28 juin 2020

Les chambres inquiètes de Lisa Tuttle : ISSN 2607-0006

Les chambres inquiètes

Chaque nouvelle du recueil des Chambres inquiètes de Lisa Tuttle est comme une pièce d'une maison hantée derrière laquelle se cache une histoire inquiétante ou malaisante et souvent fantastique. La romancière américaine a aussi écrit, avec Georges Martin, Elle qui chevauche les tempêtes, un roman de fantasy féministe. La même thématique se dessine à travers tous les récits du recueil même s'ils sont extrêmement variés et sémantiquement bien plus riches.

  Les quinze nouvelles - Un nid d'insectes", "sans regret", "en pièces détachées", "La tombe de Jamie", "Le lézard de Byzance", "L'autre chambre", "Oiseaux de lune", Propriété commune", "Une amie en détresse", "L'autre mère, " les mains de Mr Elphinstone", "La plaie", "Le nid" - parlent de la condition de la femme : elle est une proie pour l'homme dans "Un nid d'insectes" ou "En pièce détachées", une mère possessive dans "La tombe de Jamie" ou dans "L'autre mère", une soeur possessive dans "La plaie" ou "Le nid", une mère désespérée dans une famille dysfonctionnelle dans "Oiseaux de lune" par exemple.

"J'avais une vie imaginaire" ( "Une amie en détresse", p. 227) :

Souvent, l'auteur utilise des métaphores, des symboles pour représenter des situations angoissantes, qui restent parfois sibyllines : dans "Le lézard du désir", on comprend implicitement que des femmes sont battues mais qu'elles peuvent s'en sortir en possédant un lézard. Que représente cet animal ? Pourquoi veulent-elles en posséder un ? La nouvelle reste énigmatique. En revanche, en usant d'un rêve, répété comme un refrain, "Oiseaux de lune" se fait poétique : "Les oiseaux qui vivent sur la lune ont presque une tête pareille à celle des hommes, mais ils n'ont pas d'oreilles et leur visage inexpressif a l'air étrangement mort. Lourds et lents, il volent dans la nuit immobile et perchent, solitaires, sur la roche stérile et au flanc des cratères.

Amalie s'éveille en sursaut, comme si des serres glacées lui avaient agrippé le poignet. Le souffle lent et régulier de son mari emplit la chambre à l'instar du clair de lune ; il dort. Elle fait pivoter sa tête sur l'oreiller et se fige à la vue de ses yeux grands ouverts. Mais ceux-ci ne distinguent que ses rêves" (p. 195)...

Certaines nouvelles comme "Une amie en détresse" ressemble davantage à un court récit de science-fiction, usant de l'existence de mondes parallèles. D'autres renouvellent le genre du récit fantastique avec des maisons délabrées, hantée par des choses, ou par des fantômes pour exprimer le mal-être des personnages. Dans "Sans regret", une femme a fait le choix de devenir poétesse au lieu d'épouser un homme et de fonder une famille. Une dizaine d'années plus tard, elle voit les fantômes de la vie qu'elle aurait pu avoir. Est-elle vraiment "sans regret" ?

Toutes ces nouvelles présentent une écriture fluide, qui captivent par leur chute pas toujours explicite. En très peu de mots, Lisa Tuttle arrrive à peindre ses personnages, une situation quotidienne, qui devient vite anxiogène, fantastique, symbolique, tout en montrant des héroïnes tuttliennes en proie à leurs problèmes. Un recueil fascinant !

Tuttle Lisa, Les chambres inquiètes, Dystopia, France, Avril 2014, 357 p.

Autres romans : Elle qui chevauche les tempêtes

Merci aux éditions Dystopia pour ce SP.

Ceridwen

"La silhouette voilée pourrait être Ceridwen, la déesse blanche de la mort et de la création" ( p. 247, "L'autre mère")

Ceridwen (1910) par Christopher Williams.

