08 mai 2019

Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro : ISSN 2607-0006

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http://6pieds-sous-terre.com/zai-zai-zai-zai-un-road-movie/-u946

Fabcaro présente un univers déjanté dans ses BD ou ses romans. Cet univers rappelle celui de Quentin Dupieux, où le quotidien devient absurde et improbable : le bédéiste n'a pas sa carte du magasin au moment de payer ses courses. Aussitôt, il est pourchassé comme un dangereux délinquant. Voici trois raisons de lire cette BD si ce n'est pas déjà fait !

1. L'humour : Fabcaro sait créer des décalages des plus comiques. Se mettant en scène comme un bédéiste humoristique, voyons la définition qu'il en donne : " il s'agit d'un courant d'auteurs qui s'inspirent de situations du quotidien et les déforment de manière à détendre les gens, voir en dans certains cas à les faire sourire". Effectivement, le sourire, voire des explosions de rire, nous quitte pas devant ce road movie déroutant. Dans sa fuite éperdue, le bédéiste fait du stop. Qu'arrive-t-il au personnage principal ? "Et allez évidemment, un groupe de gospel pile là où je fais du stop, classique", constate-il ! Les détournements d'objets du quotidien sont parfaitements risibles : l'auteur menace le vigile avec un poireau et ce dernier menace notre anti-héros de faire une roulade arrière !

2. L'art de la chute : les planches se succèdent mais les personnages et les intrigues ne se suivent pas. D'une planche à l'autre, on découvre différents protagonistes qui commentent les événements. Ce mode de narration contrevient au "systématisme dans les schémas de narration". Cette première surprise est redoublée par la chute de chaque planche : les brèves histoires de chaque page ou double page se terminent par une pointe. Un homme révèle à sa femme que lui aussi a fait des courses. Lui est-il arrivé une mésaventure comme celle du personnage principal ? Sa femme est inquiète ! Mais non, il n'est plus qu'à 37 points de l'appareil à raclette ! Devant une telle félicité, le couple s'embrasse et la jeune femme déclare : " Parfois, j'ai peur que tout ça ne soit qu'un rêve" !

3. La satire : mais de qui se moque-t-on dans Zaï zaï zaï ? Facaro dénonce aussi bien la vacuité des discours des médias que celle des discussions des citoyens envahies par les clichés. La police et les politiciens ne sont pas épargnés. A travers l'aventure héroïcomique de la carte de fidélité, se profile une dénonciation de la consommation de masse, des complotistes ( l'auteur faisait ses courses dans un super U lorsqu'il est poursuivi. Or c'est bien connu, selon un complotiste, "Super U → UB40 → 40 → guerre de 40 → Juifs" !), des antisémites, de l'intolérance, du politiquement correct et de l'individualisme. Par exemple, le bédéiste en cavale fait du stop. Un automobiliste s'arrête et explique : "Je ne peux pas vous prendre, je suis assez individualiste, je préfère être seul et écouter ma musique tranquille que d'avoir à engager une conversation avec quelqu'un que je ne connais pas" ( on peut aimer aussi le politiquement incorrect où une personne dit ce qu'elle pense sans cacher son discours sous de faux bons sentiments) ! Zaï zaï zaï a sa place dans la bédéthèque idéale !

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Si la pièce radiophonique est jouée près de chez vous, allez voir les dialogues absurdes et critiques de Fabcaro mis en scène par Paul Moulin. Vous serez projetés dans l'univers de la BD : le texte est gardé à 90 pour cent. Ce projet est parti d'une commande du théâtre Rungis pour la saison 2017-2018, qui renouvelle la fiction radiophonique.

Avec vivacité, musiques, et bruitages, les comédiens font revivre le road trip inventé par le bédéiste. Les sons ingénieusement rendus, grâce notamment à un poireau, immergent le spectateur dans l'univers de Zai Zai Zai Zai. Les voix des acteurs sont modulés en fonction des personnages représentés, de même que leurs expressions et mouvements - on retrouve avec plaisir les deux amoureux consuméristes, le vigile égocentré, la satire des écrivains - et les captations sonores permettent de recréer les différents lieux du récit. Si vous avez ri en lisant les dialogues de la BD, vous ne pourrez qu'apprécier le spectacle trépidant, créatif, orginal, grinçant, humoristique et burlesque ( c'est un vrai plaisir de voir la roulade arrière, celle qu'il rate, du vigile !).

