19 avril 2011

Beaumarchais , l'insolent de Molinaro : ISSN 2607-0006

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Librement adaptée d'une pièce de Sacha Guitry, la comédie d'Edouard Molinaro retrace le destin d'une personnalité emblématique du siècle des Lumières. C'est cet aspect qui est développé dans ce rafraichissant biopic. Appelé "brillant écervelé" par Voltaire, Beaumarchais ( les essentiels littérature sur le site de la BNF présente l'auteur) a fait preuve d'une activité prodigieuse pas toujours connue, son nom étant surtout attaché à la trilogie du barbier de Séville. Ce film dévoile des aspects méconnus de sa vie comme son rôle d'agent secret ou de trafiquant d'armes. "il a préféré "sa vie à son oeuvre" : dommage que la représentation scénique de ses pièces soient souvent tronquées car elles sont significatives de son brillant langage mais elles ne sont guère mises en avant...

 On nous fait le portrait d'un homme ancré dans son temps. l'époque transparaît clairement  et le contexte pré-révolutionnaire est bien rendu : Beaumarchais, magistrat, n'hésite pas à critiquer les lettres de Cachets, tout en s'asseyant insolemment sur le bureau du juge, ses pièces se rient des nobles...  Ses nombreux séjours en prison montrent à quel point Beaumarchais est irrévérencieux. A l'image de la vie de Caron, le film ne manque pas de rythme : les scènes théâtrales, s'enchaînent et on passe d'un tribunal à un duel, des prisons de Londres aux planches françaises... La distribution est impressionnante, rassemblant de nombreux acteurs connus du cinéma français, cependant on peut déplorer certains choix de casting : malgré toute sa verve, Luchini ne fait pas oublier son habituelle diction et son jeu d'acteur : on ne dirait pas Beaumarchais, mais Luchini déguisé en Beaumarchais. Ce film reste toutefois une biographie légère,  les préoccupations philosophiques restant secondaires, le parti pris du réalisateur étant bien de montrer l'insolence de ce célèbre dramaturge, qui après tout est aussi une forme de liberté.

En + : Les bonus sont très intéressants en ce qui concerne la fabrication d'un film d'époque : dans "architectes de l'éphémère", les décorateurs expliquent leur rôle, comment rendre la patine du temps. Quels costumes ? Quels carrosses ? Tous les détails sont pensés pour le plus vif plaisir de nos yeux !

Beaumarchais l'insolent, Molinaro, avec Michel Serrault, J.C. Brialy, Jean Yanne, J. Weber, F. Luchini...

challenge back to the past, organisé avec Lou.

Beaumarchais, l'Insolent - Trailer

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13 avril 2011

Frankenstein adapté par Whale et par Branagh : ISSN 2607-0006

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La liste est longue des adaptations de Frankenstein, montrant par là la fascination qu'exerce ce mythe. Les deux adaptations, celle de Branagh et celle de Whale, exploitent deux versants du roman de Mary Shelley ( biographie sur le site Larousse).

Commencé comme un jeu avec Percy Shelley, le docteur Polidori et Byron, elle raconte la genèse de son roman dans sa préface : " Je m'occupai à penser à une histoire - une histoire capable de rivaliser avec celles qui nous avaient excité et dicté dans cette tâche. Une qui parlerait aux peurs mystérieuses de notre nature et susciterait un frisson d'horreur [...]". Elle  fit un cauchemar éveillé qui devait donner naissance à un récit mythique traversant les siècles.
Et Whale s'inscrit bien dans la veine du film de monstre et d'horreur : il exploite l'aspect gothique du roman de Shelley. La nature n'a aucune place dans ce film, seule compte la créature et sa création. Contrairement au livre, Whale insiste sur des détails horrifiques : profanation de tombe dans un cimetière, vol du cerveau d'un criminel... En outre, les expériences se déroulent dans un vieux moulin en haut d'une butte escarpée. D'autres modifications sont faites, notamment au sujet du monstre qui devient un meurtrier et n'évolue jamais. Peu fidèle au roman, cette adaptation n'en reste pas moins un bon film de genre avec l'interprétation très remarquée de Boris Karloff.

