08 mars 2012

Cahiers secrets d'une costumière de théâtre de Pascale Bordet : ISSN 2607-0006

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" Etre dans le vent est une ambition de feuille morte" (Maupassant) : Ce sont bien des secrets que nous fait partager la talentueuse Pascale Bordet dans ce magnifique album illustré par ses croquis qui sont tous d'un vif éclat, colorés et raffinés. Etre costumière est très éloigné du métier de styliste : un costume doit vivre non pas le temps d'un défilé mais tout au long des répétitions et des représentations... Il faut donc bien choisir son tissu, utiliser des trucages pour le changement rapide de costume entre deux scènes, que le rendu soit parfait vu de loin... car le costume est un langage qui doit faire vivre un personnage.

Ingénieusement présenté comme une pièce de théâtre, cet album commence par "l'apprentissage", "la création" puis la découverte "des coulisses" et enfin "en scène", avec l'acte I, etc... C'est donc aussi un autoportrait que nous livre cette costumière : entre deux croquis, elle nous raconte son parcours, sa passion pour les tissus,  sa manière de créer, ses relations avec les acteurs... Certains croquis sont plus humoristiques et parlent du destin de ces costumes qui parfois s'abîment et vieillissent : vous pouvez d’ailleurs aller les voir dans l'exposition " L'envers du décor" au CNCS (pour plus d'informations, ici). L'album tisse des citations, des anecdotes, des notes de services... On regrette juste que la dimension technique soit si peu abordée. P. Bordet évoque bien les différentes nuances de couleurs, l'obligation de bien connaître les époques esthétiques... Mais les dessins priment dans l'ensemble. Du reste, de splendides photos côtoient les croquis de la costumière, immortalisant ainsi ses chefs-d'oeuvre.

Cahiers secrets d'une costumière de théâtre, Pascale Bordet, photographie de Laurencine Lot, HC éditions. ici le site de P. Bordet

lu aussi par Eiluned,participation à son challenge album.

Participation au challenge "read me, I'm fashion" de L'Irrégulière.

 

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26 février 2012

Le chapeau de Mr Briggs de kate Colquhoun : ISSN 2607-0006

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"La folie du rail" : A. Christie semblait fascinée par les trains et a placé dans ces lieux clos plusieurs meurtres sauvages... Quant à Zola, s’inspirant d'une histoire réelle, le meurtre de Poinsot par Charles Judd, il écrit La bête humaine. En 1853, un meurtre effroyable ayant lieu dans un train va défrayer les chroniques londoniennes : Le chapeau de Mr Briggs retrace cette histoire réelle qui concurrence la fiction tant les rebondissements et les éléments de l'intrigue sont semblables à ceux de Wilkie Collins et à l'histoire Le secret de Lady Audley d'E. Braddon. Kate Colquhoun fait d'ailleurs de nombreux parallèles entre le roman d'E. Braddon et la mentalité de l'ère victorienne. Quel choc pour les bourgeois "comme il faut" lorsqu'ils apprennent qu'un homme respectable comme Mr Briggs, travaillant à la City et "bon père de famille", sans histoire, se fait assassiner dans le train qui le ramenait tous les samedis rejoindre son tranquille foyer ! La presse évidemment s'empare de l'affaire, en même temps que la police, qui va piétiner un bon moment entre de faux aveux et des vrais pistes... laissées en suspens ! L'horreur est à son comble ! plus personne ne se sent en sécurité.

C'est avec beaucoup de brio que K. Colquhoun recrée l'atmosphère tapageuse de l'East End et l'horreur croissante de la bourgeoisie, tout en faisant allusion à littérature contemporaine de l'affaire - du peuple de Dickens, à La dame en blanc, de Wilkie Collins - et en y insérant habilement de surprenantes phrases très romanesques : "Au-dessus de sa tête le frêle croissant d'une nouvelle lune limpide vibrait entre les nuages". La presse se fait l’écho de cette littérature dite "à sensation": "on crut un moment que l'inspecteur Kerresey poursuivait en chaise de poste un suspect à travers les montagnes d'Ecosse" (p. 82). Mais le réel imite l'art et dépasse la fiction quand on apprend que ce n'est pas dans les montagnes d'Ecosse qu'on poursuit le criminel mais à New York !

