31 août 2011

La ferme africaine de Karen Blixen : ISSN 2607-0006

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Danoise, Karen Blixen a vécu quelques années en Afrique de 1914 à 1931, au Kenya. Son Afrique, c'est d'abord des paysages sublimes qui suscitent aussitôt la magie de l'atmosphère sous nos yeux, un pays riche, vivant, changeant : "L'immense voûte au-dessus de nos têtes se remplissent lentement de clarté, comme un verre s'emplirait de vin, et soudain, avec une  douceur certaine, les cimes captèrent les premiers rayons du soleil et se mirent à rougeoyer. Toujours aussi lentement, à mesure que la terre s'inclinait vers le soleil, les herbages au pieds des montagnes et les forêts de la réserve massaï prirent une teinte dorée. Puis se fut au tout des faîtes des grands arbres de ma ferme de devenir rouge comme le cuivre" (p. 106).

Mais Karen Blixen, comme on le souligne souvent est une conteuse hors pair. "Nouvelle Shéhérazade", tout ce qu'elle raconte s'apparente aussitôt  au monde des Mille et une nuits et des grands mythes comme L'Odyssée, sont souvent convoqués, ainsi que des allusions à d'autres textes. N'a-t-on pas l'impression d'être au milieu de l'univers des contes orientaux lorsqu'elle décrit Lulu, petite antilope qu'elle a adoptée ? : " toutes ses manières témoignaient de la classe, de la grâce  et de la coquetterie. Elle montra de l'entêtement dès son plus jeune âge et quand je l'empêchais de faire ce qu'elle avait en tête, elle prenait un air qui semblait dire : "tout, mais pas de scène. [...]. elle était si jolie qu'en les [Lulu et Kamante] voyant ensemble, on songeait involontairement à une illustration à rebours de La Belle et la Bête" (p. 99).

Passage obligé des autobiographies d'écrivains, motif littéraire, elle décrit comment elle a commencé à écrire pendant une "année où la pluie fait défaut" : "J'écrivais dans la salle à manger, au milieu des multiples feuilles qui jonchaient la table, car il me fallait régler les comptes et les budgets et répondre aux petites notes désespérées du contremaître. Mes gens me demandaient ce que je faisais, et quand ils apprirent que j'essayais d'écrire un livre, ils virent cela comme une ultime tentative de nous tirer d'affaire, et ils me demandèrent souvent comment j'avançais." (p. 70). Son écriture imagée est magnifique, employant souvent des figures d'analogie très expressives : " Knudsen faisait une figure insolite dans une ferme des hautes terres, car c'était un marin corps et âme, et l'on avait l'impression d'avoir recueilli un vieil albatros malade aux ailes rognées". (p. 84)

Mais l'Afrique de K. Blixen, c'est aussi la relation à l'autre : elle découvre, émerveillée, différents us et coutumes et nous dévoile les habitudes, modes de vie des "squatters" de sa ferme ou des colons à travers diverses anecdotes. Chaque page vibre comme un hommage, un hymne à l'Afrique, qui est sa passion, sa folie... Kamante - son cuisinier, le peuple Kikuyu, Farah, les Massaïs, Denys, les lions, Nairobi et sa ferme emplissent les pages de ses souvenirs. La séparation avec ce pays est émouvant et déchirant, dans la dernière partie les "temps difficiles" : " Jusque-là, j'en avais fait partie, la sécheresse avait été une maladie de mon sang, la floraison de la plaine avait formé comme une nouvelle robe. Maintenant, le paysage se séparait de moi, il se retirait un peu pour m'observer, et aussi pour que je le voie nettement et comme un tout". (p. 434). Son imagination n'empêche pas ses analyses d'être fines et pleines de sensibilité, sans idéalisme. Ce magnifique autoportrait, pudique car la romancière danoise parle assez peu d'elle, nous montre un auteur hors pair et original : chasseuse, famer (elle gère sa plantation de café) observatrice et conteuse... car ce roman nous envoûte par le pouvoir de ses images...

Karen Blixen, La ferme en Afrique, p. 506, Folio.

