13 novembre 2019

Marie et Bronia, Le pacte des soeurs de Natacha Henry : ISSN 2607-0006

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https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Maria_Sklodowska_et_sa_s%C5%93ur_Bronislawa_en_1886.jpg

Nombreuses sont les biographies de Marie Curie, figure fascinante, comme le rappelle Rosa Montero dans L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, qui raconte la genèse d'une préface au journal de la célèbre scientifique, comprenant quelques feuillets écrits après la mort de son mari : " J'ai toujours trouvé cette femme fascinante, comme pratiquement tout le monde d'ailleurs, car c'est un personnage hors norme et romantique qui semble plus grand que la vie. Une Polonaise spectaculaire qui a été capable de remporter deux prix Nobel [...]" (p. 10).

Marie et broniaC'est justement l'aspect romanesque du destin de Marie Curie qu'exploite N. Henry. Marie et Bronia de N. Henry ne contient pas plus d'informations que la biographie destinée à la jeunesse Marie Curie de Xavier-Laurent Petit ou celle des éditions découverte Gallimard, qui décrivent succintement la vie de cette scientifique. En revanche, ce qui différencie cet ouvrage des autres, c'est le point de vue choisi. Alors que X. L. Petit souligne l'humanisme, la volonté de Marie Curie et

Couverture : © Lee Avison / Trevillion Images

la place des femmes au début du XXeme siècle dans sa biographie plutôt factuelle, celle de l'historienne Natacha Henry développe les sentiments des personnages, elle les métamorphose en héroïnes romanesques : lorsque Marie perd son premier amour à cause de différences sociales, elle a "l'âme transpercée de flèches" ! Ainsi peut-on avoir accès aux sentiments des enfants Skłodowska. En outre, parallèlement au destin de Marie, l'historienne décrit aussi la vie de Bronia, souvent absente des autres biographies...

Les faits sont réels mais l'historienne enrobe, comme Philipa Gregory, les événements de sentiments, invente les pensées et les paroles des personnes réelles (les sources ne sont pas indiquées dans l'audiolib mais certains passages des lettres citées sont les mêmes que celles citées par Rosa Montero dans L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir). C'est un exercice périlleux que de savoir doser la fiction et la réalité et la biographie écrite par Natasha Henry penche trop vers le romanesque - notamment parce qu'elle s'attarde sur la trajectoire amoureuse des deux femmes plutôt que sur leurs réussites scientifiques - pour vraiment convaincre.

La voix de la lectrice de Marie et Bronia éveillera peut-être des souvenirs en vous : c'est celle de Chihiro dans le Voyage de Chihiro et d'Annah Baker dans 13 reasons Why. Florine Orphelin, la lectrice, sait parfaitement redonner vie au destin de deux femmes d'exception. Le style est simple - sans être simpliste - et aisé à suivre, même pour les plus jeunes étant donné qu'il est catégorisé dans audiolib jeunesse.

rosa MonteroC'est aussi la vie sentimentale de Marie Curie qu'aborde, de manière originale, dans L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero, journaliste connue aussi bien pour ses romans (Des larmes sous la pluie, Le poids du coeur) que pour ses essais (La folle du logis). Alors qu'elle doit écrire la préface du journal de Marie Curie, où elle retrace l'année de douleur qui a suivi la mort de Pierre Curie, l'auteur de La folle du logis trace le portrait de cette femme atypique.

Cette biographie est remarquable par son style : elle est intégrée dans des digressions sur la place des femmes, la question du deuil, celle de l'écriture... Le style de la conversation, rhapsodique - émaillé de citations - et pourtant documenté rend passionnante la vie de Marie Curie. A cette biographie s'ajoute une dimension autobiobiographique, la question de l'héritage, de la filiation, des coïncidences dans la vie, de l'écriture : "La créativité est précisément ça : une tentative alchimique de transmuer la souffrance en beauté. L'art en général, et la littérature en particulier, sont des armes puissantes contre le Mal, la Douleur. Les romans ne les vainquent pas ( ils sont invincibles), mais ils nous consolent de l'effroi. [...] Mais le sortilège fonctionne aussi parce que lorsque la souffrance nous brise la colonne vertébrale, l'art parvient à transformer cette douleur laide et sale en quelque chose de beau" (p. 115). Rosa Montero entretisse tout un réseau thématique pour construire la figure féminine iconique qu'est devenue Marie Curie... Un essai absolument orginal et captivant !

