23 février 2020

Le diamant gros comme le Ritz de Fitzgerald : ISSN 2607-0006

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Connu surtout pour Gatsby le Magnifique (1925), Fitzgerald a écrit de nombreuses nouvelles dont "Le diamant gros comme le Ritz" ( Contes de l'âge du jazz) ou "La coupe de cristal taillé" et "La sorcière rousse" ( Les enfants du jazz). Pourtant, chacun des récits de l'auteur de la génération perdue semble comme les facettes d'un même univers.

Les trois nouvelles traitent évidemment de faste et d'argent : elle est l'élément capital dans "Un diamant gros comme le Ritz". C'est la religion du personnage principal John, habitant la petite ville d'Hades : "Le credo qui a cours à Hades place en tête de ses articles de foi l'adoration et le respect les plus sincères pour la richesse" ( p. 18). Le jeune homme découvre une montagne de richesse possédée par la famille d'un camarade de son école préparatoire. Cette fortune colossale ne sera que brièvement aperçue par notre héros pauvre. Dans "La coupe de cristal taillé", c'est la déchéance de toute une famillle qui forme le coeur de la nouvelle tandis que dans "La sorcière rousse", la fortune, les fêtes sont inatteignables pour le libraire pauvre qu'est Merlin Grainger, qui ne peut qu'observer de loin le luxe et la beauté d'une femme qu'il admire alors qu'il mène une vie de plus en plus médiocre. Chacun de ces trois courts récit décrive un instant de grâce où tout semble possible mais le déclin semble inévitable : c'est la "touche de désastre" qu'évoque Fitzgerald lui-même.

On a souvent dit que l'auteur de L'envers du paradis était le chroniqueur d'une époque, celle des "années folles", pourtant ces nouvelles paraissent intemporelles : assez peu de références à l'époque sont faites. Au contraire, si l'on lit avec autant de facilité et d'intérêt ces nouvelles, c'est parce qu'elles montrent les cruautés des différences sociales, de la destruction provoquée par le temps de manière rapide, sans détail renvoyant aux "années folles", et avec peu de réalisme. On se croirait dans des contes mélancoliques et noirs. "Le diamant gros comme le Ritz" est un petit bijou fitzgéraldien à découvrir.

Fitzgerald, Le diamant gros comme le Ritz, folio, Espagne, décembre 2019, 85 p.

Fitzgerald, La sorcière rousse, folio, Espagne, mars 2018, 124 p.

Autres nouvelles : L'étrange histoire de Benjamin Button

Partenariat Folio

Sur le web : Neuhoff Eric, "Francis Scott Fitzgerald, le prince blessé", Le figaro, mis en ligne le 10 mai 2013. URL :  https://www.lefigaro.fr/livres/2013/05/10/03005-20130510ARTFIG00528-francis-scott-fitzgerald-le-prince-blesse.php

L'enchanteur désenchanté - Ép. 1/4 - Francis Scott Fitzgerald
Devenu célèbre grâce à son premier ouvrage, L'Envers du Paradis, Francis Scott Fitzgerald a vécu dans un tourbillon d'insouciance, de jazz, de fêtes et d'alcool. Mais derrière l'image euphorique des années folles et les succès littéraires, c'est un destin brisé que nous rac[...]
https://www.franceculture.fr

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Francis Scott Fitzgerald avec sa femme, Zelda, en 1921. BCA/©Rue des Archives/BCA

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19 février 2020

La vendetta de Balzac : ISSN 2607-0006

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C. Corot, Une jeune femme pensive, une mandoline à la main, dans l'atelier du peintre ( détail) 1865, Musée d'Orsay, Paris. Photo Josse/ Leemage

Première nouvelle signée Balzac, La vendetta est imprégnée de romantisme et de pittoresque avec ses personnages corses, avec Napoléon, la figure iconique des romantiques, et avec la peinture d'un amour impossible. Elle inaugure aussi des thématiques balzaciennes comme la description des moeurs sous la Restauration, comme l'importance de l'argent, la thématique picturale présente aussi bien dans Le chef d'oeuvre inconnu ou Pierre Grassou, l'amour paternel et le mariage.

