10 avril 2021

Pompoko de Takahata : ISSN 2607 0006

 Deux célèbres scénaristes ont fondé les studios Ghibli : l'un est Miyazaki, réalisateur du Château dans le ciel, du Voyage de Chihiro et l'autre est Takahata, réalisateur du Tombeau des lucioles, des Voisins les Yamada. Chez Miyazaki, les dessins sont merveilleusement beaux, majestueux comme dans les fables écologiques Princesse Mononoke ou Nausicaa la vallée du vent. Pompoko traite exactement du même sujet mais sur un ton joyeux, farcesque à travers la vie de Tanuki. Ces derniers sont des sortes de divinités capable de se tranformer pour certains.

© by Ghibli 

Pour lutter contre l'invasion des humains et des promoteurs qui déforestent leurs habitats, les tanuki décident d'aller chercher les sages pour les aider. Pendant ce temps, deux clans se forment : ceux qui souhaitent combattre agressivement les hommes et ceux qui agissent d'une manière plus indirecte. On assiste donc à un défilé d'ectoplasmes, à des gags pour effrayer les humains mais rien n'y fait ! L'urbanisation galopante se poursuit...

Malgré le pessimisme du message, l'auteur arrive à nous faire rire de ce problème sérieux et à nous faire réfléchir sur le respect de la nature. Ce qui frappe dans ce film d'animation, ce sont les changements d'esthétiques : parfois, les tanuki sont représentés de manière réalistes à d'autres moments, ils sont stylisés. Malgré les déboires des tanukis, on rit devant leur comportement burlesque, leur pitreries, leur goinfrerie sans jamais oublier le message écologique... Takahata met aussi en lumière le folklore japonais avec toutes ces divinités et la relation entre les humains et ces créatures : à côté des festifs Tanuki, on retrouve aussi parmi les humains, d'autres dieux cachés comme les renards. Une merveille à découvrir avec un message écologique encore d'actualité !

logo Japon 2021Pompoko de Takahata, Netflix, 1994, 1h59

Participation au Mois du Japon organisé par Lou et Hilde (voir un film de Takahata)

 

 

© by Ghibli

 Sur le web :

Mort d'Isao Takahata, réalisateur du " Tombeau des lucioles "
Cofondateur avec le réalisateur Hayao Miyazaki du studio Ghibli, producteur et réalisateur de films d'animation comme Le Tombeau des lucioles ou Le Conte de la princesse Kaguya, nommé aux Oscars en 2015, le Japonais Isao Takahata est mort jeudi 5 avril à 82 ans.
https://www.lemonde.fr

 

"Totoro" et "Pompoko", vie et mort du Japon rural
Voilà bien longtemps que l'on attendait cette édition de Mon voisin Totoro. Projeté en 1998 dans les salles françaises, dix ans après sa sortie au Japon, le plus exquis, le plus doux des films d'Hayao Miyazaki était resté inédit en DVD.
https://www.lemonde.fr



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31 mars 2021

Soirée pop-corn fims avec une héroïne #6 : ISSN 2607-0006

Présenté au festival de Sundance en 2017, I don't feel at home in this world anymore est à la fois une comédie réjouissante et grinçante. Dépressive et solitaire, travaillant dans une maison de retraite, une infirmière ignorée par les uns, bousculée par les autres, décide d'aller à la recherche de son ordinateur volé, de la vaisselle de sa grand-mère, volée également, et de sa dignité. Elle demande de l'aide à son voisin. Ce dernier, tout aussi solitaire, en apparence inoffensif, a en réalité, un comportement un peu psychotique, n'hésitant pas à lancer ses shurikens à tout moment...

Au fil de la quête de la vaisselle ayant appartenu à son aïeule, notre jeune infirmière est confrontée à des voleurs pathétiques, à un vieillard mercantile, à un flic dépressif... Ces faux durs - la gentille infirmière et le petit voisin emporté sachant manier un ninjaku - se font passer pour des faux policiers mais deviennent des vrais meurtriers et seront involontairement politiquement incorrects en frappant un vieillard au grand scandale de toute la foule présente alors que ce dernier était un escroc. Entre événements amusants et moments spleenétiques, notre banale anti-héroïne ne baissera pas les bras face à l'adversité et aux nombreuses embûches qui se dresseront devant elle. Ce film oscille, avec un parfait équilibre, entre scènes de la vie quotidienne et situations déjantées.

