25 mars 2019

Ave César ! des Cohen : ISSN 2607-0006

AVE CÉSAR Bande Annonce VF (2016)

Après la parodie de film d'espionnage dans Burn after reading, les frères Cohen s'attaquent au film noir et plus globalement aux films hollywoodiens des années 50 : Eddie Mannix dirige les studios Capitole à Los Angeles et gère les problèmes de la vie personnelle des stars, de choix de casting... et d'enlèvement d'acteurs.

"L'usine à rêve" : ces deux mots antonymiques subsument l'univers des films hollywoodiens. Ave César ! n'est pas une simple parodie mais les mises en abyme permettent de montrer comment sont tournés les films et on assiste donc aux tournages de péplums, de films avec scènes aquatiques, de westerns... Dans les années 50, concurrencés par la télévision, les studios doivent opter pour des films à gros budgets et que ce soit dans l'image des acteurs ou que soit celle des films, ils cherchent à renvoyer une vision époustouflante du monde cinématographique. Et ces pastiches sont de véritables réussites, avec un George Clooney qui cabotine à merveille !

"C'est une histoire sans fin car son histoire est écrite dans une lumière éternelle" :  Ave César ! n'est pas un simple exercice de style, bien que les séquences semblent parfois juxtaposées sans trop d'effort de raccord, mais propose une réflexion sur les finalités de cet art.  Lorsque la voix off commente le film que nous regardons, nous constatons qu'un parallèle est tissé entre la religion et le cinéma, redoublé par de nombreuses allusions à la foi. Le cinéma permet-il de se rapprocher du bien et de la vérité. S'apparente-t-il à une forme de religion ? La politique, dans son lien avec le cinéma, n'est pas négligée avec l'intervention d'un groupe de communistes et avec les valeurs occidentales véhiculées dans les diverses parodies. Un bon film des Cohen !

Ave César !, d'Ethan et Joel Cohen, 2016, Netflix, avec George Clooney, Scarlet Johansson, Josh Brodin

Sur le web : Guichard Louis, Avé César, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/ave-cesar,500609.php

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18 mars 2019

La neuvième vie de Louis Drax d'Alexandre Aja : ISSN 2607-0006

The 9th Life of Louis Drax (Jamie Dornan, Aaron Paul, Sarah Gadon, Aiden Longworth)–Official Trailer

La neuxième vie de Louis Drax mêle plusieurs influences pour créer un film prenant même s'il reste en dessous de certains modèles du genre comme Le labyrinthe de Pan de G. del Toro ou Quelques minutes après minuit de Bayona. Ce long-métrage est l'adaptation d'un livre de Liz Jensen.

Débutant de manière burlesque, la voix off de Louis, un petit garçon, narre comment plusieurs accidents ont failli lui coûter la vie. A huit reprises, il a frôlé la mort ! Electrocution, chute, accidents ont jalonné sa vie. Lors de son anniversaire, il tombe d'une falaise et son père disparaît, ce qui le rend suspect aux yeux de la police. Tombé dans le coma, sa mère veille sur lui, de même qu'un neurologue (incarné très platement par Jamie Dorman, qui semble devoir jouer toujours le même type de rôle). Des flash-back de la vie de Louis finissent par reconstituer les évéments dramatiques. Le père de Louis est-il un assassin ?

 A la fois hitchcokien - cette fois-ci, ce n'est pas une femme qui disparaît mais un homme - et fantastique, le scénario parvient à bien allier ces deux éléments à l'enquête policière. Si l'on peut faire un rapprochement avec les films de Guillermo del Toro et J. A. Bayona, c'est parce que le monstre n'est ici que la métaphore des peurs de l'enfant, qui n'arrive pas à surmonter un drame. Il incarne à la fois l'imaginaire enfantin et un traumatisme.

Scénaristiquement bien construit, la tension ne retombe jamais. Sous des dehors de conte fantastique, La neuxième vie de Louis Drax cache des aspects plus profonds qu'il n'y paraît et aborde un domaine psychologique intéressant.

La neuvième vie de Louis Drax, Alexandre Aja, Netflix, 2017, 1h48, Aiden Longworth, Jamie Dornan, Sarah Gadon.