Dans les dernières lignes de l'article de J. Lachasse, on apprend que l'écriture d'un scénario est en cours. Fabrice Caro ne doit rien divulguer. Quentin Dupieux est-il derrière ce projet cinématographique ? Ce serait parfait !

Fabcaro, Zai zai zai, 6 pieds sous terre, Bulgarie, Octobre 2018.

Zai zai zai, Pièce radiophonique, mise en scène par Paul Moulin, avec Aymeric Demarigny, Ariane Begoin, Maïa Sandoz, Aurélie Verillon, Maxime Coggio, Élisa Bourreau, Christophe Danvin et Cyrille Labbé.

Théâtre des Quatre Saisons - Parc de Mandavit - 33170 Gradignan

Sur le web : Saxaoul, Hélène,

Le Saux Laurence, "Bédéthèque idéale #92 : “Zaï zaï zaï zaï”, le goût pour l'absurde de Fabcaro", Télérama, mis en ligne le 21 mars 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/bedetheque-ideale-92-zai-zai-zai-zai-le-gout-pour-l-absurde-de-fabcaro,128180.php

Lachasse Jérôme, "BD: plongée dans l’univers de Fabcaro, l’auteur à succès de Zaï zaï zaï zaï", BFMTv, mis en ligne le 28 juin 2018. URL : https://www.bfmtv.com/culture/bd-plongee-dans-l-univers-absurde-de-fabcaro-l-auteur-a-succes-de-zai-zai-zai-zai-1479884.html

Schmitt Amandine, "Le Grand Prix de la Critique pour "Zaï zaï zaï zaï", la BD qui se moque de l'état d'urgence", Bibliobs, mis en ligne le 27 janvier 2016. URL :https://bibliobs.nouvelobs.com/bd/20160127.OBS3464/le-grand-prix-de-la-critique-pour-zai-zai-zai-zai-la-bd-qui-se-moque-de-l-etat-d-urgence.html

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07 décembre 2018

Culottées 1 de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

 

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-BD/Culottees-I-2

Culottées 2, où Bagieu décrit le destin de plusieurs femmes comme Nelly Bly, prolonge une première série de portraits, qui vient de paraître dans la collection Folio en format poche. Deux volumes permettent de découvrir les vies de 14 femmes telles que Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina Van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley (partie 1), Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Girogina Jorgensen, Wu Zetian ( partie 2).

Reprenant le système de courtes biographies, suivie d'une double page s'intercalant entre les planches, la bédéiste croque rapidement la trajectoire hors du commun de femmes, qui sont méconnues comme l'impératrice Wu Zetian. Popularisée par le film de Tsui Hark dans la série des détective Dee, elle apparaît comme une impératrice intelligente et ambitieuse. Elle améliore la condition des femmes, des paysans, faisant de son règne l'un des plus propères de l'histoire chinoise. Bagieu retrace sa biographie en mettant à distance la légende noire qui entoure ce personnage : " longtemps, les historiens officiels ont dépeint Wu Zetian comme une sorte de version chinoise de la reine de coeur d'Alice aux pays des merveilles, en se focalisant sur sa police secrète et sa tendance à se débarrasser de ses ennemis". Le ton humoristique, se fait parfois critique, en dénonçant certains stéréotypes : "En revanche, il est systématiquement précisé (et souligné comme un fait inoui) qu'elle était "redoutable", "ambitieuse", "intransigeante"... Des traits de caractères communs et valorisés chez à peu près tous les empereurs de l'histoire..." ( p. 75, livre I, partie 2).

Les planches permettent de sortir de l'oubli des femmes comme Delia Akeley, primatologue, Las Mariposas qui sont deux soeurs engagées politiquement ou  Annette Kellerman, une Australienne qui a coupé les jambes de son maillot et qui a fait une carrière d'actrice aquatique. "J'ai aidé les femmes à libérer  leur corps", peut-on lire dans la dernière bulle... Culottées est ainsi un bel hommage à toutes ces femmes. Le format, plus petit qu'une BD traditionnelle est facilement maniable, transportable, et ne perd pas en qualité : feuilles épaisses, couleurs vives, bulles très lisibles. Encore une série de très beaux portraits  à découvrir !

