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Elles rassemblent articles sur des femmes d'époque et de conditions différentes comme Dorothy Osborne, Mary Wollstonecraft, Sara Coleridge... Même lorsqu'on ne connaît pas ces femmes - intentionnellement peut-être puisque V. Woolf semble vouloir porter la lumière sur des femmes méconnues de leur vivant - , V. Woolf nous en dresse un portrait si vivant qu'on ne peut s'empêcher d'y prendre intérêt. Qu'est-ce qui en fait donc l'intérêt quand on méconnaît le nom même de la personnage dont V. Woolf nous parle ? C'est évidemment son écriture et sa finesse d'analyse  : lorsqu'elle analyse les lettres de Mme de Sévigné, je trouve son portrait absolument réussi : elle saisit la marquise dans son siècle mais aussi comprend tout à fait sa langue. Sans jargon littéraire - pas besoin de vocables comme "métalangage", " expolition", elle saisit la quintessence de ce qui fait la beauté des lettres de Mme de Sévigné : "Les livres sont pour elle une demeure naturelle, de sorte que Flavius Josèphe ou Pascal ou les romans absurdement longs de l'époque, elle ne les lit pas, elle les intègre à son esprit". Et effectivement, l’épistolaire savait mieux que quiconque user de citations, pasticher des maximes qu'elle attribue malicieusement à La Rochefoucault. Mais ce ne sont pas seulement les lettres qu'elle évoque mais aussi sa vie aux Rochers, tout ce qui faisait l'intérêt de sa vie comme sa fille etc...

Si je n'ai pas pu me rendre compte de la justesse de ses remarques sur le travail d'écriture des autres femmes portraiturées que je connaissais moins, V. Woolf raconte si bien leur biographie qu'on se croirait dans un roman : comment fait-elle pour nous parler des romans de Géraldine Jewbury ? C'est à travers sa relation épistolaire puis de voisinage avec Mme Carlyle qu'on voit se dessiner sous nos yeux le "personnage". Car, oui, on se croirait vraiment dans un roman, on s'interroge sur l'évolution des relations entre la bienséante Mme Carlyle et l'impétueuse Géraldine : et c'est ce qui semble intéresser V. Woolf, les sentiments, les pensées, les relations de ces deux femmes, leur inscription dans leur siècle... surtout que les romans que Géraldine a écrit ne semble pas mémorable : " on tourne les pages des trois petits volumes jaunâtres, on se demande ce qu'on a pu y voir qui fût susceptible d'être approuvé ou désapprouvé, quel spasme d'indignation ou d'admiration s'est exprimé en marge de tel trait de crayon [...] Un chapitre après l'autre glisse aimablement, s'écoule avec fluidité".  L'auteur de Mrs Dalloway tire de l'ombre ces femmes oubliées mais qui reste inoubliable sous sa vivante plume.

V. Woolf, Elles, rivages poche, 155 p.

Lu aussi par Fleur. Particiation au Challenge V. Woolf organisé par Lou