23 mai 2019

Melmoth réconcilié de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-classique/La-Maison-Nucingen-precede-de-Melmoth-reconcilie

Etiqueté comme un auteur "réaliste", on peut s'étonner de voir tout un pan de La comédie humaine confiner au fantastique. C'est le cas de Melmoth réconcilié dont le titre vous évoque certainement un roman noir irlandais de Maturin, dont le succès fut immédiat à l'époque, à tel point qu'il fut traduit en français en 1828, l'année de sa parution. Alors que Maturin développe l'histoire du pacte avec le diable, l'auteur de La comédie humaine balzacianise son héros réaliste.

Après avoir décortiqué l'aristocratie dans Le cabinet des antiques, les pères dans Le père Goriot ou les usuriers dans Gobsek, Balzac décrit en naturaliste les caissiers de Paris. Voici les premières lignes : " Il est une nature d'hommes que la Civilisation dans le Règne Social, comme les fleuristes dans le Règne végétal par l'éducation de la serrre, une espèce hybride qu'ils ne peuvent reproduire ni par semis, ni par bouture" (p. 67). "L'observation préparatoire" mise en place, Balzac introduit son deuxième thème de prédilection : "le principe d'honneur" est remplacé par "le principe Argent" (p. 70). Nous voici donc en présence de Castanier, le caissier de Nucingen, qui s'endette pour contenter une prostituée, Aquilina. Au moment où il projette une rocambolesque fuite en Italie, il rencontre Melmoth. Ce dernier lui propose un pacte faustien : "si le démon te demandait ton âme, ne la donnerais-tu pas en échange d'une puissance égale à celle de Dieu ?" (p. 97).

Castanier tout en côtoyant Rastignac, Nucingen, personnages récurrents de La comédie humaine, devient extrêmement puissant. Mais ce pouvoir le rend-il heureux ? Tout en employant les ressorts du fantastique,  Balzac est éminemment de son temps et introduit son caissier dans le monde de la bourse, tout en le montrant assister à une pièce au Gymnase, dans une mise en abyme. Après Don Juan, dans L'exilir de longue vie, l'auteur du Colonel Chabert, s'empare du mythe faustien pour dépeindre son époque. Que devient le pacte faustien sous la seconde Restauration ? le mythe déchoit dans les spéculations financières : ne dit-on pas de Castanier qu'il "alla joyeux à la Bourse, en pensant qu'il pourrait trafiquer d'une âme comme on y commerce des fonds publics" ?

Le mystère entourant l'omnipotence de Melmoth, puis de Castanier, nous attache à leurs pas, vers la chute de la nouvelle. Ce bref récit, s'appuyant sur deux scandales réels, permet à Balzac d'emblématiser son époque par le thème de l'argent. Encore une petite nouvelle balzacienne, qui prend place dans les études philosophiques, à découvrir !

Balzac, La maison Nucingen, précédé de Melmoth réconcilié, Folio, Saint-Amand, 1989.

LC avec Cléanthe et Miriam. La prochaine LC : La maison Nucingen est programmé pour le 22 juin.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "Melmoth réconcilié", La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux",  Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée.

 

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27 avril 2019

Le bal de Sceaux de Balzac : ISSN 2607-0006

9782081366428

https://editions.flammarion.com/Catalogue/etonnants-classiques/le-bal-de-sceaux

Jamais La comédie humaine n'aura aussi bien portée son nom. De nombreuses références du Bal de Sceaux renvoie au théâtre pour dénoncer le monde des apparences ou pour créer des parallèles entre les caractères moliéresque et les personnages. En effet, Emilie de Fontaine est une orgueilleuse jeune fille aristocratique qui se moque de tout son entourage et de ses prétendants en particulier. Voyez comme on la décrit : " La nature lui avait donné en profusion les avantages nécessaires à ce rôle de Célimène. Grande et svelte, Emilie de Fontaine possédait une démarche imposante ou folâtre, à son gré. Son col un peu long lui permettait de prendre de charmantes attitudes de dédain et d'impertinence. Elle s'était fait un fécond répertoire de ces airs de tête et de ces gestes féminins qui expliquent si cruellement ou si heureusement les demi-mots et les sourires" (p. 37).  Quant au père d'Emilie, il use de la même métaphore théâtrale pour décrire le monde de la noblesse dans laquelle il évolue : " Il tremblait que le monde impitoyable ne se moquât déjà d'une personne qui restait si longtemps en scène sans donner un dénouement à la comédie qu'elle y jouait. Plus d'un acteur, mécontent d'un refus, paraissait attendre le moindre incident malheureux pour se venger" (p. 41)