Culottées 1, Partie 1 et partie 2 Pénélope Bagieu (en deux tomes, folio, 71 p. partie 1 et 69 p. partie 2)

Autres BD : Cadavre exquis, Culottées 2,

Sur le web : site de la bédéiste

Merci Folio pour ce partenariat

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07 septembre 2018

Culottées 2 de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

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Cette bande dessinée rassemble des biographies de figures féminines célèbres ou moins célèbres comme Temple Grandin, Sonité Alizadeh, Chéryl Bridge, Thérèse Clerc, Betty Davis, Nellie Bly, Phulan Devi, The shaggs, Katia Krafft, Jesselyn Radack, Hedy Lamarr, Naziq Al-Abid, Frances Glessner Lee, Mae Jemison, Peggy Guggenheim. Ces biographies mettent en avant les difficultés qu'elles ont rencontrées pour s'imposer dans leur domaine comme Mae Jemison, qui est la première femme noire envoyée dans l'espace, ou rendent hommage à des femmes, qui n'ont pas été reconnues de leur vivant comme Hedy Lamarr, plus connue pour sa beauté d'actrice que pour ses inventions.

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En plus de l'idée très bonne d'avoir rassemblé tous ces portraits de femmes, on prend plaisir à voir le trait de crayon reconnaissable de Pénélope Bagieu, dont les dessins colorés ne sont pas surchargés avec un arrière-plan souvent uni, permettant ainsi de donner une plus grande place au texte, qui ne manque pas d'humour ( comme dans un roman graphique). Ci-dessus un exemple de planche extraite de la vie de Nelly Bly). Un vrai plaisir visuel et de beaux portraits féminins ! 

Bagieu Pénélope, Culottées 2, Gallimard bd, 163 p. 

Autres BD : Cadavre exquis,

Sur le web : Violette,

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25 avril 2017

Suite française de Moynot : ISSN 2607-0006

Numérisation_20170425Même en format poche, cette bande dessinée adaptant le roman d'Irène Némirovsky est lisible et d'une grande clarté : les grandes vignettes sont faciles et agréables à lire. En outre, précédant le début de l'histoire, deux doubles pages présentent les personnages assez nombreux : la famille Péricard, les Corte, les Michaud.

On comprend pourquoi Tardi a choisi ce dessinateur Emmanuel Moynot pour lui succéder dans la série des Nestor Burma, car les dessins présentent des similitudes dans le choix du noir et blanc, des graphismes... En juin 1940, plusieurs familles partent sur les routes devant l'avancée des Allemands en France. " Voilà bien les hommes ! race égoïste et dure", pense Charlie Langelet (p. 135), "un esthète", qui finit par voler un jeune couple un peu naïf. Un curé se fait tuer par ses jeunes protégés et un jeune homme veut participer à tout prix à la guerre mais fuit devant les réalités brutales et sordides. Ainsi voit-on plusieurs destinées se croiser révélant les aspects les plus vils des hommes face au danger, à la peur, à la situation chaotique.

Cette BD est une bonne manière de découvrir l'oeuvre d'une romancière, longtemps restée dans une malle : déportée à Auschwitz, où elle meurt, Irène Némirovsky a légué le manuscrit à ses deux filles. Il n'est publié qu'en 2006. Après cette destinée romanesque, cette oeuvre mérite d'être découverte en BD, qui décrit sans concession différentes attitudes des Français, dans les années 40.

Moynot, Suite française, Tempête en juin, d'après le roman d'Irène Némirovsky, 220 p.

Partenariat Folio

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21 mai 2014

La fleur au fusil / Le der des ders de Tardi : ISSN 2607-0006

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On retrouve la touche des Adèle Blanc-sec dans Adieu Brindavoine : dans l'appareil didactique qui suit cette BD, on apprend qu'elle a été publiée dans un journal hebdomadaire. BD-feuilleton donc, elle met en scène M. Brindavoine, un dilettante, à qui Zarkhov promet un brillant avenir. Brindavoine part à Istambul à la rencontre de son mirifique destin où il fait la connaissance de Carpleasure, un exentrique anglais, qui n'hésite pas en pleine traversée du désert, menacé de mort, à boire son thé. Rêves, aventures rocambolesques, coincidences se succèdent de manière effrénée. Cette aventure très fantaisiste nous permet de faire connaissance avec un anti-héros, Brindavoine, qui va devenir soldat Dans La Fleur au fusil.

