30 septembre 2019

La note américaine de David Grann : ISSN 2607-0006

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 Photo : © Courtesy of Raymond Red Corn et James Gabbert/Istock. couverture : Hite

Comme le célèbre De sang froid de Truman Capote, La note américaine est un "true crime"  : le journaliste David Grann enquête sur des disparitions dans la tribu des Osage et raconte comment des meurtres sont passés inaperçus. Avec ses chiffres, ses faits, ses dates, l'écriture est minutieuse, précise, simple, écriture proche d'un autre roman de non-ficion De sang froid.

Pour raconter cette enquête, il s'est appuyé sur de nombreux documents, témoignages comme l'indique la bibliographie et les remerciements. L'ampleur des recherches titanesques est visible dans la précision du récit dans lequel sont cités des journaux, des témoignagnes, des rituels osages. En revanche, il n'y a pas de système de numérotation dans le renvoi des notes, ce qui ne facilite pas le repérage des sources. Des photographies viennent illustrer les propos de David Grann et donner un visage à tous ces protagonistes et à tous ces lieux. Voyez comment les images s'intègrent au récit :

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 Courtesy of the werstern History Collections University of Oklahoma Libraries, Cunningham No. 184

Mais il ne faut pas réduire La note américaine à une simple enquête. David Grann se penche sur l'histoire de l'Amérique au début du XXeme siècle, de celle de la police et de la création du FBI et celle des Amérindiens. Ces derniers dépossédés de leurs terres sont obligés de s'installer en Oklahoma sur une terre rocailleuse qui recouvre des gisements pétroliers. Chacun cherche à profiter des malheureux Amérindiens devenus richissimes grâce aux gisements de pétrole... Non seulement on cherche à les assimiler, à les voler, à les empoisonner mais surtout, on les méprise en les appelant les "couvertures" et en les considérant comme des barbares. Pour prendre leur terre originellement au Kansas, voici ce qu'écrit le journaliste : " En 1870, les Osages - expulsés de leurs tipis, leurs tombes pillées -

Grann école 001 acceptèrent de vendre leurs parcelles du Kansas aux colons à un dollar vingt-cinq l'acre. Malgré cela, certains d'entre eux massacrèrent des indiens, laissant leurs corps mutilés, sclapés" (p. 59). Qui sont les barbares ?

Courtesy of Raymond Red Corn

"Presque tout a disparu aujourd'hui. Disparues, les gigantesques compagnies pétrolières et leurs forêts de derricks. Disparus, les chemins de fer, dont celui où A Spencer et Franck Nash commirent la dernière attaque de l'Oklahoma en 1923. Disparus, aussi, les hors-la loi dont la majorité ont eu une mort aussi spectaculaire que la vie qu'ils avaient menée" (p. 311). Certains crimes n'ont pas été punis. Là réside le scandale de cette sombre histoire. Lorsque D. Grann parle enfin à la première personne, c'est pour souligner un triste constat : le Règne de la terreur - dans les années 1920 au moment des nombreux meurtres des Osages - n'est que la partie visible des meurtres perpétrés envers les membres de la tribu des Osages. La note américaine nous rappelle la souffrance des descendants de ces victimes qui tombent dans l'oubli ou dans le

Grann saloon 001désintérêt général. Encore en 2017, Sheridan avec Wind river montrait comment des  femmes amérindiennes pouvaient disparaître dans l'indifférence générale... Mais pour ceux qui ont lu La note américaine, ils n'oublieront pas de sitôt ces atrocités...

Aaron Tomlinson

David Grann, La note américaine, Pocket, France, Mars 2019, 421 p.

LC avec A girl from eart

Sur le web : Marilyne, Annie, Book'ing, Miss Léo,

Crom Nathalie, "La note américaine, David Grann", Télérama, mise en ligne le 28 février 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/la-note-americaine,n5504716.php

la-note-americaine-livre-enquete-bientot-adapte-par-scorsese_width1024"De gauche à droite : Rita, Anna, Mollie, Minnie" (p. 133)

Courtesy of the Osage Nation Museum

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26 septembre 2019

Le Mur invisible de Marlen Haushofer : ISSN 2607-0006

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Illustration de couverture : © Jules Bastien-Lepage, 1879, The Metropolitan Museum of art, New York

 Même si vous avez déjà vu le film Le Mur invisible de Julian Roman Polsler (2012) adapté du roman de Marlen Haushofer (1963), on prend un immense intérêt à lire ce roman d'anticipation atypique. Pas de catastrophe atomique, pas d'aliens envahisseurs... Une femme tient un journal, dans une langue simple et descriptive. En voici l'incipit : "Je n'écris pas pour le seule plaisir d'écrire. M'obliger à écrire me semble le seul moyen de na pas perdre la raison. Je n'ai personne ici qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. Je suis seule et je dois essayer de survivre aux longs et sombres mois d'hiver".