Pourtant, lors du bal de Sceaux, elle fera une singulière rencontre. Mais qui est ce jeune homme Maximilien de Longueville ? Est-il noble ? Le bal évoque certainement, pour vous, le lieu de la rencontre avec le prince charmant dans les contes de fées. Plus tard, il sera celui de la désillusion et de la vacuité dans L'Education sentimentale de Flaubert ou celui des apparences dans "La parure" de Maupassant.  Mais l'héroïne ne profitera pas longtemps de son amour pour l'inconnu. Autour de ce topos romanesque de la rencontre amoureuse et de notre vaniteuse "Célimène", Balzac dépeint, depuis l'incipit, les bouleversements historiques qu'a vécu la noblesse. Sous la Restauration, cette pratique mondaine  montre un certain désordre des classes sociales. Comme dans Le cabinet des antiques, le refus de s'adapter à la société de son temps marquera la chute de l'héroïne. Encore une nouvelle à chute cruelle, une peinture des caractères et une étude de moeurs habilement construite par Balzac !

Balzac, Le bal de Sceaux, GF Flammarion, Barcelone, 2004, 109 p.

LC avec Cléanthe et Miriam. Prochaine LC : 23 mai avec "Melmoth réconcilié" et le 22 juin avec La maison Nucingen.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne:, "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck, "Le bal de Sceaux"

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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23 mars 2019

Pierre Grassou de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans l'immense fresque romanesque de La Comédie humaine, on peut trouver plusieurs textes balzaciens autour de l'art et du génie : "Pierre Grassou", "Gambara", "Massimilla Doni" ou "Le chef-d'oeuvre inconnu". Après les bouleversements picturaux du Romantisme où se sont illustrés des artistes comme Géricault ou Delacroix, à quoi ressemble le marché de l'art ?

Qui est Pierre Grassou de Fougère, le personnage éponyme ? " Tout en Fougère annonçait la médiocrité" (p. 20). Pourtant, ce peintre va être décoré et expose ses tableaux dans les Salons. Ses premières oeuvres, qui sont de serviles imitations de grands maîtres, sont achetées par Magus, un marchand d'art inquiétant avec "un air diabolique". Ce dernier va lui présenter d'anciens négociants en bouteille, les Vervelle, dont la fille représente cent mille francs de dot. Va-t-il épouser cette "asperge" rousse comme le lui conseille Magus ? Que deviennent les tableaux de Pierre Grassou vendus au marchand de toiles, qui ont pris une singulière patine ancienne ?

Balzac se moque de ce "gâcheur de toile" en l'opposant à d'autres artistes de génie comme le fictionnel Bridau. Alors que ce dernier incarne le Génie, Grassou pioche, économise, peint pour la bougeoisie. Ses tableaux ne sont que des pastiches : " Inventer en toute chose, c'est vouloir mourir à petit feu ; copier, c'est vivre" (p. 26). Emblématisés par la couleur jaune de l'argent, les bourgeois ne sont pas épargnés par l'auteur de Gobseck : "Il [Grassou] se promena sur le Boulevard, il y regardait les femmes rousses qui passaient ! Il se faisait les plus étranges raisonnements : l'or était le plus beau des métaux, la couleur jaune représentait l'or, les Romains aimaient les femmes rousses, et il devint Romain, etc." ( p. 32)

Réifiés, animalisés, les Vervelle considèrent l'art comme une marchandise. A Pierre Grassou qui a donné des esquisses à sa future belle-mère, Vervelle dit : " Il ne faut pas donner ainsi vos tableaux, c'est de l'argent" (p. 33). Balzac peint le goût bourgeois reposant sur l'argent, dégradant ainsi le goût esthétique. Ce petit récit dessine l'état de la sphère de l'art sous le règne du "roi bourgeois". Quant à Balzac qui n'imite personne mais invente le retour des personnages, crée La comédie humaine et l'étude des milieux comme les naturalistes de son temps, il n'a rien d'un Grassou mais tout d'un génie...

Balzac Honoré, "Pierre Grassou", Baume les Dames, Nathan, 2013.

