art de la joie

 https://www.audiolib.fr/livre-audio/lart-de-la-joie-9782367628318

Comme le rappelle Julie Navarre dans la biographie radiophonique de Goliarda Sapienza, dans Une vie, une oeuvre, sur France culture, l'histoire de la publication de L'art de la joie est incroyable : la romancière a tout vendu pour pouvoir écrire ce roman et il a fallu plus de 20 ans pour qu'il soit publié. Sa mort est passé inaperçue de même que cette oeuvre, traduite seulement en 2005 en français.

Dans L'art de joie, Modesta enfant est abusée par un homme inconnu, se présentant comme son propre père, ( l'est-il vraiment ?) et pour échapper à un destin misérable entre une mère pauvre et une soeur qui a le syndrome de Down, elle brûle sa maison et sa famille. Recueillie dans un riche couvent, elle apprend la musique, l'astrologie et à écrire, " même si on lui apprend que la femme ne peut jamais parvenir au savoir de l'homme". Cependant, elle déteste l'univers catholique dans lequel on essaie de plier son corps et sa morale. "Il fallait agir", se dit-elle. Ayant obtenu les faveurs de la mère supérieure, à sa mort, à laquelle Modesta n'est pas étrangère, elle se retrouve propulsée dans le monde.

Personnage hypocrite, mais animée par la soif du savoir, elle admire la princesse chez qui elle est recueillie parce qu'elle est "une femme volontaire et forte comme un homme". Comme les picaros du XVIIeme siècle, Modesta va traverser tous les milieux et indirectement, à travers les dialogues des personnages, on découvre la vie des couvents sicilens au début du XXeme siècle mais aussi celle des aristocrates et des allusions politiques évoquent Mussolini et la guerre. Comme les traditions sont tenaces ! Etre athée signifie être un hérétique en ce début de siècle. Saisissant toutes les opportunités, l'héroïne devient peu à peu la "petite patronne" du domaine de la princesse. Comme Le guépard de Lampedusa, L'art de la joie évoque le déclin de l'aristocratie.

La voix vive de Valérie Muzzi ( écouter un extrait ici) convient parfaitement avec l'itinéraire extraordinaire de Modesta et son caractère volontaire. Les petits préludes musicaux introduisant les plages d'écoute - même si elles sont très courtes - semblent changer, ce qui rompt la monotonie. Les plages brèves permettent une écoute quel que soit l'endroit où vous êtes et contribuent à la vivacité du récit. On peut aussi souligner la performance de cette lectrice au vu de la longueur du roman. Toutefois, on peut regretter des changements de voix exagérés, inutiles lorsque les lectures ont une telle qualité.

Cependant, j'ai arrêté l'écoute après la plage 71 sur les 107, après deux abandons passagers, car Goliarda Sapienza parle beaucoup du désir féminin dans ce roman : elle décrit donc avec de nombreux détails et longuement les scènes sexuelles qui sont nombreuses par moments. L'héroïne, par opportunisme ou par simple envie, couche susccessivement avec sa belle-soeur, et les nombreux hommes qui passent à portée de sa main tels que les fils de son premier amant, le mari de sa belle-soeur, ou Joyce qui vient de tenter de suicider... Les scènes crues dérangent par leur fréquence et leur mièvrerie digne d'une arlequinade ou d'un roman érotique, au point que je redoutais la suite...

Les qualités sont nombreuses dans ce roman mais je n'ai pas réussi à surmonter ma répugnance pour les futures scènes crues que je pressentais peut-être à tort... Alors que j'étais ravie de découvrir cette auteure italienne, j'ai finalement été déçue par ces scènes gênantes et maladroitement écrites.

L'art de la joie, Goliarda Sapienza, Audiolib, lu par Valérie Muzzi, 23h10, 2019.
Audiolivre lu dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Une vie, une oeuvre. 2018. "Goliarda Sapienza ( 1924-1996) : La madone indocile". Animée par Julie Navarre. Diffusée 14 avril 2018.

 Landrot Marine, " trois raisons de (re)lire "L'art de la joie" de Goliarda Sapienza", Télérama, mis en ligne le 5 mai 2015. URL : https://www.telerama.fr/livre/trois-raisons-de-re-lire-l-art-de-la-joie-de-goliarda-sapienza,126102.php