Sur le web : Douaire Samuel, " La neuxième vie de Louis Drax" d'Alexandre Aja : terrifiant et merveilleux" Télérama, mis en ligne le 24 juin 2017. URL : https://www.telerama.fr/cinema/la-9e-vie-de-louis-drax-d-alexandre-aja-terrifiant-et-merveilleux,159907.php

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11 mars 2019

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve : ISSN 2607-0006

BLADE RUNNER 2049 Bande Annonce VF (Nouvelle // 2017)

Faire une suite à Blade runner ? Etait-ce utile ? La suite n'est qu'une pâle copie du film de Ridley Scott : un blade runner, l'officier K, est chargé de tuer des Nexus VIII, des androïdes de nouvelle génération qui se rebellent contre l'être l'humain. Lors d'une de ses missions, l'officier K découvre une malle enterrée avec des ossements. Cela l'amène à des découvertes qui vont intéresser la Wallace entreprise, qui fabrique les androïdes.

Visuellement impeccable avec une ambiance de fin de monde glaciale, où tout est minimaliste, comme les dialogues, Villeneuve developpe tant bien que mal ( et plutôt mal) une enquête où tous les événements tirent en longueur, sans nécessité : la révolte des "réplicants" est évoquée puis oubliée, de même que les projets de la Wallace entreprise dont on voit le directeur, à deux reprises, mais qui est bien vite délaissé. Alors que les enjeux du transhumanisme se font plus présents de nos jours, le film se contente de développer une atmosphère mélancolique.

Simple copie de Blade runner, on retrouve les scènes iconiques du film du réalisateur d'Alien le huitième passager, comme le repas dans un quartier populaire, la mort d'un androïde non pas en slip sous la pluie, mais en manteau dans la neige ( et évidemment sans dialogue métaphysique), l'oeil s'ouvrant initiant le film... Dans cet interminable long-métrage, on peut voir des acteurs jouant mal, ayant une ou deux expressions à leur disposition, voire aucune ( Jared Leto ou Harrison Ford). On cherche les enjeux mais il semblerait qu'il n'y en ait pas. Une suite commerciale ? Que de lenteur ! Que de vide !

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve, avec Harrison Ford, Ryan Gosling, 2017, 2h44

Autres films : Premier contact, Incendie, Enemy, Prisoners

Sur le web : Dasola

Morice Jacques, Blade runner 2049, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/blade-runner-2049,511409.php

No ciné. "Blade Runner 2049, réplicant sans répondant".

Débat sur "blade runner 2049", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

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05 mars 2019

Burning de Lee Chang-Dong : ISSN 2607-0006

BURNING (2018) Official US Trailer | Steven Yeun Movie

Adapté d'une nouvelle de Murakami, qui transpose un roman de Faulkner ( Barn burning), Burning  dévoile la vie de Jongsu, un jeune coursier qui souhaite devenir écrivain et qui admire Faulkner. Il tombe amoureux de Haemi, une jeune femme qui a été sa voisine dans l'enfance. Mais celle-ci part en Afrique et lui demande de venir nourrir son chat. Elle revient accompagnée d'un riche jeune homme, Ben, le Gatsby coréen. Peu après, Haemi disparaît. Ben prétend ne plus avoir de ses nouvelles. Qu'est devenue Haemi ?

Avec les influences littéraires citées, on s'attend évidemment à un flou entre la réalité et le rêve (Murakami) ou à un univers non perceptible entièrement (Faulkner). La première partie avant le départ de la jeune femme est ancrée dans le quotidien et on découvre progressivement la vie de Jongsu dans un monde rural, à la frontière de la corée du Nord. Il ne s'y passe pas grand chose. En revanche, après sa disparition, Jongsu suit Ben et peu à peu, on se met à douter des faits : le chat de Haemi existe-t-il ? Est-ce le même que celui de Ben ? Ce dernier brûle-t-il des serres pour s'amuser ? Des montages cut montrent Jongsu en train de dormir après certains évémements : ce que nous percevons, est-ce la réalité ?