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20 juin 2011

Dickens, Marie Aude Murail

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"Nulla dies sine linea" aurait pu être aussi le devise de Dickens, père du roman fresque ou du roman feuilleton : il écrit beaucoup et dans l'urgence... "De 9 heures à 14 heures, il est à son bureau, isolé des siens par une double porte. En moyenne, il écrit 2000 mots à chaque séance de travail, quatre mille quand il est en transe"* : mais Dickens ne peut se résumer à des chiffres. Non, l'accent est mis généralement par ses biographes sur ses œuvres, sur son humour, sur les personnages abondants et les intrigues à rebondissements. Murail, Gattegno** et Zweig (biographie sur le site Larousse) ont écrit des biographies de Dickens ( biographie sur le site Larousse) d'une manière assez libre, certainement pas d'une manière exhaustive, mais avec passion.

Trois maîtres, Stefan Zweig, Livre de poche :

L'admiration pour Dickens perce dans chaque ligne, Zweig le présentant comme une star de l'époque qu'il était, provoquant des émeutes. Fait-il pour autant une apologie ? En fait, il s'interroge sur l'incroyable succès de Dickens : pourquoi a-t-il connu une telle popularité ? Le chapitre "Dickens", dans Trois maîtres, est moins une biographie qu'une poétique de ses romans. Sans interprétation psychologique, l'auteur replace le célèbre auteur victorien dans son contexte et analyse subjectivement et très justement le style dickensien, soulignant à la fois son humour et son admirable intuition pour avoir mis en scène et s'être adressé à ceux qui le lisent, c'est-à-dire les bourgeois. Zweig donne ainsi une vision de l'univers de Dickens par rapport à son siècle. L'écriture surchargée de Sweig ne gâche pas ses belles analyses. Laissons conclure l'auteur : "Et ainsi Dickens reviendra toujours de son oubli, lorsque les hommes auront besoin de gaîté et lorsque, fatigués des tragiques tiraillements de la passion, ils voudront entendre, même dans les choses les plus effacées, la musique mystérieuse de poésie".

Charles Dickens, ouvriers à douze ans, célèbres à 24, Marie-Aude Murail, Médium Club :

Comme un roman, avec des titres dignes des romans du XIXeme siècle tels que "Où un jeune gentleman se retrouve dans le cirage"ou " quand la gloire vous tombe dessus et que vous avez vingt-quatre ans",... Marie-Aude Murail beaucoup plus traditionnelle dans sa manière d'aborder l'auteur, fait une biographie chronologique. Avec une écriture fluide, très dynamique, la romancière analyse l'oeuvre et la vie, abordant tour à tour ses amours, ses personnages, développant les projets philanthropiques de Dickens, les lectures publiques pour aider un institut d'ouvriers... Mais ce qu'on retiendra de Dickens, ce sont ses personnages inoubliables tels que le vieux Scrooge, la petite Dorrit etc... et son talent inimitable de conteur humoristique mais côtoyant aussi de magnifiques morceaux de bravoures au registre pathétique. Ces deux belles biographies et études nous parlent différemment, mais toujours avec brio, d'un auteur dont la popularité est encore incontestable !

* p. 114, charles Dickens, M-A Murail.

** Dickens, Jean Gattegno, Seuil.

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19 avril 2011

Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose de Cathy Bernheim

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 "Le pouvoir de l'idée suggérée" : Hypnos est le dieu du sommeil, fils de la nuit qui procure aux hommes le repos et les rêves aimables. Mais grâce à quelques éminents scientifiques, on se demande si cet endormissement provoqué qu'est l'hypnose peut avoir des valeurs curatives : Cathy Bernheim, arrière petite-nièce d'Hippolyte, nous retrace son portrait en commençant par son enfance à Strasbourg qui est très traditionnelle. Ce qui l'est moins, ce sont les connaissances qu'il a apportées dans les domaines des sciences à une époque où elles évoluent de manière spectaculaires.

Après le Second empire, en pleine vogue ésotérique avec Mesmer et le magnétisme animal, on voit comment la médecine pas si éloignée de celle d'un Dafoirus de comédie, devient une science exacte. "La médecine n'est pas un art, mais une science". Et c'est la marche de la science exacte, que devient le milieu médical, que nous décrit avec une plume agréable C. Bernheim, en s'appuyant sur des lettres de scientifiques et sur des rapports de la commission de l'Académie royale de Médecine.

