Les dystopies et les romans post-apocalyptiques se multiplient reflétant les angoisses face aux catastrophes climatiques, industrielles, nucléaires... Aux célèbres romans tels que La servante écarlate de MArgaret Atwood, Le mur invisible de Haushofer, le paradoxe de Fermin de Boutine... s'ajoute Dans la forêt de Jean Hegland. En Amérique, il est devenu un best-seller adapté par Patricia Rozema.*

L'auteur imagine l'histoire de deux soeurs confrontées à l'extinction progressive de la civilisation - à commencer par l'absence d'électricité, puis l'absence de magasins, d'essence - et ne recherche pas le spectaculaire mais propose une vie pausible sans progrès scientifique. Une fois tout détruit, il ne reste que la nature, l'art et la littérature. L'art est incarnée par l'âinée Eva, qui s'est découverte une passion pour la danse très jeune et la littérature par la cadette Nell, passionnée par la lecture de l'encyclopédie. Malgré les difficultés, les deux soeurs apprennent à survivre dans leur maison isolée en Californie en s'appuyant sur la transmission des savoirs de leurs parents, qui vivaient déjà sans surconsommer, et des livres.

"La collaboration de la terre et de l'eau"

Cette fiction présente un modèle crédible de survie, dans une nature effrayante avec ses animaux sauvages mais aussi pleine de ressources. Elle s'inspire du destin de deux femmes réelles Sally Bell et Lone Woman, qui a survécu pendant une vingtaine d'années, seule sur une île de Californie. Le roman de Jean Hegland n'est pas particulièrement original - c'est lisse et même vaguement ennuyeux - mais il propose une vision optimiste de la fin de notre civilisation, avec un certain réalisme même si les dernières lignes sont porteuses de mysticisme...

Qui plus est, la lecture douce et fluide de Maia Baran nous fait immédiatement entrer dans cette histoire racontée par Nell, une jeune fille de 17 ans, qui tient un journal. Sa voix jeune convient parfaitement pour ce récit fait par une jeune fille encore naïve, pas sortie de l'adolescence.

Ce récit a l'avantage de rendre accessible la science-fiction et le roman de nature writting. C'est aussi un "miroir du réel, un outil de compréhension du monde"** rempli d'espoir contrastant avec des romans sensationnalistes ou pessimistes comme Je suis une légende de Matheson. Dans la forêt n'est pas un roman d'une grande orgininalité, les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais le récit rappelle l'importance de la nature et donne une place importance aux femmes tout en nous faisant penser le monde autrement, ce qui est déjà pas si mal !

Dans la forêt, Jean Hegland, Audiolib, lu par Maia Baran, France, 1 CD, 10h02, juillet 2019.

* Into the forest, Patricia Rozema, 2016, 1h41 avec Ellen Page et Evan Rachel Wood

** Estienne d'Orves Nicolas, "Et la science devint fiction", Hors-srie, Le point POP, Les chefs d'oeuvre de la science-fiction, novembre-décembre 2018.

Prix Audiolib 2020. Autres romans écoutés : Ici n'est plus ici de T. Orange, Le bal des folles de V. Mas

Sur le web : billet de Claudia, Lirelyne

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask
Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C'est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)[...]
https://www.franceculture.fr

INTO THE FOREST Trailer (2016)