9782757858806

En Calabre, Alberto Lenzi est un magistrat peu considéré, un juge de peu d'envergure et de sucroît noceur. Lorsque son ami Giorgio Maremmi, un magistrat aussi, est assassiné, pour le venger, Alberto va risquer sa vie pour faire justice. Quelle enquête Giorgio menait-il pour que sa vie soit en péril ? Qui avait intérêt à le faire taire ? D'emblée, les preuves semblent accuser la 'Ndrangheta, la mafia calabraise. En effet, les hommes accusés du meurtre de Giorgio sont des 'Ndranghetistes, eux-mêmes retrouvés morts.

La revanche du petit juge s'inscrit dans la veine des "giallo", les collections romans noirs italiens sont jaunes, d'où ce nom m'a expliqué la libraire, qui mêle meurtres sanguinaires, politiques véreux, mafia, noirceur des personnages. Quelle immersion ! Quelle enquête tortueuse où la population préfère se taire que d'affronter les 'Ndranghetistes ! Gangemi décrit ainsi une société calabraise dominée par l'argent et des hommes ayant leur propre code et ne se référant pas à la loi. On découvre donc les codes d'honneur, le "chef de bâton", le fonctionnement et la structure de la mafia calabraise. En outre, Alberto, tout en faisant face à ses problèmes conjugaux, filiaux, amoureux, découvre que le parquet cache une taupe. Les morts pleuvent autour de lui et les assassins ont toujours une longueur d'avance... d'où un suspense jusqu'à la dernière page.

Après un temps d'adaptation, la traduction semble parfois faite mot à mot ( j'ai découvert des expressions étranges " vu qu'il ne mettait pas de sel s'il s'agissait d'ouvrir le feu et que tuer était pour lui un métier comme un autre", p. 18 ), j'ai pris plaisir à côtoyer tous ces personnages secondaires bien développés. Certes ce roman violent, parfois cru dans la narration des amours d'Alberto ne manque pas d'humour : l'excès caractérise tous les personnages, sans oublier de jolies descriptions de la Calabre. Il existe un cercle où les personnages ont pour principale activités le commérage, de véritables fantôches : " C'était surtout don Saro, propriétaire terrien, qui tenait le crachoir. Il revenait tout juste d'un long séjour en Australie. Et il en racontait des merveilles. Il parlait des farms à l'intérieur du pays, où la terre était si fertile que les pommes de terre y pesaient en moyenne trente kilos [...].( p. 307).

On découvre donc avec plaisir, une société de propriétaires terriens amoureux de leurs oliviers, une société en mutation où les pères ne comprennent pas que leurs filles fassent des études, où même la mafia modifie leur code en accord avec une société qui évolue, le fonctionnement du Parquet où officie Alberto, où Dieu et tous les saints sont régulièrement invoqués et où un simple mal de tête devient l'annonce d'une mort imminente ! Apparemment, un deuxième opus est en traduction, je l'attends avec impatience...

Mimmo Gangemi, La revanche du petit juge, points, 401.