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23 février 2020

Le diamant gros comme le Ritz de Fitzgerald : ISSN 2607-0006

La sorcière rousseLe-diamant-gros-comme-le-Ritz

Connu surtout pour Gatsby le Magnifique (1925), Fitzgerald a écrit de nombreuses nouvelles dont "Le diamant gros comme le Ritz" ( Contes de l'âge du jazz) ou "La coupe de cristal taillé" et "La sorcière rousse" ( Les enfants du jazz). Pourtant, chacun des récits de l'auteur de la génération perdue semble comme les facettes d'un même univers.

Les trois nouvelles traitent évidemment de faste et d'argent : elle est l'élément capital dans "Un diamant gros comme le Ritz". C'est la religion du personnage principal John, habitant la petite ville d'Hades : "Le credo qui a cours à Hades place en tête de ses articles de foi l'adoration et le respect les plus sincères pour la richesse" ( p. 18). Le jeune homme découvre une montagne de richesse possédée par la famille d'un camarade de son école préparatoire. Cette fortune colossale ne sera que brièvement aperçue par notre héros pauvre. Dans "La coupe de cristal taillé", c'est la déchéance de toute une famillle qui forme le coeur de la nouvelle tandis que dans "La sorcière rousse", la fortune, les fêtes sont inatteignables pour le libraire pauvre qu'est Merlin Grainger, qui ne peut qu'observer de loin le luxe et la beauté d'une femme qu'il admire alors qu'il mène une vie de plus en plus médiocre. Chacun de ces trois courts récit décrive un instant de grâce où tout semble possible mais le déclin semble inévitable : c'est la "touche de désastre" qu'évoque Fitzgerald lui-même.

On a souvent dit que l'auteur de L'envers du paradis était le chroniqueur d'une époque, celle des "années folles", pourtant ces nouvelles paraissent intemporelles : assez peu de références à l'époque sont faites. Au contraire, si l'on lit avec autant de facilité et d'intérêt ces nouvelles, c'est parce qu'elles montrent les cruautés des différences sociales, de la destruction provoquée par le temps de manière rapide, sans détail renvoyant aux "années folles", et avec peu de réalisme. On se croirait dans des contes mélancoliques et noirs. "Le diamant gros comme le Ritz" est un petit bijou fitzgéraldien à découvrir.

Fitzgerald, Le diamant gros comme le Ritz, folio, Espagne, décembre 2019, 85 p.

Fitzgerald, La sorcière rousse, folio, Espagne, mars 2018, 124 p.

Autres nouvelles : L'étrange histoire de Benjamin Button

Partenariat Folio

Sur le web : Neuhoff Eric, "Francis Scott Fitzgerald, le prince blessé", Le figaro, mis en ligne le 10 mai 2013. URL :  https://www.lefigaro.fr/livres/2013/05/10/03005-20130510ARTFIG00528-francis-scott-fitzgerald-le-prince-blesse.php

L'enchanteur désenchanté - Ép. 1/4 - Francis Scott Fitzgerald
Devenu célèbre grâce à son premier ouvrage, L'Envers du Paradis, Francis Scott Fitzgerald a vécu dans un tourbillon d'insouciance, de jazz, de fêtes et d'alcool. Mais derrière l'image euphorique des années folles et les succès littéraires, c'est un destin brisé que nous rac[...]
https://www.franceculture.fr

Fitgerald 2

Francis Scott Fitzgerald avec sa femme, Zelda, en 1921. BCA/©Rue des Archives/BCA

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19 février 2020

La vendetta de Balzac : ISSN 2607-0006

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C. Corot, Une jeune femme pensive, une mandoline à la main, dans l'atelier du peintre ( détail) 1865, Musée d'Orsay, Paris. Photo Josse/ Leemage

Première nouvelle signée Balzac, La vendetta est imprégnée de romantisme et de pittoresque avec ses personnages corses, avec Napoléon, la figure iconique des romantiques, et avec la peinture d'un amour impossible. Elle inaugure aussi des thématiques balzaciennes comme la description des moeurs sous la Restauration, comme l'importance de l'argent, la thématique picturale présente aussi bien dans Le chef d'oeuvre inconnu ou Pierre Grassou, l'amour paternel et le mariage.