Historienne de formation, K. Colquhoun décrit minutieusement la recherche des indices, les témoignages - qui se répètent à la longue - l'affaire judiciaire, le déroulement des séances etc... ce qui nous permet de nous plonger au cœur de l'histoire. Toutefois, la "forêt de noms propres" et le foisonnement des lieux nous laissent étourdis, voire abasourdis. Surtout, ce crime réveille maints problèmes concernant la presse, la sécurité dans les trains et la question de l'abolition de la peine de mort. La dimension historique n'est pas oubliée avec les pressions de la Prusse sur le Danemark, pays de la nouvelle reine, femme d'Edward. Malgré le foisonnement d'informations, ce livre documentaire - il y a un "sentiment d'histoire" selon une expression de Taine - développe de manière extraordinairement passionnante l’atmosphère et les problèmes de l'Angleterre du XIXeme siècle.

Le chapeau de Mr Briggs, Kate Colquhoun, Bourgois, p.458.

Lu aussi par Ys et Alicia

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29 juin 2011

Fragments d'un discours amoureux de Barthes : ISSN 2607-0006

Comme Mythologies ou Le degré zéro de l'écriture, les textes de Roland Barthes sont des réflexions, proche de l'essai mais tout en restant inclassables, surtout lorsque le sujet est aussi vaste que le discours amoureux. A travers 17 chapitres intitulés " Angoisse", " Atopos ", "Insupportable"*... Barthes étudie le comportement amoureux dans des romans célèbres ou des situations courantes. Car comment parler de la jalousie sans parler du narrateur proustien ou quel conte mieux que La bête et la Belle représente la quête de l'amour ?

" C'est donc un amoureux qui parle et qui dit..."

"Altération" : Ainsi pour aborder l'altération de l'image de l'autre dans un couple, selon Barthes, elle se fait par le langage. En prenant l'exemple proustien justement, il montre comment le langage d'Albertine crée une répulsion chez le narrateur. " se faire casser le pot" crée une réaction horrifiée chez Marcel. "Jalousie" : A partir de la définition du Littré, l'auteur analyse le thème de la jalousie dans Les souffrances de Werther, autre grand amoureux de la littérature allemande. L'écriture de Barthes est poétique tout en étant émaillée d'images concrètes : la course amoureuse est comme une course de mouche selon l'auteur ! "Rencontre" : En ce qui concerne la rencontre amoureuse, Barthes évoque le célèbre passage entre Bouvard et Pécuchet où chacun a l'intime conviction de reconnaître et de connaître l'autre...

Les essais se prêtent moins bien à l'écoute pour la simple raison qu'ils demandent beaucoup plus d'attention.  A ne pas écouter donc, en faisant mille choses, et même avec une attention raisonnable, on a tendance à réécouter certains passages. La voix du lecteur est très importante, car si on réagit d'une manière épidermique à certaines voix, on n'a plus envie de l'écouter, ce qui n'est pas le cas de Luchini. En fait, qu'on aime ou qu'on aime pas son timbre de voix, la lecture reste agréable et sa conviction nous entraine dans ce texte hybride dédié à l'amour. Retrouve-t-on le souvenir de nos années enfantines où on se laissaient bercer par la voix de nos parents ? toujours est-il qu'écouter les livres reste de vrais instants de plaisir...

Fragments d'un discours amoureux de Barthes, 1h10, partenariat avec Audiolib.

* Edit du 1/07 : ce sont des extraits, le texte n'est pas intégralement reproduit.