C'est grâce à des visites chez A. Thiebault, pionnier du genre, que H. Berheim va utiliser la thérapeutique hypnotique. Il a écrit de nombreuses analyses comme Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (1891). Il évoque différents cas pour montrer la véracité de ses théories qui ouvrent les portes de la psychotérapie en montrant le lien entre physique et psychisme :"Incarner l'idée de sensation réelle". Les anecdotes sur l'affaire de la malle sanglante, l'exemple d'Anna Von Lieben (patiente de Freud), ou l'affaire Chambige montrent l'importance de l'hypnose et les illustrations concrètes comme dans Cinq leçons de psychanlyse permettent de mieux appréhender le travail de H. Bernheim.

Le contexte est longuement développé dans une prose simple et agréable à lire, sans jargon. Elle dresse une large peinture de la société pour mieux souligner la difficulté d'imposer des idées innovantes , tout en relatant parallèlement la querelle de l'hystérie qui a opposé Charcot et Bernheim. sans faire un portrait dithyrambique, C. Bernheim, par cette première biographie consacrée à H. Bernheim, lui redonne une place dans l'histoire des sciences aux côtés de Charcot et de Freud. Une biographie éclairante aussi bien sur une époque que sur l'homme....

Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose, de Cathy Berheim, JBZ et cie,240 p.

 Merci BOB pour ce partenariat ainsi qu'aux éditions JBZ et cie.

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23 décembre 2010

Une autobiographie, Agatha Christie

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Pourquoi avoir écrit cette autobiographie ? Dans l'avant-propos datant de 1950, Irak, Agatha Christie explique le but de son autobiographie. N'arrivant pas à écrire un roman policier, elle décide d'entreprendre le récit de sa vie : « or ce que veux, moi, c'est plonger au petit bonheur les mains dans le passé et les en ressortir avec une poignée de souvenirs variés » (p. 16). Pourquoi avoir choisi Poirot comme détective ? Comment est né son premier roman ? Cette autobiographie vous permettra de découvrir tous les secrets d'écrivain d'Agatha Christie.

« grand jeu victorien » (Titre de la quatrième partie) :

L'importance de son enfance est visible dans le découpage de son autobiographie : 4 des plus longs chapitres sont consacrés à sa jeunesse.

Son enfance heureuse est racontée à travers des fragments de souvenirs : portrait du père, de la mère, jardins, jeux d'enfants, entre un père rentier et des domestiques qui savaient tenir « leur rang ». La plupart de ses souvenirs sont anodins mais certains sont présents dans ses romans, comme le cheval à bascule, jouet qui freait surface dans « un cheval pâle ». L'enfance se déroule au rythme des événements quotidiens : mort de son père, mariage de sa soeur, mais aussi une grande place est faite à ses lectures. Sachant lire très tôt, elle découvre Doyle, Dickens, Dumas...

Dans ses histoires d'enfance sans grand intérêt, surgit toutefois un amour du théâtre qui ne sera jamais démenti. Elle dira elle-même que « Le théâtre n'avait jamais cessé d'occuper une part régulière de ma vie ». Sa jeunesse se déroule entre ses diverses occupations  victoriennes, piano, danse... Des anecdotes amusantes sur l' imagination romanesque et sentimentale de l'époque victorienne viennent ponctuer le récit de faits quotidiens : «  - tu sais j'aime bien Ambrose, me dit-elle [sa grand-mère] une fois en parlant d'un des soupirants de ma soeur. L'autre jour, alors qu'elle se promenait le long de la terrasse, je l'ai vu se lever après son passage se baisser pour ramasser une poignée du gravier où elle avait posé le pied et le mettre dans sa poche. Très beau geste, je trouve, très beau. Digne de mon époque à moi ». Pauvre chère mamie ! Nous dûmes lui faire perdre ses illusions. Le dit Ambrose était un en fait un passionné de géologie, et c'étaient les caractéristiques du gravier qui l'avaient intéressé. » (p. 375)

Des débuts littéraires difficiles.