Ce court récit a pour héroïne, Ginevra di Piombo, une jeune fille corse dont l'éducation libre va la mener à sa perte comme Emilie de Fontaine (Le bal de Sceaux). Les Piombo quitte la Corse car les fils ont été tués par les Porta. Bartholoméo di Piombo rejoint la France et demande à Napoléon sa protection. Un jour, en peignant dans l'atelier de Servin, la fille de Bartholoméo aperçoit un proscrit à travers la cloison. Elle tombe amoureuse de ce jeune homme et l'épouse sans l'accord de ses parents.

Les longues descriptions si souvent décriées thématisent l'un des sujets de la nouvelle. Comme une ekphrasis, l'auteur de La comédie humaine décrit ses personnages comme des tableaux : "Assises ou debout, ces jeunes filles, entourées de leurs boîtes à couleurs, jouant avec leurs pinceaux ou les préparant, maniant leurs éclatantes palettes, peignant, parlant, riant, chantant, abandonnées à leur naturel, laissant voir leur caractères, composaient un spectacle inconnu aux hommes : celle-ci, fière, hautaine, capricieuse, aux cheveux noirs, aux belles mains, lançait au hasard la flamme de ses regards ; celle-là, insouciante et gaie, le sourire sur les lèvres, les cheveux châtains, les mains blanches et délicates, vierge française, légère, sans arrière-pensée, vivant de sa vie actuelle ; une autre, rêveuse, mélancolique, pâle, penchant la tête comme une fleur qui tombe; sa voisine, au contraire, grande, indolente, aux habitudes musulmanes, l'oeil long, noir, humide ; parlant peu, mais songeant, et regardant à la dérobée la tête d'Antinoüs" (p. 28). Comme dans Une double famille, les intérieurs sont peints à la manière hollandaise.

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Adrienne Grandpierre Deverzy, Intérieur de l'atelier d'Abel de Pujol {{PD-Art}}

Telle une nouvelle Juliette sous la Restauration, Ginevra épouse un homme avec lequel sa famille est en vendetta : cet amour tragique s'implante dans un décor où les ultras reprennent le pouvoir. L'argent y prend aussi une place dominante comme dans tout l'univers balzacien. Avec La vendetta, Balzac nous plonge dans une histoire de passion aussi poignante que Le père Goriot ou qu'Une double famille, avec pour toile de fond la fin du premier Empire, dont la construction mélodramatique nous tient en haleine jusqu'à la dernière ligne.

Balzac, La vendetta, Livre de poche, Espagne, février 2009, 93 p.

La prochaine LC aura lieu le 22 mars, avec le Curé de Tour

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La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, "Facino Cane" L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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 L'atelier d'Horace Vernet {{PD-Art}}

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27 avril 2019

Le bal de Sceaux de Balzac : ISSN 2607-0006

9782081366428

https://editions.flammarion.com/Catalogue/etonnants-classiques/le-bal-de-sceaux

Jamais La comédie humaine n'aura aussi bien portée son nom. De nombreuses références du Bal de Sceaux renvoie au théâtre pour dénoncer le monde des apparences ou pour créer des parallèles entre les caractères moliéresque et les personnages. En effet, Emilie de Fontaine est une orgueilleuse jeune fille aristocratique qui se moque de tout son entourage et de ses prétendants en particulier. Voyez comme on la décrit : " La nature lui avait donné en profusion les avantages nécessaires à ce rôle de Célimène. Grande et svelte, Emilie de Fontaine possédait une démarche imposante ou folâtre, à son gré. Son col un peu long lui permettait de prendre de charmantes attitudes de dédain et d'impertinence. Elle s'était fait un fécond répertoire de ces airs de tête et de ces gestes féminins qui expliquent si cruellement ou si heureusement les demi-mots et les sourires" (p. 37).  Quant au père d'Emilie, il use de la même métaphore théâtrale pour décrire le monde de la noblesse dans laquelle il évolue : " Il tremblait que le monde impitoyable ne se moquât déjà d'une personne qui restait si longtemps en scène sans donner un dénouement à la comédie qu'elle y jouait. Plus d'un acteur, mécontent d'un refus, paraissait attendre le moindre incident malheureux pour se venger" (p. 41)

