30 mars 2016

Fusées, Mon coeur mis à nu de Baudelaire : ISSN 2706-0006

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Fusées, mon coeur mis à nu est venu rejoindre mes livres baudelairiens. Certaines citations de ce livre posthume doit vous être familières comme : "Je ne conçois guère un type de beauté où il n'y ait du malheur", "le plaisir aristocratique de déplaire", "l'éternelle supériorité du dandy".

Tout d'abord quelle est l'intention de l'auteur ? Il l'explique dans une lettre à sa mère. Les notes prises sur la fin de sa vie reflètent l'amertume dont il est rongé et les critiques attribuent souvent à ses dettes et à sa dépendance envers sa mère (" Histoire des Fleurs du mal, humiliation par le malentendu et mon procès") : " Eh bien ! oui, ce livre tant rêvé sera un livre de rancune [...]. Mais tout en racontant mon éducation, la manière dont se sont façonnés mes idées et mes sentiments, je veux faire sentir sans cesse que je me sens étranger au monde et à ses cultes. Je tournerai contre la France entière mon réel talent d'impertinence. J'ai un besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d'un bain" ( Lettre à Mme Aupick, Paris, 5 juin 1863, extrait)

En fait, ces écrits mêlent des principes esthétiques, des remarques misogynes, des critiques acerbes sur la politique et un souhait de faire le panorama de la vie sous le Second Empire, à partir de portraits de contemporains. Comme dans Le spleen de Paris, dont on retrouve des canevas de poèmes en prose, Baudelaire reproche la médiocrité et l'hypocrisie de son époque : il critique Sand et Rousseau, parle de "portrait de canaille littéraire", mais aussi de politique (" le 2 décembre m'a physiquement dépolitiqué") ou de la société matérialiste ( " être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux").

L'appareil critique est immense ! sur les 400 pages, seulement 200 concerne le texte écrit par Baudelaire. De fait, la lecture n'est pas aisée et je l'ai relu car la première lecture était entrecoupée par des notes, très longues, parfois inutilement savantes. Elles sont toutefois nécessaires pour éclairer certaines réflexions du poète. En revanche, d'autres liens auraient pu être faits avec les poèmes en prose. Il faut dire que ces notes sont déjà interminables... A ces notes s'ajoutent la correspondance de Baudelaire et des poèmes en prose en liaison avec Fusées ou mon coeur mis à nu et des textes moins connus comme des notes prises sur Les liaisons dangereuses que le poète devait préfacer. Fusées et mon coeur mis à nu contribuent à construire l'image d'un Baudelaire dandy et maudit.

Fusées, Mon coeur mis à nu et autres fragements posthumes, Baudelaire, folio, p. 463.

Merci Folio pour ce partenariat.

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25 mars 2016

La poupée de Kafka de Fabrice Colin : ISSN 2607-0006

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Toute l'intrigue est bâtie autour d'une anecdote : une petite fille pleure, dans un parc de Berlin, en 1923, car elle a perdu sa poupée. Kafka l'aurait consolée en lui disant qu'elle lui avait écrit une lettre. Il lui apporte les lettres de la poupée de semaine en semaine. Mais que sont devenus ces écrits du célèbre auteur de La Métamorphose ? Qui est cette petite fille ? L'histoire est-elle véridique ? C'est ce que voudrait aussi savoir Abel Spieler, un spécialiste de la littérature germanique, un homme lâche, séducteur et menteur, qui se désintéresse de sa femme et de sa fille, Julie. L'incipit raconte les relations entre le père et la fille, Julie. Comme c'est banal ! Toute l'histoire familiale des Spieler m'a paru quelconque et ennuyeuse, aussi bien le divorce des parents que les relations ombrageuses entre Abel et sa fille.

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Photographie p. 32, La poupée de Kafka

"Ne dit-on pas que la littérature aide à vivre ?"