LC avec Cléanthe. Prochaine LC : "Melmoth réconcilié" le 23 mai et Le bal de Sceaux le 27 avril.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais, "Pierre Grassou"

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge, "L'Elixir de longue vie"

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, Gobseck, "La bourse",

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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23 février 2019

L'Elixir de longue vie de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folioplus-classiques/L-Elixir-de-longue-vie

Popularisé par Molière qui fait de son Don Juan un libertin, ce personnage est promis à une longue postérité. Goethe, Byron, Delacroix, peintres et écrivains s'emparent du mythe. Don Juan Belvidero vit à Ferrare, dans la débauche, en attendant la mort de son père, Bartholoméo. Ce dernier, sur son lit de mort, lui révèle qu'il possède un Elixir capable de ressusciter les morts. Il lui demande donc de le frictionner entièrement avec le contenu de la fiole pour revivre. Don Juan constate la véracité des propos de son père en faisant un essai sur l'un des yeux du mourant et devient un paricide en décidant de l'étouffer. Il décide de garder l'Elixir pour lui-même. Face à ce père indulgent, Don Juan se comporte comme un égoïste. A son tour, devenu un vieillard, il fait la même requête à son fils.

Cette nouvelle renouvelle le mythe de Don Juan même si l'on retrouve quelques éléments anti-cléricaux dans le dénouement, le mariage avec Elvire et un libertinage de moeurs. Mais Don Juan n'est plus le libertin des siècles antérieurs. Balzac, sous l'influence du romantisme frénétique, transforme l'histoire en un conte fantastique, grotesque et horrifique : "Une assez violente rafale de lueur [...], illumina la tête de son père : les traits en étaient décomposés, la peau collée fortement sur les os avait des teintes verdâtres que la blancheur de l'oreiller, sur lequel le vieillard reposait, rendait plus horribles.[...] Malgré ces signes de destruction, il éclait sur cette tête un caractère incroyable de puissance".

Le rôle de l'argent, de l'héritage et de la paternité, présent dans La peau de chagrin, Le cabinet des antiques, Gobseck, et bien d'autres  oeuvres de La comédie humaine, en font un personnage et une histoire éminemment balzaciens. Dans cette Italie de la Renaissance de convention, puis dans une Espagne pittoresque, Balzac a su donner aussi une teinte romantique au mythe, renouvelant le type don juanesque en lui donnant une dimension faustienne, dans le défi avec la mort.

 Balzac Honoré, "L'Elixir de longue vie", Barcelone, Folioplus, 2014.

Lecture commune avec Miriam et Cléanthe. Prochaine Lecture commune : "Pierre Grassou" le 23 mars et "Melmoth réconcilié", le 23 mai.

La comédie humaine :

1 Scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

 3. Les études philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge, "L'Elixir de longue vie"

4. Scènes de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, Gobseck, "La bourse",

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée,

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10 novembre 2018

L'auberge rouge de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-2/L-Auberge-rouge

 L'auberge rouge est une longue nouvelle, publiée en feuilleton en 1831, qui trouve place dans les "études philosophiques" de La comédie humaine. En effet, ce récit questionne le lien entre l'argent et la morale. Comme dans d'autres oeuvres de La comédie humaine, Balzac s'interroge sur les fortunes qui se sont bâties sous la Restauration. Il se penche notamment sur le cas du riche banquier Frédéric Taillefer, père de Victorine, personnage récurrent de la Comédie humaine et que l'on retrouvera notamment dans La peau de chagrin.

Lors d'un dîner, où est présent le narrateur, une jeune femme demande à leur hôte allemand, Hermann, de raconter "une histoire allemande qui fasse bien peur" ( p. 14). Un banquier souffrant, placé face au narrateur, assiste aussi à ce dîner. L'histoire se passe sur les bords du Rhin, où un homme nommé Prosper Magnan et son compagnon - Taillefer, qui n'est jamais nommé - rencontre un riche marchand qui dort sur une valise remplie d'argent. Pendant la nuit, Prosper imagine le meurtre du marchand, sort de l'auberge se changer les idées et revient apaisé de sa promenade. Le lendemain, le marchand est retrouvé mort, dans la même chambre que Prosper. Qui a tué le pauvre homme ? Tout accuse Prosper qui accepte la mort pour avoir eu en pensée l'idée de ce meurtre. Dans une deuxième partie intitulée "Les deux justices", le narrateur interroge ses convives : doit-il épouser la fille de Taillefer qui a "une mare de sang dans les terres" ( p. 59) ?