Pourtant, lors du bal de Sceaux, elle fera une singulière rencontre. Mais qui est ce jeune homme Maximilien de Longueville ? Est-il noble ? Le bal évoque certainement, pour vous, le lieu de la rencontre avec le prince charmant dans les contes de fées. Plus tard, il sera celui de la désillusion et de la vacuité dans L'Education sentimentale de Flaubert ou celui des apparences dans "La parure" de Maupassant.  Mais l'héroïne ne profitera pas longtemps de son amour pour l'inconnu. Autour de ce topos romanesque de la rencontre amoureuse et de notre vaniteuse "Célimène", Balzac dépeint, depuis l'incipit, les bouleversements historiques qu'a vécu la noblesse. Sous la Restauration, cette pratique mondaine  montre un certain désordre des classes sociales. Comme dans Le cabinet des antiques, le refus de s'adapter à la société de son temps marquera la chute de l'héroïne. Encore une nouvelle à chute cruelle, une peinture des caractères et une étude de moeurs habilement construite par Balzac !

Balzac, Le bal de Sceaux, GF Flammarion, Barcelone, 2004, 109 p.

LC avec Cléanthe et Miriam. Prochaine LC : 23 mai avec "Melmoth réconcilié" et le 22 juin avec La maison Nucingen.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne:, "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, Le colonel Chabert, La bourse, Gobseck, "Le bal de Sceaux"

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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13 octobre 2018

La bourse de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans les dernières lignes du Colonel Chabert, le notaire Derville déclare :  "Nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer. Combien de choses n'ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! J'ai vu mourir un père dans un grenier, sans sous ni maille, abandonné par deux filles [...] J'ai vu brûler des testaments ; j'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes, des femmes tuant leurs maris en se servant de l'amour qu'elles leur inspiraient pour les rendre fous ou imbéciles, afin de vivre en paix avec un amant" ( p. 97)*. La comédie humaine montre donc les rouages de la société sous la Restauration, une société en mutation dominée par les intérêts personnels et l'argent.

A contrario, La bourse, qui semble aussi référer à l'argent, thème omniprésent de l'univers balzacien, semble une nouvelle bien optimiste dans toute cette noirceur. Un jeune peintre, Hippolyte Shinner, tombe d'une échelle, dans son atelier, et est secouru par deux femmes, Mademoiselle Adélaïde Leseigneur et sa mère, vivant au quatrième étage, juste au-dessus de son atelier. En voulant les remercier de leur aide, il découvre leur quotidien : elles vivent dans les débris d'un ancien faste, qui amènent des doutes sur leur position sociale. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme, qui l'aime réciproquement. Deux vieils hommes viennent tous les soirs jouer au piquet avec la mère d'Adélaïde, perdant systématiquement de petites sommes d'argent. Le jour où les deux femmes volent la bourse d'Hippolyte, il s'interroge sur le mariage qu'il espérait nouer avec Adélaïde... Sont-elles des femmes respectables ? Ont-elles volé intentionnellement la bourse ? Leur mauvaise réputation est-elle justifiée ?

Cette brève nouvelle s'insérant dans les scènes de la vie privée ne développe pas les personnages, ni un milieu et parle d'un des thèmes majeurs de la Comédie humaine : les liens matrimoniaux. Malgré quelques beaux portraits, les enjeux et les intérêts de ce récit sont bien minces et paraissent simples. Par exemple, Hipollyte est peintre mais cela n'est qu'accessoire. La Révolution, la Restauration ne sont évoquées qu'en sourdine. La bourse apparaît comme une oeuvre mineure face aux grands romans de La Comédie humaine.

Balzac, La bourse,Classiques et contemporains, Magnard, 76 p.

*Balzac, Le colonel Chabert, étonnants classiques, 97 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaine lecture commune : L'auberge rouge pour le 10. 11.

