29 février 2016

Au mois de février 2016 : ISSN 2607-0006

1) EXPOSITIONS

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 Cette exposition, au sujet original, reflète bien la société mercantile du XIXeme siècle. Ce que dépeint Maupassant dans Bel-Ami, est restitué dans les oeuvres bacchiques de Pradier, Rodin, Bougereau, Moreau... : une société tournée vers le plaisir matériel, où la femme semble avoir un statut d'objet sensuel. Les formes académiques ne masquent pas l'érotisation des bacchanales. L'inspiration est doublement antique : non seulement les peintres, sculpteurs choisissent des sujets mythologiques mais dans leur forme même, les artistes copient les bas-reliefs ou les motifs antiques.

Sans être sensible à cet art académique, j'ai apprécié le choix judicieux du thème comme reflet d'une époque, la diversité des supports ( vases, tableaux, photographies...).

Bachanales modernes ! Le nu, l'ivresse et la danse dans l'art français du XIXeme siècle, 12 au 23 mai, Galeries des Beaux-Arts de Bordeaux

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Dans cette exposition, on peut découvrir quelques photographies, en couleurs, d'ouvriers de l'ex-RDA, en train de cultiver leur jardin. Les poses semblent peu naturelles et bien banales. En revanche, Burce Milpied, comme un reporter, a photographié les derniers mineurs de Jiu, situé en Roumanie. Le noir et blanc apportent une touche crépusculaire et émouvante à ces lieux dévastés, désertés et à ces hommes, qui évoquent les "gueules noires" de Zola. Il avait déjà photographié des ouvriers sur le port de Bordeaux. Pour en découvrir davantage sur ce photographe,  son site.

Bruce Milpied, " A force de vie faites de murs", jusqu'au 26 mars, Musée d'Aquitaine, entrés libre

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Vulcan, Roumanie, 2004, B. Milpied

2) FILMS

The Clan - Official US Trailer

El clan est un film très rythmé par une bande-son dynamique et par une double temporalité. Le dénouement horrible et l'histoire terrifiante, inspirés là aussi de faits vrais, se déroulent parallèlement, ce qui redouble la violence du sujet. En effet, on nous montre l'histoire d'une famille en Argentine, qui enlève des gens, dans l'après-dictature de Peron. Ce qui est assez effrayant, c'est qu'autant le fils ( dont on ne sait pas vraiment à quel point il est complice) semble pris de remord ou de dégoût pour ce qu'il a fait, autant le père semble maître de lui-même alors qu'il a commis plusieurs meutres. Quand on sait, qu'il a appris le droit en prison et qu'il a plaidé jusqu'à un âge avancé, cela fait froid dans le dos...

Ce long métrage, qui alterne violence des kidnapings et vie ordinaire, nous montre à la fois le contexte sociétal - une famille patriarcale - et le contexte politique, dans la démocratie balbutiante des années 1980, à Buenos Aires. Un film à voir malgré de nombreuses scènes violentes...

El clan, de Plabo Trapero, 2016, avec Guillermo Frrancella, Peter Lanzani, 1h49,

billet de Dasola, et un billet très complet chez Alex,

3) ACHATS

- Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, + Herbert Zbigniew, Le labyrinthe au bord de la mer + Bakewall, Comment vivre ?, Une vie de Montaigne en une question et vingt tentatives de réponse + Arendt Hannah, Le système totalitaire + Fabrice Colin, Les étranges soeurs Wilcox et Projet Oxatan +  Raymond Depardon, La solitude heureuse du voyageur, précédé de notes + Antony Beevor, La seconde guerre mondiale + Gisèle Freud, Photographie et société + Pierre Bordage, Ceux qui sauront + Lawrence Durrell, L'ombre infinie de César, Regard sur la Provence + H.M Koetzle, Photographes A-Z + Montaigne, Essais, livre II

 

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26 février 2016

Des larmes sous la pluie de Rosa Montero : ISSN 2607-0006

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Après des études de journalisme et de psychologie, Rosa Montero est chroniqueuse à El Pais et un écrivain reconnu en Espagne. En France, elle s'est surtout fait connaître grâce à son roman de science-fiction Des larmes sous la pluie, qui vient de sortir en poche aux éditions Métailié. Un deuxième opus de la série vient de sortir : Le poids du coeur ( billet de Yueyin et Keisha).

