09 mars 2014

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem : ISSN 2607-0006

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Il est impossible de résumer une oeuvre aussi dense et une pensée aussi complexe que celle de cette philosophe. Cependant, voici quelques aspects que j'ai retenus de ma lecture de ce livre indispensable aussi bien d'un point de vue humain que philosophique. Lorsque l'enlèvement d'Eichmann - responsable "des affaires juives et de l'évacuation" sous le troisième Reich - à Buenos Aires est annoncée, H. Arendt demande à The New Yorker de couvrir le sujet. Elle commence par décrire les juges, la Cour, les témoins... non pour en faire un simple compte-rendu mais une analyse du procès. Elle observe notamment de nombreuses irrégularités dans le procès et s'interroge sur la légitimité de ce tribunal qui a été formé à Jerusalem car, pour elle, le plus grand crime d'Eichmann est un "crime contre l'humanité", faisant par-là une distinction avec le "crime contre le peuple juif".

Elle analyse donc les arguments de la défense et de l'accusation d'un point de vue juridique. Commençons par les reproches qu'elle adresse à ce tribunal : tout d'abord, elle évoque le fait que les " tableaux", c'est-à-dire l'évocation de l'histoire des témoins, l'arrière plan historique interfèrent inutilement avec le procès. Les témoins n'ont pas de rapport direct avec Eichmann. Même si H. Arrendt nie faire de l'histoire, elle est amenée, à cause de la carrière d'Eichmann dans le parti SS, à évoquer des déportations du Reich, de l'Europe orientale, de l'Europe orientale d'une manière précise et documentée, en s'appuyant sur des sources historiques qui sont récapitulées dans le post-criptum.

D'autres analyses montrent comment Eichmann est devenu un bouc émissaire : on l'accusait d'avoir été à l'origine de l'organisation de la "solution finale", au point d'influencer Hitler. Ainsi constate-t-elle qu'on lui attribue des fonctions et un pouvoir qui n'étaient pas les siens. A contrario, elle remarque qu'Eichmann ne parle qu'à travers le langage du Reich, un langage plein de clichés. Dans le post-criptum, elle cite des sources mais elle revient aussi sur la définition de la banalité du mal ( p. 440), une notion clôturant son chapitre intitulé " Jugement, l'appel et l'exécution" et qui allait créer une polémique souvent par des gens qui n'avaient pas même lu le livre : Qu'on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point dénué de pensée, que cela puisse faire plus de mal que tous les mauvais instincts réunis qui sont peut-être inhérents à l'homme - telle était la leçon qu'on pouvait apprendre à Jérusalem" et elle souligne " l'étrange lien entre l'absence de pensée et le mal"( p. 495). Alors qu'on reproche à H. Arendt d'avoir défendu Eichmann, il semblerait plutôt qu'elle ait justement mis à l'épreuve la faculté de penser propre à chaque humain au lieu de suivre aveuglément les jugements rendus. En outre, l'ironie qui ne sied pas, selon certains, à ce type d'ouvrage et de circonstance, est aussi une forme d'insoumission, me semble-t-il, à une pensée toute faite...

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

Billet de Nathalie ( la vie page à page) .Participation au challenge de Miss Léo, présentation ici.

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09 mai 2013

Prenez la parole en public, La méthode pratique de Julien Combey : ISSN 2607-0006

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"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément" (Boileau, Art poétique)

Et Julien Combey met en pratique cette sentence classique pour nous guider dans l'apprentissage de la prise de parole orale : comment dominer son angoisse ? Comment parler en public sans ennuyer son auditoire ? Quels gestes effectuer lors d'un dicours ? Quels mots employer ? Autant de questions auxquelles J. Combey répond : en dix chapitres, ponctués d’exercices concrets, J. Combey explique clairement comment éviter les écueils. Que ce soit des détails concrets comme les vêtements ou les déplacements, ou que ce soit des questions de vocabulaire ou de respirations, on nous propose plusieurs  exercices pour s'exprimer dans différentes occasions comme une réunion ou un examen.

L'intérêt de cette méthode est d'insister sur la pratique et de prendre en compte les conditions d'écoute ( les exercices peuvent être pratiqués n'importe où, dans une voiture, avant un discours...). Même si les exercices pratiques n'ont rien de révolutionnaires, on écoute avec plaisir et intérêt un programme d'entraînement rapide qui permet de s'exercer avec efficacité. Cet audiolib allie conseils théoriques et méthodes, de manière claire et agréable. Une très bonne méthode à écouter si vous avez besoin de développer vos talents d'orateur !