La comédie humaine :

1. scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4 scènes de la vie privée : Mémoire de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck,

5. scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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06 octobre 2013

Le flambeau d'A. Christie : ISSN 2607-0006

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Enigme policière et nouvelle fantastique peuvent faire bon ménage dans les nouvelles d'A. Christie ( biographie sur le site Larousse). Mais les neuf nouvelles du recueil Le flambeau sont de teintes très différentes. "Le chien de la mort" est une bizarre nouvelle d'inspiration lovecraftienne avec l'évocation d'une surréalité et de mondes parallèles assez surprenants sous la plume de la romancière britannique. L'écrivain joue avec les codes du fantastique, de manière très traditionnelle dans "Le flambeau" avec une banale histoire de revenant hantant une vieille demeure mais doublée de la mort tragique d'un petit garçon. "Le cas étrange de sir Arthur Carmichael", "la dernière séance" abordent le thème de la possession avec des séances de spiritisme. "SOS" et "Le mystère du vase bleu" sont beaucoup plus proches des whodunits auxquels nous a habitués l'auteur avec une touche de prescience et la création d'une atmosphère étouffante propre à susciter l'angoisse. "Témoin à charge" est une véritable enquête policière, immortalisée par B. Wilder.

A priori, les thèmes semblent bien banals, ordinaires et pourtant l'auteur a su distiller un certain mystère et une certaine étrangeté. Dans "SOS", une jeune fille pense inconsciemment qu'un danger rôde, dans cette maison isolée par la neige, avec une famille qui a changé d'attitude... Le visiteur égaré saura-t-il la sauver ? L'inexplicable devient rationnelle dans la nouvelle "Le mystère du vase bleu" où un jeune homme est victime d'escrocs exploitant sa crédulité ou inversement basculer complètement dans l'étrange comme dans "La dernière séance" où une séance de spiritisme tourne tragiquement au drame. Sous des apparences toujours banales, A. Christie sait merveilleusement créer des atmosphères angoissantes où la folie n'est jamais loin. Loin des ambiances explicitement effrayantes et même si ce ne sont pas les meilleures nouvelles d'A. Christie, l'on referme le recueil en ressentant un étrange malaise...

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

 Autres romans : Poirot joue le jeu, La mystérieuse affaire de style, L'homme au complet marron,

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28 juillet 2013

Pour une nuit d'amour de Zola : ISSN 2607-0006

audiolib_001Dépoussiérons les classiques avec une écoute audiolib d'une nouvelle méconnue de Zola, lue par Robin Renucci  : "Pour une nuit d'amour" est parue en 1882 dans le recueil Le capitaine Burle où on peut lire aussi l'intéressante nouvelle "Comment on meurt". Tout en poursuivant l'écriture de son cycle somme de L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, Zola écrit de petites nouvelles qui gardent des traces de son grand projet. Dans "Pour une nuit d'amour"," l'hérédité [qui] a ses lois comme la pesanteur" et "le  débordement des appétits"* sont aussi présents.

En effet, le héros de cette brève nouvelle est Julien, un pauvre hère, qui n'a d'autres plaisirs que de jouer de la flûte et regarder les eaux chantantes de la Chanteclair jusqu'au jour où Thérèse de Marsanne, une jeune noble, revient habiter le manoir face à sa chambre. L'hôtel de Marsanne a un " grand air mélancolique de tombe abandonnée dans le recueillement d'un cimetière" : oui, cet hôtel qui " restait mort" va soudain être le théâtre d'un meurtre ! Les cinq chapitres de ce récit sont comme cinq actes tragiques : peu à peu on découvre l'histoire de Thérèse qui a des "allures violentes" et de sa famille dont les " membres naissaient avec un mal étrange".  On nous narre aussi ses relations houleuses avec le petit Colombel qui finiront tragiquement.

Comme Zola sait habilement mêler atmosphère réaliste et registre fantastique ! Comme il a su bien illustrer sa théorie déterministe ! Et quel talent pour susciter notre curiosité et décrire des personnages et des lieux sociaux antithétiques ! Cette histoire est d'ailleurs magnifiquement lue par Robin Renucci, qui de sa voix lente, calme et sérieuse arrive à faire revivre cette nouvelle qui présente de nombreuses analogies avec Thérèse Raquin. Encore une très belle découverte grâce à audiolib....

Merci Audiolib pour ce partenariat. Site audiolib ici avec la fiche de" Pour une nuit d'amour", 1h24.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

* Préface de La Fortune des Rougon ( 1871), Zola.