Ce court récit a pour héroïne, Ginevra di Piombo, une jeune fille corse dont l'éducation libre va la mener à sa perte comme Emilie de Fontaine (Le bal de Sceaux). Les Piombo quitte la Corse car les fils ont été tués par les Porta. Bartholoméo di Piombo rejoint la France et demande à Napoléon sa protection. Un jour, en peignant dans l'atelier de Servin, la fille de Bartholoméo aperçoit un proscrit à travers la cloison. Elle tombe amoureuse de ce jeune homme et l'épouse sans l'accord de ses parents.

Les longues descriptions si souvent décriées thématisent l'un des sujets de la nouvelle. Comme une ekphrasis, l'auteur de La comédie humaine décrit ses personnages comme des tableaux : "Assises ou debout, ces jeunes filles, entourées de leurs boîtes à couleurs, jouant avec leurs pinceaux ou les préparant, maniant leurs éclatantes palettes, peignant, parlant, riant, chantant, abandonnées à leur naturel, laissant voir leur caractères, composaient un spectacle inconnu aux hommes : celle-ci, fière, hautaine, capricieuse, aux cheveux noirs, aux belles mains, lançait au hasard la flamme de ses regards ; celle-là, insouciante et gaie, le sourire sur les lèvres, les cheveux châtains, les mains blanches et délicates, vierge française, légère, sans arrière-pensée, vivant de sa vie actuelle ; une autre, rêveuse, mélancolique, pâle, penchant la tête comme une fleur qui tombe; sa voisine, au contraire, grande, indolente, aux habitudes musulmanes, l'oeil long, noir, humide ; parlant peu, mais songeant, et regardant à la dérobée la tête d'Antinoüs" (p. 28). Comme dans Une double famille, les intérieurs sont peints à la manière hollandaise.

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Adrienne Grandpierre Deverzy, Intérieur de l'atelier d'Abel de Pujol {{PD-Art}}

Telle une nouvelle Juliette sous la Restauration, Ginevra épouse un homme avec lequel sa famille est en vendetta : cet amour tragique s'implante dans un décor où les ultras reprennent le pouvoir. L'argent y prend aussi une place dominante comme dans tout l'univers balzacien. Avec La vendetta, Balzac nous plonge dans une histoire de passion aussi poignante que Le père Goriot ou qu'Une double famille, avec pour toile de fond la fin du premier Empire, dont la construction mélodramatique nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.

Balzac, La vendetta, Livre de poche, Espagne, février 2009, 93 p.

La prochaine LC aura lieu le 22 mars, avec le Curé de Tour

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, "Facino Cane" L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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 L'atelier d'Horace Vernet {{PD-Art}}

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23 novembre 2019

Une double famille de Balzac : ISSN 2607-0006

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De nombreux livres du XIXeme siècle aborde l'adultère féminin comme dans Madame Bovary ou Effie Briest de Fontane. En revanche, Balzac aborde la question du mariage et de l'adultère... d'un homme dans Une double famille.

Une double famille commence par le portrait de deux pauvres femmes qui brodent, l'une vieille et l'autre belle. Que peuvent-elles voir dans cette triste petite rue étroite ? Les passants. L'un d'eux, attendri par leur misère, leur vient en aide un jour. L'homme, un riche magistrat, emmène la jeune femme dans une longue promenade à la campagne. Une idylle commence dans ce cadre bucolique. Nous pouvons suivre leur bonheur "clandestin, illégal" (p.64). Cependant, le narrateur nous invite après un événement capital à "oublier un moment les personnages, pour se prêter au récit d'événements antérieurs, mais dont le dernier se rattache à la mort de Mme Crochard. ces deux parties formeront alors une même histoire qui, par une loi particulière à la vie parisienne, avait produit deux actions dictinctes" (p. 71). Que découvre-t-on dans cette deuxième partie ? La vie du magistrat...

