28 novembre 2012

Tous ensemble mais sans plus, G. Flipo

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Monsieur Flipo,

Merci ! Merci pour ce petit livre voyageur Tous ensemble mais sans plus. Voici un certain temps que j'ai lu vos nouvelles qui provoquent sourires, perplexité, ou surprises. J'ai retrouvé un certain esprit maupassantien dans l'ironie du sort à l'oeuvre dans Changement de look, où une pauvre secrétaire se retrouve à choisir un train de vie radicalement différent par un " relooking" qui se révèle funeste. Le poids des apparences et des préjugés sont aussi présents dans " Tous ensemble mais sans plus". Mais c'est surtout "Les choses du marais" qui m'ont frappé : quelle justesse de ton dans la descriptions des malentendus et des non-dits par cette métaphorisation par les marais ! La variété des sujets, mais toujours traité avec vivacité, m'ont donné envie d'ouvrir vos précédents romans...

Mon choix s'est porté sur Le commissaire n'aime point les vers : j'ai jubilé devant cette intrigue littéraire, qui tourne autour d'un sonnet de Baudelaire. Bien que le quotidien ne soit pas évacué - voire le prosaïsme avec les régimes du commissaire Viviane Lancier ou des problèmes d'haleine qui se révéleront mortifères -, on se retrouve dans une intrigue hautement romanesque et fantaisiste avec ce clochard sosie de Victor Hugo, des médiums, des meurtres qui s’enchaînent.... L'humour s'ajoutant à des quiproquos m'ont amené d'une traite jusqu'au dénouement ! M'étant bien amusée avec ce roman, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin et j'espère bientôt lire une nouvelle aventure du fameux commissaire ! C'est donc avec beaucoup de gratitude que je vous remercie pour cette bouffée de fantaisie littéraire en ces froides soirées hivernales. Maggie.

G. Flipo, Le commissaire n'aime point les vers, Folio, 301 p.

G; Flipo, tous ensemble mais sans plus, Anne Carrière.

 

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27 novembre 2012

Toni Morrison, Home

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"Le monde est un égout sans fond" (Musset).

Toni Morrison déroule sous nos yeux, avec subtilité, le monde brutal et mélancolique des années 50 où plusieurs destins s'entrecroisent : l'auteur nous montre sans grandes phrases, ni misérabilisme la difficile vie de plusieurs protagonistes, celle de Frank, revenu de Corée avec des souvenirs d'épouvante, celle de sa soeur Cee, mourante pour avoir servi de cobaye à un médecin sans scrupules... Et puis il y a ceux qui vivent en pensant à l'argent comme Lénore, ou pour réaliser leur rêve d'indépendance comme Lily... Il y a des lâches comme Principal, des hommes généreux comme le pasteur ou des femmes courageuses comme les vieilles femmes de Lotus. Tout un monde prend vie, avec ses personnages confrontés à leurs démons, à la ségrégation, au quotidien, à la vie...

La plus belle idée est mise dans la bouche d'un petit garçon qui, bien que doué dans toutes les matières, souhaite devenir un "homme" lorsqu'il sera grand... "Ne compte que sur toi-même.[...] tu es libre" déclare une vieille femme à Cee : Home est un véritable hymne à la liberté et à l'humanité. En refermant ce court roman, on se souvient avec émotion d'un champ de coton en fleurs roses et de chevaux. " ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes"... Ne tardez pas à découvrir la prose de Toni Morrison, qui avec un court récit abordant la folie et le courage humain, la guerre et la ségrégation, nous émeut profondément...

Home, Toni Morrison, Christian Bourgois, 152 p. 15/20

Lecture dans le cadre du match littéraire de la rentrée organisé par Priceminister.

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11 novembre 2012

Littérature et cinéma 4 : Halloween

Amityville - Bande annonce VF

Comment passer une journée d'Halloween sans regarder un remake de La maison du diable, mais Amytiville n'est pas un film complètement convaincant : trop de surenchère dans l'horreur et de clichés gâtent l'ambiance du film : musique assourdissante, débauche d’hémoglobine, images syncopées, apparition. Bref, si on sursaute, on se demande toujours pourquoi le héros va dans des endroits sombres, comme une cave, lorsque des événements fâcheux se produisent. Ce qui cause en revanche une grande frayeur, c'est de savoir que ce film est inspiré d'un fait divers : comme allo ciné l'indique.