Peu d'actions spectaculaires sont narrées mais l'héroïne décrit son quotidien, notamment les émotions qui furent les siennes lorsqu'elle constate qu'elle est seule face à une énigme insoluble. L'introspection menée dans la solitude comporte toutes sortes de réflexions sur notre société : la tyrannie des heures, la responsabilité des femmes au sein de leur famille.

Si l'on replace ce livre dans son contexte,  Le mur invisible a été écrit pendant la guerre froide, à une époque où l'on craignait une guerre atomique qu'elle évoque tout au début de son roman : " à cette époque, on parlait beaucoup d'une guerre atomique et de ses conséquences, ce qui poussa Hugo à stocker dans son chalet de chasse une provision de denrées alimentaires et d'objets de première nécessité" (p. 12).

Mais un lecteur du XXIeme siècle peut plaquer ses préoccupations sur ce livre. A l'inverse de notre consumérisme effrénée, la narratrice est obligée d'être attentive aux nombres d'allumettes, de cartouches utilisées lors de ses chasses :  "pourtant à cette époque déjà je ne souffrais plus autant d'envies impossibles à satisfaire. Mon imagination n'était plus alimentée de l'extérieur et les désirs s'apaisaient lentement. J'étais bien contente quand nous étions rassasiées, moi et mes bêtes, et quand nous n'avions pas à souffrir de la faim" (p. 238) et " maintenant que les hommes n'existent plus, les conduites de gaz, les centrales électriques et les oléoducs montrent leur vrai visage lamentable. On en avait fait des dieux au lieu de s'en servir comme des objets d'usage" (p. 259).

Ses actions quotidiennes provoquent d'innombrables réflexions sur sa condition de femme ("Quand je me remémore la femme que j'ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j'éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main. Encore jeune fille, elle se chargea en toute inconscience d'un lourd fardeau et fona une famille, après quoi elle ne cessa plus d'être accablée par un nombre écrasant de devoirs et de soucis" p. 96) ou sur son rapport à la nature ( "Les gens qui peuplaient mes nuits pendant le premier hiver ont complètement disparu. Je ne les vois plus jamais. Il ne se montraient pas particulièrement aimables dans ces rêves, alors que les animaux y sont amicaux et plein d'entrain. Mais à la réflexion il n'y a là rien d'étonnant, cela montre tout au plus ce que j'ai toujours attendu des hommes et ce que j'ai toujours attendu des animaux", p. 174) et replace l'homme dans l'histoire du temps : "Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à prendre parti de cette révélation. Il est difficile de se défaire de cette folie des grandeurs ancrée en nous depuis si longtemps. Je plains les animaux et les hommes parce qu'ils sont jetés dans la vie sans l'avoir voulu" p. 277.

A lecture de ce livre, l'envie vient de noter toutes ces réflexions ( d'où ces interminables citations) et de mener sa propre introspection, sa propre réflexion sur le monde qui nous entoure. De nombreuses lectrices ont déjà lu ce roman comme le rappelle la journaliste A. Bonte dans son article " Le mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963" ? Tant mieux, continuons à parler de ce livre formidable...

Haushofer Marlen, Le Mur invisible, Babel, Avignon, Février 2019, 345 p.

Sur le web : Bonte Arièle, "Le Mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963", RTL, mis en ligne le 31 janvier 2019. URL : https://www.rtl.fr/girls/identites/le-mur-invisible-des-centaines-de-francaises-se-passionnent-pour-ce-livre-de-1963-7796385264

 Schmitt Amandine, "Comment "Le mur invisible" est devenu la nouvelle bible écoféministe", Bibliobs, mis en ligne le 25 février 2019. URL : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20190213.OBS0132/comment-le-mur-invisible-est-devenu-la-nouvelle-bible-ecofeministe.html

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24 septembre 2019

Les enchaînés d'Hitchcock : ISSN 2607-0006

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Avec Lifeboat, Les enchaînés est l'un des films politiques d'Hitchcock qui met en scène un scénario inspiré vaguement des mémoires de Marthe Richard. Tourné en 1945, ce long-métrage, qui se déroule après la fin de la seconde guerre mondiale à Rio, a pour héroïne Alicia, l'élégante fille du nazi Huberman qui vient d'être condamné, qui mène une vie oiseuse et alcoolisée jusqu'au moment où Devlin, un agent du FBI, lui propose de travailler  pour les Etats-Unis. Elle doit espionner un Allemand, Sebastian, ancien ami de son père. Va-t-elle réussir sa mission. Est-elle un agent fiable ?

