28 octobre 2019

Sorry to bother you de Boots Riley : ISSN 2607-0006

SORRY TO BOTHER YOU Bande Annonce (2019) Tessa Thompson, Comédie

Voici une comédie grinçante et satirique à ne pas rater ! Elle réserve, en outre, bien des surprises, notamment dans le genre, présentant de vagues ressemblances avec les films de Spike Lee (Inside man, Blakkklansman) ou de Jordan Peel (Get out).

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Photo Universal Pictures International

Pourquoi évoquer ces deux réalisateurs ? Tout d'abord, le style de Boots Riley n'est pas commun. De nombreuses scènes répétitives soulignent des inversions, des constrastes, les cadrages et les couleurs avec des scènes souvent nocturnes, nous immergent peu à peu dans le fantastique.

Pourtant, Sorry to bother you apparaît d'abord comme une comédie réaliste avec des faux CV très apparents et un faux trophée, des voix qui ne semblent pas appartenir aux acteurs, des chambres garages qui s'ouvrent inopportunément, des codes de 30 chiffres... Le personnage principal, Cassius, devient telemarketeur et manifeste pour des salaires plus justes. Pourtant, on va lui proposer de s'enrichir rapidement, sans effort. 

Le capitalisme qui réduit les humains en esclavage, n'est pas qu'une métaphore dans ce film. Peu à peu les genres se brouillent et on a l'impression de basculer dans un autre film. Comme dans Get out de J. Peel, la comédie bascule dans l'horreur. Sorry to bother you réussit à dénoncer les dérives du consumérisme, le racisme, tout en innovant formellement. Les séquences paraissent parfois juste juxtaposées mais c'est un très bon premier film de Boots Riley !

Boots Riley, Sorry to bother you, 2019, avec Lakeith Stanfield ( 1h51).

Sur le web : Quelque part ailleurs,

Mandelbaum, "Sorry tobother you" : un ovni séditieux et anticapitaliste", Le monde, mis en ligne le 30 janvier 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/01/30/sorry-to-bother-you-un-ovni-seditieux-et-anticapitaliste_5416374_3246.html

Chessel Luc, "«Sorry to Bother You», Marx à suivre", Libération, mis en ligne le 29 janvier 2019. URL : https://next.liberation.fr/cinema/2019/01/29/sorry-to-bother-you-marx-a-suivre_1706201

Léger François, "Sorry to bother you, une grande satire sociale", Première, mis en ligne le 29 janvier 2019. URL : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Sorry-to-bother-you-Une-grande-satire-sociale--Critique

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Photo Universal Pictures International

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13 octobre 2019

Shining de Kubrick : ISSN 2607-0006

Bande annonce VF SHINING (1980)

Stephen King a inspiré de nombreux réalisateurs : actuellement sur nos écrans, vous pouvez voir Ca 2 et Doctor sleep, la suite de Shining, va bientôt paraître sur nos écrans, fin cotobre 2019. Vous n'avez pas encore vu Shining réalisé par Kubrick ? En cette époque halloweenesque, il est temps de le visionner : pourtant, malgré sa réputation de film horrifique, il faut savoir que Shining, comme beaucoup des romans de S. King, repose surtout sur l'horreur psychologique.

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Shining, Stanley Kubrick, 1980

Certaines images iconiques contribuent à faire du long métrage de Kubrick un film d'horreur (photogrammes 1 et 2 ci-dessus), comme des hectolitres de sang jaillissant d'un ascenseur, une vieille femme décatie sortant d'une baignoire ou l'apparition de deux jeunes jumelles au bout d'un couloir, alors qu'il est surtout question des tourments d'un écrivain en proie à la folie. D'ailleurs les dernières photographies rendent plus ambigues l'interprétation du film.

Au contraire, la symétrie des décors, la propreté des lieux, les couleurs chaudes viennent contraster avec les films horrifiques. Shining n'est pas seulement un film gore mais confronte un écrivain à la page blanche, à ses problèmes d'alcoolisme comme dans nombre des romans de l'auteur de Misery ou de La part des ténèbres.