Prenez la parole en public, La méthode pratique audio en une heure par Julien Combey

Merci audiolib pour ce partenariat. Vous pouvez écouter un extrait sur cette page du site audiolib.

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21 février 2013

Elles de V. Woolf : ISSN 2607-0006

 

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 Elles rassemblent articles sur des femmes d'époque et de conditions différentes comme Dorothy Osborne, Mary Wollstonecraft, Sara Coleridge... Même lorsqu'on ne connaît pas ces femmes - intentionnellement peut-être puisque V. Woolf semble vouloir porter la lumière sur des femmes méconnues de leur vivant - , V. Woolf nous en dresse un portrait si vivant qu'on ne peut s'empêcher d'y prendre intérêt. Qu'est-ce qui en fait donc l'intérêt quand on méconnaît le nom même de la personnage dont V. Woolf nous parle ? C'est évidemment son écriture et sa finesse d'analyse  : lorsqu'elle analyse les lettres de Mme de Sévigné, je trouve son portrait absolument réussi : elle saisit la marquise dans son siècle mais aussi comprend tout à fait sa langue. Sans jargon littéraire - pas besoin de vocables comme "métalangage", " expolition", elle saisit la quintessence de ce qui fait la beauté des lettres de Mme de Sévigné : "Les livres sont pour elle une demeure naturelle, de sorte que Flavius Josèphe ou Pascal ou les romans absurdement longs de l'époque, elle ne les lit pas, elle les intègre à son esprit". Et effectivement, l’épistolaire savait mieux que quiconque user de citations, pasticher des maximes qu'elle attribue malicieusement à La Rochefoucault. Mais ce ne sont pas seulement les lettres qu'elle évoque mais aussi sa vie aux Rochers, tout ce qui faisait l'intérêt de sa vie comme sa fille...

Si je n'ai pas pu me rendre compte de la justesse de ses remarques sur le travail d'écriture des autres femmes portraiturées que je connaissais moins, l'auteur de Mrs Dalloway raconte si bien leur biographie qu'on se croirait dans un roman : comment fait-elle pour nous parler des romans de Géraldine Jewbury ? C'est à travers sa relation épistolaire puis de voisinage avec Mme Carlyle qu'on voit se dessiner sous nos yeux le "personnage". Car, oui, on se croirait vraiment dans un roman, on s'interroge sur l'évolution des relations entre la bienséante Mme Carlyle et l'impétueuse Géraldine : et c'est ce qui semble intéresser V. Woolf, les sentiments, les pensées, les relations de ces deux femmes, leur inscription dans leur siècle... surtout que les romans que Géraldine a écrit ne semble pas mémorable : " on tourne les pages des trois petits volumes jaunâtres, on se demande ce qu'on a pu y voir qui fût susceptible d'être approuvé ou désapprouvé, quel spasme d'indignation ou d'admiration s'est exprimé en marge de tel trait de crayon [...] Un chapitre après l'autre glisse aimablement, s'écoule avec fluidité".  La romancière anglaise tire de l'ombre ces femmes oubliées mais qui restent inoubliables sous sa vivante plume.

V. Woolf, Elles, rivages poche, 155 p.

Lu aussi par Fleur. Particiation au Challenge V. Woolf organisé par Lou

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28 juin 2012

Lettres à Malesherbes de Rousseau : ISSN 2607-0006

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" Intus et in cute " : Rousseauistes et anti-rousseauistes, profitez du tricentenaire de la naissance Jean-Jacques Rousseau ( présentation les essentiels Littérature sur le site BNF) pour visionner sa biographie sur arte (ici). A travers des interventions de romanciers et d'universitaires, on redécouvre la personnalité très ambiguë, très paradoxale d'un des plus connus et des plus controversés des philosophes des Lumières. Avec force citations, on apprend donc que Rousseau dramatise sa naissance en en faisant le premier de ses malheurs : " je coûtai la vie à ma mère" (Les confessions). Puis sont évoqués les grands moments de la vie tels que la rencontre avec Mme de Warrens, " maman", et ensuite celle avec Diderot et les philosophes. Le discours sur les sciences et les arts, puis l'Emile provoque une rupture avec les philosophes et l'isolement progressif de Rousseau jusqu'à l’île Saint Pierre... L'avantage de ce petit documentaire retraçant chronologiquement la vie de Rousseau est de faire entendre un opéra de l'auteur, Le devin du village et de clarifier certains faits par rapport au contexte, notamment lorsque Rousseau abandonne ses enfants, la place de la musique dans la vie de Rousseau ainsi que son refus d'être pensionné par le roi...Un documentaire que je conseille vivement !

