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Quel monde attrayant Fforde construit avec L'affaire Jane Eyre ! Tout n'est que littérature ! Les OpSpecs sont des enquêteurs spéciaux qui traquent les faux et les vols de livres. S'ils se rendent dans un bar, il est forcément nommé le "chat de Sheshire". Les aéroports se trouvent ornés de shakesparleurs - des robots qui récitent l'oeuvre de Shakespeare - et les savants fous contruisent des portails qui permettent d'entrer littéralement dans les oeuvres. Dans le monde de Thursday Next, les querelles littéraires font rage : baconiens or not baconiens en ce qui concerne l'oeuvre de Shakespeare ? Lorsque le manuscrit Martin Chuzzlewit de Dickens est volé, notre héroïne est confrontée à un dangereux professeur de littérature égocentrique et démoniaque - appelé Hadès Achéron. L'intrigue plutôt décousue prolifère de toute part : l'imagination foisonnante de Fforde crée des tueurs de vampires, des chronogardes qui peuvent arrêter le temps, plusieurs intrigues amoureuses...

Si l'imaginaire ffordien se révèle plutôt séduisant, l'écriture est souvent décevante avec de ridicules dialogues entre l'héroïne et Hades, et un langage très familier et parfois grossier pour des amoureux de la littérature... Des détails inutiles et l'humour parfois outré des personnages finissent par lasser, sans parler du manichéisme des personnages.

Pourtant, le livre échappe à l'outrance technique des livres de science-fiction. En effet, L'affaire Jane Eyre semble aussi un hommage et un jeu autour de l'oeuvre de Charlotte Bronte. Reproduisant des passages entiers, l'auteur prend plaisir à revivifier l'histoire en créant une frontière poreuse entre la réalité et la fiction et en attribuant une vie propre aux personnages peuplant l'oeuvre de C. Brontë : qui n'a pas rêvé de rencontrer Rochester et de déambuler à Thornfield ?

L'affaire Jane Eyre, Fforde, 10/18