Satire de la société individualiste complètement indifférente aux problèmes des uns et des autres, caricature et parodie de films de gangsters, ce film atypique montre comment une jeune femme réussit à reprendre sa vie en main avec beaucoup d'humour, pas potache, mais mélancolique.

127947176_oI don't feel at home int his world anymore, Macon Blair, avec Mélanie Lynskey, Elijah Wood, David Yow, 2017, 1h33, Netflix

Participation aux soirées pop-corn avec Missycornish (son billet Little Miss Sunshine ici)

 

 

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28 février 2021

Soirée pop-corn films # 5 rétros : ISSN 2607-0006

Voici un film pour notre nouvelle soirée pop-corn films rétros avec Missycornish qui a publié un billet sur Les 7 mercenaires de Fuqua. Alors que le film, en live action, sorti en 2021 a fait scandale, regardons plutôt Mulan produit par Disney.

A l'origine, cette histoire chinoise vraie ( "La véritable histoire de Mulan" sur France culture), montrait une jeune fille barbare déguisée en homme pour partir à la guerre à la place de son père. Disney en a fait une héroïne féministe et chinoise.

La jeune fille déplaît à la marieuse malgré un criquet porte-malheur mais vraiment mignon. Son père, infirme, doit partir à la guerre pour lutter contre l'invasion des Huns mais Mulan décide de se travestir et de le remplacer. Elle est aidée par Mushu, un gardien dégradé de la famille. Arrivée au camp, Mulan se montre plus maladroite que jamais mais elle finit par se comporter de manière héroïque...

Evidemment, Disney a ajoué ses traditionnels ingrédients qu'on aime tant : Mushu, le minuscule dragon, vient divertir le public par ses maladresses. Des chansons viennent ponctuer l'action dont le fameux "comme un homme", sans oublier une histoire sentimentale entre l'héroïne et un général forcément beau et fort.

A l'ère de #MeToo, on appréciera que cette héroïne destinée à se marier et à se taire devant les hommes accomplisse des prouesses, se montre rusée et courageuse. Elle doit trouver sa place dans la société, et la trouvera, mais ce ne sera pas celle que l'on croit. Emotions et rire, un film de l'âge d'or de Disney !

Mulan, Barry Cook et Bancroft,  88 min, 1998, Disney.

Sur le web :

Levée de boucliers contre Mulan, l'héroïne chinoise de Disney
Non contente d'avoir mobilisé contre elle une coalition de militants prodémocratie de Hongkong, de Taïwan et de Thaïlande, la deuxième adaptation de Mulan par Disney, disponible le 4 décembre sur le site de vidéo à la demande Disney+, est dans le collimateur des défenseurs du peuple ouïgour, la minorité opprimée du Xinjiang, où une partie du tournage du film a eu lieu.
https://www.lemonde.fr
Mulan : Disney tente de conquérir le marché chinois, mais à quel prix ?
Le film Mulan de Disney sort ce vendredi en France. Mais pas dans les cinémas, uniquement en streaming sur la plateforme en ligne du groupe. Le Covid et une série de polémiques ont bousculé la sortie de ce blockbuster. Retour sur une œuvre qui raté son objectif : conquérir le marché chinois.
https://www.franceculture.fr

soiree-pop-corn-chez-missycornish-et-maggie-

Participation au soirée pop-corn rétros avec Missycornish

 

 

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11 février 2021

Le médecin de famille de Lucia Puenzo : ISSN 2607-0006

Adapté d'un roman de la réalisatrice Lucia Puenzo, intitulé Wakolda ( 2011), Le médecin de famille fictionnalise une période de la vie de Josef Mengele. Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux nazis avaient fui en Amérique du Sud. Présent quelques années en Argentine, J. Mengele fuit ce pays, dénoncé pense-t-on par Nora Eldoc, une espionne ayant réellement existé.