Toute la première partie manque un peu de rythme, ce qui provoque l'ennui. Cependant, elle semble nécessaire pour comprendre la deuxième partie : le banal contraste avec une réalité qui se délite, dans un entre-deux où le film s'installe, symbolisé par de nombreux passages crépusculaires. Un film où le mystère reste entier et qu'on apprécie qu'une fois les dernières minutes visionnées... Dans le livret de 24 pages qui accompagne le DVD, on peut lire un article de François Bégaudeau et un entretien de Didier Péron (Libération) avec le réalisateur, qui laisse toute l'opacité du film.

Burning de Lee Chang-Dong, (2h28), Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Yun Jong-seo, 2018.

Sur le web : Mandelbaum Jacques, "Burning", un trio brûlant dans une Corée de cendre", Le monde, mis en ligne le 28 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/08/28/trio-brulant-dans-une-coree-de-cendres_5346863_3476.html

Le masque et la plume. 2018. "Les critiques du "Masque" enthousiasmés par "Burning" de Lee Chang-Dong". Animée par Jérome Garcia. Diffusée 7 septembre 2018.

Morice Jacques, “Burning” : c’était notre Palme d’or au dernier Festival de Cannes, Télérama, mis en ligne le 29 août 2018. URL : https://www.telerama.fr/cinema/burning-cetait-notre-palme-dor-au-dernier-festival-de-cannes,n5780944.php

Kaganski Serge, "Cannes 2018 : "Burning" de Lee Chang-dong, autre sérieux postulant à la Palme", Les Inrockuptibles, mis en ligne 17 mais 2018. URL : https://www.lesinrocks.com/2018/05/17/cinema/cannes-2018-burning-de-lee-chang-dong-autre-serieux-postulant-la-palme-111084154/

Débat sur "Burning", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

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26 février 2019

At Eternity's gate de Julian Schnabel : ISSN 2607-0006

AT ETERNITY'S GATE (2018) - Official HD Movie Trailer | Media Hub

At Eternity's gate montre les dernières années de la vie du peintre Vincent Van Gogh. "Montrer" est bien le mot puisqu'il est beaucoup question de la vision du monde selon le peintre, de sa conception de la création, de la beauté, et de la vision d'un cinéaste aussi. On voit donc le peintre quitter Paris pour Arles. Il vit quelques temps avec Gauguin, puis fréquente le docteur Gachet. Admis plusieurs fois dans des asiles, l'artiste est incompris, isolé et affaibli. Sa peinture, peu appréciée de son vivant, semble reconnue lors de l'exposition des Indépendants.

"Le monde reste un mystère"

Enfin un biopic qui sort de l'académisme habituel ! "L'état frénétique" dans lequel était le peintre pour créer est reproduit par les mouvements de la caméra. Souvent, les plans sont filmés caméra à l'épaule, non pas dans un but documentaire, mais pour reproduire le regard subjectif du protagoniste. Les tourments du peintre sont rendus par ces mouvements de caméra rapides, parfois étranges : pourquoi filmer les chaussures prises comme modèle avec un cadre à l'horizontal ? pourquoi passer à du noir et blanc comme un négatif quand Vincent Van Gogh peint ? Mais globalement, les choix de cadrage permettent un immersion dans la nature, épousant les sensations du peintre. Les plans d'ensemble montrent une grande intensité des couleurs de la nature, voire parfois, étrangement avec des filtres jaune ou bleu, mais qui renvoient à l'intensité des coloris des tableaux du peintre. Nommé aux oscars dans la catégorie "meilleur acteur", Willem Dafoe incarne génialement ce peintre tourmenté et maudit. Un film sensoriel, atypique et esthétique sur l'art et le génie de Vincent Van Gogh !

At Eternity's gate, de Julian Schnabel, Netflix, avec Willem Dafoe, 1h51, 2019

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Extrait de la bande-annonce « At Eternity's Gate » © YouTube/CBS Films

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12 février 2019

Wonder Woman de Patty Jenkins : ISSN 2607-0006

WONDER WOMAN Nouvelle Bande Annonce VF film 2017

Première héroïne icônique du DC universe, Wonder Woman est réalisé par la première réalisatrice de blockbusters adaptés de comics, Patty Jenkins. Ce long-métrage (voire très long) raconte les origines de Diana, sur l'île idyllique des Amazones. Avec l'arrivée de soldats de la Première Guerre Mondiale, Diana va être confrontée à la noirceur des hommes. Comme la plupart des films de super-héros, le message est simpliste : Diana veut protéger le monde grâce à un message d'amour, à sa foi dans l'humanité et dans l'amitié. 