A causes des revers de fortune de son père puis de sa mort, à 17 ans, elle fait son entrée dans le monde au Caire. C'est à époque qu'elle écrit ses premiers poèmes. Pendant une convalescence, sur proposition de sa mère, elle écrit son premier texte qu'elle qualifie de « valable » :  La maison de beauté, suivie de diverses tentatives rejetées comme le manuscrit La neige sur le désert.

Avec l'arrivée de la guerre, elle décide de travailler dans un hôpital du Devon et passe un concours de préparatrice en pharmacie. C'est là dans ce laboratoire qu'elle décide d'écrire un roman policier. Ce n'est que 2 ans plus tard, qu'il est publié dans une petite maison d'édition chez Bodley Head : La mystérieuse affaire de Styles, qui lui rapportera peu d'argent. Parallèlement à ses débuts d'auteur, elle décrit sa vie avec Archie Christie, la naissance de sa fille, son tour du monde. Les cinq derniers chapitres abordent rapidement sa vie avec l'archéologue Max Mallowan et ses succès littéraires.

Une forte personnalité :

Dès son enfance, apparaissent certains traits de caractère de la personnalité d'Agatha Christie : tout d'abord sa timidité et ensuite son imagination débridée. Cependant, si elle se décrit comme une femme entravée par les convenances de son époque, elle n'hésite pas à s'acheter une voiture à un moment où les voitures restaient un luxe et à partir voyager seule jusqu'à Bagdad.

La naissance du whodunit :

Comment vit le jour son roman égyptien « La mort n'est pas une fin » ? Comment a été créé Hercule Poirot ? La reine du crime revient sur la genèse de ses romans et donne aussi des indications sur la création de ses personnages. Elle parle aussi de ses succès au théâtre notamment des Trois souris aveugles et se plaît à raconter une anecdote amusante d'une de ses pièces, Premier alibi : le soir de la première, la porte que devait défoncer un médecin et un maître d'hôtel était déjà ouverte et on voyait l'acteur sensé incarner la victime morte s'installer tranquillement !

« Un symbole victorien » :

La vie et l'oeuvre d'Agatha Christie est marquée par l'époque victorienne, par son sentimentalisme, ses convenances. Elle nous fait découvrir les moeurs de cette époque à traverse diverses anecdotes et les lectures de son enfance : elle raconte ainsi comment elle fit plusieurs chutes avec son voisin, dans l'escalier, pour avoir voulu s'entraîner à danser la valse à la mode qui se déroulait dans des escaliers !

A cette époque la femme devait suivre son mari mais la romancière ne cesse de mesurer l'évolution de la femme dans la société. Elle-même est consciente du changement du monde qui l'entoure :« En l'année 1911, je vécus une expérience fantastique : je montai dans un aéroplane » ; Cependant, on est surpris de voir le peu de place que tiennent les deux événements majeurs du XXeme siècle. L'histoire contemporaine ne semblait pas intéresser beaucoup notre romancière.

Fresque sur l'époque post-victorienne, découverte d'une personnalité, l'autobiographie d'Agatha Christie est une oeuvre plaisante à lire, dans un style léger, humoristique et familier, bien qu'un peu ennuyeusement verbeux parfois, contrairement à ses romans policiers....

Une autobiographie, Agatha Christie. Livre de poche, 984 p.

Hors-série Lire, Agatha Chritsie : une femme fatale, 98 p.

Challenge Agatha Christie organisé par George.

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01 décembre 2010

Coco Chanel, une icône, Montalembert

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Pourquoi Gabrielle Chanel, surnommée Coco Chanel, fascine-t-elle autant ? Non seulement, c'est une femme hors du commun mais elle a aussi révolutionné la mode. Chanel est le symbole de l'élégance française. Elle fascine par sa personnalité mais elle a aussi révolutionné le monde de la mode. Catherine de Montalembert et Edmonde Charles Roux racontent sa vie...

Une personnalité hors norme.