En Patagonie, une famille rencontre un homme poli et froid, qui va aussi devenir le premier client de l'hôtel dont elle a hérité. Cet homme, soit-disant vétérinaire, s'intéresse de près à leur fille Lilith, qui a des problèmes de croissance. Il décide de lui prescrire un traitement. De même la mère Eva, qui attend des jumeaux, attire l'attention du médecin. Entre-temps, le père Enzo, restaure des poupées et le médecin décide de les fabriquer en série...

Peu d'actions viennent rythmer ce film lent comportant peu d'événements. C'est davantage l'atmosphère qui est travaillée : de magnifiques paysages en plan général permettent d'admirer la Patagonie. Couleurs et photographie de l'image sont absolument magnifiques. Ce décor contraste avec l'ambiance sombre de l'usine dans laquelle on voit les poupées fabriquées. Peu à peu, l'angoisse s'insinue lorsqu'on voit évoluer ce personnage inquiétant s'immiscant dans cette famille, testant ses produits sur la petite fille, s'occupant des jumeaux.

En arrière-plan de ce drame familial, on nous montre une école allemande, dans laquelle travaille Nora Eldoc, une espionne qui a repéré Mengele dans ce médecin. En hors-champ évolue une petite société pro-nazis et on évoque aussi l'arrestation d'Eichman. Ce long-métrage lent et académique aborde donc l'eugénisme ( "Le mélange salit le sang et dévaste la mémoire", déclare le médecin allemand à Lilith) et l'Histoire de manière anecdotique mais il a au moins le mérite de parler d'un sujet peu traité : le quotidien de criminels nazis vivant en toute impunité... Un bonus dans le DVD permet d'écouter la réalisatrice expliquant ses choix, révélant les éléments fictifs...

Le médecin de famille, Lucia Puenzo, 2013, 1h33, avec Alex Brendemuhl, Nathalia Oreiro, Diego Peretti.

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"Le Médecin de famille". WANDA FILMS/SEBASTIAN PUENZO

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26 novembre 2020

soirée pop-corn super-héros # 2 : ISSN 2607-0006

 

Qu'est-ce qu'un héros ? L'exposition virtuelle de la BNF ("Le modèle héroïque" ou "Héros") propose plusieurs héros et super-héros réels, historiques, virtuels, contemporains, littéraires tels que Hercule,  Superman ou Lara Croft. Ils se distinguent tous par leur générosité, leur force de caractère, leur courage, leur altruisme, leur défense de valeurs positives... Ce sont des modèles par leur écrasante supériorité ! Ils mènent des travaux éclatants, des combats épiques. Ces êtres exceptionnels sont un reflet des mentalités de la société.

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Héros, site de la BNF

D'abord apparus dans les Comics, les super-héros envahissent nos écrans à travers le Marvel cinématic universe ou le DCU. Les films Marvel formatés contiennent des nombreuses scènes d'action, des héros positifs et de l'humour. On pense par exemple, à Thor. Pour essayer de gagner un plus large public, on a fait appel à des réalisateurs connus qui réussissent plus ou moins à rajouter une plus-value.

Mais pour se démarquer véritablement, les réalisateurs font échos aux problèmes de la société. On voit donc arriver un film avec un casting entièrement composé d'afro-américains (Black panther, en 2018), ou prenant comme héroïne une femme (Wonder woman en 2017 ou Captain Marvel en 2019)...

Mais cela ne suffit pas. Maintenant, les antoganistes ont aussi leur film ( Jocker en 2019). Les réalisateurs tentent de donner une tonalité plus sombre comme dans Les nouveaux mutants de Josh Boone, ou les remet en cause notamment dans Watchmens (2009) de Zack Snyder ou The boys de E Krypke (2020), ou du moins questionnés dans Origines secrètes de David Galind Galindo ou Incassable de Shyamalan...

Qui sont ces super-héros contemporains ?

demon bear J. Boone a voulu faire un film de supers-héros destiné à un public d'adolescents en les mettant en scène et en jouant la carte de l'horreur. Inspiré d'un comic The Demon bear, Les nouveaux mutants développent l'histoire de 5 jeunes enfermés dans un centre de recherches scientifiques. Quelles sont les peurs de ces ados ? Comment vont-ils s'échapper de ce lieu ?

