28 octobre 2017

Le regard/ L'homme qui fit fin à l'histoire de Ken Liu : ISSN 2607-0006

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L'homme qui mit fin à l'histoire commence comme un livre de SF avec tout un jargon scientifique pour décrire la manière dont les voyages dans le temps ont été rendus possibles. Mais ce n'est pas un voyage dans le temps typique : les personnages ne veulent pas changer le passé, découvrir leur futur ( comme La machine à explorer le temps, de HG Wells) mais témoigner !

En effet, ce récit nous réserve une double surprise : tout d'abord la forme du récit est celle d'un documentaire aves les témoignages de personnes interrogées, et de séquences sur les deux chercheurs principaux, leurs lieux de travail... Ensuite, l'auteur pose un questionnement sur la mémoire et l'éthique : est-on responsable des actes de ses parents ? doit-on s'en souvenir ?

La dimension historique se prolonge par la découverte de ce passé, de l'unité 731 : en Chine, pendant la seconde Guerre Mondiale, des Japonais ont effectué des vivisections sur des Chinois. Le thème est très dur mais le roman vaut le détour.

L'homme qui mit fin à l'histoire, Ken Liu, Le bélial, p. 106

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Alors que sur nos écrans a déferlé Blade Runner 2049, qui comme le film de Ridley Scott aborde la question des replicants, Ken Liu a imaginé une détective Ruth Law dont la particularité est d'être augmentée : elle a un régulateur, l'empêchant de sombrer dans la dépression et des muscles renforcés... Elle doit enquêter dans une sombre affaire de meurtres de prostituées : ces dernières sont toutes énucléées.

Ce bref récit sobre semble influencé par les nouvelles de P. K. Dick (biographie sur le site Larousse) et montrent des points de ressemblance avec Les larmes sous la pluie de Rosa Montero.  Les dérives des nouvelles technologiques ne sont pas une nouveauté mais Ken Liu arrive tout de même à nous attirer dans son univers pas si éloigné du nôtre. Est-ce la simplicité de son écriture ou l'humanisme irréductible de son enquêtrice qui nous séduit  alors que le thème n'est pas original ? Ken Liu a réussi à écrire une courte enquête prenante où les technologies ont une grande place.

Le regard, Ken Liu, Belial, p. 93

Vient de paraître La ménagerie de papier aux éditions folio - que je suis en train de lire - pour ceux qui voudrait découvrir ce talentueux auteur, né en Chine et qui a émigré aux Etats-Unis.

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15 octobre 2017

La littérature post-apocalyptique : ISSN 2607-0006

 

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Dans un article du Monde diplomatique, Catherine Dufour s'interroge sur la SF : " Dépassée, la science-fiction ?". Elle distingue deux types, "la science-fiction romanesque" ( par exemple, La horde de contrevent, de Damasio) et "la science-fiction de proximité". Ce n'est pas de cette dernière dont je vais vous parler. C. Dufour la qualifie "d'habituation", c'est-à-dire qu'elle anticipe l'évolution technologique, comme dans 1984 d'Orwell pour ne citer qu'un paradigme.

Selon l'auteur, "la science-fiction romanesque" a de beaux jours devant elle et c'est d'elle dont je vais vous entretenir.

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Le film Le mur invisible est adapté d'un roman allemand du même titre, écrit par l'Allemande Marlen Haushofer. Contrairement à beaucoup de ce roman de ce type, on ne saura pas les raisons pour lesquelles un mur indestructrible et invisible s'est formé au-dessus d'une petite maison isolée dans la montagne. Une femme y vit seule, enfermée. Un film ennuyeux ? Pas du tout ! tout d'abord, le film est assez court (1h30) pour éviter les longueurs. On nous raconte le quotidien de cette femme, forcée de s'habituer à ces nouvelles conditions : comment faire pour subsister lorsqu'on n'a plus accès à toutes les commodités d'une ville ? Comment survivre lorsqu'il ne reste pas une seule personne pour vous parler ?

