26 août 2016

Epicure en Corrèze de Marcel Conche : ISSN 2607-0006

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J'ai toujours écouté d'une oreille distraite mes cours de philosophie. Je n'y voyais que des concepts ! "A quoi me serviraient ces notions abstraites ? ", se demandait mon cerveau pragmatique. Si j'avais lu Marcel Conche avant, j'aurais su que la philosophie est aussi une manière de vivre. Tout en racontant ses souvenirs d'enfance qui sont aussi une chronique du monde paysan dont il est issu, Marcel Conche nous fait part de ses réflexions philosophiques sur l'amour, la mort, l'héroisme, la religion...

C'est dans l'esthétique montaignienne que le philosophe nous raconte son enfance : quel homme était son père ? que signifie "noisiller" ? Qu'a-t-il appris dans ses cours et quelles personnes importantes ont jalonné sa vie ? Mais comme les Essais de Montaigne, le livre n'est pas simplement une autobiographie mais "le choix absolu de la philosophie" ( p. 100), qui l'amène à livrer des jugements sur le temps, l'engagement... Lorsqu'il évoque le fait qu'il gardait des vaches près de la Dordogne, c'est pour mieux évoquer la conception du temps d'Héraclite. "Les scènes de paysannerie", comme tuer le cochon, lui permet de faire référence à une autre philosophe Hannah Arendt.

"J'ai écrit mon livre, Montaigne ou la conscience heureuse, qui, dit-on aujourd'hui et j'en suis heureux a rendu Montaigne à la philosophie." ( p. 121). Si Montaigne est souvent évoqué, Epicure ne l'est pas moins ainsi que d'autres philosophes contemporains ou antiques. La philosophie, monde des idées, l'a peut-être éloigné de l'amour et de l'engagement mais elle lui permet d'affronter sereinement l'approche de la mort, de vivre "naturellement", en tenant compte de ses désirs nécessaires et non vains. On apprend beaucoup de choses en ouvrant ce livre, aussi bien sur le monde paysan du début du XXeme siècle que sur les idées dd'un philosophe, qui écrit dans une prose sobre, nous rendant plus lumineuse, plus familière, une matière complexe et notamment la philosophie épicurienne. Vous pouvez vous en donner une idée en l'écoutant sur France culture (dans l'émission Les racines du ciel, "un philosophe en ses terres avec Marcel Conche, à écouter ici) et sur un ton plus ludique et léger, Ali Rebeihi dédie une émission à l'épicurisme dans son émission Ca va pas la tête ( "Comment appliquer Epicure du petit déjeuner au coucher ?" ici )

Marcel Conche, Epicure en Corrèze, Folio, 177 p.

Merci Folio pour ce partenariat.

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02 juillet 2016

Ernest Hemingway par Stampaprint : ISSN 2607-0006

Voici une infographie HD réalisé par des graphistes et designers  de stampaprint.fr (Leur site ici). Ce joli visuel commémore l'oeuvre et la vie d'Ernest Hemingway, disparu le 2 juillet 1961. Vous pouvez découvrir des citations, ses oeuvres, sa biographie...

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30 mars 2016

Fusées, Mon coeur mis à nu de Baudelaire : ISSN 2706-0006

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Fusées, mon coeur mis à nu est venu rejoindre mes livres baudelairiens. Certaines citations de ce livre posthume doit vous être familières comme : "Je ne conçois guère un type de beauté où il n'y ait du malheur", "le plaisir aristocratique de déplaire", "l'éternelle supériorité du dandy".

