24 novembre 2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde : ISSN 2607-0006

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"Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrit qu'il était seul. La chaloupe , n'était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoises. La goélette n'était plus au mouillage à l'entrée de la baie, aucune voile n'apparaissait même à l'horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n'y fit. Il étaient partis." Ce n'est pas l'incipit de Robinson Crusoe que vous lisez mais celui de Ce qu'il advint du sauvage blanc.  Comme Robinson - histoire romancée d'un véritable matelot tout comme pour le "sauvage blanc" - Narcisse Pelletier se retrouve abandonné sur une plage d'Australie. Mais la comparaison s'arrête là car, contrairement au célèbre naufragé, c'est le jeune français Narcisse qui va devoir adopter les coutumes d'une tribu arborigène : la solitude, le long désaprentissage de ses propres us et coutumes se révèlent difficiles pour ce très jeune matelot de 19 ans.

Dix-huit ans plus tard, il est ramené dans son pays par le vicomte de Vallombrun : ce dernier, qui incarne une figure icarienne de scientifique romantique, espère étudier d'une manière systématique les habitudes du " sauvage" mais il se heurte au silence de Narcisse. En faisant alterner récit du début de la vie australienne par Narcisse et les lettres du scientifique envoyées à la société de géographie française, une dialectique apparaît : comment définir le "barbare" et le "civilisé ? : "Mais quoi ? Il faudrait reconnaître comme civilisées les coutumes barbares que Narcisse révèle à chaque instant ? Cela ne se peut." (p.130).

La présence de Narcisse est une énigme dans cette époque où les sciences commencent à peine à émerger en tant que matière autonome, où des théories nouvelles comme celle de Darwin s'imposent. Ce roman n'est pas seulement le reflet scientifique d'une époque, il est aussi une réflexion sur l'apprentissage des langues, la construction d'une identité, et la question du relativisme et de l'ethnocentrisme... De nombreuses questions sont soulevées et de nombreux thèmes abordés, faisant de cette bistoire vraie une passionnante découverte sur la vision de l'autre, qui se lit comme un roman.

Ce qu'il advint du sauvage blanc, F. Garde, Folio, 378 p.

FOLIO PARTENARIAT PLUS : Grâce aux éditions folio, je vous propose de gagner 3 exemplaires de ce roman qui a reçu le prix Goncourt, bien mérité, du premier roman. Vous devez simplement laisser un commentaire en donnant un argument sur l'envie qui vous pousse à découvrir ce roman et un tirage au sort désignera les gagnants dans une semaine ( le 3/12/2013).

Merci Lise et Folio pour ce partenariat. Voici le billet de Lilly.

2/12/ 2013, voici les gagnantes du concours : Shelbylee, Claudia et Vanessa.

N'oubliez pas de m'envoyer votre adresse ( dans contactez l'auteur). Merci pour vos participations !

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20 novembre 2013

Le jardin blanc de Stéphanie Baron : ISSN 2607-0006

 

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Figure fascinante, autant par sa vie que par son oeuvre du groupe de Bloomsbury, V. Woolf (biographie sur le site Larousse) inspire encore de nombreux auteurs. Malheureusement, cela donne parfois de bien mauvaises idées aux auteurs : S. Baron imagine que V. Woolf ne meurt pas le 28 mars 1941, noyée, mais elle aurait survécu un mois supplémentaire et aurait peut-être été tuée... Cette idée saugrenue permet ainsi à la romancière de développer une intrigue très plaisante où se mêle - à une intrigue amoureuse entre le personnage principal Jo Bellamy et Peter, la personne chargée d'authenfier un manuscrit miraculeusement retrouvé de V. Woolf, - une chasse aux indices pour prouver la véracité du dernier manuscrit de V. Woolf, avec de nombreux poncifs : une boite entérrée au fond d'un jardin, une société secrète, un concurrent déloyal... Pas de temps morts, l'enquête se déroule sur un rythme trépidant.

Outre l'enquête haletante autour du manuscrit, l'intérêt réside dans les nombreux éléments sur la vie de Vita Sackville West et de son jardin de Sissinghurst. En effet, l'héroïne est une paysagiste américaine dont le commanditaire souhaite recréer le "jardin blanc" situé dans le Kent. La découverte d'un cahier qui semble appartenir à V. Woolf - dont le pastiche n'est pas particulièrement réussi - précipite la jeune femme dans une quête reposant sur des coincidences stupéfiantes.