A cette question philosophique et morale, plusieurs réponses sont données : pour certains, " ainsi que la vertu, le crime a ses degrés" (p. 56 Racine, Phèdre). Pour le prêtre, l'amour justifie le mariage. C'est au lecteur de répondre, de réfléchir, étant donné l'absence de réponse : "que faire ? Messieurs, de grâce, un conseil ?" (p. 60)

Cette nouvelle, se situant en Allemagne et citant les contes d'Hoffmann, évoque des thèmes fantastiques, en vogue pendant le romantisme avec le motif du double, le pouvoir de la pensée, le monde du rêve. Balzac donne d'ailleurs de l'Allemagne une image hyperboliquement romantique, voire caricaturale : "en voyant cette terre merveilleuse, couverte de forêt, et où le pittoresque du moyen âge abonde, mais en ruines, vous concevez le génie allemand, ses rêveries et son mysticisme" (p. 20)

Enfin, l'autre aspect moral est la culpabilité d'Hermann Magnan qui préfigure l'inconscient, qui ne sera théorisé qu'un siècle plus tard, mais qu'avec  beaucoup de modernité et de vivacité, l'auteur de La peau de chagrin réussit à mettre en scène. Tout en ayant l'allure d'une nouvelle policière, Balzac examine passionnément la réalité de son temps et les profondeurs de l'âme humaine.

L'auberge rouge, Balzac, Carrés classiques, Nathan, 93 p.

Lecture commune avec Claudia (son billet ici), Miriam et Cléanthe. Une LC sur Le colonel Chabert est prévue pour le 8.12. Vous pouvez nous rejoindre, si vous le souhaitez.

La comédie humaine :

1. scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge

4. scènes de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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13 octobre 2018

La bourse de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans les dernières lignes du Colonel Chabert, le notaire Derville déclare :  "Nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer. Combien de choses n'ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! J'ai vu mourir un père dans un grenier, sans sous ni maille, abandonné par deux filles [...] J'ai vu brûler des testaments ; j'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes, des femmes tuant leurs maris en se servant de l'amour qu'elles leur inspiraient pour les rendre fous ou imbéciles, afin de vivre en paix avec un amant" ( p. 97)*. La comédie humaine montre donc les rouages de la société sous la Restauration, une société en mutation dominée par les intérêts personnels et l'argent.

A contrario, La bourse, qui semble aussi référer à l'argent, thème omniprésent de l'univers balzacien, semble une nouvelle bien optimiste dans toute cette noirceur. Un jeune peintre, Hippolyte Shinner, tombe d'une échelle, dans son atelier, et est secouru par deux femmes, Mademoiselle Adélaïde Leseigneur et sa mère, vivant au quatrième étage, juste au-dessus de son atelier. En voulant les remercier de leur aide, il découvre leur quotidien : elles vivent dans les débris d'un ancien faste, qui amènent des doutes sur leur position sociale. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme, qui l'aime réciproquement. Deux vieils hommes viennent tous les soirs jouer au piquet avec la mère d'Adélaïde, perdant systématiquement de petites sommes d'argent. Le jour où les deux femmes volent la bourse d'Hippolyte, il s'interroge sur le mariage qu'il espérait nouer avec Adélaïde... Sont-elles des femmes respectables ? Ont-elles volé intentionnellement la bourse ? Leur mauvaise réputation est-elle justifiée ?

Cette brève nouvelle s'insérant dans les scènes de la vie privée ne développe pas les personnages, ni un milieu et parle d'un des thèmes majeurs de la Comédie humaine : les liens matrimoniaux. Malgré quelques beaux portraits, les enjeux et les intérêts de ce récit sont bien minces et paraissent simples. Par exemple, Hipollyte est peintre mais cela n'est qu'accessoire. La Révolution, la Restauration ne sont évoquées qu'en sourdine. La bourse apparaît comme une oeuvre mineure face aux grands romans de La Comédie humaine.

Balzac, La bourse,Classiques et contemporains, Magnard, 76 p.

*Balzac, Le colonel Chabert, étonnants classiques, 97 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaine lecture commune : L'auberge rouge pour le 10. 11.