En quelques planches, où sont présents aussi les mêmes procédés de rêve, d'animation des objets, La fleur au fusil illustre la vision pacifiste de Tardi : condensés en quelques cases où domine le rouge sang, on voit des combats absurdes et sanglants mais aussi des fraternisations. Certains hommes sont métamorphosés en brute par la guerre, aveuglés par leur pouvoir. Avec des détails historiques réalistes, en employant l'argot des troupiers, Tardi dénonce la guerre avec l'évocation des désertions, des orphelines de guerre, des morts.

Tardi, Adieu Brindavoine, suivi de La fleur au fusil, Magnard Casterman, 79 p.

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Quelques thématiques sont récurrentes chez Tardi : comme les polars, la première Guerre Mondiale... Ce sont ces éléments que l'on retrouve dans Le der des ders. En 1920, le détective privé Eugène Varlot est engagé par un colonel, Fantin de Larsaudière qui soupçonne sa femme d'avoir des relations extra-conjugales. Dans des planches en noir et blanc, on découvre peu à peu une histoire de chantage, avec en arrière-fond, une description du Paris de l'entre-deux-guerres, avec mille détails historiques qui ne démentent pas l'intérêt de Tardi pour l'Histoire. De surcroît, un épisode sordide et trouble de 1917 est développé ; de même, les cauchemars de Varlot - ancien combattant - et l'évocation des gueules cassées permettent au bédéiste de développer sa critique de la guerre.

Même si les dessins me semblent souvent très surchargés, on peut voir, dans ces trois histoires, se déployer le talent de l'auteur de C'était la guerre des tranchées pour créer le suspense, les caricatures mais auss le comique.

Daeninckx, Tardi, Le der des ders, Magnard Casterman, 107 p.

Participation au challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie BD, mon bilan)

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12 juin 2013

Tamara Drewe/ Gemma Bovery de Simmonds : ISSN 2607-0006

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Quel charme ont les romans graphiques ( cf. définition dans cet article de Neuvième art 2.0) de Posy Simmonds ! Non seulement, elle sait décrire et illustrer la société contemporaine avec humour et finesse mais elle sait aussi parler littérature. Tamara Drewe s'inspire de Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy tandis que Gemma Bovery est une transposition ludique d'Emma Bovary.

Dans Tamara Drewe, trois narrateurs nous entraînent dans le village de Stonefield, où s'ennuient de jeunes adolescents dont Casey, qui va inconsciemment provoquer bien des drames par l'envoi de textos intempestifs ou en entrant par effraction chez Tamara. Quant à Tamara, une jeune journaliste londonnienne, elle déchaine les passions dans une campagne anglaise pas si idylique qu'elle n'en a l'air. Elle sert de cadre à la retraite studieuse d'écrivains en résidence où cohabitent Glen Larson, un universaire déserté par les muses et Nicholas Hardiman, un écrivain à succès qui est" comme une théière" autour duquel les femmes  s'empressent "comme des tasses".

Contrairement aux bandes dessinées, le mélange des textes et de la forme traditionnelle de la bande dessinée permettent de développer la psychologie des personnages et leur point de vue. Ainsi, suit-on dans Gemma Bovery à la fois les fantasmes de la jeune femme qui s'ennuie dans la campagne Normande -  qui rêve de son ex-amant -, qui n'aime pas son indolent mari et ses enfants et  en même temps, on peut suivre les pensées de Raymond Joubert, un boulanger qui bovaryse : il confond comiquement sa voisine avec l'héroïne de Flaubert.

Mais Gemma Bovery et Tamara Drewe ne sont pas de simple réécriture libre. P. Simmonds dépeint la cohabitation entre Français et Anglais dans Gemma Bovery, en mettant en scène un couple d'anglais ( les Rankin) et la vie de Raymond. Elle met aussi en image l'ennui des personnages vivant "loin de la foule déchaînée" et les inconvénients de vivre dans des petites bourgades où chacun s'épie, les difficultés du métier de journaliste ou des décoratrices dépendant des commandes, et même des problèmes de prise de poids, d'odeur d'égout dans les vieilles maisons ou de fraudes fiscales. A cela s'ajoute l'humour et la fantaisie avec l'évocation des coussins corrupteurs ( selon Glen Larson) et de vaches furieusement meurtrières. En effet, chaque dénouement est des plus rocambolesques. Un univers à découvrir si vous ne connaissez pas encore Posy Simmonds...