Comme le rappelle Hélène Lacolomberie dans sa revue de presse, cette adaptation du roman de S. King n'a pas été unanimement célébrée lors de sa sortie : pourtant, il ne faut pas oublier les prouesses techniques - avec l'utilisation de la steadicam dans les couloirs hantés de l'hôtel Overlook.

Que l'on aime ou que l'on n'aime pas ce long métrage, on doit reconnaître une certaine recherche technique dans la manière de filmer et des innovations par rapport au genre filmique. Il est devenu un classique, inspirant d'autres réalisateurs comme Spielberg dans Ready player one, qui exploite les scènes de l'ascenseur, des jumelles et de la femme dans la baignoire...

Kubrick, Shining, avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd, 1h55, 1980.

Autres billets : Simetierre,

Challenge Halloween 2019 organisé par Lou et Hilde

Sur le web : Sotinel Thomas et Régnier Isabelle, "Stephen King au cinéma : le meilleur et le pire en dix films", Le monde, mis en ligne le . URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2013/11/15/stephen-king-au-cinema-le-meilleur-et-le-pire-en-10-films_3514731_3246.html

Lacolomberie Hélène, "revue de presse de Shining", cinémathèque, mis en ligne le 7 mars 2019. URL : https://www.cinematheque.fr/article/1386.html

Guedj, "De "Shining" à "Ca" : pourquoi Hollywood adore Stephen King ?", Le point pop, mis en ligne le 28 août 2019. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema-le-clown-tueur-d-enfants-est-revenu-pourquoi-stephen-king-remet-ca-28-08-2019-2332040_2920.php

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24 septembre 2019

Les enchaînés d'Hitchcock : ISSN 2607-0006

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Avec Lifeboat, Les enchaînés est l'un des films politiques d'Hitchcock qui met en scène un scénario inspiré vaguement des mémoires de Marthe Richard. Tourné en 1945, ce long-métrage, qui se déroule après la fin de la seconde guerre mondiale à Rio, a pour héroïne Alicia, l'élégante fille du nazi Huberman qui vient d'être condamné, qui mène une vie oiseuse et alcoolisée jusqu'au moment où Devlin, un agent du FBI, lui propose de travailler  pour les Etats-Unis. Elle doit espionner un Allemand, Sebastian, ancien ami de son père. Va-t-elle réussir sa mission. Est-elle un agent fiable ?

L'intrigue d'espionnage est particulièrement simple et forme comme un interlude léger autour du vrai coeur du film qui tourne autour d'une histoire d'amour mais nous y reviendrons plus tard. Le patron du FBI, particulièrement jovial, se contente d'être heureux de la bonne tournure des affaires et n'hésite pas à utiliser Alicia pour arriver à ses fins. Aucun dilemme moral ne semble perturber cet homme qui pousse Alicia à se marier avec l'Allemand pour le bien de son enquête. Toutes ces séquences autour des hommes du gouverment sont assez sèchement tounées.

Quel est le sujet souterrain des Enchaînés ? Une comédie bien plus noire se joue entre les deux protagonistes principaux : Delvin doute de l'amour d'Alicia et cette dernière attend que Delvin avoue ses véritables sentiments. Non seulement le couple glamour - Ingrid Bergman et Gary Grant - joue à merveille leur personnage mais, comme dans une mise en abyme, ils doivent interpréter des personnages pour rendre crédibles leur rôle d'espions. Où s'arrêtent les faux-semblants ? D'emblée, Devlin déclare : " une fille perdue ne change pas". Est-ce le cas d'Alicia ? Peut-on changer ?

Avec ce long-métrage, Hitchcock mérite bien d'être appelé "le maître du suspense" : on craint à chaque instant pour la vie de la malheureuse espionne improvisée qui doit évoluer parmi d'autres personnages très inquiétants comme l'odieuse mère de Sebastian. La manipulation hitchcockienne jouant avec les sentiments des protagonistes et avec les nerfs du spectateur, les jeux de regards particulièrement éloquents et les gros plans sur des objets clés ou les clés tout court - qui regarde qui ou quoi ? - font des Enchaînés un spectaculaire thriller psychologique et d'amour.