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23 avril 2011

Le Rhin, lettres à un ami de V. Hugo : ISSN 2607-0006

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"L'esprit de tout rêveur chausse les bottes de sept lieues" (préface) : V. Hugo écrit sa première lettre sur son voyage près du "rhenus superbus" en 1838, lors d'un périple avec J. Drouet qui va l'amener jusqu'en Allemagne, puis un deuxième voyage en 1839 l'amène en Suisse. "Que faire sur la banquette d'une diligence à moins qu'on regarde ?", écrit V. Hugo à son ami. Et V. Hugo ne cesse d'observer ce qui l'entoure, il loue la beauté des paysages tout en racontant mille anecdotes anodines, faisant la peinture en mouvement des gens, des villes, de la nature...

Ce qui étonne, c'est que le voyage est plus temporel que spatial : les descriptions de monuments sont souvent austères, précises et techniques. Transepts, absides, nefs, vitraux, rien n'est épargné aux lecteurs. L'évocation d'un nom historique entraine un inventaire aride d'hommes historiques. Citations, listes de noms, de villes, on retrouve dans le style épistolaire l'esthétique de ses romans. Mais la pesanteur des listes érudites est allégée par d'amusantes anecdotes notamment celle de la tradition des pourboires ou elles se font parfois poétiques car "la marche berce les rêves" : " le Rhin lui-même semble s'être assoupi ; une nuée livide et blafarde avait envahi l'immense espace du couchant au levant ; les étoiles s'étaient voilées l'une après l'autre ; et je n'avais plus au-dessus de moi un de ces ciels de plomb où plane, visible pour le poète, cette grande chauve-souris qui porte écrit dans son ventre ouvert: melancholia".

Mais V. Hugo (Une exposition virtuelle est consacrée à V. Hugo sur le site de la BNF) est bien un homme de son temps, le chef de file des romantiques. Son intérêt pour les ruines, les légendes anciennes et le passage du temps sont des thèmes typiquement romantiques. De même, l'importance de la nature ou la dimension fantastique de certaines descriptions, lors de la découverte du tombeau de Hoche, découverte dans le clair de lune à Weiss Thurm, reflètent l'engouement des Romantiques pour l'ailleurs, le surnaturel... Plus il s'approche du Rhin, plus les lignes sont hantées par des présences invisibles, les légendes de la dame blanche, de la tour des rats de Falkenstein...

Baudelaire disait de Victor Hugo ( Réflexions sur quelques-uns des mes contemporains, 1861) : "L'excessif, l'immense sont le domaine naturel de V. Hugo ; il s'y meut comme dans son atmosphère naturel". C'est effectivement des descriptions grandioses qui de dégagent de ces lettres, dépassant largement le cadre d'un simple récit de voyage, avec une évocation de l'histoire passée et présente. Ces lettres nous livrent un beau voyage dans le temps et l'espace, tout en savourant le style si particulier d'un poète, romancier et dramaturge représentatif du XIXeme siècle.

V. Hugo, Le Rhin, lettres à un ami, Le voyage littéraire, François Bourin éditeur, 564 p.

Autres oeuvres : Les travailleurs de la mer, Ruy Blas,

Merci BOB pour ce partenariat ainsi que les éditions François Bourin

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27 février 2011

La vie immortelle d'Henrietta Lacks de Rebecca Skloot : ISSN 2607-0006

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Des milliers d'heures d'interviews, des proches, de la famille Lacks, des recherches d'archives permettent à R. Skloot, journaliste scientifique de retracer le destin extraordinaire de H. Lacks. Mais qui est cette femme ? Peut-être la connaissez-vous sous le nom de HeLa, code de cellules qui ont permis une percée très importante dans le domaine médical comme le séquençage génétique, la fécondation in vitro ? Au-delà de l'aspect scientifique, qui se cache derrière ces cellules ? Tout en décrivant son enquête journalistique dans les années 1990, elle reconstitue la vie d'Henrietta Lacks, dans les années 50 à Baltimore, en période de ségrégation raciale.

