22 avril 2019

Simetierre de Stephen King : ISSN 2607-0006

 -Simetierre Bande annonce

De mutilples films sont des adaptations de l'oeuvre de Stephen King. Alors que Jessie et 1922 sont des films bien adaptés de romans moins connus du maître de l'horreur, Simeterre a déjà été adapté en 1989 par Mary Lambert. Profitant du succès récent de Ca, remake aussi d'une série des années 80, Simetierre souffre d'une mise en scène banale et d'un manque de profondeur.

Louis Creed s'installe à la campagne, dans le Maine, cher à Stephen King, pour profiter davantage de sa famille. Ironie du sort, il va causer le malheur de ses enfants et de sa femme. A peine arrivé, il doit faire face à la mort d'un jeune homme, qui reviendra le hanter. Le chat, Church, va rapidement être écrasé. Pour éviter un grand chagrin à sa fille, il accepte d'enterrer son animal dans un lieu étrange et glauque, que même les indiens Micmacs ont fui, protégé par un gigantesque entrelacs de bois morts...

Succession de jump scares, de scènes gores juxtaposées, le film n'arrive pas à susciter d'émotions tant les personnages manquent de profondeur, exceptés la femme de Louis et le voisin, dont on découvre les peurs, le passé. A contrario, l'univers mental de Louis, qui semble peu à peu obsédé par la mort, est bien représentée par des portes s'ouvrant sur le lieu maudit, sombre à souhait. Bénéficiant de trop d'argent pour être un nanar et d'une trop belle photographie pour être un navet, Simetierre est un simple film d'horreur supplémentaire contenant le cahier des charges d'un banal film horrifique avec zombies, grincements de porte et hectolitres d'hémoglobine...

simetierre 2 001

https://www.livredepoche.com/livre/simetierre-9782253151432

En revanche, il est étonnant qu'on réduise l'oeuvre de Stephen King à des romans d'horreur : à partir de l'introduction de Simetierre un peu décousue, l'auteur annonce le thème métaphysique de son livre, " le mystère de la mort". Comme un leitmotiv, la mort s'insinue partout. Les premières lignes évoquent la mort du père de Louis Creed, médecin, qui va travailler dans le dispensaire d'une université, où dès le premier jour d'ouverture du dispensaire, un jeune homme décède. De même, son chat  - "qui tel le chat du Sheshire, repar[aît] comme par enchantement" - et son fils vont connaître un sort funeste. Comment Louis va-t-il réagir face à la mort brutale et inhumaine de son fils ?

Certes, l'arc narratif est chronologique, sans complexité en apparence, mais des notations de temps montrent l'inéluctabilité de la mort, voire la fatalité qui frappe le personnage principal. Les lieux hantent ce père de famille. On retrouve les paroles en italiques indiquant le monologue intérieur de Louis, spécificité présente dans les romans précédents de l'auteur. Homme rationnel, homme de science, Louis ne croit pas à l'au-delà. La banalité de son quotidien se mue imperceptiblement en une lente escalade vers le surnaturel culminant dans une scène finale atroce. La folie, thème emblématique de l'auteur, plane inexorablement sur Louis : le roman est assez éprouvant d'un point de vue psychologique et les protagonistes poignants.

Est-ce dû à la traduction ? Le lexique spécialisé de la médecine - Louis écrit des articles scientifiques, comme beaucoup de personnages de S. King, c'est un écrivain - et un langage courant ou soutenu permettent de s'immerger dans cette histoire où les sensations, les descriptions de lieux et les sentiments prennent une place très importante par rapport à l'intrigue. On n'est pas loin des Revenants de Kasischke, la complexité narrative en moins, mais aussi des romans noirs anglais, cités fréquemment : "Une autre idée lui passa par la tête : celle que cette équipée lui avait fait courir des dangers bien réels, même si elle semblait droit sortie d'un roman-feuilleton frénétique de Wilkie Collins" (p. 212).