Au contraire, l'adaptation de Branagh se révèle extrêmement fidèle : il a gardé le récit cadre et la dimension romantique du roman de Shelley, avec la mise en valeur des aspects typiquement romantiques. Le film s'ouvre sur les grandes étendues de glace du pôle Nord, puis s'arrête plus tard sur de grandioses montagnes enneigées. Victor Frankenstein apparaît comme un nouveau Prométhée et sera puni de son orgueil. Beaucoup d'actions et de scènes spectaculaires redonnent un nouveau souffle à la légendaire créature tout en respectant l'esprit du roman et en restituant l'ambiance de l'époque.

Ces deux films prolongent la légende créée par la romancière anglaise : deux versions très différentes mais tout aussi intéressantes, même si elles n'arrivent pas à égaler la virtuosité du roman de Shelley.

Frankenstein, Whale, 1932.

Frankenstein, Branagh, 1994.

 Challenge back to the past, organisé avec Lou, spécial tea cup.

Frankenstein (1994) - Trailer

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11 avril 2011

Downton abbey de Julian Fellowes : ISSN 2607-0006

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Série britannique, dans Downton abbey, le réalisateur reprend un procédé utilisé dans Gosford Park : parallèlement à la vie des maîtres de la demeure edwardienne de Downton, il filme le quotidien des domestiques. La série commence de manière dramatique et sur un rythme trépidant. Un télégramme annonce la mort des héritiers de Downton dans le naufrage du Titanic. Nous sommes en 1912 et les trois filles de lady Grantham - tout comme les filles Dashwood de Raison et sentiments - sont spoliées du domaine et de l'héritage. Quel drame ! L'héritier n'est autre qu'un cousin éloigné, Mattew Crawley faisant partie des classes laborieuses !

La reconstitution nous plonge au début du XIXeme siècle où les différences de classes sont très marquée. "Tout ce luxe et rien pour nous", constate le valet de pied de Robert Grantham. De même, Matthew Crawley est ostracisé par son appartenance à la middle class : il travaille sauf les week-end ! "Qu'est -ce qu'un week-end ?", s'écrie scandalisée la comtesse Violet Grantham ! Une mort subite, des prétendants ennuyeux, des chasses à courre rythment la vie de cette riche famille aristocratique.  La vie de la domesticité n'est pas moins agitée. Secrets, intrigues, amours, vols, les journées des domestiques dans une grande demeure ne sont pas de tout repos.

Mais au-delà de l'intrigue et de l'atmosphère de la riante campagne anglaise, l'intérêt de cette série réside dans la peinture des caractères et le jeu talentueux des acteurs : les trois filles de la comtesse Cora Grantham sont très différentes ce qui crée des dissensions. L'aînée Mary profite de sa beauté pour être capricieuse et badiner tandis que la cadette est aussi laide que méchante et ne cherche qu'à supplanter sa soeur. Quant à Sibyl, bien que peu présente, elle est généreuse et courageuse : elle incarne des idées féministes ou du moins modernes, en aidant une domestique à améliorer sa condition, alors que Mary attend passivement de se marier comme le veut l'usage.

Un autre aspect attrayant de cette série, et pas des moindres, sont les scènes humoristiques avec des scènes cocasses notamment lorsque le majordome Carson, qui discourt sans cesse sur la dignité, révèle qu'il a été antérieurement danseur et se produisait dans les foires. En outre, la rivalité entre Violet,  aristocrate arrogante, et Mrs Crawley, altruiste qui ne compte pas se taire devant la hautaine douairière, prête à des scènes savoureuses. Voici une fresque sociale haute en couleur dans l'Angleterre en pleine mutation du début du XIXeme siècle , magnifiquement interprétée et à la reconstitution très soignée, à ne pas manquer !

challenge "Back to the past", "special tea cup", organisé avec Lou

 Sur le web : Céline.

