28 octobre 2016

L'enfant qui criait au loup de Gunnar Staalesen : ISSN 2607-0006

004373287

 Varg Veum a quitté la protection de l'enfance pour devenir un détective privé. Il s'est occupé notamment d'un enfant surnommé Jannegutt, dont la mère est toxicomane et le beau-père violent, soupçonné de trafic d'alcool... A trois reprises, l'enfant va être confronté à des meurtres extrêmement violents : avec ses antécédents, Jannegut est le coupable idéal. Pourtant Varg est persuadé qu'il est innocent mais comment le prouver ?

Encore un roman norvégien, me diriez-vous ? Présente-t-il des aspects nouveaux ? Est-il construit autour d'une intrigue haletante ? Tout d'abord, l'enquête n'est pas menée sur quelques jours mais elle se déroule tout au long de la vie de Jannegut et nous pouvons donc voir évoluer tous les personnages, sur une vingtaine d'années. Ensuite, Varg est un privé, comme ceux de Hammett ou de Chandler. Il est souvent frappé, cogné...

En revanche, on retrouve l'aspect sociétal développé dans de nombreux polars norvégien : cette fois-ci, ce sont les enfants maltraités qu'on suit, monde sombre et sans espoir... Et enfin, l'auteur n'a pas manqué de faire de la Norvège, un haut lieu de criminalité ! "C'était dans le cadre de cette grande affaire de contrebande d'alcool dans le sunnfjord [...]. On se croirait parfois à Chicago, si tu vois ce que je veux dire", dit l'un des personnages à Veum. Des rebondissements vous tiendront en haleine, l'intrigue est efficace mais les personnages manquent de relief. Ce n'est pas le meilleur roman norvégien que j'ai lu.

Gunnar Staalesen, L'enfant qui criait au loup, folio policier, 480 p.

Merci folio pour ce partenariat.

Posté par maggie 76 à 19:03 - - Commentaires [28] - Permalien [#]


22 octobre 2016

Giono de Pierre Citron : ISSN 2607-0006

51026MP5NML

Se tenir à la réalité, " c'est préférer le code civil à Stendhal" :

Vous désirez connaître la vie de Giono et son oeuvre ? Pierre Citron a écrit une biographie simple et éclairante de la vie de l'auteur d' Un roi sans divertissement. Accompagnée de nombreuses peintures, photographies, illustrations, qui agrémentent la lecture, on peut découvrir un univers gionien très éclectique : dans ses premiers romans, comme Un de Baumugne, Collines, Regain dominent la nature. Puis, il a aussi écrit des récits pacifiques comme le Grand troupeau, les vraies richesses... Après la guerre, il écrira deux cycles très dissemblables : le cycle du Hussard et celui des chroniques présentant des romans très stendhalien comme Angelo ou des romans très sombres comme Les âmes fortes.

photo 001

"Giono est attablé au Contadour avec une de ses nombreuses pipes" 1938 ( p. 55)

P. Citron revient sur la légende d'un Giono collaborateur, évoque aussi l'épisode contadourien. Mais ce qui frappe dans cette oeuvre, c'est la liberté de forme et l'innovation narrative dont fait preuve Giono : non seulement, il invente sans cesse de nouveaux mots mais il n'use jamais de la même technique narrative. Admirateur de Faulkner, il crée même des oeuvres qui préfigurent les théories du Nouveau Roman. L'autre aspect permanent de cette oeuvre gionesque, c'est la royauté de l'imaginaire : dès La naissance de l'Odyssée, puis avec Jean le bleu (autobiographie) ou Pour saluer Melville ( biographie de Melville), Giono ne cessera jamais de mêler l'imaginaire et le réel. La province de Giono ? Elle est partiellement fictive. Noé, une autobiographie ? Il imagine autant qu'il raconte sa vie.

ver13_vallotton_001f

Vallotton, Verdun, p. 16

Tout en narrant la vie de l'auteur et en résumant les oeuvres de celui-ci, Pierre Citron insiste sur des notions clés de l'oeuvre gionienne comme la générosité, la nature, la dimension métaphysique de ces oeuvres, la démesure des personnages... La collection écrivain de toujours permet une agréable rencontre avec un auteur...

Pierre Citron, Giono, écrivains de toujours, seuil, 183 p.

Posté par maggie 76 à 20:15 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

15 octobre 2016

Le cycle des robots et et 2 d'Asimov : ISSN 2607-0006

41InJ7zXnhL1540-1

" Que des machines perfectionnées puissent nous succéder un jour, c'est, je m'en souviens une idée très commune sur la Terre. Elle est courante  non seulement parmi les poètes et les romanciers, mais dans toutes les classes de la société. C'est peut être parce qu'elle est ainsi répandue, née spontanément dans l'imagination populaire qu'elle irrite les esprits supérieurs. Peut-être est-ce aussi pour cette raison qu'elle renferme une part de vérité. Une part seulement : les machines seront toujours des machines", disait Ulysse Mérou, dans La planète des singes ( P. Boulle). Effectivement, c'est une topique de la littérature d'anticipation de faire des robots les successeurs des hommes. On pense notamment à Phillipe K Dick, Rosa Montero.