L'intrigue d'espionnage est particulièrement simple et forme comme un interlude léger autour du vrai coeur du film qui tourne autour d'une histoire d'amour mais nous y reviendrons plus tard. Le patron du FBI, particulièrement jovial, se contente d'être heureux de la bonne tournure des affaires et n'hésite pas à utiliser Alicia pour arriver à ses fins. Aucun dilemme moral ne semble perturber cet homme qui pousse Alicia à se marier avec l'Allemand pour le bien de son enquête. Toutes ces séquences autour des hommes du gouverment sont assez sèchement tounées.

Quel est le sujet souterrain des Enchaînés ? Une comédie bien plus noire se joue entre les deux protagonistes principaux : Delvin doute de l'amour d'Alicia et cette dernière attend que Delvin avoue ses véritables sentiments. Non seulement le couple glamour - Ingrid Bergman et Gary Grant - joue à merveille leur personnage mais, comme dans une mise en abyme, ils doivent interpréter des personnages pour rendre crédibles leur rôle d'espions. Où s'arrêtent les faux-semblants ? D'emblée, Devlin déclare : " une fille perdue ne change pas". Est-ce le cas d'Alicia ? Peut-on changer ?

Avec ce long-métrage, Hitchcock mérite bien d'être appelé "le maître du suspense" : on craint à chaque instant pour la vie de la malheureuse espionne improvisée qui doit évoluer parmi d'autres personnages très inquiétants comme l'odieuse mère de Sebastian. La manipulation hitchcockienne jouant avec les sentiments des protagonistes et avec les nerfs du spectateur, les jeux de regards particulièrement éloquents et les gros plans sur des objets clés ou les clés tout court - qui regarde qui ou quoi ? - font des Enchaînés un spectaculaire thriller psychologique et d'amour.

Les enchaînés de Hitchcock, 1945, 104 min, avec Ingrid Bergman, Claude Rains, Gary Grant.

Visionnage commun avec Tachan.

Autres films : Le procès Paradine, Lifeboat, L'inconnu du Nord-Espress, Psychose, La corde, Une femme disparaît, La loi du silence, Mais qui a tué Harry ?, chantage, Les 39 marches,, Jeune et innocent, meurtre, le grand alibi, Une femme disparaît

Sur  le web : Ferenzi Aurélien, "Hitchcock en 6 leçons", Télérama, mis en ligne le 21 janvier 2011. URL : https://www.telerama.fr/cinema/hitchcock-en-6-lecons,64727.php

Murat Pierre, "Cinq questions pour une reprise, "Les enchaînés" d'Hitchcock", Télérama, mis en ligne le 5 octobre 2008. URL : https://www.telerama.fr/cinema/cinq-questions-pour-une-reprise-les-enchaines-d-hitchcock,34366.php

Deyle Hélène, "Un film et son époque: Les enchaînés", Le monde, mis en ligne le 22 juillet 2017. URL : https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/07/22/tv-un-film-et-son-epoque-les-enchaines_5163882_1655027.html

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Ingrid Bergman et Gary Grant dans Les enchaînés d'Hitchcock

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22 septembre 2019

Ursule Mirouët de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-classique/Ursule-Mirouet

Ursule Mirouet condense de nombreux thèmes balzaciens : l'argent, l'héritage et le mesmérisme se côtoient dans ce sombre "drame" comme Balzac aime à appeler ce récit. Des héritiers veulent déposséder une jeune orpheline de la fortune que lui lègue son oncle. On assiste donc au déchainement de la cupidité et à la vénalité de ces personnages caricaturés à outrance : Minoret Levraut, l'un des héritiers, ressemble à "un Atlas sans monde", "un taureau relevé sur ses deux jambes de derrière" (p. 25).

Evidemment, pour peindre ce monde provincial, Balzac y a ajouté la chute d'un aristocrate, Savinien qui aime notre Ursule, symbole de la déréliction de toute la noblesse dans les années 1830. Ceci lui permet d'évoquer des personnages maintes fois rencontrés dans La comédie humaine : par exemple, Savinien se comporte comme d'Esgrignon, dont nous pouvons lire les aventures dans Le cabinet des Antiques. L'oncle du jeune aristocrate n'est autre que le vice-amiral de Kergarouët, qui épouse Emilie de Fontaine dans Le bal de Sceaux et quand on parle de nobles déchus, l'usurier Gobseck n'est jamais loin.

