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A partir d'un reportage sur un Hongrois, un soldat disparu de la Seconde Guerre Mondiale, enrôlé par les Allemands, c'est tout un passé secret de l'auteur qui ressurgit. Comme dans L'adversaire, s'entrecroise un travail journalistique et autobiographique. Alors que l'auteur avoue qu'il ne " ne supporte plus d'être prisonnier de ce scénario morne et immuable, quel que soit le point de départ de [se] retrouver à tisser une histoire de folie, de gel, d'enfermement, à dessiner le plan du piège qui doit [l]e broyer.", c'est, hélas, à une histoire de folie et d'horreur qu'il nous convie.

Tout d'abord, il y a ce reportage à Kotelnitch, où on découvre toute une population vivant dans une pauvreté révoltante. Cette ville servira d'ailleurs d'arrière-fond à un fait divers des plus horribles. Ensuite, l'auteur raconte sa relation avec Sophie, une jeune femme qu'il aime mais qu'il repousse à cause de son niveau social. Histoire d'amour ? Plutôt une histoire de trahison, de haine, de jalousie. Enfin, en surimpression, s'ajoute l'histoire du grand-père géorgien de l'auteur : collaborateur, peut-être fou, disparu, il hante sa mère et l'écrivain.

Au coeur du roman, se trouve un texte ( est-il cité mot à mot ?) dédié à la femme aimée, publiée dans Le Monde, où comme dans la Modification de Butor, il s'adresse directement à son interlocutrice pour l'inciter à avoir un orgasme. J'ai sauté ces pages : comme le demande quelques pages plus tard, une journaliste anonyme, jusqu'où peut-on donner en pature ses proches ? La partie concernant le reportage est tout à fait instructif mais celle concernant l'auteur m'a mise mal à l'aise. Comment peut-on révéler des détails si intimes ? Cette partie autobiographique était-elle nécessaire ? Un livre dérangeant qui continue à tisser les leitmotives de l'auteur, à savoir le monstrueux et la folie...

Carrère, Un roman russe, 399 p. Folio

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