Henry Natacha, Marie et Bronia, Le pacte des soeurs, Audiolib, lu par Florine Orphelin, 5h45, août 2019, France.

Petit Xavier-Laurent, Marie Curie, L'école des loisirs, France, mai 2017, 109 p.

Montero Rosa, L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Points, France, juin 2016, 201 p.

Partenariat Audiolib

Sur le web : billet sur L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Niki,

Dupays Stéphanie, "L'histoire d'un livre. Marie Curie, entre moi et ma douleur", Le monde, mis en ligne le 22 février 2015. URL : https://www.lemonde.fr/livres/article/2015/02/25/histoire-d-un-livre-marie-curie-entre-moi-et-ma-douleur_4583266_3260.html

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14 octobre 2019

Curiosities de Benjamin Lacombe : ISSN 2607-0006

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029-iBooker (29)En ouvrant cet ouvrage enchanteur, telle la curieuse Alice qu'on peut voir à la page 11 (illustration 1), nous pénétrons dans l'univers de Benjamin Lacombe. Plus qu'une simple anthologie de ses illustrations, l'artiste a réuni toutes ses créations allant des crayonnés aux photographies de ses expositions. Cette monographie ressemble bien à un cabinet de curiosité par sa diversité, sa bigarrure et la bizarrerie de certaines images...

Illustration 1 "Alice passe le miroir", 2017. BENJAMIN LACOMBE

benjamin-lacombe-curiosities-artbook-alice-au-pays-des-merveilles-miroirUne fois entré dans les premières pages que découvre-t-on ? Il nous fait entrer dans son atelier en nous montrant des planches de "work in progress", de chaque étape des dessins, en évoquant ses sources comme la littérature ou ses souvenirs d'enfance. Certains thèmes primordiaux sont développés comme la nature, l'étrange, l'enfance... Des volumes en polymère, des papiers peints, des devantures de vitrine : Benjamin Lacombe est un créateur de génie.

Illustration 2 "Alice à travers le miroir", 2017. BENJAMIN LACOMBE

35414710-10215028550840402-5096526949279334400-n-5b238729e5bbdComment est né le conte musical La mélodie des tuyaux ? Pourquoi choisir d'illustrer des contes ? Saviez-vous qu'il avait dessiné des motifs pour des collections de vêtements pour enfants ? Voici des citations qui peuvent éclairer son travail :

 

Illustration 3 découpage de "Blanche-neige", 2010. BENJAMIN LACOMBE

" La nature hait la norme, la répétition, et c'est bien ce qui me fascine en elle. Elle est source inépuisable de formes, de couleurs et de matières. Un émerveillement sans cesse renouvelé [...]" (p. 109) ou " L'étrange, le bizarre m'a toujours bien plus intéressé que la norme Il n'y a rien de plus ennuyeux que la normalité. Freaks de Tod Browning a été l'un de mes grands chocs cinématographiques, comme bien avant les premiers films de Tim Burton : ces films sur des êtres différents, des freaks rejetés par tous. Ces oeuvres semblaient s'adresser à moi plus que toute autre. Je pense et je constate que chacun s'est un jour ou l'autre senti différent, pas à sa place, rejeté" (p. 265).

Le grand format et le papier glacé subliment les couleurs et les formes des dessins lacombiens. A la fois somme d'une oeuvre et appel à la curiosité, cet art-book nous plonge dans un univers sombre, gothique, littéraire, mélancolique, qui nous invite à jeter un oeil sur les oeuvres que l'on n'aurait pas encore lues.

Lacombe Benjamin, Curiosities, édition Daniel Maghen, Espagne 2018, 301 p.