L'auteur de La peau de Chagrin joue sur les mots " revenus et " revenants" dans la dernière partie. L'éducation des jeunes filles, l'embourgeoisement d'une partie de la population ne sont pas moins importants, dans cette histoire, qu'une séance spirite et que des rêves où apparaissent des revenants. Ce roman passionnant cristalise de burlesques personnages cupides et d'autres angéliques, des machinations diaboliques et le triomphe de la vertu, le réalisme et le romanesque.

Balzac, Ursule Mirouët, Folio, Saint-Amant, octobre 2010, 407 p.

Partenariat Folio.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Ursule Mirouët, Eugénie Grandet; Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "La maison Nucingen", " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "L'élixir de longue vie", La peau de chagrin; Louis Lambert, suivi des Proscrits, et de Jésus-Christ dans les Flandre, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck, Le colonel Chabert

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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19 septembre 2019

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben : ISSN 2607-0006

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 Sara Deux -  Photo du lecteur  : © Pauline Darley / Le Crime

Le forestier Peter Wohlleben a été un jour fasciné par un tronc d'arbre coupé et presque fossilisé mais encore vivant. Il s'est alors penché sur la vie des arbres : comment les arbres réagissent-ils à une agression ?  Ont-il un langage ? Chaque plage d'écoute aborde un nouveau thème comme l'éducation des jeunes arbres ou leurs maladies.

L'avantage de cet audiolib lu par Thilbault de Montalembert - qui est aussi le lecteur par exemple d'Un gentleman à Moscou, et dont vous pouvez entendre la voix ici - dont la voix convient parfaitement avec le sujet sérieux, c'est qu'il ne nécessite pas de connaissances approfondies sur les végétaux et on peut tout à fait comprendre tous les aspects abordés sans être un spécialiste. L'auteur nous délivre mille informations sur la manière dont les arbres poussent mais aussi sur leur reproduction. Il pose des questions auxquelles on n'aurait pas forcément penser : Pourquoi les arbres poussent droit ? Comment l'eau remonte dans le tronc ? Il n'y a aucune difficulté à suivre le propos de l'auteur, qui est découpé en petits chapitres et on a l'impression d'écouter un posdcast d'une émission radio car l'auteur fait un effort de vulgarisation sans mots techniques trop compliqués. Evidemment, on ne peut pas tout retenir, et une version papier semblerait plus adaptée pour revenir sur certaines informations.

Il fait aussi état des hypothèses  - ne pouvant transporter des hêtres en laboratoire - par rapport à des ultrasons émis par les arbres dans le chapitre 8 "L'école forestière" : il s'agirait d'un phénomène mécanique mais, pour l'auteur, ce serait "des cris de soif ou bien alors des cris pour alerter le voisinage de l'imminence d'une pénurie d'eau". Les arbres ont-ils un cerveau ? Les arbres partagent-ils " de nombreuses facultés avec les animaux" puisqu'ils ont un processus neuronal et envoient des signaux électriques ? ( chapitre 14 "Qu'est-ce qu'un arbre ?"). Cela divise la communauté scientifique puisque cette hypothèse remet en question la trontière entre le végétal et l'animal. Ainsi les secrets de la forêt nous sont dévoilés mais le sujet est si vaste qu'il reste encore bien des mystères.

Que fait l'arbre pendant l'hiver (chapitre 22 : "Quand l'hiver arrive") ? Se repose-t-il comme nous ? Cette anthropomorphisation rend la nature plus proche de nous : ce texte veut nous tenir informés sur des questions environnementales en essayant de toucher le plus grand nombre, ce qu'il a réussi à faire. Au détour d'une phrase, on comprend combien la forêt a changé mais jamais P. Wohlleben ne prend un ton moralisateur. Comme c'est paradoxal ! On protège bien mal cette nature qu'on aime tant... Son propos sur les arbres entre en résonance avec l'exposition "Nous les arbres" à la fondation Cartier, dont vous pouvez admirer certaines oeuvres ci-dessous. A découvrir pour le regard différent porté sur les arbres...

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben, lu par Thilbault de Montalembert, Audiolib, 7h, 29, novembre 2017.