Ne vous laissez pas influencer par l'étiquette habituellement attribuée à S. King ( bien que l'horreur et le surnaturel soient présents). Certes, ce roman appartient à la "littérature populaire" exploitant un imaginaire éculé comme les zombies, les fantômes... mais il n'en est pas pour autant mauvais. Découvrez ce roman qui parle des rituels mortuaires, de la question du deuil, de la relation de l'homme et de la mort dans la société américaine... 

King Stephen, Simetierre, Livre de poche, France, mars 2019.

Simetierre de Kevin Kolsch, Dennis Widmyer, avec Jason Clarke, Amy Seimetz, 2019, 1h41

Jessie, de Mike Flanagan, avec Carla Gugino, Bruce Greenwood, Carel Struycken, Netflix, 2017, 1h43

1922, Zak Hilditch, 1922, Netflix,  avec Thomas Jane, Dylan Schmid, 1h43, 2019.

Sur le web : No ciné, Simetierre, ce fléau

Mury Cécile et Douhaire Samuel, "A voir sur Netflix : trois adaptations inédites de Stephen King", Télérama, mis en ligne

Macheret Mathieu, "Simetierre" : une petite mécanique horrifique", Le monde, mis en ligne le 10 avril 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/04/10/simetierre-une-petite-mecanique-horrifique_5448127_3246.html

LGL spécial Stephen King, entretien de l'émission La grande librairie. URL : https://www.youtube.com/watch?v=6-f8C3GU23I

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15 avril 2019

Leave no trace de Debra Granik : ISSN 2607-0006

Bande annonce - Leave no trace (2018)

Peut-on vivre en dehors de la société ? Comment faire face à un traumatisme de guerre ? La société de consommation ne comporte-t-elle que des points négatifs ? Voici quelques questionnements que Debra Granik aborde dans  Leave No Trace.

Ce long métrage retrace la vie d'un père, Tom, et de sa fille, Will, qui vivent dans un parc naturel, dans l'Oregon, en consommant le moins possible et en tirant leurs ressources de la forêt. Lorsqu'ils sont repérés, on cherche à les réinsérer dans une sylviculture. La jeune adolescente s'adapte rapidement et lie facilement connaissance alors que son père refuse de s'intégrer, d'installer un téléphone et d'utiliser les commodités proposées. Au bout de quelques temps, le père décide de repartir... Blessé après une chute dans la forêt, le père est à nouveau contraint à l'immobilité dans une zone forestière, où vivent quelques marginaux dans des mobil-homes. Sa fille le suivra-t-elle dans cette fuite de la civilisation ?

Comme le film commence in medias res et qu'il y a peu de dialogues, on ne comprend que progressivement que le père est un ancien vétéran et qu'il ne peut pas supporter le bruit des hélicoptères, qui lui rappelle certainement la guerre. Laquelle ? Nous n'en saurons rien. Beaucoup d'éléments restent dans l'ombre et on ne sait pas ce qu'est devenu la mère de Will.

Des gros plans de la nature permettent de voir la beauté des paysages, et parfois son inclémence avec la froidure, le manque de nourriture... Sans beaucoup de paroles, ni de bande-son, ce qui surprend assez, la réalisatrice Debra Granik arrive à suggérer les liens familiaux forts entre le père et la fille et la psychologie des personnages, notamment le dilemme de la jeune fille, partagée entre son amour pour son père et son refus de fuir les autres. Un très beau film, tout en délicatesse, sur les blessures psychologiques provoquées par la guerre, le refus de la consommation de masse, les liens familiaux, le regard porté sur l'adolescence...

Leave No Trace de Debra Granik, avec Thomasin Harcourt McKenzie, Ben Foster, 1h49, 2018.