La comédie humaine :

1. scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4 scènes de la vie privée : Mémoire de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck,

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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06 octobre 2013

Le flambeau d'A. Christie : ISSN 2607-0006

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Enigme policière et nouvelle fantastique peuvent faire bon ménage dans les nouvelles d'A. Christie ( biographie sur le site Larousse). Mais les neuf nouvelles du recueil Le flambeau sont de teintes très différentes. "Le chien de la mort" est une bizarre nouvelle d'inspiration lovecraftienne avec l'évocation d'une surréalité et de mondes parallèles assez surprenants sous la plume de la romancière britannique. L'écrivain joue avec les codes du fantastique, de manière très traditionnelle dans "Le flambeau" avec une banale histoire de revenant hantant une vieille demeure mais doublée de la mort tragique d'un petit garçon. "Le cas étrange de sir Arthur Carmichael", "la dernière séance" abordent le thème de la possession avec des séances de spiritisme. "SOS" et "Le mystère du vase bleu" sont beaucoup plus proches des whodunits auxquels nous a habitués l'auteur avec une touche de prescience et la création d'une atmosphère étouffante propre à susciter l'angoisse. "Témoin à charge" est une véritable enquête policière, immortalisée par B. Wilder.

A priori, les thèmes semblent bien banals, ordinaires et pourtant l'auteur a su distiller un certain mystère et une certaine étrangeté. Dans "SOS", une jeune fille pense inconsciemment qu'un danger rôde, dans cette maison isolée par la neige, avec une famille qui a changé d'attitude... Le visiteur égaré saura-t-il la sauver ? L'inexplicable devient rationnelle dans la nouvelle "Le mystère du vase bleu" où un jeune homme est victime d'escrocs exploitant sa crédulité ou inversement basculer complètement dans l'étrange comme dans "La dernière séance" où une séance de spiritisme tourne tragiquement au drame. Sous des apparences toujours banales, A. Christie sait merveilleusement créer des atmosphères angoissantes où la folie n'est jamais loin. Loin des ambiances explicitement effrayantes et même si ce ne sont pas les meilleures nouvelles d'A. Christie, l'on referme le recueil en ressentant un étrange malaise...

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

 Autres romans : Poirot joue le jeu, La mystérieuse affaire de style, L'homme au complet marron,

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28 juillet 2013

Pour une nuit d'amour de Zola : ISSN 2607-0006

audiolib_001Dépoussiérons les classiques avec une écoute audiolib d'une nouvelle méconnue de Zola, lue par Robin Renucci  : "Pour une nuit d'amour" est parue en 1882 dans le recueil Le capitaine Burle où on peut lire aussi l'intéressante nouvelle "Comment on meurt". Tout en poursuivant l'écriture de son cycle somme de L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, Zola écrit de petites nouvelles qui gardent des traces de son grand projet. Dans "Pour une nuit d'amour"," l'hérédité [qui] a ses lois comme la pesanteur" et "le  débordement des appétits"* sont aussi présents.

En effet, le héros de cette brève nouvelle est Julien, un pauvre hère, qui n'a d'autres plaisirs que de jouer de la flûte et regarder les eaux chantantes de la Chanteclair jusqu'au jour où Thérèse de Marsanne, une jeune noble, revient habiter le manoir face à sa chambre. L'hôtel de Marsanne a un " grand air mélancolique de tombe abandonnée dans le recueillement d'un cimetière" : oui, cet hôtel qui " restait mort" va soudain être le théâtre d'un meurtre ! Les cinq chapitres de ce récit sont comme cinq actes tragiques : peu à peu on découvre l'histoire de Thérèse qui a des "allures violentes" et de sa famille dont les " membres naissaient avec un mal étrange".  On nous narre aussi ses relations houleuses avec le petit Colombel qui finiront tragiquement.

Comme Zola sait habilement mêler atmosphère réaliste et registre fantastique ! Comme il a su bien illustrer sa théorie déterministe ! Et quel talent pour susciter notre curiosité et décrire des personnages et des lieux sociaux antithétiques ! Cette histoire est d'ailleurs magnifiquement lue par Robin Renucci, qui de sa voix lente, calme et sérieuse arrive à faire revivre cette nouvelle qui présente de nombreuses analogies avec Thérèse Raquin. Encore une très belle découverte grâce à audiolib....

Merci Audiolib pour ce partenariat. Site audiolib ici avec la fiche de" Pour une nuit d'amour", 1h24.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

* Préface de La Fortune des Rougon ( 1871), Zola.

