08 mai 2016

Les meilleurs zeugmas du masque et la plume, présenté par Jérome Garcin

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La semaine dernière, Jérôme Garcin débutait son émission "le masque et la plume" par la lecture du courrier des auditeurs, clôturant cette partie par l'énumération de Zeugmas relevés par les lecteurs dans divers romans ( écouter ici). Il nous livre l'histoire de "l'entrée triomphale" de ce procédé dans l'émission et l'engouement zeugmaesque créé.

Mais qu'est-ce qu'un zeugma ? Si vous compulsez votre Gradius ( Dupriez), vous trouverez la définition suivante, citée par J. Garcin : " figure de syntaxe qui consiste à réunir plusieurs membres  de phrase au moyen d'un élément qu 'ils ont en commun et qu' on ne répétera pas" (p. 19). Vous cherchez un exempe ? En voilà tout un déluge, "un trafic de zeugma", réunis par auteurs et par genres aussi divers que les films, les chansons, les journaux, les romans : 

- "Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques

vêtu de probité candide et de lin blanc" (Victor Hugo, "Booz endormi")

- "Ah ! Savez-vous le crime et qui vous a trahie ?" (Racine, Iphigénie)

- "Mais cette pièce d'artifice n'était qu'une roulée qu'administrait Saint-Loup, et dont le caractère agressif au lieu d'esthétique me fut d'abord révélé par l'aspect du monsieur médiovrement habillé, lequel parut perdre à la fois toute contenance, une mâchoire, et beaucoup de sang", ( Proust, Le côté de Guermantes).

Et comme ce procédé irrévérencieux et humoristique, ce recueil de figures de style est ludique, léger, accompagné d'illustration de J. Gerner ( ci-dessous, qui n'apporte rien, à mon avis), coloré ( titres orange et pages oranges intercalées), pour un petit moment de délassement et  de distraction. Prenez votre temps et votre plume ( un zeugma, non ?) pour créer les vôtres : à la fin de cette anthologie, on vous propose d'écire vos propres zeugmas à partir de citations célèbres. Je suis sûre que vous y prendrez goût et que vous deviendrez, peut-être, un collectionneur de cette figure de rhétorique...

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Les meilleurs zeugmas du maque et la plume, illustration de Jechen Gerner, folio, 104 p.

Merci folio pour ce partenariat.

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17 mai 2014

Marc Beaugé, De l'art de mal s'habiller sans le savoir.

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De la mode : Nous sommes obligés de nous vêtir - comme le rappelle le journaliste Marc Beaugé dans De l'art de mal s'habiller sans le savoir, car se balader nu en public reste " un plaisir coupable, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ( article 222-32 du code Pénal))". Cependant, l'auteur se demande s'il est bien raisonnable d'arborer une doudoune, de porter une cravate ultra-fine, de cumuler barbe, lunette, mèche.... question toute rhétorique ! Effectivement, porter une chemisette au travail  se révèlera peu esthétique au moment de faire une présentation power point. En revanche, elle sera tout appropriée à la plage... De même, rentrer son pantalon dans ses bottes - à moins d'être un pêcheur ou un cavalier - est une mode peu sensée car si les manequins rentrent leur pantalon dans leurs boots, c'est pour mieux mettre en valeur ces dernières. Des quiproquos regrettables amènent ainsi des modes peu esthétiques. A partir de chaque pièce de l'habillement féminin ou masculin se cache un héritage sociologique ou historique ou révèle une époque. Par exemple, le mot "dandy" est complètement gavauldé et M. Beaugé de rappeler que ce n'est pas seulement une mode vestimentaire " Le dandysme est davantage une manière d'être que de paraître". Ces articles analysent brièvement, avec drôlerie, les travers vestimentaires et l'historique de certains vêtements.

D'un extrait : "Est-ce bien raisonnable de  porter une cravate quand on est une fille ?

