverie grâce à son imaginaire déjanté et comique, proche de l'absurde : "Ils le chassèrent avec des dés à coudre/ Ils le chassèrent avec passion/ Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir/avec une action de chemin de fer/ Ils le charmèrent avec des sourires et du savon" !

Ce poème est suivi d'un bref essai posant la question de la traduction de jeux de mots, tels que les mots valises, d'une langue à l'autre, dans le célèbre poème du "Jabberwocky", présent dans Alice aux pays des Merveilles.  On peut noter aussi les magnifiques illustrations du peintre préraphaélite, Henry Holiday. Voici une gravure du peintre :

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Lecture dans le cadre du partenariat avec BOB que je remercie. Lu aussi par Praline, Alice, Mélisendre, Tortoise.

Les avis de Cryssiylda, Lilly...

Lewis Carroll, La chasse au snarck, Folio, 131 p.
Challenge "English classic" de Karine.

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28 avril 2010

L'homme hanté, Charles Dickens

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Ecrit après Un chant de Noël, L'homme hanté présente beaucoup de similitudes avec cette dernière. Un chimiste nommé Mr Redlaw, aussi peu avenant que Mr Scrooge, en période de Noël, rencontre un fantôme. Voici son portrait : "Qui eût vu sa joue creuse, son oeil cave et brillant, son habit noir, sa tournure vaguement sinistre, quoique bien prise et proportionnée, ses cheveux grisonnants qui pendaient autour de son visage telles des algues emmêlées - comme s'il eût été tout  au long de sa vie la cible isolée de la corrosion et du ressac de l'immense océan humain - qui n'eût dit qu'il ressemblait à un homme hanté ? Qui eût observé sa physionomie taciturne, pensive, sombre, voilée d'une coutumière réserve, farouche toujours, jamais enjouée, avec l'air égaré de qui retourne sur un lieu et dans un temps passé, ou écoute d'anciens échos résonnant dans sa tête, qui n'eût dit que c'était là la physionomie d'un homme hanté ? ". Le grincheux savant accepte un pacte diabolique avec le spectre, son double mauvais, qui lui permettrait de perdre la mémoire, d'oublier les souvenirs malheureux et les offenses qu'on lui a faites, mais il est aussi doté du pouvoir de faire perdre la faculté de compatir, de tous ceux qui s'approchent de lui...

D'emblée dans un long souffle oratoire, le décor et les personnages sont posés : une famille nombreuse pauvre, côtoyant le chimiste, permet à Dickens de dénoncer la misère sociale. La route du chimiste croise aussi celle d'un jeune étudiant, qui détient un secret sur son identité, lié au passé de Redlaw. Mais le suspense n'est pas exploité dans cette intrigue proche de L'abîme : tous les ingrédients tendent vers une morale énoncée à la dernière ligne de la nouvelle, qui est davantage une réflexion sur le rôle de ma mémoire.
Largement et lourdement didactique, reposant sur des symétries manichéennes, la lecture de cette petite nouvelle morale paraît assez ennuyeuse car dépourvue de l'humour qui fait le charme des romans de Dickens. Cependant, l'écriture de Dickens est toujours aussi plaisante et L'homme hanté reste un texte à découvrir, notamment pour les premières pages particulièrement savoureuses du Londres enneigé et du portrait de Redlaw...

L'homme hanté, Charles Dickens, gravure de Gustave Doré, 173 p.

L'avis favorable de Cécile. Challenge "Dickens" d'Isil et "English classic" de Karine

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24 avril 2010

Le triomphe de la nuit, vol. 1, Edith Wharton

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Quelle belle découverte ! Le triomphe de la nuit est un magnifique recueil de nouvelles, qui nous entraîne dans l'univers des "ghosts stories" anglaises. Ce recueil regroupe cinq nouvelles très diverses " La cloche de la femme de chambre", "Les yeux", "plus tard", "Kerfol", "Le triomphe de la nuit" et je n'en aborderai que deux pour vous laisser découvrir seuls, tout le charme de ces histoires :

1. La cloche de la femme de chambre : Alice Harthey est une jeune femme, en convalescence, recherchant une place de femme de chambre. On lui propose de travailler au service de Mrs Brimpton mais dès le premier jour, elle pense apercevoir un femme pâle, qui serait l'ancienne femme de chambre décédée. Pourquoi ferme-t-on toujours la porte de cette dernière à clef ? Quel est le rôle de Ranford, le jeune et avenant voisin ? Alice, a-t-elle l'esprit dérangée ? Pourquoi sa maîtresse refuse d'utiliser la sonnette qui est dans sa chambre ? Au fil des pages, le mystère ne cesse de s'épaissir...