Autre album : Frida

Sur le web : Seban Johanna, "Les dessins étranges et merveilleux de Benjamin Lacombe", Télérama, mis en ligne le 2 janvier 2019. URL : https://www.telerama.fr/sortir/les-dessins-etranges-et-merveilleux-de-benjamin-lacombe,n6075339.php

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Décoration de Noël pour l'enseigne Steffl, 2012. BENJAMIN LACOMBE

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Vernissage de l'exposition FRIDA ANATOMICUM, 2016. BENJAMIN LACOMBE (photos : Chloé Volmer-Lo)

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Double page Image extraite de "Madame Butterfly", 2013. BENJAMIN LACOMBE

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Double page La rivière de larmes extrait d'"Alice", 2015. BENJAMIN LACOMBE

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02 septembre 2019

Frida de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe : ISSN 2607-0006

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La couverture de Frida © Frida par Sébastien Perez et Benjamin Lacombe/Albin Michel

En cette rentrée littéraire 2019, Frida Kahlo est encore à l'honneur dans le roman Rien n'est noir de Claire Berest. En attendant de le découvrir, vous pouvez lire celui de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe, qui ont conçu un admirable livre thématique sur Frida Kahlo. On découvre ainsi neuf thèmes autour de la vie et de l'oeuvre de l'artiste mexicaine : L'accident, l'amour ( planche 1), la maternité, la mort... Les textes de Sébastien Perez, qui accompagnent les illustrations, ne sont pas factuelles mais poétiques : ce sont de courts paragraphes avec des jeux de typographie, et des citations de Frida Kahlo. Voici le texte qui accompagne, par exemple, le thème de la médecine :

"Il y a peu, [...] j'étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs [...]. Tout n'était que mystère [...]. A présent, j'habite une planète douleureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien".

Je me destinais à étudier les corps et c'est finalement mon propre corps qui m'enseigne et orchestre ma vie. Peignant au rythme de mes douleurs, un dégradé de vert à rouge sang, je suis ce que je vis

" Dans la salive. Dans le papier. Dans l'éclipse. Dans toutes les lignes. Dans toutes les couleurs. Dans toutes les cruches. dans ma poitrine. Dehors. Dedans - dans l'encrier - Dans la peine à écrire. Dans la merveille de mes yeux - dans les dernières lignes du soleil ( le soleil n'a pas de lignes) - Dans tout c'est imbécile et magnifique".

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Planche 1 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

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Planche 2 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse 

Benjamin Lacombe ne s'est pas contenté de faire de magnifiques illustrations aux couleurs chatoyantes : s'inspirant des tableaux de l'artiste mexicaine, il a créé des découpes. Voyez ci-dessus dans la planche 2 : on reconnaît d'abord L'autoportrait en robe de Tehuana mais si l'on soulève cette page, on découvre un autre autoportrait, celui des deux Frida qui recouvre le portrait de Diego Rivera.

Six pages finales rédigées par l'illustrateur contiennent ses intentions tout en étant un hommage à la complexité de l'art de cette femme peintre. Benjamin Lacombe explique ses choix et analyse "la symbolique fridienne". Voici ses explications pour Le cerf blessé (planche 3, p. 24) :

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Planche 3 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

" On peut s'interroger sur la pertinence de faire des citations si littérales à des oeuvres déjà existantes, mais je n'avais pas le choix. Il était impossible de toucher à un seul élément de la composition sans en briser le message. Dans Le cerf blessé, chaque élément a ne signification précise. Cette illustration fait référence à L'Enéide de Virgile et à l'histoire de la reine de carthage, Didon, errant dans la grande forêt au delà du Styx comme un cerf blessé, suite à la trahison de son amour par Enée. Mais plus encore que l'illustration de cette histoire classique, cette composition est une façon pour Frida de s'adresser à ses proches. Réalisé à la suite d'une énième opération vaine de sa colonne vertébrale, ce tableau a été offert à ses amis Lina et Arcady Boyler, accompagné d'un poème qui semblait clairement annoncer une tentative de suicide de Frida (ce qui arrivera finalement 8 ans plus tard). La branche morte du premier plan évoque la rupture, la souffrance et sans doute la mort prochaine. L'orage qui gronde en arrière-plan évoque les tourments de l'artiste. Néanmoins, la mer calme laisse présager l'espoir de jours plus heureux.