Tout d'abord quelle est l'intention de l'auteur ? Il l'explique dans une lettre à sa mère. Les notes prises sur la fin de sa vie reflètent l'amertume dont il est rongé et les critiques attribuent souvent à ses dettes et à sa dépendance envers sa mère (" Histoire des Fleurs du mal, humiliation par le malentendu et mon procès") : " Eh bien ! oui, ce livre tant rêvé sera un livre de rancune [...]. Mais tout en racontant mon éducation, la manière dont se sont façonnés mes idées et mes sentiments, je veux faire sentir sans cesse que je me sens étranger au monde et à ses cultes. Je tournerai contre la France entière mon réel talent d'impertinence. J'ai un besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d'un bain" ( Lettre à Mme Aupick, Paris, 5 juin 1863, extrait)

En fait, ces écrits mêlent des principes esthétiques, des remarques misogynes, des critiques acerbes sur la politique et un souhait de faire le panorama de la vie sous le Second Empire, à partir de portraits de contemporains. Comme dans Le spleen de Paris, dont on retrouve des canevas de poèmes en prose, Baudelaire reproche la médiocrité et l'hypocrisie de son époque : il critique Sand et Rousseau, parle de "portrait de canaille littéraire", mais aussi de politique (" le 2 décembre m'a physiquement dépolitiqué") ou de la société matérialiste ( " être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux").

L'appareil critique est immense ! sur les 400 pages, seulement 200 concerne le texte écrit par Baudelaire. De fait, la lecture n'est pas aisée et je l'ai relu car la première lecture était entrecoupée par des notes, très longues, parfois inutilement savantes. Elles sont toutefois nécessaires pour éclairer certaines réflexions du poète. En revanche, d'autres liens auraient pu être faits avec les poèmes en prose. Il faut dire que ces notes sont déjà interminables... A ces notes s'ajoutent la correspondance de Baudelaire et des poèmes en prose en liaison avec Fusées ou mon coeur mis à nu et des textes moins connus comme des notes prises sur Les liaisons dangereuses que le poète devait préfacer. Fusées et mon coeur mis à nu contribuent à construire l'image d'un Baudelaire dandy et maudit.

Fusées, Mon coeur mis à nu et autres fragements posthumes, Baudelaire, folio, p. 463.

Merci Folio pour ce partenariat.

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24 septembre 2015

Primo Levi, Si c'est un homme de Primo Levi : ISSN 2607-0006

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Fiche de l'audiolib, Si c'est un homme ici. Extrait à écouter ici.

Merci à Chloé pour ce partenariat...

 

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16 mars 2015

Vies imaginaires, De Plutarque à Michon

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Merci Folio et Anna pour ce partenariat.

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14 août 2014

Napoléon ou la destinée de Rouart: ISSN 2607-0006

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Avec cet essai biographique, J-M Rouart ne cherche pas à rivaliser avec l'histoire universitaire comme il l'affirme dans ses remerciements. Il souhaite raconter "les échecs secrets" de cet homme, qui a tant fasciné la génération romantique. Mais comment et pourquoi est-il devenu une figure emblématique ? Reprenant les principaux événements de la vie de Napoléon, de sa jeunesse à ses victoires ou défaites, Rouart développe ses pensées à travers diverses suppositions.

En développant les états d'âme du futur empereur, il m'a semblé qu'il en faisait une figure éminemment romantique. La victoire de Marengo, la mort de Desaix, Muiron, et l'hypocrisie de son entourage, lui font éprouver "  un sentiment nouveau pour lui : le désenchantement" (p. 148). C'est ce même sentiment que ressentent Musset, Nerval, qui est la "maladie du siècle"... En 1806, après la victoire d'Austerlitz lorsqu'il se recueille sur la tombe de Frédéric, il décrit la scène comme une page de roman gothique : " il se tient debout dans la crypte obscure ; le halo lumineux d'une lanterne sculpte son visage. On distingue le simple cercueil en bois, recouvert de cuivre où, sur des dalles noires et blanches, repose la dépouille du grand Frédéric. La scène a des allures fantomatiques" (p. 232). Ce dialogue avec des morts illustres n'est pas sans rappeler une scène d'Hernani... La réflexion sur la destinée, ou de "sa bonne étoile", sous-titre de cet essai, semble davantage souligner une construction a posteriori de Napoléon de son propre mythe.