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28 novembre 2012

Tous ensemble mais sans plus de G. Flipo : ISSN 2607-0006

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Monsieur Flipo,

Merci ! Merci pour ce petit livre voyageur Tous ensemble mais sans plus. Voici un certain temps que j'ai lu vos nouvelles qui provoquent sourires, perplexité, ou surprises. J'ai retrouvé un certain esprit maupassantien dans l'ironie du sort à l'oeuvre dans Changement de look, où une pauvre secrétaire se retrouve à choisir un train de vie radicalement différent par un " relooking" qui se révèle funeste. Le poids des apparences et des préjugés sont aussi présents dans " Tous ensemble mais sans plus". Mais c'est surtout "Les choses du marais" qui m'ont frappé : quelle justesse de ton dans la descriptions des malentendus et des non-dits par cette métaphorisation par les marais ! La variété des sujets, mais toujours traités avec vivacité, m'ont donné envie d'ouvrir vos précédents romans...

Mon choix s'est porté sur Le commissaire n'aime point les vers : j'ai jubilé devant cette intrigue littéraire, qui tourne autour d'un sonnet de Baudelaire. Bien que le quotidien ne soit pas évacué - voire le prosaïsme avec les régimes du commissaire Viviane Lancier ou des problèmes d'haleine qui se révéleront mortifères -, on se retrouve dans une intrigue hautement romanesque et fantaisiste avec ce clochard sosie de Victor Hugo, des médiums, des meurtres qui s’enchaînent.... L'humour s'ajoutant à des quiproquos m'ont amenée d'une traite jusqu'au dénouement ! M'étant bien amusée avec ce roman, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin et j'espère bientôt lire une nouvelle aventure du fameux commissaire !

C'est donc avec beaucoup de gratitude que je vous remercie pour cette bouffée de fantaisie littéraire en ces froides soirées hivernales. Maggie.

Flipo, Le commissaire n'aime point les vers, Folio, 301 p.

Flipo, Tous ensemble mais sans plus, Anne Carrière.

 

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19 octobre 2012

Une étude en rouge d'Arthur Conan Doyle : ISSN 2607-0006

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"1. En littérature : [connaissances] nulles

2. En philosophie : nulles

3. En astronomie : nulles.

4. En politique : faibles.

5. En botanique : spéciales : est calé sur la belladone, l'opium, tous les poisons en général. Ne connaît rien au jardinage.

6. En géologie : pratiques, mais restreintes. distingue au premier coup d'oeil les différentes espèces de terrains. Après s'être promené à pied dans Londres, m'a montré des éclaboussures sur son pantalon et, d'après leur couleur et consistance, a déterminé dans quel quartier il les a essuyées.

7. En chimie : approfondies

8. En anatomie : exactes, mais sans système.

9. En littérature à sensation : immenses. semble posséder tous les détails de chaque crimes horrible commis au cours des siècles.

10. Joue bien du violon.

11. Est très adroit à la canne, à la boxe, à l'escrime.

12. A une bonne connaissance pratique des lois anglaises."

Qui se cache derrière ce "portrait chinois" ? Dans la première enquête de Sherlock Holmes, vous découvrirez la description du plus célèbre détective privé britannique et son tempérament. Sa marotte ? Les crimes et la science de la déduction. Lorsque Watson le rencontre, il est ébahi par l'acuité hors du commun de Sherlock Holmes dans une sombre et mystérieuse affaire : un homme est retrouvé assassiné, dans une maison abandonnée, à côté duquel est écrit le mot "Rache" (vengeance en allemand). Qui est-il ? Pourquoi l'a-t-on tué ? Pourquoi cette inscription ? tout semble se compliquer lorsqu'un deuxième meurtre, toujours aussi inexplicable, est commis. Inexplicable ? Pas pour notre cher Sherlock Holmes. Vous ferez aussi connaissance de l'officier Gregson et du détective privé Lestrade qui ne sont que de pâles faire-valoir et des amateurs en comparaison du brillantissime sherlock Holmes.