Simmonds, Tamara Drewe, denoel Graphic, p 134.

Simmonds, Gemma Bovery, Denoël Graphic,

billet de Miss Léo.

Participation au mois anglais de Lou et titine.

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09 juin 2013

Mysteries, Seule contre la loi de Vincent Wagner, Roger Seiter : ISSN 2607-0006

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Après la vogue des romans victoriens, voici la mode des BD victorienne : Mysteries, Seule contre la loi est l'adaptation d'un roman de Wilkie Collins. L'adaptation en images est aussi fidèle que possible et que le permet la réduction d'une intrigue de plus de 500 pages en seulement une centaine. Cependant, l'histoire reste tout à fait compréhensible : le rôle de Valéria en femme déterminée à découvrir le secret de son mari, qui porte un faux nom est bien mis en scène. Comme le personnage de Mariane dans La dame en blanc, Valéria n'hésite pas à enfreindre les codes de la bienséance pour prouver l'innocence de son mari. On retrouve une galerie de portraits comme dans beaucoup de romans de W. Collins avec la présence du "méchant" Misserimus Dexter - à la hauteur du Fosco de la Dame en blanc , Ariel, ou des excentriques comme dans  Pierre de Lune, et surtout de la présence du romancier lui-même, parfaitement et admirablement barbu !

La pluie battante de la première case annonce bien l'ambiance sinistre et glauque qui s'installe au fil des pages, où le dessinateur privilégie les couleurs froides et qui culmine avec la découverte de la maison délabrée de M. Dexter et ses abominables croutes. Mais surtout la dimension historique est particulièrement soignée : coupé, tilbury pour le décor, mitaine résille, crinoline et houppelande pour les vêtements, rien n'est oublié pour recréer l'ambiance de l'époque victorienne. L'appareil didactique final souligne le rôle joué par la système jusdiciare dans les romans de Collins, qui a fait des études de droit même s'il n'a jamais plaidé. Le format plus petit de Magnard Caterman permet, en outre, une lecture aisée en toutes circonstances !

Quelques BD victoriennes :  Le roman graphique Elinor Jones, (Lu par L'irrégulière), Le célèbre From Hell de Moor et Campbell, Peter Pan de Loisel, Professeur campbell de J. Sfar, Tea party de Nancy Pena ( lu par la petite marchande de prose), La madone de Pellini, Feredici, (Lu par Lou) , Emma de K. Mori, Clues de Mara ( lu par Clélie) .Scotland Yard, Dobbs et Perger (Lu par sookee), Venise hanté, Seiter et Vincent Wagner (lu par Cryssilda), La série Fog, Seiter et Bonin, lu par Lou, ..

Mysteries, Seule contre la loi, Vincent Wagner Roger Seiter, Magnard Casterman, 119 p. Lu par Cryssilda, syl, Titine,

Participation aux challenges British Misteries de Lou, Challenge I Love London organisé avec Titine et au mois anglais organisé par titine et Lou.

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01 juillet 2010

Cadavre exquis de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

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Cette bande dessinée commence comme de la chick litt : une jeune femme, la vingtaine, peu cultivée et assez sotte, hôtesse d'accueil dans un salon de voitures se morfond entre un ami sans intérêt et grossier et un travail peu intéressant. Zoé vit frustrée jusqu'au jour où elle rencontre un écrivain du nom de Thomas Rocher... qui paraît bien mystérieux : pourquoi refuse-t-il de sortir de chez lui ? Quelles sont les raisons pour lesquelles il vit caché, les rideaux de son appartement toujours fermés ? Zoé croit avoir trouvé enfin le bonheur et un ami exaltant lorsque l'ex-femme de Thomas Rocher refait surface....

Mais qui est ce "cadavre exquis" présent dans le titre, plaçant ainsi cette bande dessinée sous le genre de la BD policière ? Bien qu'il n'y ait pas d'enquête traditionnelle, l'histoire prend un autre ton, plus mystérieux, sans jamais être sombre : les milieux de l'édition ne sont pas épargnés et la figure de l'auteur y est caricaturale : égocentrique, aimant la gloire et le succès. Si les poncifs sont présents, c'est pour mieux les détourner.