Comment ce projet lui est venu ? " Il y a sur le mur, la photo d'une femme que je n'ai jamais rencontré . Le coin gauche est déchiré et recollé au ruban adhésif. Arborant un tailleurs impeccablement repassé, elle regarde droit dans l'objectif et sourit, les mains sur les hanches, les lèvres peintes en rouge vif. Nous sommes à la fin des années quarante et elle n'a pas encore trente ans. Sa peau brun clair et lisse, ses yeux encore jeunes et espiègles, semblent se rire de la tumeur, qui privera ses cinq enfants de leur mère, et bouleversera à jamais le cour de la médecine. Sous la photo une légende indique Henrietta Laks, Helen Lane, Helen Larson". C'est donc une photo anonyme, vu à 16 ans dans un cours de sciences, qui amène l'auteur à s'interroger sur la famille Lacks et à se pencher sur divers problèmes éthiques et sociaux.

Si ces cellules ont permis de grandes découvertes scientifiques, elles sont aussi à la base d'un questionnement moral : pourquoi la famille Lacks n'a eu connaissance de la culture cellulaire qu'en 1973 alors qu'elles étaient étudiées depuis 1951 ? Pourquoi cette famille n'a pas les moyens de payer des frais médicaux alors que la commercialisation des Hela est devenue une industrie qui brasse des millions ? Ce récit soulève aussi des questions d'éthique. D'ailleurs l'histoire des sciences est évoquée avec ses tâtonnements, et ses dérives comme les travaux de l'eugéniste Carrel et le procès Nuremberg. Est-ce que les médecins ont enfreint la loi en prélevant des cellules d'Henrietta sans le consentement de sa famille ?

Parallèlement à l'avancée des recherches scientifiques, Rebecca Skloot, en hommage à cette femme inconnue et oubliée qui a contribué au bien-être de l'humanité, nous trace son portrait tout en narrant ses démarches journalistiques et ses difficultés. Il lui aura fallu dix ans pour écrire ce livre ! Cette enquête passionnante et instructive, qui aborde des thèmes aussi variés que la question des lois raciales, de l'éthique, de la science est aussi un bel hommage à Henrietta Lacks.

La vie immortelle d'Henrietta Lacks, Rebecca Skloot, Calmann-levy, 431p.

Merci à BOB et aux éditions Calmann-levy pour ce partenariat

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03 janvier 2011

Composition française de Mona Ozouf : ISSN 2607-0006

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A quoi fait référence ce titre de composition française ? A la dissertation scolaire, puisque l'auteur revient sur son enfance, mais une enfance où elle a dû composer avec de nombreuses influences. A partir de son enfance à Plouha, au côté d'une grande-mère qui parle breton et d'un père mort jeune mais militant pour la cause bretonne, l'historienne Mona Ozouf s'interroge sur l'interaction entre l'héritage politique, culturel et familial dans la formation d'une identité individuelle.
Refusant le diktat de l'absence de l'historien dans un essai historique, l'auteur revient sur son enfance bretonne pour illustrer son propos : d'une famille bretonnante, elle a été imprégnée de la culture celtique à travers les livres de Chateaubriand, Savignon, Renan, pour ensuite découvrir la laïcité et l'uniformisation imposées par une école laïque. Pourquoi la République impose-telle une langue commune ? Les langues régionales ont-elles un effet néfaste par rapport à l'idée de laïcité ? Peut-on rejeter les héritages familiaux, régionaux ?

Si l'auteur rejette les niaiseries bretonnes, elle affirme que les différentes déterminations peuvent cohabiter ensemble : " Trois pèlerinages, donc, qui résumaient assez bien les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chrétienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l'école dans la raison républicaine. A elle trois, ces croyances composaient ce que j'appellerai volontiers ma tradition". (p. 152).

A l'histoire familiale bretonne, suit une analyse de l'histoire des évolutions des particularités régionales, remontant jusqu'à la Révolution Française. La pluralité des langues et des coutumes menace-t-elle l'unité nationale ? Selon l'auteur," Les Français peinent toujours à reconnaitre la tension entre l'universel et le particulier, présente pourtant dès l'origine au coeur du républicanisme". (p. 220). Elargissant le débat autour des autres "communautarismes", comme la parité homme/femme dans le domaine politique, le port du foulard... A toutes ces questions complexes, Mona Ozouf refuse l'antagonisme ou une vision binaire pour conclure sur l'affirmation suivante : " notre vie est tissée d'appartenances". Original par sa forme, entre essai historique et récit autobiographique, cet essai, posant le problème de la tension entre particularismes régionaux et universel, est toujours d'actualité.