"Il n"y a que le méchant qui soit seul" ( Diderot, Le fils naturel) : Présenté comme le "sommaire des confessions, Les lettres à Malesherbes sont extrêmement intéressantes pour embrasser tout le système philosophique de Rousseau ainsi que les grandes étapes de sa vie. Après sa rupture avec Diderot, on l'accuse d'être " méchant".  Pourquoi s'est-il isolé dans le "désert" de Montmorency ? Fait-il preuve "d'ostentation" ou de la " vanité qu'on a tant reproché aux anciens philosophes "? Rousseau, dans 4 lettres, se justifie et argumente pour persuader Malesherbes mais aussi les lecteurs "qu'aucun ne fut meilleur que [lui]. Il se peint donc " sans fard et sans modestie" ( le contraire eut été étonnant) et décrit son bonheur dans "sa retraite", annonçant par ses "chimères", " ses imaginations", les futures rêveries du promeneur solitaire. D'où lui vient ce goût de la solitude ? Comment est-il devenu écrivain ? Avec une écriture très rhétorique, Rousseau se justifie en exposant son système de pensée tout en faisant preuve de beaucoup de complaisance à s'admirer et à se décrire sous les aspects les plus positifs. J'ai découvert et lu avec plaisir ces lettres privées montrant un Rousseau - d'un orgueil inégalable - tel qu'il apparaîtra dans les Confessions...

Lettres à Malesherbes, Rousseau, Livre de poche, p. 124.

billet de Mango et Emile et sophie lu par Céline.

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09 juin 2012

Les devoirs de Bruxelles d'Emily Brontë : ISSN 2607-0006

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J'ai acheté ce tout petit livre rassemblant des travaux d'écriture d'Emily Brontë par curiosité, sans penser y trouver l'écriture qui sera 5 ans plus tard celle des Hauts-de Hurlevent, surtout après une déception, ayant abandonné L'hôtel Stancliffe, oeuvre de jeunesse de Charlotte Brontë... Et pourtant, leur professeur Heger ne s'est pas trompé en parlant d'E. Brontë en ces termes : "Son imagination était telle, que si elle avait écrit un récit, sa représentation des scènes et des personnages aurait été si vive, exprimée avec tant de force et appuyée par une telle richesse d'arguments qu’elle aurait dominé le lecteur, qu’elles qu'aient été les opinions de celui-ci ou son évaluation de la véracité de l'histoire "( Elizabeth Gaskell, La vie de Charlotte Brontë)...

En effet, ces exercices de style révèle une vision du monde violente et poétique. Voici un sujet à la fois difficile et banal : un papillon. Que dire sur le papillon ? Emily, à 23 ans, lors de son séjour à Bruxelles permis par le financement d'une tante, écrit : " "Dans une de ces dispositions de l'âme où chacun  se trouve quelquefois, lorsque le monde de l'imagination souffre un hiver qui flétrit toute sa végétation ; lorsque la lumière de la vie semble s'éteindre et l'existence devient un désert stérile où nous errons, exposés à toutes les tempêtes qui soufflent sous le ciel, sans espérance ni de repos ni d'abri - dans une de ces humeures noirs, je me promenais un soir les confines d'une forêt, c'était en été ; le soleil brillait encore haut dans l'occident et l'air retentissait des chants d’oiseaux : tout paraissait heureux, mais pour moi, ce n'était qu'apparence. Je m'assis au pied d'un vieux chêne, parmi les rameaux duquel, le rossignol venait de commencer ses vêpres. "Pauvre fou, je me dis, est ce pour guider la balle à ton sein ou l'enfant à tes petits que tu chantes si haut et si clair ..."