L'aspect horrifique n'est pas particulièrement remarquable et les problématiques liées à l'adolescence sont plutôt intéressantes mais traitées de manière répétitive. On dirait une juxtaposition de chacune des peurs des personnages. Même si ce n'est pas un mauvais film, ce spin-off de l'univers des X-mens peinent à intéresser avec des sujets peu approfondis...

J. Boone, Les nouveaux mutants, 2020, 1h39, avec Maisie Williams, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton

 

 Le ternissement et le questionnement sur les supers-héros culminent dans The Boys. Prenant le contre-pied des héros marvéliens, le réalisateur de cette série n'hésite pas à montrer sept super-antihéros : à travers la vie d'Annie, la nouvelle recrue de Vought International, plus préoccupée par l'argent que l'altruisme, c'est tout l'héroïsme qui est remis en cause. Cette organisation repose sur pouvoir et la corruption : son but est d'intégrer l'armée grâce à Homelander et ses anti-héros. 

Face aux Boys, Hughie et ses comparses, tente de les traquer et les tuer depuis que A-train, un des sept, a involontairement tué sa petite amie. 

C'est extrêmement violent et pas du tout familial comme un Marvel mais cette série brasse de nombreux problèmes sociétaux comme les agressions sexuelles, la surmédiatisation des héros, le danger de la drogue... Un triste reflet de notre société mais sur un rythme trépidant et avec un certain humour... noir comme ses héros...

The Boys, saison 1 ( 8 épisodes de 55 minutes), série créée par Eric Kripke avec Karl Urban, Jack Quaid, Tomer Kapon, Anthony Starr, Erin Moriarty, Dominique McElligott, Jessie Usher, Chace Crawford

 

 

 

 

 

 

 

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Billet de MissyCornish

Participation aux soirée pop-corn organisées avec Missycornish

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27 octobre 2020

Dracula de Murnau à Moffat : ISSN 2607-0006

Dracula est certainement la créature qui a le plus fasciné les réalisateurs comme le rappelle ce récapitulatif dans l'émission Blow up.

 

La création de Bram Stoker est adaptée dès les débuts du cinéma avec le Nosferatu de Murnau. Le réalisateur allemand, n'ayant pas

838_nosferatu_le_vampire_1922_de_friedrich_wilhelm_murnau_c_friedrich_wilhelm_murnau_stiftung_les droits du roman, a d'ailleurs changé sensiblement l'histoire mais l'a génialement mis en scène. Musique et cadrages inventifs créent une atmosphère surnaturelle renforcée par l'esthétique expressionniste avec ses jeux d'ombre. Même sans parole, le Dracula de Murnau paraît terrifiant et puissant, que ce soit dans son sinistre château ou dans la ville de Brême. 

C'est certainement le film où Dracula semble le mieux incarner le mal, sans nuance, apportant la peste dans la ville de Brême. Son apparence y est bestial, lié aux germes de la peste qu'on peut voir dans une scène centrale.

Murnau, Nosferatu, 1922

 

Quant au film de Coppola, il est tout aussi esthétique. Visuellement somptueux, cette très belle adaptation baroque commence par un théâtre d'ombres et se poursuit par l'histoire de Dracula telle que la raconte Bram Stoker. Le réalisateur est resté fidèle au roman de l'auteur anglais. Cependant, il y a ajouté une histoire d'amour tragique, par delà le temps entre Dracula et Mina.

Certes, les acteurs surjouent (comme Van Helsing riant aux éclats comme un possédé) créant des scènes à la limite du grotesques (avec un vampire avec la perrruque la plus improbable qu'on puisse voir) mais Coppola a su faire des transitions incroyables, des surimpressions, des jeux d'ombres extraordinaires. Ce n'est pas pour rien que le film a eu une kyrielle de prix récompensant les costumes, le maquillage, les décors... S'inspirant du film de Murnau et de l'expressionnisme, il a réussi à immortaliser notre fameux vampire en le métamorphosant en personnage de "romantisme noir".

Dracula, Coppola, 1993, 2h35, Keanu Reeves, Winona Ryder, Gary Oldman

dark-shadows-mephistophelesLes vampires semblent un sujet inventé pour Tim Burton. Cette créature sinistre convient parfaitement à l'esthétique gothique du réalisateur de Sleepy Hollow.