Les enchaînés de Hitchcock, 1945, 104 min, avec Ingrid Bergman, Claude Rains, Gary Grant.

Visionnage commun avec Tachan.

Autres films : Le procès Paradine, Lifeboat, L'inconnu du Nord-Espress, Psychose, La corde, Une femme disparaît, La loi du silence, Mais qui a tué Harry ?, chantage, Les 39 marches,, Jeune et innocent, meurtre, le grand alibi, Une femme disparaît

Sur  le web : Ferenzi Aurélien, "Hitchcock en 6 leçons", Télérama, mis en ligne le 21 janvier 2011. URL : https://www.telerama.fr/cinema/hitchcock-en-6-lecons,64727.php

Murat Pierre, "Cinq questions pour une reprise, "Les enchaînés" d'Hitchcock", Télérama, mis en ligne le 5 octobre 2008. URL : https://www.telerama.fr/cinema/cinq-questions-pour-une-reprise-les-enchaines-d-hitchcock,34366.php

Deyle Hélène, "Un film et son époque: Les enchaînés", Le monde, mis en ligne le 22 juillet 2017. URL : https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/07/22/tv-un-film-et-son-epoque-les-enchaines_5163882_1655027.html

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Ingrid Bergman et Gary Grant dans Les enchaînés d'Hitchcock

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25 juillet 2019

Le procès Paradine d'Alfred Hitchcock : ISSN 2607-0006

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La troisième période hitchcockienne, des années 40 à 50, est particulièrement éclectique. Après des films politiques comme Lifeboat (1945), le réalisateur des oiseaux fera un film de procès. Lorsqu'une femme est belle et épouse un riche mari aveugle et que ce dernier meurt empoisonné, elle paraît forcément coupable aux yeux de l'opinion publique. Mais l'est-elle vraiment ? Seul, un avocat tombé éperdument amoureux de la victime, Madame Paradine, croit en son innocence. Les preuves vont s'accumuler contre elle : arrivera-t-il à la sauver ?

Contrairement aux films de procès, Hitchcock ne profite pas de cette histoire pour remettre en cause la justice ou des problèmes moraux ou sociaux mais il en fait un drame passionnel. C'est un film lent, bavard, développant la jalousie de la femme de l'avocat, l'ambiguité de la cliente et l'obsession de l'avocat : à travers ce long-métrage, il fait d'ailleurs quatre portraits de femmes très différents, de la femme fatale - Madame Paradine - à la femme soumise (la femme du juge).

Ce film, bien construit, n'est pas aussi complexe que d'autres long-métrages hitchcockiens et manque singulièrement d'humour. On retrouve ses thèmes favoris comme le faux-coupable et une enquête. Il manque aussi d''ambiguïté et de profondeur comparé à des films de procès plus récents comme The third murder de Kore Eda (2017) ou du Silence et des ombres de Robert Mulligan ( 1962).

Voici une adaptation d'un roman de R. S. Hichens plus banale que les autres films du réalisateur de Rebecca, en partie parce qu'il n'a pas choisi les acteurs qu'il souhaitait, comme il l'explique dans une interview, et que Selznick a participé davantage dans la production. Cela explique peut-être qu'il soit passé inaperçu par rapport à d'autres scénarios plus impressionnants de cette période comme La corde (1949) ou L'inconnu du Nord-Express (1951).

Le procès Paradine, Hitchcock, Gregory Peck, Ann Todd, 1947, 125 min.

Visionnage commun avec Tachan. Un visionnage avec Tachan est prévu le 24.09 : nous verrons Les enchaînés.

Autres films : Lifeboat, L'inconnu du Nord-Espress, Psychose, La corde, Une femme disparaît, La loi du silence, Mais qui a tué Harry ?, chantage, Les 39 marches,, Jeune et innocent, meurtre, le grand alibi, Une femme disparaît

Sur le web : France inter. 2013. Hitchcock/trufaut, secrets de fabrication.