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Blade runner, Ridley Scott

C'est sous l'égide de l'oeuvre de P. K. Dick, que se place ce roman futuriste. Mais Des larmes sous la pluie n'est pas une pâle copie de Blade runner. En 2109, sur terre, une réplicante de combat, Bruna Husky, enquête sur la mort d'autres techno-humains, mourant en faisant des victimes humaines. Pour quelles raisons a-t-on manipulé les mémoires de ces androïdes ? Un organisme politique a-t-il intérêt à inciter à la haine entre espèces ? Pourquoi des humains liés à un projet d'implants de comportement induit pour humains sont-ils tués ? Quelle intrigue policière ! Plusieurs suspects, des retournements de situation, des déguisements, des combats... Rien ne manque dans cette histoire enchevêtrée.

On avance donc, comme dans un labyrinthe, dans ce monde inconnu, mais qui paraît dans le prolongement du nôtre. Pour éviter les longues descriptions informatives, Rosa Montero a choisi d'intégrer intelligemment des pages d'archives synthétisant l'histoire des réplicants, de l'évolution climatique ou politique. Comme tous les romans d'anticipation, le monde évoqué critique indirectement la société actuelle. Comme dans Blade Runner, certains animaux ont disparu, comme les ours. Le climat s'est détérioré, l'air pur est payant... Les humains sont constamment surveillés, manipulés politiquement par des publicités abusives...

Et quelle héroïne ! Ce personnage d'androïde est extrêmement complexe : elle ne cesse de s'interroger sur sa nature, sa mémoire factice, sa mort. Mais elle éprouve aussi de l'agacement face à ses réflexes de combat de machine. Ce genre est d'ailleurs, selon l'auteur dans son entretien "Mauvais genre" diffusé sur France culture, le meilleur moyen d'interroger la condition humaine. Si elle refuse la mièvrerie, elle trouve émouvantes les paroles du réplicant de Blade Runner : " J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir". Les androïdes ont-ils une âme ? Lisez et succombez à l'immense richesse de ce roman haletant...

Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, Editions Métailié, 404 p.

billet de Keisha, Cachou

Sur le web : dans Mauvais genre, Rosa Montero parle de son dernier livre, à écouter sur France culture.

Blade runner, Ridley Scott

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19 février 2016

Le café de Tresniek de Seethaler : ISSN 2607-0006

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photo de la couverture : visite d'Hermann Goering à Vienne, 1938

A quoi ressemble Vienne en 1937 ? Dans Le tabac de Tresniek, Seethaler l'évoque à travers l'histoire d'un adolescent de 18 ans, Frantz. Ce jeune garçon, originaire d'un petit village d'Autriche, Salzkammerzt, arrive dans cette ville, à une époque troublée : " C'était impressionnant. La ville bouillonnait comme une cocotte minute. Tout était perpétuellement en mouvement, rue, les murs mêmes avaient l'air de vivre, de respirer, d'onduler. C'était comme si on avait pu entendre les pavés gémir et les tuiles grincer".

Subtilement, Seethaler évoque l'ascension d'Hitler. A plusieurs reprises, Tresniek, un unijambiste qui s'est battu pour son pays en 1914, est inquiété par son voisin qui le considère comme l'ami des juifs. Un facteur ne se soucie pas de voir le courrier censuré par la Gestapo. Il se réjouit au contraire de voir son sac s'alléger. Dans les journaux, que lit Frantz, on apprend que chaque jour des communistes se suicident... De nombreuses évocations de la ville sont entrecoupées de descriptions extrêmement poétiques, richement évocatrices, de la campagne autrichienne, de la ville natale de l'adolescent.

Seul le personnage principal nuit partiellement à l'histoire : après la narration affligeante de son premier amour, on nous narre sa rencontre avec Freud, narration tout aussi insipide. Pourtant l'évolution du personnage, qui ressemble bien à un parcours iniatique, finit par le rendre moins insignifiant. Le tabac de Tresniek n'est pas un roman historique mais témoigne de l'ambiance d'une époque, à travers de splendides descriptions. Un livre moins anodin qu'il n'en a l'air.