Série britannique, réalisée par Julian Fellowes, première saison, (7 épisodes), diffusée en 2010, avec Maggie Smith, Hugh Bonneville, Elisabeth Mc Govern.

Bande Annonce - Downton Abbey - Saison 1

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09 avril 2011

The house of mirth de Terrence Davies : ISSN 2607-0006

 

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"Le monde est un théâtre, mais la pièce est mal distribuée "(Oscar Wilde ) : tel semble être le propos de l'adaptation très fidèle du sublime roman d'Edith Wharton, The house of mirth, par Terrence Davies. Lily Bart a raté son train et elle rencontre dans le hall d'une gare, Selden, un avocat qu'elle aime sans l'avouer. Lily désargentée n'a d'autre choix que de faire un beau mariage si elle veut continuer à évoluer dans les hautes sphères de la société new-yorkaise.

Le raffinement des objets et des costumes, les couleurs chatoyantes, les scènes rutilantes vont peu à peu laisser place à la grisaille. Aux fêtes mondaines succède la solitude, car les splendides intérieurs ne font pas oublier, sous la beauté de la reconstitution, la fausse bienséance et la vanité de ces aristocrates " comme il faut". L'apparence et l'argent ont plus d'importance que les valeurs morales auxquelles l'héroïne est attachée. A côté de ces aristocrates impitoyables, n'hésitant pas à user de Lily pour arriver à leur fins comme Bertha Dorset, Gus Trenor, évoluent aussi les arrivistes comme Rosedale, Mrs Hatch. Intrigues et coups bas précipiteront Lily dans la déchéance : plans fixes, gros plans, la lenteur des images mais la brièveté des scènes traduisent l'attente du mariage puis la déchéance. "Les gens disent toujours des choses malveillantes", dit Grace Stephney, qui contribue par ses révélations à la chute de Lily. L'histoire des lettres pouvant mettre à mal la malveillante Bertha illustre bien l'interrogation de Lily : où s'arrête la dignité, où commence la droiture ?

"Le mariage n'est-il pas votre vocation ?", demande Selden à Lily. Comme toute héroïne tragique, Lily subit un destin auquel on la destine. Mais elle hésite devant un dilemme : mariage d'amour ou d'argent. Les partis qui se présentent à elle sont des Percy Grace transpirant d'ennui tandis que Lily est véritablement attachée à Selden. L'atrice Gillian Anderson, par ses traits diaphanes et son élégance, semble tout droit sortir du roman d'Edith Wharton, tant elle incarne la beauté et la jeunesse puis le désespoir sans jamais se départir de ses bonnes manières et de sa grâce. G. Anderson est éblouissante et magnifique dans ce rôle : elle donne vie aux frémissements intérieurs du personnage d'E. Wharton. L'écriture de la suggestion de la romancière est bien rendue : sans lourdeur didactique, sans pathos, les dialogues sobres contribuent à rendre palpable la pression exercée sur Lily. Les images impeccables, la reconstitution fabuleuse n'empêchent pas l'héroïne d'être émouvante et le film, comme le livre, restent inoubliables.

The house of Mirth, 134 min, de Terrence Davies, avec Gillian Anderson

Autre film : Orgueil et préjugés

challenge "back to the past", organisé avec Lou.

challenge Edith Wharton de titine, blog, plaisir à cultiver.

'' house of mirth '' - official film trailer - 2000.

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03 mars 2011

Le discours d'un roi de Tom Hooper : ISSN 2607-0006

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Quatre Oscars, récompensant le meilleur film, le meilleur acteur pour Le discours d'un roi, signifie-t-il que c'est un chef d'oeuvre ? Tom hooper filme la vie de George VI, au moment de son accession au trône : son frère, Edward VIII, abdique pour épouser une divorcée américaine, Wallis Simpson. Mais George VI est bègue.  A la veille d'un des conflits politiques majeurs du XXeme siècle, le roi est chargé d'un discours, va-t-il surmonter son handicap ? comment guérir ?