Il est intéressant de voir comment Chanel traverse les grands événements historiques  : née en 1883, elle est une femme résolument moderne et actuelle. Son élégance devient intemporelle. Pour cacher ses nombreux chagrins d'amour, elle se tourne vers le travail et ne cessera jamais de créer, ses légendaires ciseaux, toujours pendus autour de son cou : Chanel retouche ses modèles, cherche de nouvelles formes, de nouvelles matières...

Elle côtoie les plus grands artistes de son temps et fascine de nombreux artistes et personnalités : elle est photographiée par Doisneau, peinte par Laurincin... Un aspect moins connu de Chanel est son mécénat. Elle a aidé aussi bien Reverdy que Stravinski ou Diaghilev... De plus, elle conçoit aussi des costumes pour le théâtre et des ballets. Elle fait des incursion dans le cinéma où elle habille vers la fin de sa carrière, Romy Schneider ou Jeanne Moreau, qui deviendront vite des amies.

Une histoire de la mode : « Le chic, ce temps sublimé, c'est la valeur clé de Chanel »  ( Roland Barthes)

Quels sont les apports de Chanel dans le milieu de la mode ? « la petite robe noire », le tailleur, elle est aussi la créatrice du n°5. Elle est la première à simplifier les tenues mais aussi à utiliser des tissus tels que le jersey ou le tweed. Chanel se renouvelle sans cesse, influencée par ses rencontres cosmopolites : en 1920, elle a une période russe, suivie d'une période anglaise...

Que portent les femmes de la Belle époque ? Quelles sont les tenues que portaient les orphelines à l'époque où Chanel entre dans l'orphelinat d'Aubazine ? A côté des créations de Chanel, on peut suivre l'histoire de la mode à travers l'évocation des premiers grands magasins, du succès de Dior, de l'apparition de la mini jupe, qui scandalise tant Coco Chanel !

Des beaux livres

Que ce soit les habits d'époque ou les lieux comme Aubazine, Vichy, chers à la styliste, de nombreuses illustrations agrémentent la lecture fluide de ces biographies. On peut aussi trouver des photos des proches de Coco, comme Balsan ou Boy. Ces deux monographies portent d'emblée dans le titre leur différence : Chanel, une icône, retrace le portrait de la « grande Mademoiselle » tandis que Le temps Chanel, dresse aussi un portrait de Chanel mais tout en insérant des pages sur les artistes qu'elle a fréquentés, comme une double page sur Radiguet, quelques pages sur Missia, Cocteau ou Picasso... Milieux artistiques, moeurs du début du XXeme siècle et événements historiques ont une grande place dans le destin de Chanel. L'ouvrage d'Edmonde Charles Roux développe aussi divers aspects du métier de Chanel, en décrivant les défilés, l'après Chanel ou l'intérieur de son appartement. Ces deux ouvrages, magnifiquement illustrés, mettent l'accent sur la forte personnalité de Chanel et son destin exceptionnel. Un destin hors-norme à découvrir !

Portrait de Chanel à travers les citations de ses contemporains.

Pour comprendre Chanel, quelques citations complètent l'histoire de sa vie.

«  Ses colères, ses méchancetés, ses bijoux fabuleux, ses créations, ses lubies, ses outrances, ses gentillesses, comme son humour et ses générosités, composent un personnage attachant, repoussant, excessif... humain », Jean Cocteau.

«  Coco était belle, elle était même plus que belle, elle avait l'air d'un Goya ».Gabrielle Dorziat.

« Chanel, c'est une merveille. Elle a compris son époque. Elle a créé la femme de son époque », Yves Saint Laurent.

« Les chanellismes »  :

Certainement aidée par Reverdy, Chanel a écrit de nombreux aphorismes.

« C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit ».

«  Chanel c'est d'abord un style. Or la mode se démode. Le style jamais. »

«  C'est que la couture n'est pas du théâtre et la mode n'est pas un art, c'est un métier. »

« La parure, quelle science ! La beauté, quelle arme ! La modestie quelle élégance ! »

Quelques mots sur l'auteur : Après avoir passé 10 ans à la communication chez Dior et Lanvin, Catherine de Montalembert écrit sur les parfums, la mode... Elle collabore périodiquement avec les magazines World of interiors, Femmes...

Coco Chanel, une icône Catherine de Montalembert, Aubanel, p. 130

Le temps Chanel, Edmonde Charles-Roux, Grasset, Edition de La Martinière, 377 p.