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13 juillet 2019

The wandering earth de : ISSN 2607-0006

THE WANDERING EARTH Trailer (2019) Sci-Fi Action Movie HD

Plutôt rare sur nos écrans, The wandering earth est un blockbuster chinois, qui malheureusement passe inaperçu en France étant donné qu'il est directement arrivé sur les plateformes de streaming. Adapté d'un roman de SF de Cixin Liu, connu pour son livre Le problème à trois corps, ce long métrage mériterait d'être visionné sur grand écran tant visuellement, c'est splendide. Après une rapide exposition de l'inexorable dégradation de la planète - le système solaire est en train de mourir - et de la vie d'un astronaute, on assiste à une catastrophe de grande ampleur : "la terre errante", c'est-à-dire la terre propulsée par de gigantesques moteurs pour trouver un autre système planétaire, risque de percuter Neptune.

Majestueux, grandioses, les paysages sont impressionnants ( image 1). Pour bien montrer l'échelle de chaque image, le réalisateur part toujours de gros plans suivis de zoom arrière qui finissent par englober la terre entière. La convergence des moteurs qui s'unissent pour faire avancer la terre marque aussi l'union des pays. Et quel décor ! La planète devenue inhabitable est recouverte de neige, donnant lieu à de somptueux décors enneigés post-apocalyptiques ( images 2 et 3).  Certes, The wandering earth n'est qu'un film catastrophe et qu'un blockbuster mais les effets spéciaux sont d'une très grande qualité. C'est un vrai plaisir visuel de voir toutes ces inventions de ces villes souterraines, de ces grandes étendues de neige.

MOSS l'intelligence artificielle "déserte", refuse de rester en contact avec la terre qui va s'écraser sur une autre planète. Deux astronautes sortent réparer des dégâts et dérivent dans l'espace : ne serait-ce pas des clins d'oeil à d'autres longs-métrages de SF ? Certains personnages principaux meurent, les villes sont détruites une à une mais les survivants ne perdent pas espoir. Les uns se sacrifient, les autres luttent ensemble. Un film post-apocalyptique optimiste, humaniste ? C'est plutôt rare, c'est idéaliste mais fabuleusement bien réalisé et cela donne envie de découvrir les oeuvres de Cixin Liu...

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Image 1 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

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Image 2 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

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Image 3 du film "The Wandering Earth" Crédits : Copyright China Film Company Limited

The winthering earth de Frant Gwo, Netflix, 2019, 2h05,

Sur le web : "The wandering earth, le film chinois qui sauve la terre", Le monde, mis en ligne le 26 février 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/video/2019/02/26/the-wandering-earth-le-film-chinois-qui-sauve-la-terre_5428578_3246.html

Serrell Mathilde, "Avec The Wandering earth blockbuster chinois, une autre fin du monde est possible", France culture, mis en ligne le 26 février 2019.

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08 juillet 2019

Lifeboat de Hitchcock : ISSN 2607-0006

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Comme Rébecca, Les oiseaux ou L'inconnu du Nord-Express, Lifeboat est aussi une adaptation littéraire, celle d'une nouvelle de Steinbeck. Les ingrédients traditionnels des longs métrages hitchcockiens sont rassemblés comme des innovations techniques ( comme dans La corde ou Fenêtre sur cour), du suspense, de l'ironie, les faux-semblants, un caméo... Pourtant Hitchcock réussit un tour de force en dramatisant une situation qui peut sembler sans relief : un lieu unique et neuf acteurs ! Lifeboat s'ouvre sur le naufrage d'un navire britannique provoqué par un sous-marin allemand, lui-même torpillé. Huits rescapés de nationalités diverses et de classes sociales différentes tentent de survivre sur un canot de sauvetage en attendant les secours. Lorsqu'un Allemand se prétendant simple matelot est secouru, les naufragés sont confrontés à un dilemme : peuvent-ils faire confiance à cet homme ? Cet ennemi de guerre, doit-il être sauvé ? Qui doit diriger le bateau ?