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"Voilà pourtant comme je serai dimanche", Charlet

Jamais nouvelle balzacienne n'a pris une telle dimension picturale : les descriptions des passants, des deux femmes vues par la fenêtre par le comte de Granville, les rues parisiennes, des intérieurs sont esthétisés comme des tableaux, de même que les personnages : " un chiffonnier avait une vieille figure digne de celles que Charlet a immortalisées dans ses caricatures de l'école de balayeur" (p. 118).

Outre ces desciptions à la façon d'intérieurs hollandais, Balzac a savamment construit sa nouvelle : ce n'est pas seulement le dyptique de deux vies familiales opposées que propose cette nouvelle mais les deux histoires s'imbriquent et alternent pour donner une morale sur le mariage et dénoncer le rôle de l'Eglise sous la Restauration.

On prendra plaisir à retrouver Horace Bianchon. Quant à la fille du comte de Granville, elle deviendra la femme de Félix de Vandenesse, anti-héros du Lys dans la Vallée. L'apparition de tous ces personnages dans cette si vaste Comédie humaine amène d'ailleurs des erreurs dans leur destin puisque la deuxième fille de Granville est déjà mariée en 1833, époque où se déroule la fin  de ce court récit, alors qu'on évoque une belle alliance à venir pour elle dans Une double famille...

Mais quel romancier ! Balzac n'assène pas une sèche et triste morale sur le mariage mais l'englobe dans une histoire habilement construite tout en développant des considérations sur l'âme humaine, le rôle de l'Eglise, le mariage, les moeurs sous la Restauration et l'Empire...

Balzac, Une double famille,  Livre de poche, Espagne, octobre 2010, 121 p.

Prochaine LC, le 22 décembre avec La Vendetta.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province :Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne :Ferragus, La maison Nucingen "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

 

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22 juillet 2019

Louis Lambert de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-classique/Louis-Lambert-suivi-de-Jesus-Christ-en-Flandre-et-de-Les-Proscrits

"Louis Lambert", "Les proscrits" et "Jésus-Christ en Flandre" sont tous trois des récits appartenant aux études philosophiques. Alors que dans "L'auberge rouge" ou "L'élixir de longue vie" Balzac enveloppe les idées dans un matériau romanesque, Louis Lambert décrit surtout le spiritualisme du personnage éponyme. Le narrateur raconte la vie de ce pauvre garçon, dont la faculté de "voyant" (p. 34) l'empêche de s'intégrer dans l'école, ladite école décrite ennuyeusement sur plusieurs pages.

Remis dans son contexte, ce court récit fait écho aux théories de l'époque comme celles de Mesmer ou de Swedenborg. Mais quelle aridité ! Toutes ces théories longuement développées  paraissent complètement farfelues : "peut-être sommes-nous tout simplement doués de qualités intimes et perfectibles dont l'excercice, dont les développements produisent en nous des phénomènes d'activé, de pénétration, de vision encore observés [...] Il est si commode de déifier l'incompréhensible" (? p. 73) ou "si les apparitions ne sont pas impossibles, disait Lambert, Elles doivent avoir lieu par une faculté d'apercevoir les idées qui représentent l'homme dans son essence pure, et dont la vie, impérissable peut-être, échappe à nos sens extérieurs, mais peut devenir perceptible à l'être intérieur quand il arrive à un haut degré d'extase ou à une grande perfection de vue" (p. 84). J'ai abandonné cette nouvelle : Balzac est meilleur historien des moeurs que mystique.