Contemporain de Chateaubriand dont Napoléon admire le style, Rouart fait du Corse un lecteur de Corneille, du Werther, des grands hommes de Plutarque, et il ne cesse de rappeler sa campagne d'Egypte, l'Orient si cher aux romantiques... L'auteur, tout en suivant chronologiquement les différentes campagnes napoléoniennes, rappelle que cette figure politique est un inspirateur des ambitieux de Balzac, il est l'idole de Julien Sorel et peuple de sa présence les plus belles pages des Misérables... Lors des 100 jours, le biographe en fait même un double de l'instable Benjamin Constant !

Ne connaissant pas d'autres biographies de Napoléon, je ne sais où la légende noire commence et où la légende dorée s'arrête... Cependant, Rouart propose une bonne introduction sur le personnage légendaire et historique. Son ouvrage, précis au niveau des faits historiques, chaque événement étant introduit par une date scandant les chapitres, se lit comme un roman ( les dialogues, citations, descriptions de paysages permettant d'alléger la répétition des conquêtes militaires) où perce son admiration pour l'énergie et la volonté de grandeur de l'exilé de Saint-Hélène tout en le dédouanant de sa politique belliqueuse...

Rouart, Napoléon ou la destinée, folio, 400 p.

Merci Anna  et aux éditions folio pour ce partenariat

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23 juin 2014

Darwin de Jean-Noel Mouret/ L'autobiographie de Darwin : ISSN 2607-0006

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"Cave et aude" ( Prends garde et ose)* :

On se représente toujours Darwin, à la manière d'une image d'Epinal, comme un patriarche avec une vénérable barbe très victorienne, comme l'a immortalisé la statue du museum d'histoire naturelle, mais on ne soulignera jamais assez la portée subversive de ses écrits. Cette biographie chronologique présente la vie de ce naturaliste d'une manière sobre - et parfois avec des pointes d'humour - et très documentée : de longues lettres et des extraits de l'aubiographie de Darwin sont citées.

Pour commencer, il remonte dans la généalogie du célèbre auteur de L'origine des espèces, qui est très liée aux Wedgwood (les célèbres fabricants mondiaux de porcelaine). L'enfance est racontée à travers diverses anecdotes, qui évoque son quotidien, en soulignant notamment sa passion pour la chasse, pour les collections, les expériences chimiques qui le feront surnommer de "poco curante" par son maître. Mais c'est justement, cette manie de la collection  - notamment l'entomologie - et son attachement aux détails, qui vont lui permettre de bâtir l'une des théorie les plus subversives du siècle.

"E conchis Omnia" (Tout vient du coquillage)*

Alors qu'il hésite à devenir pasteur et qu'il mène une vie de dilettante, son voyage autour du monde à bord du Beagles va lui permettre d'observer la nature et de constater des phénomènes qui vont bouleverser le monde de la science : " la transmutation des espèces" qu'il a pu observer à partir des pinsons dont il relève 13 espèces distinctes, dans différentes îles des Galapagos. Comment une seule espèce a-t-elle pu se diversifier ? En outre, sur les côtes chiliennes, il est témoin d'un tremblement de terre qu'il décrit en ces termes, bien avant que ne soit formulée la techtonique des plaque : la terre "bouge sous nos pieds comme une croûte sur un fluide" ( p. 171). La publication de L'origine des espèces provoque un séisme : dans ce livre, jamais n'apparaît le nom de Dieu, ce qui déchaîne la colère des Catholiques. A cause de sa maladie et de son travail, Charles Darwin s'est toujours tenu loin de ces querelles et des darwinophobiques.