Puisque Honoré de Balzac a eu la gentillesse de nous avertir que "la cravate de l'homme de génie ne ressemble pas à celle du petit esprit" il aurait aussi pu nous prévenir que la cravate de la femme libre, indépendante et , accessoirement, fumeuse de pipe telle que George Sand, n'avait pas grand -chose à voir avec la cravate de la fille vaguement dans le coup, et très mollement punk-rockeuse, telle Avril Lavigne. Cela aurait permis d'éciter toute assimilation entre l'auteure de la mare au diable et celle de Skater Boy.

Car au début de l'histoire, la cravate était , chez la femme, une affaire politique. en délaissant corsets et crinolines pour s'pproprier l'accessoire masculin ultime, les féministes du XIXeme siècle, de Flora Tristan à George Sand, revendiquaient en effet le droit à mener une vie libre et active. A la même époque , la féministe américaine Amelia Bloomer formalisa, pour les femmes, une tenue d'action dite "rationnelle". Outre un pantalon large serré aux chevilles par des volants, celle-ci comprenait une cravate d'homme, symbole de l'émancipation, pas encore objet de mode"...

De l'art d'illustrer :

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 Quelques illustration de Bob London viennent agrémenter cette lecture plaisante. Cet illustrateur a publié ses dessins dans The New York Times et The guardian et il collabore aux chroniques hebdomadaires de Marc Beaugé dans le magazine le Monde.

Marc Beaugé, De l'art de mal s'habiller sans le savoir, point, 167 p. Billet de Keisha

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23 avril 2014

Summerscale, La déchéance de Mrs Robinson/ L'affaire de road hill House

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En quoi consiste l'affaire de Road Hill  House ? Comment s'est constituée la police métropolitaine de Londres ? Qui était le modèle de l'inspecteur Cuff dans Pierre de Lune de W. cCollins ? Quelles étaient les sources d'inspiration de Dickens dans Bleak House ? Vous apprendrez tout cela et même plus dans le très documenté essai de Summerscale : en 1860, un jeune garçon, Saville Kent, est tué dans une maison, de la moyenne bourgeoisie anglaise, soigneusement fermée de l'intérieur. Le coupable ne peut être qu'une personne de la famille. Est-ce que ce sont les enfants du premier lit ? Serait-ce un ancien employé mécontent ? Ce crime sordide provoque un immense intérêt et un retentissant scandale dans toute l'Angleterre : pour la première fois, des inspecteurs de police vont pénétrer dans un foyer anglais, lieu inviolable jusqu'à lors. Pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le coupable ?

Dépositions de justice, bulletins de presse, archives policières, permettent à l'auteur de reconstituer l'enquête policière mais aussi les moeurs de l'époque. Innombrables sont les informations livrées sur les différentes classes sociales de l'époque, salaires, métiers... Malgré des digressions qui brouillent singulièrement l'enquête, de remarquables parallèles avec les grands romans de l'époque agrémentent cette lecture. D'ailleurs, l'auteur n'hésite pas dans un chapitre intitulé " Les femmes ! Tenez vos langues !" à parodier les procès de l'époque : elle reprend un motif littéraire à sensation. A travers le destin de Whicher, policier chargé de l'enquête, d'autres enquêtes sont évoquées comme l'affaire Tichborne. Bien plus qu'un sordide fait divers, Summerscale relate - parfois trop minutieusement ! - dans ce reportage historique, tout un pan de la société vitorienne.

Summerscale, L'affaire de Road Hill House, 10/08, 523 p. Billet de Titine, Claudia, La bibliothèque d'Allie, Alice, Miss Léo, adalana.dasola,..