2. " Kerfol" : En Bretagne, le narrateur décide de visiter "Kerfol", une demeure médiévale, isolée, entourée de silence, qu'il souhaite acheter. Lorsqu'il arrive devant cet impressionnant château, il n'aperçoit que des chiens : on lui explique qu'il n'a vu que des fantômes de chiens... Le narrateur se plonge alors dans la lecture de l'étrange histoire des anciens seigneurs des lieux, restée dans les annales judiciaires : Yves de Cornault épouse, en second mariage, une jeune fille, Anne de Barrigan dont il s'éprend passionnément. Lorsque Yves de Cornault est retrouvé mort dans les escaliers de son château, les accusations se portent aussitôt sur sa jeune femme. Qui l'a tué ? Commence alors le récit étrange de son procès...

Lecteurs, si vous avez lu et aimé Henry James, si vous aimez l'écriture du non-dit, vous admirerez la prose d'Edith Warthon qui a su, avec ses nouvelles fantastiques nous plonger au coeur d'intrigues savamment construites pour créer l'attente, le doute, parfois l'horreur, enrobées dans une ambiance mystérieuse. Chaque nouvelle est extrêmement singulière, n'usant jamais de la même narration : le narrateur est parfois un observateur, parfois un personnage du drame ; les scènes se déroulent aussi bien en Amérique qu'en France ou en Angleterre... Edith Warthon réussit à susciter des atmosphères angoissantes, à créer du suspense et maîtrise l'art de la suggestion. Comme chez James, le fantôme est moins un signe de surnaturel, qu'une incarnation "morale", symbolisant la culpabilité, la trahison... tout en laissant, dans les récits, une part d'ombre et de nuit. Une très belle réussite du genre !

Le triomphe de la nuit, Edith Warthon, Edition Joelle Losfeld, 182 p.

Challenge Edith Warthon de Titine. Liens vers d'autres avis, Lou et lilly...

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09 février 2010

Les paupières d'Yoko Ogawa

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Attirée par la gracieuse couverture représentant une fragile fleur d'une couleur pourpre violacée, et connaissant très mal la littérature japonaise, j'ai voulu découvrir ce recueil de nouvelles dont le ton très divers et très étrange laisse le lecteur dans une sensation de confusion. Ce recueil est composé de 8 nouvelles :" C'est difficile de dormir en avion", " L'art de cultiver les légumes chinois", " Les paupières", " Le cours de cuisine", "Une collection d'odeurs", "Blackstore", "Les ovaires de la poétesse" et "Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls".

Quatrième de couverture : " Une petite fille touchée par l'élégance d'un vieil homme le suit dans son île et devient son alliée face à l'hostilité du monde environnant. dans la maison vit un hamster, au regard dépourvu de paupières. Une japonaise prend l'avion pour l'Europe. A ses côté s'installe un homme qui lui parle puis s'endort. dans l'obscurité du vol de nuit, l'inconnu lui révèle alors l'existence des "histoire à sommeil". Une jeune femme part en voyage pour tenter de fuir ses insomnies. En s'éloignant de son pays, de son amant et de ses habitudes, elle espère trouver suffisamment d'étrangeté pour, le soir venu, s'endormir tranquillement. Dormir, s'endormir, s'éloigner du monde pour retrouver le chemin de l'inconscient, tel est le propos de ce recueil de nouvelles à lire comme une très belle introduction à l'oeuvre de Yoko Ogawa, aujourd'hui mondialement reconnue."

Toute les nouvelles sont très étranges car on saisit mal l'objet ou le sujet du récit. S'arrêtant abruptement, elles manquent de consistance et chaque fin est énigmatique. Un lien se tissent entre tous ces courts récits, celui du sommeil ou du rêve. Certaines nouvelles se teintent de fantastiques, d'autres cachent une réalité plus horrible sous une belle écriture, où sont notés d'infimes détails : la mutilation, l'inconnu terrifiant sont d'autres thèmes récurrents des récits où toujours une note discordante apparaît dans un quotidien anodin. Par exemple, le narrateur de" Blackstore" raconte comment son frère un champion de natation se réveille un jour le bras bloqué au niveau de l'oreille. Pourquoi ? Ce bras se fossilise et finit pas se détacher. A la fin de la nouvelle, le frère se retrouve dans un hôpital et toujours aucune explication...  Même si l'écriture est impeccable, fine, fluide, et que les notations de sensations sont particulièrement réussies, je n'ai pas du tout été conquise par ces nouvelles, plutôt effrayantes, qui tournent court et qui n'arrivent pas à susciter une atmosphère dans laquelle on peut s'immerger.

 Les paupières, Ogawa, Babel, 203 p.

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