Sur le web : Lecture sans frontière, Manou,

Guédot Valérie, "Nous les arbres, une exposition à la fondation Cartier du 12 juillet au 10 novembre 2019", France inter, mis en ligne le 26 juin 2019. URL : https://www.franceinter.fr/culture/nous-les-arbres-une-exposition-a-la-fondation-cartier-du-12-juillet-au-10-nov-2019#xtor=EPR-5-

CO2 mon amour. 2019. "La vie secrète des arbres". Animée par Denis Cheissoux. Diffusée le 9 décembre 2017.

L'invité du matin. "Peter Wohlleben, roi des forêts, rencontre avec l'auteur de la "vie secrète des arbres (2eme partie)/ (1ere partie). Animée par Guillaume Erner. 8 décembre 2017.

DE cause à effets, le magazine de l'environnement. "Raconte-moi les arbres". Animée par Aurélie Luneau. 12 mars 2017.


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© Cássio Vasconcellos

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© Esteban Klassen

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© Raymond Depardon

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© FRancis Hallé © Luis Zerbini

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16 septembre 2019

Une vie au zoo de Saku Yamaura : ISSN 2607-0006

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 Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

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Illustration 1 : Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

Quand votre éditeur vous propose d'écrire un manga se déroulant dans un zoo que faites-vous (Illustration 1 : elle est dans un style graphique différent du reste de la BD. En une planche finale, la mangaka décrit sa démarche) ? Saku Yamaura décide de se rendre au zoo le plus proche, d'observer les soigneurs et de se documenter ( une bibliographie d'une douzaine d'ouvrages apparaît en fin de manga). De cette documentation naît Une vie au zoo à laquelle la mangaka a rajouté une petite dose de fantaisie : en effet, Haruko arrive dans la zoo, où malgré sa maladresse, elle parvient à trouver des solutions pour aider bêtes et humains. Elle a la particularité d'avoir un ordorat infaillible qui l'aide dans l'analyse des sentiments de chacun...

Ce manga retrace une tranche de vie nous permettant de découvrir la vie des soigneurs et leurs rapports aux animaux. Pourquoi badigeonner un hippopotame d'huile d'olive ? Comment amener une girafe à allaiter son petit ? Centré autour du personnage Haruko, on découvre son caractère et ses difficultés à s'intégrer dans la société depuis son enfance. Elle doit faire face à un directeur de zoo inflexible : "Un zoo, c'est une entreprise comme une autre", "ne cherche pas à sauver les animaux" (p. 40) ou "Content de voir que Mimiko [les hippopotames] va nous rapporter de l'argent".

une vie au zoo 2 001Ce jôsei présente des traits sobres et simples avec quelques caractéristiques de ce genre comme les fonds subjectifs avec des étoiles - mais la dessinatrice n'en emploie pas avec excès - ou des coeurs après certains dialogues. La narration graphique n'est pas complexe et un peu répétitive mais l'ensemble est intructif. Elle a donné une allure enfantine et mignonne à l'héroïne, particulièrement candide, et communique bien son entrain, son enthousiasme, sa passion pour les animaux, ce qui donne envie de connaître la suite de ses aventures mouvementées et d'en savoir davantage sur le fonctionnement des zoos...

Planche 1 : Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

Yamaura Saku, Une vie au Zoo (tome 1), (4 volumes, série terminée), Nobi nobi, Jouve, octobre 2018, 172 p.

 


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12 septembre 2019

Le journal de ma disparition/ L'ombre de la baleine de Camilla Grebe : ISSN 2607-0006

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Couverture : Maquette : Alistair Marca / Photographie : © Mohamad Itani / Arcangel Images

L'ombre de la baleine est le dernier roman de Camilla Grebe. Elle a auparavant écrit Un cri sous la glace (2017) et Le journal de ma disparition ( 2018), qui a remporté le Glass Key Award, récompensant le meilleur polar scandinave, tout à fait mérité.

Encore un polar nordique ! Va-t-il être si différent des autres romans policiers ? De surcroît, Le journal d'une disparition repose sur un procédé répandu, celui de l'enquêteur amnésique. Déjà, dans La mémoire assassine, Young en profitait pour faire de l'humour noir, de même que dans Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet d'A. Bello dans laquelle l'auteur ajoutait une dimension réflexive. En revanche, Camilla Grebe l'emploie pour développer un problème sociétal de manière sérieuse et d'actualité sur l'immigration de ces dernières années en Suède. Dans cet opus, la romancière nous présente Malin, une jeune policière, qui travaille sur un "cold case" des années 1990, dans son village natal, Ormberg. Elle nous donne aussi un petit aperçu de l'histoire de ce village, de ses habitants, notamment celle des adolescents. On peut

mail-K15040-The_cotton_mill_68x80_cm_CPrint_2013-Hmême découvrir dans une ligne, en passant, les belles photographies de Hélène Schmitz... Suspense, rythme soutenu et bon développement des personnages font du Journal de ma disparition un excellent polar originalement construit, absolument pas superficiel ni superfétatoire.