Le suspense est maintenu : va-t-elle découvrir d'autres survivants ? Réussira-t-elle à trouver des ressources pour s'alimenter ? etc... On remarquera toutefois, le ryhtme assez lent du film : l'héroïne contemple souvent cette nature vidée d'hommes, qui finalement l'aide à vivre. Comme, le mystère autour du mur reste entier, on peut se demander alors s'il n'y a pas une valorisation du retour à la nature, d'une vie simple... En outre, ce film évite le cliché des survivals horrifiques avec zombies, hordes d'humains se battant entre eux pour survivre... L'actrice porte le film sur ses épaules, avant l'arrivée de toutes les héroïnes de post-apocalyptique comme Katniss ou Triss... Un film étrange dont le mystère reste entier...

 Le mur invisible, de Julian Polstler, 108 min avec Martina Gedeck

le paradoxe de fermi

Le paradoxe de Fermi est certainement le roman post-apocalyptique le plus réaliste qu'il soit. Ce que nous lisons est le journal intime d'un homme esseulé, survivant dans la montagne. Le narrateur décrit une catastrophe monétaire, qui progressivement amène le chaos. Il décrit alors comment s'organise la vie des survivants. Certains pensent encore pouvoir maintenir des savoirs pour pouvoir reconstruire le monde alors que d'autres s'acharnent à tout piller et détruire.

"La bête humaine survivra-telle ? Je ne sais pas. Sans la civilisation, nous sommes moins que des animaux"( p. 197) : dépassant le genre du survival, le roman se double de réflexions physiques et métaphysiques. L'auteur y a ajouté la question de l'évolution de l'espèce et il semble s'appuyer sur les analyses d'un darwiniste pour expliquer sa théorie (Darwin et les grandes énigmes de la vie, S. Jay Gould). Qu'est-ce le Paradoxe de Fermi ? Le temps humain serait très court au regard de l'univers : c'est pourquoi l'homme n'a pas trouvé trace d'autres vivants sur les planètes. Sommes-nous seuls dans l'univers ? L'homme est-il responsable de sa propre destruction ? Boutine donne sa réponse au paradoxe à la dernière page, avant, il faudra lire tout ce roman de SF très prenant...

Le paradoxe de Fermi de Boutine, Folio SF, 211 p.

légende

 Paru en 1954, ce roman s'inscrit dans la longue mode des récits de vampires : un virus a peu à peu décimé la race humaine, les transformant en êtres assoiffés de sang. Seul Neville, un homme mordu par une chauve-souris, réussi à survivre. Ce roman est des plus pessimistes : les causes de la pandémie semble être d'origine humaine, et c'est la faiblesse du personnage principal qui le ménera à sa perte. Point de héros pour reconstruire la civilisation après la mort de quasiment tous les humains.

En effet, nous avons affaire à un héros faible, buvant pour oublier les horreurs qu'il voit quotidiennement. Par rapport aux romans antérieurs portant sur le même sujet, Matheson a introduit une dimension plus scientifique, puisque Neville cherche des solutions en analysant le virus qui transforme les êtres en vampire. Quelques clichés demeurent comme l'utilisation de l'ail.  L'auteur a-t-il cherché à renouveler le mythe des vampires ? Donne-t-il sa vision de l'humanité ? J'ai trouvé le livre vide et le personnage sans intérêt ( excepté, pour montrer les bas instincts de l'homme...)

Je suis une légende de Matheson, folio SF, 228 p.

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06 octobre 2017

Pourquoi lire des romans policiers ? : ISSN 2607-0006

Pourquoi lire des romans policiers ? Pour se divertir ( malgré les meurtres) !

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Le lieu du crime : un théâtre, à Siglufjördur, Islande. La victime : Hrolfur, un vieil écrivain, qui a connu la gloire grâce à un roman, Au nord des collines. L'arme : une chute. Les suspects : Leifur est un menuisier, qui s'occupe des décors du théâtre. Ugla est une jeune fille arrivée depuis peu à Siglufjördur et elle joue le rôle principal dans la pièce écrite par Palmi. Ce dernier est un instituteur à la retraite, qui a écrit la pièce de théâtre jouée par la troupe amateur. Karl a le premier rôle et Anna, joue un rôle secondaire dans la pièce. Elle est jalouse d'Ugla, la protégée du vieil écrivain. Ulfur, ancien ambassadeur, dirige toute la troupe. L'inspecteur : Ari Thor, un jeune enquêteur, tout juste sorti de l'école de police.