Une fois toutes ces rencontres faites, là où cette nouvelle nous ravit, c'est dans la relation du passé du criminel : le journal qui nous décrit la vie du suspect arrêté est franchement romanesque et des plus dépaysantes. A cela s'ajoute la personnalité excentrique de Sherlock Holmes, qu'on nous décrit comme un homme mystérieux, mélancolique mais aussi vif, infatué mais ne cherchant pas les honneurs, battant à coup de canne des cadavres pour voir si des bleus apparaissent après la mort, pour faire de cette étude en rouge une passionnante enquête de Sherlock Holmes.

 Doyle, Une étude en rouge, Folio, 158 p.

Participation au challenge "I love London", organisé avec Titine

Billet de Niki et billet de Titine ici. Et le billet de belette ici.

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30 mai 2012

Libre et légère d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

libre_et_legere_suivi_de_expiation_edith_wharton_9782080684431Maupassant écrivait dans Une vie, "On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts". Le même constat se retrouve dans Libre et légère mais sous une plume d'un auteur de 14 ans ! Première nouvelle de cette romancière américaine, Libre et légère nous entraîne dans un court récit sur l'amour, le mariage, l'argent... Toutes les préoccupations whartonniennes qui hanteront ses romans. Mais revenons à Libre et légère : Mais qu'est-ce être libre pour une femme de la toute fin du XIXeme siècle ? Est-ce épouser un vieil homme en espérant mener une vie de luxe et de légèreté ? Et qu'est-ce la légèreté ? Préférer l'argent à l'amour ? Wharton ne parle-t-elle pas plutôt de son écriture qui traite avec légèreté un sujet préoccupant pour les jeunes filles... (et leur mère aussi) ?

Ce qu'on apprécie, dans cette petite nouvelle, c'est le style whartonnien : le regard que pose la romancière sur ses personnages est éminemment lucide, et en même temps très schématique. L'anti-héroïne, pourrait-on dire, est Georgina Rivers qui aime son cousin le peintre dilettante Guy Hasting. Mais elle le rejette pour épouser un vieux mais riche lord Breton. Si elle devient la coqueluche de tout Londres, si elle s’ennivre de luxe et de divertissements, est-elle heureuse ? A-t-elle fait le bon choix ? Va-t-elle rendre malheureux, lord Breton, son cousin Guy ?

Sur le vieux thème du mariage d'argent ou d'amour,E. Wharton a su poser un regard frais et moqueur, d'abord par des interventions du narrateur : " Un sinistre après-midi  d'automne à la campagne. a l'extérieur, une  douce bruine tombant sur les feuilles jaunes ; à l'intérieur, deux personnages jouant aux échecs, près de la fenêtre, à la lueur du feu, dans le salon de holly Lodge. Or, quand deux personnes jouent aux échecs par un après -midi pluvieux, en tête à tête dans une pièce dont la porte est fermée, elle sont susceptibles soit de s'ennuyer beaucoup, soit d'être dangereusement captivées ; et, dans le cas présent, malgré tout le respect dû au romanesque, elle paraissaient écrasées par le plus accablant ennui". Ensuite par des fausses critiques journalistiques écrites par elle-même où l'auto-dérision perce à chaque ligne. Là, elle ironise sur son roman qu'elle juge  injustement, car s'il est vrai que si l'écriture n'a pas atteint le scintillement de celui de Chez Les heureux du monde, E. Wharton a inséré des références littéraires et un ton unique de badinage qui voile des descriptions de caractères et de moeurs très enlevées comme le type du jeune homme du monde. L'auteur ressemble étonnamment à la jeune fille américaine comme la décrit Paul Bourget dans son essai Outre-mer : " elle a tout lu, tout compris, et cela non superficiellement, mais réellement, avec une énergie de culture à rendre honteux tous les gens de lettres parisiens...[...] On dirait qu'elle s'est commandé quelque part son intelligence, comme on commande un meuble". Et effectivement, la romancière fait preuve de beaucoup de drôlerie et d'intelligence dans cette nouvelle.

 Wharton, Libre et légère, Flammarion, 208 p.

Autres romans : Chez les heureux du monde, Kerfol, Les boucanières, Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu

Lu par Mango,passion lecture, Lou....

Pour en savoir plus sur les romans d'Edith Wharton, voir les billets du challenge Edith Wharton organisé par Titine.

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