Hélène Schmitz, The cotton mill, 2013.

Après l'enquête bien écrite et passionnante du Journal de ma disparition, on tombe sur une autre enquête prise en charge par trois narrateurs des plus ennuyeux : l'enquêteur Manfred, un père qui a laissé tomber sa fille d'un an de son balcon, un jeune garçon qui deale et sa mère faisant partie d'une congrégation. Quelle platitude dans les monologues intérieurs et dans l'intrigue ! L'ombre de la baleine ressemble tout à fait à une série policière des plus banales abordant tour à tour la drogue, la religion, les relations familiales... On a vraiment envie de vite en finir malgré une nouveauté dans cet audiolib. Le récit est lu par trois lecteurs différents mais cela n'est pas vraiment utile : les lectures étant souvent d'une grande qualité, on n'a guère besoin de lecteurs différents pour suivre les protagonistes habituellement (vous pouvez écouter un extrait ici). Une déception !

Grebe Camilla, L'ombre de la baleine, Audiolib, lu par Marie Eve Dufresne, Hugues Martel et Pierre-Henri Brunel, 1 CD, 11h40, France, juin 2019

Grebe Camilla, Le journal de ma disparition, Le livre de poche, France, avril 2019, 472 p.

Partenariat Audiolib.

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09 septembre 2019

Pluto (volumes 1 à 8) d'Urasawa et Nagazaki : ISSN 2607-0006

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PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

Les univers futuristes et le questionnement sur les intelligences artificielles vous passionnent ? Commencez-donc la série Pluto qui mêle enquête policière et science-fiction. Cette série de 8 volumes mêlent aussi plusieurs références. Rappelons que Genette, dans Palimpsestes parle de cette manière de l'intertextualité : "Disons que l'art de " faire du neuf avec du vieux" a l'avantage de produire des objets plus complexes et plus savoureux que les produits "fait exprès" : une fonction nouvelle se superpose et s'enchevêtre à une structure ancienne, et la dissonance entre ces deux éléments coprésents donne sa saveur à l'ensemble" (p. 556)*.

Pourquoi parler d'intertextualité et de "saveur" ? Pluto reprend un personnage qui procure le plaisir de la madeleine proustienne : Astro Boy, créé par Osamu Tezuka. En 2003, pour l'anniversaire de ce personnage icônique du manga, deux mangakas Urasawa et Nagazaki lui rendent hommage à travers une enquête : Mont-Blanc, l'un des des 7 robots les plus forts du monde, qui a participé à une guerre en Asie centrale, est assassiné. Gesicht, un androïde spleenétique, enquête sur ces assasinats étranges : sur les lieux du crime, on retrouve la tête des morts entourée de deux cornes, référence à Pluton, dieu des enfers.

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L'univers développé dans ce manga n'est pas sans rapeller Blade runner avec l'enquête et la lutte entre des cyborgs et les hommes. Un IA en forme d'ours, des implants de robots effacés quant à eux font écho à d'autres nouvelles de P. K. Dick. La loi empêchant les robots de tuer des humains renvoie aux lois de la robotique d'Asimov. Urasawa a créé un monde riche, entrant en résonance avec la littérature d'anticipation mais aussi avec d'autres mangas : certains combats rappellent le genre du mécha. On est admiratif devant l'intrigue complexe se déroulant dans

Pl. 1 : PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

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différents pays - dont le trait est magnifique comme la ville en pleine page dans les planches 1 et 2, volume 6 - et gravitant autour de différents personnages, dont des robots extrêment attachants par leur humanité. Les dessins, exceptés les paysages, sont plutôt sobres et les pages sont organisées de manière très rigides, multipliant des cases  montrant des gros plans de visages (planche 3, volume 8). Les machines ont-elles une âme ? Les hommes et les robots peuvent-ils cohabiter ?

Pl. 2 : PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

"Les scientifiques comme nous... n'ont-ils aucune limite à respecter dans leurs recherches... ?, demande Tenma le créateur d'Astro (p. 55, volume 8). A un autre niveau de lecture, cette BD japonaise s'interroge sur l'origine du mal et du bien. Les deux derniers tomes se dispersent et sont mélodramatiques à souhait mais ce seinen est vraiment à dévorer...