L'intrigue est intéressante  même si certaines scènes sont  passablement prévisibles ou les ficelles parfois un peu grosses, notamment en qui concerne la rencontre de l'auteur et de la jeune fille. On retrouve, dans le début de l'histoire, le ton déjà présent dans les séries Joséphine et Ma vie est tout à fait fascinante avec des situations cocasses liées à la vie de la jeune fille avec les conventionnels déboires amoureux, problèmes au travail avec les collègues. Cependant cette bande dessinée est beaucoup plus travaillée, et étoffée que les précédentes avec des couleurs très vives et des dessins colorés, décidément très agréables.  Les dialogues le sont moins, rares et plutôt légers, mais cette bande dessinée aux jolies illustrations vous fera passer un agréable moment de détente...

Bagieu, Cadavre exquis, Gallimard, p 124.

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08 janvier 2010

Le tartuffe, tome 2, adapté par Duval et Zamzim : ISSN 2607-0006

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J'attendais avec beaucoup d'impatience le nouveau tome du Tarfuffe, après la lecture du tome 1, qui est décidément des plus enthousiasmants et devrait réconcilier les plus récalcitrants avec un classique de la littérature française.

Ce deuxième tome regroupe les actes III, scène 1 à l'acte IV, scène 4 : Orgon s'est donc entiché d'un faux dévot au point de vouloir lui donner sa fille en mariage et de déshériter son fils au profit de Tartuffe. Il tolère même que cet hypocrite fasse la cour à sa femme ! Aveuglé par la fausse dévotion de ce fieffé coquin, il met toute la maisonnée en danger : heureusement que son beau frère Cléante et sa femme Elmire luttent pour rétablir la vérité...

Tartuffe apparaît dans toute sa forfanterie : il est gourmand, vil, menteur et coureur de jupon. Molière a su comme nul autre brocarder la fausse vertu. Tartuffe a beau parler de "haire" et de "discipline", les membres de la famille ne sont pas dupes, excepté Orgon qui est, comme dirait la servante Dorine, "tartuffié".

Le texte étant intégralement reproduit, l'intérêt réside dans la mise en image. Les dessins sont vraiment appropriées, venant illustrer à merveille les défauts dénoncés par Molière : Tartuffe est laid et Orgon niais. Le dessinateur a su rendre plus compréhensible certains passages en rajoutant des scènes, notamment l'épisode de la cassette volée par Tartuffe. Le dessinateur réalise une véritable prouesse en illustrant la célèbre scène de l'aveu de Tartuffe à Elmire : au fur et à mesure de la déclaration d'amour, le paradis remplissant l'arrière plan des cases se transforment en enfer dantesque. Les scènes sont rendues vivantes, avec brio, grâce à des images colorées et imaginatives.

Tartuffe, Tome 2, Duval et Zamzim, Delcourt, 47 p.

billet du tome 1 ici

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10 octobre 2009

Adèle et la bête de J. Tardi : ISSN 2607-0006

 

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Tome 1 : "Adèle et la Bête".
Un scientifique arrive, par télépathie, à faire éclore un oeuf de ptérodactyle qui va semer la terreur sur Paris. Léonce Caponi, un commissaire incompétent est désigné pour mener l'enquête sur ces sanglants meurtres. Adèle Blanc-sec cherche à sauver un ami de la peine capitale pour avoir dévalisé une bijouterie... Tous ces personnages vont se croiser dans un Paris peuplé de monstres fantastiques !
A la croisée des genres, cette bande dessinée mêle une intrigue policière et des éléments fantastiques dans un Paris réaliste du début du XXeme siècle. Le scénario est plein de rebondissements, de meurtres et de scènes rocambolesques : Adèle Blanc-sec finit même par s'écrier "quelle salade" au moment où un des personnages prend la parole pour apporter des éclaircissements sur les zones d'ombre de l'intrigue.
Une intrigue complexe, mais rehaussée par les dessins de Tardi. Adèle Blanc-sec, habillée en style Belle Epoque, est en fait une héroïne moderne, qui n'a pas froid aux yeux, et est difficile à cerner dans ce premier épisode.
Juste un petit mot sur l'édition "classique et contemporain" de Magnard : ce petit format est agréable, pratique à lire et les bulles sont tout à fait lisibles.

Tardi, Adèle Blanc-sec, Adèle et la Bête, Magnard, classiques et contemporains, 69 p.

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