11 décembre 2009

La dame blanche de Bobin : ISSN 2607-0006

47331821

La dame blanche de Christian Bobin, folio, 2007, 125 p.

Ce live de Bobin est une autobiographie subjective et poétique d'Emily Dickinson, poétesse américaine du XIXeme siècle.

Cette biographie se présente sous forme de courts fragments proche de la prose poétique, retraçant par petites anecdotes la vie d'Emily. Commençant presque à rebours, le récit de la vie de la poétesse commence par sa mort, de manière significative. La blancheur de cette dame, est la couleur de l'innocence mais aussi celle du linceuil. Toute sa vie, cette femme semble entourée de personnes dont la vie est fugace, elle-même est dépeinte comme une âme. Très tôt, elle connaît l'absence et le manque : l'absence d'une mère et la perte d'une personne chère, Benjamin Newton (secrétaire de son père). Bobin raconte ensuite, sans ordre chronologiques, quelques instants de la vie d'Emily, toutes imprégnées de religiosité.

Paradoxalement, celle qui a choisi la vie, vit en fait comme une recluse et une solitaire car "la tyrannie du visible fait de nous des aveugles". Cette biographie est davantage un portrait en creux, toute en intériorité. La dame blanche est le portrait d'une âme, toute en sensibilité, presque insaisissable. On regrette presque la grâce éthérée de cette prose car elle tend à effacer son sujet.

"Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n'a d'égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu'elle enterre dans un tiroir. "disparaître est un mieux". A la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féérique dans la cave d'un imprimeur et fuit l'Orient hébété. Sous le soleil clouté d'Arabie et dans la chambre interdite d'Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (quatrième de couverture)

Posté par maggie 76 à 19:16 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


21 septembre 2009

Un barrage contre le pacifique de Marguerite Duras : ISSN 2607-0006

52110390

"Il leur avait semblé à tous trois que c'était une bonne idée d'acheter ce cheval. Même si ça ne devait servir qu'à payer les cigarettes de joseph. D'abord, c'était une idée, ça prouvait qu'ils pouvaient encore avoir des idées. Puis ils se sentaient moins seuls, reliés par ce cheval au monde extérieur, tout de même capables d'en extraire quelque chose, de ce monde, même si ce n'était pas grand chose, même si c'était misérable, d'en extraire quelque chose qui n'avait pas été à eux jusque-là, et de l'amener, jusqu'à leur coin de plaie saturé de sel, jusqu'à eux trois saturés d'ennui et d'amertume. C'était ça les transports : même d'un désert, où rien ne pousse, on pouvait encore faire sortir quelque chose, en le faisant traverser à ceux qui vivent ailleurs, à ceux qui sont du monde". L'incipit commence donc par la mort d'un cheval, acheté depuis peu par Joseph, qui vit avec sa soeur Suzanne et sa mère, dans l'Indochine coloniale. Cette "déveine" s'accumule aux autres malheurs de cette famille : la mère, ancienne institutrice, à la mort de son mari, a travaillé pendant dix ans pour des salaires de misère, afin d'acheter une concession. Malheureusement, ce bout de terre inondable les a amenés à la ruine...

Ce roman inspiré de la vie de Duras (biographie ici) est structuré autour de deux parties. D'abord, une première partie qui évoque surtout le passé, notamment la construction d'un barrage pour arrêter les vagues et pouvoir cultiver la plaine : l'espoir et le désespoir ou les moulins de Don Quichotte. La mère s'obstine à vouloir construire un avenir pour ses enfants mais finalement il ne reste que la désillusion. Dès les premières lignes le désespoir est palpable, tout semble vain et sans issue... "Bientôt la mère s'endormit tout à fait. En tout d'un coup, la tête ballante, la bouche entrouverte, complètement en allée dans le lait du sommeil, elle flotta, légère, dans la pleine innocence. On ne pouvait plus lui en vouloir. Elle avait aimé démesurément la vie et c'était son espérance infatigable, incurable, qui en avait fait ce qu'elle était devenue une désespérée de l'espoir même. Cet espoir l'avait usé, détruite, nudifiée à ce point que son sommeil qui l'en reposait, même la mort, semblait-il, ne pouvait plus le dépasser."

La deuxième partie est centrée sur Joseph : le ton change, avec une intrigue amoureuse et les personnages évoluent. Les lieux changent aussi, la ville, mais le désespoir reste.

Dans un style oral, Duras raconte la vie de trois personnages, non sans une certaine ironie qui apparaît en creux. Aucun d'eux ne ressortira indemne mais une pointe d'optimiste apparaît à la fin. On perçoit dans cette autobiographie romancée quelques caractéristiques du Nouveau Roman : l'intrigue, les personnages se délitent... Des personnages médiocres, la dérision de l'événement, Un barrage contre le pacifique est un texte désespéré mais sans lyrisme. Un livre qu'on n'oublie pas de sitôt...

Posté par maggie 76 à 13:08 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

28 août 2009

La promesse de L'aube de Romain Gary : ISSN 2607-0006

51MhGQ5FN4L

La promesse de l'aube, Romain Gary, Folio, 390 p.

La promesse de l'aube est une autobiographie retraçant la vie de Romain Gary ( biographie ici), notamment sa relation avec sa mère. Le père est absent mais la mère possessive rêve d'un avenir grandiose pour son fils. Il sera un "virtuose du violon" ou un " titan de la littérature française". Elle est âgée mais travaille dur pour son fils et il lui rend hommage dans ce livre :

" Ma mère faisait, dans ses lettres, la description de mes prouesses, que je lisais, je l'avoue, avec un certain plaisir. "Mon fils glorieux et bien aimé, m'écrivait-elle. Nous lisons avec admiration et gratitude les récits de tes exploits héroïques dans les journaux. Dans le ciel de Cologne, de Bremen, d'Hambourg, tes ailes déployées jettent la terreur dans le coeur des ennemis". Je la connaissais bien et je comprenais fort bien ce qu'elle voulait dire. Pour elle, chaque fois qu'un avion de la R.A.F. bombardait un objectif, j'étais à bord. Dans chaque bombe, elle reconnaissait ma voix. J'étais présent sur tous les front et je faisais frémir l'adversaire. J'étais à la fois dans la chasse et dans le bombardement et, chaque fois qu'un avion allemand était abattu par l'aviation anglaise, elle m'attribuait tout naturellement cette victoire."

Tout en exagération, entre souvenirs tendres et épisodes comiques, Romain Gary romance sa vie, parle de sa vocation d'écrivain et fait le portrait de sa mère, à qui il donne un rôle prédominant aussi bien dans sa vie que dans son oeuvre. L'auteur s'attache à raconter de nombreuses anecdotes qui ont marqué son enfance. On rit beaucoup en lisant ce récit où s'accumulent des situations cocasses et des sentiments exacerbés. J'ai pris plaisir à lire cette autobiographie dont l'écriture est hyperbolique... drôle et émouvante !

Posté par maggie 76 à 12:12 - - Commentaires [11] - Permalien [#]