Ces séances de thérapie avec l'orthophoniste, Lionel logue, un acteur qui n'a pas fait carrière, lui permet de se libérer et de lui confier sa malheureuse enfance. Cette relation en dit long sur le protocole et sur le caractère du roi, homme colérique et emporté. Rien n'est embelli, on nous livre un portrait sans fard auquel est ajoutée une touche d'humour, par le biais de ce thérapeute original et extravagant.

A sujet royal, la vie d'un illustre représentant de la maison des Windsor, décors somptueux. La restitution de l'époque, l'Angleterre des années 30 est parfaite. Firth Colin incarne magistralement et avec beaucoup de justesse la souffrance de ce roi. Mais, finalement, ce film n'arrive pas à dépasser le genre du biopic. Alors qu'il est fait référence à la radio comme d'un outil de propagande pour certains, ou au rôle de George VI dans la lutte contre le fascisme, cette dimension politique est occultée. ll est très peu question au final, de l'aspect historique, l'intrigue étant centrée sur la personnalité du roi et sur sa parole. La faiblesse de ce film, aux acteurs impeccables, est d'être trop mélodramatique et pas assez historique : la lutte idéologique et politique se réduit peu à peu à une peau de chagrin, donnant ainsi à ce beau film, une touche lénifiante.

Le discours d'un roi, Tom Hooper; 2011, avec Helena Bonham Carter, Firth Colin, 1h58

Avis de Céline, Lou, Dasola...

Bande-annonce : Le Discours d'un Roi VF

 

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02 mars 2011

Black Swan d'Aronofsky : ISSN 2607-0006

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 Le lac des cygnes est l'histoire d'une jeune fille, transformée en cygne par le magicien Von Rothbart, qui ne pourra reprendre sa forme humaine que si elle rencontre le vrai amour. Au moment où le prince Siegfried lui déclare son amour, un bal a lieu où sa rivale, la fille de Von Rothbart, va prendre son apparence pour séduire le prince. Ce dernier trompé par cette illusion va épouser ce "cygne noir". Lorsqu'il s'aperçoit de sa méprise, il est trop tard, la jeune fille, folle de désespoir, se suicide. C'est Nina, une ballerine de la New-York city ballet, qui va incarner la reine des cygnes. "je veux être parfaite", déclare Nina qui malheureusement, dans sa perfection et sa technicité n'arrive pas à incarner la sensualité du cygne noir.

Débute pour Nina une lutte contre elle-même pour atteindre cet idéal : incarner les deux cygnes. Surprotégée par une mère possessive, subissant la pression de Thomas Leroy le directeur artistique de la troupe et de la rivalité d'une autre ballerine, Nina sombre peu à peu dans la souffrance et la paranoïa. Natalie Portman est époustouflante et spectaculaire dans ce rôle de danseuse dévouée à son métier. Et c'est là que le bat blesse : si artistiquement, la représentation du travail de danseuse est impeccable, avec des magnifiques scènes gracieuses, les troubles du personnages s'incarnent dans des images dérangeantes. 

Musique récurrente, thème du double, le film joue aussi sur les codes du genre de l'épouvante  mais avec excès. L'histoire commence avec un rêve mais finit dans un cauchemar car chacun sait que la perfection n'est pas de ce monde. Abordant la question du passage de l'âge lié aux exigences d'un métier, de la question du dépassement de soi, ce film est une réussite, sur fond de musique de Tchaïkovsky mais qui pèche par une surenchères d'images sordides.

Aronofsky, Black Swan, 1h50, avec Natalie Portman, Vincent Cassel, 2011.

Les avis de Choupynette et Dasola.