Les derniers chapitres m'ont semblé particulièrement intéressant. J-N Mouret relève l'habituelle formule érronée : "l'homme descend du singe", ce que n'a jamais formulé l'auteur et surtout il souligne les dérives d'un darwinisme mal compris. Certains font du " darwinisme social", c'est-à-dire qu'il applique la théorie de la sélection naturelle dans le domaine social amenant des idées d'eugénisme et des théories raciales ( p. 322, dans l'avant-dernier chapitre). Une autobiographie pasionnante et un personnage fascinant !

* Devise de Darwin

 

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Dans cette autobiographie qu'il a écrite à la fin de sa vie, qui a été largement reprise par J.N Mouret, l'auteur dresse surtout le portrait des personnalités qu'il a fréquentées, pensant que les gens fréquentés révèlent notre propre nature ( "noscitur socio"). On peut aussi voir un esprit méthodique, la méthode darwinienne : il insiste beaucoup sur le temps qu'il prend pour développer ses idées, " observer et recueillir des faits"... C'est aussi un portrait d'un naturaliste qui a tout consacré à "l'amour de la science". Sur le Beagles, il était surnommé le " philosophe" ( mais aussi "l'attrapeur de mouche" !), surnom très justement choisi lorsque l'on voit la devise des philosophe des Lumières.

Pour en savoir plus, sur Darwin, il existe aussi un très beau film Création d'Amiel et un documentaire intitulé Le Grand Voyage de Darwin, très bien réalisé.

Darwin, Jean Noel Mouret, folio biographie, 400 p. Merci Anne pour ce partenariat Folio.

L'autobiographie, Darwin, Point, 239 p.

Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo (mon bilan) et participation au mois anglais de Lou, Cryssilda, Titine.

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19 mars 2014

Charles Dickens de Ohl : ISSN 2607-0006

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"Dire que la popularité de Dickens fut immense est un euphémisme. De son vivant déjà, tout bourgeois rondouillard portant bésicles avait de fortes chances de se faire appeler Pickwick. Le mot "gamp", du nom de l'un de ses personnages, était synonyme de "parapluie". Tout le monde lisait Dickens : la reine, le peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l'Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes". Dans son avant-propos Jean-Pierre Ohl montre à quel point l'auteur des grandes espérances est populaire en Angleterre, véritable légende dont les personnages semblent côtoyer chaque anglais. Mais cette biographie n'est pas une apologie : l'auteur dévoile une personnalité "complexe, " pétrie de contradictions encombrantes" et "patriarche incommode".

Tout en suivant la constitution de l'oeuvre titanesque de Dikens d'une manière chronologique, Ohl met en parallèle les fictions écrites par Dickens, dont il cite de larges extraits et sa vie hautement romanesque. Par exemple, dans Oliver Twist, la scène du gruau dénonce une réalité sordide contre laquelle se battra Dickens : les workhouses de l'époque font vivre les pensionnaires dans un état déplorable. Les école du Yorkshire font scandale et inspirera les premières pages de Nicolas Nickeby. Le biographe souligne le lien étrange qu'entretient Dickens et ses oeuvres, lien viscéral, qui pourrait être illustré par le tableau Dickens dream de Buss. Il joue le rôle de Wardour, dans une pièce adaptée de Glacial abîme écrit avec Collins, personnage trouble auquel il s'identifie complètement. Et que dire du mystère d'Edwin Drood ? Il continue à fasciner nombres d'auteurs, à tel point qu'il existe des "Writter on Edwin drood" !

Les meurtres et la souffrance sont omniprésents dans l'oeuvre dickensienne mais ils côtoient le comique et la caricature, proche d'un rire grinçant, très moderne selon Ohl. Evidemment dans cette biographie sont décrits les événements majeurs de la vie de Dickens, de son enfance malheureuse à sa fabuleuse popularité, en passant par son voyage en Amérique, ses séances d'hypnose sur une femme rencontrée en Italie. Paradoxalement, Dickens qui incarne l'auteur victorien par excellence semble avoir beaucoup souffert dans cette société rigide que ce soit à cause de son travail pendant l'enfance - traumatisme indélébile - ou son désir de sortir de l'ordre : " toute folie que vous proposez trouvera en moi un écho tout aussi insensé" ( Lettre à Collins). Cette biographie très documentée, qui s'appuie sur celles de P. Accroyd ou de F. Kaplan, fait une très belle place à l'oeuvre géniale du romancier anglais. Et on aurait bien envie de déclarer comme ce fervent admirateur de Dickens que cite J. Green, que toute personne n'aimant pas les romans dickensiens est "sérieusement dérangée" ( p. 186) !