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28 novembre 2012

Tous ensemble mais sans plus de G. Flipo : ISSN 2607-0006

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Monsieur Flipo,

Merci ! Merci pour ce petit livre voyageur Tous ensemble mais sans plus. Voici un certain temps que j'ai lu vos nouvelles qui provoquent sourires, perplexité, ou surprises. J'ai retrouvé un certain esprit maupassantien dans l'ironie du sort à l'oeuvre dans Changement de look, où une pauvre secrétaire se retrouve à choisir un train de vie radicalement différent par un " relooking" qui se révèle funeste. Le poids des apparences et des préjugés sont aussi présents dans " Tous ensemble mais sans plus". Mais c'est surtout "Les choses du marais" qui m'ont frappé : quelle justesse de ton dans la descriptions des malentendus et des non-dits par cette métaphorisation par les marais ! La variété des sujets, mais toujours traités avec vivacité, m'ont donné envie d'ouvrir vos précédents romans...

Mon choix s'est porté sur Le commissaire n'aime point les vers : j'ai jubilé devant cette intrigue littéraire, qui tourne autour d'un sonnet de Baudelaire. Bien que le quotidien ne soit pas évacué - voire le prosaïsme avec les régimes du commissaire Viviane Lancier ou des problèmes d'haleine qui se révéleront mortifères -, on se retrouve dans une intrigue hautement romanesque et fantaisiste avec ce clochard sosie de Victor Hugo, des médiums, des meurtres qui s’enchaînent.... L'humour s'ajoutant à des quiproquos m'ont amenée d'une traite jusqu'au dénouement ! M'étant bien amusée avec ce roman, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin et j'espère bientôt lire une nouvelle aventure du fameux commissaire !

C'est donc avec beaucoup de gratitude que je vous remercie pour cette bouffée de fantaisie littéraire en ces froides soirées hivernales. Maggie.

Flipo, Le commissaire n'aime point les vers, Folio, 301 p.

Flipo, Tous ensemble mais sans plus, Anne Carrière.

 

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19 octobre 2012

Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle : ISSN 2607-0006

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"1. En littérature : [connaissances] nulles

2. En philosophie : nulles

3. En astronomie : nulles.

4. En politique : faibles.

5. En botanique : spéciales : est calé sur la belladone, l'opium, tous les poisons en général. Ne connaît rien au jardinage.

6. En géologie : pratiques, mais restreintes. distingue au premier coup d'oeil les différentes espèces de terrains. Après s'être promené à pied dans Londres, m'a montré des éclaboussures sur son pantalon et, d'après leur couleur et consistance, a déterminé dans quel quartier il les a essuyées.

7. En chimie : approfondies

8. En anatomie : exactes, mais sans système.

9. En littérature à sensation : immenses. semble posséder tous les détails de chaque crimes horrible commis au cours des siècles.

10. Joue bien du violon.

11. Est très adroit à la canne, à la boxe, à l'escrime.

12. A une bonne connaissance pratique des lois anglaises."

Qui se cache derrière ce "portrait chinois" ? Dans la première enquête de Sherlock Holmes, vous découvrirez la description du plus célèbre détective privé britannique et son tempérament. Sa marotte ? Les crimes et la science de la déduction. Lorsque Watson le rencontre, il est ébahi par l'acuité hors du commun de Sherlock Holmes dans une sombre et mystérieuse affaire : un homme est retrouvé assassiné, dans une maison abandonnée, à côté duquel est écrit le mot "Rache" (vengeance en allemand). Qui est-il ? Pourquoi l'a-t-on tué ? Pourquoi cette inscription ? tout semble se compliquer lorsqu'un deuxième meurtre, toujours aussi inexplicable, est commis. Inexplicable ? Pas pour notre cher Sherlock Holmes. Vous ferez aussi connaissance de l'officier Gregson et du détective privé Lestrade qui ne sont que de pâles faire-valoir et des amateurs en comparaison du brillantissime sherlock Holmes.

Une fois toutes ces rencontres faites, là où cette nouvelle nous ravit, c'est dans la relation du passé du criminel : le journal qui nous décrit la vie du suspect arrêté est franchement romanesque et des plus dépaysantes. A cela s'ajoute la personnalité excentrique de Sherlock Holmes, qu'on nous décrit comme un homme mystérieux, mélancolique mais aussi vif, infatué mais ne cherchant pas les honneurs, battant à coup de canne des cadavres pour voir si des bleus apparaissent après la mort, pour faire de cette étude en rouge une passionnante enquête de Sherlock Holmes.

 Doyle, Une étude en rouge, Folio, 158 p.

Participation au challenge "I love London", organisé avec Titine

Billet de Niki et billet de Titine ici. Et le billet de belette ici.

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