BLACK SWAN | Official Trailer | FOX Searchlight

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14 février 2011

To be or not to be de Lubitsch : ISSN 2607-0006

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Né dans une famille juive, Lubitsch (biographie Larousse) fuit l'Allemagne en 1922 et réalise une oeuvre engagée To be or not be. Hitler dans les rues de Pologne, en 1939, avant même son invasion ? Quel est le secret de sa présence dans ce pays ? Pourquoi est-il seul ? Non, ce n'est pas Hitler mais un acteur. Il fait partie d'une troupe de comédiens, qui se retrouve mêlée à un sombre complot : Joseph Tura et sa femme Maria jouent Hamlet lorsque celle-ci rencontre un jeune aviateur qui démasque un espion à la solde des Allemands, le professeur Siletsky. Pour empêcher ce dernier de donner les noms de résistants polonais, la troupe décide de déjouer les plans de Siletsky en singeant la Gestapo. Plusieurs mises en scène leur permettent de duper les nazis et de lutter contre l'invasion allemande.

Caricature d'Hitler, satire du nazisme, Lubitsch en pleine période nazie n'hésite pas à stigmatiser la dictature allemande. Ridiculisant les troupes nazis ainsi que ses représentants, il dénonce avec cette oeuvre engagée la censure et les atrocités de la guerre.
Pourquoi cette référence à Shakespeare ? A côté de la critique politique, se noue un drame amoureux. Joseph Tura joue le rôle d'Hamlet mais à chaque fois qu'il prononce la célèbre réplique "to be or not to be", un homme se lève... Doutant tout d'abord de ses capacités de comédien, il s'aperçoit que ce nom de code cache une intrigue amoureuse dans laquelle sa femme est mêlée.

Quiproquo, caricature, le film enchaîne tous les ingrédients de la comédie mis au service d'une satire du nazisme. Cependant, cette oeuvre comporte ce que la critique a appelé la "Lubitsch touch" : le procédé du théâtre dans le film crée une illusion au service de la réalité. Le comique de farce, de répétition côtoie un scénario original et plein de finesse et Lubitsch manie des dialogues humoristiques comme une arme. Une très grande comédie...

to be or not to be, 1942, Lubitsch,
challenge Shakespeare, organisée par Claudia et maggie

TO BE OR NOT TO BE - Bande-annonce VOST

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20 décembre 2010

Northanger Abbey de Jon Jones : ISSN 260-0006

 

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Northanger Abbey, de Jane Austen
"Catherine n'avait rien d'une héroïne" : une voix off moqueuse nous présente le personnage principal de Northanger abbey. Catherine Morland aime les romans gothiques, développant une imagination débridée. Invitée par de riches parents à Bath, les Allen, elle y fait la rencontre du pasteur Henry Tilney et de sa soeur Eleanor. Elle rencontre aussi Isabella Thorpe et son frère, des arrivistes intriguants. Catherine s'éprend peu à peu d'Henry et elle accepte l'invitation du général Tylney à se rendre dans leur vaste manoir. Là, dans cette "demeure digne d'un roman", elle découvre que la femme du général est morte d'une manière brutale et violente...
"Vous auriez préféré qu'il fut brigand"
C'est ce que dit Mrs Allen lorsque Catherine évoque avec un peu de déception le fait que Henry ne soit que pasteur. Comme les héroïnes de romans gothiques, Catherine se révèle crédule et naïve. Ses lectures Les mystères d'Udolphe de Radcliffe et Le moine de Lewis sont évoqués à plusieurs reprises, échauffent son imagination. " Ce roman vous fera tourner la tête", lui dit John Thorpe. Il ne se trompait pas beaucoup, étant donné que c'est cette propension à confondre rêve et réalité qui va l'amener à commettre de graves erreurs de jugement mais qui apporte la touche parodique et humoristique de ce film, qui joue avec les codes du genre mais pour mieux les détourner : portes qui grincent, une aile du château condamnée, éclairs et tempête. Notre héroïne trouve de vieux manuscrits... qui se révèlent être une liste de blanchisserie !