Sur le web : Sotinel Thomas, "Leave no trace" : le père, la fille et l'esprit des bois", Le Monde, mis en ligne le 19 septembre 2018. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/09/19/leave-no-trace-le-pere-la-fille-et-l-esprit-des-bois_5357118_3476.html

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08 avril 2019

Minuscule, La vallée des fourmis perdues de Thomas Szabo et Hélène Giraud : ISSN 2607-0006

Bande annonce - Minuscule - La vallée des fourmis perdues (2014)

 "Il existe une très ancienne légende chantée tout l'été par les grillons et les cigales, l'épopée d'une coccinelle ayant combattu les fourmis rouges... Voici son histoire".

Des fourmis noires trouvent une boîte de sucre, laissée par un couple qui pique-niquait, dans une plaine aux allures de la comté de la Terre du Milieu. Une petite coccinelle, qui n'arrive pas à voler, les accompagne vers leur fourmilière. Mais chemin faisant, elles sont confrontées à des fourmis rouges.

La coccinelle-"Frodon" et la communauté de fourmis doivent aussi descendre un fleuve comme le hobbit descendant Auduin. Les fourmis "Uruk-hai" rouges font le siège de leur foumilière-"gouffre du Helm". Ce serait réducteur de faire croire que Minuscule est la transposition du  Seigneur des Anneaux  à l'échelle d'un monde minuscule. D'autres références - western, Star Wars - sont convoquées. A côté des aventures de nos héroïnes, de nombreux gags fourmillent créant une touche de comique. En outre, les insectes ne sont pas personnifiés mais l'absence de dialogue et les décors créent une immersion dans une nature colorée et poétique.

Dans le making-of ( 35 min), on apprend comment le film a été tourné, notamment les repérages des paysages dans le Mercantour, les reconstitutions en studio et ce qui a été créé en images de synthèse, la manière dont ont été conçue les insectes. Toute une partie est consacrée aux bruitages. Le travail est impressionnant !

Dans le minuscule livret du film, on nous rappelle les inspirations filmiques des réalisateurs ( Chaplin, Indiana Jones, Star Wars) et une double page concerne l'éco-attitude : " Le sujet étant la découverte du monde vivant, la production a choisi de s'engager dans une démarche responsable lors du tournage en prenant en compte l'impact de ses propres actions. Un long travail a été fait en amont pour avoir une empreinte écologique maîtrisée aux côtés des Parcs Nationaux, avec l'aide du proramme AGIR de la région PACA et accompagné par Eco Prod et l'outil Carbon' Clap  calculateur de carbone. Toute une série de points spécifiques ont été anticipés en préparation, ce qui a permis de réduire de façon importante l'incidence environnementale du tournage".

"Le film reflète la volonté partagée avec les Parcs Nationaux français de véhiculer des valeurs de respect et de partage, de sensibiliser à la fragilité de la nature et du petit monde qui nous entoure pour "naturellement" les protéger. L'ensemble des objets du films ont la même origine : la polution. La canette rouillée, la boîte d'allumettes, le pesticipe Butor les cotons tiges, les cure-dents ou encore les objets inombrables dans les réserves faites par les fourmis et la petite araignée noire... ces clins d'oeil subtils touchent notre inconscient et proposent une version singulière et originale du recyclage !"

Minuscule, La vallée des foumis perdues, Thomas Szabo et Hélène Giraud, 85 min, 2013

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25 mars 2019

Ave César ! des Cohen : ISSN 2607-0006

AVE CÉSAR Bande Annonce VF (2016)

Après la parodie de film d'espionnage dans Burn after reading, les frères Cohen s'attaquent au film noir et plus globalement aux films hollywoodiens des années 50 : Eddie Mannix dirige les studios Capitole à Los Angeles et gère les problèmes de la vie personnelle des stars, de choix de casting... et d'enlèvement d'acteurs.

"L'usine à rêve" : ces deux mots antonymiques subsument l'univers des films hollywoodiens. Ave César ! n'est pas une simple parodie mais les mises en abyme permettent de montrer comment sont tournés les films et on assiste donc aux tournages de péplums, de films avec scènes aquatiques, de westerns... Dans les années 50, concurrencés par la télévision, les studios doivent opter pour des films à gros budgets et que ce soit dans l'image des acteurs ou que soit celle des films, ils cherchent à renvoyer une vision époustouflante du monde cinématographique. Et ces pastiches sont de véritables réussites, avec un George Clooney qui cabotine à merveille !