Lu dans le cadre du challenge d'irrégulière : "Read me, I'm fashion" d'irrégulière et challenge biographie de bleue et violette
Voici un très beau billet sur les beaux livres de mode sur le site de Eiluned.

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18 novembre 2010

Marie-Antoinette de Zweig

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"De l'amusement, encore et toujours"

Portrait d'une femme et portrait d'une reine, en une vingtaine de chapitres, Zweig (biographie sur le site Larousse) aborde les grands et petits événements qui ont jalonné la vie de celle qui fut la plus adulée et la plus haïe des reines de France : Marie Antoinette. Portrait aussi d'une fille frivole, évaporée, les qualificatifs ne varient pas beaucoup pour la désigner : mais si ce sujet est longuement développé, c'est qu'il prend des proportions très importantes tout au long de sa vie comme l'attestent les lettres de Marie Thérèse d'Autriche témoignant de l'incapacité de sa fille à réfléchir sur des sujets qui l'ennuient.

A partir de ce portrait, se dresse aussi celui de La du Barry, celui antithétique du roi Louis XVI, du cardinal de Rouen qui joua un rôle important dans l'affaire du collier. Rien n'est pas passé sous silence, pas même les ridicules questions d'étiquettes, le jour du mariage de M.A, ni les problèmes physiologiques de son mari, ni sa liaison avec Fersen. Des anecdotes sur Le barbier de Séville - Jouera-t-on ou ne jouera-t-on pas cette pièce qui se moque de l'aristocratie ? - sur la construction du Trianon, sur l'affaire du collier - deux chapitres - permettent de mieux appréhender le contexte dans lequel vit cette reine " rococo" : c'est le siècle de toutes les grandeurs, les fastes, les bals mais aussi celui de la décadence, où de vulgaires escrocs utilisent la signature de la reine à des fins matérielles, où le peuple meurt de faim pendant qu'on danse dans la galerie des glaces...

Peut-on considérer cet ouvrage comme un travail d'historien ? Zweig a fait un travail scrupuleux de recherche mais l'Histoire porte les traces d'une vision psychanalytique. Là où les témoignages sont lacunaires, les zones d'ombre sont restées dans l'ombre comme pour l'affaire de l'œillet ou le témoignage douteux du Dauphin lors du procès de la reine. L'auteur cherche à porter un regard juste sur le destin de Marie Antoinette mais on sent percer son admiration. Dans la note qui suit, il parle des faux du baron Feuillet de Conche, véritable histoire romanesque : Marie Antoinette écrivait peu, la correspondance manuscrite nombreuse est l'affaire d'un habile faussaire.  Feuillet de Conche, spécialiste des manuscrits de la reine, les aurait fabriqués ! Donc, il a écarté les témoignages douteux du bourreau, ou des témoins oculaires tels que la couturière, la femme de chambre, qui ont métamorphosé leurs souvenirs...

D'ailleurs, souvent la plume paraît plus celle d'un écrivain que celle d'un historien. Zweig relate avec vivacité et force dramatisation de nombreux épisodes, notamment l'apparition de Mirabeau, présenté comme un géant tonnant, charismatique, qui est digne d'un roman de Dumas ou de Hugo. De même, Fersen présente des caractéristiques de héros et notre auteur de louer les larges épaules de Fersen, sa beauté nordique ! Ainsi la vivacité du récit tient à l'accumulation d'anecdotes racontées avec brio. Lecteurs, vous serez irrémédiablement entraînés sur les pas de la reine de France, dans le tourbillon de de la Révolution et dans le fracas de la rencontre entre l'Ancien Régime et la jeune République, grâce à un ton simple et une écriture fluide. Lecteurs, si vous avez envie de découvrir d'une manière agréable la vie de Marie Antoinette, alors lisez cette biographie enthousiasmante. Même si les historiens semblent la dédaigner, c'est un ouvrage fort précis et tout à fait captivant, où on reconnait bien la plume du romancier qu'est Zweig : une biographie vive, dramatique, parfois romanesque où le destin d'une femme rejoint celui de tout un peuple.

