11 août 2014

Cinna de Corneille : ISSN 2607-0006

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La conspiration de Cinna est familière au public du XVIIeme siècle, inspirée du De Clementia de Sénèque, qui doit servir de miroir de prince pour Néron : Auguste qui s'est imposé par la force en plongeant "son poignard dans le sein de ses amis" est désemparé lorsqu'il apprend que Cinna, petit-fils de Pompée avait organisé un guet-apens. Il est las de devoir faire face aux nombreux complots, qui ne cessent de se multiplier tels les têtes d'une Hydre. C'est alors que sa femme Livie, lui conseille d'essayer la clémence. L'inventio étant connue, comment intéresser le public ?

Tout d'abord par le ressort essentiel du théâtre cornélien : l'admiration et la surprise. Après une scène d'exposition (acte I) qui permet de présenter les acteurs de la tragédie, le noeud de l'intrigue, Auguste convoque Cinna et Maxilien, principaux conjurés : le complot est-il découvert ? Non, Auguste recherche leur conseil sur sa légimité à gouverner. Pour expliquer la conjuration, Corneille a inventé le personnage d'Emilie, amante de Cinna, qui veut venger son père proscrit au début du règne d'Auguste. Cinna doit choisir entre venger le père d'Emilie ou laisser la vie sauve à l'empereur. Maxilien devient le rival amoureux de Cinna : il dénoncera le rôle de celui-ci dans la conjuration.  Ainsi voit-on qu'à la vérité historique, s'est ajoutée une intrigue amoureuse. Que ce soit lors de la fomentation du complot ou de sa découverte, les héros cornéliens font assaut de générosité et de vaillance bien qu'ils soient en péril de mort suscitant ainsi l'admiration.

Cette pièce politique de Corneille, dont le sujet est romain, fait allusion à des événements contemporains du dramaturge : La clémence d'Auguste et l'assujetissement de Cinna qui possède des valeurs aristocratiques n'est pas sans rappeler la mise en place de la monarchie après les troubles de la Fronde.

Et puis, il reste l'elocutio : cette pièce se compose de 1780 vers dans un style soutenu où les maximes abondent ainsi que les morceaux de bravoure comme la longue narration à l'acte I, scène 3 de Cinna présentant la conjuration. On peut ajouter aux fameuses citations " A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" ou " Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point les années" : "Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit", " on n'est point criminel quand on punit un crime", " Qui méprise sa vie est maître de la sienne" ou " Je suis maître de moi comme de l'univers"...

Cette tragédie qui semble très régulière au niveau de la forme  - respect de la vraisemblance, unité de lieu, d'action, de temps... -, simple dans son intrigue, présente de très beaux caractères complexes, avec le très romanesque Maxilien, où les nombreux dilemmes et paradoxes soulignent la complexité de l'héroïque Cinna et du magnanime Auguste. Bien que les intérêts et le sujet de la pièce soient éloignés de nous, les vers présentent de " sublimes et divines beautés" comme dirait Mme de Sévigné.

Corneille, Cinna, livre de poche, 177 p.

Lecture commune avec Claudia, Margotte, Océane.

Posté par maggie 76 à 10:46 - - Commentaires [15] - Permalien [#]