"C'est une histoire sans fin car son histoire est écrite dans une lumière éternelle" :  Ave César ! n'est pas un simple exercice de style, bien que les séquences semblent parfois juxtaposées sans trop d'effort de raccord, mais propose une réflexion sur les finalités de cet art.  Lorsque la voix off commente le film que nous regardons, nous constatons qu'un parallèle est tissé entre la religion et le cinéma, redoublé par de nombreuses allusions à la foi. Le cinéma permet-il de se rapprocher du bien et de la vérité. S'apparente-t-il à une forme de religion ? La politique, dans son lien avec le cinéma, n'est pas négligée avec l'intervention d'un groupe de communistes et avec les valeurs occidentales véhiculées dans les diverses parodies. Un bon film des Cohen !

Ave César !, d'Ethan et Joel Cohen, 2016, Netflix, avec George Clooney, Scarlet Johansson, Josh Brodin

Sur le web : Dasola

Guichard Louis, Avé César, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/ave-cesar,500609.php

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18 mars 2019

La neuvième vie de Louis Drax d'Alexandre Aja : ISSN 2607-0006

The 9th Life of Louis Drax (Jamie Dornan, Aaron Paul, Sarah Gadon, Aiden Longworth)–Official Trailer

La neuxième vie de Louis Drax mêle plusieurs influences pour créer un film prenant même s'il reste en dessous de certains modèles du genre comme Le labyrinthe de Pan de G. del Toro ou Quelques minutes après minuit de Bayona. Ce long-métrage est l'adaptation d'un livre de Liz Jensen.

Débutant de manière burlesque, la voix off de Louis, un petit garçon, narre comment plusieurs accidents ont failli lui coûter la vie. A huit reprises, il a frôlé la mort ! Electrocution, chute, accidents ont jalonné sa vie. Lors de son anniversaire, il tombe d'une falaise et son père disparaît, ce qui le rend suspect aux yeux de la police. Tombé dans le coma, sa mère veille sur lui, de même qu'un neurologue (incarné très platement par Jamie Dorman, qui semble devoir jouer toujours le même type de rôle). Des flash-back de la vie de Louis finissent par reconstituer les évéments dramatiques. Le père de Louis est-il un assassin ?

 A la fois hitchcokien - cette fois-ci, ce n'est pas une femme qui disparaît mais un homme - et fantastique, le scénario parvient à bien allier ces deux éléments à l'enquête policière. Si l'on peut faire un rapprochement avec les films de Guillermo del Toro et J. A. Bayona, c'est parce que le monstre n'est ici que la métaphore des peurs de l'enfant, qui n'arrive pas à surmonter un drame. Il incarne à la fois l'imaginaire enfantin et un traumatisme.

Scénaristiquement bien construit, la tension ne retombe jamais. Sous des dehors de conte fantastique, La neuxième vie de Louis Drax cache des aspects plus profonds qu'il n'y paraît et aborde un domaine psychologique intéressant.

La neuvième vie de Louis Drax, Alexandre Aja, Netflix, 2017, 1h48, Aiden Longworth, Jamie Dornan, Sarah Gadon.

Sur le web : Douaire Samuel, " La neuxième vie de Louis Drax" d'Alexandre Aja : terrifiant et merveilleux" Télérama, mis en ligne le 24 juin 2017. URL : https://www.telerama.fr/cinema/la-9e-vie-de-louis-drax-d-alexandre-aja-terrifiant-et-merveilleux,159907.php

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11 mars 2019

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve : ISSN 2607-0006

BLADE RUNNER 2049 Bande Annonce VF (Nouvelle // 2017)

Faire une suite à Blade runner ? Etait-ce utile ? La suite n'est qu'une pâle copie du film de Ridley Scott : un blade runner, l'officier K, est chargé de tuer des Nexus VIII, des androïdes de nouvelle génération qui se rebellent contre l'être l'humain. Lors d'une de ses missions, l'officier K découvre une malle enterrée avec des ossements. Cela l'amène à des découvertes qui vont intéresser la Wallace entreprise, qui fabrique les androïdes.