Marie-Antoinette de Zweig,  Livre de poche, 489 p.
Lu dans le cadre du challenge Histoire.

et dans le cadre du challenge (auto)biographie de bleue et violette.

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19 mai 2010

Lambeaux de Charles Juliet

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Charles Juliet met à nu son coeur dans Lambeaux. Ce sont des lambeaux de son coeur mais aussi celui de sa mère qu'il expose dans ce récit autobiographique original. Adressée comme une lettre à sa mère, employant le tutoiement pour s'adresser à celle qu'il n'a jamais connue, Charles Juliet  lui donne la parole, livre les pensées d'une femme courageuse, à la destinée malheureuse. Il fait exister les idées, les souffrances de cette femme, qui est écartelée entre ses origines paysannes et son amour des livres qu'elle ne pourra pas assouvir...
Comme un cri de douleur, il fait ensuite parler son moi enfant, puis adolescent, qui considère la vie comme une "fissure". Un nouveau portrait de femme se dessine dans son enfance, celui de sa mère adoptive.

Cette biographie sombre, très sombre, rend hommage à deux femmes. La célébration de ces femmes se double d'une célébration de la nature, très délicate et poétique : "En haut de la fenêtre, sur la pellicule de glace qui couvre les vitres, tut te plais à voir briller ces fine paillettes or qu'avivent les dernières étoiles. Tu rêves, songes à ce que sera ta vie, cherches à imaginer ce monde dont tu souffre de ne rien savoir" ou " ce dimanche de ciel clair. Cette lumière pâle, veloutée, et tous ces ocres, ces bruns, ces rouges, ces oranges et ces mauves épandus sur les arbres. Mais la mélancolique beauté de cette campagne ajoute à ta souffrance". A la beauté des lieux et de la vie intérieure, s'opposent la jalousie et la mesquinerie des ignorants et la brutalité du destin. Mais comme toute autobiographie d'écrivain, l'auteur aborde sa naissance à l'écriture, qui est comme une renaissance ouvrant une page d'espoir. Un autobiographie sombre et poétique qui donne la parole aux oubliés de la vie...

"Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohortes des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir pas été aimés

ceux et celle qui crèvent de se mépriser et de se haïr

ceux et celle qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés et pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse".

Autobiographie lue dans le cadre du challenge de Bev.
Lambeaux, Charles Juliet, Folioplus classiques, 113 p.

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07 mai 2010

La place d'Annie Ernaux

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"Il n'est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui.
Cette fille Annie Ernaux, refuse l'oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite "place au soleil. Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : "Les livres, la musique, c'est bon pour toi. Moi, je n'en ai pas besoin pour vivre". Ce récit dépouillé possède une dimension universelle" (Quatrième de couverture)

" Comme de l'amour séparé" :
La narratrice relate sa relation avec son père avec un ton distant, froid. Au seuil du récit de la vie de son père, elle noue le pacte autobiographique : "Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles". A travers une écriture empruntant les mots et les expressions de son père, elle raconte l'histoire, sans fard, de ce père vivant dans une campagne rude, normande. Simplement, elle donne des explications sur son écriture, les raisons qui l'ont poussée à écrire. Dès le début du récit, elle lie deux événements : la mort de son père et l'achèvement de ses études de Lettres Modernes. Les phrases brèves, nominales semblent ressusciter les souvenirs d'une manière brute, ceux d'un monde aboli où Annie Ernaux devenue professeur titulaire n'a plus sa place : "J'écris peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire".
Portrait d'un homme, hommage discret à un père, cette autobiographie, qui refuse l'effusion sentimentale, reste poignante dans la mesure où elle montre comment la vie nous sépare même de ceux que l'on aime.

Annie Ernaux, La place, Folio,  114p.
Lu dans le cadre du challenge autobiographique de Bleue et Violette.