Le film souffre de quelques longueurs, notamment dans l'exposition et dans les batailles finales très numériques et très dispensables. On n'échappe pas, non plus, à la sempiternelle histoire amoureuse et aux personnages manichéens, notamment dans le choix des méchants.

Le film a-t-il un autre enjeu que le grand divertissement offert par le DCU ou Marvel ? Si on ne peut pas qualifier l'héroïne de féministe car elle ne revendique aucun droit pour les femmes, Jérémie Maire rappelle dans son article " Wonder Woman, icône féminisme de 75 ans, devient ambassadrice de l'ONU" que le créateur de Wonder Woman, Marston, a été influencé par les suffragettes : "Promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre les idées que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes". Ainsi, dans l'univers très masculin des super-héros, celui du contexte de l'histoire de 14-18, ou de notre société patriarcale, de montrer une femme intrépide, forte, courageuse et plus déterminée que les hommes, dans des séquences montrées au ralenti pour mieux la mettre en valeur, n'est pas complètement vain.

Wonder Woman de Patty Jenkins, 2h21, avec Gal Gadot, Connie Nielsen, Robin Wright.

Sur le web : Mury Cécile, " Wonder Woman" en icône humaniste et féministe, ça change de l'objet sexuel", Télérama, mis en ligne le 7 juin 2017. URL : https://www.telerama.fr/cinema/wonder-woman-cette-desirable-icone-humaniste,159224.php

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30 novembre 2018

Inside man de Spike Lee : ISSN 2607-0006

 Inside Man - Bande Annonce

Lorsqu'on commence à visionner Inside man, on pense voir un énième film de braquage de banque. Vous n'aimez pas ce genre ? Surtout, restez devant votre écran. De facto, une première surprise vous attend : une banque est attaquée à Manhattan. Rapidement, on perçoit que ces braqueurs ne sont pas de simples voleurs. Spike Lee a glissé au coeur de son film une autre problématique, bien plus riche, bien plus intéressante...

Une deuxième surprise vous cueillera : l'histoire n'est pas racontée de manière linéaire. Rapidement arrivés sur les lieux, deux inspecteurs, incarnés par Denzel Washington et Clive Owen, doivent faire face à l'ingéniosité des voleurs. Ces derniers ont habillé leurs otages de la même manière qu'eux, les rendant inidentifiables. Ils ne semblent pas assoiffés de sang, ni d'argent. Que sont-ils venus chercher dans cette banque ? Quel est leur objectif ? Mais parallèlement, on voit un défilé de témoins, c'est-à-dire les témoignages des otages, qui devraient se dérouler chronologiqement après. Bref, même déconstruite, la narration nous tient en haleine : comment les braqueurs cachés parmi les victimes du hold-up vont-ils faire sortir leur butin ?

Enfin, dernière belle surprise et non des moindres, Spike Lee n'hésite pas à utiliser tous les types de cadrages, de travelling ( la caméra fait des travellings de gauche à droite pour suivre les allées et venues d'un des braqueurs, marquant par là, la confusion du début des événements, la nervosité du bandit), les témoignages semblent filmées avec des couleurs surexposées, des travellings circulaires mettent en valeur le personnage clé de cette affaire, le directeur de la banque, etc...). La caméra de Spike Lee est particulièrement virtuose et cela confine presque à l'exercice de style, tant les mouvements de caméra se diversifient. Ce hold-up original, filmé de manière ingénieuse, ne fait pas oublier un thème qui semble tenir à coeur au réalisateur, c'est-à-dire les minorités.

Inside man de Spike Lee, Netflix, 2006, 2h10, avec Denzel Washington, Clive Oven, Christopher Plummer, Jodie Foster.