Que ferait un vampire dans le monde moderne du XXeme siècle ? Barnabas, vampire enterré par Angélique, une amoureuse éconduite, permet à Burton d'exploiter une veine parodique en jouant du décalage entre le personnage issu du XVIIIeme siècle et les années 1970. Cela donne une scène amusante dans laquelle notre vampire découvre le vrai visage de Méphistophélès (photogramme) mais pas davantage. Le réalisateur a su créer un sinistre décor mais ce n'est pas le meilleur film de Burton, ni de Johnny Depp qui cabotine allègrement.

Dark Shadows, Burton, 2012, Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, 1h52

 A force de vouloir renouveler les codes et les topoï, Moffat n'a pas réussi à nous captiver avec sa mini série de 3 épisodes diffusée sur Netflix. Et sans rapport les unes avec les autres. Le premier épisode est sans doute celui qui se rapproche le plus de la légende. Harker arrive dans le château du comte et y découvre le vampire. Ensuite, la traversée en bateau vers l'Angleterre se transforme en whodonit : les marins cherchent à trouver le coupable d'horribles meurtres. Quant au dénouement, le vampire est confronté à la modernité.

Quelques inventions, comme le renouvellement de la figure de Van Helsing, la réflexion sur le mythe du vampire lui-même, ne réussissent pas à dépoussiérer le monstre peu convaincant dans cette version et des dialogues insipides... Une adaptation ennuyeuse et décevante.

Gageons toutefois que le mythe n'est pas encore enterré...

Dracula, Moffat, 2020, Netflix, 3 épisodes, avec Claes Bang, Dolly Wells, Olivia Klein.

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Challenge Halloween organisé par Hilde et Lou.

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07 octobre 2020

Blanche-Neige et le chasseur de Rupert Sanders : ISSN 2607-0006

20140118Il était une fois un conte sans cesse adapté : Blanche-Neige. Il apparaît en 1810 dans la première édition manuscrite du recueil des frères Grimm. Un méchante marâtre veut tuer sa belle-fille, plus belle qu'elle, mais le chasseur, qui doit la tuer, a pitié d'elle et la laisse vivre...  Chacun connaît la suite, avec la rencontre des sept nains, les ruses de la reine pour se débarrasser de Blanche-Neige, son sommeil et enfin l'arrivée du prince charmant.

Blanche-Neige © Netflix

Marthe Robert, dans sa préface des Contes de Grimm, qualifie ce type de récit "d'éducation sentimentale"* et Bruno Bettelheim - dans Psychanalyse des contes de fées - ne dit pas autre chose, au-delà de son analyse freudienne : "ces épreuves encouragent l'enfant à ne pas se laisser démonter par les difficultés qu'il rencontre en luttant pour devenir lui-même" (p. 300).

Après la version édulcorée de Disney, où tout le monde chante joyeusement à tue-tête, voici la version gothique du conte. Les mêmes personnages sont repris mais métamorphosés en personnages de dark fantasy. La marâtre est une véritable sorcière horrifique, faisant apparaître des monstres. Quant à Blanche-Neige, elle ne porte ni robe ni cheveux bien coiffés mais une armure, l'oeil charbonneux et combat des trolls. Elle n'a plus besoin de prince charmant pour se délivrer du sortilège et fait preuve de courage en menant une armée dans un combat épique.

La magie n'opère pas complètement tant les choix semblent guidés par des goûts commerciaux : l'héroïne est incarnée par Kristen Stewart connue pour son rôle principal dans Twilight -, les sept nains et le château semblent tout droit sortis du Seigneur des anneaux (2001) et les intrigues autour de la couronne, ainsi que les combats ne sont pas sans évoquer Games of throne. Le décor de la forêt et l'armure portée par l'héroïne font penser à Alice aux pays des merveilles de Tim Burton(2010). Ce n'est pas un navet mais ce long-métrage manque cruellement d'originalité...

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Blanche-Neige et le chasseur de Rupert Sanders, Netflix, 2h, avec Kristen Stewart, Charlize Theron, Chris Hemsworth, Ian McShane et Sam Claflin

* Grimm, Contes, Folio, France, Décembre 1997, 145-157 p.