L'espoir de la renaissance, par la guérison ou par la mort, est appuyé ici par tous les éléments de la composition. La rangée de gauche, vers laquelle se dirige le cerf, est composée de neuf arbres, ce qui correspond au nombre de flèches fichées dans le corps de Frida, ainsi qu'au nombre de bois qui ornent fièrement sa tête. La symbolique du chiffre 9 est forte et plusieurs interprétations sont possibles : c'est la neuvième heure que le Christ a expiré sur croix, mais chez les Aztèques c'est aussi le nombre d'étapes qui conduisent à une éternité sereine. Le chiffre 9 est aussi le symbole de l'entier et du renouveau. Retirer ou changer le nombre d'arbres ou de flèches reviendrait à trahir la symbolique incluse dans ce tableau"

 Dans Frida, on peut admirer à la fois le style graphique reconnaissable de Benjamin Lacombe et l'art de Frida Kahlo. Cet album est une vraie merveille !

Perez Sébastien et Benjamin Lacombe, Frida, Albin Michel, novembre 2016, 76 p.

Autre album sur Frida Kahlo : Frida Kahlo de M. Hesse

Sur le web : site de Benjamin Lacombe,

Paso Doble. 2016. "Benjamin Lacombe : Frida Kahlo ne peignait pas ses rêves mais sa propre réalité". animée par T. Hakem.

"Une Frida Kahlo pour les enfants". France inter. 23 novembre 2016

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17 février 2018

Miss péregrine et les enfants particuliers de Ranson Riggs : ISSN 2607-0006

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 Quelle merveille ce premier opus ! Non seulement le livre est un bel objet comportant des photographies et une présentation soignée mais l'histoire est enchanteresse. Jacob aime écouter les histoires fabuleuses de son grand-père Abraham, qui mettent en scène un orphelinat dirigé par Miss Peregrine où évoluent des enfants particuliers : l'une a une bouche derrière la tête, l'autre a des abeilles dans l'estomac, comme sur les photographies qu'il montre à Jacob (ci-dessous). Peu à peu, Jacob s'éloigne de ce grand-père qu'il juge fantasque. Pourtant, ce dernier meurt, tué par un monstre appelé " Creux". Abraham a eu le temps de lui murmurer quelques paroles : il doit aller sur l'île des enfants particuliers. Ce premier tome est riche en découvertes, en histoires extraordinaires, en rencontres anormales. On pénètre dans un monde fabuleux et dans un univers étonnant, aidé par des illustrations permettant l'immersion dans l'insolite ( il a été adapté par Tim Burton, en 2016)

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Mais le deuxième opus a été plus décevant : à la fin du tome 1, les creux et les estres ( formes évoluées de creux) ont attaqué Miss Peregrine, qui a été enlevée. Bloqué dans l'Angleterre plongée dans la seconde guerre mondiale ( oui, car il ausi question de voyage temporel), en plus, de toutes les particularités de tous les particuliers), Jacob doit aller sauver miss Peregrine avec l'aide des enfants particuliers, notamment Emma, qu'il aime. Ils doivent affronter de nombreux dangers. Mais point trop n'en faut ! Que de longueurs ! Que d'anecdotes importunes ! Suivant "la loi du crescendo" ( expression de J.Y. Tadié, une péripétie par chapitre dans les romans d'aventures), on assiste avec incrédulité à une succession d'événements complètement inutiles à la narration, présentées comme miraculeuses tant elles sont peu crédibles ( les enfants survivent à un naufrage, à des attaques de creux, de sous-marins etc...) même si finalement, tout est justifié in fine.

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Quant au tome 3, il comporte toujours trop d'aventures, il est trop verbeux et exhibe un peu trop ses sources. Après d'innombrables péripéties, Jacob et Emma arrivent enfin dans le lieu où miss Peregrine est retenue prisonnière. Elle se situe dans le coeur de Londres, du XXeme siècle, dans un lieu de désolation comme le Mordor ( " parce qu'on n'entre pas si facilement en Mordor", dit Jacob, p. 182). si vous avez déjà lu Tolkien, sachez que le voyage vers le Mordor est long et ennuyeux ! Jacob possède une des particularités de Harry Potter et il est aussi question de vol des âmes comme dans Le royaume du Nord de Pullman ( je n'en dis pas plus pour ceux qui sont tentés par les trois volumes, mais j'ai retenu d'autres points de similitudes...).