Sur le web : les mouvements de caméra Blow up,

Mandelbaum, Inside man : Spike Lee réalise un gros coup, Le monde, mis en ligne le 11 avril 2006. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2006/04/11/inside-man-spike-lee-reussit-un-gros-coup_760495_3476.html

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24 novembre 2018

Passage des ombres d'Indridason : ISSN 2607-0006

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Dans le dernier opus de La tilogie des ombres, nous nous retrouvons dans deux époques différentes de L'Islande. Comme dans La femme de l'ombre et Dans l'ombre, "la situation" et l'histoire contemporaine sont évoquées en alternance. En effet, cette nouvelle enquête se présente comme une affaire non classée : un vieillard est retrouvé mort dans son lit avec de nombreuses coupures de presse sur une ancienne affaire de meurtre, celui d'une jeune femme morte dans le passage des ombres. Lorsqu'on découvre que ce vieil homme est Thorson, un enquêteur canadien  - qui venait en aide à Flovent dans les deux premiers opus de La trilogie des ombres -, un ancien inspecteur Konrad décide de reprendre l'affaire. Aurait-on assassiné Thorson ? L'affaire du meurtre du passage des ombres étant résolue, pourquoi Thorson continuait-il à être hanté par cette affaire ?

Indridason termine brillamment sa trilogie : enfin, il donne une grande place à l'histoire de l'Islande, non pas comme un historien, mais en créant une atmosphère susceptible de rendre compte ce qu'a été "la situation", notamment pour les femmes islandaises. Trompées et abusées par des Américains, elles vivent une difficile condition. La domination danoise, les légendes populaires, le spiritisme, le comportement des élites, l'occupation américaine prennent de l'ampleur par rapport à l'enquête plutôt simple et laborieusement expliquée dans les derniers chapitrres.

Le récit rend passionnant cette période historique et renoue avec le style des premiers romans de l'écrivain islandais où le contexte historique avait une grande importance comme dans La femme en vert ou L'homme du lac. Les dernières aventures du duo d'enquêteurs sont encore lues avec brio par Philippe Résimond : sur le site vous pouvez écouter un extrait.

Passage des ombres, la trilogie des ombres, tome 3, Indridason, audiolib, texte lu par Philippe Résimont, 8h27

autres romans : Dans l'ombre, La trilogie des ombres, tome 1, Indridason, audiolib.

La femme de l'ombre, La trilogie des ombres, tome 2, Indridason

Hiver arctique, L'homme du lac, Indridason

Le lagon noir, Indridason

Sur le web : Ferniot Christine, "Le passage des ombres, Indridason", Télérama, mis en ligne le 26 avril 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/passage-des-ombres,n5620571.php 

Partenariat Audiolib

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13 novembre 2018

The chase de Kim Hong-Seon : ISSN 2607-0006

 The Chase Korean Movie Trailer

En lisant Première ici, vous pourrez apprendre que Netflix, après Dernier train pour Busan ou Psychokinesis, a acheté de nouveaux films coréens : The chase en fait partie.

Un viel homme acariâtre, Sim Deok-Soo, possédant plusieurs appartements, vient régulièrement harceler ses locataires d'un quartier misérable pour récupérer l'argent des loyers. Il est en outre serrurier. Cet homme brutal et grincheux va pourtant faire deux rencontres qui bouleversent sa vie : une de ses locataires est une jeune étudiante qui donne tout son argent à sa mère malade et qui se montre respectueuse envers lui alors que tout le monde le méprise. L'autre rencontre est celle d'un vieux locataire, un ancien inspecteur de police qui est obsédé par une affaire vieille de 30 ans et qui pense qu'un meurtrier en série a recommencé à tuer. Ce dernier est toujours en contact avec un ancien policier ( Park Pyong Dae) qui est atteint de la maladie d'Alzheimer et qui a vu les yeux du tueur. Malgré lui, notre vieux misanthrope va être embrigadé dans cette enquête lorsque la jeune étudiante disparaît après le meurtre de deux vieillards.

Si l'enquête policière structure l'ensemble du film, ce qu'on retient de ce long métrage, c'est sa dimension comique et sociétale. Le comique provient évidemment de ce duo d'enquêteurs improbables dont l'un a alzheimer et l'autre est misanthrope. On apprend d'ailleurs que Sim Deok-Soo aurait pu être soupçonné dans la première enquête, 30 ans auparavant, mais dans les papiers de l'inspecteur, on découvre qu'il a noté qu'il était trop "bête" pour les commettre, ce qui déclenche la colère de notre irascible anti-héros.