Dans "Les proscrits", les portraits et le récit sont plus traditionnels. On nous décrit un étrange vieillard - " Il était vraiment impossible à tout le monde, et même à un homme ferme, de ne pas avouer que la nature avait départi des pouvoirs exhorbitants à cet être en apparence surnaturel" (p. 189) -  et son disciple allant chaque jour dans une célèbre école parisienne où ils écoutent les théories mystiques du docteur Sigier. Qui sont ces deux étrangers bannis ? Construite comme une nouvelle à chute, "Les proscrits" ne révèlent qu'à la dernière page l'identité de ce vieillard déclarant avoir survolé les abîmes...

Quant à "Jésus-Christ dans les Flandre", ce récit ressemble à une nouvelle fantastique abordant le thème de la croyance. Dans une première partie, le narrateur transmet une chronique répétée par les conteurs, dans laquelle plusieurs personnages de différentes catégories sociales, embarqués dans un bâteau affrontent une tempête. Quel sort vont connaître les différents passagers ? Après une fin édifiante, brusquement, au paragraphe suivant, le narrateur nous fait part de ses sentiments, de son désespoir. Une femme  - qui devait "être récemment sortie d'un cimetière" (p. 246) - vient le chercher pour lui faire une révélation, elle aussi édifiante. Le récit du narrateur présente un synchrétisme assez curieux : tout semble annoncer des thèmes romantiques avec un héros mélancolique, avec des objets qui prennent vie et avec une apparition surnaturelle mais qui aboutissement à un récit allégorique. La construction atypique s'explique par la genèse de ce récit : "Jésus-Christ en Flandre" est né de la fusion de deux textes ( Notice p. 274). Ils illustrent tous deux, de manière symbolique, la force de la foi.

Ce recueil disparate semble assez éloigné du romanesque de La comédie humaine mais est à lire pour découvrir un autre pan de l'oeuvre balzacienne.

LC. Après une pause en août, nous reprendrons les LC le 22 septembre avec le roman Ursule Mirouët.

Balzac, Louis Lambert, suivi des Proscrits et Jésus-Christ en Flandre, Folio, avril 2014, 303 p.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet; Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "La maison Nucingen", " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "Louis Lambert", "Les proscrits", "Jésus christ en Flandre" "L'élixir de longue vie", La peau de chagrin; L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck, Le colonel Chabert

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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23 mai 2019

Melmoth réconcilié de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-classique/La-Maison-Nucingen-precede-de-Melmoth-reconcilie

Etiqueté comme un auteur "réaliste", on peut s'étonner de voir tout un pan de La comédie humaine confiner au fantastique. C'est le cas de Melmoth réconcilié dont le titre vous évoque certainement un roman noir irlandais de Maturin, dont le succès fut immédiat à l'époque, à tel point qu'il fut traduit en français en 1828, l'année de sa parution. Alors que Maturin développe l'histoire du pacte avec le diable, l'auteur de La comédie humaine balzacianise son héros réaliste.

Après avoir décortiqué l'aristocratie dans Le cabinet des antiques, les pères dans Le père Goriot ou les usuriers dans Gobsek, Balzac décrit en naturaliste les caissiers de Paris. Voici les premières lignes : " Il est une nature d'hommes que la Civilisation dans le Règne Social, comme les fleuristes dans le Règne végétal par l'éducation de la serrre, une espèce hybride qu'ils ne peuvent reproduire ni par semis, ni par bouture" (p. 67). "L'observation préparatoire" mise en place, Balzac introduit son deuxième thème de prédilection : "le principe d'honneur" est remplacé par "le principe Argent" (p. 70). Nous voici donc en présence de Castanier, le caissier de Nucingen, qui s'endette pour contenter une prostituée, Aquilina. Au moment où il projette une rocambolesque fuite en Italie, il rencontre Melmoth. Ce dernier lui propose un pacte faustien : "si le démon te demandait ton âme, ne la donnerais-tu pas en échange d'une puissance égale à celle de Dieu ?" (p. 97).