Malgré le décor unique, "le maître du suspense" arrive à nous tenir en haleine grâce aux drames psychologiques. C'est le calme plat, une mer d'huile mais la tension monte : mensonges, dissensions, meurtres, tempêtes ponctuent ce huis-clos étouffant. Ont-ils eu raison de faire confiance à l'Allemand ? Ce dernier sauve un des passagers en l'amputant d'une jambe mais il cache de nombreux secrets sur son identité. La matérialiste et superficielle Mrs Porter va-t-elle tomber dans les bras de l'ouvrier ?  Les protagonistes ne cessent d'avouer leurs petits secrets, leurs bassesses...

Présenté en 1944, Lifeboat a une portée éminemment politique. Le fait de vouloir voter à la majorité "comme dans [leur] pays", de réussir à s'unir dans l'adversité, de s'entraider lorsqu'ils n'ont plus de ressources - vous verrez à quoi peut servir un bracelet de diamants lors d'un naufrage - sont des actions métaphoriques des pays en période de guerre.

En bonus, le commentaire audio du docteur Drew Casper est une mine d'informations sur la réalisation, le choix des acteurs, des cadrages et les influences de Hitchcock : Lifeboat présente l'alliance originale de l'expressionnisme allemand et du réalisme soviétique. Drew Casper aborde aussi la fabrication des décors, les caprices de stars, et la réception du film à l'époque, la censure, et rappelle aussi la coloration "romantique" des films du réalisateur des oiseaux. La variété des cadres, l'habileté dans la construction des caractères, l'universalité du message politique font que ce film n'a pas pris une ride.

Lifeboat, Hitchcock, 1944, 1h36, avec Tallulah Bankhead, William Bendix, Walter Slezak

Vsionnage commun avec Les blablas de Tachan. Prochain VC d'Hitchcock le 25. 07 : nous parlerons du Procès Paradine.

Autres films : L'inconnu du Nord-Espress, Psychose, La corde, Une femme disparaît, La loi du silence, Mais qui a tué Harry ?, chantage, Les 39 marches,, Jeune et innocent, meurtre, le grand alibi, Une femme disparaît

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24 juin 2019

Godzilla II - Roi des Montres de Michaël Dougherty : ISSN 2607-0006

GODZILLA 2 Bande Annonce VF (2019) NOUVELLE, Roi des Monstres

Si vous n'avez encore jamais vu de films sur l'un des plus célèbres monstres de la pop culture qu'est devenu Godzilla, vous pouvez regarder la vidéo du ciné-club de M. Bobine qui est une bonne introduction à la franchise : le vidéaste remonte aux orginines du monstre radioactif, analyse l'évolution de la franchise et détaille les caractéristiques de Godzilla. L'article du Point pop permet aussi de connaître les précédents films.

Le long-métrage de Michael Dougherty prolonge celui de G. Edwards qui était un blockbuster où le Kaiju apparaissait aussi important que le destin d'un soldat américain et de sa petite famille, qui nous importe peu. Le nouveau réalisateur a décidé de mettre en avant les monstres, de les humaniser - car le monstre légendaire décide de sauver les hommes et la planète - et de faire bêtifier les hommes. Après les dégâts causés par le réveil de Godzilla et des Mutos dans le premier opus, une scientifique décide de réveiller d'autres monstres pour qu'ils dévastent la planète car là où ils passent, la végétation reprend ses droits.

Evidemment, les effets numériques rendent bien hommage à Godzilla, comparé aux monstres nanardesques dans les précédents films de la Toho comme dans Godzilla vs Mechagodzilla. On peut toutefois regretter que les prouesses numériques soient les seuls atouts de ce film où on s'ennuie par intermitence avec des passages ridicules avec les dialogues vides des hommes ou qui expriment un espèce de blougi-boulga écologique. Godzilla II - Roi des Monstres n'est qu'une succession de scènes de destruction entre des titans disproportionnés. A part des effets spéciaux monstres, à quoi rime tout ça ? On est loin du symbolisme du traumatisme nucléaire et on attend avec impatience la sortie - non pas du troisième opus de la franchise, teasé dans une scène post-générique, de Godzilla vs Kong - de Shin Gozilla en France.