Au détour de l'histoire, on en apprend davantage sur Albert Woolf et les apôtres. Quel est leur rôle joué pendant la guerre ? Comme un petit parcours touristique, on découvre les différents lieux où ont vécu la romancière et ses proches mais aussi les bibliothèques d'Oxford, et de Cambrige. Si l'évocation du groupe de Bloomsbury, de leurs oeuvres picturales et artistiques, est particulièrement intéressante, l'histoire romanesque entre la jeune jardinière et son patron, puis de Peter, semble se surajouter aux clichés créant ainsi un roman bien documenté mais cousu de fils blancs.

Le jardin blanc de Stéphanie Baron, NIL, 397 p.

Merci aux édition du Nil pour ce partenariat. Lu par Cryssilda, Lou, Titine... et participation au challenge V. Woolf de Lou

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09 novembre 2013

Au lieu-dit de Noir-Etang... de Thomas H. Cook : ISSN 2607-0006

 

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 "La vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie" :  Fils du directeur de la Chatham school, Henry est un enfant solitaire, tourmenté, qui découvre avec l'arrivée de son professeur de dessin, Miss Channing - d'une Afrique qui paraît qui lointaine de la Nouvelle Angleterre - une nouvelle vision de la vie : " Nulle règle pour régler la vie". Son père, Arthur Griswald lui apparaît comme le modèle de l'ennui et d'un conformisme morne qu'il rejette au profit de visions de liberté.

Au fil d'une histoire proleptique - on connaît le dénouement tragique - se développe l'imaginaire de cet adolescent lié à deux destins dignes des héros de Bronte. Miss Channing et son amant, un professeur marié, incarnent pour cet adolescent révolté de véritables héros de romans gothiques, la passion absolue. Mais l'imagination exaltée du héros lui permet-elle de percevoir les événements de manière objective ?

Souvenirs après souvenirs, Henry reconstitue la sombre histoire de meurtres autour du lieu-dit du Noir-Etang.  Que s'est-il passé véritablement entre les deux amants ? Le procès de Miss Channing a-t-il été équitable ? Henry est-il un témoin fiable ? Dans l'atmosphère brumeuse de ce cap battu par les vents, un vent de folie semble s'abattre sur tous les personnages : Mr Pearson, le procureur, s'acharne sur la femme adultère, Henry construit des châteaux en Espagne, une petite ville est aveuglée par le puritanisme...

Plusieurs destins se nouent et se dénouent autour des trois protagonistes principaux : une jeune domestique rêve d'être cultivée, le désir d'ordre et de vertu d'Arthur Griswald s'effondre, une petite fille devient orpheline... Lecteurs, retenez votre souffle, pour suivre ce récit haletant, passionné, passionnant, pour enfin découvrir la vérité sur le drame du mystérieux Noir-étang.

billet de Titine et celui de Margotte !

Au lieu-dit de Noir-Etang, Thomas H. Cook, Editions Points, 378 p.

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04 novembre 2013

Lady Hunt de H. Frappat

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Au seuil du roman, une citation de Stevenson en exergue, du docteur Jekyll et Mister Hyde, inaugure le récit H. Frappat : "It's ill to loose the bands that God decreed to bind ;/ Still we will be the children of the heather and the wind"(p. 21). Le thème du double et de l'inconscient. Le fantastique et la folie. A travers un rêve obsédant, surréaliste, où une jeune femme de brume cherche à entrer dans une maison, Laura s'interroge sur ses origines, tissant des fils autour de thèmes récurrents - une maison maudite, une pierre noire, la maladie d'un père - qui s'enroulent autour du lecteur, l'emprisonnant peu à peu dans le tissu du récit. La prose poétique de H. Frappat fait sombrer le lecteur dans le cauchemar de cette jeune femme prise au piège de ses propres angoisses, de ses propres rêves : quelle est la signification de ce songe ? A-t-elle la même maladie que son père ? Que dissimule les mensonges de sa mère ?

"Je suis à moitié malade d'ombres", disait la Dame de Shalott tout en tissant sa toile jusqu'au moment où "le miroir se brisa de part en part" ( Tennyson, p. 317). Des miroirs et des ombres jalonnent ce récit autour de la légende de la dame de Shalott. Laura réussira-t-elle à briser le miroir pour revenir dans le monde des vivants et dissiper ses peurs ? Légendes, suspense, irrationnel intriguent, mais lorsque les répétitions des mêmes procédés d'écriture deviennent des tics de langage, des affectations et lorsque le récit se fait aussi brumeux que le narcissique personnage principal, on se détache progressivement de cette narration, qui est une tentative de renouvellement du roman gothique qui ne tient pas ses promesses.

Lady Hunt de H. Frappat, Acte sud, 318 p.

participation au match de la rentrée 2013 Priceminister

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