Certes Northanger abbey critique les romans gothiques cependant, on reconnaît l'une des problématiques essentielles de Jane Austen dans ce roman : la question du mariage d'argent et d'amour. Si nos deux héros, Henry et Catherine font preuve de modernité en choisissant l'amour, autour d'eux, c'est le règne de l'intérêt : Le général Tilney, Isabella ne pensent qu'à l'argent, ce que James va apprendre à ses dépends. Il n'y a rien de romantique dans l'amour austenien...
Film d'époque très soigné, la joliesse des décors, des costumes et des acteurs n'empêchent pas le respect de l'esprit du roman. Northanger abbey est bien une parodie impeccable des romans en vogue à l'époque de Jane Austen. Délicieusement satirique envers une certaine noblesse et envers le mariage d'argent, cette comédie non sentimentale est à la fois amusante et pétillante : une bonne adaptation du roman de Jane Austen.
Northanger abbey, de Jon Jones, avec Liam Cunningham, Carrey Mulligan et Felicity Jones, 95 min, 2007

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23 novembre 2010

Scoop et Match point de Woody Allen : ISSN 2607-0006

Scoop - Trailer

Les réalisateurs ont un style parfois reconnaissable, allant jusqu'à paraître se répéter parfois. Ce n'est pas le cas de Woody Allen dans Scoop et Match point, deux films tournés en Angleterre, où le style est radicalement différent bien que l'histoire ait, toutes les deux, trait à une intrigue policière bien ficelée.

Dans scoop, on reconnaît un Woody Allen au premier coup d'oeil. Tout d'abord, il y joue un rôle comme dans nombre de ses films. Il s'y met en scène, comme d'habitude, comme un personnage bavard, bégayant, jouant le rôle d'un vieux magicien Splendini, avec des tours de magie désuets. Mais c'est grâce à un de ses tours, qu'une étudiante en journalisme Sondra Pransky voit le fantôme d'un célèbre reporter qui lui révèle un scoop : "le tueur au tarot, meurtrier en série qui sévit dans les bas-fonds de Londres (il s'en prend à une prostituée comme Jack l'éventreur), serait le richissime et aristocratique Peter Lyman. Lorsqu'elle le rencontre, elle tombe forcément sous son charme.

Accompagné de son faux père Splendini, elle enquête dans ce milieu aristocratique que le réalisateur égratigne au passage. Va-t-elle le dénoncer ? ou va-t-elle succomber au prestige de cette aristocratie anglaise ? Entre situations jubilatoires et comiques, créées par la rencontre du vieux magicien Splendini et la haute société anglaise et l'histoire d'amour, Woody Allen exploite des ficelles qui ont fait son succès : un anti-héros - comique malgré lui - avec ses mimiques traditionnelles - et une vision cynique et satirique de l'Angleterre et du milieu journalistique. Un scoop qui vient de l'au-delà ? Peut-on y croire ? Les sources de la presse sont-elles fiables ?
Ce film policier comique, qui s'inscrit dans la lignée des films antérieurs du réalisateur, est vraiment jubilatoire avec ses situations et ses héros décalés, et avec de nombreuses scènes parodiques. A voir, mais aussi à entendre pour ses dialogues très drôles et son rythme enjoué !

Match Point ( bande annonce VF )

En revanche, Match point est un thriller des plus noirs, très sobre et classique dans sa manière d'être filmé bien qu'il y ait comme dans Scoop, intervention de fantômes. Chris Wilton, issu d'un milieu modeste, devient le professeur d'un jeune homme immensément riche, Tom Hewett, fiancé à Nola, une jeune actrice dont la carrière ne décolle pas. Il rencontre aussi Chloé, soeur de Tom, à qui il fait une cour appuyée, envisageant une possible ascension sociale. Entre la passion et le mariage de raison, Tom hésite, mais le confort matériel, la réussite sociale l'attirent irrésistiblement. Devenu l'amant de Nola, il ne sait pas comment faire pour la quitter, surtout que cette dernière exige qu'il quitte Chloé. Chris, va-t-il sacrifier sa belle situation par amour pour Nola ?