Godzilla vs mechagozilla, Jun Fukuda, 1974

Godzilla le roi des monstres, Michael Dougherty, 2019, 2h12, Kyle Chandler, Vera Farmiga, Millie Bobby Brown 

Godzilla de Gareth Edwards, Netflix, 2014, avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe

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Warner Bros France

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Warner Bros France

Sur le web : No ciné. 2019. "Godzilla pourrait-il exister dans la vraie vie ?". Animée par Perrine Quennesson. Diffusée le 29 mai 2019.

Hauguel Bastien, " Godzilla" : 6 films pour s'initier à la franchise", Le point pop, mis en ligne le 29 mai 2019. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/godzilla-6-films-pour-s-initier-a-la-franchise-29-05-2019-2315756_2923.php

Dubois Léa, "Godzilla II - Roi des monstres : un titan pour les gouverner tous et dans les ténèbres les lier", Le figaro.fr, mis en ligne le 29 mai 2019. URL : http://www.lefigaro.fr/cinema/godzilla-ii-roi-des-monstres-un-titan-pour-les-gouverner-tous-et-dans-les-tenebres-les-lier-20190529

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17 juin 2019

Que dios nos perdone/ El reino de Rodrigo Sorogoyen : ISSN 2607-0006

QUE DIOS NOS PERDONE Bande Annonce (Policier, Thriller - 2017)

EL REINO Bande Annonce (2019) Policier

Que Dios nos perdone et El reino appartiennent à deux genres différents mais ils montrent les préoccupation de son réalisateur Sorogoyen. Un duo d'inspecteurs, en apparence assez traditionnel, avec un flic méticuleux, Luis, et un autre impulsif et violent, Javier, arrivent à lier plusieurs affaires de viol de femmes âgées. En période de troubles - pendant les émeutes à Madrid, l'été 2011 - la brigrade est particulièrement en difficulté, notamment à cause de la méfiance des gens envers les policiers corrompus et de la méticulosité de l'assassin. Au sein même de la brigade, les policiers sont loin d'être unis, créant des tensions propres à faire échouer leurs recherches.

Quant à El reino, on suit pas à pas un politicien Manuel Lopez-Vidal dont on ignore tout, notamment son parti et ses réelles fonctions. Assez vite, un des membres du parti est arrêté pour corruption mais c'est lui qui va être poussé vers la sortie. Supportant mal cette mise à l'écart, il décide de dévoiler une affaire qui implique la participation de personnages haut placés de tout milieux, presse, politique, entreprises... Mais chacune de ses tentatives échoue.

Si Que dios nos perdone ne présente pas de qualités visuelles particulières, ayant plutôt l'apparence d'un épisode policier de qualité comme on en trouve des douzaines à la télévision, en revanche, El reino utilise de nombreux plans séquences : on suit, au-dessus de l'épaule du personnage principal, l'engrenage politique, créant ainsi une tension incroyable et donnant un aspect documentaire. On éprouve une complète empathie pour cet homme corrompu que nous suivons à travers sa chute.

Cependant, là où le réalisateur réussit à hisser ses films vers une réflexion plus complexe, c'est dans la mise en scène de l'ambiguité des mécanismes humains : dans Que dios nos perdone, le policier qui paraît rigoureux et intègre, Luis, révèle une autre face de sa personnalité qui se manifeste progressivement à travers sa propre relation aux femmes et au meurtrier, illustrant parfaitement la citation souvent évoquée de Nietzsche : "Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi." La même problématique apparaît dans El reino : le héros a -t-il raison de se venger ? Veut-il dénoncer la corruption dans de louables intentions comme il l'affirme face à une journaliste ? Finalement qu'importe le genre, Sorogoyen universalise son propos en refusant tout manichéisme.