Visuellement impeccable avec une ambiance de fin de monde glaciale, où tout est minimaliste, comme les dialogues, Villeneuve developpe tant bien que mal ( et plutôt mal) une enquête où tous les événements tirent en longueur, sans nécessité : la révolte des "réplicants" est évoquée puis oubliée, de même que les projets de la Wallace entreprise dont on voit le directeur, à deux reprises, mais qui est bien vite délaissé. Alors que les enjeux du transhumanisme se font plus présents de nos jours, le film se contente de développer une atmosphère mélancolique.

Simple copie de Blade runner, on retrouve les scènes iconiques du film du réalisateur d'Alien le huitième passager, comme le repas dans un quartier populaire, la mort d'un androïde non pas en slip sous la pluie, mais en manteau dans la neige ( et évidemment sans dialogue métaphysique), l'oeil s'ouvrant initiant le film... Dans cet interminable long-métrage, on peut voir des acteurs jouant mal, ayant une ou deux expressions à leur disposition, voire aucune ( Jared Leto ou Harrison Ford). On cherche les enjeux mais il semblerait qu'il n'y en ait pas. Une suite commerciale ? Que de lenteur ! Que de vide !

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve, avec Harrison Ford, Ryan Gosling, 2017, 2h44

Autres films : Premier contact, Incendie, Enemy, Prisoners

Sur le web : Dasola

Morice Jacques, Blade runner 2049, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/blade-runner-2049,511409.php

No ciné. "Blade Runner 2049, réplicant sans répondant".

Débat sur "blade runner 2049", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

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05 mars 2019

Burning de Lee Chang-Dong : ISSN 2607-0006

BURNING (2018) Official US Trailer | Steven Yeun Movie

Adapté d'une nouvelle de Murakami, qui transpose un roman de Faulkner ( Barn burning), Burning  dévoile la vie de Jongsu, un jeune coursier qui souhaite devenir écrivain et qui admire Faulkner. Il tombe amoureux de Haemi, une jeune femme qui a été sa voisine dans l'enfance. Mais celle-ci part en Afrique et lui demande de venir nourrir son chat. Elle revient accompagnée d'un riche jeune homme, Ben, le Gatsby coréen. Peu après, Haemi disparaît. Ben prétend ne plus avoir de ses nouvelles. Qu'est devenue Haemi ?

Avec les influences littéraires citées, on s'attend évidemment à un flou entre la réalité et le rêve (Murakami) ou à un univers non perceptible entièrement (Faulkner). La première partie avant le départ de la jeune femme est ancrée dans le quotidien et on découvre progressivement la vie de Jongsu dans un monde rural, à la frontière de la corée du Nord. Il ne s'y passe pas grand chose. En revanche, après sa disparition, Jongsu suit Ben et peu à peu, on se met à douter des faits : le chat de Haemi existe-t-il ? Est-ce le même que celui de Ben ? Ce dernier brûle-t-il des serres pour s'amuser ? Des montages cut montrent Jongsu en train de dormir après certains évémements : ce que nous percevons, est-ce la réalité ?

Toute la première partie manque un peu de rythme, ce qui provoque l'ennui. Cependant, elle semble nécessaire pour comprendre la deuxième partie : le banal contraste avec une réalité qui se délite, dans un entre-deux où le film s'installe, symbolisé par de nombreux passages crépusculaires. Un film où le mystère reste entier et qu'on apprécie qu'une fois les dernières minutes visionnées... Dans le livret de 24 pages qui accompagne le DVD, on peut lire un article de François Bégaudeau et un entretien de Didier Péron (Libération) avec le réalisateur, qui laisse toute l'opacité du film.

Burning de Lee Chang-Dong, (2h28), Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Yun Jong-seo, 2018.