Quelques photographies de Kafka - et de jolis croquis de Sidonie Mangin - parsèment le livre. Mais Kafka est seulement le fil d'Ariane de cette histoire. En revanche, la littérature, le mensonge fictionnel est mis en exergue : Julie Spieler retrouve une vieille femme acariâtre, Else, qui semble être la petite fille à la poupée. Celle-ci lui raconte, comme dans Les mille et une nuits, "le livre de son enfance". Mais s'intercale vertigineusement, dans ce dédale de récits, une autre histoire écrite en italique. Telle Shéhérazade, Else arrive à retenir notre attention. Ment-elle ? A-t-elle vraiment rencontré Kafka ? Que lui a-t-il écrit ? A-t-elle encore les lettres ? La poupée de Kafka est une belle ode à la fiction et au rôle de la littérature, du mensonge fictionnel, même si je regrette qu'il y ait certains passages mélodramatiques comme la fin ou inutiles comme les relations familiales des Spieler.

La poupée de Kafka, Fabrice Colin, Acte Sud, 258p.

Autres romans de F. Colin  : Bal de givre à New York, Projet Oxatan

L'avis de Claudia ici.

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p. 129, croquis de Sidonie Mangin

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19 mars 2016

Palmyre, L'irremplacable trésor de Paul Veyne : ISSN 2607-0006

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Paul Veyne, spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine se fait "guide de tourisme dans le temps" pour nous emmener au II siècle à Palmyre, à son apogée. Son livre témoigne, avec un cahier photographique en couleurs et des descriptions, de ce que fut " la splendeur de Palmyre qu'on ne peut plus désormais connaître qu'à travers les livres".

Tout en décrivant les monuments, dont le temple de Bêl, il nous dévoile les moeurs, le commerce, la religion, l'épopée de Zénobie, les rites funéraires de cette civilisation millénaire. Cet essai est extrêmement documenté, précis avec des notes de bas de pages, des sources, qui n'alourdissent pas la lecture car cet historien fait surtout l'éloge de la diversité culturelle de cette antique ville. Paul Veyne ne cesse de souligner la richesse des influences de cette ville syrienne qui s'allie harmonieusement avec leur propre culture aréméenne : "Les palmyréens sont donc des Araméens, mâtinés d'éléments arabes, qui ont persisté à parler araméen en famille comme tous les syriens mais aussi à l'écrire concurremment au grec, leurs riches mausolées familiaux ont souvent une inscription bilingue à leur porte, mais à l'intérieur l'épitaphe de chaque défunt n'est qu'en araméen ; la bilingue attestait l'intérêt que la famille portait au vaste monde".

Tout en étant un ouvrage érudit, Palmyre se lit facilement et agréablement. Quel cicerone ! Quelle étude passionnée ! Paul Veyne n'oublie pas de nommer les villes actuelles équivalent des cités antiques ou n'omet pas de donner des comparaisons avec les autres civilisations plus connues du lecteur, comme celle des Romains. Son livre est une belle manière de voyager dans la somptueuse Palmyre, de visiter les rues et de cheminer sur la route des caravaniers. Bel ouvrage de vulgarisation, Palmyre est un ouvrage achéologique mais aussi une ode à la liberté comme l'atteste ces deux citations présentes dans la conclusion : " loin d'aboutir à l'universelle uniformité, tout patchwork culturel, avec sa diversité, ouvre la voix à l'inventivité" ( p. 139) et " oui, décidément, ne connaître, ne vouloir connaître qu'une seule culture, la sienne, c'est se condamner à vivre sous un éteignoir".

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temple de Baalchamîn, détruit par l'EI en 2015

Paul Veyne, Palmyre, Albin Michel, 141 p.

Palmyre, l'apogée d'un lieu sur France culture

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16 mars 2016

Les 8 salopards de Tarantino : ISSN 2607-0006

True grit 001Les 8 salopards, Tarantino :

Des personnages bavards et violents, des scènes grandguignolesques, plusieurs héros qui s'entrecroisent dans une intrigue originale : on reconnaît vite un film de Tarantino ! Huit personnages, dans un paysage enneigé, se retrouvent dans une auberge : un chasseur de prime a capturé une femme pour la faire pendre.  Leur arrivée dans une auberge et leur enfermement ressemblent à un traquenard.

L'originalité de la narration est indéniable. Le spectateur est pris dans un emboîtement de flash-back et de faux-semblants impressionnants. Cependant, l'aspect sanguinolent de certaines scènes et la longueur des répliques alourdissent inutilement le film. On n'en reconnaît pas non plus la musique d'Ennio Morricone si caractéristique. Paradoxalement, les 2h40 passent vite, on est piégé par le scénario... mais on en ressort ennuyé par le verbiage des personnages. J'ai préféré ses précédents films tels qu'Inglourious Basterds ou Django Unchained, moins inventif au niveau formel mais plus remarquable, en ce qui concerne l'histoire.