Bettelheim Bruno, Psychanalyse des contes de fées, France, septembre 1999, Pocket, 293-323.

Sur le web : Luciani Noémie, "Blanche-Neige et le chasseur : une Blanche-Neige héroïque pour jeunes filles modernes", Le monde, mis en ligne le 12 juin 2012. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2012/06/12/blanche-neige-et-le-chasseur-une-blanche-neige-heroique-pour-jeunes-filles-modernes_1717076_3476.html

Colombani Florence, "Blanche-Neige et le chasseur - remake hollywoodien", Le point, mis en ligne le 11 juin 2012. URL : https://www.lepoint.fr/cinema/blanche-neige-et-le-chasseur-remake-hollywoodien-11-06-2012-1472053_35.php

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Blanche-Neige et le chasseur © Netflix

20 septembre 2020

La description du monde de Marco Polo : ISSN 2607-0006

Marco poloCe récit de voyage relate les pérégrinations de Marco Polo le long de la route de la soie : découpés en petits chapitres, longs d'une page à peine parfois, le voyage commence avec celui de l'oncle et du père de Marco Polo. Ce dernier a déjà 15 ans lorsqu'il rencontre pour la première fois son père.

De manière factuelle, le célèbre voyageur vénitien écrit sobrement les ambassades données, les volontés du grand khan, décrit les pays traversés. Si l'on n'est pas familier de l'Asie centrale, quatre cartes situées à la fin du livres permettent au lecteur de suivre les voyageurs et de nombreuses notes de bas de page indiquent les erreurs de dates - Marco Polo écrit ce livre à la fin de sa vie dans une prison à Venise ce qui explique les oublis ou les erreurs - et les noms actuels des villes traversées par le célèbre marchand. 

On découvre aussi un esprit curieux, instruit. Il tente de rétablir la vérité sur certains éléments culturels comme l'existence de la salamandre ou explique le système monétaire instauré par Koubilaï Khan. A d'autres moments, il raconte des anecdotes entendues qu'il ne remet pas en cause alors qu'il démythifie les licornes par exemple : "Andaman est une île très grande. Les gens n'y ont pas de roi, ils sont idôlatres et sont de vraies bêtes sauvages. J'ajoute que tous les hommes de cette île d'Andaman ont une tête de chien, les dents et les yeux aussi ; leur visage ressemble tout à fait à celui de grands mâtins." (p. 293).

Le livre repose sur une structure extrêmement répétitive (l'auteur énumère toujours les religions, la langue, la monnaie utilisée, le nom du roi etc... pour chaque ville) et fastidieux à lire tant les connaissances s'accumulent. Ce qui est surprenant, c'est l'admiration qu'il voue au grand khan à une époque où les Mongols étaient considérés comme des barbares aux yeux des Européens.

Le voyage de Marco Polo a été très joliment et romanesquement adapté par John Fusco : les faits historiques sont globalement respectées mais le réalisateur a eu soin de multiplier les intrigues amoureuses et politiques pour rendre palpitantes les aventures du jeune homme sur les terres du grand khan. On suit donc les événements de son point de vue : comme ce qui est relaté dans la Description du monde, une guerre va naître entre Koubilaï Khan et son neveu Caïdou.  Les nombreux fils du grand khan complotent et des intrigues sentimentales complètent la tableau. Les déplacements de Marco Polo nous font entrevoir la culture mongole et de somptueuses scènes.

La photographie est très belle et le jeux des acteurs convaincants. Malheureusement, de nombreuses scènes paraissent répétitives comme les soirées autour des yourtes, des combats d'arts martiaux, les convocations du marchand vénitien devant Koubilaï Khan... La caméra traîne souvent sur des visages et le rythme est bien lent malgré tous les rebondissements inimaginables et incalculables comme des trahisons, des meurtres, des mises à mort, des mariages...

Malgré toutes ses qualités, cette série historique n'est pas entièrement une réussite. Peut-être que l'enchevêtrement des intrigues secondaires singeant celles de Game of thrones ralentisse le rythme de la série ou la pléthore de personnages ne permet pas qu'on s'attache aux protagonistes trop nombreux, notamment à Marco Polo, bien silencieux souvent et peu prompt à l'action. Au moins, elle a le mérite de rendre accessible et vivant le livre de Marco Polo mais il n'y aura pas de troisième saison, comme l'indique l'article de Caroline Madjar dans le 20 minutes, pour cette remarquable série historique.