Autre exercice :" Le chat". Alors qu'elle apprend le français dans les cours de Constantin Héger qui influencera tant Charlotte Brontë, et même si elle commet encore des erreurs, E. Brontë arrive à exprimer une vision de l'homme tout à fait juste, une peinture de caractère complètement réussie : " Un chat pour son intérêt propre cache quelquesfois sa misanthropie sous une apparence de douceur très aimable ; au lieu d'arracher ce qu'il désire de la main de son maître, il s'approche d'un air caressant, frotte sa jolie petite tête contre lui, et avance une patte dont la touche est douce comme le cheduvet. lorsqu'il est venu à bout, il reprend son caractère de Timon, et cette finesse est nommée l'hypocrisie en lui, en nous mêmes, nous lui donnons un autre nom, c'est la politesse et celui qui ne l'employait pas pour déguiser ses vraies sentiments serait bientôt chassé de la société".

Ces travaux qui comportent des ratures et de nombreuses erreurs, révèlent beaucoup du caractère de leur auteur : la solitude, la volonté de retrouver le cercle familial (dans un devoir intitulé lettre adressée à sa mère notamment), le refus de se plier aux convenances comme le montre une lettre d'invitation et sa réponse assez irrespectueuse et une très belle écriture... Ce qui ne ressemble qu'à un simple petit recueil de devoirs scolaires, ou à du matériau pour les universitaires, se révèlent être la découverte d'une très belle écriture.

Emily Brontë, Devoir de Bruxelles, Les mille.et.une.nuits, 62 p.

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03 juin 2012

Les préraphaélites, un modernisme à l'anglaise, Laurence des Cars : ISSN 2607-0006

63184491John Robert Parsons : Jane Morris - 1865

"Vous apercevez l'intérieur d'un atelier de charpentier. Au premier plan, un petit garçon hideux, aux cheveux roux, le col tendu, pleurnichant, en chemise de nuit ; il semble avoir reçu un coup sur la main, sans doute de la badine d'un autre petit garçon, avec qui il jouait dans la ruelle ou dans la cour ; et il la tient, cette main, sous le regard d'une femme agenouillée, si horrible dans sa laideur, qu'elle ressort (à supposer qu'une créature humaine puisse exister un seul instant avec un cou disloqué de cette façon) du reste de la compagnie tel un monstre, qui ne se déparerait pas le plus infect cabaret de France ou le plus dégoutant débit de boisson d'Angleterre[...]". Qui a écrit cette critique assassine du Christ dans la maison de ses parents de Millais ? Dickens dans Household world se fait le pourfendeur des préraphaélites : mouvement esthétique qui se voulait novateur, ils choisissent l’archaïsme pour renouveler la peinture de genre victorienne... Les débuts des préraphaélites sont marqués par le scandale et la polémique. On leur reproche leur rendu tellement léché qu'il en devient photographique, leur folie médiévisante... Ce bref ouvrage sur l'art, trop court, bien trop court, nous retrace l'évolution du groupe préraphaélites richement illustré sur beau papier glacé et entouré d'anecdotes et de documents.

Mais ces jeunes gens enthousiastes ne sont pas seulement peintres, ils sont aussi poètes, décorateurs... tout le monde connaît la célèbre anecdote autour du recueil Ballads and sonnets : Rossetti avait enterré ce recueil écrit en 1840 dans le tombeau néo-égyptien d'E. Siddal dans le cimetière de Highgate et il a été exhumé 30 ans plus tard... Leur inspiration est souvent littéraire comme dans les peintures telles que L'adieu au chevalier ou l'enchantement de Merlin (Burne-Jones), beata Beatrix (Rossetti)...

"J'entends par tableau, un beau rêve romantique de quelque chose qui n'a jamais existé et n'existera jamais, dans une lumière plus belle que toutes celles qui ont jamais brillé, dans un lieu que personne ne peut définir ou se rappeler, seulement désirer" ( Burne-Jones). Ce que j'admire chez ces peintres, c'est l'esthétisation du quotidien et ce, dans tous les domaines : leur intérieur, leur vie est dirigée par la peinture, la littérature, une volonté de renouvellement, d'engagement, d'échapper à leur réel... La décoration de la maison de William Morris, Hammersmith appelée Keldoms manor**- chef de file des arts and crafts - est un véritable chef d'oeuvre où on reconnaît ses tissus au motif des oiseaux.