Voici tous les éléments posés : qui est l'assassin ? Quel est son mobile ? Il n'y a pas d'arrière-fond social dans ce roman policier, contrairement aux romans d'un autre célèbre auteur islandais, Indridasson ( L'homme du lac ). On suit l'évolution des sentiments d'Ari Thor, qui a des difficultés à s'intégrer dans ce petit village, où rien ne reste caché.

Snjor s'inscrit dans la lignée des whodunits : l'auteur a été un traducteur d'A. Christie et on le perçoit bien en le lisant. D'ailleurs, la résolution de l'enquête ne repose pas entièrement sur des preuves mais sur la psychologie des personnages. D'autres morts s'accumulent sur le chemin du pauvre Ari Thor, oppressé par la neige : un bon whodunit.

Snjor, Jonasson, Editions de la Martinière, 348 p.

Billet de Dasola.

PArticipation au challenge nordique de Margotte.

Pour sa dimension littéraire !

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"Je sais apprécier un bon roman policier. Mais voyez-vous, ils commencent toujours pas le mauvais bout ! Ils commencent par le meurtre. Or le meurtre n'est jamais que la fin. L'histoire débute bien avant ça - des années plus tôt, parfois - avec les mille et une causes et la longue suite d'événements qui font que des individus donnés sont présents un jour donné, à une heure donnée, dans un endroit donné. [...] Tous ont convergé vers un point donné dans l'espace et le temps... Et le moment venu, hop ! le couvercle a sauté. L'heure zéro...", déclare Mr Treve (p. 10)

Ainsi A. Christie ( biographie sur le site Larousse) va-t-elle mettre en oeuvre cette théorie. On commence par voir une personne, qui n'est pas nommée, mettant au point un plan diabolique. Puis, tous les personnages vont converger vers cette heure zéro. A Saltcreek, demeure de Lady Tressilian, sont rassemblés un tennisman Neville Strange et sa femme Kay. L'ex-femme de Neville, Audrey, son ami d'enfance, Thomas, Ted, un ami de Kay et enfin le juge Treve sont aussi présents.  Un premier mort survient. Crime ou accident ? Un deuxième meurtre est commis. "le couvercle a sauté"

Dans ce huis clos, on nous donne différents éléments, même des pistes assez éloignées  - comme un vol soi-disant perpétré par la fille de Battle - pour nous donner la longue suite d'événements qui vont mener au meurtre : saurez-vous trouver le vrai coupable ? C'est l'inspecteur Battle qui enquête avec son neveu. Ce whodunit se démarque des autres intrigues par sa construction atypique, commenté par l'un des personnages, Treve.

Il existe aussi un téléfilm assez fidèle mais simplifié de ce roman avec, à la place de Battle, Miss Marple. ( série avec Géraldine Mc Ewan, 2007)

L'heure zéro, A. Christie, Livre de poche, 251 p.

billet de LewerentLilly

Pour sa dimension sociétale :

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Rébus - célèbre commissaire créé par Rankin - est à la retraite et travaille à la résolution des affaires non classées. La disparition d'une jeune fille semble être l'oeuvre d'un tueur en série.

"Tu es vinyles, nous sommes numériques", réplique Clarke, une collègue de Rébus. Effectivement, l'enquête, comme dans une série comme Brodchurch, montre l'importance des nouvelles technologies dans les enquêtes actuelles. Elles peuvent aider la policer par l'envoi de photos, ou a contrario, la freiner en diffusant des informations allertant le tueur. Rien de bien original, mais Rebus est un homme attachant, intuitif, et bien évidemment, alcoolique et solitaire.

Rankin, Debout dans la tombe d'un autre, Livre de poche, 600 p.

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01 octobre 2017

C'est le premier, je balance tout (septembre 2017) : ISSN 2607-0006

 

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-sapinLogo d'allez-vous faire lire

Alors que la rentrée littéraire bat son plein, je n'ai pas beaucoup lu... ni écrit... Voici donc un bref bilan.