Sur le web : Mandelbaum Jacques, "Burning", un trio brûlant dans une Corée de cendre", Le monde, mis en ligne le 28 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/08/28/trio-brulant-dans-une-coree-de-cendres_5346863_3476.html

Le masque et la plume. 2018. "Les critiques du "Masque" enthousiasmés par "Burning" de Lee Chang-Dong". Animée par Jérome Garcia. Diffusée 7 septembre 2018.

Morice Jacques, “Burning” : c’était notre Palme d’or au dernier Festival de Cannes, Télérama, mis en ligne le 29 août 2018. URL : https://www.telerama.fr/cinema/burning-cetait-notre-palme-dor-au-dernier-festival-de-cannes,n5780944.php

Kaganski Serge, "Cannes 2018 : "Burning" de Lee Chang-dong, autre sérieux postulant à la Palme", Les Inrockuptibles, mis en ligne 17 mais 2018. URL : https://www.lesinrocks.com/2018/05/17/cinema/cannes-2018-burning-de-lee-chang-dong-autre-serieux-postulant-la-palme-111084154/

Débat sur "Burning", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

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26 février 2019

At Eternity's gate de Julian Schnabel : ISSN 2607-0006

AT ETERNITY'S GATE (2018) - Official HD Movie Trailer | Media Hub

At Eternity's gate montre les dernières années de la vie du peintre Vincent Van Gogh. "Montrer" est bien le mot puisqu'il est beaucoup question de la vision du monde selon le peintre, de sa conception de la création, de la beauté, et de la vision d'un cinéaste aussi. On voit donc le peintre quitter Paris pour Arles. Il vit quelques temps avec Gauguin, puis fréquente le docteur Gachet. Admis plusieurs fois dans des asiles, l'artiste est incompris, isolé et affaibli. Sa peinture, peu appréciée de son vivant, semble reconnue lors de l'exposition des Indépendants.

"Le monde reste un mystère"

Enfin un biopic qui sort de l'académisme habituel ! "L'état frénétique" dans lequel était le peintre pour créer est reproduit par les mouvements de la caméra. Souvent, les plans sont filmés caméra à l'épaule, non pas dans un but documentaire, mais pour reproduire le regard subjectif du protagoniste. Les tourments du peintre sont rendus par ces mouvements de caméra rapides, parfois étranges : pourquoi filmer les chaussures prises comme modèle avec un cadre à l'horizontal ? pourquoi passer à du noir et blanc comme un négatif quand Vincent Van Gogh peint ? Mais globalement, les choix de cadrage permettent un immersion dans la nature, épousant les sensations du peintre. Les plans d'ensemble montrent une grande intensité des couleurs de la nature, voire parfois, étrangement avec des filtres jaune ou bleu, mais qui renvoient à l'intensité des coloris des tableaux du peintre. Nommé aux oscars dans la catégorie "meilleur acteur", Willem Dafoe incarne génialement ce peintre tourmenté et maudit. Un film sensoriel, atypique et esthétique sur l'art et le génie de Vincent Van Gogh !

At Eternity's gate, de Julian Schnabel, Netflix, avec Willem Dafoe, 1h51, 2019

At_Eternitys_Gate

Extrait de la bande-annonce « At Eternity's Gate » © YouTube/CBS Films

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12 février 2019

Wonder Woman de Patty Jenkins : ISSN 2607-0006

WONDER WOMAN Nouvelle Bande Annonce VF film 2017

Première héroïne icônique du DC universe, Wonder Woman est réalisé par la première réalisatrice de blockbusters adaptés de comics, Patty Jenkins. Ce long-métrage (voire très long) raconte les origines de Diana, sur l'île idyllique des Amazones. Avec l'arrivée de soldats de la Première Guerre Mondiale, Diana va être confrontée à la noirceur des hommes. Comme la plupart des films de super-héros, le message est simpliste : Diana veut protéger le monde grâce à un message d'amour, à sa foi dans l'humanité et dans l'amitié. 