Urasawa et Nagazaki, Pluto, (8 volumes, série terminée), Big Kana, Italie.

* Genette, Palimpsestes, Points essais, Saint-Amand, novembre 1982, 574 p.

Sur le web : Brethes Romain, "Naoki Urasawa, dieu du manga", Le point pop, mis en ligne le 23 janvier 2018. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/bandes-dessinees/naoki-urasawa-dieu-du-manga-20-01-2018-2188312_2922.php

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Pl. 3 : PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

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05 septembre 2019

La servante écarlate de Margaret Atwood : ISSN 2607-0006

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Publié en 1985, La servante écarlate a permis à Margaret Atwood de connaître un succès international bien mérité. Ce roman de SF critique une société où la femme est aliénée. L'univers de La servante écarlate est vu à travers le point de vue interne et les sensations du personnage principal. Au gré de ses déplacements, elle décrit, raconte comment la société est devenue une tyrannie appellée la république de Gilead. Nous découvrons donc qu'elle est une Servante, destinée à la reproduction, qui vit chez un Commandant et sa femme. Dans cette société très hiérarchisée et surveillée, évoluent aussi des Martha, des Gardiens...

A quoi ressemble la République de Gilead ? Comment cette tyrannie a pu s'installer ? A travers une écriture extrêmement visuelle, Defred, la Servante, décrit les pendaisons des anciens médecins qui ont aidé des femmes à avorter, des guerre avec d'autres pays  - l'Amérique centrale est aux mains des Liberthos. L'évocation de son passé permet de comparer sa vie antérieure avec le présent et de critiquer sa nouvelle condition où elle doit se taire. Evidemment, on frémit en suivant le parcours de la servante !

Emprisonnée, isolée, utilisée comme un objet, l'héroïne nous livre ses pensées tout en détaillant l'arrivée au pouvoir de cette secte, qui n'est pas sans rappeler d'autres dictatures qui ont réellement existé au XXeme siècle. Cet état des choses - la stérélité des femmes, le manque de produits frais - est expliquée par la pollution et la surconsommation, donnant une dimension écologique à ce roman : " la pêche en mer est défunte depuis plusieurs années ; les quelques poissons que l'on trouve maintenant viennent d'élevages et ont un goût de boue. D'après les informations, les régions côtières sont "mises au repos". Les soles, je m'en souviens, et le haddock, l'espadon, les coquilles Saint-Jacques [...] auraient-il tous disparu, comme les baleines ?" (p. 275).

Le succès de ce roman, dont le discours contestataire est toujours d'actualité et peuvent faire écho à des manifestations qui ont lieu au Brésil en 2018 par exemple, ne s'est jamais démenti et se poursuit avec la diffusion d'une série réalisée par Bruce Miller (2017) et la publication d'une suite du roman intitulé Les testaments annoncée pour le 10 septembre 2019 dans cet article du Monde. Angoissant et effrayant, ce livre mérite sa place, à côté de 1984 d'Orwell, dans la littérature dystopienne...

Atwood Margaret, La servante écarlate, Pavillon poche, Robert Lafond, Espagne, Octobre 2015, p. 520 p.

Autres romans : Captive,

Sur le web : a girl from eart

" bientôt une suite pour "La servante écarlate", Le monde, mis en ligne le 20 juin 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/06/20/margaret-atwood-sortira-en-septembre-la-suite-de-la-servante-ecarlate-et-racontera-l-avenir-de-defred_5479332_3246.html

"La cour suprême brésilienne se saisit du débat de sur l'IVG", Le monde, mis en ligne le 7 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

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https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

THE HANDMAID'S TALE Bande Annonce (2017) La Servante Écarlate, Série

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02 septembre 2019

Frida de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe : ISSN 2607-0006

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La couverture de Frida © Frida par Sébastien Perez et Benjamin Lacombe/Albin Michel

En cette rentrée littéraire 2019, Frida Kahlo est encore à l'honneur dans le roman Rien n'est noir de Claire Berest. En attendant de le découvrir, vous pouvez lire celui de Sébastien Perez et Benjamin Lacombe, qui ont conçu un admirable livre thématique sur Frida Kahlo. On découvre ainsi neuf thèmes autour de la vie et de l'oeuvre de l'artiste mexicaine : L'accident, l'amour ( planche 1), la maternité, la mort... Les textes de Sébastien Perez, qui accompagnent les illustrations, ne sont pas factuelles mais poétiques : ce sont de courts paragraphes avec des jeux de typographie, et des citations de Frida Kahlo. Voici le texte qui accompagne, par exemple, le thème de la médecine :

"Il y a peu, [...] j'étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs [...]. Tout n'était que mystère [...]. A présent, j'habite une planète douleureuse, transparente, comme de la glace, mais qui ne cache rien".