1) LES FILMS

Vive le cinéma coréen ! Il produit des films à voir absolument, dans tous les genres, tout en les mêlant et les renouvelant : il y a eu récemment une parodie de films de zombie ( Dernier train pour Busan), une film catastrophe atypique ( Le tunnel), un film postapocalyptique (The Snowpiercer), un film fantastique ( The host)... Pourtant les deux derniers films que j'ai pu voir était plutôt décevants.

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Kim Jee woon, dans J'ai rencontré le diable, filme un agent secret qui décide de venger la mort de sa fiancée. Lorsqu'il retrouve le tueur en série, il ne l'arrête pas mais fait le choix de le torturer. Le film est donc constitué de scènes violentes, d'une succession de sévices infligés au sérial killer. Le réalisateur ne nous épargne ni les détails sordides, ni la cruauté des personnages. Ce film, qui traite de la vengeance, parle aussi de la monstruosité de chacun... Un film assez éprouvant à voir.

J'ai rencontré le diable, Kim Jee Woon, 2h22, 2011

 

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Navet ou parodie ? Ce film mêle fantastique et écologie : une bête féroce mange des hommes. Plusieurs hommes partent la traquer, amenant une réflexion écologique ( " la vie d'un être humain vaut plus que des pommes de terre") : cette bête est née de la pollution provoquée par les humains, qui empiètent sur son territoire. Le fond sociétal est intéressant mais les effets sont grossiers. Clairement parodique, le film exagère tant qu'on est à la limite du nanar ( manque de budget ? ) : on se moque du "gros bras" venu traquer la bête, une sorte de rambo coréen, on se moque aussi des policiers incompétents, qui font des roulés-boulés dans toutes les scènes... La bête est si mal faite qu'une peluche paraît plus réelle ( voir ci-dessous)... Il n'y a pas une personne folle mais deux... Dommage, l'excès empêche d'apprécier complètement le film.

Chaw, Shin Jung Won, 2h00, 2019

 

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2) MES LECTURES sans TOP...

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J'ai peu apprécié ma lecture de L'usage du monde de Bouvier : il raconte son voyage, partant de la Yougoslavie et aboutissant en Inde. Bouvier, ce n'est pas l'exostisme romantique des grands tours qu'il recherche, mais sa quête est à la fois géographique, historique et sociale... Pourtant, la répétition des mésaventures et un humour que je ne partage pas, m'a emmenée laborieusement vers la fin du voyage... Son récit est littéraire, total - il a intégré des dessins de Thierry Vernet et il aurait voulu y ajouter des photographies - mais ses observations n'ont pas suscité l'émerveillement qu'il a ressenti : sans doute, il y a différentes façons d'être au monde...

le paradoxe de fermi

En revanche, je vous parlerai bientôt du paradoxe de Fermi, le livre de Boutine, que j'ai trouvé très intéressant : encore de la SF intelligente...

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Et pour terminer, j'ai découvert l'une des deux dernières pièces de Racine, ses pièces religieuses jouées par les demoiselles de Saint Cyr : Esther. Commande de Mme de Maintenon, cette tragédie mêle chant et vers. Evidemment, on est admiratif devant le vers racinien...

...LES FLOPS

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Dans cette autobiographie, S. Tesson énonce les motivations qui l'ont conduit à se réfugier dans une cabane en Sibérie. Il décrit ce qu'il voit et ce qu'il vit, en comparant son isolement sibérien à sa vie parisienne. Autour de sa cabane, il y a de la neige, une mésange et la solitude. Puis, il y a de la neige, une mésange et la solitude. Oui, comme vous l'avez compris, j'ai trouvé son récit assez répétitif, superficiel et je n'ai pas réussi à m'intéresser aux élucubrations de l'auteur et à ses allusions quotidiennes à l'alcool, qui me semble s'éloigner de l'idée de " se retrouver soi-même".

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, folio, 290 p.

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Je suis une légende de Matheson, un livre culte ? Je me suis beaucoup ennuyée en le lisant et je vous dirai bientôt pourquoi...

3) LES ACHATS

Ken Liu, L'homme qui mit fin à l'histoire, Volupté de Sainte-Beuve et merci Lewerentz pour Sidney Chambers et l'ombre de la mort, LEs mystères de Grantchester de James Runcie.

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Posté par maggie 76 à 08:26 - - Commentaires [15] - Permalien [#]