Castanier tout en côtoyant Rastignac, Nucingen, personnages récurrents de La comédie humaine, devient extrêmement puissant. Mais ce pouvoir le rend-il heureux ? Tout en employant les ressorts du fantastique,  Balzac est éminemment de son temps et introduit son caissier dans le monde de la bourse, tout en le montrant assister à une pièce au Gymnase, dans une mise en abyme. Après Don Juan, dans L'exilir de longue vie, l'auteur du Colonel Chabert, s'empare du mythe faustien pour dépeindre son époque. Que devient le pacte faustien sous la seconde Restauration ? le mythe déchoit dans les spéculations financières : ne dit-on pas de Castanier qu'il "alla joyeux à la Bourse, en pensant qu'il pourrait trafiquer d'une âme comme on y commerce des fonds publics" ?

Le mystère entourant l'omnipotence de Melmoth, puis de Castanier, nous attache à leurs pas, vers la chute de la nouvelle. Ce bref récit, s'appuyant sur deux scandales réels, permet à Balzac d'emblématiser son époque par le thème de l'argent. Encore une petite nouvelle balzacienne, qui prend place dans les études philosophiques, à découvrir !

Balzac, La maison Nucingen, précédé de Melmoth réconcilié, Folio, Saint-Amand, 1989.

LC avec Cléanthe et Miriam. La prochaine LC : La maison Nucingen est programmé pour le 22 juin.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "Melmoth réconcilié", La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux",  Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée.

 

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27 avril 2019

Le bal de Sceaux de Balzac : ISSN 2607-0006

9782081366428

https://editions.flammarion.com/Catalogue/etonnants-classiques/le-bal-de-sceaux

Jamais La comédie humaine n'aura aussi bien portée son nom. De nombreuses références du Bal de Sceaux renvoie au théâtre pour dénoncer le monde des apparences ou pour créer des parallèles entre les caractères moliéresque et les personnages. En effet, Emilie de Fontaine est une orgueilleuse jeune fille aristocratique qui se moque de tout son entourage et de ses prétendants en particulier. Voyez comme on la décrit : " La nature lui avait donné en profusion les avantages nécessaires à ce rôle de Célimène. Grande et svelte, Emilie de Fontaine possédait une démarche imposante ou folâtre, à son gré. Son col un peu long lui permettait de prendre de charmantes attitudes de dédain et d'impertinence. Elle s'était fait un fécond répertoire de ces airs de tête et de ces gestes féminins qui expliquent si cruellement ou si heureusement les demi-mots et les sourires" (p. 37).  Quant au père d'Emilie, il use de la même métaphore théâtrale pour décrire le monde de la noblesse dans laquelle il évolue : " Il tremblait que le monde impitoyable ne se moquât déjà d'une personne qui restait si longtemps en scène sans donner un dénouement à la comédie qu'elle y jouait. Plus d'un acteur, mécontent d'un refus, paraissait attendre le moindre incident malheureux pour se venger" (p. 41)

Pourtant, lors du bal de Sceaux, elle fera une singulière rencontre. Mais qui est ce jeune homme Maximilien de Longueville ? Est-il noble ? Le bal évoque certainement, pour vous, le lieu de la rencontre avec le prince charmant dans les contes de fées. Plus tard, il sera celui de la désillusion et de la vacuité dans L'Education sentimentale de Flaubert ou celui des apparences dans "La parure" de Maupassant.  Mais l'héroïne ne profitera pas longtemps de son amour pour l'inconnu. Autour de ce topos romanesque de la rencontre amoureuse et de notre vaniteuse "Célimène", Balzac dépeint, depuis l'incipit, les bouleversements historiques qu'a vécu la noblesse. Sous la Restauration, cette pratique mondaine  montre un certain désordre des classes sociales. Comme dans Le cabinet des antiques, le refus de s'adapter à la société de son temps marquera la chute de l'héroïne. Encore une nouvelle à chute cruelle, une peinture des caractères et une étude de moeurs habilement construite par Balzac !

Balzac, Le bal de Sceaux, GF Flammarion, Barcelone, 2004, 109 p.