Que dios nos perdone, Rodgrigo Sorogoyen, 2h05, avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira

El reino, Rodgrigo Sorogoyen, 2019, (2h 11min) avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou

Sur le web : Sotinel Thomas, ""Que dios nos perdone" :  serial killer de série", Le monde, mis en ligne le 09 août 2017. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/08/09/que-dios-nos-perdone-serial-killer-de-serie_5170288_3476.html

Le masque et la plume. 2019. "El reino de Rodrigo Sorogoyen". Animée par Jérôme Garcin. Diffusée le 21 avril 2019.

No ciné, El reino, immersion totale

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10 juin 2019

Parasite de Bong Joon Ho : ISSN 2607-0006

Le trailer de Parasite réalisé par Bong Joon ho

Qu'est-ce qu'un "parasite" ? Dans un sens biologique ou dans son sens courant, le parasite est celui qui profite de son hôte. On va donc voir une famille de pauvres coréens, les Ki-Taek, être peu à peu embauchés chez la riche famille Park, dont la mère est crédule et hystérique. Le frère, sans diplôme, est d'abord employé comme professeur d'anglais. Il introduit sa soeur, qui se fait passer pour une cousine d'un jeune étudiant connu de la famillle et pour une étudiante d'art. Enfin, le père deviendra le chauffeur et la mère gourvernante. Lorsque la famille aisée part pour une semaine de camping fêter l'anniversaire du fils, tous se réunissent dans la maison pour se réjouir et dîner. Là, ils vont faire un glauque découverte. Vont-ils réussir à poursuivre leur arnaque ? La cohabitation avec la famille Park est-elle possible ?

Comme dans ses films précédents - The host, Memories of murder, - Bong Joon Ho reprend un genre, celui du home invasion pour le politiser en en faisant à la fois une comédie et une satire sociale. Les moments comiques sont cumulés dans une première partie et repose sur l'acteur Song Kang-ho, jouant le rôle du père, se cognant aux meubles dans leur appartement exigü ou répétant son rôle pour être embauché. Personnage burlesque et maladroit, ce sont ses enfants qui mettent en place l'arnaque. Peu à peu, l'atmosphère s'assombrit et le comique laisse la place à l'angoisse.

La satire de la fracture sociale  - déjà présente dans Le transperceneige - est très bien menée dans la métaphore du haut et du bas. Le travelling descendant introduit le logement des Kim, en sous-sol alors qu'une ascension mène à la famille. La demeure des Park elle-même comporte aussi cette même division didactiquement traitée. Quelle place pour ceux qui cherchent à fuir la misère ?

Ce film, qui a reçu la palme d'or au festival de Cannes en 2019, n'est pas le meilleur du réalisateur avec un rythme lent et la recherche de twists. L'histoire soulève les questions de l'entraide entre classe sociale démunie, les relations familiales et le mépris de classe, questions qui reflètent une réalité où la richesse est rassemblée dans les mains de quelques-uns et où les plus démunis deviennent plus nombreux. La richesse thématique ne fait pas oublier la vision terrifiante, qui manque quelque peu de subtilité, dans laquelle le spectateur sombre progressivement. Comme dans Get out de J. Peele, l'horreur s'allie à la satire pour provoquer un certain malaise. 

Parasite de Bong Joon Ho, avec Song Kang-ho, Cho Yeor-jeong, 2 h 12, 2019.