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15 février 2010

Virginia Voolf par Alexandra Lemasson

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Comment retranscrire la complexité de la vie d'un écrivain ? C'est le pari que Lemasson relève en écrivant une biographie sur une des romancières les plus célèbres d'Angleterre, dont la légende est déjà construite de son vivant : considérée comme une femme futile pour certains ou une névrosée suicidaire pour d'autres, V. Woolf a une réputation d'auteur difficile et excentrique.
La quatrième de couverture esquisse le portrait d'une femme légère et mondaine : " J'aime boire le champagne et devenir follement exaltée. J'aime partir en voiture vers Rodmell dans la chaleur d'un vendredi soir et manger du jambon, et être assise sur ma terrasse et fumer un cigare avec un hibou ou deux". V. Woolf (1882-1941) fut une femme aux vie multiples : partagée entre Londres et sa retraite du Sussex, rompues aux mondanités comme à la solitude, attentive aux petits miracles quotidiens et bousculée par la folie". Il ne reste pas une trace de cette légèreté dans le reste de la biographie où A. Lemasson retrace, de manière chronologique, la vie de Virginia.
Elle égrène ainsi les événements marquants de la vie de Virginia : l'enfance heureuse à Saint Yves, puis endeuillée par la mort de sa mère et de son frère et plus tard celles de sa demi-soeur Stella et de son père. Libéré de l'autorité de son père, elle commence à écrire et publier. S'ensuivent la description de son mariage et des différentes rencontres, qui ont jalonnées sa vie, la création du groupe du Bloomsbury, tout en tissant un lien entre sa vie et ses oeuvres.
Lemasson cherche à faire un travail objectif et s'appuie sur l'autobiographie Une esquisse du passé de V. Woolf pour raconter les sentiments de l'auteur mais aussi pour justifier son suicide par lequel elle aborde ce récit de vie. Ce n'est ni une hagiographie, ni une réhabilitation mais un portrait qui se veut nuancé, tordant le cou à la légende noire qui faisait de V. Woolf une folle. Cependant si ce portrait d'une femme, sous l'ère victorienne, insiste sur sa folie pour mieux montrer son courage à affronter la réalité, il me semble que cette biographie reste très sombre et que Lemasson détaille trop les deuils et la maladie qu'a affrontés V. Woolf : à aucun moment, il n'est question des moments heureux traversés par l'auteur... A la question qui est V. Woolf, A Lemasson dans son prologue répond : "Qui l'a lue ? Beaucoup moins. Il faudrait donc commencer par ses livres sans avoir jamais entendu parler de sa vie." Cette biographie permet d'appréhender la vie de cet auteur dans son ensemble, dans une écriture agréable, mais suivons donc ce conseil et lisons V. Woolf....
Une lecture tout de même enrichissante, lue dans le cadre du challenge Virginia Woolf

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11 décembre 2009

La dame blanche de Bobin : ISSN 2607-0006

47331821

La dame blanche de Christian Bobin, folio, 2007, 125 p.

Ce live de Bobin est une autobiographie subjective et poétique d'Emily Dickinson, poétesse américaine du XIXeme siècle.

Cette biographie se présente sous forme de courts fragments proche de la prose poétique, retraçant par petites anecdotes la vie d'Emily. Commençant presque à rebours, le récit de la vie de la poétesse commence par sa mort, de manière significative. La blancheur de cette dame, est la couleur de l'innocence mais aussi celle du linceuil. Toute sa vie, cette femme semble entourée de personnes dont la vie est fugace, elle-même est dépeinte comme une âme. Très tôt, elle connaît l'absence et le manque : l'absence d'une mère et la perte d'une personne chère, Benjamin Newton (secrétaire de son père). Bobin raconte ensuite, sans ordre chronologiques, quelques instants de la vie d'Emily, toutes imprégnées de religiosité.

Paradoxalement, celle qui a choisi la vie, vit en fait comme une recluse et une solitaire car "la tyrannie du visible fait de nous des aveugles". Cette biographie est davantage un portrait en creux, toute en intériorité. La dame blanche est le portrait d'une âme, toute en sensibilité, presque insaisissable. On regrette presque la grâce éthérée de cette prose car elle tend à effacer son sujet.

"Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n'a d'égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu'elle enterre dans un tiroir. "disparaître est un mieux". A la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féérique dans la cave d'un imprimeur et fuit l'Orient hébété. Sous le soleil clouté d'Arabie et dans la chambre interdite d'Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (quatrième de couverture)

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