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Marco Polo © Netflix

Polo Marco, La description du monde, Livre de poche, France, Janvier 2012, 406 p.

Marco Polo de John Fusco, saisons 1 et 2, Netflix, 2014, avec Lorenzo Richelmy, Benedict Wong, Chin Han

Sur le web : Langlais Pierre, "Marco Polo pose ses valises sur netflix : luxueux mais longuet", Télérama, mis en ligne le 12 décembre 2014. URL : https://www.telerama.fr/series-tv/netflix-presente-les-aventures-sedentaires-de-marco-polo,119866.php

Marco Polo (rediffusion de l'émission du 6 octobre 2012)
Une émission de Matthieu Garrigou-Lagrange , réalisée par Anne Sécheret Le récit de Marco Polo débute dans une prison de Gênes où on l'a enfermé. Avec lui, se trouve l'écrivain Rusticien de Pise, à qui il dicte le Devisement du monde, récit de ses aventures sur les routes de Chine.
https://www.franceculture.fr

 

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16 septembre 2020

Itaewon class de Gwang Jin : ISSN 2607-0006

optimizeAdapté d'un webcomic, Itaewon class de Gwang Jin est une série coréenne de 16 épisodes se démarquant des autres K-dramas. Pourquoi ? Certes, certains clichés restent présents comme des triangles amoureux, des moments émotionnellement forts, des embûches sans nombre qui se dressent devant le héros et d'invraisemblables coincidences, mais tous ces stéréotypes sont atténués par le jeux des acteurs moins outranciers que ce que l'on peut voir habituellement dans les autres K-dramas et l'intrigue semble beaucoup plus vraisemblable sans amant venu des étoiles, d'une autre dimension temporelle...

Voici quelques raisons (oui, car une liste de 1000 raisons serait trop longue à faire et à lire) pour lesquelles vous devez regarder Itaewon class qui raconte l'ascension de Saeroyi : le héros est renvoyé de son lycée car il a frappé le fils d'un dirigeant d'une grande chaîne alimentaire, Jang Dae-Hee. Son fils est ensuite responsable de la mort du père de Saeroyi mais il cache son délit de fuite grâce à son père. Saeroyi fait de la prison pour avoir tenté de tuer le fils de la famille Jang mais il décide de se venger en devenant plus riche et plus puissant que la famille Jang...

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Itaewon class © Netflix

1. On ne s'ennuie pas dans cette série où dans un seul épisode, le père du héros meurt et ce dernier, Saeroyi, rencontre son premier amour et se fait renvoyer de son lycée et le lycéen le plus riche de la ville devient son ennemi pour la vie. Rien que ça ! Et ce n'est que le premier épisode... Imaginez la suite, il y a même des enlèvements ! 

2. Aucun des personnages principaux n'est une K-pop idol (contrairement à Hello Monster, où joue D. O., chanteur de EXO ou My only love song où le rôle principal est attribué à Lee Jong Hyeon, ex-chanteur de CNBlue) mais tous sont jeunes, beaux et courageux. On a juste envie de vendre un rein pour être aussi fashion qu'eux, avoir de pareils amis et un patron aussi intègre et tolérant !

3. La photographie est superbe, la ville est superbe et les acteurs sont superbes ! Il y a trop de répétitions de "superbes" dans une seule phrase mais on ne peut pas faire autrement.

4. Itaewon class ne parle pas seulement d'une histoire de vengeance, de réussite sociale et de romance mais il aborde aussi des problèmes sociétaux comme le racisme et l'identité sexuelle. C'est le K-drama parfait.

5. Si vous êtes un K-pop addict, vous pouvez entendre V de BTS chanter Sweet Night, entendre Live de Gaho ou Someday the boy de Kim Feel... et si vous n'êtes pas un K-pop addict, vous le deviendrez forcément.