Woody Allen y met en scène un jeune premier arriviste, sans morale, prêt à tout pour réussir : quelle va être l'issue de ce dilemme ? Amour ou confort matériel ? Pour notre héros, désabusé et cynique, le choix est vite fait. Ce film pose la éternelle question  : la fin justifie-t-elle les moyens ? Une tension irréprochablement mis en scène, vous tiendra en haleine, jusqu'à la dernière image. Passion, jalousie, remords, culpabilité, conception du bonheur, tous ces thèmes se bousculent dans Match point. Film ammoral, où on reconnaît tout de même la touche de Woody Allen avec une scène hallucinatoire, où le héros se lavant le visage dans un moment d'angoisse nocturne, rongé par le remord, tel Lady Macbeth, il voit le fantôme d'un mort. Ce film s'impose par ses images épurées, par une intrigue irréprochable : un film cynique, terrifiant mais aussi élégant.

Scoop, Woody Allen, avec ScarlettJohansson, Hugh Jackman, Woody Allen et Ian Mcshane.
Match point, Woody Allen, 2005, avec Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers.

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13 novembre 2010

Valse avec Bachir de Ari Folman

Bande-annonce du film israélien "Valse avec Bachir"

A un moment de l'Histoire contemporaine où le devoir de mémoire est devenu obsessionnel, Ari Folman a décidé de faire un travail mémoriel d'un point de vue personnel : il choisit la forme du docu-fiction pour raconter un événement personnel traumatisant qui rejoint l'histoire de son pays.

Valse avec Bachir est un film d'animation qui cumule une dizaine de témoignages de soldats de la guerre israëlo-palestinienne. Au départ, Ari Folman s'aperçoit qu'il a oublié tout souvenir de la guerre du Liban, vingt ans plus tard. il décide donc de rencontrer ses anciens camarades ayant aussi fait la guerre. Chacun d'entre eux lui raconte leur souvenir de mai 1982 remontant peu à peu aux exactions dans les camps de Sabra et Chatila... Boaz et les chiens enragés, Frenkel et sa valse, chacun cherche à raviver les souvenirs occultés par le traumatisme de ce qu'ils ont vécu. Pourquoi n'a-t-il aucun souvenir de cette guerre ? Quelle est la signification du rêve récurrent qui l'obsède depuis la fin de cette guerre ?

Tout d'abord, ce documentaire est extrêmement original puisqu'il utilise le genre de l'animation. Déformation de l'Histoire ?  Des séquences extrêmement réalistes, sont juxtaposées à des scènes hallucinatoires exprimant les rêves et les peurs des soldats, dans cette guerre, qui les dépassent, et les images d'animation permettent de montrer une vision de la guerre à travers la subjectivité des témoins. Comment lutter contre l'horreur ? L'ennemi n'est jamais visible car ce film antimilitariste est une critique de toute guerre. La guerre est montrée dans toute son absurdité. En outre, le réalisateur pose les jalons d'une réflexion sur le travail de la mémoire. Rendant visite à un ami psychologue, ce dernier lui explique ce qu'est la mémoire vivante, pourquoi celle-ci est lacunaire : sur 10 photos d'enfance qu'on montre à un personne, si une photo est truquée, la personne pensera quand même se rappeler de cet événement : on réécrit les souvenirs car la mémoire se reconstruit avec des éléments fictifs. A la frontière du film de guerre et de l'autobiographie, Ari Folman arrive avec beaucoup de dynamisme et subtilité a condamner la guerre. Le film se clôt sur des images d'archive de la destruction des camps de Sabra et Chatila, montrant l'horreur de la guerre dans toute sa vérité... Un film à voir !

Valse avec Bachir de Ari Folman, sortie en 2008, 1h27, film franco-israëlo-allemand.

Le billet de Jade.

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