LC avec Cléanthe et Miriam. Prochaine LC : 23 mai avec "Melmoth réconcilié" et le 22 juin avec La maison Nucingen.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne:, "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck, "Le bal de Sceaux"

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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23 mars 2019

Pierre Grassou de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans l'immense fresque romanesque de La Comédie humaine, on peut trouver plusieurs textes balzaciens autour de l'art et du génie : "Pierre Grassou", "Gambara", "Massimilla Doni" ou "Le chef-d'oeuvre inconnu". Après les bouleversements picturaux du Romantisme où se sont illustrés des artistes comme Géricault ou Delacroix, à quoi ressemble le marché de l'art ?

Qui est Pierre Grassou de Fougère, le personnage éponyme ? " Tout en Fougère annonçait la médiocrité" (p. 20). Pourtant, ce peintre va être décoré et expose ses tableaux dans les Salons. Ses premières oeuvres, qui sont de serviles imitations de grands maîtres, sont achetées par Magus, un marchand d'art inquiétant avec "un air diabolique". Ce dernier va lui présenter d'anciens négociants en bouteille, les Vervelle, dont la fille représente cent mille francs de dot. Va-t-il épouser cette "asperge" rousse comme le lui conseille Magus ? Que deviennent les tableaux de Pierre Grassou vendus au marchand de toiles, qui ont pris une singulière patine ancienne ?

Balzac se moque de ce "gâcheur de toile" en l'opposant à d'autres artistes de génie comme le fictionnel Bridau. Alors que ce dernier incarne le Génie, Grassou pioche, économise, peint pour la bougeoisie. Ses tableaux ne sont que des pastiches : " Inventer en toute chose, c'est vouloir mourir à petit feu ; copier, c'est vivre" (p. 26). Emblématisés par la couleur jaune de l'argent, les bourgeois ne sont pas épargnés par l'auteur de Gobseck : "Il [Grassou] se promena sur le Boulevard, il y regardait les femmes rousses qui passaient ! Il se faisait les plus étranges raisonnements : l'or était le plus beau des métaux, la couleur jaune représentait l'or, les Romains aimaient les femmes rousses, et il devint Romain, etc." ( p. 32)

Réifiés, animalisés, les Vervelle considèrent l'art comme une marchandise. A Pierre Grassou qui a donné des esquisses à sa future belle-mère, Vervelle dit : " Il ne faut pas donner ainsi vos tableaux, c'est de l'argent" (p. 33). Balzac peint le goût bourgeois reposant sur l'argent, dégradant ainsi le goût esthétique. Ce petit récit dessine l'état de la sphère de l'art sous le règne du "roi bourgeois". Quant à Balzac qui n'imite personne mais invente le retour des personnages, crée La comédie humaine et l'étude des milieux comme les naturalistes de son temps, il n'a rien d'un Grassou mais tout d'un génie...

Balzac Honoré, "Pierre Grassou", Baume les Dames, Nathan, 2013.

LC avec Cléanthe. Prochaine LC : "Melmoth réconcilié" le 23 mai et Le bal de Sceaux le 27 avril.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais, "Pierre Grassou"

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge, "L'Elixir de longue vie"

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, Gobseck, "La bourse",

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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23 février 2019

L'Elixir de longue vie de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folioplus-classiques/L-Elixir-de-longue-vie

Popularisé par Molière qui fait de son Don Juan un libertin, ce personnage est promis à une longue postérité. Goethe, Byron, Delacroix, peintres et écrivains s'emparent du mythe. Don Juan Belvidero vit à Ferrare, dans la débauche, en attendant la mort de son père, Bartholoméo. Ce dernier, sur son lit de mort, lui révèle qu'il possède un Elixir capable de ressusciter les morts. Il lui demande donc de le frictionner entièrement avec le contenu de la fiole pour revivre. Don Juan constate la véracité des propos de son père en faisant un essai sur l'un des yeux du mourant et devient un paricide en décidant de l'étouffer. Il décide de garder l'Elixir pour lui-même. Face à ce père indulgent, Don Juan se comporte comme un égoïste. A son tour, devenu un vieillard, il fait la même requête à son fils.