6. Vous serez certainement émotionnellement touchés par autant de scènes dramatiques : mort du père, amour impossible du héros, amour à sens unique de l'héroïne Yi-Seo ou de son meilleur ami. Le père trahit son fils et les employées trahissent leur patron etc... etc... On pleure beaucoup, même en ayant un coeur de pierre et un rire de hyène comme Dae Hee Jang.

Itaewon class, de Gwang Jin, Netflix, 16 épisodes d'une heure, 2016, avec Park Seo-Joon

Challenge coréenSur le web : Juraver Sénami, "Itaewon class, la série qui dénonce les discriminations", Le point, mis en ligne le URL : https://www.lepoint.fr/afrique/itaewon-class-la-serie-coreenne-qui-denonce-les-discriminations-14-06-2020-2379803_3826.php

participation au challenge coréen de Christie.

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Itaewon class © Netflix

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09 septembre 2020

Zone blanche de Mathieu Missoffe : ISSN 2607-0006

 

Lorsqu'on commence la série franco-belge Zone blanche (saison 1), on pense visionner une série policière lambda avec le quotidien des gendarmes, des enquêtes mystérieuses. Cependant, assez rapidement, on se rend compte que la forêt - et un étrange loup - devient un personnage capital de la série et l'humour vient atténuer l'atmosphère sombre et glauque des investigations.

Les drames s'accumulent à Villefranche avec la disparition de la fille du maire, Marion, et la découverte d'un cadavre pendu dans la forêt. Le major Laurène Weiss mène les recherches tout en luttant contre une criminalité digne des polars norvégiens. A l'équipe du major s'ajoute un procureur aux allergies improbables, ayant une grande connaissance de L'Enfer de Dante dans lequel il se croit plongé, à juste raison, et à l'ironie mordante.

Outre, la disparition de Marion, les enquêteurs doivent faire face à des drogués, à des enlèvements d'enfants (ce qui donne des répliques teintées d'absurdité : "auriez-vous perdu un bébé ?", demande la stagiaire, qui se fait harceler par des corbeaux, lors de ses appels téléphoniques), des fermiers tueurs, des pyromanes, Maître chanteur, des violeurs... En somme, "un vrai conte de fée", comme dirait le procureur. Et c'est sans compter les difficultés que rencontrent les gens de la bourgade : fermeture d'usines, corruption du maire, imbroglio amoureux entre le maire et le major, organisation secrète...

Bienvenue à Villefranche :

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Zone blanche © Netflix

Au fil des épisodes, on peut admirer la très belle photographie et les magnifiques plans sur la forêt brumeuse, qui prend des dimensions fantastiques, et où la mythologie celte est très présente. Autre atout de cette série, ce sont les sarcasmes et l'ironie du procureur qui rendent savoureux les dialogues : alors que les gens tirent sur les employés de télécom pour empêcher la dernière cabine de la ville d'être enlevée ou que les mamies défendent à coups de fusil leur major, notre procureur parle de "charmante petite ville".

Enfin, de nombreuses références au cinéma de genre empêchent les spectateurs de s'ennuyer : "c'est psychose, la baraque", déclare un des gendarmes en découvrant une vieille ferme dans laquelle se trouve... des animaux empaillés. Mais on peut tout aussi bien penser à des règlements de compte de western ou à la sorcière de Blair Witch avec une imitation de found footage... Zone blanche est une très bonne série à poursuivre et la saison 2 est déjà disponible sur la plateforme Netflix...

Zone blanche de Mathieu Missoffe, saison 1, 8 épisodes d'1h, Netflix, 2017, avec Suliane Brahim, Camille Aguilar, Laurent Capelluto

Sur le web : Poite Isabelle, "Qu'est-ce qui se cache dans les sous-bois de zone blanche ?", Télérama, mis en ligne le 10 avril 2017. URL : https://www.telerama.fr/television/qu-est-ce-qui-se-cache-dans-les-sous-bois-de-zone-blanche,156203.php

Perrin Elisabeth, "Un casting de talent sur France 2", Le Figaro, mis en ligne le 10 avril 2017. URL : https://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/zone-blanche-un-casting-de-talents-sur-france-2_7a74bfe0-1b94-11e7-8e12-1180ce5d82c7/

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Zone blanche © Netflix

Posté par maggie 76 à 08:36 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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