Billet d'Alex,

 True Grit, Coen, 2011, 1h50 avec Jeff Bridges, Hailee Steinfeld...

Pour une poignée de dollars, 1966, 1h36, Sergio Leone, avec Clint Eastwood...

Les 8 salopards, Tarantino, 2016, 2h48, avec Samuel L. Jackson, Kurt Russel, Jennifer Jason Leight

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12 mars 2016

Lire ou ne pas lire : Ragougneau et Moussa Konaté : ISSN 2607-0006

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A lire : L'emprinte du renard, meurtre en pays Dogon, Moussa Konaté, 260 p., Points.

C'est armée d'une carte du Mali que j'ai commencé la lecture de L'empreinte du renard. Ne connaissant pas ce pays, j'ai découvert grâce à l'enquête de Habib, commissaire fameux de Bamako, les coutumes et les moeurs des Dogons.

En effet, des meurtres étranges sont commis en pays Dogons : après un duel traditionnel entre deux amis, d'autres meurtres s'ensuivent. c'est Issa, le conseiller du ministre, qui dépêche Habib dans ce lieu où l'irrationnel domine. Là, le commissaire et l'inspecteur Sosso sont confrontés au silence des Dogonos et à leurs rites qui leurs paraissent étranges, bien qu'habitant le même pays.

On découvre donc le rôle du Hogon, le chef spirituel, un Dama, une fête funéraire ou une séance de divination où des devins observent des messages laissés par des renards... Dans cette communauté, ce qui les surprend, c'est la jeunesse du maire et de ses adjoints, qui semblent très riches malgré leur petit salaire. Le personnage principal applique la loi mais cela ne l'empêche pas de mener des réflexions : " Ce qui est sûr, dit Habib, c'est que j'ai reçu la plus belle leçon d'humilité de ma vie. J'ai rencontré des personnes qui mettent l'homme au centre du monde. S'ils commettent un crime, ce n'est jamais pour défendre des intérêts personnels, mais pr sauver l'honneur et maintenir les fondements de leur société. [...] Ils vivent peut-être en dehors du temps, ils s'accrochent peut-être à un monde condamné à disparaître, mais ce monde a un sens".

L'empreinte du renard permet de découvrir presque de manière ethnologique la communauté des Dogons, mais en plus, la langue est sobre et élégante. Il n'y a pas de longues descriptions pédagogiques : les informations sont intégrés dans des dialogues. Un très bon roman où le suspense est maintenu et qui donne envie de découvrir les autres enquêtes de cet inspecteur.

autre roman de Moussa Konaté : La malédiction du Lamantin

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A ne pas lire : A. Ragougneau, La madone de Notre-Dame, 230 p., Points.

Comme j'avais lu une bonne critique du deuxième roman de Ragougneau, intitulé Evangile pour un gueux, publié aux Editions Hamy et qu'on soulignait sa ressemblance avec Fred Vargas, j'ai décidé d'ouvrir son premier roman : La madone de Notre-Dame.

Une jeune femme arabe est assassinée à l'intérieur de l'église mais qui a pu commettre ce crime dans un lieu clos ? Est-ce un crime raciste ? Le mobile est-il religieux ? L'enquête est menée par le commandant Landard, un homme mysogyne, raciste, et brutal :

"C'est ça mon garçon. La statue la Vierge, les curés, les chevaliers de saint frusquin et la petite poule en blanc qui tortillait du cul à pas deux mètres de toi. Tu t'en souviens ?

- Oui, je m'en souvens, oui mais vous avez de ces mots..."

Effectivement, le personnage antipathique et le vocabulaire employé m'a tellement déplu que je n'ai pas fini le roman. Dommage, ce roman policier finissait chaque chapitre en dévoilant un élément essentiel qu expliquait toute la scène antérieure, créant un bon suspense mais cela n'a pas suffit à me donner envie de découvrir le fin mot de l'histoire.

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04 mars 2016

Pierre Bordage, Ceux qui sauront/ nouvelle vie : ISSN 2607-0006

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