En revanche, les dérives de cette peinture me semble représentée par une peinture telle que l'escalier d'or de Burne-Jones, qui sans véritable sujet, décline une même sorte de féminin, évoque une reproduction assez vaine ou Le printemps* de Millais ressemble vaguement à un photomontage mignard... Paradoxalement, ceux qui se voulaient novateurs ont fini par être les représentants de cette peinture victorienne qu'ils voulaient fuir... Ce petit ouvrage est comme une petite fenêtre ouverte sur l'univers préraphaélite...

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* Le printemps, Millais

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** intérieur de keldoms Manor

L'exposition Une ballade d'amour et de mort présentait des photographies préraphaélites : billet de Fleur, Lilly, thé au jasmin,

Les préraphaélites, un modernisme à l'anglaise, Laurence Des Cars, Découvertes Gallimard, 127 p.

Participation au challenge de Shelbylee " L'art dans tous ses états".

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24 mai 2012

L'art nouveau, la carte postale partie 2 : ISSN 2607-0006

Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, . Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour, . Est fait pour inspirer au poète un amour  C’est ici une belle occasion, en vérité, pour établir une théorie rationnelle et historique du beau, en opposition avec la théorie du beau unique et absolu; pour montrer que le beau est toujours, inévitablement, d’une composition double, bien que l’impression qu’il produit soit une; car la difficulté de discerner les éléments variables du beau dans l’unité de l’impression n’infirme en rien la nécessité de la variété dans sa composition. Le beau est fait d’un élément éternel, invariable, dont la quantité est excessivement difficile à déterminer, et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion. Sans ce second élément, qui est comme l’enveloppe amusante, titillante, apéritive, du divin gâteau, le premier élément serait indigestible, inappréciable, non adapté et non approprié à la nature humaine. Je défie qu’on découvre un échantillon quelconque de beauté qui ne contienne pas ces deux éléments. " ( Baudelaire, "Le peintre de la vie moderne") : Cette définition baudelairienne du beau s'appliquerait parfaitement aux cartes postales illustrées qui présentent une époque, des élements fugitifs... L'album L'art Nouveau, la carte postale, richement illustré nous permet de découvrir des graphistes et graphismes méconnus de tous les pays :

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La Belgique est un pays d'avant-garde en ce qui concerne la prodution de cartes postales illustrées. Gisbert Combaz est d'ailleurs considéré comme un classique de la carte postale Art Nouveau. Spécialiste de l'art chinois, on trouve dans ses graphismes de nombreuses influences de l'art oriental. Mignot (ci-dessous) s'est surtout illustré grâce à sa série " les sport".

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Le "style Mucha" devient synonyme de modernité. Jouant sur la bidimentionnalité, il privilégie le symbolisme et la sensualité dans ses graphismes, qui sont souvent asymétriques. Mucha a de multiples de talents, il est à fois peintre, costumiste, affichiste, graphiste... Il fréquente l'académie Julian à Paris et c'est en 1894 avec l'affiche Gismonda pour S. Bernardt, qui remporte un grand succès, qui marque les début du "style Mucha". C'est l'éditeur champenois qui a l'idée d'imprimer les oeuvres de Mucha sous forme de panneaux, de menus ou de calendriers et Mucha commence aussi l'édition des cartes postales représentant presque toujours les mêmes images avec quelques variantes. Après avoir participé dans les années 80 à quelques projets de pavillons pour l'exposition universelle, il abandonne en 1900 le style Art nouveau et retourne vers des formes plus académiques. Il enseigne à New-York et Chicago de 1904 à 1012, puis il vit principalement en Tchécoslovaquie où il célèbre la culture slave. (source : biographie p. 354, L'Art Nouveau, La carte postale).

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France, Steinlen a fréquenté le cercle du " Chat noir", Il représente dans diverses revues comme Le gil Blas illustré, L'écho de Paris, la vie moderne, le prolétariat et les déshérités.

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Une des particularités de la Grande Bretagne qui a produit tardivement des cartes postales illustrées, c'est qu'il y a de nombreuses femmes illustratrices comme Kate Greenaway ( image 1),  A. K. MacDonald (carte postale illustrée 2), Evangeline Daniell, Ethel Parkinson...

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L'art nouveau, La carte postale,Fanelli, E. Godoli, Celiv, 375 p., partie 1 ici.

Challenge "L'art dans tous ses états" de Shelbylee.