Amytille,Andrew Douglas, avec Ryan Reynolds, Mélina George,  2005, 1h29

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Fantôme à vendre n'est pas du tout un film horrifique : Il est question d'un jeune homme Murdoch Glourie qui préfère courtiser des jeunes filles au lieu d'aller bouter hors d’Écosse les anglais ou de défendre l'honneur de son père face au clan ennemi, les MacLaggan. Son vieux père, porté sur le whisky évidemment, le maudit et lorsque Murdoch meurt, il vient hanter le château des Glourie tant qu'il n'aura pas laver l'honneur de la famille. Deux cents ans plus tard, son descendant, Donald complètement désargenté, décide de vendre le château. C'est un riche américain qui l’acquiert... avec le fantôme en prime. Démontant pierre à pierre le château, il l'emmène en Floride. Evidemment, le mécontentement du fantôme ne tarde pas à se manifester mais la ressemblance entre Murdoch et Donald provoquent de nombreux quiproquos. Ce film avec un fantôme galant est donc plus sympathique et humoristique qu'effrayant. Le début est lent, les clichés sur les écossais sont nombreux mais on se laisse tout de même prendre à cette joyeuse comédie, bien que dans le même genre, l'aventure de Mme Muir soit beaucoup plus réjouissant.

René Clair, fantôme à vendre, 1935.

La Chute de la Maison Usher - bande-annonce VO

C'est avec quelques a priori que j'ai commencé à visionner ce film, ma précédent expérience L'attaque des crabes géants de Corman, m'ayant laissé de marbre : un vrai navet comme j'en ai rarement vu ! Corman a adapté de nombreuses nouvelles de Poe. Cette adaptation n'est pas un chef d'oeuvre au regard de la nouvelle. Le scénariste a complètement changé l'histoire : Philip Withrop vient voir sa fiancé Madeline, dont le frère semble des plus étranges, presque pris de folie. Mais justement, est-il fou ? Est-ce Philip qui le devient ? Quelques très belles scènes à l'atmosphère humides et sombres sont mêlées à d'autres plus kitchs. Pourquoi avoir changé l'histoire de Poe, si belle dans sa traduction baudelairienne ? La seule réussite de Corman est de créer un réel climat fantastique où il est difficile de discerner les limites de la folie et de la réalité.

La chute de la maison Usher, Corman, avec Vincent Price, 1960. 

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Participation au challenge Halloween de Hilde et Lou

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09 novembre 2012

Nord et Sud, Gaskell

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Nord et Sud de Gaskell, quel roman ! On ressort complètement étourdi de la lecture d'un tel livre : et pourtant le début du roman semble très lent et très austeenien avec une héroïne dont on souligne l'orgueil et les préjugés. Venant d'un petite ville du sud de l'Angleterre et n'ayant connu qu'une campagne idyllique et la vie d'une fille d'un pasteur désargenté, Margaret Hale découvre avec stupéfaction la vie industrielle du Nord. C'est cette découverte qui métamorphose l'héroïne : on passe donc d'un univers champêtre à un décor et des thématiques presque zoliens : l'auteur décrit tout en nuance et en finesse des personnages de tous milieux sociaux et de caractères très différents.

On y découvre donc une famille indigente dont la fille meurt d'avoir travaillé dans des usines, dont le père, syndicaliste farouche défenseur des ouvriers, reviendra sur ses idées de mépris des patrons. Margaret évolue aussi : elle incarne la femme victorienne audacieuse, courageuse... mais aussi amoureuse. De nombreux problèmes familiaux l'obligent à révéler son courage. Lorsqu'elle rencontre Thornton, riche industriel, elle n'a que mépris pour cet homme dont les préoccupations lui semblent injustes et bassement matériels. Et pourtant, tout patron qu'il est, Thornton est un homme sensible et progressiste. Comme ces personnages nous paraissent vivants et vrais ! Et quelle beauté des sentiments !

"On dirait le cercle dans lequel tournoient à jamais les victimes des passions terrestres" (p. 617): Tissant tour à tour l'intrigue amoureuse à une intrigue sociale, avec une touche de romanesque victorien (meurtre involontaire, frère exilé à cause d'une mutinerie...), Gaskell peint avec art les confrontations entre différents milieux en égratignant au passage la vie oisive et stupide de la riche aristocratie incarnée par la cousine de Margaret, les Shaws. L'écriture de la romancière porte aussi les traces d'une grande culture à travers les exergues et de savoureux titres de chapitres, les références littéraires et d'un humour discret notamment dans les dernières répliques mais aussi en la personne de Mr Bell, un universitaire d'Oxford... Si vous n'avez pas encore lu ce roman, courez vite le commencer...

Nord et Sud, Gaskell, Point, 673 p.

Lu par Titine,par Choupynette , Cryssilda .... Lecture commune avec Shelbylee.

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