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Boulevard des cépucines de Béraud © Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Après Feydeau, Labiche est certainement le vaudevilliste le plus fécond du Second Empire. Parmi les 160 pièces qu'il a écrites avec des collaborateurs, dont Un chapeau en Italie, toujours joué à la Comédie Française ou Le voyage de Monsieur Perrichon, certaines portent les caractéristiques de ce qu'on a appelé "la folie-vaudeville".

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La folie vaudeville :

Ce sont de courtes pièces en un acte dominé par la déraison : dans Embrassons-nous Folleville, le marquis de Manicamp veut marier sa fille Berthe au chevalier Folleville qui lui a rendu un service en cachant au roi une injure que lui a faite le marquis. Mais Folleville et Berthe ne s'aiment pas et tous leurs gestes de désamour sont mal interprétés par le père de Berthe, qui croit que le mariage est imminent. Le vicomte de Chatenay a été giflé par Berthe, en tombe éperdument amoureux et la demande en mariage, non sans casser une infinité de vases car tous ces personnages ont le caractère vif. Une même logique de déraison domine Le meurtre de la rue Lourcine. Un bourgeois, Lenglumé, s'éveille en ayant oublié une soirée d'ivresse. qui trouve-t-il dans son lit ? Non, pas une maîtresse mais un ancien camarade, qui serait son complice dans un hypothétique meurtre. Il est prêt à tuer pour préserver sa respectabilité.

"Une bête à mille pattes", c'est ainsi que Labiche définissait ses pièces : si le spectateur s'arrête de rire, si la mécanique de la pièce s'essoufle alors la pièce est un four. Et effectivement, dans chacune de ses pièces dès que le mécanisme est enclenché, les actions s'enchaînent à un rythme effréné. Comique de répétition, néologismes, pataquès, quiproquos s'accumulent vers le dénouement. Les intrigues frénétiques de ce dramaturge sont merveilleusement ingénieuses.

Le Second Empire de Labiche : 

Cependant, ces pièces ne sont pas de simples imbroglios savamment réglés. Dans Embrassons-nous Folleville, le mariage arrangé est vivement critiqué comme dans certaines pièces de Molière. Quant à L'affaire de la rue Lourcine, Lenglumé prône les valeurs bourgeoises, au point de commettre des crimes en leur nom. Fils d'un riche industriel, L'abiche critique les travers d'une classe socials qu'il connaît bien. L'allusion à Molière n'est pas anodine. Le vaudeville puise souvent dans d'autres textes et on se délecte devant Lenglumé se frottant les mains telle Lady Macbeth. Son crime renvoie au roman-feuilleton de l'époque. Témoignage des divertissements sous Napoléon III, avec ses couplets légers, les vaudevilles de Labiche n'ont rien perdu de leur vis comica.