L'écoute est toujours aussi agréable, portée par la voix de Benjamin Jungers ( sauf pour la voix d'Addison, choix bizarre, que vous pouvez entendre ci-dessous dans l'extrait) mais pour ce type de livre où l'iconographie est importante, le livre me paraît un meilleur choix. Justement, c'est cette dimension visuelle et la richesse de la langue qui sont attrayantes et compensent un peu les facilités narratives. " Ca veut dire que les contes ont un sens caché ?", demande un des enfants particuliers dans le deuxième volume (p. 81) : on peine à trouver celui de cette trilogie...

Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers, Le livre de poche, 436 p.

Ransom Riggs, Miss Peregrine et les enfants particuliers, " Hollow city", Le livre de poche, 505 p.

"La bibliothèque des âmes", Miss Peregrine et les enfants particuliers, audiolib, 11h41, lu par Benjamin Jungers

Partenariat Audiolib. Vous pouvez écouter un extrait ici.

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12 février 2018

Songe à la douceur de Beauvais : ISSN 2607-0006

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Après un premier abandon des petites reines qui avait connu me semble-t-il un joli succès, j'ai voulu tenter de lire un autre roman de cet auteur, qui est très médiatisé, avec Songe à la douceur. Malheureusement, j'ai aussi abandonné ce deuxième roman. Pourtant, l'écoute permet généralement de rendre plus facile la découverte de texte car on se laisse entraîner par une voix. Ce n'est d'ailleurs pas la voix très agréable de Rachel Arditi, qui m'a dérangée, mais l'histoire aussi bien que le style m'ont d'emblée agacée. J'ai finalement abandonné nos anti-héros...

 Eugène traine son mal être jusqu'à la banlieue où vit Tatiana. Elle tombe aussitôt amoureuse. Mais lorsque le roman débute, on apprend qu'ils se retrouvent après quelques années de séparation et Eugène semble à nouveau sous le charme de Tatiana. Cette histoire d'amour est inspirée d'Eugène Onéguine de Pouchkine et de Taïchkovski. L'hypotexte est écrit en vers mais celui de C. Beauvais est en vers libres. J'ai trouvé l'humour du texte appuyé, à l'instar d'un autre auteur J. M. Erre dont j'ai abandonné la lecture pour les mêmes raisons : un comique trop visible et surrabondant. Les qualités d'écriture sont noyées dans des remarques caricaturales :

Beauvais 001Voici toutefois le billet d'un autre auditrice qui a aimé écouter cette histoire et elle se pose à raison la question de l'humour : parenthèse de caractère.

Partenariat Audiolib.

Songe à la douceur, Beauvais, 4h40, écoutez un extrait ici.

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16 décembre 2017

La quête d'Ewilan, 2. Les frontières de glace de Bottero : ISSN 2607-0006

Audiolib présente des romans policiers, "bien-être et spiritualité", des essais et se lance dans la littérature jeunesse que vous pouvez découvrir ici, sur le site. Quelle bonne idée ! Je vous ai déjà présenté Hunger Games et je suis en train d'écouter Songe à la douceur de Beauvais. Je vous propose aujourd'hui de vous parler d'un livre de Bottero.

L'année dernière, j'ai lu le tome 1, intitulé  la quête d'Ewilan, "D'un monde à l'autre", où j'ai pu découvrir Camille, une adolescente vivant dans notre monde contemporain. Mais son vrai nom est Ewilan lorsqu'elle rejoint, par un pas sur le côté, Gwendalavir. Ce royaume enchanté - où on peut dessiner des images qui prennent vie - est sous le pouvoir des Ts'liches, qui ont enfermé dix humains ( les figés), très puissants par leur imagination.

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Dans ses pérégrinations, l'héroïne est accompagnée de son ami Salim, originaire du même monde qu'elle,  d'une marchombre ( une jeune femme extrêmement douée pour le combat); d'un rêveur ( il peut guérir les blessures), d'un chevalier Bjorn et de Duom ( une vieil analyste, un savant). A ce groupe, s'ajoute un Faëls, sorte d'humain plus petit et plus agile... Une fois accoutumé à tous ces personnages dans le premier volume, on peut voir, dans ce nouvel opus, Ewilan combattre des rais ( monstres à la solde des Ts'liches) car elle se rapproche des Figés.