Cette nouvelle renouvelle le mythe de Don Juan même si l'on retrouve quelques éléments anti-cléricaux dans le dénouement, le mariage avec Elvire et un libertinage de moeurs. Mais Don Juan n'est plus le libertin des siècles antérieurs. Balzac, sous l'influence du romantisme frénétique, transforme l'histoire en un conte fantastique, grotesque et horrifique : "Une assez violente rafale de lueur [...], illumina la tête de son père : les traits en étaient décomposés, la peau collée fortement sur les os avait des teintes verdâtres que la blancheur de l'oreiller, sur lequel le vieillard reposait, rendait plus horribles.[...] Malgré ces signes de destruction, il éclait sur cette tête un caractère incroyable de puissance".

Le rôle de l'argent, de l'héritage et de la paternité, présent dans La peau de chagrin, Le cabinet des antiques, Gobseck, et bien d'autres  oeuvres de La comédie humaine, en font un personnage et une histoire éminemment balzaciens. Dans cette Italie de la Renaissance de convention, puis dans une Espagne pittoresque, Balzac a su donner aussi une teinte romantique au mythe, renouvelant le type don juanesque en lui donnant une dimension faustienne, dans le défi avec la mort.

 Balzac Honoré, "L'Elixir de longue vie", Barcelone, Folioplus, 2014.

Lecture commune avec Miriam et Cléanthe. Prochaine Lecture commune : "Pierre Grassou" le 23 mars et "Melmoth réconcilié", le 23 mai.

La comédie humaine :

1 Scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

 3. Les études philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge, "L'Elixir de longue vie"

4. Scènes de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, Gobseck, "La bourse",

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée,

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10 novembre 2018

L'auberge rouge de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-2/L-Auberge-rouge

 L'auberge rouge est une longue nouvelle, publiée en feuilleton en 1831, qui trouve place dans les "études philosophiques" de La comédie humaine. En effet, ce récit questionne le lien entre l'argent et la morale. Comme dans d'autres oeuvres de La comédie humaine, Balzac s'interroge sur les fortunes qui se sont bâties sous la Restauration. Il se penche notamment sur le cas du riche banquier Frédéric Taillefer, père de Victorine, personnage récurrent de la Comédie humaine et que l'on retrouvera notamment dans La peau de chagrin.

Lors d'un dîner, où est présent le narrateur, une jeune femme demande à leur hôte allemand, Hermann, de raconter "une histoire allemande qui fasse bien peur" ( p. 14). Un banquier souffrant, placé face au narrateur, assiste aussi à ce dîner. L'histoire se passe sur les bords du Rhin, où un homme nommé Prosper Magnan et son compagnon - Taillefer, qui n'est jamais nommé - rencontre un riche marchand qui dort sur une valise remplie d'argent. Pendant la nuit, Prosper imagine le meurtre du marchand, sort de l'auberge se changer les idées et revient apaisé de sa promenade. Le lendemain, le marchand est retrouvé mort, dans la même chambre que Prosper. Qui a tué le pauvre homme ? Tout accuse Prosper qui accepte la mort pour avoir eu en pensée l'idée de ce meurtre. Dans une deuxième partie intitulée "Les deux justices", le narrateur interroge ses convives : doit-il épouser la fille de Taillefer qui a "une mare de sang dans les terres" ( p. 59) ?