Dans Les robots, premier tome du cycle, Asimov fonde un classique du genre avec ses trois lois robotiques ( "Première loi ; Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger."). A travers diverses anecdotes, on suit l'évolution des machines vers leur perfectionnement. Entre chaque histoire, intervient Suzan Calvin qui raconte cette évolution à un journaliste. c'est une "robopsychologue", plus rigide que les robots eux-mêmes, chargée de vérifier la dangerosité des machines ou de comprendre leur dysfonctionnement. C'est un personnage qui revient dans Défilé de robots, où de nouvelles histoires d'androïdes sont mises en scène. Les robots peuvent-ils mentir lors d'un procès ? Seront-ils acceptés un jour sur terre ? D'autres personnages réucurrents font leur apparition comme Gregory Powell et Mike Donovan. Ces histoires, parfois amusantes, mettent souvent la lumière sur les faiblesses des hommes. Même si les androïdes d'Asimov ne sont pas près de rejoindre la réalité, l'auteur arrive avec art à leur insuffler vie, à construire un univers cohérent et je continuerai avec plaisir ce cycle commencé ( 6 tomes au total).

21023610_20130731113859017

Dans la série Emma, diffusé sur TF1, l'androïde cite les trois lois de la robotique. Cette série policière, bien que terriblement vieillote, avec une intrigue faible, amène le thème de la cohabitation des hommes et des machines avec humour. Au contraire, Almost human, qui associe aussi un duo d'homme et d'androïde, présente une esthétique hautement futuriste et un décor crédible. Dommage, cette série policière interroge les bienfaits ou les méfaits de la technologie mais reste tout de même très classique dans ses intrigues.

Asimov, Le cycle des robots, Les robots 1, J'ai lu, 285 p.

Asimov, Le cycle des robots, Un défilé de robots 2, J'ai lu, 247 p.

Posté par maggie 76 à 18:51 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

08 octobre 2016

Terrienne de Mourlevat : ISSN 2607-0006

9782070637232

"Aucune carte du monde n'est digne d'un regard si le pays d'utopie n'y figure pas" écrivait O. Wilde. ô combien me paraît juste cette citation car ces mondes imaginaires qui interrogent notre réel me plaisent infiniment.  Voici une utopie destinée à la jeunesse mais qui n'est pas dépourvue de qualités. Dans Terrienne, Mourlevat utilise le procédé du monde parallèle comme Drood de Dan Simmons ou Neverwhere de Gaiman.

Un vieil écrivain, Virgil, prend en autostop une jeune fille, qui va à Campagne, ville qui n'existe pas sur les cartes et dont l'accès n'est que rarement possible. Anne y recherche sa soeur, disparue depuis un an. Quel monde vont découvrir Anne et Virgil ? La jeune fille va-t-elle retrouver sa soeur ? Sa quête aboutira-t-elle ?

Ne croyez pas que Terrienne soit une simple dystopie. L'humour, souvent absent de ce type de récit, contribue à rendre attrayant ce récit. Bien sûr, ce n'est pas une comédie molieresque mais certains passages sont très drôles. Des références à la littérature contribuent aussi à l'intérêt de ce roman : sont convoqués tout à tour le mythe d'Orphée, le conte de "Barbe bleue"... sans oublier le personnage de Virgil, l'écrivain : "Virgil dormit par courtes séquences et d'un sommeil agité. Dans ses moments de veille, il lui semblait qu'il était en train d'écrire un roman fou, un roman dans lequel il ne se serait imposé aucune des limites raisonnables habituelles un roman écrit sans stylo ni traitement de texte, mais avec son propre corps en trois dimensions, dans l'épaisseur des choses"... In fine, on découvre un monde imaginaire où l'auteur nous fait réfléchir sur l'identité humaine, avec humour.

Mourlevat, Terrienne, Gallimard jeunesse, 407 p.

Posté par maggie 76 à 12:01 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

02 octobre 2016

Envoyée spéciale de Jean Echenoz : ISSN 2607-0006

9782367621968-001-X_0

Envoyée spéciale est le dernier roman d'Echenoz, que j'ai pu écouter dans sa version audiolib, lu par Dominique Pinon. Ce dernier a joué dans de nombreux films de Jeunet ( Délicatessen, La cité des enfants perdus, Le fabuleux destin d'Amélie Poulin). C'est avec alacrité qu'il débute l'histoire, qui de prime abord, est déconcertante. S'entrecroisent dès le début un général, un homme d'affaire Tausk et sa femme Constance, une ancienne chanteuse, un ancien taulard qui n'est pas ce que l'on croit etc... Constance est enlevée et conditionnée - à la manière d'Echenoz - à devenir une espionne en Corée du Nord... Les situations farfelues, inattendues permettent à l'auteur de se moquer allégrement du roman d'espionnage : les gardes du corps de Constance attrapent la turista - ce qui n'arrivent jamais dans ce genre de roman -  l'emmènent dans "une éolienne résidentielle"...

Et tout ceci sur un tempo jubilatoire, vif. A ce rythme endiablé, s'ajoute un narrateur facétieux qui souligne l'ennui que peut éprouver le lecteur devant une situation convenue ( envoi d'un doigt coupé après une rançon), ou se disperse en disgressions sur le syndrôme de Stockholm, la vie des éléphants et en deux brefs chapitres, expédie le sort de tous les personnages avec une grande désinvolture. Ce roman s'amuse avec les codes romanesques, mais le style loufoque qui mêle des termes techniques et des périphrases humoristiques le démarquent des autres parodies de romans d'espionnage. De cet auteur, sont lus chez Audiolib : Courir, Des éclairs, 14 et Ravel. Après cette joyeuse première rencontre, on a bien envie de se replonger dans l'univers échenozien.

Echenoz, Envoyée spéciale, 6h39, Audiolib, texte lu par Dominique Pinon. Vous pouvez écouter un extrait ici.

Merci Audiolib pour ce partenariat

Posté par maggie 76 à 10:51 - - Commentaires [20] - Permalien [#]