Deux sentiments dominent à l'écoute de cette histoire : tout d'abord, j'ai admiré la place laissée à l'imagination. C'est grâce à elle que le personnage principal arrive à se sortir de tous ses mauvais pas. En outre, cette même imagination a permis de construire des villes et des objets d'une très grande beauté : "Jaillissant de la plaine comme un bastion inexpugnable, un plateau rocheux aux bords verticaux s'élevait à une cinquantaine de mètres. La capitales était construite à son sommet, tours défiant le ciel, coupoles de nacre, passerelles arachnéennes. Chacun des toits semblait tissé de lumière et l'enseble tenait davantage du chef-doeuvre prêt à l'envol que de la ville classique". Les descriptions sont brèves et l'action domine dans ce roman destiné aux 8-11 ans, mais jamais le vocabulaire n'est enfantin.

En revanche, l'histoire n'est pas neuve. Ewilan est blessée par un Ts'liche et ressent une douleur à chaque fois qu'elle est proche d'eux. Le faëls est un être très agile et maniant l'arc avec dextérité. Salim apporte de la gaieté et de l'humour. Les hordes raïs ressemblent à des gobelins et Ewilan doit affronter un dragon etc... Bref, cela ne vous rappelle rien ? J'ai trouvé beaucoup de similitudes dans cette quête avec Le seigneur des anneaux.

Le livre est bien écrit mais clairement destiné à la jeunesse. La voix, celle de Kelly Marot, que vous avez pu entendre comme "voix française de Jennifer Lawrence" dans la série Hunger Games, permet de donner vie à cette histoire avec beaucoup de dynamisme et les courts chapitres permettent une écoute facile... Vous pouvez écouter un extrait ici.

La quête d'Ewilan, Les frontières de glace, Bottero, 6h37, texte intégral lu par Kelly Marot,

Partenariat Audiolib 

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19 juillet 2017

La rivière à l'envers l'intégrale/ Silhouette de Mourlevat : ISSN 2607-0006

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"La vie a plus de fantaisie que moi" (tome 1)

Mais quel conteur ! Quand on ouvre  le livre des aventures de Tomek, on a l'impression de traverser le miroir d'Alice aux pays des merveilles. Lorsqu'Hannah, une jeune fille entrée dans son épicerie lui avoue qu'elle part à la recherche de la rivière à l'envers, Tomek part aussitôt à l'aventure. Mais pourquoi cette rivière coule à l'envers ? Où se situe-t-elle ? Et quelle aventure ! Le jeune héros doit traverser la forêt de l'oubli, le village des parfumeurs, répondre à des énigmes sur une île qui n'existe pas... Que d'inventions ! Que de poésie !

"Mais tu dois savoir qu'aucun de ces cadeaux n'égalera cette histoire que je vais te dire"(tome 2)

Aussitôt La rivière à l'envers refermé, on n'a qu'une envie c'est de rester dans ce monde enchanteur grâce au deuxième volume. Le récit d'Hannah, qui reprend certains éléments de celui de Tomek, est aussi poétique et exaltant : à nouveau, on découvre des lieux étranges, des personnages hors du commun, des caravanes qui n'existent pas, des villages en ruine et des équipées diaboliques, une princesse Alyzée maudite... Hannah nous ensorcelle avec son récit comme une nouvelle Shéhérazade : " Je t'ai lu presque tout le grand livre des Mille et Une nuits, Tomek Plus de 800 pages... Quelquefois, je perdais le fil de l'histoire, et je laissais couler les mots dans ma bouche sans m'occuper de leur sens. D'autres fois, au contraire, je le suivais si bien que je devenais Shéhérazade. J'étais allongée auprès du sultan Sharhriyar, et je contais pour ne pas mourir".  Des enchantements, le monde du conte, des références littéraires, un univers à découvrir, un auteur à lire et à aimer !