Filmographie : The Host, Le transperceneige, Okja, Memories of murder

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Photo The Jokers. Les Bookmakers

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Photo The Jokers. Les Bookmakers

Sur le web : billet de Trillian, Dasola,

Guédot Valérie, "Parasite de Bong Joon Ho, France inter, mis en ligne le 6 mai 2019. URL : https://www.franceinter.fr/cinema/parasite-de-bong-joon-ho-sortie-en-salles-le-5-juin-2019

Serrell Mathilde, "Pourquoi "Parasite" peut devenir la Palme la plus populaire depuis "Pulp Fiction" ?", le billet culturel, Le monde, mis en ligne le 6 juin 2019. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-culturel/le-billet-culturel-du-jeudi-06-juin-2019

Gesbert Olivia, "Les deux Corées de Bong Joon-ho", La grande table culture, Le monde, mis en ligne le 23 mai 2019. URL : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/les-deux-coree-de-bong-joon-ho

Guedj Phillipe, "Bong Joon-ho : les bottes secrètes du cinéaste de "Parasite", Le point pop, mis en ligne le 6 juin 2019. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/bong-joon-ho-les-bottes-secretes-du-cineaste-de-parasite-06-06-2019-2317298_2923.php

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06 juin 2019

Asako I & II d'Hamagushi : ISSN 2607-0006

ASAKO I&II Bande Annonce (2019) Romance

Asako I & II, vous fera imanquablement penser à Sueurs froides d'Hitchcock. En effet, une jeune femme, Asako, tombe immédiatement sous le charme de Baku, lors de leur première rencontre. Cependant, un jour, Baku disparaît. Deux ans plus tard, à Tokyo, Asako rencontre Ryohei, un homme d'affaire, qui ressemble trait pour trait à Baku.  Instantanément séduite, elle hésite à engager une relation basée sur des faux-semblants. Cinq ans plus tard, Baku, devenu manequin, revient. Va-t-elle quitter son amant pour partir avec Baku ? Aime-t-elle réellement Ryohei ?

La manipulation des personnages dans le film d'Hitchcock est menée dans un mouvement réflexif. Le personnage féminin est regardé par un observateur, qui pourrait être le spectateur. La mise en scène dont elle fait l'objet lors de la deuxième rencontre avec le narrateur crée un parallèle avec le travail du cinéaste. Le travail du réalisateur de Fenêtre sur cour est dominé par la spirale tandis que celui de Hamagushi est dominé par le cadre - les personnages se rencontrent lors d'une exposition de photos - et le double. Deux personnages masculins, deux rencontres amoureuses, deux voyages de nuit...

Devant un fleuve en crue, Ryohei déclare : " c'est sale". Mais Asako trouve ce même paysage "beau". Et c'est cette beauté que filme talentueusement Hamagushi : beauté des pas qui s'avancent vers l'autre, beauté des gestes du quotidien pour venir en aide aux sinistrés des séismes, beauté des êtres qui n'hésitent pas à s'aimer malgré les trahisons et les mensonges. Formellement magnifique, Asako I & II filme merveilleusement et délicatement le sentiment amoureux, sans sentimentalité mais avec des ellipses et des silences.

Asako I & II, Hamagushi, avec Masahiro Higashide et Erika Karata, 2019

Sueurs froides, Hitchcock, 1958, 2h09 min, avec James Stewart, Kim Novak, et Barbara Bel Geddes

asako-1-2-e1546595825955-1050x627Erika Karata et Masahiro Higashide dans « Asako I & II », Hamaguchi. ART HOUSE DISTRIBUTION

vlcsnap-2019-01-27-11h51m51s749Erika Karata dans « Asako I & II », deRyusuke Hamaguchi. ART HOUSE DISTRIBUTION

0793734Erika Karata dans « Asako I & II », deRyusuke Hamaguchi. ART HOUSE DISTRIBUTION

Sur le web : Dasola

Rauger J-F, "Sueurs froides", Le monde, mise en ligne 31 juillet 2009. URL : https://www.lemonde.fr/vous/article/2009/07/31/sueurs-froides_1224532_3238.html

Les chemins de la philosophie. 2018. "Philosopher avec Hitchcock (2/4) : sueurs froides". Animée par Adèle Van Reeth. Diffusée le 27février 2018.

Mandelbaum Jacques, "Asako I & II" : éternel recommencement amoureux", Le monde, mis en ligne le 1 janvier 2019. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/12/31/eternel-recommencement-amoureux_5403795_3476.html

Posté par maggie 76 à 22:21 - - Commentaires [14] - Permalien [#]