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23 mai 2012

L'art nouveau, la carte postale, partie 1 : ISSN 2607-0006

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Pourquoi consacrer un ouvrage à la carte postale illustrée ? La réponse nous est donnée par un journaliste anglais : "Quand les archéologues du XXXsiècle commenceront à fouiller les ruines de Londres, ils s'intéresseront avant tout à la carte postale illustrée, meilleur guide qui soit pour comprendre l'esprit de l'époque Edouard VII. Ils recueilleront et rassembleront des milliers de ces petits cartons et reconstruiront notre époque à travers les étranges hiéroglyphes et les images que le temps aura épargnés. Parce que la carte postale illustrée est un témoin candide de nos distractions, de nos passe-temps, de nos us et coutumes, de nos attitudes morales et de notre comportement." (1907, James Douglas, Préface).

Peu de livres sont consacrés à la carte postale illustrée, considérées peut-être comme un art mineur selon le crédo de l'Art nouveau qui est "l'art dans tout" et "l'art pour tous". Et pourtant ce type de message à la fois visuel et verbal marque le début de la civilisation de l'image : il est en même temps le reflet de la culture figurative et des moeurs de la société. Les artistes ont représenté aussi bien des centres artistiques comme Le chat noir ou des femmes du quotidien qu'on appelait le style " La petite femme". Les autres thématiques majeures sont le sport, les paysages avec la représentation des stations balnéaires marquant le début des loisirs de masse, tous les phénomènes marquants de la Belle Epoque. Albert Guillaume est par exemple un des " reporters graphiques" des fastes du beau monde.

Justement, produit de la société de masse, elles en reflètent les mythes, les nouveautés... Les cartes postales ont en outre un lien avec la publicité et les affiches : en 1872, elles permettent de faire la publicité pour les illustrations sur Londres de Gustave Doré. Mais les décorations ne sont pas là seulement pour la joliesse ou pour l'aspect commercial, elles représentent parfois des critiques sociales ( Théophile Steinlen) par le biais des caricatures ou pendant les guerres, elles incitaient à la souscription pour les emprunts nationaux.

Ce beau livre abondamment illustré présente des biographies à la fin de l'ouvrage, bien que lacunaires souvent, ce domaine n'ayant pas fait d'archives systématiques, et des illustrations classées par pays. Des origines de la carte illustrée aux différentes techniques d'impression, cet ouvrage montre bien qu'elle est un moyen de "propagande esthétique" selon l'expression de Steinlen. Il faut dire qu'à ses débuts, la carte postale était moins un moyen de communication qu'une affaire de collectionneurs...

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* R. Kirchner ( Autriche) et Berthon (France), "La série des chemins de fer".

L'art nouveau, La carte postale, G. Fanelli, E; Godoli, Celiv, 375 p.

challenge "l'art dans tous ses états" de Chelbylee

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16 mai 2012

Portrait-souvenir de Balzac de Simenon : ISSN 2607-0006

Sous ce titre trompeur de Portrait-souvenir de Balzac, on peut découvrir de nombreux textes et articles de Simenon, riches par leur diversité : il décrit de grands écrivains dans la Revue Sincère, que ce soit Daudet, Maurice Barrès ou bien il défend Maupassant, tout en affirmant que " tout ceci n'est qu'opinion d'un homme qui se défend d'avoir des idées". Sous ce titre est aussi rassemblés des conférences, des articles sur le roman policier et des préfaces...

Le portrait de Balzac est court mais extrêmement vivant. Aucun élément nouveau n'est avancé par rapport à d'autres biographies mais il met en valeur la vocation d'écrivain de Balzac, son génie romanesque... Comme un personnage de la comédie humaine, Balzac, une fois arrivé à Paris ne cessera de rechercher le succès. De nombreuses citations et extraits de lettres apparaissant comme un catalogue complètent ce portrait dynamique et admiratif pour l'auteur du père Goriot : " L'idée monumentale ne lui viendra d'ailleurs qu'assez tard, à quarante deux ans. Et pour le mener à bien, il faudra, comme il le répète si souvent, sacrifier sa vie privée, son bonheur personnel." (p.47).

Dans une autre conférence "l'aventure est morte" qui se présente comme une causerie, il parle de la mort de l'aventure géographique ; car c'est le roman qui est en fait la véritable aventure : " Et dans le grand Nord, en pleine Laponie, j'oserais à peine vous dire quel moyen de transport nous attendait. Un traineau, bien sûr ! Mais un traineau tiré par une grosse motocyclette américaine qui pétaradait comme un dimanche de course sur la place d'une petite ville" (p. 138). Au passage, il égratigne volontiers les colons.