Le film souffre de quelques longueurs, notamment dans l'exposition et dans les batailles finales très numériques et très dispensables. On n'échappe pas, non plus, à la sempiternelle histoire amoureuse et aux personnages manichéens, notamment dans le choix des méchants.

Le film a-t-il un autre enjeu que le grand divertissement offert par le DCU ou Marvel ? Si on ne peut pas qualifier l'héroïne de féministe car elle ne revendique aucun droit pour les femmes, Jérémie Maire rappelle dans son article " Wonder Woman, icône féminisme de 75 ans, devient ambassadrice de l'ONU" que le créateur de Wonder Woman, Marston, a été influencé par les suffragettes : "Promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre les idées que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes". Ainsi, dans l'univers très masculin des super-héros, celui du contexte de l'histoire de 14-18, ou de notre société patriarcale, de montrer une femme intrépide, forte, courageuse et plus déterminée que les hommes, dans des séquences montrées au ralenti pour mieux la mettre en valeur, n'est pas complètement vain.

Wonder Woman de Patty Jenkins, 2h21, avec Gal Gadot, Connie Nielsen, Robin Wright.

Sur le web : Mury Cécile, " Wonder Woman" en icône humaniste et féministe, ça change de l'objet sexuel", Télérama, mis en ligne le 7 juin 2017. URL : https://www.telerama.fr/cinema/wonder-woman-cette-desirable-icone-humaniste,159224.php

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30 novembre 2018

Inside man de Spike Lee : ISSN 2607-0006

 Inside Man - Bande Annonce

Lorsqu'on commence à visionner Inside man, on pense voir un énième film de braquage de banque. Vous n'aimez pas ce genre ? Surtout, restez devant votre écran. De facto, une première surprise vous attend : une banque est attaquée à Manhattan. Rapidement, on perçoit que ces braqueurs ne sont pas de simples voleurs. Spike Lee a glissé au coeur de son film une autre problématique, bien plus riche, bien plus intéressante...

Une deuxième surprise vous cueillera : l'histoire n'est pas racontée de manière linéaire. Rapidement arrivés sur les lieux, deux inspecteurs, incarnés par Denzel Washington et Clive Owen, doivent faire face à l'ingéniosité des voleurs. Ces derniers ont habillé leurs otages de la même manière qu'eux, les rendant inidentifiables. Ils ne semblent pas assoiffés de sang, ni d'argent. Que sont-ils venus chercher dans cette banque ? Quel est leur objectif ? Mais parallèlement, on voit un défilé de témoins, c'est-à-dire les témoignages des otages, qui devraient se dérouler chronologiqement après. Bref, même déconstruite, la narration nous tient en haleine : comment les braqueurs cachés parmi les victimes du hold-up vont-ils faire sortir leur butin ?

Enfin, dernière belle surprise et non des moindres, Spike Lee n'hésite pas à utiliser tous les types de cadrages, de travelling ( la caméra fait des travellings de gauche à droite pour suivre les allées et venues d'un des braqueurs, marquant par là, la confusion du début des événements, la nervosité du bandit), les témoignages semblent filmées avec des couleurs surexposées, des travellings circulaires mettent en valeur le personnage clé de cette affaire, le directeur de la banque, etc...). La caméra de Spike Lee est particulièrement virtuose et cela confine presque à l'exercice de style, tant les mouvements de caméra se diversifient. Ce hold-up original, filmé de manière ingénieuse, ne fait pas oublier un thème qui semble tenir à coeur au réalisateur, c'est-à-dire les minorités.

Inside man de Spike Lee, Netflix, 2006, 2h10, avec Denzel Washington, Clive Oven, Christopher Plummer, Jodie Foster.

Sur le web : les mouvements de caméra Blow up,

Mandelbaum, Inside man : Spike Lee réalise un gros coup, Le monde, mis en ligne le 11 avril 2006. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2006/04/11/inside-man-spike-lee-reussit-un-gros-coup_760495_3476.html

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