A cette question philosophique et morale, plusieurs réponses sont données : pour certains, " ainsi que la vertu, le crime a ses degrés" (p. 56 Racine, Phèdre). Pour le prêtre, l'amour justifie le mariage. C'est au lecteur de répondre, de réfléchir, étant donné l'absence de réponse : "que faire ? Messieurs, de grâce, un conseil ?" (p. 60)

Cette nouvelle, se situant en Allemagne et citant les contes d'Hoffmann, évoque des thèmes fantastiques, en vogue pendant le romantisme avec le motif du double, le pouvoir de la pensée, le monde du rêve. Balzac donne d'ailleurs de l'Allemagne une image hyperboliquement romantique, voire caricaturale : "en voyant cette terre merveilleuse, couverte de forêt, et où le pittoresque du moyen âge abonde, mais en ruines, vous concevez le génie allemand, ses rêveries et son mysticisme" (p. 20)

Enfin, l'autre aspect moral est la culpabilité d'Hermann Magnan qui préfigure l'inconscient, qui ne sera théorisé qu'un siècle plus tard, mais qu'avec  beaucoup de modernité et de vivacité, l'auteur de La peau de chagrin réussit à mettre en scène. Tout en ayant l'allure d'une nouvelle policière, Balzac examine passionnément la réalité de son temps et les profondeurs de l'âme humaine.

L'auberge rouge, Balzac, Carrés classiques, Nathan, 93 p.

Lecture commune avec Claudia (son billet ici), Miriam et Cléanthe. Une LC sur Le colonel Chabert est prévue pour le 8.12. Vous pouvez nous rejoindre, si vous le souhaitez.

La comédie humaine :

1. scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge

4. scènes de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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13 octobre 2018

La bourse de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans les dernières lignes du Colonel Chabert, le notaire Derville déclare :  "Nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer. Combien de choses n'ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! J'ai vu mourir un père dans un grenier, sans sous ni maille, abandonné par deux filles [...] J'ai vu brûler des testaments ; j'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes, des femmes tuant leurs maris en se servant de l'amour qu'elles leur inspiraient pour les rendre fous ou imbéciles, afin de vivre en paix avec un amant" ( p. 97)*. La comédie humaine montre donc les rouages de la société sous la Restauration, une société en mutation dominée par les intérêts personnels et l'argent.

A contrario, La bourse, qui semble aussi référer à l'argent, thème omniprésent de l'univers balzacien, semble une nouvelle bien optimiste dans toute cette noirceur. Un jeune peintre, Hippolyte Shinner, tombe d'une échelle, dans son atelier, et est secouru par deux femmes, Mademoiselle Adélaïde Leseigneur et sa mère, vivant au quatrième étage, juste au-dessus de son atelier. En voulant les remercier de leur aide, il découvre leur quotidien : elles vivent dans les débris d'un ancien faste, qui amènent des doutes sur leur position sociale. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme, qui l'aime réciproquement. Deux vieils hommes viennent tous les soirs jouer au piquet avec la mère d'Adélaïde, perdant systématiquement de petites sommes d'argent. Le jour où les deux femmes volent la bourse d'Hippolyte, il s'interroge sur le mariage qu'il espérait nouer avec Adélaïde... Sont-elles des femmes respectables ? Ont-elles volé intentionnellement la bourse ? Leur mauvaise réputation est-elle justifiée ?

Cette brève nouvelle s'insérant dans les scènes de la vie privée ne développe pas les personnages, ni un milieu et parle d'un des thèmes majeurs de la Comédie humaine : les liens matrimoniaux. Malgré quelques beaux portraits, les enjeux et les intérêts de ce récit sont bien minces et paraissent simples. Par exemple, Hipollyte est peintre mais cela n'est qu'accessoire. La Révolution, la Restauration ne sont évoquées qu'en sourdine. La bourse apparaît comme une oeuvre mineure face aux grands romans de La Comédie humaine.

Balzac, La bourse,Classiques et contemporains, Magnard, 76 p.

*Balzac, Le colonel Chabert, étonnants classiques, 97 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaine lecture commune : L'auberge rouge pour le 10. 11.

La comédie humaine :

1. scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4 scènes de la vie privée : Mémoire de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck,

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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