Mais ce qui frappe dans cette série d'article, c'est le portrait de l'écrivain Simenon qui apparaît en filigrane : parle-t-il de la genèse d'un roman de Maigret qu'il nous conte les conditions dans lesquelles il l'a écrit - en Hollande après l'achat de l'Ostrogoth qui lui permit de voyager dans toute la France et en Europe... De facto, Simenon a beaucoup voyagé, jusqu'en Amérique. Quand il parle de Daudet, se profile le visage malicieux du jeune journaliste qu'il était. Et puis c'est aussi un grand causeur : veut-il nous parler des codes du roman policier, il l'aborde grâce à une anecdote sur Victor Hugo lors d'une représentation d'Hernani. Ainsi portrait de l'homme et théorie littéraire se mêlent intrinsèquement dans un style vivant et bref... C'est donc une manière agréable d'aborder une partie de l'oeuvre journalistique de Simenon, tout en découvrant quelques parcelles de sa biographie...

Portrait-souvenir de Balzac, Simenon, Bourgois, 299 p.

Autre roman : L'affaire saint-fiacre

Merci à dialogue pour ce partenariat et à Caroline.

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31 mars 2012

L'art d'aimer d'Ovide : ISSN 2607-0006

Vous souhaitez trouver l'homme ou la femme qui vous convient ? Vous voulez ensuite faire perdurer votre amour ? Alors prenez pour maître Ovide, suivez ses conseils... Mais L'art d'aimer n'est pas une oeuvre banale : aimer serait soumis à des règles comme un art poétique ? Ovide évidemment parodie les traités de l'agriculture, de chasse, militaire, de l'époque en empruntant ainsi maints images qu'on trouve dans de tels ouvrages. Ne lisez pas cet essai comme un guide mais comme une oeuvre qualifiée d'érotique - dans le sens qui a trait à l'amour et non à la sexualité - , une oeuvre légère et parfois satirique qui semble-t-il aurait valu l'exil à Ovide tant son oeuvre est irrévérencieuse, critiquant certaines institutions de manière oblique... alors qu'Auguste voulait retrouver un certain "puritanisme"...

"Où chercher ? : A Rome, même. Tandis que, libre encore, tu vas où tu veux, la bride sur le cou, choisis celle à qui tu puisses dire : " toi seule me plais". Elle ne tombera pas du ciel, glissant parmi l'air subtil ; il te faut chercher la femme qui te charmera tes yeux. Il sait bien, le chasseur, où tendre les filets à cerf ; il sait bien la vallée que hantent les grognements du sanglier ; [...]".

Au cirque : Ne néglige pas non plus les courses où rivalisent les chevaux généreux. [...] Si comme il arrive, il vient à tomber de la poussière sur la poitrine de ta belle, que tes doigts l'enlèvent ; s'il n'y a pas de poussière, enlève tout de même celle qui n'y est pas : tout doit servir de tes soins officieux. Le manteau trop long traine-t-il à terre ? Prends-en le bord, et, avec empressement, soulève-le du sol malpropre.Aussitôt récompense de ton zèle officieux, sans que ta belle puisse s'en fâcher, tes yeux verront des jambes qui en valent la peine" !

"Si les larmes te font défaut ( car elle ne viennent pas toujours à commandement), mouille-toi les yeux avec la main. "Je ne t'ordonne pas non plus d'offrir ta poitrine aux flèche. Mon traité, prudent, te donneras des ordres plus faciles à suivre" ! écrit-il suite à l'histoire de Milanion et d'Atalante. "

"L'amour au teint de rose" : la mythologie comme l'évocation de Dédale ou l'épisode de la Diane chasseresse, côtoie ces conseils parodiques, et le ton docte n'est pas sans créer un certain humour. Les références aux " fils d'Eson", ou à "Ménale" d'ailleurs rendent parfois ardu la lecture de ce traité. On ne peut que souligner la modernité d'Ovide qui a construit son ouvrage en trois parties dont une concerne les conseils donnés à des femmes. Une excellente oeuvre comique qui mérite d'être relu à côté des Métamorphoses qui ont peu éclipsés les autres oeuvres de l'auteur...

Ovide, L'art d'aimer, Belles Lettres Hatier, 221p.

Participation au challenge de l'Irrégulière. Lu aussi par Neph

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