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Quelles sont les moeurs de l'Angleterre victorienne ? quelle est le statut de la femme ? Si les romans de l'époque en donnent une vision très juste, dans La déchéance de Mrs Robinson, journal intime d'une dame de l'époque victorienne, Summerscale s'approche davantage de la vie d'une femme dans l'Angleterre du XIXeme siècle en nous plongeant au coeur de l'étourdissant et vrai journal de Mrs Robinson : mal mariée, à un mari cupide, celle-ci aspire à une riche vie intellectuelle et à une certaine indépendance. Cette femme insatisfaite ne vous rappelle-t-elle pas une des héroïnes du XIXeme siècle ? Dans Madame Bovary, Flaubert écrit " sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son coeur" ( p. 68). Côtoyant des personnages célèbres comme George Combe, elle est séduite par le Dr Lane. Conséquemment, on découvre peu à peu l'adultère de cette femme malheureuse. Mais lorsque son mari trouve forfuitement le journal, il la traine en justice alors que lui-même a une maîtresse. Que disent les manuels de conduite tels que The Wives of England (1843) écrit par S. Slickey Ellis ? : " C'est sans contexte un droit inaliénable pour tous les hommes, malades ou bien portants, riche ou pauvres, raisonnables ou insensés, que de se voir traiter chez eux avec égards et déférence".

Comme dans L'affaire Road Hill house, K. Summerscale ne se contente pas de témoigner de la vie de cette femme à travers des bribes de journal, elle décrit tout l'appareil juridique de l'époque et les nouvelles lois sur le divorce, les avancées des recherches scientifiques de l'époque ( phrénologie, hydrothérapie, les théories de Darwin), la sexualité des femmes, avec toujours autant de détails : aussi peut-on lire avec stupéfaction " à midi, les juges vont se restaurer - d'ordinaire une côtelette accompagnée d'un verre de xérès - puis regagnent le prétoire pour toute la durée de l'après-midi" ( p. 204) ! De même, des références littéraires, tels que La dame en blanc de Collins complètent ce vaste tableau des moeurs qui abordent tour à tour des thèmes aussi variés que l'utilisation du journal par les femmes, la sexualité, la religion, la folie et l'enfermement abusif pour faire revivre sous nos yeux la société victorienne engoncée dans ses préjugés.

On attend maintenant la traduction de son premier livre, la biographie The Queen of Whale Cay ou un autre témoignage de l'époque victorienne qu'elle décrit avec un indéniable talent.

Summerscale, La déchéance de Mrs Robinson, 10/18, 291 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo. ( catégorie témoignage/ mon bilan).

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11 mai 2013

Nelli Palomaki

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Les photographies de Palomaki irradient de beauté : n'est-ce pas que cette photographie représentant deux jeunes femmes, à l'ombre d'un arbre, rappelle vaguement Le printemps de Millais ? Et cette petite fille, ne rappelle-t-elle pas les portraits de Julia Magaret Cameron ? Ces portraits se situent dans une tradition comme nous l'expliquent l’introduction de l'album de l'exposition : elles s'inscrivent dans l'oeuvre iconique d' August Sanders ( 1876-1964)* ou de Diane Arbus ( 1923-1971)**.

Cependant, N. Palomaki arrive artistement à donner une impression surannée à ses photos : ses modèles sont photographiés généralement dans des décors anciens, face à l'objectif, dans un cadre épuré. Le noir et blanc fige ses modèles tout en donnant une impression de sérénité à ces personnes qui semblent vivre hors du temps. Cette photographe de l'école d'Helsinki nous livrent des visions en noirs et blancs de jeunes gens, s'inspirant de mises en scène réelles, dans des intérieurs bourgeois, de photographies françaises du début du XXeme siècle. Sa fascination pour le passage à l'adolescence (les âges des modèles sont précisés à côté des prénoms dans le titre) et pour l'aspect historique des portraits ( de nombreuses photographies ont été prises en Normandie, notamment dans la maison Victor Hugo à Villequiers ) sont retranscrite dans ces admirables photographies. Bien sûr ces photographies sont la trace d'un souvenir mais elles contiennent une dimension esthétisant le quotidien. Dans l'introduction, "le silence d'un portrait", Peter Michael Hornung évoque très justement, à propos des photographies de Nelli Palomaki : " C'est leur force, en tant que descriptions de l'humanité empruntant le langage que véhicule toute expression photographique naturelle remarquable".

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                                                                                     *Ausgust Sander

Vous pouvez aussi voir ces photographies au musée Victor Hugo à villequier, le site ici.

Posté par maggie 76 à 08:28 - - Commentaires [14] - Permalien [#]