Composition française, Retour sur une enfance bretonne, Mona Ozouf, folio, 270 p.
Merci Bob et folio pour ce partenariat

voici l'avis de Lilly.

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28 décembre 2009

Aphorismes d'Oscar Wilde : ISSN 2607-0006

 

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Les aphorismes d'Oscar Wilde (biographie ici) sont des citations extraites de ses oeuvres, romans ou pièces de théâtre. Souvent contradictoires, comme son auteur aimait à l'être, parfois cyniques, parfois amusantes, les citations de ce recueil sont un véritable florilège qui permet de saisir l'esprit et la pensée d'Oscar Wilde sur de nombreux aspects tels que le mariage, les femmes, l'art et la beauté...
Parmi ces aphorismes, j'en ai retenu quelques-unes :
- " Mieux vaut être beau que bon, mais mieux vaut être bon que laid"
- "  Il n'est rien de plus beau que d'oublier, excepté d'être oublié"
- "Dire d'un livre qu'il est moral ou immoral n'a pas de sens. Un livre est bien ou mal écrit - c'est tout".
- "Il faudrait ou bien être une oeuvre d'art ou bien porter une oeuvre d'art".

Esthète fin de siècle, O. Wilde a le sens de la formule et manie le paradoxe avec dextérité. Le véritable jeu consisterait à retrouver les oeuvres dont sont extraits ces aphorismes ! Livre à feuilleter tous les jours et à avoir sur soi en toutes circonstances !

 

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27 octobre 2009

Le nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard : ISSN 2607-0006

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Pascal Quignard aborde, en premier lieu, la genèse de son livre, en amorçant déjà le thème du conte et de l'essai qui suivent, celui de la défaillance du langage. Voici l'incipit : "Le jeudi 5 juillet, je dînai chez Michèle Reverdy avec Pierre Boulez, Claire Newman, Olivier Baumont. Michèle évoqua la commande d'un conte que lui faisait l'Ensemble instrumental de Basse Normandie qui dirigeait Dominique Debart. Nous eûmes beaucoup de mal à couper des parts dans un bloc de glace au café. Boulez, un couteau dans la main, debout, visa. Le bloc de glace sauta par terre. Le choc ne le rompit pas. On le passa sous l'eau. Je racontai le rudiment d'un conte dans lequel la défaillance du langage était la source de l'action. Ce motif me paraissait le destiner, mieux que toute autre légende, à la musique. Les musiciens, comme les enfants, comme les écrivains, sont les habitants de ce défaut."

"Le nom sur le bout de la langue"
A Dives, vers l'an 900, une jeune femme tombe amoureuse d'un tailleur : il ne l'épousera que si elle arrive à tisser une ceinture semblable à la sienne, une ceinture si belle et si complexe qu'il n'a jamais pu la reproduire. La jeune femme en perd le manger, elle n'arrive pas à tisser les motifs de la ceinture, jusqu'au soir où un cavalier tout habillé de noir lui propose un pacte, celui de souvenir de son nom en échange d'une ceinture identique à celle du tailleur... un nom à retenir ! Les termes du contrat semble dérisoires mais le diable veille !

"La poésie, le mot retrouvé, c'est le langage qui redonne à voir le monde" (Quignard).
Un petit conte proche de la parabole, qui traite du pouvoir de la parole, de l'art d'écrire... Il est suivi du "traité sur Méduse" qui est un court essai poétique parlant du langage lui-même. Les images antiques de Méduse, des Parques ou des Gorgones illustrent la difficulté d'écrire de tout écrivain. Le nom sur le bout de la langue enchante par sa prose poétique, par l'art d'écrire de Quignard...

" Songe et mensonge sont les mots où se joue notre langue"

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