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https://www.audiolib.fr/livre-audio/ca-raconte-sarah-9782367628400

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard a été rapproché de l'écriture durassienne, que l'auteur cite (Hiroshima, mon amour). Effectivement, par la représentation de la passion - comme dans L'amant - et par les répétitions, le style de l'auteur d'Un barrage dans le Pacifique ne paraît pas loin. Truffaut, Bonnard, Shakespeare, Bach, Dumas (La dame aux camélias) nombreuses sont les oeuvres qui nourrissent la prose de P. Delabroy-Allard.

Les jeux d'échos se font bien entendre dans la lecture de Clara Brajtman, qui de sa voix mélodieuse nous transporte dans l'histoire (Vous pouvez écouter un extrait ici). Mais elle reste sobre pour lire ces courts paragraphes qui composent ce texte parlant de passion. Malgré cette lecture harmonieuse, peut-être que la lecture du support papier permet-il de mieux revenir sur ces jeux de sonorités.

Qui est Sarah ? La narratrice, jeune professeur de français et mère d'une petite fille, rencontre une musicienne Sarah. D'emblée, c'est la "tempête" : les deux femmes s'aiment mais de manière fusionnelle, funeste. La narratrice parsème des définitions du terme "souffre" lors de l'aveu mutuel d'amour, de l'élément chimique à son étymologie, " la foudre"  ou " subir une peine". Un tel amour peut-il durer ?

Styliquement, les entralacs et les répétitions de Marguerite Duras dans L'amant disent l'obsession d'une image et les souvenirs labyrinthiques. Il n'y a rien de tel dans le roman de Ca raconte Sarah. Comme les allitérations du titre l'indiquent, on est davantage du côté de la musique - en lien avec le personnage de Sarah la musicienne - et des rimes poétiques, des anaphores, des leitmotivs : "Ca raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l'allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l'étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d'une seconde à peine. Ca raconte Sarah, de symbole : S". Les très brefs paragraphes et les répétitions imitent un rythme rapide, celui du coup de foudre, puis d'une passion frénétique, versatile, dévorante.

L'écriture travaillée manque un peu de pudeur - par rapport à un récit comme L'amant de Duras - et de retenue mais on peut comprendre le succès médiatique de cette oeuvre (Prix du style 2018, Prix de la poste 2018, Prix de des libraires de Nancy-Le point, Prix du roman des étudiants France Culture) qui n'a rien de banal, même si c'est parfois moins poétique dans la deuxième partie. Laissez-vous tenter par la petite musique de P. Dellabroy-Allard.

Ca s'appelle Sarah, Pauline Dellabroy-Allard, lu par Clara Brajtman, Audiolib, 4h40, 2019.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019

Sur le web : Le masque et la plume. 2018. Animée par Jérome Garcin. Diffusée le 25 novrembre 2018.

Landrot Marine, Ca raconte Sarah, Télérama, mis en ligne le 5 septembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/ca-raconte-sarah,n5791621.php

Landrot Marine, "Pauline delabroy-Allard remporte le prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama", Télérama, mis en ligne le 11 décembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/pauline-delabroy-allard-remporte-le-prix-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama,n5928075.php