Je me destinais à étudier les corps et c'est finalement mon propre corps qui m'enseigne et orchestre ma vie. Peignant au rythme de mes douleurs, un dégradé de vert à rouge sang, je suis ce que je vis

" Dans la salive. Dans le papier. Dans l'éclipse. Dans toutes les lignes. Dans toutes les couleurs. Dans toutes les cruches. dans ma poitrine. Dehors. Dedans - dans l'encrier - Dans la peine à écrire. Dans la merveille de mes yeux - dans les dernières lignes du soleil ( le soleil n'a pas de lignes) - Dans tout c'est imbécile et magnifique".

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Planche 1 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

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Planche 2 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse 

Benjamin Lacombe ne s'est pas contenté de faire de magnifiques illustrations aux couleurs chatoyantes : s'inspirant des tableaux de l'artiste mexicaine, il a créé des découpes. Voyez ci-dessus dans la planche 2 : on reconnaît d'abord L'autoportrait en robe de Tehuana mais si l'on soulève cette page, on découvre un autre autoportrait, celui des deux Frida qui recouvre le portrait de Diego Rivera.

Six pages finales rédigées par l'illustrateur contiennent ses intentions tout en étant un hommage à la complexité de l'art de cette femme peintre. Benjamin Lacombe explique ses choix et analyse "la symbolique fridienne". Voici ses explications pour Le cerf blessé (planche 3, p. 24) :

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Planche 3 de "Frida", par Benjamin Lacombe et Sébastien Perez Crédits : Benjamin Lacombe / Sébastien Perez / Albin Michel Jeunesse

" On peut s'interroger sur la pertinence de faire des citations si littérales à des oeuvres déjà existantes, mais je n'avais pas le choix. Il était impossible de toucher à un seul élément de la composition sans en briser le message. Dans Le cerf blessé, chaque élément a ne signification précise. Cette illustration fait référence à L'Enéide de Virgile et à l'histoire de la reine de carthage, Didon, errant dans la grande forêt au delà du Styx comme un cerf blessé, suite à la trahison de son amour par Enée. Mais plus encore que l'illustration de cette histoire classique, cette composition est une façon pour Frida de s'adresser à ses proches. Réalisé à la suite d'une énième opération vaine de sa colonne vertébrale, ce tableau a été offert à ses amis Lina et Arcady Boyler, accompagné d'un poème qui semblait clairement annoncer une tentative de suicide de Frida (ce qui arrivera finalement 8 ans plus tard). La branche morte du premier plan évoque la rupture, la souffrance et sans doute la mort prochaine. L'orage qui gronde en arrière-plan évoque les tourments de l'artiste. Néanmoins, la mer calme laisse présager l'espoir de jours plus heureux.

L'espoir de la renaissance, par la guérison ou par la mort, est appuyé ici par tous les éléments de la composition. La rangée de gauche, vers laquelle se dirige le cerf, est composée de neuf arbres, ce qui correspond au nombre de flèches fichées dans le corps de Frida, ainsi qu'au nombre de bois qui ornent fièrement sa tête. La symbolique du chiffre 9 est forte et plusieurs interprétations sont possibles : c'est la neuvième heure que le Christ a expiré sur croix, mais chez les Aztèques c'est aussi le nombre d'étapes qui conduisent à une éternité sereine. Le chiffre 9 est aussi le symbole de l'entier et du renouveau. Retirer ou changer le nombre d'arbres ou de flèches reviendrait à trahir la symbolique incluse dans ce tableau"

 Dans Frida, on peut admirer à la fois le style graphique reconnaissable de Benjamin Lacombe et l'art de Frida Kahlo. Cet album est une vraie merveille !

Perez Sébastien et Benjamin Lacombe, Frida, Albin Michel, novembre 2016, 76 p.

Autre album sur Frida Kahlo : Frida Kahlo de M. Hesse

Sur le web : site de Benjamin Lacombe,

Paso Doble. 2016. "Benjamin Lacombe : Frida Kahlo ne peignait pas ses rêves mais sa propre réalité". animée par T. Hakem.

"Une Frida Kahlo pour les enfants". France inter. 23 novembre 2016

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