Jean-Pierre Ohl, Dickens, folio,277 p. billet de titine.

Challenge mélange des genres de Miss Léo.

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01 octobre 2012

Flaubert, une manière spéciale de vivre de Biasi : ISSN 2607-0006

A Ernest Feydeau, G. Flaubert écrivait en 1859 : "Après mille réflexions, j'ai envie d'inventer une autobiographie chouette, afin de donner de moi une bonne opinion:

1° Dès l'âge le plus tendre, j'ai dit tous les mots célèbres dans l'histoire : nous combattrons à l'ombre - retire-toi de mon soleil - quand vous aurez perdu vos enseignes et guidons - frappe, mais écoute, etc...[...]

3° J'annonçais une intelligence démesurée. Avant dix ans, je savais les langues orientales et lisais la Mécanique céleste de Laplace"

4° j'ai sauvé des incendies, 48 personnes ;[...]

10 ° Tous les éditeurs s'arrachent mes manuscrits ; sans cesse je suis assailli par les avances des cours du Nord; [...]

12° ( et dernier). Je suis religieux !!! J'exige que mes domestiques communient"

Cette autobiographie plus ou moins rêvée et comique apparaît au seuil de la biographie titanesque consacrée à Flaubert par P-M de Biasi : c'est symptomatique du travail fait par ce théoricien de la génétique des textes qui part des avant-textes, des brouillons, des carnets de l'auteur pour pour aller vers sa vie, son style, son oeuvre... A partir de la métaphore du dada de l'écriture, Biasi déroule la vie de Flaubert entre amour des chevaux, des femmes et de l'écriture. Il nous fait plonger dans les détails de l'oeuvre - l'analyse stylistique du mot "baquet" dans l'Education sentimentale, le "nous" de Madame Bovary... - entrant ensuite dans les méandres des oeuvres plus généralement, tout en suivant les anecdotes biographiques de "l'homme-plume". Les détails foisonnent sur le style de l'auteur qui l'a beaucoup commenté dans ses lettres. On retiendra notamment l'axiome de Goethe ou l'impersonnalité de Flaubert et sa documentation scientifique qui n'est pas celle plus ethnographique de Zola. "Madame Bovary, c'est moi" : qui a dit ça ? reposant sur des analyses sérieuses, vous apprendrez que l'ermite de Croisset n'a jamais énoncé cette célèbre formule.

Quelle est cette manière si spéciale de vivre ? Flaubert a vécu dans le culte de l'art, jouant la stratégie du rhinocéros ; isolé, il rejette la bêtise de son siècle : " Il n'y a plus de place dans ce monde pour les gens de goût. Il faut comme le rhinocéros, se retirer dans la solitude en attendant sa crevaison". Bien sûr, parmi toutes les citations de ses lettres, les analyses de ses oeuvres, il y a une place pour L. Colet, Maupassant, Sand et Tourgueniev... Oui, Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre est un véritable travail de titan, nous faisant redécouvrir une oeuvre oscillant entre tentation du réel et l'Orient...

Pour en savoir plus, écoutons H. Guillemin : quelle verve ! De manière pédagogique - illustrée par de nombreuses anecdotes, Guillemin génial orateur, souligne les mêmes éléments que de Biasi : de manière originale, il commence par comparer Flaubert à Rimbaud, ce qui a priori paraît bien étonnant ; mais c'est dans la désillusion du réel que se rejoignent ces deux écrivains et dans la plongée de tous les stupres. De même,  Biasi et Guillemin se rejoignent en finissant respectivement leur tour d'horizon flaubertien par la question de la religion de Flaubert... Deux grandes études d'un des auteurs les plus connus de la littérature française mais qu'on redécouvre encore...