Le réalisateur met aussi en exergue la condition des personnes âgées - qui constituent une grande partie du casting - obligées d'aller manger à la soupe populaire, ou mourant seules dans des misérables logis. Néanmoins, point d'apitoiement, c'est ce même élément qui crée le comique, avec une course poursuite anti-héroïque : on voit, par exemple, notre bougon propriétaire, sur son scooter, poursuivre un jeune mais qu'il n'arrive pas à rattraper alors que ce dernier est éclopé ! Le tout culmine lorsque le vieux Park arrive à mettre au tapis une vingtaine de jeunes qui se moquaient de lui... Ainsi nous retrouvons avec plaisir l'hybridation générique commune aux films coréens.

The chase, Kim Hong-Seon, avec Yun-Shik baek, Chun Ho-Jin, 2017, Netflix, 1h50

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06 novembre 2018

Quelques minutes après minuit de Bayona : ISSN 2607-0006

A Monster Calls : quelques minutes après minuit (VF)

Avant de réaliser le dernier opus de Jurassic world : fallen kingdom, Bayona a fait Quelques minutes après minuit. Cette histoire débute "comme un cauchemar" (au sens propre et figuré) nous dit une voix off : un jeune garçon est réveillé par les images cauchemardesques de sa mère qui meurt engloutie dans un cimetière et qu'il n'arrive pas à retenir. On découvre la vie d'un jeune garçon, Conor O'Malley, qui vit avec sa mère malade et qui est battu par des élèves de sa classe, à cause de sa différence : l'enfant dessine, est rêveur... Et pour cause, il se réfugie dans un monde fantastique où les arbres peuvent se déraciner et parler, voire conter des histoires. L'arbre gigantesque, qu'il voit de sa fenêtre, va prendre vie et lui apprendre par trois fictions la vérité sur sa situation qu'il n'accepte pas.

Quelle montage ! Quelle réalisation merveilleuse ! Les contes narrés sont représentés sous la forme d'animation aquarellée, chacune racontant une histoire qui n'est pas manichéenne. Même les "gentils" ( comme King Kong qu'on entrevoit à la télévision) peuvent mourir. Peuplé de symboles - comme le train, le numéro 6 ou l'arbre - comme l'explique Bayona, dans les commentaires audio, le film nous "donne une idée de la vérité mais pas de la réalité". Ce film rappelle l'esthétique et les idées du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro.

Bayona tisse plusieurs sujets graves tels que le deuil, le harcèlement scolaire, le cancer et la vérité. Cette adaptation du roman de Patrick Ness analyse subtilement des sentiments et un moment de la vie particulièrement difficile, le passage à la vie adulte. En effet, les cadres ( celui des tableaux mais aussi des fenêtres et des portes) se multiplient dans le film, nous permettant de voir le passage des seuils entre le monde de l'enfance et le monde des adultes, celui du réel et de l'imaginaire. Ce merveilleux long métrage présente une grande fidélité au roman de P. Ness, écrit avec des mots simples mais dont la portée symbolique est très riche par la narration des contes. On peut regretter l'absence des illustrations de Jim Kay dans l'édition folio junior ( ci-desous, une de ses illustrations).

En bonus, les commentaires du réalisateur montrent l'envers du décor : très instructifs, les remarques de Bayona nous permettent de connaître les lieux où le film a été tourné, l'émergence de idées pour le choix des dessins, les décisions prises au moment des casting ( Les acteurs, Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver  sont excellents), les hommages cinématographiques... Ses choix artistiques révèlent son attention portée aux détails et aux couleurs, qui entrent en résonance tout au long du film pour créer un réseau de significations mettant en exergue l'importance de l'imagination dans la quête de la vérité. Le réalisateur ne cesse de répéter que le créateur doit "rompre les règles" et c'est ce qu'il a parfaitement réussi dans ce film magnifique. Un film et un livre à découvrir absolument !

Quelques minutes après minuit, Bayona, 2016, 1h48, avec Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver

Quelques minutes après minuit, Ness, Folio junior, 192 p.

Du même réalisateur : Jurassic world : fallen Kingdom

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