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Cette oeuvre estampillée "jeunesse", mais qu'adulte, on peut tout autant savourer est déjà une oeuvre transmédiatique grâce à audiolib. Vous pouvez désormais écouter les histoires de Mourlevat, en intégral, lu par l'auteur lui-même. Sa voix très agréable nous entraine rapidement dans les aventures de nos héros. Le découpage en courts chapitres permet une écoute facile. En outre, l'écoute de CD est autorisée en classe. Ces CD d'audiolib sont encore une véritable réussite.

Mourlevat, La rivière à l'envers, audiolib, 6h56

Partenariat Audiolib. Extrait à écouter ici.

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Alors que Terrienne m'avait fait aimer un auteur pour son humour et son style, j'ai abandonné son recueil de nouvelles Silhouette. Une femme appelée à figurer dans un film... Un adolescent qui veut sauver son chat... Cruelles et ancrées dans la réalité quotidienne, je n'ai pas, dans ces courts récits, retrouvé le style de l'auteur. Est-ce le genre qui m'a déplu ? Les nouvelles à chutes sont légions maintenant... Est-ce les thèmes qui renvoient à un univers banal qui m'ont fait abandonner ce recueil ? Sans être déplaisantes, je n'ai pas voulu passer plus de temps avec ce livre.

Mourlevat, Silhouette, Gallimard jeunesse, 220 p.

Mourlevat, La rivière à l'envers, 1. Tomek, PKJ, 191 p.

Mourlevat, La rivière à l'envers, 2. Hannah, PKJ, 158 p.

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12 juin 2017

Black out de Bryan Selznick : ISSN 2607-0006

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Voici l'héroïne du livre : une jeune fille, habitant le New Jersey, en 1927, entourée de maisons en papier et d'articles sur une actrice célèbre. Elle ne cesse de vouloir fuir sa maison, où elle vit avec son père. Son histoire va être racontée en image.

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Et maintenant voici le héros : il s'appelle Ben, vit en 1977, dans le Minnesota et vient de perdre sa mère, bibliothécaire qui aimait les citations. Il ne connaît pas son père mais il découvre, par un soir d'orage, des objets dans le chalet de sa mère, qui va le mettre sur la trace de son passé. Après un terrible accident dû à la foudre, commence la quête du héros... Il raconte simplement son histoire, qui est extraordinaire.

Vous pouvez admirer ci-dessus les magnifiques dessins qui alternent avec le texte. Un des objets, qui relie Ben à son passé, est un livre sur les cabinets de curiosités, écrit par un  conservateur de musée travaillant au musée d'histoire naturelle de New York. Les objets, les lieux tiennent une grande place dans la vie de cet enfant.

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" Nous sommes tous au fond du trou mais certains regardent les étoiles" (O. Wilde) : cette citation ponctue le récit. Elle n'est pas la seule. Des objets, des rêves récurrents, des événements se répètent d'un destin, celui de Rose, à l'autre, celui de Ben. Mais si on entre émerveillé dans ce roman, et qu'on a envie de se perdre dans ces belles illustrations, on reste un peu sceptique devant les dangers qui disparaissent comme par enchantement, les coincidences si nombreuses... Au lieu d'admirer l'imbrication des pièces du puzzle, on reste dubitatif devant les facilités narratives, les parallèles presque forcés. A la fin du récit un addendum permet à l'auteur de raconter la genèse de l'oeuvre, les sources, les influences de son roman. Un beau roman où j'ai préféré la forme que le fond... mais je sais que je lirai L'invention d'Hugo Cabret tant l'univers de cet auteur est fascinant. Le livre vient d'être adapté et c'est l'un des oubliés de ce festival de Cannes 2017.

Selznick, Black out, Bayard jeunesse.

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06 janvier 2017

Hunger Games de Suzanne Collins : ISSN 2607-0006

104551484_o"C'était les jeux du cirque, genre de spectacle qui ne me séduit pas le moins du monde. Rien de nouveau, rien de varié, rien qu'il ne suffise d'avoir regardé une seule fois. Aussi je m'étonne d'autant plus que tant de milliers de spectateurs raffolent sans cesse d'une manière aussi puérile, de voir des chevaux au galop, des coches dressés sur leurs chars". Ainsi Pline dénonçait les jeux du cirque au IIeme siècle, dans sa lettre IX, tout comme l'avait fait Juvénal dans ses satires en forgeant l'expression " panem et circentes" ( cité d'ailleurs dans le deuxième tome d'Hunger games, p. 261).