Biasi , Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre, livre de poche, 578 p.

Archive rts, Flaubert présenté par Henri Guillemin.

Les nouveaux chemins de la connaissances, Flaubert : biographie et correspondance.

Les romans de Flaubert : Madame Bovary, Bouvard et Pécuchet...

Lecture commune avec Dominique.

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14 août 2012

Shakespeare, Autobiographie de Bryson : ISSN 2607-0006

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Cette biographie de Shakespeare est réjouissante et passionnante : quel style ironique ! quel humour ! Cela signifie-t-il qu'elle n'est pas sérieuse ? Au contraire ! C'est avec beaucoup de minutie et à travers la remise en question de nombres de théories farfelues ou fausses que Bill Bryson rétablit enfin la vérité sur la véritable vie de Shakespeare. Ses interrogations débutent avec la découverte du portrait Chandos : représente-t-il Shakespeare ? Non, ce tableau n'est pas un célèbre portrait du dramaturge, dont la seule authentique représentation est celle choisie pour l'illustration de la couverture.

Avec humour, et de manière chronologique, B. Bryson pose la question suivante : que sait-on sur Shakespeare ? La vertigineuse bibliographie prouve que ce dramaturge est devenu un auteur adulé. Mais de sa vie, il ne reste que peu de traces écrites et de témoignages et beaucoup de faits attribués à Shakespeare sont souvent des affabulations ou des hypothèses : "Pour répondre à la question que vous vous posez forcément, non, le présent ouvrage n'a pas été écrit parce que le monde avait besoin d'un livre de plus sur Shakespeare. L'idée était simplement de prendre la mesure de ce que les archives nous apprennent réellement sur lui. Ce qui bien sûr, explique sa minceur." Ainsi pour B. Bryson, les fameuses " années perdues", c'est-à-dire la période entre 1585-1592 où on ne trouve pas traces de Shakespeare sont définitivement perdues, ce qui semble logique. De même, ce n'est pas parce que plusieurs de ses pièces se déroulent en Italie - par exemple, Le marchand de Venise - que Shakespeare s'y serait rendu. Rien ne le prouve...

Si la vie de Shakespeare reste toujours aussi obscure, B. Bryson réussit à tracer la vie intellectuelle et quotidienne de la période Élisabéthaine de manière très documentée, abordant aussi bien les moeurs théâtrales que la forme que pouvait avoir le Globe à l'époque. Ses arguments pourfendant les thèses fantaisistes - et les universitaires délirants sont légions -  sont extrêmement soignés : par exemple, la thèse oxfordienne qui voudrait qu'Edward de Vere soit en fait la personne qui aurait écrit toutes les pièces de Shakespeare est mise à mal car la plupart des pièces n'étaient pas écrites quand il est mort en 1604... A lire absolument pour découvrir le style truculent et ironique de B. Bryson et pour découvrir qu'on ne sait rien sur Shakespeare !

" Si presque tout le monde s'accorde à dire que la carrière de William Shakespeare en tant que dramaturge a débuté en 1590, la question de savoir par quelle pièce il a commencé ne fait absolument pas l'unanimité. Selon l'autorité à laquelle on choisit de se fier, ce peut-être n'importe laquelle des huit suivantes : La comédie des erreurs, les deux Gentilhommes de Vérone, la Mégère apprivoisée, titus Andonicus, Le roi Jean ou l'une des trois parties de Henry IV".

Bill Bryson, Shakespeare Autobiographie, Petite bibliothèque payot, 219 p.

Participation au challenge Shakespeare, organisé avec Claudia. Lu aussi par Dominique, théoma,

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