Seethaler, Le tabac de Tresniek, 271 p., folio

Le billet de DasolaDominique

Merci pour ce partenariat Folio

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18 février 2016

Paco et l'orchestre de Magali Le Huche : ISSN 2607-0006

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" Paco est très content

Ce soir, il y a un beau concert

dans la forêt. Mais où sont

donc les musiciens ? ".

En appuyant sur des icones, vous pouvez écouter des musiques et des sons. Paco entre dans une belle forêt colorée, et rencontre un chat qui joue de la clarinette. Puis, on peut écouter un ours au piano. Contrebasse, violoncelle, célesta... S'ensuient plusieurs animaux jouant divers instruments. Quel est ce concert ? En appuyant sur l'icone, à côté de la clarinette, on entend "Le coucou dans les bois" du Carnaval des animaux. D'autres extraits tels que "fossiles", " Volière", de la musique de Saint-Saens peuvent être écoutés, rendant ainsi abordable la musique classique pour les plus petits ( 3 à 6 ans), même si la suite de Saint Saens n'est pas respectée, ni l'ordre des animaux ( ordre que vous pouvez trouver dans cet article).

Ce beau livre - même si les dessins ne sont pas particulièrement remarquables - permet de découvrir la musique classique de manière ludique. Chaque découverte d'instruments est accompagné d'un court texte de quelques lignes, fil d'Ariane de la promenade de Paco. L'aspect pédagogique n'est pas oublié avec une page récapitulant tous les instruments... Et pour prolonger le plaisir, vous pourrez écouter Paco et le rock, Paco et la fanfare et Paco et le jazz.

Paco et l'orchestre, livre sonore, Gallimard jeunesse musique,Magali Le Huche ( un extrait à écouter sur le site Gallimard), 24 p.

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07 février 2016

Le code Rebecca de Ken Follett : ISSN 2607-0006

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"La nuit dernière, j'ai rêvé que je retournais à Manderley..." est l'incipit de Rebecca de du Maurier. Mais pourquoi un agent du service de renseignement militaires britanniques trouve ce roman, à moitié calciné, dans les papiers laissé par l'Afrikakorps ? Cet événement provient aprè l'arrivée d'un espion allemand au Caire. De l'affrontement de ces deux hommes va déboucher la victoire des Alliés.

Le code Rebecca est d'abord un roman d'espionnage, jouant du suspense. On nous montre l'affrontement de deux hommes aux caractères totalement opposés : l'espion Alex Wolf et le major Vandam. Les points de vue alternent entre plusieurs personnages, suspendant l'action, créant une attente autour de l'enquête du major, sa quête de l'espion allemand, et empêchant un manichéisme facile. L'un des personnages, une Egyptienne, exprime sa haine pour l'occupant anglais. Le comportement des Anglais est d'ailleurs critiqué à plusieurs reprises.

Dommage que l'auteur n'ait pas donné ses sources. On ne sait pas vraiment jusqu'à quel point Ken Follett a romancé la réalité. Quelques pages sont consacrées d'ailleurs à des batailles réelles comme celle de Gazala ou d'El-Alamein. La vie quotidienne du Caire est aussi décrite, avec des descriptions de voyage en train, de bagarres dans la rue, des commerces... De ce point de vue là, l'arrière-plan est intéressant.

Malheureusement, deux histoires sentimentales mal écrites viennent gâcher le plaisir de lecture : le major Vandam tombe éperdument amoureux d'une Cairote. Alors que les personnages, qui lisent le roman de Daphné du Maurier se moquent de ce livre sentimental, Ken Follett fait d'affreuses envolées lyriques culminant dans une scène que n'aurait pas renié un écrivain d'arlequinades ! L'auteur a-t-il parodié les romans d'espionnage ? Une question qu'on se pose lorsque l'on voit ces tristes pages.

Le code Rebecca, Ken Follett, Le livre de poche, 380 p.

Posté par maggie 76 à 13:53 - - Commentaires [21] - Permalien [#]