Reprenant cette idée, d'un pouvoir tyrannique qui s'appuie sur le divertissement, Suzanne Collins a modernisé ce concept : du pain et des jeux, oui, mais dans un monde post-apocalyptique. Les Hunger games rassemblent chaque année des jeunes gens de 12 districts, qui doivent s'entretuer sous les yeux des habitants de Panem. Pourtant, involontairement, Katniss va devenir plus qu'un pion dans leurs jeux...

Des longueurs et une héroïne stéréotypée, emportée dans un dilemme amoureux : voici ce qui peut être reproché à cette dystopie. Le choix d'un point de vue interne permet une plus grande empathie pour le personnage féminin principal mais les introspections de Katniss sont trop développées.

En revanche, les districts et le monde inventé par l'auteur auraient mérité de plus amples descriptions. Là où le roman devient vraiment intéressant, c'est dans l'omniprésence des médias : propagande, vote pour le meilleur candidat, la plus belle robe, publicité, surveillance constante... Snow est un nouveau Big Brother, ce qui lui permet de diriger les masses aveuglées : l'auteur a su bien représenter la surmédiatisation, le pouvoir des images... Une bonne dystopie jeunesse malgré des longueurs et des naïvetés...

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Au vu de son succès interplanétaire, Hunger games est devenue une oeuvre transmédiatique, transposée au cinéma par Francis Lawrence et maintenant, vous pouvez même l'écouter en audiolib avec la voix de Nelly Marot, qui a fait le doublage de la voix de l'héroïne Katniss Everdeen, qui a une voix, claire et vraiment agréable, comme vous pouvez le contaster dans cet extrait sur le site Audiolib.

Suzanne Collins, Hunger Games, 11h40, Audiolib.

Partenariat Audiolib.

Suzanne Collins, Hunger games, Pocket Jeunesse, 411 p.

Suzanne Collins, Hunger games, la révolte, Pocket Jeunesse, 428 p.

Suzanne Collins, Hunger games, l'embrasement, Pocket Jeunesse, 456 p.

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08 octobre 2016

Terrienne de Mourlevat : ISSN 2607-0006

9782070637232

"Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays d'utopie n'y figure pas" écrivait O. Wilde. ô combien me paraît juste cette citation car ces mondes imaginaires qui interrogent notre réel me plaisent infiniment.  Voici une utopie destinée à la jeunesse mais qui n'est pas dépourvue de qualités. Dans Terrienne, Mourlevat utilise le procédé du monde parallèle comme Drood de Dan Simmons ou Neverwhere de Gaiman.

Un vieil écrivain, Virgil, prend en autostop une jeune fille, qui va à Campagne, ville qui n'existe pas sur les cartes et dont l'accès n'est que rarement possible. Anne y recherche sa soeur, disparue depuis un an. Quel monde vont découvrir Anne et Virgil ? La jeune fille va-t-elle retrouver sa soeur ? Sa quête aboutira-t-elle ?

Ne croyez pas que Terrienne soit une simple dystopie. L'humour, souvent absent de ce type de récit, contribue à rendre attrayant ce récit. Bien sûr, ce n'est pas une comédie molieresque mais certains passages sont très drôles. Des références à la littérature contribuent aussi à l'intérêt de ce roman : sont convoqués tout à tour le mythe d'Orphée, le conte de "Barbe bleue"... sans oublier le personnage de Virgil, l'écrivain : "Virgil dormit par courtes séquences et d'un sommeil agité. Dans ses moments de veille, il lui semblait qu'il était en train d'écrire un roman fou, un roman dans lequel il ne se serait imposé aucune des limites raisonnables habituelles un roman écrit sans stylo ni traitement de texte, mais avec son propre corps en trois dimensions, dans l'épaisseur des choses"... In fine, on découvre un monde imaginaire où l'auteur nous fait réfléchir sur l'identité humaine, avec humour.

Mourlevat, Terrienne, Gallimard jeunesse, 407 p.

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